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Articles 2018

 

 

Tous les articles

janvier : Biodanza, Art et Créativité par Ana Maria Alberti et Guillermo Retamosa
février : Expérience et Vivencia par Valentino Terrén Toro
mars : L'éveil d'une spiritualité biocentrique par Andrés Toscalini
avril : Ressentir l'inconscient numineux par Jorge Spivak
mai : Jeu et Biodanza, partager l'essentiel par Ignacio Moreno
juin : La liberté de t'aimer par Laura del Piano
juillet - août : Biodanza, joie et capacité d'extase. Entretien avec Rolando Toro Araneda
septembre : De l'art de soigner à l'art de vivre par Ana Maria Alberti et Guillermo Retamosa
octobre : La raison passionnée par Nicolas Lopez Meyer
   
   

 


Article du mois de janvier 2018
 

Biodanza, Art et Créativité par Ana Maria Alberti et Guillermo Retamosa

 

«  Il suffit à la vie l’espace d’une brèche pour renaître » E. Sabato

 

Dans le processus, nous nous accompagnons en nous aidant à trouver les brèches, à transmettre nos raccourcis et à célébrer nos renaissances. C’est une invitation, un désir, un espoir né du soin et du lien avec la vie. Découvrir constamment nos possibilités, récupérer chez l’être humain la capacité de s’émouvoir, de sentir et de tomber amoureux du monde, de ses semblables, d’éveiller à l’amour et à la passion. Développer cet art de danser la vie est un objectif que nous proposons dans les groupes que nous animons.

 

Créativité et Art

Le paradigme biocentrique nous situe comme des êtres intégrés dans un système vivant où nous évoluons en consonance avec l’évolution de la vie. Nous nous développons en créant une trame de systèmes de complexité croissante à différents niveaux organiques, émotionnels et relationnel, intégrant un réseau d’interactions qui tendent à se syntoniser avec l’unité cosmobiologique. C’est une vision unifiée de l’humain, l’organisme hologramme vivant qui contient le tout dans chaque partie, se nourrit de la mémoire cosmique contenue dans sa programmation génétique. Nous participons à l’intelligence globale et nous ne pouvons pas penser à des structures vivantes indépendamment du cosmos.

 

La créativité humaine de ce point de vue est une extrapolation de la créativité de l’univers, un chemin qui va du chaos à l’ordre dans un processus dynamique en constante transformation.

 

C’est une fonction naturelle, innée, instinctive, au service de la vie. Elle se manifeste comme une impulsion d’innovation face à la réalité, une nécessite d’interagir avec les facteurs externes à partir de la singularité de l’interne contenu dans le potentiel génétique et elle confère à la réponse globale adaptative face au monde un caractère évolutif différencié chez chaque être exprimant son identité.

 

En Biodanza, la ligne de créativité stimule la possibilité d’apprendre-désapprendre à créer ordre, beauté et finalité à partir du chaos et du désordre, c’est l’élément de rénovation que nous appliquons à notre propre vie, nous créer nous-même. Mettre la créativité dans chacun de nos actes promeut l’adaptabilité intelligence et l’exercice de la liberté.

 

Relier l’art au travail groupal en amplifiant les ressources de la ligne de créativité est un des chemins que nous choisissons pour créer un champ propice, enrichi qui active les potentiels de la personne.

 

Pourquoi Art et Créativité ?

Pourquoi, en plus de danser, utiliser d’autres formes expressives, peindre, modeler, écrire ? Parce que ces langages sont propres à l’espèce humaine. Ils nous permettent d’exprimer des émotions, de communiquer, de mobiliser des capacités, de diminuer des peurs et surtout de jouir sans critiques ni jugements de valeur de ce que nous faisons.

 

Ceci est possible à partir d’une conception de l’art dans laquelle la valorisation des œuvres ne se fait pas en fonction des critères techniques et esthétique de la culture, mais de la manifestation de la possibilité propre aux personnes.

 

L’art, selon la Real Academia espagnole: vertu, disposition, habileté à faire quelque chose. C’est la manifestation de l’activité humaine par laquelle s’exprime une vision personnelle qui interprète le réel ou l’imaginaire avec des ressources : plastiques, sonores, animées, linguistiques, etc. L’art est aussi pure manifestation de beauté.

 

Tolstoï lie l’art à la subjectivité qui nous communique les émotions. L’œuvre mais en relation l’homme vers qui elle se dirige à l’homme qui l’a produite et qui, par elle, transmet ses sentiments et ses émotions. Pour lui, c’est un moyen de fraternité entre les hommes qui les unit dans un même sentiment et est ainsi indispensable à la vie de l’humanité et à son progrès sur le chemin de la joie. (Léon Tolstoï, Qu’est-ce que l’art ? PUF).

 

Disposition et habileté pour faire, vision personnelle, concrétisation, communication d’émotions, fraternité humaine, chemin vers la joie sont des objectifs de la Biodanza pour le développement de l’identité.

 

Méthodologie

Comment et quand faire.

 

Commencer et soutenir un processus de Biodanza implique de s’aventurer à parcourir son propre labyrinthe existentiel, où nous traversons différents défis en découvrant des potentiels et des capacités, parfois nouvelles, parfois rénovées. Une vraie rencontre avec soi-même dans une matrice groupale, matrice de renaissance, centre générateur de vie. Biogénérateur.

 

Le groupe s’intègre au niveau affectif et est un champ intense d’interactions. Son pouvoir s’enracine dans l’induction réciproque de vivencias entre les participants.

 

C’est dans la continuité des ateliers hebdomadaires que se produisent et se cimentent les transformations dans un parcours évolutif. Pendant l’année, nous réalisons deux journées d’intégration pour consolider les acquis et guider vers les objectifs du cycle suivant.

 

La journée d’intégration, aussi appelée stage d’intégration, est une session prolongée qui a un caractère intensif dans le temps et un contenu programmé en fonction du processus groupal et individuel afin de lui donner un saut qualitatif.

 

Conçu comme un rituel groupal, nous nous approchons des pratiques ancestrales où la communauté accompagne l’individu dans le passage d’un état à un autre.

 

En clôture de journée, nous réalisons une Connexion Créative (Natalie Rogers) par l’expression du vécu au travers de différents langages artistiques, langages préverbaux propres à l’espèce humaine, liés à nos ancêtres.

 

Une production surgit dans laquelle l’art ancestral amène des archétypes capables de condenser, en une image, l’intensité symbolique et la tension des situations de crises, d’intase et d’extase. La connexion créative conduit à la concrétisation d’une œuvre, quelque chose de nouveau, inopiné, une réalisation personnelle qui exprime l’état intérieur.

 

La vivencia qui accompagne ce moment est celle d’une profonde satisfaction, un sentiment de réalisation de soi, de libération qui élève l’estime de soi et diminue le niveau d’autocritique habituel.

 

Cet état est indépendant de la « qualité » de la production en tant que valeur esthétique établie formellement. La valeur, l’émotion devant la beauté surgit de la découverte de soi, de la révélation d’une possibilité expressive non connue qui concrétise l’intériorité.

 

Les œuvres expriment un contenu vivenciel élevé, l’inconscient, des émotions largement contenues trouvent une voie qui les rend objectives face à nous-mêmes. Apparaissent des évocations, des situations, des répressions, etc., dans une synthèse libératoire canalisée dans le faire esthétique.

 

Comment agit l’inclusion de l’art…

… en élargissant les ressources de la ligne de créativité en Biodanza : L’art et la créativité opèrent en tant que médiateurs et catalyseurs des potentiels existant chez les personnes. Les moyens artistiques agissent comme des ponts entre la réalité interne et externe, ce sont des messages en eux-mêmes qui expriment ce que nous sentons.

 

Le processus créatif intègre le corporel, l’émotionnel et le mental, dans un langage expressif résultant d’un état intérieur qui se concrétise en œuvres.

 

Pendant le processus créatif se vivent des moments de chaos, de fragmentation et de désorganisation ; dans la progressivité pour soi, une séquence d’actes intégrés forme une production. On vit la transformation des limites en force expansive de réalisation.

 

En suivant le modèle théorique de la Biodanza, c’est un processus pulsant identité régression. Il commence une phase réceptive, induite par des exercices d’affectivité. De la connexion émotionnelle surgit l’inspiration, l’acceptation et la liberté de créer. Cette émotion affective crée une esthétique.

 

La création n’est pas le hasard, elle garde une cohérence esthétique entre le corps, le mouvement, l’émotion et la pensé. Les œuvres manifestent la singularité de chaque être humain, son identité et elle enracine en lui sa beauté.

 

La production, l’œuvre créative ne s’interprète pas, elle se vit. Les contenus deviennent conscients et s’éclairent pendant le processus qui rend objectif les transitions, les phases du processus et sont un instrument pour la poursuite de son évolution.

 
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Article du mois de février 2018
 

Expérience et Vivencia par Valentino Terrén Toro

 

Dans le langage commun et courant, les termes Expérience et Vivencia se fondent dans une même signification et désignent le même phénomène. Ainsi, la proposition de cet article est d'établir une différence que je trouve fondamentale à réaliser.

 

Avant tout, pour contribuer à la clarté de ce propos, quand je fais référence à la notion de vivencia, je le fais dans le contexte de la Biodanza, la vivencia en tant que phénomène cognitif qui se passe pendant les sessions de Biodanza.

 

Dans la vie quotidienne, la pensée a un rôle central dans le traitement permanent de l'expérience. Son rôle est de catégoriser, classifier et conceptualiser l'information reçue. C'est un système extraordinairement actif qui interfère significativement sur la relation entre l'organisme et le milieu. Notre pensée est continuellement active pour traiter et comprendre la réalité.

 

Dans la vivencia, par contre, la pensée n'a pas un rôle central dans le traitement de l'information. Dans la vivencia, la pensée remplit un rôle collaboratif et non hégémonique. La vivencia est une instance de connaissance dans la quelle participent toutes les sources d'information dont l'organisme peut se servir. Sources d'information biologique, instinctive, émotionnelle, intellectuelle, spirituelle et cosmique. Je pense que, dans la vivencia, toutes ces sources se combinent pour déboucher sur l'insight, sur la révélation de quelque chose d'authentique pour générer une vraie cognition.

 

Ceci veut dire que l'acte cognitif, l'acte de connaître et de se connaître est à la base un traitement d'information inconscient. Traitement qui est le résultat de l'interaction de toutes les sources de connaissance mentionnées précédemment.

 

Ceci équivaut à dire que la méthode rationnelle et consciente de se connaître, que ce soit par une psychothérapie ou toute autre technique qui n'implique pas le corps et l'autre, n'est pas suffisante.

 

La pensée n'a pas l'information fondamentale pour orienter le corps humain vers sa plénitude maximale. Nous sommes cependant attachés à elle parce que c'est la manière la plus facile de se distancier et de ne pas nous impliquer complètement, c'est une manière de prendre de la distance.

 

Il est donc clair pour moi que la vivencia est une intuition viscérale qui a des propriétés auto-organisatrices pour l'être, elle est une compréhension authentique d'une peur, d'une beauté occulte ou d'une vérité universelle qui débouche sur la conscience et la pensée presque sans faire un effort intellectuel conscient.

 

Si quelqu'un souhaite se connaître soi-même, il ne peut le faire qu'à partir de la méthode rationnelle - verbale parce que cela implique, par définition, une division entre le sujet et l'objet, moi que je veux découvrir, moi que je prends comme objet d'étude. La difficulté qui se présente à nous cependant est que cette entité nôtre qui s'examine elle-même fait partie de son propre conditionnement interne et, en ce sens, l'inconscient sait que nous allons à sa recherche et planifie au même moment son échappatoire.

 

Dans la vivencia, il n'y a pas de dissociation entre le corps et l'esprit pour se connaître soi-même. C'est une instance intégrale et totale de l'être, où il n'y a aucune scission, il n'y a qu'un corps - esprit entier qui traite une connaissance pour soi.

 

Notre mémoire, mémoire personnelle, instinctive, intellectuelle, cosmique, spirituelle, ancestrale, peut être éduquée et organisée avec la vivencia. Dans cette ligne, la vivencia s'affiche comme la forme la plus appropriée et la plus éloquent pour connaître l'âme humaine. Quand je dis vivencia, je dis regarder dans les yeux de l'autre, je dis se caresser mutuellement, je dis s'étreindre avec intensité et danser notre existence.

 

Je pense que nous ne sommes pas des êtres de lien mais quelque chose de plus radical, que nous sommes structurellement constitués pour le lien; que la biologie du corps ne se termine pas dans la peau mais s'étend vers les réseaux affectifs que nous établissons avec les autres êtres vivants. Ceci signifie que je ne suis pas je mais que je suis je et les autres, et la biologie est la structure du nous.

 

Pour terminer, je vous soumets cette phrase poétique de ma récolte intérieure qui se relie secrètement à tout ce qui é été dit: "Je considère la possibilité d'engager un détective pour m'auto-surveiller, pour que, chaque fois que j'essaye secrètement de m'espionner pour une raison étrange, le suspect le devine et échappe".

 
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Article du mois de mars 2018
 

L'éveil d'une spiritualité biocentrique par Andrés Toscalini

 

La réflexion que nous présentons dans cet article naît, de ces dernières années, comme le fruit d’un processus personnel et d’accompagnement d’autres personnes et de leurs propres processus d’intégration et d’unification personnelle. Le thème que nous traiterons traduit le processus que la Biodanza a suscité dans ma vie et m’amène à constater l’apport de la Biodanza dans l’éveil d’une spiritualité biocentrique.

 

 Pourquoi s’est-elle éveillée en moi, pourquoi suis-je le témoin qu’elle s’éveille chez les autres ; pourquoi dans l’humanité et dans l’univers entier aussi, bien que nous préférerions faire croire que ce n’est pas possible, s’éveille une spiritualité biocentrique, un appel à assumer la force transformatrice de la VIE.

 

  1. Pouvons-nous parler d’une spiritualité biocentrique ?

Le paradigme biocentrique qui soutient théoriquement le système Biodanza est un signe du processus évolutif de l’humanité et, en ce sens, entre en relation et se complète avec toutes les propositions qui ont surgit ces dernières années de différents regards (sociologique, philosophique, psychologique, éthique, spirituel). C’est un signe de la force immanente de l’humanité qui témoin de la déshumanisation croissante expérimentée au 20ème siècle (nous pensons au mépris de la dignité humaine dans les Holocaustes, les manipulations scientifiques de la « vérité », les corruptions politiques et économiques, la renaissance des fondamentalismes religieux, les totalitarismes et les doctrines de sécurité nationale, la globalisation du capitalisme sauvages et ses lois de marché, etc…) a besoin de faire un saut transcendant. C’est un pas vers la conscience de l’humanité qui se rend compte qu’elle ne peut soutenir la dignité de l’être humain, les luttes pour l’égalité des droits humains et sociaux, la conviction qu’un « autre » monde est possible, sans une conception plus profonde et plus intégrée, non seulement de l’être humain, mais de la VIE dans toutes ses manifestations.

 

Rolando Toro apporte pour cela, avec la création de la Biodanza, une possibilité de vivre le potentiel de la vie et de collaborer ainsi à la transformation de la réalité personnelle et sociale dans laquelle nous vivons, et souvent seulement survivons.

 

La vie au centre est le nouveau paradigme. C’est une proposition authentique d’évolution cosmique de notre espèce.

 

En même temps que ce changement de paradigme « scientifique », s’est répandu ces dernières années le concept de spiritualité au-delà de son identification avec les religions officielles et on a commencé à la concevoir comme le développement et l’approfondissement de la dimension spirituelle de l’être humain, laquelle donne à l’existence humaine un sens pour le futur. Nous pouvons dire que nous marchons vers une nouvelle compréhension de la spiritualité.

 

Nous nous trouvons aujourd’hui avec une recherche profonde et chaque fois plus fréquente d’expériences de spiritualité. Nous nous trouvons avec la recherche de ceux qui essaye de potentialiser une spiritualité qui reconnaisse l’être humain dans sa totalité, qui ne cherche pas à laisser de côté mais à intégrer les dimensions biologiques et psychologiques, qui éveille cette dimension qui nous définit en tant qu’humains, où les valeurs et le sens de la vie, la rencontre profonde et existentielle avec soi-même et les autres s’entrecroisent ; et pourquoi pas avec un Autre. Une spiritualité qui unifie l’expérience humaine, intégrant les dimensions scindées (corps et âme, matière et esprit, raison et affectivité, pensée et sentiment, etc.).

 

La spiritualité comme lieu de rencontre du spécifiquement humain et comme expression d’une recherche universelle au-delà des dogmes religieux.

 

Une spiritualité qui naît de la réalité humaine, du fond intime et personnel de chaque être humain, qui intègre tout son être avec son histoire et sa corporalité, avec ces héritages et ses possibilités, avec sa relation avec lui-même et avec ses relations avec les autres. Une spiritualité qui peut reconnaître que le divin et le sacré n’est pas « en haut », mais dans l’expérience humaine.

 

Le développement du paradigme biocentrique et la recherche d’une nouvelle spiritualité qui récupère le sens de la vie vont être trouvé au fur et à mesure que l’on trouve ses fondements et son identité essentielle. C’est pour cela que nous trouvons qu’il est possible de parler d’une spiritualité biocentrique. Une spiritualité qui met la vie au centre. Une spiritualité qui manifeste et promeut la Vie. Une spiritualité qui n’est pas le simple suivi d’un code éthique ou d’une liste de devoirs, mais l’ouverture à la force immanente et transcendante de la VIE.

 

Cette spiritualité partage aussi sa condition épistémologique avec le principe biocentrique. C’est l’expérience spirituelle qui permet le discours sur elle-même. C’est le processus authentique de recherche de sa logique et de sa méthodologie gnoséologique.

 

  1. Affectivité et transcendance : la base pour une spiritualité biocentrique

L’affectivité est un état d’affinité profonde envers les autres êtres, capable de créer des sentiments d’amour, d’amitié, d’altruisme, de maternité, de paternité et de camaraderies. Cependant, des sentiments opposés (colère, jalousie, insécurité et envie) peuvent être considérés comme des composantes du phénomène complexe de l’affectivité. Par l’affectivité, nous nous identifions aux autres personnes, nous les aimons et les protégeons ; mais nous pouvons aussi les rejeter et les agresser.

 

Dans le système Biodanza, on n’occulte pas la dimension négative de l’affectivité mais on ne la traite pas d’une façon thérapeutique, on promeut le potentiel affectif positif et sain. L’identité s’exprime dans l’affectivité et la ligne d’affectivité en Biodanza a donc son expression privilégiée dans l’amour. Une personne avec une identité faible n’est pas capable d’aimer et crée des liens défensifs à cause de la peur de la diversité.

 

L’intelligence a sa base structurelle dans l’affectivité, tout le processus d’adaptation intelligente au milieu et la construction du monde s’organisent donc autour des expériences primitives de la relation affective.

 

En Biodanza, en développant l’affectivité vers la compassion et l’amour, on travaille avec la racine nutritive de la VIE, l’objectif biocentrique du système ; d’où l’importance des rencontres et des abrazos en Biodanza. L’autre, dans le système Biodanza, est la source de la rencontre avec notre identité. Ainsi, pour Rolando Toro, la Biodanza est « une poétique de la rencontre humaine » qui nous connecte à notre propre humanité. « L’humanité est une condition qui se reçoit et est accordée, ou mieux, qui se reçoit quand elle est accordée. Nous sommes humains quand nous traitons les autres comme humains. L’humanité est un processus réciproque. On est humain dans la réciprocité de la reconnaissance en tant que telle » 1.

 

En Biodanza, le concept de transcendance se réfère chez l’être humain à la fonction naturelle de lien essentiel avec tout ce qui existe : êtres humains, animaux, végétaux, minéraux ; en résumé, avec la totalité cosmique. « La transcendance, affirme Rolando, est l’instinct de fusion avec la totalité, c’est s’abandonner dans l’utérus cosmique. Nous ne nous référons pas à ’l’au-delà’, mais à la sensation d’harmonie existentielle intense et à la participation écologique entière qu’on peut expérimenter dans des moments subtils de la vie quotidienne ». 2.

 

Les effets de la Biodanza sur la ligne de la transcendance jettent la lumière sur l’expérience de totalité. Le sentiment de lien intime avec la nature et avec le prochain est une expérience maximale ou « suprême ». C’est une vivencia de plénitude et de beauté, d’expansion de la conscience et d’illumination profonde, d’accès au merveilleux et qui éveille la bonté naturelle de l’être.

 

La transformation la plus importante que la Biodanza promeut par la vivencia de transcendance est la récupération de la sacralité de la vie et l’abandon du dualisme sacré – profane. C’est la VIE, selon le principe biocentrique, la hiérophanie la plus importante, la manifestation authentique du sacré.

 

En comprenant les vivencias d’affectivité et de transcendance, nous arrivons avec notre réflexion à reconnaître la dimension transcendante de l’affectivité et la qualité affective de la transcendance. Cette affirmation n’est pas seulement un jeu de mots, mais nous montre la relation intime entre l’affectivité et la transcendance. L’affectivité qui cherche à éveiller la capacité de donner et recevoir de l’amour s’épanouit quand elle transcende et arrive à la vivencia de la totalité. La transcendance, pour être une vivencia authentique de cette totalité cosmique, éveille l’amour universel qui soutient la VIE.

 

Les deux lignes de vivencia en Biodanza influent sur la capacité perceptive de la personne. Le blocage affectif et la centration sur son propre égo, réduisent et obscurcissent la perception de l’autre et du cosmos en accentuant une séparation qui va à l’encontre de la nature même de la vie. Les vivencias d’affectivité et de transcendance, stimulées pendant les sessions de Biodanza, modifient la perception en l’amplifiant et en lui permettant d’accéder au merveilleux.

 

Cette expérience mystique n’est pas un abandon de la réalité et de l’engagement avec les autres. Le système Biodanza, en permettant l’accès à la perception du merveilleux, crée des sentiments nouveaux face au monde, éveillant une action effective de défense écologique et de justice sociale. L’amour se transforme en action et transforme la réalité.

 

De ce point de vue complémentaire auquel nous arrivons dans cette réflexion en essayant de mettre un nom à une expérience personnelle vécue pendant ces années d’intégration personnelle par la Biodanza, et spécialement par les vivencias que nous proposons dans des ateliers ou journée que nous appelons génériquement « psycho-spirituelles », il me semble important de postuler que l’Affectivité et la Transcendance sont la base pour une spiritualité biocentrique.

 

  1. Biodanza et l’éveil de la dimension spirituelle de l’humanité

La vivencia est conceptualisée en Biodanza comme une expérience vécue avec une grande intensité par un individu dans le moment présent, englobant les fonctions émotionnelles, cénesthésiques et organiques. La vivencia donne à l’expérience subjective de l’individu la qualité existentielle palpitante du vécu « ici et maintenant ». La méthodologie de la Biodanza prévoit l’induction de vivencias d’intégration parce qu’elles impliquent une connexion immédiate et profonde avec soi-même. La vivencia en Biodanza n’est pas seulement un outil méthodologique mais peut être considérée comme une forme directe de connaissance. Ainsi, une épistémologie basée sur la vivencia peut conduire non seulement à une connaissance essentielle de la réalité mais aussi à la sagesse qui consiste en la relation avec le monde, en l’intégration de l’être avec le cosmos.

 

Cette compréhension de la vivencia nous révèle aussi son pouvoir évocateur du spirituel chez l’être humain. La vivencia évoque, appelle éveille… ce qui est intimement propre à l’être humain, son identité la plus profonde, ce qui manifeste le sens de la VIE.

 

A partir de mon propre processus personnel en Biodanza et de mon rôle de facilitateur, je suis témoin de ce pouvoir évocateur des vivencias intégrantes ; et pas seulement des vivencias affectives et transcendantes. Les vivencias en Biodanza qui ont le pouvoir d’évoquer le spirituel chez l’être humain sont aussi : les lignes de vitalité, sexualité et créativité, les positions génératrices, les danses archétypales, la transe et la régression et toutes ces vivencias qui agissent sur l’organisme comme totalité et facilitent la réhabilitation existentielle.

 

Ce pouvoir évocateur du spirituel que possède la vivencia en Biodanza a une profonde connexion avec les origines de l’être humain et la fonction anthropologique de la danse.

 

De la facilitation de certains ateliers psycho-spirituels dans lesquels, à partir des sessions de Biodanza, nous travaillons avec cette perspective, il me semble intéressant de partager ces « témoignages vivenciels » des participants :

« Je sens que tout ce qui développe mes potentiels et me rend plus complet et libre est étroitement lié à ma spiritualité. La Biodanza a sans doute été un outil indiscutable sur mon chemin de croissance, elle a éveillé des endroits en moi qui étaient anesthésiés. Ce fut une expérience que de récupérer les pièces perdues.

« La Biodanza te fait sentir la transcendance, le spirituel, ton ETRE par le corporel, elle t’ouvre, te fait laisser le mental de côté, elle met ton égo de côté pour te sortir toi-même, ton être vrai, sans rigidités ni masques. Elle t’aide à laisser le personnage pour être toi. »

« C’est une connexion mystérieuse et harmonieuse où la spiritualité flue. Je vis, je sens et m’exprime d’une façon nouvelle, différente, avec plus de profondeur, avec plus d’intégrité et d’harmonie. »

« Je me rends compte que la Biodanza m’aide à récupérer et réaffirmer une spiritualité génuine, à voir le sacré de la vie en moi, dans chaque détail, dans chaque situation, en chacun, dans les rythmes de la nature, dans l’avancée de l’humanité… etc. »

 

Paroles finales

A partir de la réflexion sur mon propre processus en Biodanza et l’expérience de mon accompagnement de personnes et de groupes ces dernières années, et d’un point de vue et d’une méthodologie biocentrique, je peux conclure en affirmant que « l’apport de la Biodanza dans l’éveil d’une spiritualité biocentrique » est une réalité vécue et une tâche possible.

 

Si, à la fin de cette réflexion, il faudrait choisir un symbole pour ces conclusions, je n’hésiterais pas à choisir l’ETREINTE. Rolando Toro affirmait que « l’étreinte a une nuance religieuse plus que sexuelle, elle fait allusion à la fraternité, à la communion généreuse ; elle a sa source dans la conscience d’appartenir à une fraternité universelle. L’étreinte est un moyen suprême de percevoir l’autre, non seulement comme un prochain mais aussi comme un semblable. Par l’étreinte, il est possible d’atteindre la transe de fusion de deux identités en une identité plus grande. C’est, en Biodanza, un acte de rencontre avec soi-même et les autres » 2.

 

Quand pouvons-nous dire que nous sommes en présence d’une spiritualité biocentrique ? Quand notre conscience peut percevoir profondément et s’abandonner dans l’ETREINTE de la VIE qui nous soutien et nous donne l’impulsion à aller à la rencontre des autres dans l’ETREINTE. Aller à la rencontre, non seulement dans la session ou l’atelier de Biodanza, mais dans le monde dans lequel nous vivons, créant une culture biocentrique où tous, aussi les exclus de ce monde, peuvent vivre l’ETREINTE DE LA VIE. C’est seulement ainsi que nous pourrons récupérer la sacralité de la vie.

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Notes

1. GARCÍA C., Biodanza: el arte de danzar la vida, Ediciones Pausa, 2008

2. TORO V. – TERRÉN R., Biodanza, sentir la vie dans toutes ses dimensions. Le Souffle d’Or, 2013

 
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Article du mois d'avril 2018
 

Ressentir l'inconscient numineux par Jorge Spivak

 

« J’ai appelé Inconscient Numineux la strate la plus profonde de l’inconscient humain. Il consiste en un ensemble de potentiels d’un raffinement et d’une différenciation extraordinaire qui constituent le pouvoir par excellence de l’humain.

Le numineux est relié à la grâce, au créatif, à l’éternel… le numineux génère l’amour, la poésie, la perception du merveilleux et le courage de vivre. Cette énergie originelle est consubstantielle à l’homme dans sa genèse, depuis sa gestation. L’Homme Eternel habite au plus profond de notre identité ; telle est la condition humaine primordiale. La notion du merveilleux est étrangère à beaucoup de personnes, le merveilleux pourtant nous entoure. Le merveilleux est un mode de perception de la joie innocente et de la pureté intime, il est aussi la diversité de la nature, le mystère de la vie.

L’inconscient numineux nous donne accès à un sentiment d’intimité, à l’amour sans frontières et à la création comme révélation de la beauté et du mystère.

L’énergie numineuse se manifeste chez les personnes capables d’aimer. Elles recyclent en elles l’énergie cosmique et se connectent de façon vitale à la source originelle.

L’inconscient numineux se manifeste par des vivencias intenses de perception musicale et visuelle, ainsi que dans l’amour épiphanique et dans la maternité.

Ce qui nous rend digne, en tant qu’êtres humains, provient de l’inconscient numineux. »

Rolando Toro Araneda

 

Ce fut le dernier apport théorique de la Biodanza par son créateur. Un enrichissement du système qui fleurit dans les vivencia et qui est si précieux pour la vie.

 

En dansant libres de liens et de chorégraphies, nous sentons l’inconscient numineux surgir en nous. Le plaisir cénesthésique de la musique traverse les cuirasses de la personnalité et les obligations. Il éveille l’amour et pousse par les pores en parfumant l’air. Nous tous sommes de la lumière. La force merveilleuse de la vie vibre à l’intérieur de nous. La magie de la danse vécue, c’est ouvrir des canaux pour qu’elle s’exprime en invoquant l’intase du sacré qui habite au plus intime de l’être et qui désire émerger.

 

Il nous faut danser et danser. Que la respiration danse. Approfondir la perception musicale et visuelle. Retrouver l’état d’intimité avec nous-même, le courage de vivre pour traverser les ombres inhérentes à l’être humain et se connecter à la lumière. Accepter amoureusement qui nous sommes et ceux qui nous entourent, faisant ressortir la partie lumineuse de chacun qui reste inconscient en espérant se réveiller.

 

La musique, le mouvement et la vivencia nous amènent par des sentiers qui s’éveillent. Nous avons besoin de l’étreinte profonde, de sentir une caresse pour reconstruire la tendresse ; la magie d’un regard qui transmet de la joie et de la pureté ; un bercement et un nid écologique pour recouvrer l’instinct maternel et communautaire. Abritons-nous sous l’affectivité nourricière, la créativité qui exprime les potentiels génétiques, la connexion vitale avec la source originelle, représentée par la diversité de la nature porteuse de vie. Révérencions-la et prenons en soin ; dansons les quatre éléments qui la nourrissent et la traversent ; invoquons la fluidité, la légèreté, la passion et la force, intégrons-les à notre corps et intégrons-nous harmonieusement en dissolvant les tensions qui bloquent l’expression de ce que nous sentons ; ouvrons les portes au plaisir, à la jouissance et à l’abondance. Quand nous lâchons l’armure qui soi-disant nous protège et nous abandonnons à la danse, l’inconscient numineux se réveille en montrant l’essence, en découvrant la lumière qui nous entoure et en créant un espace nouveau et différent. Une possibilité de rencontre à partir du cœur. Un abandon au sacré ici et maintenant, baigné dans l’humanité. Quand la danse se termine, l’armure, sans permission, s’enfile sur le corps en essayant d’occuper sa place. La magie de la vivencia continue latente et un inconfort différent se crée provoquant une transformation dans la structure rigide qui nous recouvrait. Peu à peu, des fissures s’ouvrent et la lumière commence à la traverser. Ce n’est pas un processus magique, ni immédiat, ni automatique. C’est un processus éternel. C’est se sentir sur le chemin et arriver au but à chaque pas que nous faisons en direction de ce que le cœur sent. C’est s’encourager à observer les ombres et reconnaître la lumière. C’est avoir de la compassion pour les autres et pour nous, sans les juger ni nous juger. C’est cultiver l’acceptation et les limites, avec amour.

 

En dansant, nous éveillons le plaisir infini, l’émotion suprême, la poésie, le merveilleux, la grâce, le lien avec l’énergie cosmique originelle ; en nous libérant des structures, en comprenant la magie du commencement et l’éternité du temps.

 

Nous avons besoin d’arriver au plus profond de l’identité, l’état primordial qui vibre en chacun en espérant se manifester.

 

Imaginons un instant, comme l’a fait Rolando Toro, de rêver de la Révolution de l’amour. Comment serait la vie si l’Inconscient Numineux se manifestait pleinement dans l’humanité et donc l’amour, le plaisir, la générosité, la sagesse, le lâcher prise, l’empathie, le courage d’être authentiques, la présence qui illumine le chemin de chacun et de tous, rendant sa dignité à la race humaine.

 

L’inconscient numineux se manifeste chez les personnes capables d’aimer. Cultivons ce don à chaque rencontre en Biodanza, avec nous, avec les autres et la totalité.

 

Cet état recrée le soleil chaque matin en nous invitant à nous réveiller. Au crépuscule il disperse ses couleurs et son harmonie pour annoncer l’arrivée de la nuit. Avec une énergie inépuisable, il nous rappelle que cette lumière est en tous et souhaite se manifester pour rendre la vie meilleure. Sans hâte, sans pause.

 

En dansant la vie.

 
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Article du mois de mai 2018
 

Jeu et Biodanza, partager l'essentiel par Ignacio Moreno

 

Le jeu, sagesse millénaire pour le lien avec ses pairs, essence de la culture pour partager l’amour et la joie, pour apprendre à humaniser l’autre, miroir nécessaire du moi. Des jeux pour vivre en ressentant l’existence, en créant et en offrant l’expression de soi, en existant en harmonie avec tous, connecté aux impulsions fondamentales de la vie.

 

La Biodanza, système de développement orienté vers le renforcement de l’expression des potentialités humaines, propose des vivencias intégrantes qui créent un contexte sensible et créatif pour la rencontre humaine, où on stimule, crée et développe la vie.

 

La Biodanza et les jeux sont des occasions pour le développement harmonieux de l’être en lien, à partir de l’expression agréable, à partir de la force pulsante du mouvement ; vie à flots, identité de tous et de chacun.

 

La Biodanza et les jeux sont des découvertes heureuses pour l’être.

 

Le jeu pur, soudain et spontané, mimes, grimaces, plaisanterie, frivolité, montrent un côté dynamique de la vie, sans prétentions. Une expression juvénile, sans efforts ni plans prévus, fluide, qui semblerait délaisser le sérieux de la vie et montrer une tendance positive pour le risque, l’alternative, le possible, la désorientation, l’absence de but, la plénitude et la démesure ; se laisser capter par un désir primaire de liberté.

 

Dans l’expression du vivant il y a des forces primordiales qui sembleraient chaotiques. L’activité désordonnée ou exaltée peut se générer par le besoin de nous libérer d’une posture forcée, d’une situation, d’un lieu qui est vécu comme une oppression, un sentiment de manque de liberté, de gêne, de poids, de résistance ; c’est comme retenir sa respiration, d’où une recherche impatiente à créer un mouvement avec un sens pour l’existence, qui représente la satisfaction primaire et fondamentale de l’impulsion vitale la plus profonde avec laquelle nous naissons, l’instinct d’une existence propre, indépendante, libre. C’est le proto-instinct de l’animal.

 

Un mouvement pour vivre sa propre existence, pour se lier avec la joie de l’existence, le renforcement de sa propre existence.

 

Il existe un effet du mouvement rythmique reconnaissable comme un état d’ébriété. Cette fusion – abandon offre paradoxalement une occasion spéciale pour la force d’expression de l’être.

 

Des jeux pour vivre ou sentir cette existence, en créant et en offrant l’expression de soi, en existant en harmonie avec tous et connecté aux impulsions fondamentales de la vie. Offrir son opposition déterminée à l’homogénéisation, dignifiant le différent, le possible, l’expression de notre diversité merveilleuse, génuine, unique, en tant qu’êtres vivants que nous sommes.

 

L’homme crée sur le tas, dans la danse de sa vie, l’éternité du jeu. Le jeu du possible. Le jeu comme attitude envers la vie, une attitude de création permanente, de curiosité, une invitation à partir de la pulsation de la vie elle-même.

 

Le jeu s’est préservé au travers du temps parce qu’il a un sens, le plus grand, celui d’humaniser la socialisation de l’homme, il nous sensibilise à partager et à nous relier à nos pairs en donnant le meilleur de nous.

 

L’enfant et le jeu marchent ensemble, jouissant d’abord du corps et du mouvement puis de la magie, de l’enchantement du possible, du lieu de fiction, pour arriver aux rencontres possibles où le fait d’être solidaire, brillant, habile devant le groupe, le fait de se mettre d’accord et de construire un monde ordonné dans lequel chacun participe avec liberté et plaisir d’appartenir, augmente la conscience de l’autre et de soi-même.

 

Quand nous entendons parler de jeu, nous le relions immédiatement à l’enfance. Ce lien est certain et a à voir avec le développement des potentiels de l’enfant inhérents à l’espèce. Le jeu, cependant, ce n’est pas seulement pour l’enfant, il fait partie de la condition humaine à tout moment dans le cycle vital, au cours du temps qui s’écoule dans la vie de l’homme.

 

Créativité et Jeu se nourrissent ou poussent de la même source ; le déploiement de la spontanéité et de la liberté. C’est l’attitude du jeu vital qui nous met devant l’horizon du possible.

 

Il nous semble qu’il y a un vide dangereux dans la vivencia de l’essence du jeu : l’homogénéisation, la punition subtile ou grossière de la dissidence, le différent, le possible, l’expression de notre diversité merveilleuse, génuine, unique en tant qu’êtres vivants que nous sommes.

 

Dans la culture contemporaine, il y a une utilisation des impulsions ludiques qui amène, entre autres, à l’exacerbation de la recherche de réussite, dans une compétence qui avilit l’existence humaine, une compétence pour réduire l’autre. De même, la gouvernance du temps libre par les propriétaires de négoces (negocio en espagnol, neg-ocio, négation du loisir) avec la culture du monde audiovisuel, des jeux vidéo et en général d’une participation passive où le simulacre, exagérément orienté vers la destruction et la mort, vole des espaces vitaux de lien social. C’est une détente médiatisée avec des formes d’excitation qui nous conduit au désespoir, entretenant la solitude. Une façon de s’annihiler et de disparaître face aux autres. La maison de jeu, d’autre part, est ouverte, dans la recherche d’argent facile, avec ou sans tricheries, comme le vertige des alcaloïdes et d’autres herbes extatiques.

 

Nous proposons des jeux provenant de la sagesse vitale qui offre ce qui nous convient.

 

Nous proposons la récupération de la santé sociale à partir du jeu.

 

Mouvement, pulsation de l’existence, loi de la vie. Quelque chose de plus que la poésie : un quotidien délicieusement incontournable, si sublimement présent dans le Jeu et en Biodanza.

 

Le développement des potentiels génétiques que les deux propositions entraînent, conjuguées à un contexte écologique adéquat, réactivent les fonctions originelles de vie : capacité d’amour, joie, courage de vivre, enthousiasme, créativité, plaisir.

 

Biodanza et Jeux… la magie du mouvement qui a du sens pour la rencontre, en recherche de formes effectives et agréables d’intégration.

 

La Biodanza propose d’améliorer le lien entre les personnes En tant que système d’intégration personnelle et sociale qui travaille, au travers des rencontres de groupe, de la musique et de la danse qui surgit du geste quotidien, elle procure une forme de lien profond.

 

Etant donné que, dans la vie de relation où il convient à l’homme contemporain de s’appuyer sur la santé sociale, nous proposons le Jeu et la Biodanza, nous proposons une vision transcendante du social en dansant l’instinct de lien avec l’espèce, l’esprit tribal.

 

Jeu et Biodanza offrent la possibilité à chacun de rencontrer un groupe – utérus qui prend soin et nourrit son expression innocente, son identité exprimée en mouvements émus qui l’intègrent et offrent des espaces à la créativité existentielle pour nourrir les espaces de développement de chacun, avec harmonie et beauté.

 

Le jeu, dans sa fonction merveilleuse de socialisation, présente le paradoxe de demander qui joue, de se montrer face aux autres et demande à les prendre en considération, aidant l’homme à abandonner l’égocentrisme. Cela fait partie de ces espaces subtiles et raffinés d’où part l’évolution de l’être.

 

L’étape la plus mystérieuse de l’évolution de la vie est liée à la prise en compte par l’individu de son semblable, le sentiment de communion humaine peut probablement être l’axe secret d’un processus évolutif inconcevable.

 

Jeu et Biodanza, alchimie, monde des émotions, de l’énergie transmutée. Du « stress » à nous-deux, de la triade peur – rage – tristesse à l’amour et la joie, rames indispensables pour parcourir notre traversée.

 

Un sourire, un regard, beaucoup de contacts qui retentissent dans nos cœurs et nous offre du bien-être. Un bien-être qui incorpore la santé sociale dans nos vies et qui soigne le corps social auquel nous appartenons. Ainsi, nous proposons notre plus grande aspiration : Jeux de Vie pour la Vie, pour apprendre à être « en » et « avec » l’autre. Au-delà de nous-mêmes, créant des conditions pour la nutrition et le soin de la Vie, développant notre consistance affective dans l’exercice du mouvement – amour.

 

Nous avons besoin d’écofacteurs positifs, nutritifs et protecteurs pour que la vie surgisse et reste entre nous.

 

Nous croyons et désirons contribuer à une éducation qui promeut le contact, nous souhaitons que chaque personne entre dans un processus de conscience du semblable et de la nature globale que nous sommes, à partir d’une conviction affective profonde.

 

Nous sommes convaincus que la tâche des instituteurs et éducateurs (que nous sommes tous) est une tâche d’intégration affective. Nos enseignements souhaitent influer sur la découverte du réel et sur l’étonnement de chaque jour : le ludique, la sincérité, les potentiels créatifs, la tendresse, la spontanéité, la grâce des mouvements, l’estime de soi, l’estime de l’autre, l’équilibre, l’enthousiasme qui nous enseignent à savourer la présence de l’autre exaltée dans l’enchantement essentiel de la rencontre. Une éducation pour la plénitude.

 

Dans nos relations, nous avons besoin de reconnaître et d’agir sur l’établissement de liens essentiels qui cultivent l’affectivité, un contact intime, profond et ému, qui développe l’amour écologique en assimilant et en incorporant le sentiment de communion humaine.

 

Osons regarder notre splendeur, découvrir la splendeur de l’autre, être capables de regarder la semence de beauté de chacun à partir du naturel, de la joie, surpassant les barrières mentales.

 

Nous invitons à découvrir notre pleine expression par le jeu et la Biodanza, avec respect et tendresse, en eutonie et sans de grandes exigences, en montrant le meilleur de nous-même, à partir de l’Amour.

 

(Article compilé par Ignacio Moreno, extrait de la Monographie de titularisation en tant que facilitateur de Biodanza d’Ignacio Moreno et María Teresa Piñero à Caracas, Venezuela, 1995. Considérée à l’époque par Rolando Toro Araneda comme une Extension virtuelle).

 
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Article du mois de juin 2018
 

La liberté de t'aimer par Laura del Piano

 

Le manque d’amour est une situation biologique insurmontable

Rolando Toro Araneda

 

Penser de nouveau à l’amour, la liberté et la transcendance nous devient vital. Non comme des concepts abstraits, mais comme des allusions immédiates, comme des expériences corporelles, comme les noms que nous pouvons donner à nos formes de participation existentielle.

 

Il faut abandonner nos traditions intellectuelles pour entrer dans notre vie intime, dans notre besoin biologique d’amour et de transcendance.

 

Il y a une force profonde qui donne l’impulsion à la vie, qui nous met en mouvement pour atteindre des structures cohérentes

 

« L’amour est la plus grande force structurantes de l’existence » Rolando Toro

 

Elle est telle que le besoin de l’être humain devant son manque va vers la désintégration et la mort. Si les personnes ne le trouvent pas, ils entrent rapidement dans des situations pathologiques : toxicomanies, destruction, folie ou maladies organiques.

 

L’amour est donc une recherche de structure et d’unité en tant que façon d’être dans le monde et, contrairement à tout ce que nous pouvons penser de la Liberté, est l’acceptation joyeuse d’un conditionnement maximum en lien avec l’être aimé.

 

« La vivencia amoureuse réciproque renforce et exprime au maximum l’identité des amants » Rolando Toro

 

Dans l’interdépendance du processus amoureux à deux, chacun peut atteindre son identité maximale. La transcendance que l’amour nous apporte diminue notre individualisme et renforce notre identité.

 

Liberté pour aimer, transcendance, splendeur de l’identité et augmentation de la vivencia essentielle d’être vivant font partie d’un processus unitaire qui donne une structure à l’existence. L’amour vu de ce point de vue, est une énergie qui conserve et permet l’évolution de la vie en tant que Vie.

 

Dans un processus vivenciel de Biodanza, nous diluons les conditionnements habituels pour avoir la liberté d’aimer. Dans ce cas, la liberté opère comme une médiation transcendante pour l’amour.

 

En rencontrant l’amour, à partir de cette liberté, on commence le processus joyeux, épiphanique et créatif d’établir de nouvelle forme de conditionnement en lien avec l’être aimé.

 

C’est ainsi que Rolando propose la liberté pour aimer sur une base transcendante.

 

« Nous vivons dans une pulsation pour le désir d’amour et le désir d’être libres » Rolando Toro

 

Dans l’amour du couple, on peut structurer une forme de conditionnement à deux qui exalte l’identité et augmente le sens de la Vie.

 

A partir de cette expérience transcendante, l’irradiation de l’amour intra-espèce est possible, c’est une structure de solidarité cosmobiologique.

 

« Nous savons déjà qu’à partir de l’individualisme, l’amour est impossible » Rolando Toro

 

L’amour ne se réalise qu’à partir de la réalisation de l’identité, et réciproquement.

 

Dans l’amour, il y a fusion, circulation de vie, unité profonde. Ainsi se réalise le « je suis toi et tu es moi ». Il en ressort que quand l’autre nous apparaît transparent, il existe la possibilité de liberté de l’amour et de liberté par la fusion. La fusion amoureuse est le point maximum de bonheur et de plénitude que peut atteindre un être humain. C’est une combinaison de sentiments de profonde paix et euphorie.

 

La paix de descendre, par l’amour, vers les profondeurs du réel… le sentiment d’euphorie par la sensation de surabondance de vie et par la découverte créatrice d’une identité inimaginable.

 

« Pour trouver Dieu je regarde par tes fenêtres

Sur la pointe des pieds je descends par les fils vers le ventre

Du miel où en tourbillons violacés brame

La vie dans cet unique foisonnement de pétales

Qui montent et assoiffés te guettent femme traquée

De la frondaison tu écoutes comment viennent

Tes enfants qui croissent en grappes

Le long de tes bras étendus comme des branches bleues

Qui soutiennent les nids de cuivre et leurs rires

Tu es comme un paysage qui n’en finit plus

Dans ma mémoire une prison d’oiseaux en flammes … »

(Ludwig Zeller, Femme en songe)

 

La fusion amoureuse est essentiellement sexuelle. Elle implique une absence de répression, une liberté pour la fusion. L’absence de répression est la condition pour la manifestation du désir et le désir se produit par des actes successifs de connexion.

 

« La fusion implique liberté, désinhibition, connexion et désir. » Rolando Toro

 

La Biodanza travaille sur ces quatre aspects:

-       Elle stimule le processus de libération transcendante et le courage pour être intégré

-       Elle supprime la culpabilité et les mécanismes d’auto-répression

-       Elle facilite les moyens expressifs de connexion et de rencontre

-       Elle stimule la déflagration du désir.

 

En travaillant l’impulsion de fusion, nous stimulons la possibilité du plaisir maximum. Le plaisir amoureux est à la base de la vivencia d’être vivant.

 

La vivencia d’être vivant nourrit l’identité. La fusion amoureuse, euphorie de vivre, splendeur de l’identité à transcender chez l’autre  fut le centre de préoccupation de Rolando Toro Araneda (créateur de la Biodanza).

 

En parlant de fusion amoureuse, il se référait au processus d’intégration essentielle entre deux personnes. La disponibilité pour aimer comme attitude interne d’ouverture qui implique de donner et recevoir, d’aimer et de se laisser aimer.

 

Aimer et être aimé, comme expérience puissante et mystérieuse, deux personnes se choisissent et s’ouvrent l’un à l’autre en partageant le plaisir de leurs corps et de leurs cœurs.

 

Tomber amoureux et se fondre sexuellement avec l’autre : deux énergies qui se syntonisent et se transforme en une plus grande.

 

La simple relation sexuelle sans fusion amoureuse est un phénomène joué par deux individus et non deux identités.

 

Rolando a défini trois formes de relation érotique dont les conséquences sont radicalement différentes :

-       Une relation sexuelle dans laquelle un seul est satisfait. Elle est dissociative, amer et sans substance, dommageable pour les deux

-       Une relation érotique dans laquelle deux individus se satisfont, sans fusion. Elle est joyeuse, ludique et plaisante.

-       Une relation érotique dans laquelle deux identités se fondent. Elle donne à chacun une vivencia primitive de ce qu’on appelle le bonheur et rénove complètement les processus biologiques et la structure existentielle.

 

La Biodanza promeut la recherche des conditions de liberté pour aimer, pour transformer des formes létales de conditionnement en conditionnements qui augmentent l’intégration.

 

« Pour arriver à aimer, l’être humain traverse des étapes successives dans lesquelles il s’affronte avec lui-même, avec les risques de solitude et de mort, avec le vide de signification, expériences qui déclenchent un développement extraordinaire des fonctions affectives. » Rolando Toro

 

La Biodanza promeut le réapprentissage affectif, une nouvelle façon d’être dans le monde et l’expression d’une identité saine qui permet de construire avec l’autre.

 

Un mystère à révéler…. en biodansant.

 
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Article du mois de juillet-août 2018
 

Biodanza, joie et capacité d'extase. Entretien avec Rolando Toro Araneda

 

C’est à l’occasion d’un cours de spécialisation qu’il donnait en Suisse sur le thème « Le chemin de l’extase », que Rolando Toro Araneda a bien voulu répondre à quelques questions, un dimanche matin, au bord du lac Léman.

 

En Biodanza, on utilise souvent le terme vivenciel. Que signifie-t-il ?

A notre époque, la majorité des thérapies a comme base le dialogue. La raison et l’exploration de l’inconscient y interviennent avec intelligence et subtilité. En Biodanza, pourtant, on accorde une grande importance à ce que nous appelons la « vivencia », terme qui signifie sentir avec intensité, ici et maintenant, l’acte même d’être vivant. La vivencia a une dimension corporelle, c'est-à-dire qu’elle n’apporte pas uniquement des réponses mentales de transformation, mais aussi des réponses cénesthésiques, des réponses corporelles, de transformation.

 

L’intelligence et la raison ont des aspects transformateurs durables et importants, liés à la prise de décisions, au changement, à la déprogrammation du style de vie. Mais ce qui génère la transformation profonde, c’est l’engagement corporel, avec des émotions et avec du vécu, avec la vivencia. Ceci est une découverte en thérapie, parce que l’effet des vivencias peut durer très longtemps, et les décisions rationnelles de changer durent peu. La Biodanza a comme méthodologie l’éveil d’expériences vivencielles à travers la musique. Ces expériences ont leur expression corporelle dans le mouvement organique en cohérence avec le vécu.

 

Les vivencias laissent des traces d’une durée variable dans l’inconscient. Certaines durent 24 heures, d’autres une semaine, d’autres toute la vie. Par exemple, chez une personne dépressive, percevoir soudainement et intensément la sensation de ce que c’est qu’être vivant, se sentir vivant, est une expérience vivencielle inoubliable. La vivencia de connexion affective avec une autre personne génère des ressources comportementales facilitant par la suite les rapports humains. Une vivencia créative chez une personne vivant dans une routine, se sentir être un créateur, se sentir exprimer sa vraie identité, par exemple avec l’argile, ou dans une danse créative, ou un dessin, est une vivencia qui renforce la confiance en soi, et elle est durable.

 

L’expérience vivencielle mystique où l’on se sent faire partie de l’univers, et à laquelle se joint parfois l’expansion de conscience, permet de dépasser la dissociation entre l’être humain et la nature : l’être humain ne se sent plus être « face » au monde, mais il se sent « faire partie » du monde, il se sent comme un organe cosmique. Pour une personne triste et sans élan de vie, la vivencia de joie ouvre une sorte de voie, de canal à l’expression de cette émotion de joie.

 

Or, la Biodanza s’intéresse par-dessus tout à la vivencia de connexion avec l’autre. Nous avons des difficultés de connexion, dues aux conventions, aux idéologies, au sentiment d’insécurité en soi, au fait que l’on perçoit l’autre comme un danger, comme un ennemi potentiel. Emergent alors les protections au sein du lien, la personne se défend en permanence, elle essaie de s’affirmer en tant qu’individu, et l’aspect affectif de la connexion, « l’humain », diminue beaucoup. Parfois il n’existe pas, et le dialogue devient information, et non pas communication intime et contact. En Biodanza, nous proposons des exercices pour éveiller les vivencias de lien, de lien humain. Dans notre société, la capacité de lien est très refoulée. Nous parlons en formules toutes faites, en formules « polies » structurées par les mœurs, et nous ne donnons rien de nous-mêmes à l’autre, ni ne l’écoutons vraiment. Le dialogue devient alors pathologique, sous une apparence de communication. S’il n’y a pas de connexion entre deux êtres humains, leur relation n’est pas saine. Le dialogue, dans ce cas, est un mensonge.

 

Est-ce dans ce moment de connexion, dans ce moment de lien, que se trouve la vivencia ?

Oui, voilà, au moment où il y a connexion, tout le corps est aussi en connexion, le regard, le sourire, l’étreinte, l’expression du visage… Quand il n’y a pas de connexion, c’est presque un dialogue entre deux masques.

 

Tu dis que la Biodanza est un chemin d’éveil vers l’extase. Comment nous amène-t-elle vers ce chemin ? Peux-tu nous en parler ?

Oui, mais l’extase est une étape supérieure de la Biodanza. L’essentiel est d’abord l’intégration personnelle, acquérir sécurité et estime de soi, et aussi se connecter affectivement aux autres. Ensuite, une expression supérieure de l’esprit consiste à augmenter la perception et l’expansion de conscience, de façon à accéder au merveilleux, à entrer en extase face à ce qui pour nous fait partie de la routine.

 

La perception de celui qui entre en extase est profonde, spéciale, inédite et d’une beauté inconnue auparavant. Cette « beauté nouvelle » se manifeste dans notre perception de l’autre, dans notre perception de la nature, du climat, etc. Par exemple, quand il pleut, les personnes se plaignent du temps, et ne ressentent pas l’euphorie ni la puissance de la nature. Le concept de danser sous la pluie est très intéressant... (Sourire).

 

Les personnes qui ont une perception amplifiée sont beaucoup plus « personnes » que les gens soit disant ‘ordinaires’, parce que les premières captent la subtilité, la profondeur, et l’extrême beauté de certaines situations, même de situations du quotidien. Parfois, un moment avec un ami, avec un fils, autour d’une tasse de thé, peut se passer dans une atmosphère de beauté émerveillante... Et les gens vivent ceci comme un acte quelconque de leur routine.

 

Elargir sa perception conduit fréquemment à l’extase dans la vie : nous voyons un enfant qui danse dans une flaque d’eau, ou qui jette de la neige... Et dans son visage, nous découvrons son âme, faisant un avec la nature. A cet instant-là, nous sommes en train d’accéder à une manifestation subtile de la beauté. Accéder fréquemment à un état d’extase n’est pourtant pas toujours facile à vivre. Comme Rilke le disait : « La beauté est effrayante », en ce sens que quand on voit « beaucoup », on ne voit pas seulement le côté heureux, on voit aussi la douleur. Dans le visage d’une femme très âgée qui a été abandonnée par ses enfants, par exemple. On voit sa douleur dans ses rides, dans son regard... Tandis que les gens ne voient qu’une vieille femme, ils ne perçoivent pas tout son passé d’effort, d’enthousiasme, d’amour qui a été déçu, et le fait qu’elle se retrouve seule au monde. Alors, en accédant à l’extase, on peut entrevoir aussi la douleur dans sa profondeur, la réalité essentielle.

 

Nous vivons en effet comme des automates, comme des somnambules. Nous percevons très peu... Nous n’avons pas accès à la musique dans son sens profond. Les personnes entendent seulement le bruit répétitif, la stridence, mais elles ne parviennent pas à en apprécier l’harmonie, la mélodie, la richesse du rythme, la tonalité, parce que ces aspects de la musique ne parviennent pas à leur perception, et elles ne peuvent pas se laisser toucher par la musique. La Biodanza fait le lien entre cette pauvreté de perception et certains problèmes graves de notre société : les parents ne parviennent pas à communiquer avec leurs enfants, ni les professeurs avec leurs élèves... parce qu’ils ne les voient pas ! Notre vie se déroule dans un monde à forte tendance rationnelle, pratique, utilitaire, et nous ne vivons pas la dimension affective, ni la perception de l’essentiel. Nous perdons le sens de la vie... Dans ce contexte, la Biodanza se présente comme une invitation à regagner ce qui fait la grandeur de l’être humain, sa joie, sa capacité d’extase, sa tendresse... Nos mœurs mettent à mal tout ceci. Nous avons perdu le sourire, le regard en connexion, la douceur de la caresse, nous nous retrouvons avec le massacre et la bombe atomique... Voici le bilan, en tout cas celui que je fais, de notre époque.

 

Le but de la Biodanza est une réparation, une réinsertion dans la vie et dans ses manifestations de grandeur et d’amplitude. A l’école, par exemple, l’histoire s’apprend comme une succession de guerres, d’invasions, et d’actes héroïques entourés des meurtres les plus sanguinaires. Tout le monde connaît l’histoire d’Attila et de Napoléon, mais n’a pas écouté une partita de Bach, n’a pas regardé une œuvre de Leonard De Vinci, ni ne connaît la vie d’Edison, et encore moins la pensée d’Einstein concernant le monde. On apprend aux enfants la partie avilissante de l’histoire de l’humanité. Les enfants n’apprennent pas ce qu’est la grandeur humaine. Il faut modifier l’éducation, et y inclure l’importance de la motivation, du sens du merveilleux, des faits historiques transcendants, comme la découverte du vaccin contre la poliomyélite, qui sauve des millions d’enfants... Au lieu de cela, on leur apprend comment tuer de millions d’enfants avec des bombes ! Je ne suis pas fier de notre civilisation, et je propose clairement un autre regard, une autre forme de conscience, une autre forme de vie.

 

Beaucoup de personnes se questionnent sur le sens de la vie, et cherchent le bonheur. Quel sens prend ceci pour toi?

La recherche du bonheur est une quête humaine universelle, mais les chemins proposés ne l’offrent pas. Les personnes peuvent prier quatre fois par jour en direction de la Mecque, elles peuvent aller à la messe le dimanche, elles peuvent rester des heures à méditer dans un temple bouddhiste, sans pour autant s’approcher du bonheur. Le bonheur, c’est l’amour qui l’offre, c’est la relation avec les enfants, avec le conjoint, les fêtes, ce sont les aliments merveilleux qui existent, pas les aliments conditionnés. Le bonheur c’est la musique qui l’offre, c’est la danse, c’est l’étreinte. Les voies que nous empruntons pour trouver ce bonheur sont de fausses routes, ce ne sont que des « béquilles », et la perte du sens de la vie est générale. Notre civilisation est engouffrée dans la dépression, le stress, la solitude, le sentiment d’échec. Les gens se demandent : « La vie a-t-elle un sens ? Pourquoi suis-je en train de vivre ? » Pourtant, la vie a un sens intrinsèque, elle « crie » son sens. Toute la vie ne fait que proclamer sans cesse et uniquement signification.

 

Toute la vie manifeste en permanence son sens cosmique et profond, le sens de l’âme, de la relation humaine, et de l’esthétique. Mais les personnes perdent le sens de la vie. Le taux de suicide augmente dans beaucoup de pays dans le monde. Pas toujours, mais de façon générale chez les peuples primitifs le sens de la vie reste vivant, même dans des situations de difficulté et de misère. Dans notre civilisation, pourtant, on en perd très facilement le sens.

 

La Biodanza restaure l’identité de la personne : « Je suis ici, et je suis vivant, et c’est merveilleux. Je suis ici pour toi, pour t’accueillir, pour te célébrer ». La Biodanza est une sorte de proposition simple, elle n’est en rien géniale. C’est d’une logique et d’une intelligence flagrantes et incontestables que les jeunes, au lieu d’être envoyés se faire massacrer au combat, devraient faire l’amour, danser, écrire des poèmes, voyager, pratiquer du sport… C’est le sens de la vie. La Biodanza - ceci est très important - ne tient pas compte des situations « régionales », ni se sert des concepts ou des approches caractérologiques, c'est-à-dire que toute la psychologie est « gommée » d’emblée, à la base. On veut en effet savoir quelles sont les caractéristiques de la personnalité, le caractère des personnes, quand la question essentielle que la psychologie doit se poser est : qu’est-ce qu’« être humain » ? Cette question englobe toute l’espèce, et non pas seulement les valeurs d’une région déterminée. La Biodanza nous invite à ne pas perdre du temps à faire une analyse psychologique du caractère, mais à voir l’humanité qu’il y a chez une personne, c’est tout. Peu importe qu’elle soit introvertie, sociable, ou plutôt individualiste. La seule chose qui compte c’est l’humanité qui est en elle.

 

Qualifier l’humain est le grand défi de la philosophie contemporaine. Il y a beaucoup de caractéristiques universelles de l’être humain. J’en ai proposé plusieurs, parmi d’autres : la perception amplifiée, bien évidemment, l’expansion de conscience, le courage, la perception esthétique, l’éthique, celle qui part du cœur et non de la morale, la conscience de la mort, et la conscience d’être vivant, la valorisation de l’acte d’être vivant, la joie, la création musicale qui n’existent pas chez les autres espèces animales.

 

Celles-ci sont, d’après toi, des caractéristiques universelles de l’humain ?

Oui, c’est cela, et dans la mesure où nous y avons accès, nous sommes « plus humains », en notre essence, et non pas uniquement d’après la définition que la biologie donne du terme « espèce ».

 

Propos recueillis par Laurent Montbuleau, avec la participation de Nadia Robin le 25 janvier 2009, à Vevey (Suisse).

Traduction : Neus Òdena Manonelles

Remerciements à Janine Schaerlig

 

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Article du mois de septembre 2018
 

De l'art de soigner à l'art de vivre par Ana Maria Alberti et Guillermo Retamosa

 

La médecine a traditionnellement défini quoi faire dans l’ « art de soigner ». Dans son évolution, elle a modifié ce concept : « de l’art de soigner à la science et à l’art de prévenir et soigner ». Cette modification indique qu’elle focalise la maladie et la santé à un premier niveau de prévention incluant des actions de promotion de la santé et de prévention des maladies.

 

Dans les groupes de Biodanza, avec des personnes avec différentes pathologies et différents traitement, le premier défi est de trouver les confluences entre les différentes disciplines thérapeutiques et la théorie et la méthodologie du système Biodanza, afin que les actions pour récupérer la santé et le désir de vivre des personnes se complètent de façon synergique.

 

Afin de donner des réponses aux besoins et aux caractéristiques des groupes, la Biodanza a évolué en développant des applications et des extensions où elle inclut des apports d’autres disciplines cohérentes avec le Principe Biocentrique et sa méthodologie vivencielle.

 

La Biodanza est un art qui parcourt le chemin inverse à la maladie : elle développe les capacités de santé que chaque participant a bien au-delà de sa maladie en aidant à la récupération. Elle partage avec la médecine le fait que, une fois la maladie installée, il y a des niveaux de prévention, secondaire ou tertiaire, pour éviter des séquelles et développer une meilleure qualité de vie. De ces confluences surgit la possibilité de travailler ensemble en potentialisant les effets des deux pratiques.

 

Actuellement, le manque de conformité des “personnes – patients – usagers » avec l’attention médicale est fréquent. Les principales plaintes concernent l’attention (peu de temps, institutions médicales qui ressemblent à des supermarchés, bureaucratie intense, etc.), les caractéristiques des professionnels (manque de communication, cachés derrière des ordinateurs, n’examinent pas le corps, etc.), envahissement technologique (surestimation du rôle de la technologie, déshumanisation de l’attention, etc.) B. Gandini, Cours de Biodanza clinique, Faculté de médecine, UNC.

 

Clinique biocentrique – Biodanza clinique

Nous appelons clinique biocentrique l’inclusion du paradigme biocentrique dans l’exercice professionnel et/ou les travaux où la relation avec les personnes s’établit. Il demande un changement de perspective en mettant l’accent sur la relation avec les consultants et sur la santé-maladie et sur le traitement. Pour cela, il faut élargir le champ de la Biodanza en incluant les acteurs qui interviennent dans le processus de récupération de la santé.

 

Il est nécessaire d’entrer dans les espaces académiques des différentes médecines, manquant d’information et de formation sur la pensée biocentrique, en présentant la Biodanza et son potentiel de guérison en clinique, complémentaire aux traitements spécifiques, en ouvrant des espaces de formation pour les opérateurs de santé.

 

Simultanément, l’extension de Biodanza clinique donne les outils aux facilitateurs de Biodanza pour travailler dans le domaine de la santé, soit dans un système formel, santé publique et/ou privé, ou informel dans différents groupes et espaces communautaires.

 

Une façon de permettre l’insertion sociale de la Biodanza est d’entrer dans les institutions. Accéder au système de santé avec une proposition innovatrice comme la Biodanza n’est pas une tâche facile. Elle implique de reconnaître les singularités dans la formation de ses opérateurs, les codes et la culture de l’organisation pour présenter un projet qui résonne et soit valide pour l’institution. Un équilibre délicat entre l’établi et le nouveau qui ouvre la possibilité de réaliser des accords de complémentarité des chemins thérapeutiques en fonction de la qualité de vie des usagers.

 

La Biodanza clinique offre au système de santé un instrument qui contribue à modifier l’exercice dysfonctionnel de l’ « Art de Soigner » : elle rapproche les thérapeutes et l’équipe de santé des personnes qui les consultent en contribuant à établir une relation empathique et compréhensive, comprenant la santé comme une forme de souffrance humaine avec des vivencias de déséquilibre et de mal-être dans le corps et l’esprit qui demandent, au-delà d’atténuer la maladie, un processus très progressif de réhabilitation pour la vie. Clinique biocentrique et Biodanza clinique changent le paradigme dans l’exercice professionnel, dans l’efficacité des équipes de santé et des facilitateurs de Biodanza. Elle le centre sur le respect de la vie, sur les relations réciproques, éthiques, sur l’importance des liens affectifs. Dans l’exercice biocentrique, nous sommes tous engagés, nous sommes participants, protagonistes actifs d’un processus de guérison dans lequel nous partageons les responsabilités à partir des possibilités et savoirs de chacun et à partir des différents rôles des participants du groupe. La Biodanza a la solidité théorique, épistémologique et méthodologique qui permet, en intégrant les sciences et l’art, le transdisciplinaire dans un nouveau paradigme cohérent avec les développements scientifiques au service des besoins de l’espèce humaine pour son évolution.

 

Construire des ponts

Convoqué par l’Organisation Panaméricaine de la Santé/Organisation Mondiale de la Santé (OPS/OMS) et le Réseau Latino-américain de l’Art pour la Transformation Sociale (RLATS) entre le 17 et le 20 août 2009, on a réalisé à Lima le premier forum international « Art, Pont pour la Santé et le Développement »

 

Artistes, membres d’organisations d’art et de culture, travailleurs en lien avec la santé, l’éducation et le développement social, fonctionnaires et membres de la communauté académique et scientifique de quinze pays se sont réunis avec pour objectif de contribuer à la construction de relations et de synergies entre les personnes et les institutions dans les domaines de la santé, de l’art, de la culture et du développement, et d’avoir un impact plus créatif et effectif sur l’amélioration de la qualité de vie de nos populations.

 

Comme résultat de cette rencontre, les participants ont souscrit une déclaration avec un contenu scientifico-politico-social important qui mériterait d’être lu dans sa totalité.

 

Nous synthétisons ici en citant les paragraphes concernent le sujet que nous développons.

 

-       L’art et la culture – intimement liés à la construction de l’identité individuelle et collective sont des droits inaliénables des personnes.

-       L’art est un langage privilégié pour l’expression et la mobilisation des désirs et des émotions et devient donc un outil puissant qui promeut et répare la santé, permettant aux individus et aux communautés de réélaborer des situations critiques, douloureuses ou problématiques et promouvoir des scénarios pour leur vie meilleurs et plus heureux.

-       L’art, par la créativité, l’imagination, la pensée critique et l’amour, promeut la réflexion et la projection de nouvelles réalités qui donnent l’impulsion à la création et au soutien d’une citoyenneté active, en faveur du changement social et de la consolidation des démocraties.

-       L’art a en lui le pouvoir singulier de créer les conditions pour l’expression humaine dans sa plus large diversité d’âges, de genres, d’identités sexuelles, d’ethnies, de croyances religieuses et idéologiques et de conditions socio-économiques.

-       Etant donné que l’art est une expression intégrante des dimensions psychiques, émotionnelles, sociales, culturelles, rationnelles, physiques et spirituelles des individus et des sociétés et qu’elle promeut des processus de transformation, c’est un vrai pont pour la santé et le développement. (Arte y Salud.new.paho.org/blog/Arte y salud).

 

Ces déclarations faites à Lima par des organismes internationaux de santé publique réaffirment, avec un apport transdisciplinaire, les principes de la Biodanza formulés dès le départ et développés dans le Paradigme Biocentrique.

 

La reconnaissance de l’OMS et l’OPS de la valeur thérapeutique de l’art est un argument provenant du formel – institutionnel et habilitant l’inclusion de la Biodanza dans des activités du système de santé.

 

A Cordoba, entré dans la faculté de Médecine de l’UNC, avec le développement de l’extension de Biodanza clinique, le système Biodanza est reconnu pour sa consistance théorico-méthodologique et pour son potentiel thérapeutique complémentaire.

 

Biodanza clinique – L’art de vivre

Le chemin que parcourt Rolando Toro dans le développement de la Biodanza clinique part de l’application de la Biodanza avec différents cadres cliniques, en observant et enregistrant les résultats. Il écrit les pas pour une nouvelle psychiatrie, soulignant ce qu’il appelle les sept catastrophes existentielles.

 

Biodanza, Ars Magna, Art suprême inclus dans la formation de facilitateurs de Biodanza et le Projet Minotaure publié en 1988, sont les premiers approches thérapeutiques de la Biodanza. Plus spécifiquement orientées vers la clinique, elles décrivent la psychopathologie des dissociations et proposent des exercices et des danses qui promeuvent l’intégration.

 

L’extension Biodanza clinique se structure, élaborant les fascicules : Biodanza, traitement complémentaire pour différents cadres cliniques, Biodanza et diabète, Troubles gastro-intestinaux et hypertension artérielle.

 

Rolando Toro explique ainsi la Biodanza clinique:

« La proposition de la Biodanza clinique est née du constat que des améliorations dans le cadre clinique de certaines maladies étaient perçues chez les participants des groupes hebdomadaires de Biodanza. Le fait que certaines personnes malades vont mieux est dû aux exercices et danses proposés qui ont un effet psychosomatique. Le processus que propose la Biodanza a pour objectif fondamental la réhabilitation existentielle, ce qui veut dire avoir une valeur de prévention psychologique et une élévation de la qualité de Vie. »

 

La maladie apparaît comme un indicateur du besoin de redéfinir notre vitalité, notre mode de vie, elle demande des transformations dans le style de vie.

 

Elle demande, de plus, de cibler l’habitat, les conditions du contexte dans lequel vit l’être humain et son incidence sur la santé et la maladie.

 

Penser à la santé, au-delà des définitions classiques, demande de nous impliquer et de nous connecter avec la vie et ses va-et-vient entre ses bien-êtres, mal-êtres, amours, passions, colères chaos, tourbillons, calmes.

 

Tout ceci dans un corps-psyché qui habite un espace social avec lequel il interagit avec des modifications continues et mutuelles. La Biodanza a des effets d’intégration psychosomatique en stimulant la vitalité et la santé ; elle développe la rénovation organique, l’autorégulation, l’action sur le système intégrateur-adaptateur-limbique-hypothalamique (SIALH), l’action sur les fonctions trophotropes de réparation organique. L’acceptation de soi et de l’état actuel devant des situations critiques adverses douloureuses ou des maladies est essentielle pour commencer le processus de récupération. Par des vivencias de tendresse, de contact et de caresses, la Biodanza a un effet thérapeutique qui induit des changements dans l’affirmation existentielle de la personne.

 

La ligne de la créativité stimule la possibilité d’apprendre – désapprendre à créer un ordre, une beauté et une finalité à partir du chaos et du désordre, c’est l’élément de rénovation que nous appliquons à notre propre vie, nous créer nous-même, mettre la créativité dans chaque acte promeut l’adaptabilité intelligence et l’exercice de la liberté.

 

Relier l’art au travail groupal en amplifiant les ressources de la ligne de la créativité est un des chemins que nous choisissons pour générer un terrain propice, enrichi qui active les potentiels de la personne.

 

Déployer des langages expressifs de l’art, propres à l’espèce humaine, facilite l’expression des émotions, de notre communication, mobilise nos capacités, diminue les peurs et nous amène surtout à jouir sans critique ni jugement de valeur ce que nous faisons.

 

En Biodanza clinique, cela prend une dimension spéciale parce que, dans l’expression créative,  l’identité se manifeste et se matérialise plus spécifiquement, se visualise dans une production concrète qui a un effet et dans laquelle le participant reconnaît la déflagration que les vivencias créent dans l’intériorité de sa personne.

 

L’art de vivre est le chemin auquel nous conduit le processus de Biodanza. La vie « en état d’art », la joie de danser la vie en créant et déployant à partir de nos possibles, en nourrissant l’existence avec des liens d’amour authentique.

 

Réhabilitation existentielle comme l’aurait dit Rolando Toro.

 

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Article du mois d'octobre 2018
 

La raison passionnée par Nicolas Lopez Meyer

 

« En vérité, seule une superstition triste et sombre peut empêcher que nous nous réjouissions.

Quelle raison y a-t-il à ce que cela ne soit pas aussi souhaitable de se débarrasser de la mélancolie que d’assouvir la faim et la soif ? Telle est ma règle et mon âme est ainsi disposé : aucune divinité, seulement un envieux peux se réjouir de notre impuissance et de notre infortune, et considérer comme vertueux nos larmes, nos sanglots, la peur et d’autres signes semblables de l’âme impuissante. Au contraire, plus grande est la joie qui nous remplit, plus grande est la perfection que nous atteignons et plus nous participons nécessairement de la nature divine. Ainsi, se servir des choses et profiter d’elles quand c’est possible est le propre de l’homme sage. » Baruch Spinoza

 

Dès le moment où nous naissons, nous êtres humains sommes tributaires des rencontres. Ceci se passe quand nous ne savons pas clairement quelles rencontres augmentent notre puissance et lesquelles la diminuent. Nous ignorons aussi ce qui nous compose, les relations internes qui nous caractérisent. Nous ne pouvons toutefois pas, à cause de cela, définir notre existence comme étant irrationnelle. Nous avons au moins une rationalité limitée.

 

Ainsi, nous les humains, dans la discordance des rencontres passionnelles et les résolutions imaginaires, nous sommes tous différents entre nous. Spinoza le disait déjà au 17ème siècle : la concordance entre les personnes est rare…

 

Si nous voulons que, dans notre vie, il y ait concordance avec les autres êtres, il faut gérer aux passions tristes, celles stimulées par les apologistes du calvaire terrestre, les terroristes de l’âme et les statisticiens de l’inégalité sociale.

 

Affirmer notre identité, augmenter notre puissance d’œuvrer pour et par la relation avec les autres semble être le chemin… et c’est la proposition de la Biodanza.

 

C’est le désir de persévérer dans l’existence que proclamait le sage hollandais, c’est le principe biocentrique dont Rolando a eu l’intuition… là ne peuvent se créer des conflits ou des contradictions externes, ce qu’il y a là est vie pure.

 

Seule une superstition sinistre peut condamner le plaisir de vivre, ce plaisir est une possession sereine de soi-même de la part du mental et du corps qui ne se laisse pas déprimer par les difficultés de l’existence.

 

Par la danse de la vie, nous pouvons étendre les limites du pouvoir d’exister qui sont propres à notre nature. La vertu dans la vie est la vie elle-même.

 

Spinoza nous invite à sortir de la servitude qui se produit quand nous nous abandonnons aux plaisirs occasionnels qui, en tant que tels, ne peuvent nous donner une satisfaction permanente ou aux passions plus ou moins durables et terminer ainsi en craignant la mort ou en méditant de façon obsessionnelle sur elle.

 

La servitude, c’est quand on n’est pas maître de soi mais au service de la chance, à laquelle nous sommes tellement soumis que nous nous sentons parfois obligé de faire le pire, bien que nous voyons le meilleur. Nous serions alors condamné à vivre en marge de la connaissance active et vivifiante de l’éternité et de la vérité, à rester enlisé dans la passivité et dans la relative débilité des passions et de l’imagination.

 

L’obstacle le plus difficilement surmontable, celui qui empêche la réalisation de l’utile et du bonheur, est représenté par Spinoza et par le penseur biocentrique par le comportement des êtres humains. C’est pour cela que parfois Rolando disait que la question de la philosophie devrait être : Qu’est-ce qu’être humain ? Les consignes et propositions vivencielles de la Biodanza semblent inspirées par les visions de ce que Spinoza considérait comme des obstacles à la rencontre de notre propre puissance-nature.

 

En effet, comme nous avons quelque fois entendu dans une consigne de Biodanza, nous les hommes sommes les pires ennemis de nous-mêmes : nous annihilons la vie mais – comme Ignace de Loyola ou les mélancoliques – nous sommes attirés par l’amor mortis par le plaisir pervers de la tristesse ou du désespoir pour sa propre chance future dans ce monde ou dans l’autre ; nous désirons tous, en paroles, la liberté, nous semblons enclins à suivre son utilitas, mais nous nous voyons généralement résignés à vivre dans la terreur du Léviathan et de l’enfer ou à mourir pour la gloire d’un seul ou pour celle d’un Dieu garant de notre passivité et nullité ; nous nous lamentons continuellement de la caducité de notre propre existence mais nous savons aussi en faire bon usage et nous cherchons une compensation à sa brièveté dans l’espoir d’une vie éternelle.

 

Alors que nous agissons ainsi, nous sommes cependant encore des serfs. En effet, comme nous savons « l’homme libre en rien pense moins que dans la mort ».

 

Pour pouvoir se libérer de la passivité absolue face aux passions, il serait peut-être nécessaire d’admettre d’abord leur suprématie : en diminuant nos prétentions exorbitantes de contrôle et d’autocontrôle sur elles, les chances de succès à les affronter se multiplient paradoxalement et on découvre la puissance de l’imagination, la capacité d’évoquer les choses absentes. Il ne servira non plus à rien d’essayer d’étouffer les passions par l’intervention énergique de la volonté ou de la raison.

 

La proposition de la Biodanza coïncide avec le déploiement d’une raison passionnée qui nous permet de développer le courage et la fermeté de l’âme devant les caprices de la chance. La générosité avec les autres hommes agit à partir du plaisir partagé et réciproque et les actes compatissants du cœur.

 

La Biodanza propose une méditation dansée qui a un effet sur la passion pour développer la vie, la séparant de la passivité venant de l’imagination, grâce à un voyage dans les ressources universelles comme le rythme et l’harmonie musicale, le mouvement organique, la rencontre amoureuse. Une vivencia épistémique qui permet d’atteindre la joie la plus haute, la béatitude, là où toutes choses s’éclairent de sens.

 

Avoir un corps apte pour beaucoup de choses par des vivencias intégrantes, nous permet de déployer une raison passionnée, une raison poétique dans le style de Maria Zumbrano, une mystique biocentrique (Raul Terrén), un abandon d’amour mystique et d’accéder finalement à l’éveil de la grandeur humaine par l’inconscient numineux, l’ultime grand héritage de Rolando Toro.

 

En dépit du fait que Spinoza considère que tous les êtres humains naissent ignorants des causes des choses, qu’ils ont un désir conscient de chercher ce qui leur est utile et qu’ils considèrent toutes les choses de la Nature comme des moyens pour obtenir ce qui leur est utile, il est intéressant de souligner que le philosophe hollandais n’est pas simplement un réaliste de la condition humaine... sa proposition est que, étant donné qu’il n’y a pas de possibilité de connaissance des données externes, nous ne disposons que de vivencias fragmentaires de composition et décomposition de notre individualité. Et cela se passe par les rencontres, l’unique façon que j’ai de savoir ce que mon corps peut, c’est à partir des rencontres avec les autres et d’utiliser la raison pour établir des notions communes, ce que j’ai en commun avec les autres et qui parlent en réalité de moi, de mes relations internes qui me caractérisent ; je me connais à partir de mes possibilités de composer avec les autres. Laissons de côté les propositions New Age de connaissance de soi, - je ne me connais pas parce que je suis un mystère infini – proclamait Rolando,  - mais quand je suis avec toi, j’ai des notions de moi -.

 

Comme le dit Denise : - Devant l’avancée des passions tristes, nous pouvons concevoir d’autres mondes si nous habitons notre puissance et si nous promouvons activement la joie et la rencontre -.

 

Le processus de développement par la Biodanza m’a permis de comprendre que la valeur des choses dépend de l’union que chacune d’elles a avec moi ainsi, plus que tout, nous devrions aimer les autres personnes, comme nous l’enseignent les vertus de l’honnêteté et, plus concrètement, de la générosité et de l’affectivité (ligne de vivencia du système Biodanza).

 

Selon Spinoza, la liberté et le bonheur retirent toutes leurs forces de l’amour pour Dieu/nature comme étant éternel.

 

Du point de vue de la Biodanza, nous pouvons dire que cet amour constant et éternel pour Dieu coïncide avec un développement de l’empathie, de l’affectivité, de l’amour qui nous donne la base pour que se fasse ce passage progressif à un état d’abandon, régressif, altérant et amplifiant notre conscience et, dans cet état, nous expérimentons la révélation d’un ordre fondamental de l’univers dont l’acceptation nous intègre et nous unit à la totalité.

 

Nous pourrions même nous aventurer à dire que ce qui se passe dans une session est la vivencia d’états amoureux toujours plus intenses, qui culminent ou débouchent tout à coup sur un état d’amour universel, mythique, mystique ; que tous les états amoureux par lesquels nous allons transiter sont également différents états de conscience amplifiée et d’intégration.

 

La vivencia en Biodanza est un épiphénomène qui nous permet d’atteindre le degré maximum de réalisation quand nous atteignons notre propre essence ; nous développons un tel degré d’intuition qui nous permet d’accéder directement à l’essence des autres et au moyen de l’amour-action à transformer les mauvaises rencontres en bonnes rencontres.

 

Arrivé à ce point, nous pouvons conclure que la pensée biocentrique et l’éthique spinozienne sont des intuitions qui se croisent dans l’hologramme doré immanent.

 

Références

Spinoza, Baruch – Traité de la réforme de l’entendement

Spinoza, Baruch – Etique démontrée suivant l’ordre géométrique en 5 parties

Kaminsky, Gregorio – Spinoza, la politica de las pasiones

Najmanovich, Denis – Séminaires

Scalise, Adrian – Biodanza y Ritual Mitico

Bodei, Remo – Géométrie des passions

Terrén, Raul - Symposium

 

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