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Articles 2017

 

 

Tous les articles

janvier : Vivencia et co-vivencia, tribu et groupalité par Carlos Garcia
février : Biodanza, la poétique de la rencontre humaine par Rolando Toro Araneda
mars : Le cercle des archétypes par Raúl Terrén et Verónica Toro
avril : L'épiphanie de la rencontre par José Luis Azevedo
mai : Neurosciences et Biodanza par Gittith Padilla Sanchez
juin : L'imagination, la zone magique de la nature par Valentino Terrén Toro
juillet-août : Réflexion sur les concepts universels et l'échelle des conduites concernant la capacité de lien humain proposée par Rolando Toro par Berta Garcia
septembre : Créativité et Développement par Alberto Felix Labarrere Sarduy
octobre : Intelligence émotive et affective, les deux propositions de Rolando Toro et Daniel Goleman par Franco Ceresa
novembre : Les remèdes spinoziens pour la vie affective par Nicolas Lopez Meyer
décembre : Modèle théorique de Biodanza, une vision onto-bio-cosmologique par Danielle Tavares

 


Article du mois de janvier 2017
 

Vivencia et co-vivencia, tribu et groupalité par Carlos Garcia

 

Ce n’est pas pour rester à la maison que nous faisons une maison

ce n’est pas pour rester dans l’amour que nous aimons

et nous ne mourons pas pour mourir

nous avons la soif et

les patiences de l’animal.

Juan Gelman

 

En nous qui sommes si modernes et si civilisés, si éduqués par la raison et le calcul, palpite encore l’impulsion originelle de la tribu. Bien avant les contrats sociaux, les cases et les classes, avant que nous habitions les cités ou même des villages, il y avait la tribu. Et le sentiment tribal reste sous l’épaisse cuirasse de la répression morale et sociale. Nous pouvons le voir émerger dans les états de régression et dans la transe, mais aussi dans les concerts et dans les states, pourtant bien contaminés par les identifications et le consumérisme. Dans ces cas, la fusion du corporel et de l’émotionnel a donné lieu à un phénomène tribal qui est plus qu’une foule de personnes ensemble. Dans cette groupalité, on revit le sens tribal qui nous connecte de nouveau à l’espèce et, par elle, à la matrice universelle.

 

Je sais que certains pourraient demander : Pourquoi récupérer, dans ces temps de progrès, quelque chose de si archaïque comme le sentiment tribal qui nous habite ? Cela ne signifie-t-il pas un recul, une involution à des étapes dépassées de l’histoire humaine ?

 

Au contraire d’un recul ou d’une involution, la récupération du sens tribal commence à être vu comme fondateur d’une nouvelle forme de lien plus proche de celui vivenciel que social. Selon Michel Maffesoli, ce qui est important dans les nouvelles formes de groupalité ce sont les façons de communication et d’interaction vivencielle entre les personnes en lien, beaucoup ritualisée et locale développant de cette façon d’autres valeurs. « En ce sens, avant d'être politique, économique ou social, le tribalisme est un phénomène culturel. Vraie révolution spirituelle. Révolution des sentiments mettant l'accent sur l'allégresse de la vie primitive, de la vie native. Révolution exacerbant l'archaïsme en ce qu'il a de fondamental, de structurel et de primordial. Toutes choses, on en conviendra, qui sont fort éloignées des valeurs universalistes ou rationalistes, propres aux tenants des pouvoirs actuels. » (Michel Maffesoli).

 

Pour la Biodanza, plus particulièrement, il est très important de récupérer la valeur et ce que représente ce que nous appelons « le tribal », surtout comme une forme différente de groupalité, parce que la méthodologie de la Biodanza est basée sur le phénomène de régression comme forme de structuration de l’identité et la régression est par essence un phénomène essentiellement primaire et tribal.

 

Maffesoli se risque à aller bien au-delà en proposant un nouveau concept qui comprend la régression mais récupère aussi la valeur de l’instant. Il dit : « Je propose, actuellement, un autre terme : " ingrés " qui à l'image de ce que l'on trouve dans certaines langues romanes (espagnol, italien, portugais), met l'accent sur le fait que peut exister un chemin qui n'ait pas de but, une marche ne se finalisant pas. Entrer (in-gressa) sans progresser (pro-gressa). Voilà ce qui me semble être en jeu pour nos tribus contemporaines. Elles n'ont que faire du but à atteindre, du projet, économique, politique, social, à réaliser. Elles préfèrent " entrer dans " le plaisir d'être ensemble, " entrer dans " l'intensité du moment, " entrer dans " la jouissance de ce monde tel qu'il est. Il est des thérapies (il connaît la Biodanza) reposant sur le principe de régression. Pourquoi, avec la correction sémantique que je viens d'apporter, ne pourrait-on pas envisager une même procédure pour ce qui concerne la vie sociale. Écoutons l'Ecclésiaste : " les fleuves retournent à leur source pour couler à nouveau ". Il y a, parfois, civilisationnellement, des attitudes " d'ingression " favorisant une nouvelle reviviscence sociale. Ce qui nous incite à opérer une véritable plongée dans l'inconscient collectif. Je veux dire prendre au sérieux les fantaisies communes, les expériences oniriques, les manifestations ludiques par lesquelles nos sociétés redisent ce qui les rattache au substrat archétypal de toute humaine nature. » 

 

J’aimerais dire que je suis touché par la vision proche et sensible d’un auteur qui comme peu d’autres arrive à exprimer avec tant de clarté ce que nous faisons en Biodanza et c’est pour cela que j’ai ajouté la parenthèse après son commentaire sur « des thérapies reposant sur le principe de régression », parce que je sais qu’il connaît la Biodanza et parce que je crois qu’il nous apporte un matériel théorique que nous n’avions pas.

 

En Biodanza, nous considérons l’identité comme un processus dynamique qui change et se développe constamment dans et par la vivencia mais qui implique toujours la relation ou co-vivencia avec l’autre ou les autres qui complètent le développement et l’expression de celle-ci. L’identité est traversée par l’action des autres. Ainsi, la prépotence avec laquelle notre culture insiste sur l’individualisme comme synonyme de progrès social ne résiste déjà plus à aucune analyse saine et a montré clairement que ce n’est rien de plus qu’une ressource pour conserver le pouvoir, la coquille vide de quelques institutions et pour réprimer l’expression plurielle et créative de l’identité.

 

D’autre part, il est pathétique d’observer comment certains circuits fermés du pouvoir, en particulier dans la justice et chez la politique des partis conservateurs, accusent de sectaires certains groupes de jeunes car ils expriment leur idées ou créations ou à cause de leur comportement, cachant de cette manière leur propre sectarisme dominant, guidé non par les affects et les émotions qui sont le sens de la tribu, mais par les règles répressives qui forment les clans mafieux.

 

Groupalité et Solidarité

L’élément qui crée le réseau de la groupalité et crée la tribu est la solidarité. Dans le retour affectif à la matrice originelle de l’humain se trouve le lien solidaire. Entendez bien, cependant, que la solidarité dont nous parlons n’est pas un concept moral, produit d’un devoir être qui cherche le prix qui récompense l’effort parfois non désiré d’être solidaire. Ceci fut la conception d’une fausse solidarité que le pouvoir a imposé comme synonyme de miséricorde, où celui qui a et peut renforce son pouvoir et sa distance à l’autre par l’aumône. Je parle de solidarité comme le résultat d’un désir de partager bien au-delà de si l’autre en a besoin, de partager avec un plaisir qui n’arrive que quand il y a une vraie rencontre. Cette solidarité est propre à l’espèce ou, dit autrement, est le propre de la vie, car la vie est un phénomène solidaire dans son essence.

 

Il est indispensable que la Biodanza se propose comme une méthodologie qui facilite la rencontre à ce niveau, et tout le système avec ses exercices centrés sur l’intégration affective ont pour objectif d’atteindre ce niveau de solidarité. Réussir cela, même à petite échelle, signifie changer les modèles de relation entre nous. De quoi la réalisation de tels objectifs dépendent-ils ? En principe de ne pas reproduire les modèles de communication et de domination qui ont provoqué la dissociation dont nous souffrons. Si le facilitateur d’un groupe de Biodanza prend une posture de leader charismatique qui possède la vérité et à qui les membres du groupe doivent s’identifier, nous serions en train de développer les mêmes modèles sectaires qui composent les institutions qui nous ont formés. Si le facilitateur, par contre, rend sa relation avec le groupe horizontale, c’est-à-dire qu’il n’utilise pas le système comme un bouclier de faux self (« Le maître ») et interagit à partir de l’affect et le contact, alors les membres du groupe n’auront pas peur d’exprimer leur identité, sentant le support solidaire de pouvoir être comme ils veulent être.

 

Ce réseau groupal qui est une « matrice de renaissance », comme le dit Rolando Toro, est la base de l’action thérapeutique de Biodanza. Vivencia, identité, rencontre, co-vivencia, groupe, forment une Gestalt dynamique qui permet la danse de la vie. Dans cette matrice se développent les rituels qui réactualisent les modèles primaires du phénomène humain.

 

Cette groupalité affective et nourricière n’a rien à voir avec l’idée de groupe comme un ensemble d’egos isolés, où les modèles d’interaction se basent sur la projection, la négation et la rationalisation. Dans ces pseudo groupe ou anti-groupes comme certains les appellent, se développent les modèles de domination et de contrôle qui sont monnaie courante dans notre culture, en particulier dans certains groupes religieux dogmatiques et dans les mouvements antipolitiques extrémistes, où on proclame le sectarisme conservateur et xénophobe.

 

La danse de la vie que propose la Biodanza est beaucoup plus qu’une danse pour le développement personnel, c’est la récupération de la matrice communautaire de l’espèce humaine. Non seulement de l’instinct grégaire, j’insiste, mais de l’esprit solidaire qui construit la commun-unité, la communauté qui est l’expression d’identités surgies de la vivencia constante de la rencontre avec l’autre/les autres. Dans la trame infinie des rencontres et des séparations, l’être humain retourne à être la danse.

 

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Article du mois de février 2017
 

Biodanza, la poétique de la rencontre humaine par Rolando Toro Araneda

 

La Biodanza, je la vois comme une poétique de la rencontre humaine. Comme une façon différente d’être en relation dans un monde extrêmement solitaire.

 

Je pense que la Biodanza est née du désespoir, de notre paradis perdu, du manque d’amour, de nos gestes dépecés, techniques, mécaniques, du désir de nous libérer.

 

Toutes les personnes ont beaucoup plus de potentiels, de capacités qu’elles imaginent. Le code génétique, le message génétique que chacun a est rempli de semences germinatives. Nous développons cependant très peu de ces potentiels.

 

En Biodanza, nous stimulons cinq grands potentiels, un ensemble de potentiels humains.

 

-       Le potentiel de la santé qui est un potentiel qui nous amène à la joie, à la célébration, à l’énergie disponible pour l’action, à l’harmonie interne. C’est le potentiel de la vitalité.

-       Le potentiel créatif qui nous amène à innover, à inventer de nouvelles formes de vie, à nous immerger dans les arts, à nous intéresser aux arts, à créer d’autres possibilités dans notre existence, à inventer notre liberté.

-       Le potentiel affectif, amoureux, généreux, altruiste, qui nous amène à l’action sociale, à la solidarité, à un lieu de partage, à créer un centre de vie dans ce lieu, à prendre soin des enfants.

-       Le potentiel de la sexualité qui nous amène au plaisir, à partager avec d’autres les plaisirs sexuels, à se fondre dans l’amour avec l’autre, à l’extase amoureuse.

-       Le cinquième potentiel est celui de la transcendance qui nous amène à l’extase, à nous lier avec ce qui nous entoure, les plantes, les animaux, les nuages, les rivières, la mer et en particulier avec les personnes. La transcendance consiste à transcender l’ego et non pas à transcender la vie pour une vie après la mort. Nous ne savons pas ce qu’il y a après la mort. Si nous pouvons cependant transcender notre ego, nous nous identifions aux autres, nous nous identifions à la nature, nous avons un sens écologique, l’écologie naît de l’amour.

 

Une séance de Biodanza est une cérémonie d’initiation, c’est un rite au sens archaïque du mot. Ce n’est pas un rite formel, c’est un rite de transmutation

 

La Biodanza, je la vois comme une poétique de la rencontre humaine. La Biodanza cherche donc la rencontre, la joie de regarder l’autre dans les yeux, c’est une joie extraordinaire. La vraie rencontre est la transmission d’une énergie et la transformation de cette énergie est quelque chose avec une charge complètement nouvelle. C’est quelque chose en lien avec le miracle.

 

Il n’y a rien de plus intime, de plus fort, de plus sacré que de se rencontrer.

 

Dans le monde tel qu’il est, proposer la danse, proposer le chant, proposer l’étreinte, est absolument nécessaire. Ceux qui pratiquent la Biodanza ne peuvent accepter un monde d’injustices parce qu’ils commencent à sentir cette communion avec l’espèce humaine. Il faut agir, il faut participer, il faut dénoncer, il faut étreindre, il faut s’engager, il faut s’abandonner.

 

Le plus grand acte politique qui existe est l’étreinte.

 

Que souhaitent les personnes qui pratiquent la Biodanza, elles souhaitent éveiller l’énergie de l’amour, la bombe atomique de l’amour.

 

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Article du mois de mars 2017
 

Le cercle des archétypes par Raúl Terrén et Verónica Toro

 

L’univers des mythes et des archétypes est une source enchanteresse de possibilités pour exprimer le mystère de l’existence humaine.

 

Danser les archétypes est une proposition osée qui nous responsabilisera pour déployer notre identité dans toute sa grâce et sa splendeur.

 

Le “Cercle des Archétypes”, une extension de Biodanza créée par Rolando Toro, nous offre un voyage existentiel vers une dimension profonde de la conscience, peuplée de dieux et de figures mythiques. Entrer dans ce monde est une source merveilleuse de ressources pour comprendre un peu plus notre humanité et nous aider à vivre.

 

Dans cet article, nous aborderons brièvement l’aspect théorique des archétypes et les danses qui se proposeront dans l’atelier.

 

Un archétype, du grec arché, fondement, principe ou commencement, et typos, impression ou modèle, est le modèle type duquel dérivent les comportements, les idées ou les concepts.

 

L’archétype est une tendance naturelle, non apprise, à percevoir les situations de la vie d’une façon déterminée. Il manque de forme en soi mais agit comme un « principe organisateur » sur les choses que nous voyons et faisons.

 

Carl Gustav Jung a fait de profondes recherches sur ce thème, étudiant les archétypes chaldéo-assyriens, hindous, égyptiens, grecs, chrétiens, les archétypes littéraires, ceux du Tarot et beaucoup d’autres.

 

Les archétypes se trouvent dans les mythes et les fables, ils appartiennent à toutes les cultures et tous les peuples parce qu’ils concernent l’inconscient de toute l’humanité ce que Jung a appelé « l’inconscient collectif ».

 

On a toujours raconté des histoires sur le mystère de l’univers, de la vie et de l’humanité. Dans tous ces textes les personnages représentent des modèles de comportement qui identifient l’humain sous toutes ses facettes.

 

Rolando Toro dit : « pour des raisons culturelles, familiales et personnelles, nous avons tous certains archétypes actifs alors que d’autres restent endormis. Ce qui est intéressant est que chacun arrive à découvrir, pour sa vie personnelle, les archétypes qui sont incarnés et la transformation possible de ces archétypes quand il y a des problèmes dans l’existence. »

 

Ainsi nous trouvons le vieux sage, la grande mère, la prostituée sacrée, le héros, le mage, le roi, l’enfant divin, la Terre (Pacha Mama), le Ciel, le Soleil et la Lune, les différents dieux et tant d’autres.

 

Beaucoup d’archétypes sont des dieux ou des déesses et dans la civilisation occidentale nous avons le panthéon grec qui représente magnifiquement cette réalité avec ses 12 dieux : Zeus, Héra, Apollon, Artémis, Déméter, Poséidon, Arès, Aphrodite, Hermès, Hestia, Héphaïstos, Pallas Athéna et certains autres comme Dionysos, Perséphone, Eros, Psyché et Ariane qui vécurent aussi à différents moments dans l’Olympe.

 

Danser les archétypes

Danser les personnages des mythes et des fables nous permet de vivencier les archétypes, d’avoir une expérience de ce que chacun signifie et de mieux les comprendre.

 

Déméter est la très fameuse prêtresse d’Eleusis, déesse de la fertilité des champs qui donnait la nourriture aux peuples. C’est une des versions de la « grande mère », le symbole de la sexualité pour la fécondation.

 

Aphrodite, au contraire, est la déesse de l’amour, de la beauté et de la séduction.

 

C’est très important pour une femme d’avoir un équilibre entre des deux déesses et de ne pas laisser, comme cela se produit plus ou moins, la femme-mère prendre la place qui correspond à la femme-amante.

 

Dans le monde masculin, Zeus représente le « grand père » avec tout son pouvoir qui est souvent tyrannique et fait peur par son châtiment. Il faut savoir doser le pouvoir et ne pas en abuser, comme père ou comme leader.

 

Hermès, le messager des dieux, est un archétype très approprié pour les biodanseurs. C’est celui qui apporte le message de la sacralité de la vie avec fluidité et assertivité.

 

Athéna, déesse de l’intelligence et de la stratégie, offre aux femmes un exemple de la capacité d’action et de travail, et de se montrer dans un monde compétitif.

 

Dionysos est l’archétype du chercheur d’extase, tant mystique que sexuel. C’est une divinité essentielle pour le monde que nous vivons, comme la bien démontré Nietzsche dans son œuvre.

 

Apollon est harmonieux et intelligent, l’homme idéal pour de nombreuses personnes. C’est un archétype très attractif, mais un homme seulement apollinien et sans Dionysos n’est pas équilibré, il faut combiner les deux. Celui qui est très apollinien doit se déplacer un peu vers le dionysiaque et celui qui est trop dionysiaque se déplacer vers l’apollinien.

 

Danser Prométhée est une invitation à remercier ce Titan pour son courage d’avoir volé le feu aux dieux et de l’avoir donné aux êtres humains.

 

Découvrir quand l’archétype d’Atlas, qui fut contraint par Zeus à porter le monde sur ses épaules, nous incarne et quand nous vivons dans un monde de responsabilités écrasantes. Beaucoup de personnes vivent cet archétype et portent quotidiennement le poids du monde sur leurs épaules.

 

Nous avons tous des caractéristiques de nombre de ces dieux et c’est bien de le percevoir pour pouvoir évoquer un dieu quand nous en avons besoin. Parfois nous sommes « possédés » par un dieu et nous ne nous en rendons pas compte, et nous pouvons être anéantis par la rage et incarner l’archétype d’Arès, ou par la jalousie et être comme Héra. D’autres fois, nous pouvons êtres envahis par l’élan sexuel de Dionysos ou la séduction d’Aphrodite ou l’enchantement d’Eros.

 

L’archétype d’Asclépios et du Centaure Chiron, et parfois aussi celui d’Artémis, est celui du guérisseur qui s’exprime chez différentes personnes qui font des techniques thérapeutiques, chez les médecins, chez les chamans et chez les sorcières guérisseuses. Tous ceux qui veulent utiliser un moyen pour soigner le corps ou l’âme ont cet archétype, y compris les facilitateurs de Biodanza.

 

Notre proposition est aussi de réveiller l’enthousiasme chez les participants à récupérer des archétypes d’autres cultures, comme ceux qui sont dans les mythes de l’Amérique profonde (Rodolfo Kush). Les archétypes afro-brésiliens sont très révélateurs des différentes branches rituelles populaires que les Africains apportèrent quand ils arrivèrent comme esclaves en Amérique latine. Ils amenèrent leurs visions régionales, leurs idées sur les esprits, leurs rituels et continuèrent à pratiquer même quand ils devaient cacher leurs pratiques, leurs croyances, leurs dieux, face aux prêtres chrétiens.

 

Presque tous les archétypes sont susceptibles d’interprétation, ce qui veut dire que les psychologues, les penseurs, les philosophes peuvent interpréter un archétype sous différents angles, et nous aussi.

 

Avec Orphée et Eurydice, Prométhée et Atlas nous donnerons la possibilité d’une « mythologie créative » pour donner à ces archétypes une vie rénovée.

 

Orphée est l’archétype du pouvoir musical qu’il a développé à partir de la lyre que lui a offert Apollon. Ceux qui aiment beaucoup la musique et souhaitent enchanter les autres avec la musique, incarnent cet archétype. Orphée, avec sa musique, tranquillisait les bêtes sauvages et pouvait faire fleurir les arbres en hiver.

 

Nous apprendrons de l’Oiseau Phénix à pouvoir revivre des cendres dans les moments de chaos où nous nous sentons perdus.

 

Nous serons aussi avec Isis et Osiris, frère et sœur et couple, et avec leur fils Horus, dans l’Egypte d’il y a 5000 ans.

 

La trilogie hindoue de Brahma, Shiva et Vishnu est aussi très importante en Biodanza. Brahma, le plus grand dieu en Inde, s’est endormi dans un état très spécial, il a rêvé le monde et quand il s’est réveillé sa création onirique était réelle. Nous rêvons souvent de choses afin de les réaliser et c’est possible de transformer le rêve en réalité.

 

C’est très important de savoir quand il faut transformer notre vie (Shiva) quand garder ce qui a été obtenu (Vishnu) ou quand renaître plus entier (Brahma).

 

D’autres archétypes sont les anges qui ne sont pas des esprits en forme de petits enfants avec des ailes. Du point de vue de la Biodanza, les anges sont humains. C’est la partie douce, suave, pure, transparente, pleine de pouvoirs spéciaux pour qui a cet ange. Toutes les personnes ont un ange, certains le maintiennent très petits et il est totalement oublié, d’autres le portent à fleur de peau. Quand on dit qu’une personne a une bonne étoile c’est parce que son ange est bien développé.

 

Le Christ, du point de vue de la Biodanza, porte une nouveauté au monde qui est l’amour pour le prochain : « aime ton prochain comme toi-même ». C’est un archétype affectif, amoureux et doux. Nous danserons l’archétype du Christ comme un symbole de l’amour infini.

 

La fable du Souci, que nous retrouvons curieusement chez Heidegger nous offre un archétype essentiel à développer pour les facilitateurs de Biodanza. Le futur de l’humanité dépendra sûrement de notre capacité à prendre soin et à se laisser chouchouter.

 

De Jung à Rolando

Jung ne lésine pas à souligner la relation des archétypes avec les instincts, le terrestre, la réalité factice. Son intention est tout le temps d’éviter qu’ils ne se conçoivent seulement comme des produits de la seule fantaisie, comme des formes psychiques éthérées, capricieuses et vides, ou bien comme des résidus obsolètes et erronés de façons de penser.

 

Jung postule que la relation entre le corporel, le génétique et le psychique est directe.

 

Son approche fut une inspiration pour Rolando Toro qui a donné corps au monde des archétypes en proposant de les danser.

 

Sans doute, l’archétype qui a le plus impressionné Rolando est celui du Minotaure qui, avec son corps d’homme et sa tête d’animal, révèle un symbolisme instinctif puissant.

 

Il est probable que les thèmes mythologiques les plus importants soient communs à toutes les races et existent de tous temps.

 

Le mandala est une figure archétypique, une structure « quadrature du cercle », basée sur le carré et un cercle, où les énergies se combinent, le carré étant pour ainsi dire la raison et le cercle l’affect. Le mandala est une image qui a une énergie spéciale pour la conscience.

 

Les archétypes sont un ensemble d’énergies primordiales qui organisent le développement de l’être et se traduisent dans le domaine psychique comme des images.

 

Ils éveillent, activent et mettent en marche un processus de transformation interne où il nous est possible de mieux comprendre nos dons et nos capacités, ainsi que nos limites.

 

Tant pour C.G. Jung que pour Rolando, découvrir l’essence et révéler le vrai sens de l’archétype signifie découvrir réellement notre identité authentique. En connaissant nos archétypes internes, nous impulsons l’expression du meilleur de nous-mêmes, sur le chemin vers la réalisation de notre humanité.

 

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Article du mois d'avril 2017
 

L'épiphanie de la rencontre par José Luis Azevedo

 

Hommage à Rolando Toro, créateur de la Biodanza

« Le quotidien parle à voix basse de l’éternel » R.M. Rilke

 

Il est impossible d’honorer la mémoire et l’œuvre de Rolando Toro Araneda, décédé le 16 février 2010, créateur de la Biodanza, sans être en résonance avec nos origines primaires, à partir de la sève millénaire qui nous nourrit comme le fer et le carbone dans nos os, témoins muets de cet accouchement initial.

 

Dans le bras tendu et lumineux de Sagittaire - Carène, logée à une extrémité de cette nébuleuse en spirale connue comme Voie Lactée, tourne sur elle-même depuis des millions d’années parmi des milliers de planètes et de soleils une petite sphère bleue et légère.

 

Cette semence bleue, éclaboussée de nuages et couronnée de glaces, se déplace sans difficulté et sans crainte entre la magie céleste de notre système solaire, pulsant sans faute de rythmes et de cycles autour d’un feu central qui la nourrit, la gravite et la féconde.

 

Quelque chose fit que, après la grande explosion initiale, elle est entrée en relation avec d’autres éléments faisant partie d’un ensemble plus grand qu’elle-même, dans l’harmonie et le lien du silence profond, dans l’architecture du temps et du vide, habitant ce territoire invisible et contenant.

 

Son verbe céleste et silencieux parle par la cadence de ses orbites, dans la mélodie expansive du temps, avec des accords stellaires, entre les pauses et les ellipses sans fin.

 

Cette semence du feu originel a conçu des cataclysmes millénaires convulsés et galopants, accouchant d’eux-mêmes parmi les hécatombes de glace et de feu, fécondée à partir du chaos par une intention insondable qui l’a fait s’ouvrir entre mers de lave et de roche pour incuber sur ce placenta originel ce gène d’origine, de l’explosion primaire, cette voix solidifiée en larmes d’étoiles, ce cri sacré du début, ce pouls innommable qui nous arrête et bat jusqu’à aujourd’hui dans ces yeux qui lisent, dans ces battements qui se reconnaissent en eux, dans cette extase d’être et d’exister. C’est la Vie qui s’est extirpée par des « âges aveugles » entre le chaos et l’impulsion originelle.

 

A chacun de nous, habitants actuels de cette terre, ont précédés depuis des millénaires un grand-père et une grand-mère qui furent, à leur tour, capables de dépasser toute sorte de dangers, accidents et violence pour que la chaîne de nos ancêtres soit possible, un à un, jusqu’à aujourd’hui.

 

A la fin de ce jour téméraire et imprévisible, ELLE et LUI se rencontrèrent un moment pour se reposer, se regarder, se reconnaître, aller au-delà de chacun, approcher leurs corps et se réfugier dans le plaisir mystérieux de l’étreinte.

 

Grâce à ces héros anonymes et abandonnés, survivants des périodes interglaciaires et des catastrophes naturelles, nous sommes aujourd’hui sur cette planète, dans ce pays, dans cet espace – temps.

 

Ce n’est pas le hasard, ce n’est pas fortuit.

 

Il est impossible d’honorer la mémoire et l’œuvre de Rolando Toro Araneda, mort le 16 février 2010, sans nous reconnecter avec nos origines premières, à partir de la sève millénaire qui nous nourrit comme le fer et le carbone de nos os, témoins muets de cet accouchement initial.

 

Les signes du changement

Nous habitants actuels de la Terre, assistons à une des époques les plus passionnantes de l’histoire humaine.

D’une part, toutes les idéologies prédominantes jusqu’au 20ème siècle ont chuté, emmenant avec elles les paradigmes qui les sous-tendaient et les croyances qui ont soutenu des visions du monde pendant plusieurs siècles. Certaines des plus communes, comme « Les hommes ne pleurent pas » ou « La terre est plate », comme la conception de l’atomique, du subatomique et les dimensions jusqu’à aujourd’hui insaisissables de la physique quantique, ont subi un changement tellement rapide et radical qu’il est difficile de s’adapter aux nouvelles réalités.

C’est pareil pour les croyances religieuses qui ont soutenu une divinité séparée de l’homme, vigilante et punissante. Des religions qui ont créé la division tragique entre le corps et l’âme, entre le profane et le sacré, s’érigeant en administrateurs du sentiment transcendant ou spirituel de millions d’êtres humains pour cadenasser le dieu endormi à l’intérieur de chacun sous mille formes de fanatismes, menaces d’outre-tombe, sentiments de culpabilité et dogmes d’une ingénuité extrême.

 

L’anglais Bertrand Russel, Prix Nobel de littérature, le décrit quand il exprime: “A mon avis la religion se base principalement sur la peur. Une partie d’elle est la terreur de l’inconnu et une autre partie le désir de sentir la présence d’une espèce de frère plus grand qui nous accompagne à chaque instant et nous aide dans nos problèmes et nos disputes ».

 

La même chose se passe avec l’avancée de la science dans des domaines comme la médecine, l’astronomie, la physique, la biologie, la génétique, les neurosciences, etc.

 

En même temps que cette déstructuration galopante, l’être humain vit une perte de sens profondément chaotique. L’écroulement est total. Il y a un effondrement dans les fondements de ce système qui ne permet plus de soutenir la vision du monde de nos parents et de nos grands-parents, parce qu’elle est fondée sur un paradigme découlant de la culture égocentrique qui nous a régi pendant des millénaires.

 

C’est ce paradigme central qui crée la crise. Et cette crise se manifeste dans les vies personnelles de chacun de nous.

 

La soumission d’immenses groupes humains à la misère, l’exploitation, la violence et la discrimination est une réalité qui nous interpelle chaque jour. L’être humain chemine aujourd’hui errant et solitaire au milieu de la routine privée de sens, piégé dans des sociétés aliénées par l’argent, la violence, le succès, la soumission à l’autre, la compétence et, finalement, le vide.

 

La destruction massive et progressive des ressources naturelles, la contamination de l’environnement et le réchauffement global imminent sont des indicateurs de l’état actuel de notre espèce. Des famines massives et des guerres pour des ressources aussi basiques que l’eau arriveront très bientôt chez nous.

 

Que s’est-il donc passé avec ce feu originel, avec cette étreinte affective impétueuse, avec la proximité, le lien avec tout le vivant et en particulier avec les personnes ?

 

Nous croyons que la racine de la tragédie de notre civilisation est la répression et le mauvais traitement de l’affectivité tout au long de l’histoire. C’est la grande obscénité, la grande blessure de la civilisation.

 

Elle s’est faite au niveau social par l’abus de pouvoir, la soumission de grands groupes d’humains aux conditions d’exploitation et de violence et, sur le plan individuel, familial et éducatif par la répression de la sexualité, du corps et de l’affectivité à cause de mauvais traitements depuis l’enfance qui ont provoqué une carence infinie d’affects, de l’abus, de la violence, de la répression, du désarroi et de la disqualification.

 

En même temps, cependant, l’époque que nous vivons apporte des signes révélateurs d’un changement profond dans la conscience d’un nombre chaque fois plus grand de personnes qui cherche, trouve et vie de nouveaux horizons.

 

Les avancées scientifiques et technologiques nous mettent face à un monde impensé il y a quelques décennies.

 

Un nombre croissant de personnes sur la planète récupère la fois en un destin humain, en son potentiel affectif et transcendant, cherchant à partir de ces propres vivencias de nouvelles façons d’entrer en lien, de se connecter avec le sacré et la réponse à des besoins très profonds. Ce changement transcende des frontières géographiques, religieuses, politiques, raciales, économiques et culturelles.

 

Le monde ne change pas, comme on entend souvent. Le monde a déjà changé et profondément.

 

Biodanza une nouvelle culture

Rolando Toro Araneda est fils de son temps et de son époque. Il est cependant utopiste et idéaliste. Il va bien au-delà des deux.

 

Il naît à Concepción en 1924 dans ce pays lointain et oublié de l’hémisphère sud, étranger aux méga pouvoirs agissant sur la planète.

 

Professeur, poète, psychologue et anthropologue, mais surtout témoin et pionner des cimes et des abîmes de son temps, des avancées sombres dans les sciences et la technologie, ainsi que des échecs de l’humanité portés à l’extrême dans l’holocauste, les guerres invasives et impériales, la discrimination et les abus de pouvoir allant même jusqu’au marasme actuelle de la culture, « malades comme nous sommes de la civilisation » selon ses propres mots.

 

Dans ce paysage, à partir de son génie créateur et transcendant, dans la seconde moitié du 20ème  siècle, la Biodanza surgit.

 

Selon Rolando, la Biodanza naît d’un désespoir face aux gestes dépecés d’une culture et d’une civilisation malades.

 

Ecoutons sa propre voix de son livre de poèmes « L’impossible peut arriver »

 

Un rayon de soleil

nous maintient vivant

et le terrible pouvoir du chaos

nous rend voluptueux.

nous sommes comme un sourire

dans les eaux éternelles.

Puissance des étoiles

tremble en nous

créatures vulnérables.

 

En tant qu’humanité, nous pouvons dire que nous avons développé les potentiels du faire, de l’avoir et de la possession, privilégiant la raison et la connaissance scientifique de la réalité par un système linéaire de pensée qui a eu différents noms au cours du temps mais la même structure logique gérée par le cortex cérébral dans son aspect analytique et causal.

 

Tout ceci a permis à notre espèce de subsister, de s’étendre et de créer – en particulier ces 50 dernières années – un monde aussi passionnant dans les sciences et la technologie.

 

L’affectivité récupérée
Le grand déficit de notre humanité pubère et adolescente cependant est le développement et l’intégration de l’affectivité pour son expansion dans le monde et pour ses relations. Cent ans de psychanalyse n’ont pas réussi non plus à réparer ce feu éteint.

 

Ceci se reflète clairement dans la manière d’élever nos enfants et dans l’éducation que, en tant que société, nous laissons aux enfants. Ceci détermine son action dans le monde et le niveau de conscience sur les actes.

 

A ce sujet, Claudio Naranjo dit : « Pour soigner notre monde émotionnel, il faut récupérer notre capacité amoureuse naturelle et ceci amène à désapprendre des modèles de conduites destructeurs qu’on a adoptés dans l’enfance en réaction aux difficultés psychologiques des proches et aux revers de fortune. »

 

De toutes les civilisations construites par l’être humain, aucune n’a réellement mis comme valeur centrale la vie, et comme garant de son développement, l’amour et l’affectivité. On pourrait se dire que les dits droits économiques, sociaux, culturels (comme le droit au travail, à la santé, au logement, à l’éducation, au milieu ambiant, etc.…) protégeraient ce potentiel. Mais cela n’a pas été ainsi.

 

Il est vrai que « on ne pense pas pareil » dans un château ou dans une cabane, comme l’exprimait Karl Marx. Aujourd’hui cependant nous pouvons ajouter : nous ne sentons pas pareil non plus d’un lieu à un autre.

 

Parmi ses immenses potentiels génétiques, l’être humain a celui de l’affectivité dont l’expression maximale est l’amour sous toutes ses formes, et dont le fruit naturel est le lien ; cette impulsion de la vie à grandir en qualité et quantité, en structure et lien, en complexité et sens.

 

Cet attracteur universel défini par Rolando Toro est celui qui a permis aux atomes originels de se nucléer entre eux dans un processus de gestation de la vie jusqu’à l’apparition de l’être humain sur cette terre, duquel nous avons parlé au début.

 

Cet amour social et individuel, c’est-à-dire l’affectivité humaine, a été sans doute le potentiel le plus maltraité dans notre espèce régie par cette culture égocentrique.

 

« J’aime, ensuite j’existe »

La proposition de Rolando Toro, en créant la Biodanza, ne fait que recourir magistralement et adroitement au plus grand universel de notre espèce : la capacité et le besoin d’aimer et d’être aimé. Elle postule « J’aime, après j’existe ».

 

Cette proposition, qui dans son énoncé semble futile et ingénue, est récupérée en Biodanza dans sa réalité vivencielle la plus profonde et fait partie de ses fondements théoriques et méthodologiques.

 

En se référant à la Biodanza, il disait : « Je n’ai pas créé, j’ai seulement vu ce qui était déjà dans le monde ». Il a su traduire la magnitude de sa perception amplifiée et son génie créateur  dans une méthode à laquelle tous peuvent accéder.

 

Je crois que la récupération de l’universel de l’amour en tant que capacité et nécessité humaine, est dans le noyau guérisseur de la Biodanza et est son appui central. La fonction libératrice de l’affectivité comme moteur de la vraie et joyeuse émancipation de nos potentiels humains est, à mon avis, le thème central de la Biodanza et touche précisément le point sensible de notre culture dans sa crise et sa décadence actuelle.

 

Ce processus intégrateur et la capacité de lien, Rolando les appelle « intelligence affective ». L’oubli millénaire de ce potentiel humain, son expression pathologique dans les rapports personnels et sociaux, la répression du plaisir, du jeu, la négation du corps et des archétypes dionysiaques et féminins dans notre histoire, la dissociation entre énergie et matière, corps et âme, profane et sacré, etc., nous permettent aujourd’hui de comprendre clairement les origines de notre tragédie en tant qu’espèce et l’obscénité actuelle de notre culture et de notre civilisation.

 

Sur ce point, le physicien quantique Fritjof Capra dit, dans « le Tao de la Physique » : « Je crois que la vision du monde implicite dans la physique moderne est incompatible avec la société actuelle qui ne reflète pas l’interrelation nécessaire que nous observons dans la nature. Pour atteindre un tel état d’équilibre une structure sociale et économique radicalement différente serait nécessaire : une révolution culturelle dans le vrai sens du mot. La survie de notre civilisation dépend sans doute de la capacité que nous avons à faire ce changement. »

 

La valeur de la vivencia

Rolando Toro construit la Biodanza par son Principe Biocentrique décrit avec un modèle théorique très défini, une méthodologie rigoureuse et vivencielle, une sémantique musicale minutieuse et une pratique groupale, comme une proposition émancipatrice et intégrative des potentiels humains qui la rende vraiment révolutionnaire.

 

La Biodanza travaille à la récupération des potentiels génétiques universels hérités de cet accouchement cosmique et transmis au cours de millions d’années : Sexualité, Vitalité, Affectivité, Créativité et Transcendance.

 

A proprement parlé, une re-dé-couverte ce que nous portons depuis toujours, oublié ou réprimé par la culture. Ceci signifie placer la capacité aimante et reliante comme noyau fondamental de l’humain.

 

Quand la Biodanza défend l’idée, dans son modèle théorique, d’une tension primale entre Identité et Régression, elle a recours à la mémoire originelle enracinée dans le cerveau ancien.

 

Pour cela, elle développe l’activation et l’harmonisation du Système - Intégrateur - Adaptateur - Limbique - Hypothalamique (S.I.A.L.H) comme source de reparentalisation pour récupérer, à partir de la conscience paradoxale oubliée, la confiance en la création, en la nature guérisseuse, en nos instincts et en tous les êtres qui nous entourent et, en même temps, sur l'autre pôle, elle potentialise l’identité en tant qu’affirmation de l’humain dans le monde par l’expression vigoureuse des potentiels génétiques revitalisés.

 

Autrement dit, elle potentialise l’expression génique de l’espèce par un instrument privilégié : La vivencia induite par la musique et le mouvement plein de sens.

 

A partir de là, les universaux génétiques s’éveillent, se développent et se potentialisent par le travail des dites lignes de vivencia.

 

C’est le grand apport de la Biodanza dans la rééducation des fonctions originaires de l’être humain, dans le réapprentissage de la vie pour défendre l’idée d’un Etre Humain(e) et d’une Culture Biocentrique.

 

Quand une personne réapprend à marcher avec confiance, à voir l’autre, quand elle réapprend à caresser, étreindre, se rencontrer avec l’autre, à se lever dans le monde avec toute son intégrité et confiance, à exprimer librement ses affects, ses émotions et ses sentiments, à mettre des limites, à rêver, à projeter et à œuvrer en conséquence, elle récupère une génétique perdue dans l’enchevêtrement de la civilisation, dépréciée par la culture et les religions survivantes. Elle nous réhabilite existentiellement.

 

Destruction ou plénitude

Quelle est l’origine de la vieille blessure dans l’affectivité humaine ? Nous croyons que c’est la peur, émotion primale qui croît en même temps que l’Ego dans la conscience séparée, vivencia angoissante de séparation millénaire de la nature et des autres. Cette émotion est celle qui parcourt toute l’histoire de la psyché humaine. Rolando Toro l’a appelée « frayeur métaphysique ».

 

Cette polarité de la peur versus l’amour existe dans toutes nos civilisations. Ce n’est pas par hasard si le mythe de la genèse judéo-chrétienne raconte la séparation et l’expulsion du couple archétypique du paradis terrestre et le châtiment imposé à la sexualité exprimé par Eve.

 

De la même façon, l’antique mythe égyptien d’Osiris se centre sur la désintégration physique d’Osiris par peur, envie et soif de pouvoir de son frère Seth et sur le pouvoir restaurateur et intégratif de l’amour d’Isis pour ré-unir ses membres et ré-intégrer la vie dans le corps et l’âme de son bien-aimé.

 

Dans l’oubli de soi-même ou la séparation de son être le plus essentiel dans les labyrinthes de l’ego (comme vivencia de séparation), l’être humain laisse l’espace à cette émotion basique de la peur, capable de couver toutes les réponses pathologiques qui ont produit cette vraie trahison à la vie dans notre culture.

 

Pour cela, le droit à l’amour comme un droit humain est une condition essentielle pour l’essor des potentiels humains en harmonie avec soi-même et avec les autres êtres. Ce fut précisément l’affectivité l’élément le plus réprimé ou oublié par la Culture à travers l’histoire.

 

Si la souffrance chez l’être humain est un comportement naturel, nous n’avons en face que deux chemins : celui vers la destruction ou celui vers la plénitude.

 

Rolando Toro dit à ce sujet : « L’évolution de notre espèce sera marquée par une modification essentielle des structures qui créent de la souffrance pour les remplacer pour celles qui créent du bonheur ». « La capacité d’apprentissage la mémoire et la perception sont conditionnés par l’affectivité ».

 

Le génie de l’espèce n’est pas l’intelligence, mais l’affectivité orientée vers la tolérance, la compassion, la coopération, la solidarité, l’amitié et l’amour.

 

Une culture respectueuse et protectrice de la vie et aussi de la diversité, libertaire, collaborative, émancipatrice et intégrative ne sera possible qu’en libérant les potentiels affectifs de l’humanité et en mettant la vie au centre de tous les intérêts et projets de la civilisation.

 

Ceci veut dire, la récupération de la Sacralité de la Vie à partir de l’Epiphanie de la Rencontre.

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Phrases à souligner

-       L’époque que nous vivons porte les signes révélateurs d’un changement profond dans la conscience d’un nombre chaque fois plus grand de personnes qui cherchent, trouvent et vivent de nouveaux horizons. 

 

-       Le monde ne change pas, comme on l’entend souvent. Le monde a déjà changé et profondément. 

 

-       Rolando Toro est fils de son temps et de son espace. Il est cependant utopiste et idéaliste. Il va bien au-delà des deux. 

 

-       Comme le dit Rolando, la Biodanza naît du désespoir face aux gestes dépecés d’une culture et d’une civilisation malades

 

-       La proposition de Rolando Toro, en créant la Biodanza, ne fait que recourir magistralement et adroitement au plus grand universel de notre espèce : la capacité et le besoin d’aimer et d’être aimé.

 

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Article du mois de mai 2017
 

Neurosciences et Biodanza par Gittith Padilla Sanchez

 

Le processus d’intégration génético-environnemental

Une approche de la Théorie des Systèmes Adaptatifs Complexes

 

« “You have to look at the way the various pieces support each other to know which side is in the stronger situation. It’s the interaction of the pieces from which the strength emerges.  It’s the same in all complex adaptive systems.  Interaction is the key »
John Holland, Complexity (2nd Edition) page 220.

 

« Il faut regarder la façon dont les différentes pièces s’appuient les unes sur les autres pour savoir quel côté est dans la situation la plus forte. C’est l’interaction des pièces d’où la force émerge. C’est la même chose dont tous les systèmes complexes adaptatifs. L’interaction et la clef. »

 

Jusqu’à il y a peu, notre compréhension du monde se basait sur la physique newtonienne, qui expliquant bien les systèmes mécaniques, suppose qu’à partir de l’étude des parties individuelles, on peut prédire le tout. A partir du 19ème siècle, la culture a assimilé des idées de Darwin, dont la contribution au concept d’évolution fut d’une grande importance. Sans doute, celui-ci inclut les idées de compétitivité et de survie  des plus aptes qui eurent une influence négative sur la façon de voir le fonctionnement du monde et, par extension, sur comment fonctionne la société.

 

Ce paradigme a prévalu longtemps dans la communauté scientifique, ces archétypes étant des idées directrices, des consensus prédominants, ils sont d’une grande importance dans le devenir de la société car ils vont bien au-delà du domaine scientifique, influençant aussi les idées sociales au travers de métaphores.

 

Ainsi, notre perception du monde qui inclut les systèmes sociaux, économiques, les communautés et les systèmes naturels, est largement influencée par de telles métaphores. Ceci a amené Fritjof Capra (1985) a dire que notre compréhension actuelle des systèmes sociaux a deux racines : la science mécanique de Newton et le patriarcat qui légitime la hiérarchisation des parties en termes de domination et compétitivité.

 

A partir de ces racines se génèrent les suppositions suivantes sur le monde :

-       La séquence entre les causes et leurs effets sont clairement individualisables

-       Les systèmes de domination et d’autorité, comme les concepts d’infériorité et de subordination son logiques, nécessaires et « naturels »

-       Le chaos et l’anarchie sont la norme, de sorte que l’ordre doit être imposé par une autorité supérieure avec la force.

 

Les individus se sentent isolés et doivent se comporter de façon compétitive pour survivre.

 

Il est nécessaire de trouver les formes musicales qui puissent avoir une « puissance déflagrante » de réponses émotionnelles spécifiques. Ainsi, par exemple, proposer une danse de joie avec une musique qui a des accents dépressifs induit des processus de dissociation.

Les centres moteurs du cerveau et les centres qui intègrent la perception musicale aux émotions commencent à agir de façon dissociée. Il est nécessaire de travailler avec des structures cohérentes de « Musique – Mouvement – Vivencia » pour ne pas induire de processus iatrogènes qui, au lieu d’intégrer, dissocient. » (Rolando Toro) (Toutes les citations en gras et italique sont de Rolando Toro

 

Une réalité très différente de celle soutenue par le modèle newtonien est révélée par un nouveau domaine de la science appelé la science de la complexité ou théorie des systèmes complexes/adaptatifs. Cette science change le centre d’attention des parties vers le tout. Ici, le tout ne peut seulement être connu par l’étude de modèles et de dynamiques qui surgissent des interactions et des relations entre les parties. La théorie des systèmes est un changement de la compréhension linéaire, mécanique et hiérarchique du monde vers la compréhension de celui-ci basé sur la connaissance des systèmes complexes, holistiques et en réseau.

Steven Strogatz (1994) a dit : « dans chaque décade, une théorie grandiose a surgi, contenant des aspirations similaires et recevant souvent un nom qui semble sinistre. En 1960 ce fut la cybernétique. Dans les années 70 ce fut la théorie des catastrophes. Ensuite vint la théorie du chaos dans les années 80 et la théorie de la complexité dans les années 90.

 

La Biodanza fut créée par Rolando Toro dans les années ’60 et sa conception et son modèle théorique correspond à celui d’un système complexe.

 

« La Biodanza est un système d’intégration affective, de rénovation organique et de réapprentissage des fonctions originaires de vie, basées sur des vivencias induites par la danse, le chant et des situations de rencontre en groupe »

 

La nature, les sociétés et le corps humain sont des systèmes complexes et ne sont pas gouvernés par des lois simples puisque tous les éléments d’un système complexe peuvent affecter chacun des autres éléments d’une façon significative et même imprévisible (Prigogine, 1988 ; Prigogine, 1996).

 

Ma proposition est la suivante: les relations humaines qui ont un caractère de continuité et de fréquence intime créent un réseau neuroendocrinien, de par l'interaction entre les membres du couple.

Ce réseau représente de véritables fonctions nouvelles à l'intérieur du système vivant de chacun.

Nous pourrions dire que les personnes que nous fréquentons s'installent dans nos cellules. Ceci explique pourquoi la séparation des amants est vécue comme une mort. Mais il ne s'agit pas d'une simple mort psychologique accompagnée de fantaisies autodestructrices. Pour moi, la séparation des amants est une catas­trophe biologique.

 

La pensée basée sur des systèmes considère toujours le contexte total, c’est toujours une pensée « contextuelle ». La complexité dans ces systèmes n’est pas une complexité de détails (parties) mais une complexité de dynamiques et de modèles (ou relation entre les parties). Chaque partie est sujette à être influencée par toutes les autres parties. Dans les systèmes complexes, le concept de causalité se rompt. Les interrelations sont dans toutes les directions et il n’y a donc pas de hiérarchie.

 

« Face à la difficulté d'unifier l’expérience cosmogonique dans le sens de tout englober, j'ai pris les éléments les plus universels afin de reproduire, dans une danse, la vivencia personnelle de la création du monde, les séries de mouvements qui conduisent du chaos au cosmos. Dans notre conception, ce processus ne se déroule pas se­lon un cycle fermé et linéaire; il répond à un modèle évolutif qui se développe selon une spirale logarithmique. Ainsi, l'univers se perfectionne par une succes­sion de processus d'intégration en circuits vitaux toujours plus différenciés. Le mécanisme intégrateur est l'amour communautaire, la connexion à la vie. »

 

« L'objectif de la danse de la Création est d'induire la vivencia de la création cos­mogonique et d'éveiller chez le danseur la potentialité et l'exaltation créatrice. »

 

Le modèle de base est des réseaux et des réseaux qui se combinent en des niveaux plus élevés qui créent des cycles continus d’interactions. Capra dit que cette étude des relations amène à une étude des modèles et qu’un modèle est une configuration de relations qui apparaît de façon répétée. Les interactions sont complexes même quand les connexions entre les composantes du système sont limitées et simples et  les comportements eux-mêmes sont simples. Cela veut dire que les systèmes complexes ne sont prévisibles que de façon très limitée.

 

« La musique danse le danseur : la ‘conscience de l’identité’ se dissout dans une espèce de matrice de l’univers qui est en mouvement organique et où chaque élément fait partie de la danse plus grande La danse cosmique consiste en l’interaction vivante de toutes les forces présentes. »

 

Dans les systèmes complexes, de petits événements peuvent être amplifiés par une grande cascade, ainsi de grands effets peuvent résulter d’un événement initialement petit. Au contraire, pour la physique linéaire, la cause est toujours proportionnelle puisque « pour chaque action, il y a une réaction opposée égale ».

 

« Le contact permet la connexion avec l’énergie de la vie qui est de nature cosmique et dont la répercussion sur les personnes qui participent a des effets multiples, depuis les réactions chimiques et électriques des neurotransmetteurs et des processus de conduction neurologique, jusqu’à la fécondation de la vie avec la vie. »

 

Les systèmes complexes sont capables d’auto-organisation. Dans un système complexe, un modèle propagé d’interactions envoie une cascade d’information par tout le système, permettant au système de se réguler lui-même, ce qui a été appelé conduite « émergente ». L’auto-organisation émerge spontanément quand le réseau « apprend » comment fonctionner de façon coordonnée sans une autorité centrale coordinatrice. Selon Capra : « l’auto-organisation a peut-être émergé comme le concept central dans l’organisation des systèmes vivants. Le modèle de vie est un modèle de réseaux capables d’auto-organisation. L’auto-organisation signifie que l’ordre global (l’ordre au travers de tout le système) peut émerger spontanément de comportements locaux, sans être imposés d’en haut. C’est pour cela que le nombre complet pour cette science est « théorie des systèmes complexes adaptatifs ».

 

« L’organisme humain étant un système unitaire et autorégulé, la future tache de la psycho-neuro-immunologie est de déterminer quels types de vivencias génèrent des tendances biochimiques spécifiques dans le système d’immunorégulation. »

 

Les réseaux d’interactions créent une autorégulation et une auto-organisation. Un système complexe fait usage des erreurs. La rétro-alimentation de ce qui nous sert rapidement modifie les actions quand le système répond. Ainsi, un flux libre d’information est crucial. Une communauté a une intelligence collective et une capacité à apprendre et peut ainsi s’auto-organiser. En faisant cela, un système peut créer face à une urgence subite de nouvelles formes d’ordre. Ceci donne au système une grande résilience, puisqu’il a la capacité de survivre au changement en changeant.

 

En considérant le concept de ‘inconscient personnel’ de Freud et celui de ‘inconscient collectif’ de Jung, Rolando Toro Araneda a proposé le concept d’inconscient vital. Selon ce concept, les états d’humeur sont liés à la condition d’équilibre, de vitalité et de santé de l’organisme.

 

« L’inconscient vital est le psychisme des cellules et des organes. Ceci signifie que les cellules et les organes ont une mémoire, des systèmes de défense, une affinité et un rejet, une solidarité entre elles et une forme très riche de communication. C’est un vrai fonctionnement intégré et c’est ce qui crée les états d’humeur. Ce psychisme ne travaille pas avec des idées, ni avec des images, il répond seulement à des stimuli externes et, principalement, à ceux internes. »

 

Certains scientifiques proposent trois mécanismes évolutifs pour la vie, en plus des mutations dues au hasard et la sélection du plus apte, il y a aussi la recombinaison de l’ADN et symbiose. Les bactéries, par exemple, passent librement des gênes de l’une à l’autre en formant des réseaux globaux d’un pouvoir et d’une efficacité incroyable. On conçoit aujourd’hui que toutes les espèces bactériennes vivent en communautés appelées biofilms. Ceci permet, par exemple,  que les bactéries aient la capacité de se rendre rapidement résistantes à de nouvelles drogues. Ainsi, le transfert de gènes peut avoir été une force principale dans l’évolution mais les organismes évoluèrent aussi grâce à des associations symbiotiques. Différents organismes survivent en vivant en étroite association et même l’un dans l’autre. Lynn Margulis (1981) a développé cette idée symbiotique de l’évolution aujourd’hui appelée « symbiogenèse ». Margulis soutient que le premier moyen d’évolution pour les organismes supérieurs serait celui des systèmes symbiotiques qui arrivent à être permanents et créent donc de nouvelles formes de vie. Selon Capra, la théorie de la symbiogenèse implique un changement radical dans la perception de la pensée évolutive. Ce nouveau point de vue a amené les biologistes à reconnaître l’importance vitale de la coopération dans le processus évolutif. (Capra, 1987)

 

Cette nouvelle vision des relations entre l’expression génique et l’expérience humaine qui a émergé du projet de Génome Humain est en train d’établir une plateforme pour une expansion profonde de la compréhension de la vie. On peut s’y documenter sur l’existence d’une société de gènes qui coopèrent pour créer, maintenir et recréer les dynamiques naturelles de l’évolution psychosociale de la vie quotidienne. Le concept de société coopérative de gènes qui a émergé des travaux de Lynn Margulis complète le concept de gènes égoïstes de la vision néodarwiniste de l’évolution. Le principe évolutif général qui postule que l’ontogenèse récapitule la phylogenèse peut alors être étendu pour inclure le développement psychobiologique de l’individu au travers de tout son cycle de vie. Nombre de dynamiques essentielles de l’expression génique engagées dans la formation du cerveau et du corps en embryologie sont maintenant reconnues comme un développement créatif tout au long de la vie d’un individu.

 

« Le groupe est essentiel dans le processus de changement, parce qu’il induit de nouvelles formes de communication et de lien affectif. Le groupe est une matrice de renaissance, où chaque participant trouve du contenant affectif et une permission pour le changement. Pendant un siècle, la psychothérapie a concentré son intérêt sur l’individu en tant qu’être isolé, mais aujourd’hui nous savons qu’il n’existe pas d’évolution solitaire. La présence du semblable modifie le fonctionnement des personnes à tous les niveaux organiques et existentiels. »

 

Comparaison de deux visions du monde

 

Concepts des sciences mécanistes

Concepts des sciences des systèmes complexes

 

Parties isolées

Interconnexion

 

La somme des parties est le tout

La relation entre les parties définit l’essence du tout

 

Hiérarchisation

Multi-connectivité

 

Compétitivité

Coopération, adaptation, symbiose

 

Individuel

Communautaire

 

Causalité linéaire simple et prévisible

Causalité non linéaire et imprévisible

 

Autonomie

 

Interdépendance

Contrôle direct à partir des niveaux supérieurs

Auto-organisation

 

Vise la certitude

Est capable de maintenir l’ambivalence

 

Logique

Paralogique

 

Objectivité et observation

Créativité et participation

 

Objets

Relations

 

Quantité

Qualité

 

 

«  L’importance n’est pas la tendance ou la méthodologie d’écoles psychologiques déterminées, mais l’intégration des idées – forces qui ont surgi sur l’être humain, sur la dynamique de son psychisme et sur son comportement ».

 

«  L’image de l’être humain actuel n’est pas l’œuvre d’un seul penseur, mais d’une vraie constellation de scientifiques, philosophes, anthropologues et artistes géniaux, qui ont fécondé réciproquement leurs idées. La Biodanza, à partir du principe biocentrique, trouve son inspiration et des confirmations théoriques en une infinité de penseurs. »

 

L’application de la théorie des systèmes complexes/adaptatifs amène une nouvelle vitalité à de nombreuses aires de la science qui ont adopté une stratégie réductionniste. La recherche de systèmes complexes se fait donc dans beaucoup de disciplines différentes incluant les neurosciences, la météorologie, la physique informatique, la vie artificielle, l’économie, la prédiction des tremblements de terre, la cellule du cœur, le système immunitaire, l’épilepsie, etc. Les sociétés humaines sont des systèmes complexes dans lesquels ne sont simples ni les composantes, ni les coupleurs. Les systèmes complexes dans la nature sont généralement des systèmes ouverts, c’est-à-dire qu’ils existent dans une thermodynamique dégradée et dissipent de l’énergie. Ainsi, les systèmes complexes sont généralement loin de l’équilibre énergétique ; mais malgré ce flux, il peut y avoir une stabilité de modèle. Les systèmes complexes ont une histoire qui peut être importante. Parce que les systèmes complexes sont des systèmes dynamiques, ils changent sur une certaine période et les états antérieurs peuvent avoir une influence sur les états actuels.

 

«  La vivencia est une expérience vécue, avec une grande intensité, par un individu, dans un laps de temps ‘ici et maintenant’ et qui produit des effets émotionnels, cénesthésiques et viscéraux ; c’est la sensation intense d’être vivant ‘ici et maintenant’. C’est l’intuition de l’instant de vie. Les vivencia sont une porte, à travers laquelle nous pénétrons dans le pur espace de l’être, où le temps cesse d’exister et où nous sommes ici maintenant, et pour toujours. »

 

On a suggéré que dans le domaine scientifique on était dans un « âge d’or » de la découverte du dénommé « projet du génome humain », celui qui ouvre des possibilités pour explorer comment se relient les expériences humaines avec l’expression génique. Cette vision a été affirmée par Ernest Rossi (1993) qui a donné le nom de « génomique psychosociale » à cette discipline.

La génétique classique de Mendel et son application à la génétique du comportement montrent comment les gènes modulent le comportement, les caractéristiques psychologiques et les expériences psychologiques. La proposition de la génomique psychosociale est l’opposé : Comment les expériences psychologiques modulent-elles l’expression génique ? Le comportement peut-il modifier les gènes ? L’apprentissage, comme les expériences de l’environnement peuvent créer des changements dans les connexions neuronales. En ce sens, l’éducation et aussi la psychothérapie peuvent changer l’expression des gènes qui altèrent la distribution et la force des connexions synaptiques spécifiques. Ainsi, les gènes modifient le comportement et le comportement modifie les gènes. La psychothérapie peut induire des facteurs neurotrophiques et induire les cellules critiques à innerver de nouvelles cibles thérapeutiques et modifier les émotions et les conduites.

 

« L’expression des émotions en Biodanza est très intense. Les exercices induisent des émotions de joie, d’érotisme, de tendresse et des états de régression, par des danses intégrantes et de communion avec le groupe ».

 

En 2002, Ernest Rossi (Docteur en Sciences, analyste jungien auteur de nombreux livres et publications), a publié le livre « Psychobiologie de la guérison ». Ce serait le premier livre à intégrer les nouvelles richesses des neurosciences dans lequel on explore la théorie, la recherche et la pratique pour optimiser l’expression génique et la neurogenèse afin de faciliter la croissance du cerveau et la guérison. Rossi (1996, 1999, 200) développe une façon de voir la relation entre gènes et expérience humaine qui diffère notablement des disciplines académiques de la génétique du comportement, de la psychologie évolutive et de la sociobiologie. C’est la création d’une nouvelle discipline, la génomique psychosociale : comme les expériences subjectives de la conscience humaine, notre perception du libre-arbitre, un comportement et une dynamique sociale peuvent moduler l’expression des gènes et vice-versa. Ceci montre de quelle façon utiliser ces données pour créer une nouvelle vision du rôle essentiel de l’art, de la culture et des lettres – comme également la psychothérapie et les arts curatifs – afin de faciliter la condition humaine.

Il explore l’application des découvertes des neurosciences sur l’effet qu’auraient la nouveauté, le merveilleux (concept de Jung du numineux), l’enrichissement existentiel et l’exercice sur l’expression génique. Ceci permettrait la neurogenèse et la croissance du cerveau pour faciliter une nouvelle mémoire et un apprentissage tant chez les adultes que chez les enfants.

Le concept de génome psychosocial correspond aux voies de communication entre l’esprit et le corps et s’étudie dans les sciences médicales émergentes de la psycho-immunologie, par exemple dans les recherches sur les cellules troncales qui peuvent optimiser la santé et la récupération des maladies dérivées du stress. Une nouvelle vision de la façon d’utiliser notre conscience pour nous co-créer nous-mêmes. Un dialogue positif entre esprit et matière et entre nature et éducation.

 

« L’évolution individuelle ne se base pas sur les rendements atteints dans notre culture, mais sur le développement et l’intégration des cinq canaux d’expression du potentiel génétique : vitalité, sexualité, créativité, affectivité et transcendance. Le processus d’intégration induit des états de plénitude. Ces états permettent à l’être humain de transcender sa propre programmation phylogénétique sans trahir les germes de la vie. »

 

Eric Kandel, prix Nobel de physiologie en 2000 a impulsé une nouvelle empreinte théorique pour la psychiatrie « dans la mesure où la psychothérapie soit effective et provoque des changements de conduite à long terme, le faisant probablement par l’apprentissage, produisant des changements dans l’expression génique qui modifient la force des connexions synaptiques et des changements structuraux qui modifient les modèles anatomiques d’interconnexions entre les cellules nerveuses du cerveau. Puisque la résolution de l’imagerie du cerveau est en progression, elle permettra peut-être une évaluation quantitative du résultat des psychothérapies. Les influences sociales seront biologiquement incorporées dans l’expression modifiée par les gènes spécifique dans les cellules nerveuses spécifiques, de régions spécifiques du cerveau. Ces altérations socialement influencées sont transmises culturellement. Elles ne sont pas incorporées dans l’ovule, ni dans le sperme et ne sont ainsi pas transmises génétiquement ».

 

« Le futur est complètement contenu dans le passé. Le potentiel génétique est une force active qui appartient au présent et a un don de genèse actuelle. La transcendance consiste à créer plus de vie à partir de la vie. »

 

L’expérience de la vie, des pensées, des émotions et du comportement peuvent moduler l’expression et la neurogenèse de telle manière qu’ils peuvent réellement changer la structure physique du cerveau.

 

« Les vivencias induites par la musique en Biodanza peut créer des ‘effets’ semblables aux neurotransmetteurs, comme à celles de certaines hormones. Ceci signifie que certains exercices spécifiques de Biodanza induisent un ‘effet dopaminergique’, un ‘effet endorphinique’, un ‘effet GABA, etc. »

 

« Notre hypothèse est que de tels effets induits par les vivencias de Biodanza activeraient les circuits neurologiques et les glandes où se produisent leurs actions neurologiques, endocrines et immunologiques correspondantes. »

 

La plasticité neuronale est un thème central de la neurobiologie moderne, en partant des mécanismes cellulaires et moléculaires de formation de synapse chez la mouche Drosophila jusqu’à la récupération de la conduite chez des patients adultes très accidentés (Rosenzweig et Bennet, 1996). Bien que les méthodes utilisées pour mesurer la réponse plastique diffèrent, on croit que le stimulus requis pour induire une plasticité est activité – dépendante. Le point principal des recherches a été sur les changements neuronaux qui se produisent en réponse à une stimulation complexe par des environnements enrichis, spécialement avec l’exercice et l’apprentissage.

 

Un squelette conceptuel moderne pour la plasticité neuronale dans le cerveau adulte fut formulé par Hebb (1949) qui a postulé que, quand une cellule excite l’autre de façon répétitive, un changement se produit dans une ou deux cellules de telle façon à ce qu’une cellule devient plus efficace à stimuler l’autre. Ce point de vue a été étendu pour inclure la plasticité de différents substrats anatomiques définis comme les synapses neuronales ou les neurones complets. Hebb fut le premier à proposer l’environnement enrichi comme un concept expérimental. Au début des années 60, commencèrent des approches expérimentales pour rechercher les effets de l’expérience sur le cerveau. Hubel et Weisel (1970) établirent un programme pour examiner les effets de la privation visuelle sélective pendant le développement sur l’anatomie et la physiologie du cortex visuel. Rosenzweig et collaborateurs (1966) introduisirent les environnements enrichis comme un concept scientifique vérifiable. Dans les premières études, ils mesurèrent les effets des stimuli environnementaux sur des paramètres tels que le poids total du cerveau, le contenu total d’ADN et d’ARN ou de protéines totales du cerveau. Ensuite, de nombreuses études ont démontré que la stimulation environnementale induit différentes réponses de plasticité dans le cerveau adulte, partant de paramètres biochimiques jusqu’à l’arborisation, la gliogenèse, la neurogènes et l’apprentissage mémorisé.

 

La définition standard de l’environnement enrichi est « une combinaison de stimulation inanimée et sociale ». Cette définition implique que l’importance de la contribution de facteurs uniques ne peut facilement être séparée mais qu’il y a une bonne raison de supposer que c’est l’interaction des facteurs qui est essentiel dans un environnement enrichi (Van Praag et coll. 1996, Rosenzweig et coll. 1996).

De nombreuses théories ont été proposées sur comment l’environnement enrichi affecte le cerveau. Parmi elles, il y a l’hypothèse d’alerter, qui met l’accent sur la dite « réponse d’alerte » des animaux qui sont confrontés à des environnements nouveaux et complexes et l’hypothèse de l’apprentissage et de la mémoire dans laquelle les changements morphologiques est vue dans les mécanismes qui sous-tendent les processus d’apprentissage.

 

 

Esprit et cerveau

Le domaine des neurosciences et des sciences cognitives aident à satisfaire cette curiosité fondamentale sur comment les personnes pensent et apprennent.

Les avancées dans les neurosciences confirment les positions théoriques avancées par la psychologie du développement depuis de nombreuses années, comme l’importance de l’expérience précoce dans le développement (Hunt, 1961). Ce qui est nouveau est la convergence évidente des différents domaines scientifiques. Certains d’entre eux sont les sciences du développement psychologique, la psychologie cognitive et les neurosciences qui ont contribué à former un tableau plus complet sur comment se passe le développement intellectuel. La clarification de certains des mécanismes d’apprentissage par les neurosciences a été possible par l’arrivée de technologies non invasives qui permettent d’observer le processus d’apprentissage humain directement comme la tomographie par émission de positon (PET) et l’imagerie par résonance magnétique (IRM).

 

De ces recherches on a conclu que :

-       L’apprentissage change la structure physique du cerveau

-       Ces changements structuraux modifient l’organisation fonctionnelle du cerveau c’est-à-dire que l’apprentissage organise et réorganise le cerveau.

-       Différentes parties du cerveau peuvent être prêtes pour apprendre en des temps différents.

 

« La musique utilisée en Biodanza est rigoureusement sélectionnée en lien avec les exercices et les vivencias que l’on veut atteindre. Pour choisir la musique, il faut une préparation en sémantique musicale et des connaissances sur les effets de celle-ci sur l’organisme. »

 

Du point de vue des neurosciences, l’instruction et l’apprentissage sont très importants dans le développement du cerveau des enfants. Le développement psychologique implique des interactions continues entre l’enfant et l’environnement externe. Ceci amène à la question de savoir combien dépend des gènes et combien de l’environnement, bien que différents auteurs aient suggéré que cette question est comme se demander qu’est-ce qui contribue le plus à l’aire d’un rectangle, la longueur ou la largeur. (Eisenberg, 1995)

 

« Le développement du potentiel créatif tout au long de l’existence (ontogenèse) s’articule avec les écofacteurs qui stimulent ou inhibent le potentiel créatif.

Face à la difficulté d'unifier l’expérience cosmogonique dans le sens de tout englober, j'ai pris les éléments les plus universels afin de reproduire, dans une danse, la vivencia personnelle de la création du monde, les séries de mouvements qui conduisent du chaos au cosmos. Dans notre conception, ce processus ne se déroule pas se­lon un cycle fermé et linéaire; il répond à un modèle évolutif qui se développe selon une spirale logarithmique. Ainsi, l'univers se perfectionne par une succes­sion de processus d'intégration en circuits vitaux toujours plus différenciés. Le mécanisme intégrateur est l'amour communautaire, la connexion à la vie. »

 

Martin Buber, Pichon-Rivière, James Hillmann et Kenneth J. Gergen ont commencé la recherche de l’être humain comme un ‘être relationnel’. L’’homme écologique’ est né. »

 

Les chercheurs en neurosciences étudient l’anatomie, la physiologie, la chimie et la biologie moléculaire du système nerveux, avec un intérêt particulier sur comment l’activité du cerveau est liée au comportement et à l’apprentissage. Comment le cerveau se développe-t-il ? Ya-t-il des étapes dans son développement ? Y a-t-il des périodes critiques où certains processus doivent se passer pour qu’il se développe normalement ? Comment l’information se codifie-t-elle dans le cerveau en développement et dans le système nerveux adulte ? Et peut-être la question la plus importante, comment l’expérience affecte-t-elle le cerveau ?

 

Pendant le processus de développement, le diagramme de « câblage » du cerveau est créé par la formation de synapses. A la naissance, le cerveau humain a seulement une petite proportion des milliards de synapses qu’il aura peut-être (Calof, 1995). Le reste des synapses se forme après la naissance et une partie de ce processus est guidé par l’expérience. Les connexions synaptiques sont additionnées à la base de deux façons. La première façon est que ces synapses sont surproduites et ensuite se perdent. C’est un mécanisme fondamental qu’utilise le cerveau pour incorporer une information de l’expérience. Ce mécanisme tend à se produire pendant les premières périodes de développement. Dans le cortex visuel, une personne a beaucoup plus de synapses à 6 mois qu’à l’âge adulte. Ceci, parce que de plus en plus de synapses se forment dans les premiers mois de vie pour ensuite disparaître parfois en grande quantité. Le temps requis pour que ce phénomène se produise varie dans les différentes parties du cerveau, de 2 à 3 ans dans le cortex visuel humain et de 8 à 10 ans dans certaines parties du cortex frontal (Huttenlocher et coll. 1997).

Certains scientifiques expliquent la formation synaptique par analogie avec l’art de la sculpture. Le système nerveux établit un grand nombre de connexions, l’expérience agit ensuite sur ce réseau, choisissant les connexions appropriées et enlevant les inappropriées. Ce qui reste est une forme finale raffinée qui constitue peut-être les bases cognitives pour les phases tardives du développement.

Le deuxième mécanisme de formation de synapses se fait par l’addition de nouvelles synapses (Gould et coll. 1999). Ce processus fonctionne tout au long de la vie humaine et est spécialement important dans les étapes tardives. Ce processus est non seulement sensible à l’expérience, mais est conduit par l’expérience. L’addition de synapses est probablement la base de quelques ou peut-être beaucoup de formes de mémoire.

 

« Mon approche consistait à induire l’activité corporelle et stimuler les émotions par la danse et la rencontre humaine. J’ai commencé des sessions de danses avec des malades mentaux internés dans la section de l’hôpital dirigé par le Professeur Agustin Téllez. Ayant pour objectif d’induire de l’harmonie et de la tranquillité chez les patients psychiatriques, j’ai proposé des danses harmonieuses et lentes, avec les yeux fermés. L’observation a révélé que ces exercices avaient des effets contre-productifs, car ils conduisaient facilement les malades à des états régressifs. Dans ces cas, les hallucinations et les délires s’accentuaient et pouvaient durer plusieurs jours. Sans doute, les malades qui avaient par définition une identité mal intégrée se dissociaient encore plus quand ils réalisaient des mouvements qui induisaient une régression. Ce résultat, apparemment négatif, suggérait une forte mobilisation des contenus de l’inconscient. Dans les sessions suivantes, j’ai suggéré des danses euphorisantes à partir de rythmes joyeux qui stimulaient la motricité. Le résultat fut une augmentation notable du jugement de la réalité et une disparition des délires et des hallucinations.

 

Ces expériences et observations initiales constituèrent la base pour la construction d’un modèle théorique opératif, dans lequel furent localisés, sur un pôle, les exercices de régression et, sur l’autre pôle, les exercices de renforcement de l’identité. »

 

 

Câblant le cerveau

Le rôle de l’expérience dans le câblage du cerveau a été éclairci par des recherches sur le cortex visuel chez les animaux et les humains (Hubet et coll. 1970 ; Beaulieu et Cynader 1990). Chez les adultes, les stimuli qui entrent dans le cerveau à partir des yeux terminent séparément dans des régions adjacentes du cortex visuel. Ensuite, les deux stimuli convergent en un ensemble de neurones proches. Les personnes ne naissent pas avec ce modèle neuronal mais, pendant le processus de voir, le cerveau se sépare de certaines connexions.

Les chercheurs découvrirent ce phénomène en étudiant les patients avec des anormalités visuelles, comme des cataractes ou des irrégularités dans le muscle qui dévie l’œil. Si l’œil est privé de l’expérience visuelle appropriée dans une étape précoce du développement, il perd son habileté à transmettre l’information visuelle au système nerveux central. Quand l’œil qui était incapable de voir à un âge précoce est corrigé plus tard, la correction seule n’aide pas, l’œil affecté ne peut voir.  Quand on a examiné les cerveaux de singes dans lesquels on avait causé expérimentalement des situations semblables, on a trouvé que les yeux normaux avaient un plus grand nombre de neurones que la moyenne et que l’œil entravé avait perdu des connexions.

Ce phénomène se produit si un œil est empêché d’expérimenter la vision normale très tôt dans le développement. Le temps pendant lequel l’œil est sensible correspond au temps de surproduction et perte de synapses dans le cortex visuel.

 

«  L’intégration adaptative est le processus dans lequel les potentiels génétiques hautement différenciés s’expriment et s’organisent en systèmes chaque fois plus complexes, créant un réseau d’interactions qui potentialisent l’identité. »

 

La surproduction de synapses et la sélection peuvent progresser à différentes vitesses et en différentes parties du cerveau. Dans le cortex visuel primaire, l’augmentation la plus grande de la densité de synapse se produit relativement rapidement. Dans le cortex frontal médian, une région qui est clairement associées aux fonctions cognitives supérieures, la production de synapses commence avant la naissance et la densité de synapses continue de façon croissante jusqu’à 5 ou 6 ans. Le processus de sélection continue pendant encore 4 à 5 ans et termine à l’adolescence.

Après que le cycle de surproduction et de sélection de synapses aie suivi son cours, des changements additionnels se produisent dans le cerveau. Ceux-ci semblent inclure tant la modification des synapses existantes que l’addition de nouvelles synapses au cerveau. Les recherches indiquent que l’activité du système nerveux associé aux expériences d’apprentissage cause, d’une certaine façon, la création de nouvelles synapses dans les cellules nerveuses (Black et coll. 1990). Par contraste avec le processus de surproduction et de sélection de synapses, l’addition et la modification des synapses se produit pendant toute la vie et sont provoquées par l’expérience.

Les altérations dans le cerveau qui se produisent pendant l’apprentissage semblent rendre les cellules nerveuses plus efficaces. Les animaux qui grandissent dans des environnements complexes ont un plus grand volume de capillaires et donc un plus grand apport de sang au cerveau que ceux vivant en cage. De cette manière, l’expérience augmente la qualité totale du fonctionnement du cerveau. Il y a aussi un plus grand nombre d’astrocytes par neurone chez les animaux qui ont grandi dans des environnements enrichis. Le poids et la grosseur du cortex cérébral varie quand on place des rats adultes dans des cages enrichies par la présence d’un ensemble d’objets pour jouer et explorer. Ces animaux résolvent aussi mieux une variété de problèmes que ceux maintenus dans des conditions standards de laboratoire. Les deux situations, la présence active d’un groupe social et le contact physique direct avec l’environnement sont des facteurs importants (Kempermann 1997).

 

« La caresse est un des instruments fondamentaux de la Biodanza car elle induit des changements fonctionnels dans tous les domaines organiques et existentiels. La caresse éveille la source du désir et exprime l’identité. Les thérapies et la médecine bénéficient généralement d’une haute technologie et d’une sémantique sophistiquée mais ont un manque total d’affect. Le développement de l’érotisme est essentiel dans le processus de changement. Les motivations existentielles s’enrichissent par la force de l’éros et le désir d’amour. »

 

Les animaux dans des environnements complexes, non seulement apprennent de leurs expériences, mais courent, jouent et font des exercices aussi. La question est de savoir si l’activation seule suffit pour produire des changements dans le cerveau sans que les sujets apprennent. Pour y répondre, on a étudié quatre groupes de rats (Black et coll. 1990) : un groupe appelé « acrobates » fut entraîné à contourner une série d’obstacles ce qui fut réussi en l’espace d’un mois. Un second groupe de rats « avec des exercices obligatoires » fut amené une fois par jour à courir pendant 30 minutes, deux fois avec un repos de 10 minutes entre les deux courses. Le troisième groupe d’ « exercices volontaires » avait accès libre à une roue. Le quatrième groupe était maintenu en cage et ne faisait pas d’exercices. Les résultats montrèrent que le volume des vaisseaux sanguins était plus grand dans le deuxième et troisième groupe que dans les autres. Cependant, quand on analysa le nombre de synapses par neurone, le groupe des « acrobates » était celui qui en avait le plus.

 

« Le sens primordial de la danse

 

Au travers de l’histoire de la danse, dans notre société, on a fortement mis en avant la proposition de former de bons danseurs, qui soient capables d’atteindre, par l’exercice et l’apprentissage, de hauts niveaux d’optimisation dans la dextérité et la beauté de leurs mouvements. Quand le danseur de ballet met en action ses mouvements, les ajustant à des besoins esthétiques, il active une série de fonctions liées au contrôle volontaire. Parmi elles nous pouvons mentionner : des mouvements intentionnels, un déplacement conscient dans l’espace, une sémantique expressive en lien avec certains codes gestuels, une coordination auditive-sonore et visuomotrice, une localisation autour d’autres figures référentiels et reliées.

Il existe pourtant une possibilité complètement différente qui consiste à transformer le danseur en danse. Ce chemin s’est réalisé dans des cérémonies religieuses archaïques, dans certaines danses mystiques et d’extase. Dans ces cas, l’individu entre dans un état vivenciel dans lequel il arrive à ‘être la danse’

Pour arriver à l’état de transe, qui permet au danseur d’arriver à ‘être la danse’, il faut partir d’un tonus ‘ouvert’ aux impulsions proprioceptives spontanées ; un état inconditionnel et réceptif, libre de toute proposition de théâtralisation. Dans ces conditions, l’individu permet que la musique s’infiltre dans son organisme et induise l’état cénesthésique-vivenciel. ‘Etre la danse’ est une expérience extraordinaire, la plus puissante source de rénovation et d’énergétisation. La Biodanza propose cette possibilité d’une danse organique, basée sur la vivencia et non la conscience. 

La Biodanza génère, par des exercices et des danses, des champs spécifiques très concentrés afin de stimuler les potentiels génétiques. Une session de Biodanza est un bombardement d’écofacteurs positifs sur la fonction intégrante – adaptative – limbique-hypothalamique. »

 

Pendant le développement, les facteurs de croissance fournissent d’importants signaux extracellulaires qui régulent la prolifération et la différenciation des cellules troncales et des cellules progénitrices dans le système nerveux central. On a vu que, dans le cerveau mature, ces facteurs pourraient jouer un rôle dans la plasticité synaptique, l’apprentissage, l’enrichissement, l’exercice et la neurogenèse (Pham et coll. 1999).

On croit que le manque d’expression génique et la neurogenèse optimale sont associés à la dépression psychologique. Dans les nouvelles théories sur la dépression profonde, dont les causes biologiques ont été difficiles à élucider, on postule qu’elle pourrait résulter d’une perte en plasticité neuronale dans l’hippocampe (Kempermann 2002).

On formule l’hypothèse que le bonheur et les attitudes psychologiques positives, en revanche, seraient associés à une expression génique optimale qui conduirait à une neurogenèse, une guérison et un bien-être (Rossi 2002). L’effet nouveauté – numineux – neurogenèse est un système complexe adaptatif qui donne une fondation à une nouvelle neuroscience pour la psychobiologie de la psychothérapie.

Les premières études sur l’environnement enrichi rapportaient déjà une augmentation de neurotransmetteurs comme l’acétylcholine. Elles ont également démontré une augmentation de l’expression sélective du gène par le récepteur de la sérotonine A1. La déplétion de sérotonine diminue la neurogenèse dans le gyrus denté des rats adultes (Brezun et Dszuta 1999). On a rapporté récemment que l’activité physique peut changer l’activité de différents systèmes de neurotransmetteurs dans le cerveau. L’exercice influence les paramètres cholinergiques, affectant la recaptation de choline dans l’hippocampe et le cortex. Il augmente de plus l’activité des systèmes opioïdes. Les monoamines, en plus, comme la noradrénaline et la sérotonine sont activées par l’activité physique.

 

« Il s’agissait d’un système dans lequel les mouvements et les cérémonies de rencontre, accompagnés de musique et de chant, induisaient des ‘vivencias’ capables de modifier l’organisme et l’existence humaine à différents niveaux : organique, affectif-moteur et existentiel ».

 

Différents laboratoires ont étudié les effets de l’exposition à des environnements enrichis dans des conditions pathologiques, de stress et de vieillissement (Zhao 2000).

En général, les effets de l’enrichissement dans des conditions de chocs, d’épilepsie et de vieillissement sont bénéfiques. L’enrichissement peut aussi avoir des effets bénéfiques sur des conditions génétiques. Chez les rats qui portent le transgène de la maladie de Huntington, l’enrichissement retarde l’apparition du déficit de comportement comme la coordination motrice (Van Dellen 2000). On a démontré en plus que l’enrichissement affecte la mémoire et la neurogenèse de variétés de rats que l’on sait pauvres en apprentissage (Kempermann 1997). L’exposition à des environnements enrichis stimule la neurogenèse et améliore l’apprentissage chez ces rats. Ces résultats montrent que l’environnement enrichi peut annuler les limitations génétiques.

Les recherches sur l’expression génique, reliée à celles sur la conduite, sont encore naissantes. Il existe une classe de gènes dénommés gènes précoces immédiats qui répondent significativement à des événements de la vie significatifs, d’une manière adaptative en quelques minutes. On propose l’idée d’utiliser l’expression de ces gènes comme un pont entre mental, cerveau et corps (Castes et collaborateurs, 1999 ; Glasser et collaborateurs, 1990). La preuve expérimentale de l’effet clinique de la dynamique psychosociale des thérapies corps – esprit pourrait être faite avec une imagerie du cerveau, des micro-réseaux d’ADN et de protéines.

 

« Notre but est d’activer, par la danse et des exercices de communication en groupe, de profondes vivencias harmonisatrices. Hypothétiquement, nous pouvons suggérer que la dépression est causée par la perte, dont les variables biochimiques, en particulier sur le métabolisme cérébral et le système immunologique, favorisent l’apparition de foyers cancérigènes. Il est évident que la perte influence de multiples façons les processus d’autorégulation de l’organisme, en augmentant temporellement l’entropie du système. Je pense que le stress émotionnel fort produit des turbulences dans les circuits d’intégration, en créant des possibilités de changement et en provoquant une certaine instabilité dans les mécanismes régulateurs.

La Biodanza est une méthode qui favorise le numineux et l’expression des potentiels génétiques qui n’ont pas une structure hiérarchique mais de réseaux qui se potentialisent.

Sept facteurs de la Biodanza contribuent à l’enrichissement des expériences humaines :

1.     Musique

2.     Danse intégrative

3.     Groupe : matrice de renaissance

4.     Transe et régression

5.     Caresse

6.     Vivencia

7.     Expansion de conscience »

 

Une nouvelle façon de voir comment se relient entre eux les cellules troncales, le stress, l’expression génique, la neurogenèse et la guérison est en train d’émerger dans les sciences de la santé. Le stress à tous les niveaux, du stress social et psychologique au stress physique et traumatique, conduit à l’endommagement et au vieillissement des cellules individuelles qui constituent les tissus et les organes du corps. Le mécanisme général de récupération d’un tel stress, d’un trauma et d’un dommage se ferait par les cellules troncales (Fuchs et Segre, 2000). Les dites cellules ont été décrites comme la « réserve de la mère nature » puisque, comme les cellules embryonnaires, elles ont la capacité d’exprimer n’importe quel gène qui en a besoin pour remplacer les cellules endommagées. Le stress, le trauma, le dommage et la maladie de différents types donnent des signaux moléculaires qui activent la synthèse des protéines dans les cellules troncales résidant dans les tissus affectés.

Les messagers moléculaires générés par les causes mentionnées ci-dessus peuvent activer immédiatement des gènes précoces dans les cellules troncales, de telle façon que  ce sont les gènes blanc qui sont nécessaires pour synthétiser les protéines qui différencieront les cellules troncales en tissus matures avec un bon fonctionnement. Il existe de la documentation sur la récupération par ce modèle d’expression génique des cellules troncales du cerveau, du muscle, de la peau, de l’épithélium intestinal, de la moelle osseuse, du foie, du cœur et d’autres tissus. On a également rapporté le rôle inhibiteur des hormones du stress dans la neurogenèse (comme les glucocorticoïdes). De cette façon, il serait important de faire des recherches pour savoir à quel degré le nouveau, l’environnement enrichi, l’exercice physique peuvent induire une telle expression génique.

Ces nouveaux principes ont été présentés comme le fondement psychobiologique de la Psychologie Positive pour donner l’impulsion à la personne à apprendre et à optimiser son système naturel de guide interne pour résoudre ses propres problèmes par sa propre créativité.

 

« Pourtant ma proposition ne consiste pas seulement à danser, mais à activer, par certaines danses, des potentiels affectifs et de communication qui nous connectent à nous-mêmes, avec le semblable et avec la nature. Mais, comment pourrions-nous changer le monde sans nous changer nous-mêmes ?

 

Notre but est d’activer, par la danse et des exercices de communication en groupe, de profondes vivencias harmonisatrices. »

 

Le défi éthique est de découvrir de nouvelles méthodes de recherche pour l’exploration profonde et l’application pratique des méthodes pour la redécouverte et la recréation de la nature humaine. Les formes de psychothérapies qui sont pratiquées actuellement ont contre elles qu’elles sont limitées à l’observable, au niveau phénotypique de l’observation de la conduite. Il a pourtant été proposé que, dans le futur, nous serions capables d’utiliser l’imagerie du cerveau, les micro-réseaux d’ADN et de protéines pour prouver la valeur de ces approches sur la réelle facilitation de l’expression génique, la neurogenèse et la guérison au niveau moléculaire.

 

« La musique est l’instrument de médiation entre l’émotion et le mouvement corporel. C’est un langage universel, accessible aux enfants et aux adultes de n’importe quelle époque et région. Son influence va directement à l’émotion, sans passer par les filtres analytiques de la pensée. La musique stimule la danse expressive, la communication affective et la vivencia de soi-même. L’organe pour sentir la musique n’est pas l’ouïe, mais le corps. L’identité est perméable à la musique et, pour cette raison, elle peut s’exprimer à travers elle.

 

Les vivencias induites par la musique en Biodanza peuvent créer des « effets » semblables à ceux des neurotransmetteurs, comme à ceux de certaines hormones. Ceci signifie que certains exercices spécifiques de Biodanza induisent un « effet dopaminergique », un « effet endorphinique », « un effet GABA », etc.

Notre hypothèse est que de tels effets induits par les vivencias de Biodanza activeraient les circuits neurologiques et les glandes dans lesquelles se produisent des actions respectivement neurologiques, endocrines et immunologiques.

 

Comme l’organisme humain est un hologramme vivant en permanente transformation, les relations entre émotions, système nerveux, système endocrinien et système immunologique sont d’une extrême complexité. »

 

La génétique classique de Mendel et la nouvelle génomique fonctionnelle : la controverse nature – éducation (nature – nurture).

 

Les méthodes de la génétique de Mendel classique précoce, étudiaient généralement le déterminisme génétique : la dynamique du comment l’hérédité des gènes dominants ou récessifs détermine certains traits phénotypiques de l’organisme. Le dogme de base de la génétique de Mendel était qu’un ou peu de gènes déterminent un trait biologique ou comportemental. En accord avec cela, seule la nature déterminait de tels traits : l’éducation ou l’expérience de vie n’avaient pas d’effet significatif sur ses traits déterminés génétiquement. Ce fut à partir de ce dogme que surgit la controverse nature – éducation quand on a tenté d’étendre la génétique classique de Mendel à  l’étude du comportement humain. De nombreuses études statistiques chez les animaux et chez des jumeaux humains montraient comment l’intelligence et d’autres traits humains étaient liés à l’hérédité des gènes d’une façon déterministe. Ceci amena à la croyance que l’intelligence et, par extension, beaucoup d’autres traits humains et comportementaux étaient complètement ou en grande partie déterminés par la nature et ne pouvaient être changés.

Cette simplification excessive, ne considère pas que la majorité des gènes s’exprime (en s’allumant ou s’éteignant) en modèles d’activité coordonnée en réponse à des signaux extracellulaires. La nouvelle génomique fonctionnelle de la biologie moléculaire se focalise sur ces vastes modèles d’expression génique plutôt que sur l’approche un gène – une fonction ou un trait des débuts de la génétique de Mendel.

 

« Le critère classique que l’hérédité est rigide et fatale alors que le milieu ambiant est flexible et multifactoriel doit être réexaminé. L’environnement vu à partir du structuralisme de Lévi Strauss met en évidence les formes culturelles rigides qui limitent les options du potentiel génétique. C’est comme si les systèmes de valeur de chaque culture créaient des canaux d’une extrême rigidité, à travers lesquels le potentiel génétique doit se manifester, créant des sociétés homogènes dans leur pathologie et réprimées dans leur créativité. Un modèle théorique doit permettre un processus intense de remodélisation, en se posant des questions sur les facteurs culturels pour s’ajuster aux besoins authentiques de la vie. »

 

La nouvelle technologie des micro-réseaux d’ADN de la génomique fonctionnelle (Duggan et collaborateurs, 1999) nous permet de formuler un cadre dynamique d’activité coordonnée de milliers de gènes en une unique expérience qui explore les processus de base de la vie et les états fluctuants de l’organisme quand celui-ci interagit avec son environnement d’une façon adaptative et créative. Par exemple, Conklin (1999), en utilisant la technologie des micro-réseaux d’ADN, a rapporté que 600 gènes étaient exprimés de façon différentielle dans la cardiomyopathie.

Des études récentes de la génomique fonctionnelle indiquent que l’intelligence humaine, la neurogenèse et la croissance du cerveau est plastique ou changeante en fonction des expériences enrichissantes qui évoquent différents modèles complexes et coordonnés d’expression génique. L’expérience de vie ne peut changer l’hérédité biologique de gènes comme cela a été étudié par la génétique de Mendel. L’expérience de vie peut pourtant moduler l’expression d’une certaine proportion de gènes au cours du cycle de la vie. En d’autres termes, l’intelligence et d’autres fonctions psychobiologiques humaines sont liées à l’éducation (changements flexibles dans l’expression génique) en réponse aux changements qui surviennent du fait de l’expérience dans la vie comme de la nature (déterminisme biologique de l’hérédité), qui se fixe une fois pour chaque individu pendant la reproduction sexuelle.

Une approche amenant à la résolution de la controverse nature – éducation est maintenant possible avec la reconnaissance de ce concept crucial entre l’hérédité déterministe de tous les gènes et l’expression de certains gènes en réponse aux conditions changeantes de la vie.

L’application de la nouvelle technologie des micro-réseaux (Brown et Botstein, 1999) permet maintenant d’approfondir notre compréhension des deux, la nature et l’éducation des expériences et de déterminer quels gènes sont exprimés (induits), lesquels sont éteints et lesquels ne sont pas affectés.

 

Une étude qui illustre la dynamique génétique du stress et qui utilise la technologie des micro-réseaux pour étudier les changements de modèles de l’expression génique pendant le vieillissement, fut réalisée par Lee et collaborateurs (1999). Ces chercheurs trouvèrent que le vieillissement provoque un modèle d’expression génique différentiel avec une réponse marquée au stress et une expression diminuée des gènes métaboliques et biosynthétiques. La majorité des modifications furent complètement ou partiellement prévenues par la restriction calorique.

Jusqu’il y a peu, les études avaient été statistiques et controversées puisque la corrélation statistique ne prouve pas la causalité. Avec la nouvelle méthodologie il faudrait d’abord identifier les modèles spécifiques d’expression génique associés aux différentes maladies physiques ou psychosomatiques. Ensuite on comparerait les listes d’expression génique associées aux approches thérapeutiques. Ce serait un travail très important que de déterminer si les méthodes thérapeutiques modulent réellement l’expression génique dans une direction proche de celle des modèles trouvés dans un état de santé normal ou optimal.

 

« Si l’acte de vivre est une manifestation subtile du mouvement puissant d’un univers biologiquement organisé et en permanente « création actuelle », la créativité humaine pourrait être considérée comme une extension de ces mêmes forces biocosmiques exprimées au travers de chaque individu. Nous sommes, en même temps, le message, la créature et le créateur.

 

L’heure est arrivée d’assumer que notre grandeur ne se trouve pas dans l’esprit, mais dans l’existence. Et dit d’une façon encore plus radicale, notre grandeur est notre vie. Nous devons donc abandonner les approches traditionnelles de la psychothérapie de la créativité pour entrer pleinement dans la narration de l’extraordinaire. »

 

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Article du mois de juin 2017
 

L'imagination: la zone magique de la nature par Valentino Terrén Toro

Il arrive que la volonté de l’univers semble être soumise à des règles spécifiques depuis toujours. La matière a strictement obéi aux forces de gravité, à l’électromagnétisme, à la force nucléaire forte, à la force nucléaire faible. Et ainsi, la conduite du cosmos répond à des forces prédéterminées. Ceci n’est en rien une nouveauté. Il existe cependant une zone dans l’univers où n’œuvre aucune loi, aucune règle, aucun ordre. Un lieu plein de magie, élaboré grâce à des milliards d’années d’évolution, capable d’annuler tous les principes de fonctionnement. C’est un lieu petit où la matière devient rebelle, insurrectionnelle, ou la gravité se rompt comme un vase de céramique jeté au sol, où l’électromagnétisme devient un flux d’anges en état d’ébriété permanent, où la réalité assume sa condition d’argile froide dans les mains d’un enfant créateur. Ce lieu est l’imagination. Siège biologique des possibilités infinies, matrice quantique de la nature humaine, échappatoire mystique de la matière vivante.

Avoir découvert l’imagination comme la zone magique du cosmos fut pour moi une trouvaille fondamentale pour deux raisons : d’abord ce fut une expérience spirituelle émouvante et ensuite j’ai su que j’étais moi-même protagoniste d’un pareil pouvoir. C’est ainsi que j’ai commencé à comprendre l’imagination comme un dispositif biologique divin. En termes poétiques, elle est la Déesse de la créativité, la princesse des possibilités, la mère divine de tous nos rêves, la progéniture de nos fantaisies existentielles.

De plus, la flamme de ce pouvoir créatif s’allume dans le centre de notre cerveau et ses émanations génèrent donc des effets sur le corps. Ceci m’invite à comprendre que la magie (l’imagination) provoque des effets concrets sur la matière (le corps).

Vous pouvez, si vous le souhaitez, vous transformer énergétiquement en Albatros : déployer vos bras comme des ailes qui planent par les cieux de la terre ; vous transformer en papillon et commencer une danse délicate, pleine de gestes fragiles, éphémères, grandioses. Vous transformer en tigre et acquérir la fluidité pleine de puissance dans votre mouvement, dilater vos pupilles, transformer vos doigts en griffes affûtées, augmenter votre souffle.

Vous pouvez évoquer l’énergie de toute la matière vivante parce que le mental est un réceptacle qui contient toute l’information de l’univers. L’imagination dans ce cas, par exemple, joue un rôle central au moment de créer la vivencia de la métamorphose en un autre animal. Etant donné qu’il a enregistré dans sa structure le style de mouvement de chaque animal, il est capable de commencer un processus d’évocation de son énergie par la reproduction de ses modèles moteurs.

Je déduis donc de cela, en me basant entièrement sur mon expérience personnelle, que l’imagination n’a pas seulement une projection sur le mental, mais aussi sur le corps. J’ai ainsi créé une danse qui s’appelle « danse de l’imagination ».

Parce que l’esprit infini de l’imagination est capable de détourner la volonté du corps et ainsi de le convertir en une « imagination corporelle » où l’imagination extériorise et exprime son pouvoir créatif par la danse, par une série de gestes successifs spontanés qui créent le dessin aléatoire de l’improvisation. Tout ceci pour dire que l’imagination est la source maximum de la créativité ; que nous devons explorer sa puissance, ses objectifs ; que le cosmos a développé ce mécanisme pour une raison divine.

Pour la danser, la première chose à savoir est que, pendant la danse, il n’y a pas de pensées, l’imagination mentale n’existe pas. Vous ne devez rien imaginer avec le mental. Votre corps imaginera par le mouvement, il sera la création immédiate de la possibilité. Ainsi, avant de danser, imaginez que l’air est une toile tridimensionnelle où vous pouvez peindre, avec l’encre invisible de vos gestes, une œuvre d’art intangible. Imaginez que vos mains sont des pinceaux pleins de couleurs et que vous y imprimez la peinture de votre danse. Ou imaginez que l’air est un support transparent qui a une mémoire et que votre danse y restera gravée pour l’éternité comme une chorégraphie qui se reproduit une fois ou l’autre lorsque la fenêtre s’ouvre avec le souffle du vent. Après vous être immergés dans ce monde magique, votre danse surgit, abandonnez tout votre être à la musique et laissez-la faire le reste. Alors vous allez disparaître. Votre danse se déploiera sur des plans moteurs complètement nouveaux. C’est par là que marche l’imagination, mon imagination. La proposition est de combler la vie de possibilités, de nouvelles possibilités

 

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Article du mois de juillet-août 2017
 

Réflexion sur les concepts universels et l’échelle des conduites concernant la capacité de lien humain proposée par Rolando Toro par Berta Garcia

 

Les Universaux pourraient être l’essence, l’âme, ce qui nous est le plus intimement propre, la  nature intrinsèque qui se manifeste chez tous les êtres humains, sans distinction de race, de religion ou de politique, ce qui nous distingue en tant qu’espèce.

 

Travailler en Biodanza à partir de cet endroit implique de travailler avec ce qu’il y a de plus profond chez l’être humain.

 

Les thérapies conventionnelles sont préoccupées par le “caractère” et nous transforment “de névrotiques en névrotiques suicidaires”.

 

Les universaux humains nous réintègrent au Principe Biocentrique.

 

On aborde une guérison individuelle qui ne nous permet souvent pas de voir en nous ce qui est caché et qui nous harmonise et nous protège.

 

Il existe la diversité comme partie de l’univers. Nous, biodanseurs, ne restons pas dans la diversité car là nous pouvons être toute la vie à tourner en rond et perdre l’occasion d’évoluer vers l’épiphanie de la rencontre.

 

Nous allons vers la vérité nue, sortir de nous la nudité.

 

Si nous n’allons pas vers l’essence de l’humain, ce qui nous est réellement propre, il est impossible d’arriver à être des êtres humains.

 

Grande et terrible est la différence entre les animaux et les humains qui n’ont pas la liberté de se détruire. Les animaux s’orientent par l’instinct de l’espèce et ne peuvent altérer la sagesse cosmique de leur instinct.

 

Nous avons, par un mauvais coup du sort, la capacité d’altérer le plus ce qui est propre à l’être humain ; nous avons la liberté de nous séparer de l’ordre cosmique. (Liberté effrayante de transgresser le sens de la vie comme dirait Rolando Toro).

 

Notre travail est de découvrir toujours plus ce qui nous est propre, ce qui nous a été donné par la sagesse de la vie.

 

Il suffit de ne pas aller nous cacher dans les temples de l’ego.

 

Mais ce mystère et cette connaissance de l’universel humain est en nous et nous rend infinis.

 

L’intelligence, quand elle n’est pas dotée d’humilité et d’affectivité ce qui est le cas de la majorité d’entre nous, est une catastrophe existentielle, il serait presque préférable qu’elle n’existe pas, puisqu’elle phagocyte de façon égotique toute intention de découverte de l’autre, nous empêchant d’accéder en communion à une connaissance plus grande.

 

Chercher et potentialiser ce qui nous unit pour marcher vers nous.

 

Dans ce Nous possible et péremptoire se trouve, en attente, l’instinct de notre espèce. La force commune d’union à la totalité absolue, à l’Ordre Cosmique.

 

La question que je me pose est comment accéder aux universaux humains dans une civilisation absolument malade dans laquelle nous avons construit la culture de la mort.

 

Toute thérapie ou chemin de développement montre le besoin de lien, la récupération et la possibilité d’aimer.

 

Après des années de Christianisme, de Bouddhisme, de psychanalyse, de Gestalt, de comportementalisme, de constructivisme, etc. nous ne réglons toujours pas la connexion avec les universaux.

 

Les intentions ont été nobles mais elles semblent être restées des intentions ou peut-être que maintenant il est temps de faire un pas de plus. Notre civilisation ne serait pas si malade si elle avait été constituée par des êtres sains.

 

Si nous sommes si malades, dépressifs, angoissés, violents, enragés, comment allons-nous accéder à la lumière.

 

C’est l’énorme proposition du système Biodanza, si profondément innovatrice dans sa façon de développer l’évolution.

 

L’approche précise par du questionnement profond sur les méthodes que nous avons créé pour accéder à l’apprentissage et au développement.

 

Nous avons testé, pendant de longues années, des techniques qui n’englobaient apparemment pas la totalité de l’être en laissant dans l’oubli le plus beau et le plus profond. Peut-être fusse d’une manière inconsciente, l’imaginant bienveillante, de continuer dans des conditions de soumission et de douleur, terrain propice aux grands pouvoirs de domination qui génèrent des structures auxquelles nous ne pouvons pas nous adapter sans courir un grave risque d’extinction.

 

L’approche du système de la Biodanza est d’accéder à la connaissance par la vivencia induite par une musique choisie qui est une émotion pure chantée et syntonisée avec nos émotions les plus profondes et les plus nobles et qui déclenche la danse de nos possibilités dans des espaces de rencontres affectives.

 

La musique, étant donné ses caractéristiques, nous permet d’accéder à des strates très profondes où nous sommes pris dans notre totalité d’êtres, en nous manifestant dans la danse et le mouvement, ce qui nous permet de nous découvrir et de nous émouvoir de la grandeur de qui nous sommes.

 

Selon Nietzsche, si ses mots pouvaient expliquer ce qu’il sent, alors il ne danserait pas.

 

La danse est l’expression et la transformation à partir d’un mouvement plein de sens, c’est un Art.

 

Platon dit que l’art est le chemin du chaos à l’ordre.

 

La proposition des exercices de Biodanza est, à partir du rythme, de la mélodie et de l’harmonie naturelle biocentrique des êtres humains en chemin vers l’humain et de l’univers en expansion, de ne pas entrer dans les labyrinthes de l’ombre et de la lumière artificielle, mais de potentialiser la lumière naturelle dont nous faisons partie et dont nous sommes porteurs pour que, en la vivant, nous arrivions à en profiter, à l’aimer et à la bénir en nous-même et en chacun des êtres de la nature.

 

Il y a des chemins qui nous détournent, qui restent à la périphérie, sur le caractère, sur les masques, sans accès à l’essentiel. Nous gaspillons ainsi la vie sans voir ni jamais sentir la merveilleuse lumière qui existe en nous et à laquelle nous appartenons.

 

A propos de l’échelle évolutive

Il me semble qu’il est inévitable et urgent, même si cela fait mal, de nous enlever le bandeau des yeux qui nous a permis de survivre dans la violence.

 

Nous sommes très adolescents encore, des adolescents superbes et sans avenir.

 

Si nous ne passons pas à l’étape de l’adulte amoureux, nous allons inexorablement en tant qu’espèce sur le chemin de l’extinction, léguant aux formes de vie qui nous succèderont une planète malade et en destruction.

 

Nous aimerions que ce soit autrement et nous nions et abordons donc la réalité de façon idéaliste et romantique, tentant de la vivre comme nous aimerions qu’elle soit, en niant et en provoquant même des dégâts, les augmentant, sans la possibilité de nous engager dans l’évolution. C’est marcher en regardant le sol, de façon rigide, en renforçant les pathologies au travers de notre mouvement antinaturel, sans synergie, sans affectivité, sans valeur, sans fluidité, sans sacralité.

 

Ce chemin de l’échelle évolutive doit se parcourir de l’amour à la conscience pour ne pas tomber dans le jugement et la dévalorisation injuste en projetant nos propres manques sur ceux qui nous sont proches.

 

Rolando nous invite énergiquement à participer à notre mission dans l’évolution. Nous facilitateurs de Biodanza avons un travail qui part de notre propre essence, de notre corps, de notre propre entente continuelle, de notre amour et de notre conscience ; c’est un chemin de vraie humilité qui repousse l’individualisme, faisant un pas vers le bien commun, le moins courant des biens.

Nous ne devons pas retenir notre mouvement évolutif.

 

Par notre danse, nous nous unissons à un mouvement ou une danse commune.

 

Nous avons à travailler de toute urgence sur notre égoïsme, à transcender nos structures rigides qui nous séparent pour trouver ce qui nous unit, à être cohérents et à agir en adhésion avec le principe biocentrique pour participer à une cause commune, la co-création de notre chemin et de notre destination vers l’amours et la solidarité.

 

Nous avons dans nos mains un outil sans précédent dans l’histoire de la psychologie et il demande un engagement personnel et groupal, avec nous-mêmes et avec notre espèce.

 

Nous marchons depuis et en direction de la lumière, maintenant il est temps de recycler nos différences périphériques et de nous unir dans les Universaux donnés par la Grande Sagesse Cosmique.

 

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Article du mois de septembre 2017
 

Créativité et développement par Alberto Felix Labarrere Sarduy

 

Quand on m’a proposé d’exprimer quelques-uns de mes points de vue sur la créativité dans ce symposium de Biodanza, Education et thérapie, j’ai beaucoup douté. J’ai douté parce que si  j’ai en effet travaillé avec la créativité pendant de nombreuses années, ce ne fut pas avec la Biodanza.

 

Les connaissances que je possède de la Biodanza sont assez approximatives, et ceci est une des premières occasions pour moi d’entrer de façon systématique dans les fondements, traditions et méthodes de cette école ou mouvement qui a aujourd’hui des adeptes à l’échelon mondial.

 

Au-delà d’une certaine expérience avec des danses –plutôt caribéennes – la danse en elle-même est un domaine qui, en tant que spécialité, m’est également un peu étranger. Mais le thème de la Biodanza qui nous rassemble, m’a ramené à la mémoire des moments de plaisir avec la musique et les pas ; le plaisir individuel et collectif (en couple ou dans des groupes plus grands) qui se produit quand nous nous appliquons ou nous abandonnons à la danse. Ceci me semble être une bonne motivation pour commencer à exposer mes points de vue.

 

Le sens de la danse

Dans la danse, on peut faire le meilleur comme le pire ; la seule chose qui importe est le corps et la musique. Le corps dans la musique ou la musique dans le corps, la musique qui traverse le corps et vice-versa, produisant une symbiose où la danse, le dansé et le danseur deviennent un, non différenciables en rythmes ou mélodies. On dépasse ainsi l’obstacle de mal faire ; on rompt les liens et, par conséquent, on se trouve dans un environnement de créativité et de création.

 

C’est l’éclosion de signifiés que nous ne savions pas que nous avions ici dans le corps, mais qu’aujourd’hui celui-ci exprime comme s’il les avait appris et avait seulement attendu le moment propice pour les dire, les montrer, pour les lancer au monde comme quelque chose de nous qui à partir de ce moment cesse de nous appartenir.

 

Ainsi, le contexte de la danse et de la musique, du corps et de la danse, de la musique et du corps s’exprime comme un domaine où chacun crée à sa mesure ; génère de nouveaux pas, anticipe des accords, en prolonge d’autres, en raccourci encore d’autres et ainsi met à la lumière un univers de plaisir qui se transmet ou contamine dans un effet circulaire ou de complète circularité qui se prolonge, qui reste bien au-delà du moment de la danse que nous vivons. Parfois c’est un sentiment atavique. Hérédité de temps ancestraux, transmise dans notre biologie : ainsi devait se sentir l’homme primitif quand, dans sa danse, il créait le monde, générait sa subsistance. Il créait le monde et se créait lui-même en rituel dansant.

 

Ci-dessus j’ai essayé de mettre en évidence la notion d’unité, d’intégration qui se produit pendant la danse, avec plus de rigueur. Dans la danse libre, le danseur, le corps, l’esprit et l’expérience de la danse deviennent un, inévitable et inextricablement imbriqués dans un écheveau inséparable ; où chaque « composant » est défini par l’autre. Dans l’éducation la plus habituelle, cela ne se passe pas ainsi. Les tentatives systémiques de former le sujet contredisent la vérité radicale de l’unité des choses dans le monde et du monde dans les choses. C’est l’éducation dans et pour la scission, l’hérédité de la pensée cartésienne hégémonique pendant la modernité et enracinée dans les temps postmodernes, qui reste à la fin.

 

Une bonne partie du 20ème siècle nous a formé, dans une certaine mesure, sous l’égide scissionniste qui divise le monde et isole les choses entre elles. La séparation de l’esprit et du corps comme expression de la vision cartésienne a continué à dominer nos représentations et ainsi, dans le domaine de la créativité (considéré principalement comme un acte de raison) à apprendre à créer sous l’assomption qu’il est possible de devenir créateur, celui-ci étant vu, et est vu encore aujourd’hui comme le possesseur de techniques et d’instruments qui permettent de créer, de solutionner des problèmes, de voir le monde de manière différente, de comprendre les relations, de pouvoir arriver à des solutions ou des produits d’utilité sociale que les autres devraient approuver.

 

On a ainsi mis de côté, avec cette même mentalité dont on a fait allusion, la créativité comme processus, comme produit, comme contexte, comme expression du sujet. La créativité fut considérée comme le patrimoine d’un esprit suffisamment entraîné et puissant pour produire de la nouveauté et de l’originalité, qui n’aurait besoin d’aucun autre instrument que la raison. Le corps était là mais n’existait pas ni n’était même un émissaire, seulement un témoin muet et presque inutile à l’ombre ou à la lumière, mais inutile… ou même insignifiant.

 

Bien que l’on soit parti de cette condition que la création et la créativité ont besoin de déblocage, de désinhibition et d’une dose de liberté pour s’exprimer,  on le voit en ce moment, le produit final ou ce qu’il en advient est un produit censuré et ce n’est que par la censure que l’œuvre devient créative dans toute sa nouveauté et son originalité. De nouveau, la raison fait des siennes.

 

Peut-être un des résultats les plus désastreux de l’éducation au 20ème siècle a été de ne pas suffisamment travaillé sur l’élimination des barrières réelles qui se lèvent devant la créativité des élèves, les considérant comme de simples consommateurs et répétiteurs de modèles ; en terme de danse, c’est les mettre dans la situation de répéter des pas inventés par d’autres et de ne pas les mettre dans la position de celui qui invente, crée ses propres pas, fermant les portes au vrai plaisir de cet acte créatif dans les auditorium, dans les situations d’apprentissage.

 

Bref regard sur l’espace créatif

Il existe trois aspects qui ont je crois reçu peu d’attention systématique dans l’éducation. Ceux-ci sont: la vivencia créative; l’intentionnalité et la disposition créative du sujet; et la responsabilité créative. Je m’arrêterai brièvement sur chacun d’eux.

 

La vivencia créative

Tout moment authentiquement créatif génère cette « sensation » d’être en train de créer, qui peut s’appeler vivencia. Je suis conscient que je manipule une notion de vivencia qui n’a rien d’orthodoxe, qui n’est pas seulement un état psychophysique, mais que j’ouvre la possibilité de vivencia en tant qu’intégration de l’émotion et de la connaissance ; faire et sentir ce qui se fait, faire et sentir avec tout le corps et dans tout le corps. Entendu ainsi, l’espace créatif est surtout un mode de vivencia. Un espace où l’étudiant, quand c’est le cas, doit expérimenter l’être ici dans tout son être. Créer c’est vivencier la créativité et la sentir comme une peau. Se sentir fondu dans un produit, un processus et des conditions, se perdre et se trouver dans le tout. Cette vision s’est perdue dans un univers d’enseignement et d’apprentissage qui n’a conçu et ne conçoit la créativité, que comme une solution à des problèmes et l’obtention de produits nouveaux et originaux. Apprendre à être créatif, c’est vivre l’instant que je suis en train d’accoucher de quelque chose (de nouveau) ; c’est la sensation d’être participant dans/d’une activité que personne ne peut faire pour quelqu’un, bien loin et au-delà du produit et du jugement sur ce qui peut être fait de cet acte. Le caractère relatif, qui a été donné à la créativité dans certains domaines et parmi eux l’éducation, rend légitime ce que j’ai affirmé.

 

De mon point de vue, apprendre à créer par du sentir et du pouvoir exprimer la vivencia créative qui consiste à participer de l’acte créatif qui est en train de se passer. Pour moi, l’introduction dans le développement du sujet créatif ne consiste pas à lui laisser des techniques ou des outils « qui permettent de créer », mais de favoriser l’apparition de la vivencia créative. Faire que l’étudiant expérimente cette sensation de participer d’une activité que, par moment, il ne peut expliquer, mais qu’il sent profondément comme une partie de lui, comme une expression de son je.

 

La situation créative devant la solution d’un problème est aussi une situation de contamination de la créativité, contamination de la nécessité de créer ensemble. La nécessité est le plaisir d’être inclus(s) ou incluse(s) dans une situation qui nous attrape et ne nous lâche pas ou que nous attrapons et ne lâchons pas. Je pense aussi que le traitement de la vivencia, surtout dans sa manifestation en tant que plaisir de créé qui est ressenti et à un certain moment communicable dans  l’acte lui-même, est la clé pour que les personnes ou les étudiants –que nous souhaitons développer en tant qu’êtres créatifs – restent dans cet espace de créativité qui implique consistance et persévérance, tolérance à l’échec et à la frustration, comme cela se décrit souvent. La bonne vivencia nous protège de la honte et de la folie, nous maintient dans l’espace de créativité et le valorise quand arrive le moment. Nous ouvre la porte à la créativité et nous emmène pour nous introduire en elle. Nous sauve.

 

L’intentionnalité et la disposition créative du sujet

Une fois dans le règne de la créativité nous ne nous demandons pas ce que nous faisons là mais ce que nous allons faire là. La créativité a besoin d’intentionnalité et l’intentionnalité n’est pas nécessairement consubstantielle à la créativité. En tout cas cela n’a pas été ainsi dans les tentatives spécifiquement organisées pour développer le sujet créatif. Dans la danse, il ne suffit pas de répéter les même pas plusieurs fois, la fatigue, la lassitude et la trivialité arriveront très rapidement. Celui qui danse doit à un moment désirer – et arriver à – introduira ses propres pas, cette introduction parfois déconcertante et pas toujours excitante, mais nécessaire et saine. En plus de la lassitude, le mouvement répété, les tours et les tours, connus jusqu’aux puces du cou – comme dirait Kafka – créent un mal-être, une inaction et une perte d’initiative, des vivencias négatives pour le corps et l’âme. Bien que les vivencias négatives soient nécessaires, il n’est pas conseillé d’en vivre beaucoup.

 

Ainsi, devenir un sujet créatif demande que, à un certain moment, surgissent l’intentionnalité de créer ou au moins qu’elle se cultive. L’arrivée de l’intentionnalité demande une disposition. Le déploiement et la culture de l’intentionnalité demandent une disposition, entendue non seulement comme une acceptation, mais aussi comme une pratique. Non seulement « se laisser aller » relaxé… se soumettre avec une passivité fine et déplaisante à ce qui vient ; mais se préparer, rassembler ses forces, mesurer ses possibilités comme condition de l’œuvre.

 

L’éducation nous a préparé et enseigné l’intentionnalité et la disposition en tant qu’attributs personnels de manière très déficiente. L’intentionnalité prédominante, dans une moindre mesure, a été celle de l’étudiant, celle du sujet qui se forme mais plutôt celle de celui qui forme ; les codes qui appellent et interpellent l’intention de l’étudiant n’ont pas été trouvés. A ce qu’il semble, la domination, comme nous le savons, du professeur nous a suffi. Comme je l’ai dit, la disposition a été confondue avec se laisser être et porter : un sujet, un objet, passif et répondant, qui dans le règne de la créativité, manquant d’initiative, ne sais pas que faire ; manquant de disposition ne peut rien faire de plus ; et peut-être, s’il n’abandonne pas plus ou moins rapidement, répète seulement les pas qu’il sait bien, le mouvement rebattu qu’il a appris et qui lui apporte une sécurité authentique : rien de créative n’est ni ne sera.

 

La responsabilité créative

Si l’on crée, on est responsable de ce que l’on crée. Le règne de la créativité est aussi le règne de la responsabilité. Nous sommes responsables de nos produits. Dans la tradition éducative, cependant, qui prétend développer la créativité chez le sujet, la responsabilité ne reçoit normalement pas le traitement qu’il devrait. Etre responsable n’est pas seulement être l’auteur ou être intervenu dans, la responsabilité implique de prendre en compte les conséquences ; pour cela il faut suivre et modifier le « produit » ; avoir accès à lui longtemps et dans des conditions variables. Le réinventer s’il le faut.

 

L’éducation « traditionnelle » envers la créativité aliène le produit du producteur et vice-versa. La responsabilité cesse quand il se donne (l’examen, l’exposé, l’exercice, l’objet produit) et il n’existe déjà plus que pour la note et le jugement de l’autre (presque toujours le professeur et presque jamais le compagnon). Il n’y a pas de place pour des questions sur le destin de ce qui a été créé ; dommage, car le plus courant est qu’il finisse dans un tiroir, vu comme une simple formalité pour obtenir une note. S’est ainsi perdu toute ou une bonne partie de la richesse, de la potentialité formative de l’action pédagogique.

 

Dans tout l’exposé ci-dessus, j’ai voulu démontrer très brièvement les conséquences de la scission. Vivencia, intentionnalité, disposition et responsabilité sont comme des jumeaux identiques inséparables d’un sujet créatif ; mais que l’éducation continue à séparer de temps en temps mettant en péril, par-dessus tout, le sujet créateur.

 

Qu’enseigne la Biodanza ?

Je me suis apparemment bien éloigné de la Biodanza, mais non. J’ai voulu dire que, traditionnellement, le modèle de développement du sujet créatif ou créateur dans l’enseignement a été celui d’un sujet rationnel qui poursuit inlassablement la solution en appliquant des procédures dignes quasi d’un détective, des méthodes et des techniques qui correspondent plus à la création scientifique dans ses moments les plus matures et non à un processus formatif. Les études de la créativité ont perdu le vrai sujet créatif, précisément parce qu’ils l’ont déraciné de son corps et de la vivencia ; parce que, en s’occupant uniquement à lui offrir les instruments « idéaux » pour créer, ils l’ont contraint à l’application de procédures que d’autres ont inventé et qui deviennent à la fin des prêt-à-porter

 

J’ai voulu dire aussi que l’éducation traditionnelle déviait souvent le sujet de la créativité et de la formation en le scindant en esprit et corps, avec une occultation complète de celui-ci et en l’aliénant en/de ses productions et de ses responsabilités. De même, que la réussite d’un vrai développement créatif de la part du sujet implique de varier les angles de vue qui lui permettent de capter son unité en fonction de la situation. Il me semble que ces nouveaux angles de vue nécessaires se trouvent en Biodanza.

 

De la Biodanza, je prends, parmi beaucoup de choses précieuses, l’intégration ou l’unité qui se produit chez les personnes et qui, je pense, ouvre des portes pour l’élimination du sujet scindé. Je valorise aussi l’accent et l’ouverture à la vivencia qu’elle obtient avec la méthode ou les méthodes et instruments dont elle se sert, comme par les situations qu’elle provoque. La vivencia, comme expression du moi sans limites et comme possibilités et potentialités créatives qui se produisent précisément dans la liberté de la danse, sont certains de ses points forts ; mais pas que la vivencia, aussi la situation favorable pour que la vivencia soit partagée, ou au moins, afin que se produise ce que j’ai quelques fois appelé, avec je ne sais combien de correction, une « synchronie vivencielle » à laquelle le milieu de la Biodanza semble très favorable.

 

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Article du mois d'octobre 2017
 

Intelligence émotive et affective, les deux propositions de Rolando Toro et Daniel Goleman par Franco Ceresa

 

Dans ce bref article je souhaite présenter les éléments communs et spécifiques de « l’intelligence émotive » de Goleman et celui de « l’intelligence affective » de Toro, concepts parfois confus ou erronés. La Biodanza aide à renforcer les deux intelligences qui ne sont pas alternatives mais complémentaires.

 

Origines du concept d’intelligence émotive

Même si les définitions populaires de l’intelligence soulignent la dimension cognitive du concept, comme la mémoire et la résolution des problèmes qui appartiennent à l’intelligence rationnelle, beaucoup de chercheurs ont commencé à reconnaître l’importance des aspects non cognitifs. Robert L. Thorndike, en 1920, a utilisé l’intelligence sociale, terme pour décrire la capacité de comprendre et motiver les autres personnes. En 1940, David Wechsler a décrit l’influence des facteurs non intellectuels sur le comportement intelligent. En 1983, Howard Gardner a introduit l’idée que les indicateurs d’intelligences comme le QI n’expliquent pas complètement la capacité cognitive car ils ne prennent  en considération ni « l’intelligence interpersonnelle » (la capacité de comprendre les intentions, les motivations et les désirs des autres personnes), ni  « l’intelligence intra personnelle » (la capacité de se comprendre soi-même, d’apprécier ses propres sentiments, ses peurs et ses motivations).

 

En 1995, Daniel Goleman a publié son livre « Intelligence émotionnelle » et la même année le magazine Time a été le premier média à publier un article important de Nancy Gibbs sur le texte de Goleman.

 

Goleman illustre combien il est indispensable pour comprendre le grand pouvoir des émotions sur la pensée mentale et la cause des conflits fréquents entre les sentiments et la raison de partir de la structure du cerveau des émotions appelée système limbique.

 

Supposons par exemple que l’on est en train de se promener de nuit sur une route déserte… à un moment donné nous repérons un groupe de jeunes à l’air menaçant. Face à une situation de ce type, nous pourrions constater un état croissant d’anxiété et une peur que nous pouvons reconnaître par une augmentation du rythme cardiaque, de la respiration et de la transpiration.

 

Ces sensations nous amènerons à fuir ou à nous préparer à une éventuelle confrontation. Nous sommes prix par une émotion qui détermine notre comportement et nos réactions corporelles.

 

Le système limbique

Le système limbique est une partie du cerveau créée il y a des centaines de millions d’années et que nous partageons avec les espèces animales même moins évoluées que nous. Beaucoup d’espèces, y compris la nôtre, communiquent leurs émotions par des changements de positions, d’expressions faciales et des sons non verbaux (soupirs, gémissements, grognements). Ces expressions remplissent avantageusement des fonctions sociales, communiquent aux autres individus ce que nous éprouvons et surtout ce que nous avons l’intention de faire. Nous avisons par exemple à un rival que nous sommes fâchés, ou nous révélons à nos amis que nous sommes tristes et que nous aimerions un peu de support et de réconfort. Cette méthode de communication, souvent involontaire,  est régulée par notre système limbique.

 

Les émotions qui se génèrent dans notre système limbique ne sont toutefois pas complètement libres de s’exprimer sans filtre. En fait, l’air la plus évoluée de notre cerveau, le cortex, a une fonction de régulation de l’aire limbique et ceci permet parfois l’inhibition ou le contrôle des émotions qui pourraient parfois être aussi nuisibles, comme la rage ou l’agressivité disproportionnée.

 

L’amygdale

L’aire limbique est composée de différentes formations parmi lesquelles il y a l’hippocampe, le gyrus cingulaire, les corps mamillaires et l’amygdale. L’amygdale est une zone du cerveau qui a la forme d’une amande (du grec amygdali qui signifie amande) et est le siège où convergent les informations de nos émotions. Elle remplit une fonction déterminante sur nos réactions aux objets et aux situations qui revêtent une signification biologique particulière. Pour cette raison, elle est impliquée dans les réponses face au danger, initiant une série de réactions pour notre défense personnelle.

 

Caractéristiques de l’intelligence émotive

 

L’intelligence émotive est structurée par :

1-     Les sentiments : « ce que nous sentons », c’est-à-dire des résonances affectives moins intenses que la passion et plus durables que les émotions avec lesquels le sujet vit et interprète les stimuli du monde. Les sentiments peuvent être, comme le dit Jung, actif (aimer) ou passifs (être amoureux). La sensation active est rationnelle et la passive est irrationnelle.

 

2-     Les émotions : réactions affectives intenses déterminées par des stimuli environnementaux, le partage des émotions provoquent des modifications au niveau « somatique », « végétatif/viscéral », « psychique ».

 

Les caractéristiques de la soi-disant intelligence émotive sont : la capacité de nous motiver nous-même à persévérer dans l’effort, malgré les possibles frustrations, de contrôler les impulsions, de différer la gratification, de réguler nos états d’âme, d’éviter l’anxiété qui interfère sur nos facultés rationnelles et notre capacité à entrer en empathie et en confiance avec les autres. Le degré de contrôle qu’atteint une personne sur ces compétences est fondamental pour déterminer pourquoi certains individus prospèrent plus que d’autres avec les mêmes conditions de départ.

 

Les émotions sont les expressions extérieures des sentiments accumulés qui se forment par l’imagination et la visualisation. Il y a trois sources de sentiments qui interprètent toutes les informations qui entrent en l’être humain au travers des cinq sens et qui donnent un sens à ce que nous percevons.

 

1-     Notre histoire, la culture et les expériences, bonnes ou mauvaises, qui nous ont programmées à sentir d’une façon ou d’une autre et à donner aux choses une signification différentes de tous les autres.

 

2-     Le côté obscur de ce que nous pourrions définir comme « le mauvais esprit » qui vit chez nous tous et qui nous encourage à considérer négativement les événements de la vie et les transforme en peurs telles que : le sens de pauvreté, le danger, la faim, la maladie, le rejet, etc., et qui suscite en nous des émotions négatives.

 

3-     Le côté de la lumière spirituelle que nous appelons « Divin » et qui nous encourage à donner un sens édifiant et positif aux événements de la vie et à voir les choses du point de vue positif, produisant des images et des visualisations positives qui se traduisent en action s’y rapportant.

 

L’intelligence émotive est donc basée sur comment chacun vit ses émotions. Les cinq émotions de base que les êtres humains partagent avec les mammifères, à la différence que nous, êtres humains, en avons conscience sont :

-       Peur : l’objectif est la protection

-       Affect : l’objectif est le lien avec les autres

-       Tristesse : l’objectif est le retour en soi-même. Quand nous nous sentons triste, notre corps nous dit : « va-t’en de cette situation et retourne en toi »

-       Rage : l’objectif est celui de défendre

-       Joie : son objectif est l’accélération des processus vitaux. Elle devient la batterie de notre existence.

 

« Nous vivons actuellement dans un monde où nous perdons chaque jour de la sensibilité pour le milieu et les personnes autour de nous, souvent parce qu’il est difficile d’entrer en contact avec nos sentiments. Il est donc important d’avoir une dimension émotive qui nous permet de nous rendre compte de ce que nous sentons. L’objectif est de devenir observateurs de nous-même pour comprendre et donc contrôler ce qui nous pousse à agir, et avoir un plus grand contrôle sur nos réponses » (Daniel Goleman, Intelligence émotionnelle).

 

L’intelligence émotionnelle nous permet de :

1-     Devenir conscients de nos émotions

2-     Comprendre les sentiments des autres

3-     Résister aux pressions et frustrations que nous endurons

4-     Accentuer notre capacité à travailler avec d’autres personnes

5-     Adopter une attitude empathique et sociale qui nous donnera de plus grandes opportunités de développement personnel

6-     Participer, discuter et interagir avec tous, contribuer à créer un environnement harmonieux.

 

Selon Goleman, l’intelligence émotionnelle peut être divisée en deux aires :

a.     Intelligence intra personnelle : la capacité d’avoir un modèle réaliste et précis de soi, l’ouverture aux sentiments et leur utilisation comme guide dans le comportement

b.    L’intelligence interpersonnelle : la capacité de comprendre les autres, ce qui les motive, comment ils fonctionnent, comment se relier correctement. La capacité de reconnaître et de réagir aux états d’âme, au tempérament et aux autres émotions.

 

Les émotions peuvent être régulées. Manel Güell Barceló, dans son livre «  ¿Tengo inteligencia emocional? » retient qu’il n’y a pas d’émotions positives ou négatives. Ce sont simplement des émotions comme résultats de la réponse du sujet à une situation. Il est aussi vrai que certaines émotions sont utiles et peuvent être bénéfiques pour certains et pas pour d’autres. Nous pouvons, de ce fait, séparer les émotions efficaces, utiles et adaptées des réponses émotionnelles inefficaces, inutiles et donc inadaptées. Une réponse émotionnelle (joie, rage, honte) sera utile dans des contextes différents. Si la réponse est adaptative et nous aide à nous relier au monde qui nous entoure, aux autres et à nous-même, cela peut être une émotion efficace. Ainsi, toutes les réponses émotionnelles sont positives si elles sont utilisées correctement.

 

Intelligence affective

 

L’affectivité

Pour Rolando Toro, l’affectivité a une genèse bio-sociologique et est en fait liée à l’instinct de solidarité à l’intérieur de l’espèce, aux impulsions grégaires et aux tendances altruistes et aux rituels de lien. Ces impulsions biologiques de coopération, intégration et solidarité deviennent, chez les êtres humains, des sentiments altruistes qui sont la genèse de l’amour.

 

L’affectivité est donc un état de profonde affinité envers toutes les expressions de la vie et est aussi la manifestation des liens affectifs entre les êtres humains, « la perception des autres englobe tout le corps, pas seulement les émotions. »

 

L’affect comme inclination ouverte et permanente de soin et d’empathie avec tout ce qui est vivant, un état d’amour infini pour la vie, pour la nature et pour les personnes.

 

Il n’y a pas d’états affectifs purs, sans éléments cognitifs.

 

Toutes les différentes formes d’intelligence ont une source commune, l’affectivité. Pour comprendre cela, il faut examiner les relations entre perception, habileté motrice, mémoire, apprentissage, élaboration du langage symbolique et structure affective.

 

L’affect n’est pas une émotion, mais un sentiment. Si la sensation peut être intelligente, nous entrons dans le monde du cognitif, la sensation devient le point qui relie les émotions à la cognition.

 

L’affect, selon Rolando Toro, est le tissu sous-jacent à toutes les fonctions mentales. Ainsi, par rapport à une approche traditionnelle qui voit le centre de l’intelligence dans la fonction cognitive (intelligence rationnelle) ou dans la fonction émotionnelle (intelligence émotionnelle), pour Rolando Toro, le centre ou la partie sous-jacente à chaque processus mental est le fond affectif qui imprègne toutes les quatre fonctions mentales : perception, mouvement, mémoire, apprentissage de la langue.

 

Ce font est appelé par Rolando Toro noyau affectif.

 

Même la mémoire a des filtres qui sélectionnent et réorganisent les ressources autour des expériences affectives et ne dépend pas seulement d’éléments neurologiques.

 

Même l’apprentissage dépend des motivations affectives et non seulement cognitives. En fait, selon Rolando Toro, l’évolution du langage chez l’enfant est liée à la création d’un environnement sémantique aimant de la part des éducateurs.

 

La proposition de l’intelligence affective de Rolando Toro tend donc à intégrer et à s’intégrer aux autres formes d’intelligence, rationnelle, cognitive et émotionnelle.

 

L’affect est un puissant organisateur de la pensée et de l’action et réveille l’intuition, la curiosité et l’innovation, il va au-delà du raisonnement linéaire complet et séquentiel (cause et effet) qui est à la base des principes qui régulent tous les processus décisionnels de la vie.

 

Conclusions : Relations entre les intelligences émotionnelle et affective.

De la lecture des textes de Rolando Toro ne ressort pas clairement (peut-être volontairement) la différence entre les deux intelligences. On pourrait en fait dire que les deux intelligences émotionnelle et affective sont consubstantielles (ont une même nature). Dans la définition de l’intelligence affective, il faudrait pouvoir divulguer aussi la pensée de Rolando Toro ou d’autres auteurs sur des thèmes comme la complexité ou la physique quantique. Je confesse cependant ma limite, celle de ne pas réussir à faire des liens entre les différentes théories qui soutiennent le concept d’intelligence affective.

 

Beaucoup plus simplement, il me semble, est de saluer et partager l’effort que Rolando Toro a fait pour mettre en évidence la force de la dimension affective, cette sphère des sentiments et des émotions qui interagit avec les sphères motrices et intellectuelles desquelles elle ne se distingue que de façon abstraite.

 

Rolando Toro récupère le terme affectivité abandonné parce que trop abstrait par les écoles de psychologie (théorie des sentiments de Wundt), et le met même à la base de l’émotion et du sentiment, leur reconnaissant une plus grande intensité et une relation avec la dimension affective.

 

L’affect devient donc le contenant des émotions et des sentiments. La distinction technique a un charme positif mais n’est pas réellement possible, ni dans la théorie, ni dans la pratique existentielle des personnes.

 

Voici quelques passages du développement de la relation émotion/affectivité qui démontrent le continuum et le lien :

1-     L’émotion et l’affect sont le « carburant » du « raisonnement ». C’est la façon correcte de mettre les sujets en syntonie avec la vie, affinant quotidiennement la tonalité émotionnelle.

2-     Les problèmes ne peuvent être résolus avec le même type d’intelligence de laquelle ils viennent.

3-     L’intégration émotionnelle encourage la spontanéité et la sincérité de répondre adéquatement à chaque situation de façon à renforcer, dans des situations réelles, la production d’émotions saines de plénitude, d’affect et de respect au lien humain.

4-     La sagesse créatrice réside dans le noyau de l’intelligence affective/créative.

5-     Les valeurs et le caractère fondamental d’une personne ne sont pas dans le QI, mais dans les capacités émotionnelles/affectives sous-jacentes

6-     Quand des tensions surgissent, l’intelligence affective manque, le cerveau tend à faire aussi longtemps qu’il réussit à élaborer.

7-     Insight et jugement ne sont pas incompatibles avec le sentiment, celui-ci est indispensable et est la force motrice d’une vie bien vécue.

8-     La raison n’a de la force et du courage que dans le contexte de l’émotion. Toute idée, toute décision est prise sur la base des processus d’intelligence et toutes ont un noyau émotionnel.

9-     Avec l’intelligence émotionnelle sur une base affective, il est possible de relier le mouvement et le contact physique avec l’émotion.

 

Rolando Toro propose la Biodanza comme discipline pour la rééducation émotionnelle et existentielle, basant la réhabilitation sur des expériences induites par la musique et, dans un sens plus large, il propose une « biologie de l’existence ».

Par la musique et la danse, l’homme est relié, selon Rolando Toro, aux sensations d’être vivant, d’intégrer l’expérience et les émotions et donc de créer le réseau et les branches de l’arbre complexe de l’intelligence.

 

L’expérience induite par la Biodanza produirait en fait selon Rolando Toro :

1-     La capacité de percevoir l’autre de façon empathique

2-     La capacité de s’identifier avec les états d’âme des autres

3-     La capacité de s’exprimer tant avec la parole qu’avec le corps avec une sincérité et une cohérence absolue

4-     La capacité d’affect et d’amour envers les autres.

 

L’intelligence affective et l’intelligence émotionnelle sont donc les deux faces d’une même pièce, l’une intègre, l’autre dans un continuum qui crée les conditions d’une action correcte du sujet dans son processus d’adaptation au monde, amplifiant ses potentialités et sa capacité à accueillir et profiter pleinement de tous les fruits que la vie lui offre quotidiennement.

 


Article du mois de novembre 2017
 

Les remèdes spinoziens pour la vie affective par Nicolas Lopez Meyer

 

Agrandir le cercle des choses qui nous importent nous amène à incorporer un plus grand nombre de regards, d’expériences, d’affects qui amplifient la vision, « regarder avec d’autres yeux ». C’est aussi regarder le moment dans son contexte, regarder de loin, quelque chose comme un regard aérien ; et savoir que « rien n’arrive qui ne puisse arriver », ce qui provoque du calme.

 

Conjuguer la plus grande quantité de scènes, d’affects, d’expériences corps-âme en une seule scène qui va acquérir du sens ou au moins un autre sens. Aimer l’espace où se tissent les choses nous rend plus libres. Guérir l’espace où naissent les attitudes est la vertu qui nous rend plus heureux. Acquérir cette autonomie, celle d’agir et non de réagir en fonction de l’affection, nous rend plus puissants. Cela ressemble à quelque chose comme l’auto-connaissance de Dieu, l’unique qui nous paraît possible. Si la Biodanza ou une autre technique arrive à nous connecter avec ces espaces, c’est plus qu’un remède efficace.

 

« Dans son univers-divers complètement enchevêtré et actif, la nature est une totalité absolument infinie, elle se produit elle-même et contient toute sa production sans que rien ne transcende. La métaphore qu’exprime cette conception est celle d’un réseau infini d’échanges dans lequel rien n’est isolé et dans lequel toute entité singulière a besoin des autres pour exister. Dans l’univers spinozien, des entités infinies se forment et transforment en s’affectant mutuellement. En termes plus contemporains, nous pourrions dire que nous participons à une grande danse autopoïétique (Maturana et Varela, 1990.) où tout est en transformation continue. » D. Najmanovich, Commentaire sur Spinoza.

 

Les conditions sous lesquelles nous avons des idées semblent nous condamner à n’avoir que des idées inadéquates; les conditions sous lesquelles nous sommes affectés semblent nous condamner à n’expérimenter que des affections passives. Les affections qui comblent naturellement notre pouvoir d’être affectés sont les passions qui le réduisent au minimum, qui nous séparent de notre essence ou de notre puissance d’agir.

 

Nous devons cependant distinguer deux types de passions : les passions heureuses et les passions tristes. Alors que nous sommes affectés de passions, nous ne possédons pas formellement notre puissance d’agir. Les passions heureuses cependant nous rapprochent de cette puissance, l’augmentent ou la favorisent ; les passions tristes nous éloignent d’elle, la diminuent ou l’empêchent (Deleuze, 1968).

 

Le philosophie Baruch Spinoza (1632-1677) se demandait comment être affecté par un maximum de passions heureuses.

 

Déjà au 17ème siècle, il avertissait que la nature ne nous était pas très favorable à ce sujet et que pour cela nous devions compter sur l’effort de la raison (une raison toujours au service des affects) qui est l’effort d’organiser les rencontres de telle façon que nous soyons affectés par un maximum de passions heureuses. En effet, les passions heureuses augmentent notre puissance d’œuvrer et de comprendre.

 

Il ne suffit cependant pas que notre puissance d’agir augmente. Notre puissance pourrait augmenter indéfiniment, les passions heureuses pourraient s’enchaîner indéfiniment avec les passions heureuses, nous ne serions pas encore formellement en possession de notre puissance d’agir.

 

Une somme de passions ne fait pas une action. Il ne suffit donc pas que les passions heureuses s’accumulent. Il faut que, grâce à cette accumulation, nous trouvions le moyen de conquérir notre puissance d’agir, pour expérimenter ainsi des affections actives dont nous serions la cause.

 

Que faire pour produire (en soi) des affections actives ? L’idée est que pour nous guérir des affects négatifs (ceux qui diminuent notre puissance d’agir et nous rendent tristes), il faut générer de nouveaux affects, meilleurs, plus puissants que les précédents, capables de dépasser les autres, de façon à arriver à réguler notre vie affective.

 

La Biodanza est un système basé sur des danses, des musiques et des situations de rencontre en groupe dans lequel le facilitateur propose des consignes et des brèves démonstrations. Les consignes, dans une session de Biodanza, ne sont pas des prescriptions ni des mandats ou des lois au sens moral, mais des lois au sens physique ; elles exposent un certain mécanisme d’être, non un conseil de devoir.

 

La proposition est donc comment dépassionner les affects pour restituer une capacité d’initiative de production, de passifs devenir actifs.

 

En quoi consiste la vraie connaissance des affects et quelle place a-t-elle dans le domaine de la vie affective ? En prenant conscience de nos affects, nous cessons de les considérer comme accidentels, dus au hasard. Nous les examinons en les soumettant aux lois nécessaires, nous les comprenons. Ceci n’a pas seulement un effet théorique mais un impact sur l’unité de notre existence.

 

Il s’agit d’un laboratoire affectif ou nous « vivons » ces affects. A ce niveau pratique, ils cessent d’appartenir au libre jeu des influences externes et deviennent une manifestation de notre force intérieure.

 

Quels sont les effets curatifs d’une vraie connaissance des affects proposée en Biodanza ? Cela améliore notre vie affective parce que, avant elle était vices, maintenant elle devient vertu, dans un sens littéral : force de l’âme/corps.

 

Il reste toujours une marge d’intelligibilité dans les affects, étant donné leur nature. Amenant la vie affective au domaine du « le meilleur possible », Spinoza prétend qu’elle cesse de nous inquiéter : dans le fond, elle n’est pas plus nocive que dans ses excès. Cette révélation a un effet curatif, calmant.

 

La formule de comment devenir plus actif, de comment être moins passif, de passer de l’imagination à la compréhension, est un passage progressif.

 

Le passage doit s’appuyer sur un perfectionnement du fonctionnement de l’imagination. Il ne s’agit pas d’imaginer moins mais d’imaginer mieux, plus clairement. On peut imaginer intelligemment, intellectuellement, clairement. La Biodanza articule une partie de ses vivencias autour de la créativité comme impulsion d’innovation face à la réalité et la culture de l’imagination.

 

Comment se résout alors la vie affective ? Avec de nouveaux affects, meilleurs du point de vue de l’intellect et de la nécessité, plus puissants du point de vue de l’imagination et de l’affectivité ; en prêtant attention à ces affects qui ont beaucoup de force et qui dépendant de beaucoup de choses, causés par une notion commune, par différentes choses à la fois.

 

Pour l’exprimer bien concrètement, c’est ce qui arrive quand nous replaçons un épisode dans son contexte, quand « nous regardons de loin », quand nous le comprenons comme une confluence de facteurs. C’est le remède pour les affects : regarder de loin, ne pas se cramponner capricieusement à une seule chose, aimer autant de choses que possible, élargir notre horizon. Ceci nous conduira à la béatitude, à l’amour pour la nature, un amour pour toute la réalité et non une de ces parties.

 

Nous pouvons résumer « ce que peut » un corps avec les remèdes affectifs que propose la Biodanza : elle peut intervenir dans le domaine de l’affectivité avec ce qu’on sait de mieux, connaître et connaître les affects de façon à les réguler et les ordonner.

 

Elle peut ensuite séparer l’affect de la représentation de la cause extérieure que l’on connaît de façon très inadéquate et qui fait considérer l’affect comme un produit de l’absolu.

 

Elle peut, avec le temps, faire prévaloir les affects qui dépendent des choses générales, des pensées rationnelles.

 

Elle peut élargir notre base affective en faisant dépendre les affects d’une convergence de causes.

 

Elle peut mettre en ordre la vie affective, en reliant les affects entre eux, de manière logique et rationnelle, nécessaire et déductive.

Ces tentatives ne peuvent être séparées mais se font conjointes dans un processus unique d’hygiène mentale. Nous ne considérons pas les propositions de la Biodanza comme des recettes formelles : ce sont des mécanismes qui nous connectent avec les lois naturelles qui amènent à une augmentation de l’activité. La Biodanza cherche une façon d’auto-évaluer le degré d’activité où se rencontre notre âme/corps. Il s’agit de savoir quelle est la relation qui opère en nous entre des idées adéquates et inadéquates. Ceci permet de réévaluer le rôle de l’imagination. C’est une invitation à nous demander combien nous pouvons connaître affectivement, combien nous pouvons aimer.

 

Spinoza a inversé la relation traditionnelle entre bonheur et vertu. Le bonheur n’est pas une récompense parce que la vertu a cessé d’être un prix à payer, elle n’est pas la répression des désirs, l’ascèse involontaire, une solitude triste, mais la réalisation de la puissance du corps et de l’esprit, le bonheur ici et maintenant.

 


Article du mois de décembre 2017
 

Modèle théorique de Biodanza, une vision onto-bio-cosmologique par Danielle Tavares

 

Un modèle théorique a pour objectif de faire une description de la réalité basée sur des concepts cohérents entre eux. Le degré de cohérence de ce modèle le validera.

 

Rolando Toro a développé un modèle théorique pour expliquer le phénomène de la vie. Il a créé ce modèle dans un contexte historico-scientifique où les bases fragmentées de notre compréhension d’un univers était en échec. Selon Capra (1996), un moment où une vision non-mécaniste post-cartésienne permet la conception de la vie comme un réseau de totalités intégrées.

 

Partant d’une intuition première d’un univers qui existe parce que la vie existe (Principe Biocentrique) et inspiré par ces nouvelles approches scientifiques, Rolando intègre des concepts de psychologie, de biologie, de physiologie, de physique, de philosophie, de mythologie, entre autres sources qui permettent la compréhension de la vie comme un processus cosmique de développement exprimé en niveaux d’organisation croissantes, structuré par un psychisme ordonnateur qu’il a appelé Inconscient Vital.

 

Le modèle théorique se réfère initialement à une ontologie, au développement de l’existence humaine, mais s’élargit ensuite vers une compréhension d’un processus cosmique de vie. L’ontologie est ainsi conçue comme une partie de ce processus intelligent global qui coordonne les aspects du vivant.

 

Rolando Toro était un éducateur, psychologue et anthropologue, un esprit perspicace et sensible qui s’intéressait à comprendre le phénomène humain avec pour objectif premier de promouvoir des formes pour l’expansion de la santé, l’intégration et l’expression des potentiels. Il développa ainsi ses concepts à partir de données empiriques qu’il récoltait dans ses expériences quand il donnait des cours à l’université du Chili et finit par utiliser la danse et la musique pour atteindre ces objectifs.

 

Ses premières expériences en hôpitaux psychiatriques, avec des schizophrènes et ensuite avec des épileptiques, l’amenèrent à réfléchir sur l’existence de deux pôles de conscience : la conscience intensifiée de soi – responsable des états de vigilance, d’activation adrénergique, de rapidité d’action, de séparation claire entre les limites corporelles et le monde – et des états de régression – où cette vigilance se trouvait diminuée et les limites corporelles dissoutes, une régression à des états périnataux et en résonance avec les messages originelles de la vie, un état parasympathique cholinergique avec une prédominance d’ondes cérébrales alpha et une sensation de fusion avec le milieu. Ces deux états de conscience sont des états quotidiens dans notre biologie : l’alternance entre activité et repos, vigilance et sommeil. Par des exercices de Biodanza, Rolando a perçu qu’il était possible d’induire ces états visant à rétablir l’équilibre neurovégétatif et la rénovation organique, principalement par l’induction d’états régressifs qui généraient un recyclage des modèles de vitalité :

 

Un transit vers le primordial… Au fur et à mesure que la personne diminue sa vigilance, elle perd la notion de sa propre limite corporelle. La régression signifie nous submerger dans le lite de notre espèce, récupérer le message. Sans la capacité de se rénover, aucun organisme ne pourrait survivre. Ce processus de rénovation n’est possible que par des actes de régression et de reprogrammation, une espèce de résonance permanente avec l’originaire. (Rolando Toro)

 

Deux pôles de conscience : Rolando poursuit donc son aventure théorique pour concevoir ce qu’il a appelé identité: en résumé, le potentiel que chaque être humain porte avec son hérédité génétique qui, exprimé dans le milieu et influencé par lui, est à la base de la combinaison et de l’expression unique des caractéristiques qui garantissent sa singularité. Notre identité est immergée dans le paradoxe d’être unique et en constante transformation. L’intégration et l’expression de l’identité est un des objectifs centraux du Système Biodanza.

 

L’expression de ce potentiel génétique, propose l’auteur, se fait par 5 canaux qu’il a appelés lignes de vivencias : vitalité, sexualité, créativité, affectivité et transcendance.

-       La vitalité se réfère à la capacité d’agir, à l’élan vital, à l’état global de santé ;

-       La capacité de jouir, de choisir, de sentir du plaisir à la sexualité ;

-       Exprimer les contenus internes et produire des changements dans la vie en dépassant des modèles de mécanisation, se réfère à la créativité ;

-       La capacité de lien, de se sentir semblable à tout être vivant, de protéger et être protégé, à l’affectivité ;

-       Et la capacité de percevoir la vie de façon amplifiée, la perception de la sacralité et l’appartenance à une totalité comique, à la transcendance.

 

L’expression large ou réduite des lignes de vivencias sera donnée par l’interaction du potentiel génétique avec les facteurs environnementaux rencontrés pendant l’existence : éco et cofacteurs.

 

Ces facteurs externes environnementaux, les écofacteurs, pourront stimuler les potentiels ou les bloquer dans les différentes étapes du cycle vital. Les écofacteurs les plus centraux sont les humains. Les relations que la personne établit dans son existence la constituent. Nous sommes au travers des autres.

 

Les facteurs chimiques et endogènes qui influencent l’expression des gènes sont appelés cofacteurs (hormones, neurotransmetteurs, facteurs nutritionnels sont certains parmi les cofacteurs).

 

« La présence d’un ou plusieurs gènes ne suffit pas pour l’expression d’une caractéristique ou pour la formation d’une protéine déterminée. Il faut la présence de cofacteurs. Les cofacteurs sont de nature chimique. Un type d’intervention encore jamais proposé est l’activation de l’expression génétique à partir de la déflagration d’hormones et de neurotransmetteurs naturels, par la stimulation d’émotions spécifiques. Ces émotions spécifiques peuvent être provoquées par des exercices qui induisent du courage, de l’érotisme, de la joie, etc.

 

La stimulation émotionnelle est une activation d’hormones hypothalamiques qui agissent comme cofacteurs pour permettre l’expression de potentialités humaines généralement inhibées. L’énorme diversité qui est produite par la combinaison des potentiels du code génétique suggère des capacités humaines insoupçonnées qui ne demandent que des conditions optimales pour s’exprimer. Cette variété, pratiquement infinie, est due aux possibilités mathématiques de combinaison des éléments du code génétique ». (Rolando Toro)

 

En continuant, avec Rolando, dans l’aventure de construire un modèle théorique aussi complet et global, réfléchissons un peu sur l’ontologie. Pour comprendre l’ontologie, il faut revenir à la phylogenèse (histoire des espèces) et même plus en arrière, au surgissement des conditions initiales pour la vie : ses racines universelles de genèse et de conservation.

 

Inspiré, dans un univers qui existe parce que la vie existe, Rolando est revenu jusqu’au chaos et à l’organisation dans une étape pré-organique pour comprendre le phénomène vivant. Il perçoit, comme le propose la théorie des incertitudes de Prigogine, que même avant la première étincelle de vie, il y avait des conditions d’instabilité  et d’auto-organisation qui entraient en jeu dans son apparition. La vie, ainsi, au travers de principes universels ouvre un chemin : totalités intégrées, auto-organisées, loin de l’équilibre, systèmes ouverts qui développent leur propriété à partir de la relation avec leurs éléments, qui se comportent à partir de probabilités.

 

Selon Carl Sagan, si nous mettions la vie depuis son apparition dans une échelle proportionnelle a un an, nous pourrions localiser le phénomène de la conscience dans la dernière minute. Apparemment, la vie existe malgré la conscience (si nous entendons comme conscience quelque chose relatif au rationnel). Il y a toujours eu une coordination des éléments et des modèles qui ont créé et maintenu la vie, même avant que toute possibilité de conscience existe. Selon la théorie de Santiago, la vie est un acte de connaissance ; tout acte de vie, créer un monde dans un organisme vivant peut être compris comme une cognition, la présence d’un cerveau n’étant pas nécessaire. Il est donc tout à fait possible de comprendre que notre potentiel est immergé dans des modèles inconscients. La vie s’insère dans des sphères qui transcendent la compréhension rationnelle et l’entendement. Parmi ces sphères, Rolando a suggéré 3 strates de l’inconscient. L’inconscient personnel freudien, le collectif de Jung et le vital, créé par Rolando Toro. Ces inconscients seraient donc des couches d’un tout inconscient et intelligent qui orienterait toutes les actions vivantes et humaines.

 

L’inconscient personnel se réfère à l’histoire individuelle, aux conditionnements incorporés et aux contenus qui restent réprimés pendant le processus d’acculturation. Il englobe aussi les dispositions instinctives héritées que Freud a appelées pulsions. Nous trouvons donc dans cet inconscient le résultat du conflit entre le principe de réalité et le principe de plaisir, où les impulsions qui n’ont pas dépassé la barrière de la censure de notre Surmoi terminent dans les sous-sols de notre Inconscient Personnel. Pour Freud, il est un chaudron effervescent de désirs dont certains d’entre eux n’arrivent jamais à la lumière de la conscience.

 

L’Inconscient Collectif fut théorisé par Jung, disciple de Freud et auteur de la théorie analytique. Il propose que notre inconscient contienne les noyaux psychiques que représentent nos instincts: « les archétypes sont des formes picturales des instincts, des aptitudes imaginaires de la psyché. Ces noyaux garantissent l’expression des capacités humaines et assurent la préservation de notre espèce. Les archétypes apparaissent comme des symboles qui, bien que se modifiant au travers des cultures et du temps, ont le pouvoir d’évoquer une même expression humaine. Les archétypes sont universels. L’Inconscient Collectif est une description métaphorique, la bibliothèque de l’espèce ».

 

L’Inconscient Vital fut créé par Rolando Toro et se réfère à l’intelligence guide qui permet la conservation de tous les processus vitaux. Ce psychisme guide dirige la solidarité cellulaire, les phénomènes de défense de nos organismes, la précision des rythmes et les interrelations qui garantissent la vie. A partir des états régressifs, des caresses, des vivencias de connexion avec la nature, nous re-syntonisons cette intelligence vitale.

 

Notre ontologie se passe dans l’intégration de ces dimensions. L’ascension à de nouveaux niveaux d’intégration dans l’échelle évolutive s’appelle transtase.

 

L’ontogenèse progresse au travers de processus de maturation et de différentiation, de complexité croissante et donne des sauts évolutifs appelés transtase, au travers desquels se fait l’intégration existentielle. Dans le processus intégrant, interviennent l’inconscient personnel (mémoire de l’individu), l’inconscient collectif (mémoire de l’espèce) et l’inconscient vital (mémoire cosmique. (Rolando Toro)

 

Nous sommes donc des êtres multidimensionnels. Intégrer ces dimensions était la proposition de Rolando Toro. Participer à la danse cosmique en nous percevant comme parties d’une totalité plus grande, contenant le message de la totalité. Nous sommes l’océan dans un goute (auteur inconnu).

 

L’idée de récupérer le mouvement, le geste naturel est un pont vers cette danse cosmique. En récupérant le geste naturel en moi, je récupère la nature et toute cette intelligence coordonnée. En dansant dans la danse de l’univers, je peux m’exprimer avec toute ma singularité dans ce contexte plus grand. Assumer ma plus grande Daniellité possible, être chaque fois plus moi-même, intégré à la vie et la vie intégrée en moi. La dissociation veut dire séparation : entre les parties du système, entre les parties de l’organisme, entre soi et l’autre et entre soi et la nature. Séparé, déconnecté, ce flux d’intelligence s’interrompt, selon la théorie de Rolando. Ce serait la source de toutes les maladies.

 

L’intégration et l’expression de l’identité est le plus grand objectif de la Biodanza. Récupérer l’universel en nous, notre nature primordiale, pour que nous puissions participer au processus téléonomique de l’univers (la tendance évolutive croissant à des niveaux chaque fois plus subtils et élaborés d’expression), créer notre danse singulière et exprimer notre identité.

 

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