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Articles 2014

 

 

Tous les articles

janvier : Le langage verbal, une aventure désespérée vers l'intimité par Rolando Toro Araneda
février : De nombreuses rencontres par Laura del Piano
mars : Le continuum affectif par Carlos Garcia
avril : Créativité existentielle par Rolando Toro Araneda
mai : Le processus de croissance évolutive par la Biodanza par Elena Lucca
juin : Phénoménologie et corporéité par Terezinha Flores
juillet-août : L'inconscient numineux par Rolando Toro Araneda
septembre : La musique en Biodanza par Carlos Pagés
octobre :

Les neurosciences et la Biodanza par Carmen Gessinger

novembre : Désir et création: la Biodanza intégrant la vie par Noemia Schawartz
décembre : Le plaisir d'être humain par Raul Terrén et Véronica Toro

 

Article du mois de janvier 2014
 

Le langage verbal, une aventure désespérée vers l'intimité par Rolando Toro Araneda

 

Le langage verbal est une création typiquement humaine, capable de réguler les niveaux de communication, ayant la fonction d’unir ou de séparer les hommes.

 

Certains exercices de langage nous isolent et nous confinent à la solitude. Avec des mots et des mensonges, avec des pointes d’illusion, nous construisons notre maison.

 

L’évolution et la diversification du langage en langages techniques, scientifiques, psychologiques, crée de nouveaux groupements humains de communication exclusive.

 

La spécialisation du langage produit un rétrécissement de sa fonction expressive et ferme les portes à la compréhension entre les hommes.

 

De tous les langages spécialisés, le plus inhumain et le plus pauvre est sans aucun doute le langage psychologique et de la psychothérapie. Les sessions de psychothérapie de groupe reproduisent paradoxalement la situation de la Tour de Babel. Des exemples de ce manque total d’empathie sont présents dans la casuistique des œuvres de Fritz Perls. Les membres d’un groupe thérapeutique se sentent souvent tellement découragés qu’ils préfèrent rester silencieux, dans l’impossibilité d’être compris.

 

Alfred Korzybski (General Semantics), profondément préoccupé par la situation de non communication en psychothérapie, se réfère à l’indicible comme base de l’existence. Il y a un abîme entre les strates silencieuses de l’être (silent levels) et la verbalisation (verbal levels).

 

Ce même auteur nous indique d’autres sphères. L’une dans laquelle l’événement objectif agit sur le système nerveux et l’autre, immédiatement liée à la première, dans laquelle la réaction nerveuse se transforme en sensation organique (organismale). Korzybski cherche le chaînon manquant entre les stimulations qui arrivent aux nerfs et la vivencia qui éveille ces stimulations. L’auteur fait une différence entre le territoire (territory) et la carte (map).

 

Le chemin qui va de la sensation organique à sa formulation en langage est complexe et accidentel.

 

Nous pourrions formuler l’hypothèse que notre langage est une extension de nous-mêmes et que nos mots sont la sémantique de l’être. Ce n’est pourtant pas ainsi parce que l’homme est capable de dissocier la vivencia de l’expression, c’est-à-dire qu’il peut créer de faux langages.

 

Si mes mots sont une expression de moi-même, une extension de moi, semblable aux extensions de mon corps, une sécrétion totalement réelle, alors mes mots devraient avoir le sens total de ce que je suis en tant qu’homme. Mais ce n’est pas ainsi, étant donné que dans sa trajectoire de formalisation, le langage raréfie ses liens avec l’origine et incorpore des éléments acquis de la culture au travers de la mémoire. Ces éléments troublent la pureté ou la véracité de que ce nous nous proposons de dire.

 

Ainsi, le langage surgit dans une dialectique d’expression et de simulation, de véracité, d’authenticité et de fausseté.

 

Il est donc possible que le langage du mouvement corporel, les expressions et les gestes comblent plus efficacement l’abîme de l’indicible et du communicable.

 

Benjamin Lee Whorf a observé que la variété ethnique des structures langagières se base sur le fait que chaque peuple a une construction différente de la réalité. Il en est ainsi, non seulement pour des peuples différents, mais aussi pour chaque individu. Le langage du schizophrène, de l’obsessionnel ou de l’hystérique correspond à des styles différents de construction de la réalité.

 

Une réalité désintégrée, une réalité réitérative et circulaire ou une réalité excessivement expressive génèrent des langages désintégrés, compulsifs et hyperboliques.

 

Quand Lacan exalte le pouvoir fondateur du mot et propose la relation primigène entre intimité et langage, il porte jusqu’à l’extrême la valorisation d’un langage ayant une existence propre, capable de générer des conduites.

 

Par des chemins différents, Heidegger invente un langage pour approfondir la structure de l’être et, dans son aventure créatrice, il annihile les objets qu’il examine. Wittgenstein propose la création d’univers autonomes à partir du langage où, dépendamment de la prémisse initiale, n’importe quelle chose peut être vraie.

 

La poésie concrète construit des situations iconiques avec des mots distribués dans l’espace graphique, abandonnant la continuité sémantique et exaltant les valeurs sémiotiques, de façon à ce que le lecteur reconstruise le monde avec ses propres outils de perception.

 

Cette exégèse sur la valeur concrète du langage, que formulent de façon différente Lacan, Heidegger, Wittgenstein et des poètes comme Mallarmé (Le coup de dé), Pound, Haraldo de Campos, Joyce, est tirée d’une conception individualiste et absolutiste du monde.

 

Ceci n’est pas une disqualification, mais seulement l’indication de facteurs qui génèrent l’incommunication par le langage. Les vertiges et les plaisirs que génèrent ces abîmes de solitude ne me sont pas étrangers.

 

Je pense cependant que l’unique manière possible de trouver le chemin vers l’intimité par le langage est de considérer les mots qui désignent l’objet en tant que partie de l’homme qui exprime l’objet. Comme dans la physique de Heisenberg où l’observateur fait partie de l’objet observé, les mots n’ont pas une réalité autonome, mais sont la substance, la sécrétion biologique de l’interaction entre la partie incommunicable et silencieuse et celle qui finalement se formule.

 

C’est ici que surgit la notion de poésie en tant que chemin direct entre la vivencia et le mot, où la connexion originaire avec la sensation organismale se conserve toujours. C’est dans la poésie que se comble l’abîme entre l’être et le non être. La mutation viscérale consiste à transformer les sensations en conscience fulgurante. C’est là que surgit la véracité, la qualité de la nudité, la copulation énergétique avec la réalité qui naît de la rencontre dans le dialogue, une dimension de l’esquive notion de liberté. La poésie, une opportunité pour la liberté.

 

Si nous sommes les mentors sidéraux de la vie, nos mots peuvent être les ponts de connexion avec d’autres vies, d’autres mystères de la conscience et d’autres domaines du cœur.

 

Nos mots deviennent, en poésie, le nectar pour nourrir les humains avec les humains, sous les étoiles. Dans le langage poétique, nous nous enveloppons du mystère de l’autre, nous établissons un pacte : des mots simples, vrais, directs, des extensions de la vie dans la vie ; dans le langage poétique nous établissons la trame d’un mystère fabuleux : l’intimité.

 

Le pouvoir curatif des mots, nous ne le trouverons jamais dans la langue de la psychologie, mais dans le langage poétique, capable de rétablir les liens originaires.

 

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Article du mois de février 2014
 

De nombreuses rencontres par Laura del Piano

 

« Des mains qui modèlent, des regards qui caressent, des étreintes qui guérissent, des caresses qui éveillent l’inspiration de l’être ».

 

La Biodanza m’a invité à la rencontre avec moi-même, avec l’autre, les autres, le milieu, la nature, le monde ; par la danse (expérience corporelle musique – mouvement – vivencia) j’ai été éveillé à la sensibilité en recherche de mon propre geste, mes mots émus, un regard innocent, mes désirs de plénitude et ma joie jouissive.

 

Dans le groupe de Biodanza (hebdomadaire, intime, contenant, qualifiant) je me suis sentie autorisée à m’expérimenter en relation avec les autres. Je me suis rendue compte, d’une façon tout à fait surprenante,, qu’avec chaque personne je suis moi-même une autre. J’ai continué à découvrir tant d’abondance ici à l’intérieur. J’ai réappris le soin dont j’ai besoin, ainsi que l’autre, comment nous entrons lentement dans un espace de confiance, et l’abandon survient. Je redécouvre à chaque atelier la valeur de l’appartenance au groupe, à chaque groupe (familial, du travail), à la Vie elle-même. A chaque instant qui se succède j’accède à un espace intérieur de plus grande liberté et de confiance en moi, en l’autre et en la Vie. Je découvre de nouvelles façons de communiquer avec moi et je recrée mon propre contexte, mes relations, à partir de la clarté de mes sensations, de mes désirs et de mes besoins.

 

Mon corps, par lui-même, en contact avec les autres et les choses s’émeut et a la capacité de l’exprimer de façons infinies. Ce corps qui habite mon ETRE, endormi, plein de potentiels, avide. En reconnaissant que je suis accompagnée, contenue, potentialisée par le groupe, je me suis réveillée, j’ai grandi, j’ai agi, rêvé, réalisé, déployé, réussi. En VIVANT pleinement à partir de la sagesse qui se niche dans mon cœur. Quand ce n’est pas ainsi, cela se passe quand même. Voir les autres comme des semblables et chacun comme étant unique et non répétable, comme faisant partie de la nature et de tout ce qui existe me rappelle qui et comment je suis : un être en constante transformation, évolution, partie du TOUT qui me contient et me soutient. Je continue à me rappeler toujours plus que seulement unis par l’amour, le respect et la considération, chacun d’entre nous pouvons toucher nos rêves, la valeur de la solidarité et la coopération.

 

La beauté, l’amour, la bonté qui existe autour de moi et en chacun de nous me sont apparue au premier plan et tout s’est transformé dans cette réalité que je pensais inatteignable. En fait, seul mon regard a changé.

 

Je me suis rendue compte que j’étais arrivée à un temps, un rythme quasi imperceptible. Fluant.

 

La fluidité qui est le rythme de la nature. Je ferme les yeux et m’apparaît l’image de  « la fluidité des émotions, qui bouge lentement, continuellement, se transformant tout le temps. Je sais qu’à chaque pas je pars vers une aventure dont j’ai l’intuition et je marche avec confiance comme si c’était de l’obscurité de la forêt vers l’arc en ciel de lumière. Je n’ai pas de cartes, de plans ni de programmes, j’avance ouverte et vulnérable, chaque petite chose se transforme en une grande aventure. J’accède ainsi à ma vérité personnelle ; et je ne comprends pas vers quoi, ni comment, ni quand, j’avance seulement.

 

« et en marchant je t’ai rencontré et je me suis laissée rencontrer, et est née une personne inconnue de moi qui sent, qui perçoit, qui s’abandonne. En moi une sensation de total bien-être et dans la bouche une saveur si caractéristique qui surgit quand nous sommes proches, et reste un certain temps… »

 

Jusqu’à la prochaine rencontre.

 

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Article du mois de mars 2014
 

Le continuum affectif par Carlos Garcia

 

Que se passe-t-il quand les besoins affectifs des êtres humains dans leur prime enfance ne sont pas pleinement satisfaits ? Ceci fut la réflexion que fit Jean Liedloff en écrivant son livre « Le concept du continuum ». En observant les Yékwanas, une tribu de la forêt amazonienne à la frontière entre le Venezuela et le Brésil, elle fut totalement impressionnée par leur joie de vivre ; leur affectivité sous forme de cohabitation, leur capacité extraordinaire à jouir de la vie et, surtout, l’attitude gentille et respectueuse entre hommes et femmes, entre adultes et enfants et de ceux-ci entre eux. Cela l’a amené à se demander pourquoi ces personnes, manquant tellement de ressources, vivant quasi à l’âge de pierre, étaient pourtant si « évoluées » affectivement.

 

L’affectivité et son importance dans les premières années de vie est un domaine que d’autres ont étudié avant. Il y a beaucoup d’auteurs qui ont réfléchi sur le développement infantile et les conséquences de la privation affective. Mais l’approche singulière de Jean Liedloff  est de ne pas être partie de l’observation de nos carences, de ce qui nous manque ou de ce que nous avons perdu dans notre environnement civilisé, mais d’être arrivée, ou mieux d’avoir été confrontée à ces dites carences en trouvant un univers où la nourriture affective et les stimulations vitales sont abondantes. Il n’était pas dans ses intentions d’aller chercher quelque chose de préconçu, elle cherchait des diamants et elle a trouvé quelque chose de plus précieux qu’une pierre. Des aspects tels que l’harmonie émotionnelle, la tendresse, l’expression affective, la joie, ne sont pas monnaies courantes dans nos grandes villes où importe plus le prix que la valeur.

 

Ni les religions qui parlent d’amour mais tuent au nom de Dieu, ni les écoles pleines d’autoritarisme, ni les familles où nous alimentons la discrimination, ne sont des espaces riches en vitalité, affectivité, créativité ou sensualité. Ils sont, au contraire, des déserts affectifs, où s’est cassé ce que Liedloff appelle le continuum avec notre évolution en tant qu’espèce, desquels nous n’avons pu extraire cette nourriture primaire essentielle pour le développement de notre identité.

 

Pour le type de civilisation que nous avons créé, ceci est loin de représenter un problème. Le système capitaliste actuel, que nous reproduisons sans arrêt, vit du désert affectif et il est dans son intérêt de l’étendre. Tout en asséchant les sources de satisfaction primaire, comme l’amour et la tendresse, il nous vend ses objets de satisfaction secondaire comme le statut, l’argent et tous les objets de consommation qui gravitent autour d’eux.

 

C’est le chemin évolutif que nous avons pris en tant que civilisation. Nous avons renoncé à consommer (consumar) la vie, c’est-à-dire à la laisser germer, à la créer, ce qui nous demande d’être nourri d’amour, et nous avons accepté de consumer (consumir) la vie, c’est-à-dire de la considérer comme quelque chose d’étranger ou d’extérieur à nous, quelque chose que nous devons acheter ou vendre, la transformant en marchandise, en objet de consommation et de transaction.

 

Nous sommes une civilisation ethnocentriste qui ne voit dans l’entourage que des projections de soi-même et quand nous observons d’autres cultures, nous le faisons avec des paramètres évaluant faussement l’évolution, du type « ils sont arrivés à, ou ils sont loin d'être comme nous ». Ainsi, la qualité humaine des Yékwanas a décentré Liedloff. En connaissant les Yékwanas, elle ne s’est pas arrêtée à ce qu’il leur manquait (technologie, infrastructure, etc.) mais à quelque chose qui exprimait une richesse qu’on ne peut pas acheter ou consommer mais développer et conserver.

 

Ainsi commença sa recherche qui ne fut rien d’autre que de cohabiter avec les Yékwanas. Seulement vivre avec eux, être avec ce qu’elle pouvait comprendre ou mieux se laisser contaminer par leur façon de vivre. Lors de ces cinq expéditions, elle a pu comprendre finalement que la clé était le « continuum » évolutif en tant qu’espèce, qui s’exprimait dans le continuum de la communauté et dans le continuum familial pour finir dans le continuum – en tant que paradoxe original – de la relation maman – bébé, en observant qu’il régulait chez celui-ci son processus graduel d’indépendance sans que la culture (comme la nôtre) ne rompe ce continuum.

 

C’est pour cela que Liedloff conclut que « Une culture qui demande aux personnes de vivre d’une façon dont leur évolution ne les a pas préparés, qui ne remplit pas leurs attentes innées et qui par conséquent met la pression, porte l’adaptabilité de ces personnes bien au-delà de leurs limites, elle est condamnée à faire du tort à la personnalité de ses membres ».

Pour les facilitateurs de Biodanza, ceci est un grand défi et génère en nous, si nous nous ouvrons à la réflexion, d’énormes interrogations.

Pouvons-nous avec notre système réparer la rupture du continuum ?

Pouvons-nous récupérer des aspects primaires et essentiels qui auraient dû exister dans notre prime enfance alors que nous sommes maintenant adultes ?

Le groupe de Biodanza peut-il être une source de ressources affectives qui agit comme les cellules mère sur la réparation des blessures affectives de l’identité ?

Et surtout,

Les facilitateurs ont-il récupéré la connexion avec le continuum de la vie ?

 

Ma réponse est que ces choses sont possibles si le facilitateur comprend l’importance de l’affectivité pour la formation de l’identité. Il est important que les facilitateurs de Biodanza sachent que, en générant des espaces de nourriture affective, ils contribuent à modifier les modèles culturels de notre civilisation et à récupérer ainsi la capacité de consommer (consumar) la vie.

 

Mais cela implique aussi que s’ils ne comprennent pas l’importance fondamentale de l’affectivité pour la restauration du continuum, alors sa pratique de Biodanza déviera vers un show personnel, un voyage égotique qui attire les clients avides de consommation mais sans rien modifier de leur structure carencée.

 

En Biodanza, on peut reconstruire à chaque session la trame du continuum, le réseau affectif. Nous arrivons à la Biodanza comme des êtres « normaux » (ou peut-être il serait préférable de dire normotiques) dont les besoins spécifiques en tant qu’espèce ne furent pas satisfaits et, au long de la session, on peut retisser la lente et invisible chaîne affective qui nous reconnecte.

 

C’est un processus lent qui agit dans le paradoxe régressif – progressif, mais dans le présent. Ce n’est pas aller en arrière pour pouvoir aller en avant, ceci n’est qu’une représentation, c’est chercher ici et maintenant et chez l’autre les nourritures de l’origine qui font de nous ce que nous sommes. Et ceci dans une matrice groupale, source de tout ce qui nous affecte. Il n’est donc pas intéressant de ne faire qu’un changement individuel, il faut changer la matrice culturelle qui a généré l’être carencé que nous sommes. Et l’affectivité est l’élément essentiel pour ce changement.

 

Les pauvres leaders de cette civilisation jouent un jeu suicidaire, ils ont besoin de promouvoir la carence affective car ils savent que ceci fait des personnes des consommateurs. Ils jouent au piège de l’obsolescence programmée, amenant de grandes masses, comme des agneaux à l’abreuvoir, à toujours consommer « quelque chose de nouveau », (qui devient immédiatement vieux à peine consommé). Ils appellent cela le progrès, mais ce n’est que la transformation du phénomène humain vers quelque chose auquel eux-mêmes n’échappent pas. Selon ces paramètres de développement économique et social, les Yékwanas seraient extrêmement loin d’atteindre notre niveau de vie et vivraient presque au néolithique. Mais, pouvons-nous dire qu’ils sont plus pauvres que nous ?

 

En lisant le Concept du Continuum de Jean Liedloff, nous pouvons voir la relation intime entre développement évolutif, affectivité et culture et réfléchir au fait que nous pouvons changer en consommant moins et en nous reliant plus. Les Yékwanas nous rappellent que la richesse n’est pas dans la prolifération de biens mais dans l’abondance de liens. Dans leur simplicité complexe, ils nous montrent que les sociétés humaines peuvent être différentes de celle que nous connaissons : pacifiques, affectives et non violentes. Ceci est peut-être notre plus grand défi en tant que facilitateurs de Biodanza.

 

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Article du mois d'avril 2014
 

Créativité existentielle par Rolando Toro Araneda

Interview faite par neuronilla.com, Fondation pour la Créativité et l’Innovation, le 8 novembre 2009.

 

Neuronilla

Que conseilleriez-vous à une personne qui désirerait être plus créative ? Comment pouvons-nous développer notre créativité ?

 

Rolando Toro Araneda

La créativité est un potentiel inhérent à l’être humain. L’être humain a sans aucun doute une perception esthétique et une perception des différences, de la diversité, de la richesse du monde et de l’expérience humaine.

 

La créativité est une fonction qui dépend de la capacité de perception de l’abondance et du merveilleux. Celui qui n’a pas d’expérience du merveilleux peut difficilement organiser une œuvre créative, il reste dans les rituels quotidiens sans ajouter de la beauté et sans possibilité de changer la laideur du monde.

Je crois sincèrement que toute personne peut cultiver sa créativité, quelle soit musicale, picturale, dansante, poétique… nous avons tous ces potentiels. Ceux-ci restent souvent en silence toute la vie et ne s’expriment pas. Ils ne le sont pas parce que la personne a peur de s’exprimer en pensant que ce qu’elle fera n’aura pas de valeur, ni de signification. Et elle ne commencera même pas à le faire.

 

«  La première condition pour la créativité est de commencer »

 

La première condition pour la créativité est de commencer, c’est-à-dire oser prendre une guitare, découvrir les sons et pratiquer et inventer des chansons ; oser acheter des pinceaux, des peintures et des craies et essayer. Ce n’est pas important qu’au début leurs propositions n’atteignent pas un niveau esthétique ou créatif. La créativité est une transaction solitaire, ce n’est pas un processus groupal, comme l’amour et la mort.

Il faut simplement oser s’exprimer. Dans le « Projet Minotaure » (une extension de la Biodanza), on aborde quatre ensembles de peurs et l’un d’eux est la « peur de s’exprimer », d’être créatif.

C’est paradoxal parce que certaines personnes avec un sentiment profond d’infériorité font une œuvre créative et un omnipotent ne le conçoit pas. Mais il faut bien avoir une vocation pour le merveilleux, pour le mystérieux, être capable de converser avec l’invisible, peindre avec des couleurs que personne n’a jamais vues, des formes que personne n’avait imaginé exister, entrer pour la première fois dans une morphologie de sa propre identité.

 

Neuronilla

La créativité va-t-elle bien au-delà que l’art ?

 

Rolando Toro Araneda

Oui, il existe la créativité existentielle qui demande surtout du courage, plus que la créativité artistique parce qu’il faut faire des changements difficiles qui améliorent la qualité de vie, qui augmentent la perception, qui permettent de trouver des champs énergétiques plus riches, l’amour, l’érotisme et des formes d’expression très personnelles.

La créativité existentielle apparaît spontanément, par exemple, chez une cuisinière qui commence à découvrir de nouvelles saveurs et combinaisons d’aliments, dans une lettre d’amour qu’une personne très inspirée par ses sentiments organise avec des images profondes, sincères, vraies…

Tout ce qui nous entoure nous propose de la créativité, mais pour cela il faut du courage. Vous me proposez, par exemple, de parler de la créativité et pour moi c’est un défi parce je n’y ai pas pensé une minute avant et je peux me tromper et dire quelque chose sans valeur (rires).

 

« Tout ce qui nous entoure nous propose de la créativité, mais pour cela il faut du courage »

 

En réalité je suis un poète (six libres de poésies) et un écrivain (contes), je suis peintre (avec différentes expositions au Brésil) et photographe (j’ai commencé avec les enfants, ensuite avec les femmes dénudées et actuellement avec des scènes mystérieuses de la réalité qui montrent ce que les personnes ne voient pas). Chaque fois que je vois un détail dans un coin, je fais comme cela (il nous montre le mouvement avec la caméra). Elles sont exposées au Chili. Maintenant que je suis vieux, je me dis que je vais créer des chansons et j’apprends le luth avec une professeure du conservatoire. J’ai déjà étudié des compositions musicales et l’écriture musicale. Je commence à m’entraîner avec des chansons romantiques (je ne pourrai jamais créer un quartet de violons, piano et violoncelle), ce sont des chansons qui naissent du cœur et peuvent être améliorées de façon détaillée. De telles choses sont à la portée de tout le monde avec les nouveaux moyens technologiques. Mon idéal serait de pouvoir jouer des chansons pour un amour comme les troubadours avec la luth.

 

Neuronilla

Si tu étais le directeur d’une entreprise, que ferais-tu pour que les personnes des équipes soient plus créatives et produisent des innovations qui ont de la valeur ?

 

Rolando Toro Araneda

Je leur proposerai d’abord de faire des cours de Biodanza parce que pour créer il faut être en contact avec soi-même, c’est-à-dire des « vivencias » plutôt que de l’intelligence rationnelle. Il est nécessaire de vivre les choses.

 

« Si j’étais le directeur d’une entreprise, je leur proposerai de faire des cours de Biodanza, la première chose est de se connecter à soi-même. »

 

Il y a des peintres actuels qui peignent des bouteilles, des natures mortes… J’ai fait un cours en Italie de peinture où il y avait beaucoup d’élèves avec une peintre célèbre. Elle a dit : « Rolando Toro est le seul qui voit les choses de l’intérieur » Et tous sont venus me demander : « Comment voit-on les choses de l’intérieur, Rolando ? Dans l’art Zen les modèles doivent entrer en premier dans ton esprits, tu dois arriver à être le jonc.

 

Giorgio Morandi peint des ensembles de bouteilles qui deviennent métaphysiques. Elles ont une présence et ne sont pas simplement des bouteilles, une expression immobile très mystérieuse.

 

J’ai toujours été intéressé par l’art africain et j’ai créé des musées avec plus de mille pièces  que nous allons ouvrir au Brésil. Un de nos compagnons de danse, le professeur Armando Montanari (facilitateur de Biodanza) a acheté un immeuble de cinq étages pour mon musée.

J’ai parcouru l’Afrique en cherchant des trésors et je pense que les africains proposent une nouvelle esthétique que les occidentaux n’ont pas réussi à découvrir parce que dans la peinture occidentale la créativité est dans une relation entre l’œil qui perçoit et un espace qui est la toile. Dans l’art africain, elle est entre la sensation corporelle et le matériel. La relation n’est pas l’œil et la peinture mais elle est dans le « ahhhh » (exprimé gestuellement), c’est une énergie. A tel point que quand j’avais accumulé au Chili une montagne de culture (masques, sculptures en bois), les personnes entraient et cela leur faisait peur ! parce que la puissance qu’avaient ces objets est une puissance numineuse et elle reste enfermée dans le matériel.

 

J’ai écrit un livre (mais il n’est pas publié) sur l’esthétique africaine avec des illustrations de masques, de sépultures… dans lequel je démontre que la façon d’aborder la créativité plastique de l’occident est complètement différente que la façon primitive. Picasso, par exemple, qui avait un œil extraordinaire, a copié différentes œuvres africaines et les as transférées sur ses toiles et sa sépulture ; dans « Les Demoiselles d’Avignon » il a fait la moitié des femmes blanches et l’autre moitié noire, copiée sur les africaines. Il n’a pas réussi, bien qu’il fut un génie, « à sortir ses tripes ». Il a imité la morphologie africaine.

 

Au Japon j’ai été avec un maître de l’art Zen qui m’a offert des tableaux et j’ai appris avec lui la peinture Zen. Elle n’est pas très appréciée en Occident parce qu’on ne connaît pas ce qu’il y a dans cette peinture, qui est parfois des lignes. Avant, cependant, il faut avoir à l’intérieur une image très nette.

 

Il y a une histoire d’un roi qui a demandé à un grand peintre qu’il lui peigne des chevaux et celui-ci a dit : « Je vais peindre ». Un mois passe, un an et le roi est allé le voir et lui dit : « Que ce passe-t-il ? »

 Il était entouré de chevaux ! Parce qu’il devait d’abord incorporer le cheval pour pouvoir pendre le grand cheval pour le roi, le cheval en vrai. C’est une esthétique différente de l’esthétique occidentale (qui est principalement expérimentale), elle montre des formes qu’on ne voit jamais, des structures, des conjonctions et provoque aussi le spectateur ; par exemple, une machin à coudre sur un piédestal est une œuvre (rires). Il est clair que les personnes n’ont pas vu une machine à coudre. Les personnes savent qu’il y a une machine mais ils la regardent d’une autre manière, la machine acquiert une autre présence.

 

De ce fait, dans une entreprise, il faudrait faire de la Biodanza, d’abord pour se connecter à soi-même et ensuite oser.

Même si cela sort mal au début, insister, tenter. En réalité, la créativité est l’impulsion pour réaliser quelque chose de nouveau, une innovation.

 

S’il n’y a pas de persistance, il n’y a pas de créateur.

 

Neuronilla

Parle-nous de la relation entre créativité et émotions

 

Rolando Toro Araneda

Elle est fondamentale. La majorité des peintres cependant (abstraits principalement et les minimalistes et les constructivistes) ont des tableaux qui sont sans émotion, ils sont purement l’établissement de relations spatiales subtiles, comme les tableaux de Piet Mondrian. L’émotion est très abstraite, très lointaine. Tout de suite dans le tableau de Mondrian le rouge apparaît mais l’émotion est l’impact perceptuel de l’œil, ce n’est pas la nécessité intérieure du cœur.

 

Les meilleurs poètes ont été des poètes de l’amour (Rainer Maria Rilke ou Pablo Neruda par exemple). Beaucoup de poètes sont intéressés par l’esthétique de la sémantique, par la métaphore et les relations lointaines parce que c’est subtil, mais rien de plus. D’autres sont des artistes totalement investis et qui désirent dire quelque chose pour toujours, lié à une émotion de protestation. J’ai fait 50 tableaux contre le régime de Pinochet (le régime les ont détruit), j’avais peint des personnes se noyant dans le fleuve, pendues, des instruments de torture (tableaux que personne ne pendrait jamais dans son salon)…, mais c’était l’unique possibilité que j’avais pour exprimer ma sensation dans le monde.

 

« Il y a une relation très profonde entre l’émotion et la créativité »

 

Il y a donc une relation très profonde entre l’émotion et la créativité. Dans les peintures religieuses comme celles d’Albert Dürer, se reflète la transcendance dans les visages, il a fait son propre portrait mais il semble un Christ, quelqu’un qui émane une grandeur transcendante.

 

Neuronilla

Te sens-tu fier d’avoir créé un système si puissant comme la Biodanza pour transmettre tant de bonheur dans le monde ?

 

Rolando Toro Araneda

Je ne me sens pas si fier parce que j’aimerais beaucoup plus. Je fais ce que je peux ! Ce qui serait génial c’est qu’il y ait 1 million de biodanseurs et aujourd’hui il y en a seulement 120 milles, très peu, me comprends-tu ? (rires).

Mais j’ai l’espoir que cela va continuer à grandir et que la technique perdure. Il y a tellement de personnes qui interviennent en croyant apporter leur contribution mais ils sont naïfs. Ainsi, au lieu d’aider, ils nuisent à l’image et à la méthodologie de la Biodanza.

 

Neuronilla

Nous pensions que tu allais dire que ta plus grande œuvre créative avait été la Biodanza.

 

Rolando Toro Araneda

Je crois que ma plus grande œuvre créative, et je ne le dis presque jamais, est la poésie. J’ai travaillé depuis l’âge de 14 ans la littérature (anglaise, française…), je connais presque tous les grands poètes. J’aspire à arriver à écrire une grande poésie. Non la poésie immédiate mais la poésie qui entre dans l’essence de la réalité, qui a une sémantique transformatrice.

 

Neuronilla

Nous te félicitons aussi pour la Biodanza ! Et pour les concepts d’inconscient vital et de principe biocentrique…

 

Rolando Toro Araneda

Cela me donne beaucoup de joie que de nombreuses personnes me remercient autant et considèrent que j’ai un grand talent ; je suis en réalité un scientifique qui observe. Tout au long des années j’ai observé des choses qui fonctionnent et d’autres non. Actuellement, la Biodanza fonctionne assez bien mais elle a été une construction scientifique. Il y a aussi eu des expériences émotionnelles personnelles et je les ai introduites.

 

Neuronilla

Cela nous a surpris que tu dises que la créativité est un processus individuel et que pourtant en Biodanza une des cinq lignes est la créativité qui se travaille en groupe.

 

« D’abord c’est décider d’exprimer quelque chose : avoir quelque chose à dire et non vouloir dire quelque chose »

 

Rolando Toro Araneda

On travaille en groupe en tant que phénomène intérieur indispensable pour la créativité, l’expression. D’abord c’est décider d’exprimer quelque chose : avoir quelque chose à dire et non vouloir dire quelque chose.

 

Neuronilla

Merci beaucoup Rolando.

 

Rolando Toro Araneda

Merci à vous.

 

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Article du mois de mai 2014
 

Le processus de croissance évolutive par la Biodanza par Elena Lucca

 

Evolution implique croissance et les questions possibles sont: Comment est le processus de croissance évolutive en Biodanza? En quoi consiste-t-il ? A travers quoi se produit-il ?

 

Bien que ce processus soit intangible, subtil et que ses paramètres répondent à une série de références culturelles propres à chaque société et à chaque individu, nous pouvons convenir de certains points qui sont comme des bornes à suivre sur un chemin choisi : la Biodanza comme chemin évolutif.

 

En regardant les participants d’un groupe hebdomadaire de Biodanza, nous pensons aux niveaux évolutifs que propose la Biodanza, les changements de premier, deuxième et troisième niveaux. Dit d’une autre façon, des changements de niveaux initiaux, intermédiaires et avancés, niveaux établis selon les signes qui se produisent dans le développement des lignes de vivencia.

 

Ainsi, pour les premiers changements

-       dans la ligne de vitalité, une augmentation de l’énergie vitale et une intégration motrice

-       dans la ligne de sexualité, un éveil de la source du désir

-       dans la ligne de la créativité, la capacité d’exprimer des émotions par le mouvement et la voix

-       dans la ligne de l’affectivité, le développement de relations non toxiques et la capacité de rencontre avec les autres

-       dans la ligne de la transcendance, la conscience biocentrique en opposition à la culture anthropocentrique dans laquelle nous avons grandi.

 

Ces changements par eux-mêmes impliquent une rupture avec un statu quo quotidien qui adapte notre vie, par une perte conséquente de vitalité et de sens, à la société dans laquelle nous vivons. C’est une rupture parce que nous changeons de perspective. Un changement de perspective que certains d’entre nous souhaitons certainement faire, raison pour laquelle nous cherchons un chemin de croissance et, dans ce cas, la Biodanza.

 

Ce changement de perspective signifie modifier notre façon d’ « être » et d’ « exister » et par conséquent notre façon de « faire ». Ce qui nous amène à signaler l’importance de la progression dans les changements.

 

Il peut arriver que l’enthousiasme d’avoir commencé à récupérer notre vitalité nous amène à être euphorique, ce qui normalement, dans un milieu accoutumé à notre façon d’être habituelle, produit des frottements ou des « étincelles ». Souvent cela amène la personne qui a commencé ce processus à reculer ou à le renier.

 

La réaffirmation et le soin dans de notre tissu relationnel permet que nos changements et les changements de situations qui nous entourent et qui se produiront nécessairement, suivent un chemin possible sans ruptures dramatiques mais avec des ruptures constructives et des changements positifs.

 

Il est important de tenir compte que les changements demandent une modification de la « place » que cette personne occupait dans ses relations proches et au travail, et que cette modification entraîne étonnement, questionnements et, dans le meilleur des cas, un accompagnement et un changement dans les relations.

 

Il faut réaffirmer un engagement essentiel avec soi-même, et aussi avec toutes les autres relations, activités et situations qui nous entourent.

 

Sur ce point, nous disons que ce processus tient compte avec la collaboration du facilitateur de Biodanza, à qui on se confie, auquel on peut avoir recours en cas de doutes ; avec la structure des séances hebdomadaires aussi, avec le groupe contenant des changements.

 

L’accès au Niveau intermédiaire ou changements de 2ème niveau signifie avoir dépassé la turbulence de faire un mouvement vers une autre « place » dans le monde et commencer à s’abandonner à la recherche et à la découverte de ses propres potentiels.

 

Disons que c’est une période d’aventure et propice aux essais, aux découvertes, à ses propres limites et à la capacité d’aller bien au-delà de ce que nous croyions possible.

 

Ces changements sont signalés par une forte motivation à vivre avec, en même temps, une capacité intégrée initiale d’autorégulation systémique ; conscience de notre identité sexuelle, créativité existentielle ; capacité de donner et recevoir du contenant nutritif ainsi que d’être contenu ou acteurs dans nos interactions, et la capacité d’accéder à l’abandon aux niveaux de transe.

 

Dans les changements de 3ème type ou Niveau d’approfondissement ou avancé, nous voyons une rénovation énergétique et une affectivité dans l’action, ainsi qu’une autorégulation plus importante et progressive ; une augmentation de la capacité d’extase orgasmique, d’intase, de donner des caresses verbales et tactiles ; une traduction de notre créativité quotidienne en créativité artistique ou d’action ; un développement des niveaux d’empathie et de donation, devenir acteur dans nos relations affectives et sociales ; une réaffirmation d’un contenant interne et d’abandon à la capacité d’extase et d’intase.

 

L’exploration de soi-même, dans un groupe déterminé qui est en soi une matrice de changements et un contenant de recherche, avec la facilitation attentive du professeur de Biodanza, peut être continue et permanente.

 

Le facilitateur, élément important d’un processus évolutif, peut collaborer dans le groupe par les consignes qui est l’instrument essentiel permettant la fluidité d’un processus ; par le contact personnel ; par les références théoriques de base qui contextualisent la Biodanza ; par l’exposé des vivencias qui permet d’éclaircir et de dépasser certains points clé du devenir évolutif et de mettre l’accent et définir la direction de son propre dépassement et de celui du groupe.

 

Certains instruments très subtils du facilitateur pour accompagner un processus évolutif demandent sans doute un développement spécifique, méthodologique et particulier qui sera l’objet d’un autre écrit.

 

Le groupe de Biodanza également est un pilier du processus évolutif en tant que contenant relationnel de ce processus. La Biodanza est un système groupal. Et le groupe est un « tout » différent de la somme des individus, c’est un organisme biologique en soi, avec sa propre forme, son propre rythme et ses propres caractéristiques.

 

Un groupe peut donner l’impulsion, retenir, s’aventurer, chercher, aller au-delà, s’abandonner, montrer des tendances de développement très intense de certaines lignes de vivencias plutôt que d’autres. Le développement harmonieux et complémentaire de ces lignes est aussi l’objet des propositions du facilitateur.

 

Chaque groupe a une empreinte, l’enrichir et l’ouvrir pour qu’elle évolue est une tache spécifique du groupe comme un tout et de la vision partagée du facilitateur.

 

C’est ainsi qu’il y a des groupes qui chantent, qui ont une syntonie et un rythme particulier, il y a des groupes qui semblent avoir des plumes et d’autres qui ont des couleurs bien définies.

 

Les groupes ont une musique propre. Le son groupal a principalement des tons graves et viscéraux quand il atteint une intégration qui permet de fluer ; des tons aigus quand il affronte une certaine crise dans sont développement ; ou il chante mélodieusement quand il navigue affectivement dans un envol commun.

 

Du point de vue de la facilitation, naviguer dans l’empreinte d’un groupe et l’ouvrir à de nouveaux chemins est également un défi et une aventure car la facilitation sait que la matrice groupale est essentielle en tant que tout pour le développement évolutif de l’organisme – groupe, et en tant que référent primordial pour chacun de ses membres.

 

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Article du mois de juin 2014
 

Phénoménologie et corporéité par Terezinha Flores

 

La contribution de la phénoménologie pour le référentiel théorique de la Biodanza est très significative. Non seulement parce que la phénoménologie donne les bases à la méthodologie de la Biodanza, mais parce qu’elle aborde aussi les relations entre la corporéité et la vivencia.

 

On a l’habitude d’établir en tant qu’experts de la phénoménologie, le triangle Dilthey, Husserl et Merleau-Ponty. Le premier a développé la notion de vision du monde (Weltanchauung) et il y a proposé le concept de vivencia (Erlebnis) ; le deuxième a élaboré les éléments pour une phénoménologie de la connaissance, spécifiant les bases de la méthode phénoménologique ; spécialement la notion de « épochè » (suspension, entre parenthèse). Le troisième a établi les relations entre la corporéité et l’esprit (dans l’œuvre : L’œil et l’esprit).

 

Wilhelm Dilthey (1833-1911), en partant de la relativisation des valeurs, soutient que celles-ci acquièrent une signification et des contenus différents dans différents moments historiques.

 

Faire l’Histoire signifie « expérimenter comme une connaissance et une vivencia les faits enregistrés ». Tous les événements et/ou vivencia « se trouvent en relation réciproque, de telle sorte que la présence de l’un est impliquée par les autres, et ainsi se crée la variation. »

 

La captation de ces processus est appelée par Dilthey « Weltanschauung » (vision du monde) ; c’est l’organisation d’un monde d’états d’âme, d’émotions, d’enthousiasme, de craintes, provoqués par l’être humain inséré dans les faits de l’Histoire (par exemple : une guerre, la révolution industrielle, etc.).

 

La continuité du relativisme de Dilthey a existé par la phénoménologie de Husserl. Edmund Husserl (1859-1938) a élaboré la relation entre sensibilité et compréhension. Il a placé dans l’INTUITION (sensible et catégorielle) la possibilité de fonder (instituer) de telles relations. La « compréhension » purement intuitive de l’ « essence » fut le fondement des premières ébauches phénoménologiques.

 

Tout d’abord, ce que Husserl a cherché était de « clarifier l’origine des significations » et cela avait comme fondement l’ « essence intentionnelle des actes correspondants ». La relation entre l’intention de signification et l’accomplissement de la signification (traditionnellement, entre concept et pensée) fut pour Husserl la boussole qui a orienté « toutes les relations se référant à l’unité de la connaissance ». Il s’est donc obligé à entrer dans la « phénoménologie des degrés de connaissance » pour pénétrer dans ce qui était plus original, plus important : les différentes sortes d’intuition et leurs relation avec la signification. Il a ainsi cherché une « élucidation des concepts de possibilité et d’impossibilité ».

 

En adoptant une méthode rigoureuse, propre à la phénoménologie, Husserl est parti de cette question : En quel acte réside la signification ? Pour répondre à la question – par exemple : « ceci est noir, c’est un oiseau noir, volant, etc. » - il a établi des jugements de perception dans lesquels l’énoncé exprime ce qui est donné à percevoir (POSSIBILITE). Ainsi, cela l’a amené à affirmer que « exprimer une perception n’est pas de la compétence des mots prononcés mais de certains actes expressifs » car la perception, en tant qu’acte, détermine mais ne raconte pas le signifié. La perception réalise la POSSIBILITE de dédoublement de l’intuition. Il y a cependant une multiplicité de représentations qui peuvent signifier (ou donner une signification) à un acte. « La perception est un acte qui détermine la signification, sans nécessairement la contenir ».

 

Husserl donne un exemple : « La capitale de l’Espagne est Madrid. Celui qui ne connaît pas la cité de Madrid acquiert la connaissance que c’est la capitale de l’Espagne, mais il devra aller à Madrid (vivencia) pour appréhender la signification, la perception de l’acte ».

 

Pour nous qui vivons la méthode phénoménologique en Biodanza, ces fondements théoriques sont très significatifs. Déjà dans la question de la CONSIGNE nous comprenons ces relations. Le mot dit déjà qu’il y a une « participation dans la signification » de ce que nous proposons de vivre, du moment que nous l’ayons déjà vécu avant ! La consigne allume (déflagre) des POSSIBILITES que, seul celui qui entre dans la vivencia, va arriver à remplir de signification cette possibilité. Ceci étant, ce n’est aussi que la méthode phénoménologique qui servira  comme appui pour l’intimité verbale (exposé des vivencias) au début d’une session de Biodanza.

 

Merleau-Ponty (1908-1961) va examiner plus profondément les relations entre corporéité et esprit : « Ce que j’essaye de traduire est plus mystérieux ; cela s’emmêle dans les racines propres de l’être, dans la source impalpable des sensations » (J. Gasquet).

 

Dans « L’œil et l’esprit » Ponty a cherché à entrer dans ce mystère des racines de l’être en commençant par une critique de la science classique qui manipule la transcendance chaque fois qu’elle n’arrive pas à pénétrer dans l’ « opacité du monde ».

 

Pour arriver à y entrer, Ponty a eu recours à  l’esthétique et plus spécifiquement à la peinture. « Le peintre utilise son corps » - dit Paul Valéry. Et Ponty ajoute : « Et avec raison, on ne voit pas comment un esprit pourrait peindre ». Et moi, Flores je rajoute : « Un esprit ne peut peindre qu’au travers de son corps » (psychopeinture).

 

Revenons à Ponty, il continue : « Mon corps bouge dans un monde visible, non dans ce monde opaque de la science classique. Que serait la vie sans mouvement des yeux sur un monde visible ? Ce monde visible, comme le temps, voyant et visible ; regarde et est regardé ; se voit voyant, se touche palpant, il est visible et sensible par lui-même ».

 

Ce premier paradoxe ne cessera pas d’en produire d’autres. Les personnes, les choses et tout ce qui entoure le corps sont des prolongations de soi-même. « Le monde est fait du tissu propre (la condition propre) au corps ». Ainsi, pour Ponty, il est difficile d’établir des limites entre subjectivité et objectivité. « La nature est à l’intérieur » – dit Cézanne. Qualité, lumière, couleur, profondeur, qui sont là devant nous, ne le sont que parce qu’ils éveillent « un écho dans notre corps », parce que celui-ci les accueille.

 

Ce n’est pas que la vision qui est en jeu, sinon qu’en serait-il des aveugles ? « Les aveugles – dit Descartes – voient avec les mains » et moi, Flores, je dis qu’ils voient avec l’odorat, le goût et l’intuition…

 

Ainsi, avec Ponty, nous parlons d’ACTE, comme le faisaient déjà Husserl et Dilthey. Dans l’acte, il n’y a pas seulement l’OBJET (du latin : ob-jectum = placé au devant de). L’acte signifie, englobe en lui-même, objectivité – subjectivité dans un ensemble. Ponty affirme que « nous sommes exemptés de comprendre comment les peintures des choses du corps pourraient faire sentir celles de l’âme », car ce serait une tâche impossible.

 

En Biodanza, nous dirions qu’il serait impossible de comprendre, dans un acte purement cognitif, le corps sensible, ému, touché, regardé. Pourtant, tous seraient des possibilités de vivencia. L’œil voit, le corps bouge, l’âme, l’essence, le soi-même vit (vivencie).

 

Telle est la synthèse d’une phénoménologie de la corporéité. Telle est la synthèse de l’intuition extraordinaire de Rolando Toro Araneda, créateur de la Biodanza.

 

Bibliographie consultée

Husserl, Edmund, Recherches logiques. Presse Universitaire de France, 2003

Merleau-Ponty, M., L’œil et l’esprit. Folios Essais, 1985

Amaral, Maria Nazaré de C.P., Dilthey, un concepto de vida y una filosofia. Perspectiva/EDUSP, 1987

Dilthey, W. Esencia de la filosofia. Presencia, s.d.

Dilthey, W. Teoría de la concepción del mundo. Fondo de Cultura Económica, 1978

Sciacca, M.F., Historia de la Filosofía. Miracle, 1958

 

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Article du mois de juillet-août 2014
 

L'inconscient numineux par Rolando Toro Araneda

 

J’ai appelé « inconscient numineux » la strate la plus profonde de l’inconscient humain. Il consiste en un ensemble de potentiels d’une différenciation et d’un raffinement extraordinaire qui représente le pouvoir par excellence de l’humain.

Ces potentialités sont également les plus réprimées de tout ce qui caractérise les manifestations humaines.

Son ensemble forme « L’Homme Éternel »

La question essentielle de toute philosophie et de l’anthropologie est : Qu’est-ce qu’être humain ?

Les psychologues et les éducateurs ne semblent pas s’intéresser au niveau d’humanité d’un individu, mais aux caractéristiques de sa personnalité, à ses réactions extraverties ou introverties, à son intelligence ou à ses motivations individuelles.

Pourtant, un homme célèbre socialement, un scientifique éminent ou un économiste expert peuvent être, du point de vue humain, de parfaits misérables.

Mon intérêt est de répondre à la question essentielle : Qu’est-ce qu’être humain ? Cette question doit être répondue urgemment, comme l’unique prophylaxie sociale.

L’énergie numineuse ne se cultive pas actuellement dans les écoles élémentaires, ni dans les universités ; la culture de l’humain est le grand absent des programmes scolaires.

Les enfants sortent du lycée en connaissant les guerres, les invasions, les héros nationaux et les gloires belliqueuses de la Patrie, mais ils n’ont jamais écouté une partition de Bach, ni vu une peinture de Leonardo, ni ne connaissent l’histoire de ceux qui ont découvert la pénicilline, l’anesthésie ou le vaccin contre la poliomyélite.

La grandeur de l’homme ne s’enseigne pas dans les centres éducatifs, là s’enseigne notre partie misérable.

L’énergie numineuse se trouve dans certains poèmes de Rilke, Saint John Pers ou Rumi.

Le numineux est lié à la grâce, le créatif, l’éternel… le numineux génère l’amour, la poésie, la perception du merveilleux et le courage de vivre.

Cette énergie originaire est consubstantielle à l’homme dans sa genèse, depuis sa gestation.

L’Homme Éternel habite dans le plus profond de notre identité ; telle est la condition humaine primordiale.

A mon avis, les multiples formes de la diversité du caractère ne sont pas importantes, qu’il s’agisse d’une personne quelconque, mélancolique, joyeuse, inexpressive, créative ; le plus important est le niveau d’humanité qu’elle a atteint.

Chez le psychopathe, le principe humain est diminué au maximum. Sa condition est profondément déstructurée.

La notion de merveilleux est étrange pour de nombreuses personnes et pourtant le merveilleux nous entoure.

Le merveilleux est un mode de perception de la joie innocente et de la pureté intime, c’est aussi la diversité de la nature, le mystère de la vie.

L’inconscient numineux nous donne accès à un sentiment d’intimité, à l’amour sans frontière et à la création comme révélation de la beauté et du mystère.

L’énergie numineuse se manifeste occasionnellement avec une force extraordinaire chez les artistes, les mystiques et les humanistes comme Bach, Thérèse de Calcutta, Einstein ou Rainer Maria Rilke. Thérèse de Calcutta vivait dans la grâce du numineux. Celle-ci se manifeste chez ceux qui recyclent l’énergie cosmique et se connectent de façon vitale avec la source originaire.

Comme je l’ai dit, les contenus de l’inconscient numineux sont les potentiels de l’Homme Eternel.

L’inconscient numineux se manifeste par d’intenses vivencias de perception musicale et visuelle, comme dans l’amour épiphanique et la maternité.

Pour continuer, je commenterai brièvement certains potentiels contenus dans l’inconscient numineux.

 

L’amour

Nous sentons communément que nous sommes maîtres de nous-mêmes mais la vie s’empare de nous quand nous aimons et notre existence entière se transforme en impulsion d’être avec l’autre et pour l’autre.

Apprendre à aimer sans crainte est le plus grand apprentissage.

Il est nécessaire de s’abandonner à l’amour dans sa dimension infinie et non dans le minimalisme des relations.

L’espace de l’amour est avec l’autre. Il faut défendre son « propre espace ». Il est nécessaire, d’abord d’aime l’autre, ce qui a pour conséquence de s’aimer soi-même.

L’amour n’est pas un jeu, c’est une forme d’intégration à l’infini.

Il existe l’amour épiphanique dans lequel le sacré de l’un s’unit au sacré de l’autre. L’amour épiphanique est l’essence de l’humain, une esthétique anthropologique.

L’amour indifférencié, c’est la tendresse, la condition essentielle de la cohabitation. La vie nous propose l’amour chaque jour.

Cet amour est l’attracteur du chaos existentiel et nous connecte avec le risque et la désolation.

Nous avons souvent peur de la manifestation de cette force cosmique dans notre vie, mais elle est l’apogée de la grandeur et du bonheur absolu.

 

L’illumination

Ce fut Carl Gustav Jung qui découvrit l’âme humaine comme l’éternelle renaissance entre la lumière et l’ombre.

La lumière est la partie fulgurante de notre âme, la zone où sont conçus l’amour, la joie de vivre, la perception de la Grâce Suprême. La lumière est active, chaude et proche du miracle. L’ombre est le lieu de nos terreurs ; de la culpabilité, de la violence et de l’angoisse.

Lumière et ombre cohabitent en nous. Toutes les deux peuvent s’évoquer par la prière ou la danse.

Je crois qu’il y a quelque chose de plus dans le processus d’illumination. L’augmentation de la perception des choses essentielles.

Avec notre lumière, nous pouvons percevoir l’autre, nous nous connectons à son essence et le consacrons comme un frère cosmique.

La lumière nous permet de découvrir la lumière qu’il y a chez les autres.

 

Le courage

Quand je parle de courage, je ne me réfère pas au courage des militaires qui sont programmés pour tuer et mourir.

Ceci n’est pas du courage, c’est une naïveté fatale.

Le courage est la capacité de défier notre propre ombre. Entrer dans le domaine mystérieux de nos douleurs et frustrations, chercher les pénombres et  allumer la lumière pour porter en avant le projet sacré, entrer dans la Grande Œuvre, dans l’arche du salut par l’amour.

« Qui n’a pas descendu dans les profondeurs de l’ombre, n’a pas accès à l’éloge » dit Rainer Maria Rilke

Le courage est notre possibilité d’allumer l’amour en tant qu’attracteur externe dans les régions ténébreuses du chaos.

Courage : Défier les peurs, l’oppression externe ; Courage pour affronter la souffrance.

Parfois il est trop tard pour retourner en arrière. Les décisions fragiles retardent l’arrivée de Dieu.

 

Intase

L’état d’intase consiste à éveiller le dieu intérieur. Sentir la pureté et la force de notre propre identité.

L’intase nous permet d’assumer notre identité en tant qu’êtres cosmiques et dépositaires du pouvoir de lien.

L’intase est l’origine de la conscience et de la lucidité éthique.

L’intase est aussi la genèse du sentiment de bonheur, il nous donne accès à la créativité et à la perception de la beauté.

L’empathie et la tendresse indifférenciées ont aussi leur origine dans l’intase.

Je pense, finalement, que tout ce qui nous rend dignes en tant qu’êtres humains provient de l’inconscient numineux.

Des hommes de tout peuple ont plus ou moins la possibilité de libérer leur énergie numineuse.

Notre culture de la mort crée des conditions pour rendre l’homme insignifiant. De cette façon, il est facile de l’exploiter, de le disqualifier et de l’assassiner avec des guerres.

 

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Article du mois de septembre 2014
 

La musique en Biodanza par Carlos Pagés

 

Musique naturelle

Dans la recherche d’un langage capable de stimuler nos potentiels de santé, notre capacité de résonance et d’empathie, la musique est une ressource d’un pouvoir extraordinaire, dont la valeur primordiale réside dans son message facile à reconnaître : celui d’une nature qui nous révèle que ses rythmes et harmonies sont les mêmes qui battent en nous, nous secouant à chaque instant. Ainsi, depuis l’apparition des dites « thérapies corporelles », la musique a toujours occupé une place privilégiée en tant que mécanisme inducteur du mouvement et des émotions ; et presque toutes les techniques et systèmes thérapeutiques qui ont comme axe la danse et/ou l’engagement corporel l’ont adoptée.

 

Avec l’arrivée de la technologie digitale et le disque compact, la musique s’est de plus en plus rapprochée de cet idéal pythagoricien qui cherchait à établir des relations objectives entre elle et les mathématiques. La conversion des ondes sonores en système binaire fait partie d’un processus de dénaturalisation du son – souvent dénoncé par les musiciens – qui rompt la chaîne physique des événements qui donnait lieu à la « musique analogique », avec pour conséquence la diminution du pouvoir évocateur, spécialement ceux auquel les émotions se réfèrent. Mises à part les questions de marché, il est évident que le développement technologique actuel est en étroite relation avec les propositions musicales d’aujourd’hui : beaucoup d’informations mais très peu de vibration. Entrer en conflit avec une technologie dont nous pouvons difficilement faire abstraction serait un effort chimérique. Mais nous réorienter vers un matériel musical plus authentique, qui nous offre un meilleur contenu vital et intégrant, est une aventure non seulement possible, mais indispensable.

 

Pour y arriver, nous n’avons besoin que de retourner à la source biologique de la musicalité, en nous éloignant des musiques conçues à des fins exclusivement commerciales, dont le contenu émotionnel reste superficiel et stéréotypé et leur potentiel évocateur archétypique inexistant.

 

La musique authentique, comme besoin d’expression et de création viscérale humaine, est un phénomène qui révèle des contenus émotionnels et psychologiques profonds (conscients et inconscients), tant personnels que collectifs. C’est précisément l’émergence de ce « fond », surgissant comme un appel des entrailles, qui lui donne à la fois unité et diversité. En parlant de soi, l’artiste parle du monde.

 

Toutes les musiques vitales contiennent en elles la diversité des éléments qui forment la nature organique, qui est la base de l’identité humaine. Sa richesse et sa frondaison réside dans son essence à la fois paradoxale et indubitable : elles sont simples mais à la fois complexes, révélant le dynamisme du monde émotionnel quand celui-ci s’exprime de façon authentique. Elles sont éthérées et subtiles – à peine de l’air en mouvement – mais si concrètes qu’elles peuvent être touchées. Elles sont magiques et mystérieuses mais aussi précises que la flèche qui pénètre avec certitude dans la cible. Elles sont plurielles, parce que leur code de beauté nous atteint tous de la même façon, en percevant en elles la mélodie essentielle qui fut parfois nôtre et pulse encore désireuse de retrouver sa plénitude ; et parce que nous sommes ses co-auteurs car la musique n’a pas d’existence hors de notre subjectivité ; elle est toujours une relation, une recréation permanente qui a des tonalités et des règles appartenant à notre propre vie.

 

Le musicien Peter Hamel dit : « Une nouvelle musique a besoin d’apprendre de toutes les traditions musicales, de chercher des antécédents oubliés et de connaître de nouveau la fonction originelle de la musique, son lien avec les expériences humaines plus profondes, sans tomber dans un éclectisme ingénu. Actuellement, il existe une tendance à découvrir les sources originelles de la musique qui sont les seules pouvant montrer le chemin vers une nouvelle vivencia musicale, en résumant l’être humain dans sa totalité. Ce sont rarement des découvertes de notre époque, mais des redécouvertes de ce que savaient déjà les peuples et les cultures anciennes, mais qui sont tombées dans l’oubli à cause du développement principalement rationnel de l’occident. »

 

Etre musique

Une approche holistique de la musique et de la danse comme expressions vitales intégrantes doit être capable de dépasser la formulation traditionnelle de stimulus et réponse. Il ne s’agit pas seulement d’écouter de la musique et de la danser. Une approche de ce type, basée sur la vieille conception dualiste (esprit – corps) et la linéarité temporelle (cause – effet), promeut des vivencias fragmentées qui, au lieu de favoriser l’intégration, renforcent les dissociations existantes.

 

La Biodanza utilise la musique dans une gestalt qui englobe le mouvement intégré (exercices) et les émotions comme un système d’éléments interagissant. Bien que, d’un point de vue méthodologique, nous ne pouvons agir qu’à travers le son (musique et consignes) et les exercices (il faut signaler que les émotions et les vivencias sont ontologiques, subjectives et ne peuvent être inclues dans la méthodologie), l’application cohérente de ces éléments, dans le cadre d’un groupe, génère un champ qui, en plus de promouvoir l’apparition de vivencias, les contient, donnant lieu à une expression intégrée où les différents éléments qui interagissent se nourrissent réciproquement, amplifiant leur intensité et leurs significations. Dans ce contexte, la perception musicale se transforme en une expérience qui englobe la totalité de l’être.

 

Le son fusionne avec l’identité dans un processus global d’intégration qui transcende le strictement auditif. Nous n’écoutons pas la musique. Nous la recréons à travers des mécanismes subtils et complexes de résonance qui atteignent autant les cellules que les pensées. Nous sommes musique. Et notre danse est l’expression cohérente de cette ontologie.

 

Chaque musique à sa place

Dans une proposition de réapprentissage des fonctions vitales qui, pour différentes raisons, sont bloquées ou souffrent de perturbations, les musiques doivent s’ajuster avec précision aux requêtes spécifiques de ces aspects sains que nous souhaitons développer. Nous avons donc besoin de musiques organiques, qui respectent les règles physiologiques de base (rythme et fréquence cardio-respiratoire), qui renforcent les niveaux de régulation homéostatique. Des musiques sensuelles, avec un développement harmonieux et fluide, qui amplifient la perception et le plaisir cénesthésique ainsi que les sensations tactiles.

 

L’intégration des émotions à l’action est facilitée par le message musical qui permet la manifestation cohérente du mouvement avec les sensations suscitées par le son. Si nous utilisons, par exemple, une musique avec un rythme euphorisant et une mélodie joyeuse, nous promouvrons une vivencia intégrante. Si nous utilisons, par contre, des musiques avec un rythme euphorisant et une mélodie mélancolique, le résultat sera une vivencia dissociée et désorganisée. Toute musique qui contient des éléments contradictoires dans sa structure provoquera des vivencias de même nature, générant une confusion et rendant difficile l’accès à une émotion liée harmonieusement aux gestes. Une bonne partie du panorama musical actuel présente ces caractéristiques : développement fragmenté, rythmes obsessionnels, etc. Beaucoup de musiques appelées New Age, comme la musique sérielle ou minimaliste (communément recommandées comme étant harmonisatrices) sont un bon exemple de cet effet désintégrant.

 

L’aspect créatif de la musique est essentiel dans la recherche d’un mouvement novateur et authentique, non stéréotypé. Les musiques monotones et répétitives ne sont que l’expression de nos vies agonistes, appauvries par l’anxiété et l’angoisse. Si nous entendons la vie comme un mouvement, une vraie rénovation existentielle – créer notre propre vie – est favorisée par les musiques qui contiennent en elles ces attributs : une mélodie riche en variations, textures et nuances harmonieuses, des passages rythmiques de différentes intensités, etc. Cette créativité intrinsèque neutralise la production de réponses motrices de type mécanique et ouvre le chemin à la spontanéité.

L’espace délicat de la communication humaine a aussi besoin de musiques adéquates. Combien d’entre nous souffrent de ces « rencontres » entre amis teintés par le bruit et la stridence ? Ceci ne veut pas dire que la possibilité d’un échange sincère ne se génère que dans la quiétude et le calme, mais que l’intégration et le développement des potentiels affectivo-moteurs (être avec l’autre) a besoin de musiques qui éveillent la sensibilité nécessaire pour créer des circuits de communication en feedback.

L’intimité (intimar : entrer en contact) demande une musicalité qui s’ajuste à cette énergie qui relie et à la puissance. Elle peut se trouver dans la tension dynamique d’un swing ou dans la douce légèreté d’un adagio. L’essentiel est qu’elle apporte cette présence vitale qui, comme un coup de vent poétique, dépasse le vide et la distance qui séparent habituellement les personnes. Ce type d’énergie amoureuse ne se trouve que dans une vraie œuvre artistique. Elle vit là depuis le moment de sa conception. Et même avant cela, comme embryon inaliénable dans le cœur de son auteur. C’est cette beauté irrésistible qui voyage d’un pas décidé jusqu’à la peau et traverse doucement les tissus jusqu’à toucher l’émotion.

Il existe, de plus, un potentiel évocateur qui va au-delà des émotions. Certaines musiques ont un effet mobilisateur puissant sur les structures psychomotrices archétypiques, qui promeuvent un voyage direct vers l’inconscient, vers cet instant atemporel et inconnu où les notes et les rythmes ont aussi forgé les mythes en mettant un son à la mémoire collective. Des musiques de la terre, avec ses rituels de fécondité et de nutrition ; d’eau, la chaude symphonie amniotique, l’éternel retour. Musique ondulante dans la séduction génitale du serpent. Musiques de feu, de l’éphémère, du nerf et de la transformation. Cordes et clairons, la fanfare triomphale du héros. Musique des anges, l’enfant divin, la douce mélodie des sphères. La musique est une trame subtile par laquelle circulent des accords de toutes les époques. Des échos, dans lesquels l’animal, le cosmique et l’humain se confondent dans une syntonie majestueuse.

 

Les sons du silence

Il devient impossible de parler sérieusement de musique sans mentionner le silence. Nous pourrions presque risquer à dire que tous les efforts dédiés à la recherche et au développement méthodologique en matière de musique conduit, finalement, à ce moment crucial où les appareils et les disques perdent sens devant sa présence monumentale.

 

Le silence est la plus grande conquête musicale et, probablement, un de nos meilleurs alliés. Il contient toutes les musiques possibles, non seulement dans le sens de la vacuité germinative (rien n’est plus éloigné du silence que ce vide stérile où toute volonté créatrice devient insuffisante). Le silence est cet espace riche et vibrant de complétude qui se produit quand les sons ont déjà tout dit d’eux. Quand les nuances, les timbres et les couleurs ont exprimé tout leur potentiel et en viennent donc à s’organiser dans une nouvelle dimension. Le silence musical est donc une expérience culminante ; un ordonnancement différent, susceptible de n’être perçu et assimilé que par la vivencia.

 

« Toute existence est une relation » disait Alan Watts. Dans la plénitude du silence, la danse aura, en chacun de nous, une sonorité propre et intransmissible. La musique nuptiale de notre intimité avec la grandeur.

 

Un voyage ému

La Biodanza est un système d’expression des potentiels par des vivencias intégrantes. Dans ce cadre, le « corporel » (comme le « mental »), ne peut se conceptualiser que comme un aspect de la totalité. De la même façon que la corde et l’arc ne produisent rien par eux seuls mais que c’est dans leur contact que surgit cette note vibrante qui nous révèle un message d’unité, la Biodanza propose une approche holistique capable de dépasser la dissociation platonique et de nous restituer l’intégration originelle. Par cet accès à l’identité, la musique a toutes les clés et cet influx passionné qui nous conduit à des espaces nouveaux et inconnus, où les émotions et les mouvements dansent la grande fête de l’être.

 

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Article du mois d'octobre 2014
 

Les neurosciences et la Biodanza par Carmen Gessinger

 

J’ai constaté que tout au long de ma vie ce qui me mobilisait dans la recherche de la connaissance était le désir de savoir comment nous, êtres humains, nous pouvions être si parfaits physiquement, en commençant par notre conception jusqu’à notre forme finale, ce qui semble être un vrai miracle. Un autre aspect m’a toujours intrigué, celui d’avoir un cerveau qui nous permet d’avoir conscience et, par notre esprit, nous pouvons donner une signification à nos actions, émotions et sentiments et ainsi avoir la capacité de comprendre et partager nos émotions et sentiments avec toute notre espèce. Notre esprit est fantastique et semble souvent plus grande que nous-mêmes car il a la capacité d’entre en expansion, d’avoir différents niveaux de conscience, de créer et de se connecter et entrer en résonance avec l’autre, avec le monde, avec l’Univers.

 

Quand j’entrai en contact avec la Biodanza, mon attention a été attirée par le fait que la transformation qui se passait en moi et chez les participants du début à la fin de chaque séance vécue était toujours impressionnante. Je voulais savoir : qu’elle était la « magie » ? Comment cela était-il possible ?

 

En cherchant à comprendre ce qui se passait chez les personnes pendant les vivencias de Biodanza, j’ai fait la formation de facilitateur de Biodanza. En même temps que cette formation, j’ai commencé à chercher dans les neurosciences les réponses possibles pour assouvir ma curiosité. Pour cette raison, j’ai commencé à étudier certaines théories qui avaient les bases neurobiologiques pour expliquer ce qui se passait en chacun de nous.

 

Mais qu’est-ce que les « neurosciences » ? Qu’ont-elles à voir avec la Biodanza ?

 

Les neurosciences sont un ensemble de professionnels de différents domaines qui étudient et font des recherches scientifiques sur le fonctionnement de l’être humain, mais spécifiquement sur le système nerveux, avec des instruments toujours plus précis.

 

Elles englobent des chercheurs dans les domaines de la morphologie (neuroanatomistes et neurohistologistes), des physiologistes et (neurophysiologistes et neurochimistes), de la psychologie, de la psychiatrie et aussi de la biologie.

 

Dans les neurosciences, il y a une interaction entre ces domaines, il y a une interconnexion des connaissances, un échange.

 

La Biodanza est une méthodologie qui travaille avec l’être humain en stimulant les personnes à entrer en contact et à développer pleinement leurs potentiels, à chercher un style de vie sain, à améliorer l’intégration avec soi-même, avec les autres et avec tout l’Univers, à se reconnaître dans l’autre.

 

Selon Kandel (2007), neuroscientifique qui dédie sa vie à étudier la mémoire, « les neurosciences tentent de comprendre de quelle manière les circuits neuraux qui se forment pendant le développement permettent à l’individu de percevoir le monde autour de lui, de se souvenir de ces perceptions et d’agir au travers du rappel de ses perceptions. Elles tentent aussi de comprendre les bases biologiques de notre vie émotionnelle. Il s’agit de problèmes extrêmement complexes, bien plus que n’importe quel autre problème rencontré dans le passé par les autres domaines de la biologie. »

 

Les recherches scientifiques s’acheminent toujours plus vers l’étude de l’homme, non seulement comme un être individuel, mais dans sa relation aux autres. Soit, l’homme inséré dans son contexte social.

 

La Biodanza se fait en groupe, elle travaille l’être humain en relation. Dans une session de Biodanza, nous expérimentons des émotions, nous interagissons avec les autres, nous partageons nos sensations, émotions et sentiments, nous sentons que nous faisons partie d’une communauté humaine.

 

Les neuroscientifiques commencèrent il y a peu de temps à étudier les émotions dans les relations humaines, leur intersubjectivité, l’empathie, le fait de se mettre à la place de l’autre, et, le fait que deux individus entrent en résonance, car tous ces aspects n’étaient pas considérés comme de la science telle que la communauté scientifique l’entendait.

 

Antonio Damasio fut un des premiers neuroscientifiques à étudier les émotions et il a pris plus de 20 ans pour élaborer son hypothèse sur les émotions, hypothèse approuvée dans les milieux scientifiques et qui devint une théorie.

 

En 1990, il y eut une découverte très importante qui a révolutionné la communauté scientifique : le système des neurones miroirs.

 

Ils furent les premières lueurs montrant qu’il y avait quelque chose de nouveau et d’inespéré qui surgissait en lien avec les études sur l’homme et son action dans le monde et dans la communication humaine.

 

Ce fut par eux que les scientifiques commencèrent à se rendre compte que nous avons un mécanisme, toujours exploré et recherché, qui s’active en même temps que nous sommes en relation avec l’autre et que, grâce à lui, nous pouvons communiquer entre nous, comprendre, percevoir et sentir ce que l’autre sent.

 

Nous ne pouvons nier notre corps car c’est lui, par ces mécanismes physiologiques, qui nous permet d’être qui nous sommes ; des êtres humains, avec une capacité intellectuelle, émotionnelle, intuitive et perceptive qu’aucune autre espèce a de cette manière.

 

La Biodanza nous donne l’opportunité d’intégrer toutes ces capacités, à différents niveaux et c’est pour cela qu’il est important que nous sachions qui nous sommes, aussi du point de vue neurobiologique.

 

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Article du mois de novembre 2014
 

Désir et création: la Biodanza intégrant la vie par Noémia Schawartz

 

Qu’est-ce qui nous fait continuer à vivre dans un monde qui porte tant de déceptions, de frustrations et une sensation d’impuissance face aux injustices, abandons et violence que nous constatons au quotidien ?

 

Selon Rolando Toro, dans sa théorie de l’inconscient vital, notre désir de vivre provient du psychisme cellulaire et non d’une pensée individuelle ou de notre volonté consciente. Ce désir de vivre est profondément lié au besoin individuel d’expression des potentiels génétiques qui sont inscrits au plus profond du noyau de chacune des cellules qui nous constituent. En ce sens, chacun de nous est un canal unique et irremplaçable qui permet que l’Univers, qui contient en lui toutes les possibilités, s’exprime lui-même.

 

Ainsi, avant l’existence des désirs personnels de chacun de nous, il y a un Désir plus grand – ou une source qui désir exprimer son Unité dans la Diversité. Cette création se présente sous différentes formes : minérales, végétales, animales et culmine chez les être auto-conscients dont Homo sapiens n’est qu’un exemple dans l’étendue cosmique. A ce niveau, créateur et créature agissent en partenariat. Nous fûmes créer pour co-créer, pour élargir des frontières, concrétiser les idées de l’Esprit Cosmique- science, technologie, art… Rendre explicite ce qui est implicite, chacun selon ses talents.

 

Comme enfants de la création, nous construisons une admirable collection de connaissances et d’expressions artistiques – une civilisation qui avance chaque jour au niveau technologique, mais qui est douteuse du point de vue des valeurs et du bien commun. Au niveau personnel, nous accumulons des biens, des connaissances, des relations – mais la grande question est : « Sommes-nous heureux ? Sommes-nous dans le flux de l’univers ?

 

L’acte de création inclut une joie profonde et cependant, paradoxalement, porte avec elle la douleur de la séparation. L’expérience de l’accouchement évoque cette dualité – la joie de donner la lumière amène avec elle la tristesse de l’incertitude du projet créé – chaque vie humaine appartient à elle-même et en fin de compte à la source qui nous crée tous avec un objectif spécifique.

 

Peut-être notre plus grand objectif, en étant créé, n’est pas seulement de construire des civilisations toujours plus avancées à différents niveaux : éducation, santé, justice sociale, science, art… Il y a cependant quelque chose de plus que nous cherchons en tant que créature – un profond besoin de ré-union, qui vient par la diminution de la douleur de la séparation, qui se traduit en sensation d’abandon au primordial. Dans les couches les plus profondes de notre psyché, dans l’intimité de notre ADN, ce que nous partageons avec tous les êtres,  il y a le point où l’Humain devient Divin, où le Un se reconnaît Divin et où le Divin reconnaît l’Humain. Où la Totalité s’unit au Tout et il n’y a plus de séparation – en cet instant la création s’unit au créé et se révèle.

 

Ce sont les instants d’extase, de prière, de méditation profonde. Dans ces moments, nos désirs personnels s’harmonisent avec les Désirs de la Création et, en fonction de celle-ci et de l’infini champ des possibles qui est sa nature, nous partageons son abondance – ce que nous avons besoin pour notre mission s’exprime comme appui et outil pour notre travail.

 

 Notre style de vie, notre éduction et aussi l’excès d’informations auquel nous sommes exposés, diminuent l’utilisation des voies neuronales responsables de ces états extatiques d’unification avec la Totalité. Ces voies fonctionnent comme un langage qui transcende la parole – répondant au son et par conséquent à la musique. La musique porte avec elle le mouvement corporel. Et le mouvement corporel porte avec lui les émotions. Et cette évidence : Que nous manque-t-il ou qu’avons-nous réellement besoin pour être heureux ? Quel est honnêtement l’objet de notre désir ? Pour combien de temps cet objet va-t-il nous rendre heureux ? Que symbolise-t-il pour nous ?

 

Nous désirons ce qui nous affecte, qui est connecté à notre Âme, qui est en syntonie avec nous, avec notre ADN. Rolando Toro met en évidence l’antériorité des processus affectifs sur l’élaboration symbolique. La compréhension des configurations existantes dans le monde est intimement liée à l’exercice d’attribuer des sens. Cet exercice est une qualité de l’intelligence humaine qui opère dans le domaine de l’affectivité.

 

Dans les mots de Toro, la définition la plus essentielle de l’intelligence serait : « la capacité affective d’établir des connexions avec la vie et de relier l’identité personnelle à l’identité de l’univers. » Il est important de se rappeler que l’auteur ne met pas en scène un type particulier d’intelligence : l’affectivité est un portail vers les différentes formes d’intelligence (motrice, spatiale, mécanique, sémantique, etc.)

 

Le système Biodanza, par l’exercice de ses cinq lignes de vivencia, dans sa matrice groupale, offre un espace et un temps de récupération de ces connexions perdues avec la totalité. Non seulement cet instant vécu – mais la réimpression et la réédition de circuits neuronaux dévalorisés par une civilisation qui privilégie les circuits corticaux – fait ressurgir le pouvoir de nos parties les plus profondes et nous met face à face avec la vision de notre civilisation qui amène au consumérisme, aux relations désengagées, à l’utilisation effrénée des ressources naturelles.

 

La réimpression de ces circuits, ancrés dans la physiologie du corps, change la façon d’être et d’exister dans la Vie, nos désirs deviennent plus alignés avec notre essence, nos choix plus honnêtes et plus orientés vers le bien commun. Nos créations répondent à nos impulsions intimes qui sont, en fin de compte, un alignement avec la création cosmique.

 

De nombreux groupes dispersés dans le monde génèrent des réseaux de conscience qui, peu à peu, s’implantent dans la matrice de l’inconscient collectif en promouvant un momentum qui contribue à un saut quantique vers des dimensions supérieures de la conscience, intégrant la Vie, où qu’elle soit et telle qu’elle se présente.

                        « Gracias a la Vida… Merci la Vie… »

 

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Article du mois de décembre 2014
 

Le plaisir d'être humain par Raul Terrén et Véronica Toro

 

Nous pourrions dire que la vie, plutôt qu’un chemin, est une promenade : nous avançons, nous revenons sur nos pas, nous tournons comme dans un labyrinthe sans sortie, et parfois avec beaucoup de chance nous nous trouvons nous-même.

 

La vie que nous vivons n’est pas plus ou moins difficile que celle des autres. C’est un essai unique et précieux qui peut être une tragédie ou une poésie selon notre créativité existentielle.

 

Utilisons tous nos potentiels pour vivre pleinement notre vie qui est ce que nous avons de plus précieux et que nous ne pouvons en aucune manière gaspiller.

 

Ne courons pas le risque de parier sur un futur lointain ou sur une vie après la mort dont on n’a aucune certitude. Notre point de départ est ici et maintenant et il s’agit de nous connecter avec cette merveilleuse pulsion de vie que la nature a semé en nous.

 

Faisons ce que nous faisons, avec l’intensité du maintenant ou jamais, guidés par le cœur et aidés par notre raison. C'est ça être intelligent.

 

Entre animaux et dieux nous découvrons notre humanité, nous percevons le plaisir d’être humain, c’est-à-dire bons et mauvais, sages et fous, un peu géniaux et un peu ratés. Cruels et tendres et surtout passionnés. Dans cette boite de Pandore pleine d’attributs, nous fluons en parlant toutes les langues, sans savoir laquelle est la nôtre, si toutefois il en est une qui l’est.

 

Etre humain est un essai constant, un chemin plein de devinettes, de doutes et de certitudes qui durent des instants. Notre meilleure possibilité est de parcourir ce chemin en nous promenant, en vivant intensément, en aimant, en créant, en travaillant, en jouant, en dansant.

 

La Biodanza, quand nous saurons ce que c’est que de la vivre, nous donne la possibilité de percevoir cette dimension de l’existence. La Biodanza est un fruit de la culture humaine qui, en la savourant, nous aide à nous sentir partie de la nature et nous invite à vivre une vie pleine de sens.

 

Qu’est-ce que la Biodanza

La Biodanza est un système d’intégration affective, de rénovation organique et de réapprentissage des fonctions originaires de vie, basée sur des vivencias induites par la danse, la musique, le chant et des situations de rencontre en groupe.

 

Notre proposition consiste à activer, par certaines danses, des potentiels affectifs et de communication qui nous connectent à nous-même, à nos semblables et à la nature.

 

La cohérence entre la Biodanza et la vie quotidienne est importante, cela fait partie de sa définition. Il est souvent nécessaire de modifier son style de vie, nos sessions ne sont pas entendues comme une activité qui compense une vie de stress, mais il s’agit d’une façon particulière de vivre. Chaque séance est une invitation à amener ce qui est vécu à la vie quotidienne, à sa propre existence qui va bien au-delà des horaires de travail, des conditions économiques et des exigences de la société.

 

Dans notre danse nous trouvons, dans un environnement enrichi, l’expression de tous les gestes humains du quotidien. Dans nos séances, l’un peut sentir à nouveau la même chose que lors d’un moment de plénitude profond et de rencontre, ou bien découvrir quelque chose de totalement nouveau et différent dans sa vie. A partir de cette sensation, qui arrive à la conscience comme une partie de la réalité vécue, nous nous trouvons avec une décision à prendre : « Je cherche à récupérer ceci qui me donne une qualité et une dimension plus profonde dans mon existence et je l’incorpore à ma vie ou je le laisse ici ? »

 

C’est quelque chose qui nous mobilise, que nous en soyons conscients ou non. Il ne s’agit pas seulement de mouvement : ceux qui approfondissent la Biodanza expérimentent une sensation de gratitude qui s’allie au plaisir de vivre, et c’est cela qui ouvre une possibilité vers la transcendance.

 

Notre travail en Biodanza engage l’identité à partir de l’émotion, à partir de la vivencia comme expérience émue. Ce n’est pas un exercice mécanique, nous ne travaillons pas sur les muscles mais nous modifions l’organisme et l’existence humaine à différents niveaux : organique, affectivo-moteur et existentiel.

 

Sentir la vie : Vers une sagesse vivencielle

Si nous acceptons nos vivencias comme une forme directe de connaissance, dont la « véracité » ne passe pas par la raison, mais par quelque chose qui nous informe de nous-mêmes et dont les effets englobent la totalité de notre être, nous pouvons légitimement concevoir une « épistémologie de la vivencia ».

 

Cette forme de connaissance est plus proche de la sagesse que de la connaissance logique, plus proche du savoir sensible que de la compréhension intellectuelle, plus proche du sentir que du penser, parce que nous comprenons que l’acte de connaître englobe des aspects biologiques instinctifs, mystiques et poétiques.

 

La vivencia est une expérience vécue avec une grande intensité dans un laps de temps qui s’écoule ici et maintenant, qui nous communique un contenu précieux de sensations et de perceptions. En étant protagoniste de cette sensation, on dépasse la distance entre ce que l’on sent et l’observation de la sensation. Dans cette expérience, il y a une forme de cognition qui a une légitimité scientifique.

 

La vivencia est une forme essentielle de connaissance qui se crée dans des fonctions aussi subtiles et complexes que la perception poétique, l’extase et la révélation. La Biodanza propose une méthode précise pour provoquer des « vivencias intégrantes », capables d’exprimer l’identité, de modifier le style de vie et de rétablir l’ordre biologique.

 

La connaissance de soi offre une information absolue de l’être et a donc une qualité ontologique qui n’est pas consensuelle.

 

La vivencia est une expérience radicale dans laquelle il n’existe pas de distance entre l’observateur et l’observé. C’est un dialogue intime avec la complexité et, d’une certaine façon, une catharsis de la raison qui s’exprime viscéralement et qui, dans le langage, se transforme en poésie.

 

Une épistémologie poétique basée sur la vivencia conduit non seulement à la connaissance d’une réalité essentielle, mais à la sagesse qui est la relation vivante avec l’univers.

 

L’unité que la Biodanza propose consiste à assumer de façon radicale la perspective systémique qui dépasse la dissociation entre corps et esprit, entre sujet et objet, entre le particulier et l’universel et, finalement, dans le domaine de la connaissance, l’assertivité cognitive dans sa complexité.

 

« L’émotion organise la pensée » affirme Rolando Toro, de là nous déduisons que la pratique hebdomadaire de la Biodanza, en plus de nous réjouir, de nous enseigner à danser, de nous faciliter l’expression des émotions et d’approfondir la rencontre avec l’autre, nous rend plus sages.

 

La Vie au Centre : Principe Biocentrique

Le Principe Biocentrique est un paradigme qui tente d’expliquer tout ce qui existe, en fonction de la vie, comme il y avait avant les paradigmes géocentrique (la terre est le centre de l’univers), héliocentrique (le soleil est l’origine de l’univers) et anthropocentrique (l’homme est le centre de la création).

 

Il prend son inspiration dans la vivencia d’un monde organisé en fonction de la vie, inspiration qui était déjà présente dans les mystères pythagoriciens, dans le mythe d’Orphée, chez Héraclite, dans les cosmogonies chaldéo-assyriennes, orientales, égyptiennes, chamaniques du Pérou, du Mexique et des Etats-Unis et chez les peuples primitifs d’Australie et d’Afrique.

 

Dans le Principe Biocentrique, la vie est le centre, que ce soit la vie végétale, animale, la planète Terre comme Gaia – organisme vivant – et l’Univers comme être vivant. Ainsi s’ouvre la possibilité réelle d’intégration entre l’être humain et le cosmos.

 

Nous essayons de nous syntoniser avec l’information de la vie, depuis le cosmos jusqu’à la cellule qui est imprégnée par les instincts, organisée différemment chez chaque espèce.

 

L’information de l’existence, ce modèle d’organisation cosmique que nous appelons vie, s’organise en nous par les instincts. A partir de cette vision, Rolando Toro parle de la « sacralité de la vie », dans un sens similaire à ce que propose le philosophe Spinoza qui associe Dieu avec la nature. Une partie de nos références d’apprentissage sont les études d’éthologie et le comportement animal dans son milieu. Il faut dire que, en Biodanza, nous considérons qu’un lion dans un parc zoologique n’est pas un lion, nous ne pouvons pas connaître ses comportements parce qu’il n’est pas dans son habitat et ceci conditionne ses instincts et ses habitudes. C’est comme une expérience de laboratoire qui ne fait que refléter une partie de la réalité. Cet exemple équivaut à un être humain qui vivrait dans un appartement de trente mètres carrés. Si nous voulons récupérer notre être vivant humain, nous devons chercher à transformer notre style de vie, ce qui est l’objectif de la Biodanza : changer la conscience et transformer notre qualité de vie.

 

La déconnexion historico-culturelle de la matrice cosmique de la vie est ce qui a généré historiquement, de façon successive, les formes culturelles destructives. Tant la dissociation corps – âme ou matière – énergie, que la répression de l’expérience paradisiaque a conduit à la profonde crise existentielle que nous traversons aujourd’hui dans le monde.

 

Souvent, ce que nous appelons progrès est certainement une culture anti-vie et c’est pour cela qu’il est impératif d’agir pour un changement qui rétablit le Principe Biocentrique.

 

Chaque séance de Biodanza représente un environnement enrichi, un laboratoire de vivencias où nous stimulons la vie dans cinq grands canaux : vitalité, sexualité/érotisme, créativité, affectivité et transcendance.

 

C’est pour cela que nous affirmons que le Principe Biocentrique signifie mettre la vie au centre, non Dieu, ni la culture, ni les idéologies, mais la vie. C’est un changement fort que propose ce paradigme conçu par Rolando Toro, et qui fonde l’axe principal de la Biodanza.

 

Dans ce concept, la place de la conscience est très importante, parce que nous avons tous des valeurs, des croyances. Si nous croyons au Dieu de l’église, à l’enfer ou la réincarnation, alors nous allons organiser notre comportement en fonction d’une conviction qui est limitée par un paradigme qui est, dans ce cas, la religion ou une doctrine à laquelle nous adhérons.

 

C’est incroyablement important la façon dont, culturellement, nous mettons une information dans notre cerveau pour percevoir le monde. La culture fait l’observateur et l’observateur détermine la réalité.

 

Nous changeons le point de vue de cet observateur en disant que l’important n’est pas la culture, ni la religion, mais la vie.

 

Il n’y a pas de vie humaine sans émotion

Pour la Doctoresse Candace Pert, une des personnes qui a découvert les neuropeptides, candidate au Prix Nobel de Médecine, l’esprit n’est pas seulement dans le cerveau mais il est une espèce d’énergie vivifiante dans le domaine de l’information, à travers le cerveau et le corps, qui permet aux cellules de « parler » entre elles et avec tout l’organisme.

 

La spécialiste soutient que « les émotions sont le contenu informationnel qui est échangé entre les organes, les cellules et les systèmes qui participent au processus. Comme l’information, les émotions voyagent dans deux réalités : celle du cerveau et du corps dans la réalité physique (comme les neurotransmetteurs), et en tant que sentiments sur le plan non matériel (mental). » En ce sens, les émotions seraient le pont entre le corps et l’esprit.

 

Par une recherche révolutionnaire on a découvert qu’un groupe de molécules appelées peptides sont les messagers qui facilitent la « conversation » entre les systèmes nerveux, endocrinien et immunologique, concluant que ces trois, en réalité, n’en sont qu’un qui forme un réseau psychosomatique.

 

L’intéressant ici est que ces déclarations surgissent dans le domaine de la biologique moléculaire, une branche de la science qui est apparue pour remplir le vide existant entre la physique et la biologie et qui, indirectement, rapproche la science de la religion. En travaillant de façon intégrale en Biodanza, nous abordons la sensation qui correspond psychologiquement aux émotions et biochimiquement aux neurotransmetteurs, aux hormones et aux peptides.

 

Chaque exercice tend à stimuler l’autorégulation du système nerveux autonome, certains activent le système sympathique par la « dépense » d’énergie ; de nombreuses activités, le rythme, l’euphorie. D’autres stimulent le système parasympathique, par la récupération d’énergie, ce sont l’abandon, avec des mouvements lents, les yeux fermés.

 

La majorité des personnes, étant donné le rythme de vie actuel, sur-stimule le système nerveux sympathique en travaillant douze heures par jour, en perdant les signaux du système parasympathique qui les avertissent qu’ils doivent se reposer. C’est ainsi que se dérègle l’autorégulation.

 

Etant donné cette réalité, la Biodanza travaille généralement plus sur le parasympathique, non parce qu’elle le considère plus important, mais pour compenser le déséquilibre causé par la surstimulation de la vie quotidienne.

 

Apprendre à vivre

Vivre émotionnellement, tomber amoureux de la vie. Il s’agit de cela. Ce que nous devons changer est le contrôle de l’esprit conscient sur les émotions et le corps. Pour cela, en Biodanza, nous proposons d’entrer dans un état de conscience différent, dans la phase cérébrale alpha (état de relaxation et de méditation) pour récupérer l’intégration entre ce que l’on sent et ce que l’on pense. Ceci demande beaucoup de travail, spécialement chez les plus intellectuels, chez ceux qui vient en constant état d’alerte.  Il leur est plus difficile de travailler avec les yeux fermés et d’abandonner le contrôle.

 

Le désespoir de nombreuses personnes dans le monde les amène à fuir le style de vie que nous avons : ainsi,  les drogues, en commençant par l’alcool ou les psycho-pharmacopées, sont facilement une option pour sortir de cet état de tension et de stress.

 

Le principal problème n’est pas la substance mais le conflit de ne pas savoir que faire avec soi-même et avec sa propre vie. L’addiction vient de ne pas savoir, de ne pas connaître et de recourir à l’usage de drogues dans des moments de fragilité émotionnelle.

 

Pendant toute l’histoire de l’humanité, les différentes cultures ont utilisé des substances enthéogènes (pour éveiller le divin chez l’homme) dans des rituels et cérémonies pour élever l’état de conscience et le contact avec l’esprit, jamais pour s’évader.

 

Ce que font beaucoup de jeunes pour ne pas se sentir déprimés c’est de chercher des « formules magiques » qui leur permettent de vivre une expérience d’extase même si celle-ci se fait sous forme artificielle ou transitoire. Ce chemin a un coût personnel très élevé qui se paie souvent par la vie. La majorité des personnes ignore que cette recherche peut aussi se faire par la méditation, la Biodanza ou d’autres techniques de développement personnel, seulement le temps nécessaire pour arriver à ce changement d’état par des voies naturelles est plus lent que celui qu’offre le fait de prendre une pastille.

 

Nous avons tous des préférences naturelles, mais quand la proportion de la recherche est démesurée, quand le manque d’une substance nous devient nuisible, alors nous pouvons dire que nous sommes devenus dépendants.

 

Il semble qu’il est absolument nécessaire de vivre dans d’autres états de conscience par moment, le sommeil est un exemple de cette nécessité vitale. Le sommeil justement appartient à un espace de temps que, par nos occupations, nous limitons progressivement jusqu’à son altération par surstimulation du système sympathique par l’action ou de l’état d’alerte par l’activité mentale. Nous laissons de côté le repos, les moments de plaisir, l’ivresse de la vie. Paul Valéry affirmait que nous devons vivre ivres de vin, de poésie ou de vertu.

 

L’état ontologique idéal serait donc l’ivresse, le fait de se sentir amoureux de la vie et nous devrions sortir de cette disposition de la vivre seulement par moment et revenir le plus tôt possible à cet état naturel.

 

Verónica a Raúl

Le vertige m’inonde

de t’aimer chaque jour

mon amour,

tes cheveux

en liberté

m’évoquent

les nuages et le vent.

Je te porte en moi

toujours

dans ma peau, dans mes os.

Je marche dans la vie

main dans la main

avec mon homme

sage, plein.

Raúl a Verónica

Verónica

rêve des dieux

enchantement parfumé

femme inévitable

femme, femme

sensuelle et printanière

beauté du cygne

et ambroisie

à chaque pas je t’aime

chaque jour chaque nuit

joie d’être mienne

j’ai besoin de te posséder

toujours…

Un homme te célèbre

amoureux heureux

entre le travail et l’extase

ta main.

 

Danser notre vie peut sembler être une proposition utopique dans un monde plein de difficultés, mais en même temps, c’est une fenêtre lumineuse qui nous montre les jardins du paradis qui s’offrent toujours à notre portée.

 

Mettre un peu de poésie dans notre vie en prose peut être une possibilité authentique de rénovation existentielle.

 

Ceci est la Biodanza, la poétique de la rencontre.

 

Vous êtes tous invités à danser la vie… !

 

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