Accueil Article du mois Bibliographie  

 

 

 

Articles 2012

 

 

Tous les articles

janvier : Des instincts aux décisions existentielles par Raul Terrén
février : Conférence au congrès sur la vieillesse à Milan en décembre 2009 par Rolando Toro Araneda
mars :

Neuromusicologie: une approche neurophysiologique et philosophique par Carmen Helena Gessinger et Lilan Rose M. da Rocha

avril : Intelligence affective et éducation biocentrique par Ruth Cavalcante
mai : Rolando, le penseur poète par Raul Terrén
juin : Art-Identité par Cezar Wagner de Lima Gois
juillet-août : Biodanza, système thérapeutique par Segundo Villanueva Silva
septembre : Une nouvelle humanité par Rolando Toro Araneda
octobre : Biodanza et gestation: une proposition intégrante de la vie par Luz Miriam Arteaga Alzate
novembre : Le temps hors du temps par Jorge Terrén
décembre : Les premiers pas par Rolando Toro Araneda

 

Article du mois de janvier 2012
 

Des instincts aux décisions existentielles par Raul Terrén

www.terrentoro.com

 

Le mystère d’être vivant pourrait se limiter à savoir quand s’ouvrir et quand se fermer, quand dire oui et quand dire non, quand se nourrir de l’environnement et quand se réfugier.

 

De la perméabilité de la cellule qui lui permet d’être autonome dans sa relation continuelle avec le milieu, à la capacité de différenciation et d’intégration dont a besoin un être humain, tous les organismes vivent dans l’incertitude de savoir si chacune de ses petites décisions quotidiennes, s’ouvrir ou se fermer, dire oui ou dire non, ont été des décisions adéquates.

 

Dans le cas de l’antilope qui a décidé de boire de l’eau au fleuve, bien qu’elle sente de la peur à pouvoir être attaquée par un lion, sa décision est de vie ou de mort dans l’instant.

 

Dans notre cas, les conséquences d’un éloignement de notre famille pour accepter un travail très exigent tardera à se faire sentir mais affectera sûrement notre qualité de vie, la rendra plus agréable ou plus difficile, stimulera mon état de santé ou me rendra malade.

 

Nous avons trois grandes questions existentielles: Où vivre? Avec qui vivre? Que faire dans la vie?

 

Les réponses à ces questions nous disent combien nous sommes connectés à nous-mêmes et nous montre l’expression de notre identité.

 

Je propose d’organiser le modèle des douze instincts de Biodanza en lien avec ces trois questions de la manière suivante:

 

Où vivre? se réfère à quatre instincts du modèle proposé par Rolando Toro: maternel, de nid, migratoire et équilibre – paix – repos.

 

L’instinct maternel, peut-être le plus important de tous les instincts, est mis ici parce que le giron, les bras de la mère ont certainement été notre premier refuge et le nid le plus sûr dans les premières années de notre vie. C’est extraordinaire de se rendre compte que le où vivre pour un nouveau-né est un avec qui. N’en serait-il pas  ainsi pour nous adultes et nous ne nous en rendrions pas compte?

 

L’instinct de nid est la possibilité de se reposer en sécurité. Dans l’échelle proie – prédateur,  on est plutôt proie quand on se repose et dot et c’est pour cela que le nid est si important. Je crois que ceci est complètement négligé par notre société.

 

L’instinct migratoire est la possibilité de rencontrer des nids alternatifs ou des milieux nourrissants pour l’expression de notre identité.

 

L’instinct d’équilibre – paix – repos est la possibilité d’harmonie, de syntonie avec la totalité. Rencontrer notre lieu dans le monde.

 

Avec qui vivre? inclut quatre autres instincts:

Sexuel, séduction, grégaire et fusion.

 

L’instinct sexuel est l’instinct qui assure la survie de l’espèce, d’où sa puissance extraordinaire, rencontrer le fétiche, la rencontre érotique.

 

L’instinct de séduction est la capacité à générer n’importe quel type de lien, de faciliter la rencontre avec les personnes.

 

L’instinct grégaire est la base de la cohabitation, des groupes, de la famille, de la communauté.

 

L’instinct de fusion est la capacité d’identification avec les personnes, peut-être le secret de l’amour.

 

Que faire dans la vie ? englobe les quatre autres instincts :

Alimentaire, lutte – fuite, exploratoire et auto-centrisme.

 

L’instinct alimentaire reflète notre capacité de travail pour obtenir de la nourriture.

L’instinct de lutte – fuite est comment se maintenir en vie.

L’instinct exploratoire permet notre créativité existentielle.

L’instinct d’auto-centrisme est la connexion avec nous-mêmes.

 

L’expression de l’instinct serait peut-être la manifestation première des décisions qui engagent totalement l’expression de mon identité.

 

Il me plairait de dire que l’instinct est une capacité phylogénétique de prise de décisions, grâce à laquelle l’animal ou l’être humain nait avec une orientation décisionnelle, une certaine orientation dans la pénombre, pour laquelle il a besoin de l’aide des autres, surtout quand il est plus avancé dans l’échelle évolutive. Dans ces premiers choix, le « corps » sait, l’émotion guide et il y a aussi un acte cognitif de « savoir que faire ».

 

S’appuyer sur la poitrine de la mère en sentant les battements de son cœur et téter le sein serait peut-être le premier acte cognitif du nouveau-né. Rien n’est conscient parce qu’il n’y a pas de conscience de soi, il n’y a pas de dissociation corps esprit, le bébé est en vivencia complète.

 

Ici surgissent l’inconscient émotionnel et l’inconscient cognitif.

 

L’inconscient vital ou psychisme cellulaire proposé par Rolando Toro serait le premier pas d’un être vivant pour manifester l’intelligence de la nature.

 

A un deuxième niveau, nous pourrions parler d’un inconscient émotionnel et à un troisième d’un inconscient cognitif.

 

Chez l’adulte, il y aurait une triade qui se rétro-alimente pour le faire bouger dans le monde, qui irait de la décision au niveau cellulaire de créer une nouvelle vie ou générer un cancer, jusqu’aux décisions existentielles de où vivre, avec qui vivre et que faire dans la vie.

 

Les décisions existentielles surgissent d’un dialogue entre émotion et pensée, entre l’inconscient et la conscience. Le corps sait et le mental veut comprendre.

 

Haut de page

Article du mois de février 2012
 

Conférence au congrès sur la vieillesse à Milan en décembre 2009 par Rolando Toro Araneda

 

Je remercie de tout mon cœur pour l’invitation que vous m’avez faite et pour ce public enchanteur et intelligent, en recherche d’une nouvelle dimension des  problèmes humains dans leur phénoménologie existentielle, dans leurs aspects cliniques. Je connais les personnes âgées, puisque je me connais moi-même. J’ai eu l’occasion, au cours de ma vie, de connaître des personnes âgées, dans différentes conditions : maisons de repos, maisons de retraite, instituts cliniques de gérontologie et surtout dans les cours de Biodanza spécifiques que j’ai créés pour les personnes âgées.

 

La vision traditionnelle de la personne âgée est celle de la décadence, de pertes des conditions sociales, vitales, créatives et affectives. Cette idée que la personne âgée est dans un  processus de détérioration est absolument critiquable.

 

Nous sommes à l’aube d’un nouveau temps où l’on découvre que la personne âgée a des valeurs et des potentiels tardifs. Ainsi, de la même façon qu’il y a des potentiels précoces dans la jeunesse, il y a des potentiels tardifs qui se manifestent à la maturité. Voici des exemples chez des personnes extraordinaires, Mozart, Liszt, Schubert furent des musiciens précoces. Il y a aussi dans le domaine des mathématiques ou de la chimie des potentialités précoces, de jeunes mathématiciens ont fait des découvertes exceptionnelles, entre autres : Gödel, Newton, Einstein  ont fait des découvertes mathématiques tôt dans leur vie. Il y a aussi des potentiels précoces chez les enfants dans le domaine de l’informatique, dès cinq ans les enfants essayent de jouer avec l’ordinateur et ils ont aussi le potentiel des jeux compétitifs.

 

Je peux donner quelques exemples aussi de potentiels tardifs chez des génies de l’humanité mais ces potentiels existent chez toutes les personnes âgées. Les génies les ont développés parce qu’ils ont eu dans leur environnement des situations stimulantes. Nous avons par exemple, pour les potentiels tardifs dans la peinture, Picasso qui en 1905 a peint les Saltimbanques mais qui 40 ans plus tard a peint Guernica, la Paix, une œuvre qui a pu prendre toute sa grandeur grâce à la vieillesse. Nous pouvons nommer un autre cas, en poésie, Rainer Maria Rilke dont on pouvait déjà voir le talent dans ses œuvres de jeunesse mais chez qui trente-cinq à quarante années plus tard on a vu le génie. Les Sonnets à Orphée, par exemple, sont une porte ouverte à l’expansion de la conscience. Un cas sensationnel est celui du Titien qui en 1542, quand il avait 66 ans, a peint le Couronnement du Christ avec une grande beauté. Quand il eut 90 ans, il fit la même peinture mais avec une grandeur transcendante où le Christ n’était plus un homme qui souffrait mais avait la luminosité, la transcendance et la profondeur d’un dieu. Ainsi, dans les arts et chez les génies on voit les changements extraordinaires pouvant se produire pendant la vieillesse. Il y a aussi des cas comme Einstein qui a découvert tôt la théorie de la relativité restreinte et qui de nombreuses années plus tard  est arrivé à la grandeur de la physique, au génie absolu avec la découverte de la formule E = MC2 et par la recherche incessante de l’unité énergétique dans l’univers. Einstein, après ces grandes découvertes en physique, a développé une philosophie humaniste de grande dimension. Il est sorti de la physique pour englober le destin de l’homme. Quand il a vu le bombardement de Hiroshima et Nagasaki il est tombé à genoux. Sa pensée était miséricordieuse et intelligente dans sa vieillesse.

 

A moi il me plaît beaucoup de dire vieux, de dire je suis vieux. Parce que c’est merveilleux d’être vieux.

 

Ainsi, avec différentes observations, et en observant également le progrès de mes amis qui vieillissaient concernant la profondeur et l’amplitude de leur vision de l’humanité et de l’existence, j’ai formulé le concept de potentiels tardifs. Je l’ai fait il y a très longtemps, beaucoup d’entre vous n’étaient pas encore nés quand je l’ai formulé.

 

Dernièrement, Rita Levi-Montalcini, prix Nobel de Médecine, a découvert que le cerveau se rénove et a découvert un facteur de croissance neuronale. Pour que le cerveau croisse en nous les vieux, il faut utiliser le cerveau. Ainsi, la science, par ses représentants les plus fameux, confirme l’idée de la rénovation cérébrale et des potentiels tardifs chez les personnes âgées. Rita Levi-Montalcini est italienne et a 100 ans. C’est une femme merveilleuse qui non seulement a étudié les sciences et a fait des découvertes neurologiques mais a écrit aussi des livres d’un bon sens et d’une profondeur psychologique, protestant avec force contre les injustices. Elle a écrit un livre sur l’importance d’être imparfait.

 

Un autre scientifique italien très important qui vit actuellement en Italie est Ernest Rossi. Il a découvert que la rénovation biologique peut se produire tardivement dans le passage de l’ADN vers l’ARN, donc vers le phénotype et que les personnes, d’une certaine façon, peuvent rénover des aspects de leur corps et des aspects de leur mental en les rajeunissant. Ainsi la personne âgée a la capacité d’aimer aussi passionnément que les jeunes. La personne âgée, face à l’amour, face au sexe, est beaucoup plus proche de l’érotisme que les jeunes. L’amour épiphanique, l’amour d’âme à âme que propose Emmanuel Lévinas est caractéristique des personnes matures. Pour que cela se passe, dans la théorie de Rossi, il faut qu’il y ait un environnement enrichi qui est un terme scientifique même si cette phrase semble banale. L’environnement enrichi a une signification scientifique très précise.

 

C’est par exemple un environnement dans une séance de Biodanza, en comparaison avec la vie quotidienne. Dans la vie quotidienne nous recevons une étreinte pour notre anniversaire et pour la nouvelle année : deux étreintes et si nous avons de la chance nous en recevons aussi une ou deux en plus de nos amis. Mais en 2 heures de séance de Biodanza, une personne reçoit 40 étreintes. Ceci est un environnement enrichi ; 40 étreintes, avec en plus la musique, avec des mouvements expressifs et émotionnels, avec des contacts physiques, avec le regard dans les yeux, avec l’euphorie du groupe, dans une solidarité affective importante. Ainsi, l’environnement enrichi en Biodanza est un chaudron de transformation vivenciel.

 

En Biodanza, nous développons les potentiels tardifs. Je vais nommer quelques potentiels tardifs. La personne âgée va acquérir une nouvelle dimension du temps, de la temporalité parce que sa place dans la vie se termine. Chaque instant de la vie, pour la personne âgée, est un trésor, un ici-maintenant précieux. Quand un ami prend une tasse de thé avec son compagnon, cela semble être un acte quotidien, parce c’est un acte banal mais pour la personne âgée cela peut être un moment éternel : simplement boire une tasse de thé avec un ami. Ici je souhaite mentionner Rainer Maria Rilke qui dit que le quotidien parle à voix basse avec l’éternité. Pour nous, chaque moment est précieux, ce n’est pas une chose puérile, juste pour passer le temps. L’expérience de la réalité acquiert une profondeur et une essentialité énorme. Les jeunes sont plutôt formalistes même s’ils aimeraient être des transgresseurs, les personnes âgées par contre sont plus essentielles. Un jeune regarde une fille et regarde la forme de son corps, ses provocations, ses seins et d’autres parties plus ou moins sublimes de sa personnalité. La personne âgée voit son âme, elle a comme un troisième œil pour se connecter avec l’âme de la personne. Elle n’est pas formelle, elle est essentialiste.

 

Un autre potentiel tardif est la capacité de faire de grandes synthèses. Ne pas s’arrêter sur les détails. Les grandes synthèses philosophiques et scientifiques ont été faites par des personnes matures. Martin Heidegger dans « Etre et Temps » qui est déjà une œuvre mature fait une synthèse puissante. Nous arrivons trop tôt pour les dieux et trop tard pour l’être. Nous sommes un poème inachevé. Heidegger cependant s’est arrêté à mi-chemin. Nous ne sommes pas un poème inachevé. Dans le fond, quand nous vivons dans l’instant éternel, le poème est complet. C’est ce qu’a réussi à apercevoir Emmanuel Lévinas, un grand philosophe contemporain.

 

Les sessions de Biodanza pour les personnes âgées ont eu comme résultat d’être, non seulement une thérapie de soin pour certaines affections, mais aussi une prophylaxie, une prévention.

 

Imaginez que pendant une session de Biodanza avec des personnes âgées, celles-ci marchent sur une musique. Elles incorporent la musique et ne se rendent pas comptent qu’elles dansent et suivent le rythme.

 

Beaucoup d’approches concernant les jeunes et les vieux ont un caractère solipsiste. Ils ne se touchent pas, le contact est interdit parce qu’il y a des risques érotiques. Ces risques ont été définis comme tels par les idéologies et les religions. Les religions en Orient et en Occident ont calomnié la sexualité parce qu’il n’y a rien de plus innocent, de plus pur, de plus transparent que le désir d’être très proche d’une personne et d’échanger des caresses.

 

Le fait est que la personne âgée a besoin d’être caressée. Elle a besoin de recevoir des massages caressant et non des massages musculaires.

 

La motricité de la personne âgée s’améliore notablement avec la Biodanza, ceci étant dû à la motivation. Il y avait un homme âgé qui traînait les pieds en marchant pour arriver à la session de Biodanza mais qui pendant la session courait heureux derrière les femmes. Ainsi, la motricité de la personne âgée devient rigide et s’appauvrit parce qu’il lui manque des motivations à bouger.

 

Dans le domaine affectif, la personne âgée quitte son autoritarisme et se rend compte que les êtres humains sont intéressants et enchanteurs. Quand elle les étreint, elle sent que quelque chose en elle récupère de l’énergie. Ce n’est pas une sensation subjective, l’étreinte peut provoquer des changements organiques qui peuvent être mesurés. Avec le nouveau système de scanner, on peut voir que les caresses produisent des changements dans les organes internes, augmentent le battement cardiaque, changent le péristaltisme intestinal, la respiration s’approfondit et il y a des déflagrations d’hormones. Ainsi, une étreinte te met en marche. Avec le contact, les personnes âgées récupèrent la confiance en elles parce beaucoup d’entre elles trouvent que le fait d’être vieux a moins de valeur, est une déficience.

 

J’aimerais vous dire que la Biodanza est une activité de choix pour les personnes âgées. Des musiques euphorisantes, des musiques tendres, des musiques romantiques éveillent en elles une richesse affective endormie. Ce n’est pas que les personnes âgées ne l’ont pas mais elles ont besoin de stimuli.

 

Cette nouvelle vision de la personne âgée, avec les potentiels tardifs, avec les capacités pouvant être réveillées par un environnement enrichi tel que le définit Rossi, avec la rénovation cérébrale et la croissance hormonale décrites par Rita Levi-Montalcini, avec les neurones miroirs qui permettent la fécondation des cerveaux, est d’une importance sociale immense. C’est une révolution sociale et politique.

 

Quand nous parviendrons à profiter des potentiels tardifs des vieux, le monde sera meilleur.

 

Merci.

 

Haut de page

Article du mois de mars 2012
 

Neuromusicologie: une approche neurophysiologique et philosophique  par Carmen Helena Gessinger et Lilan Rose M. da Rocha

 

Introduction

Notre approche initiale se fait par les chemins parcourus par le son, dès le moment où il est capté par le sens de l’audition jusqu’à son processus final dans le cerveau. Ce processus est d’une grande complexité car, en plus de l’aspect neurophysiologique en soi, il implique des aspects en lien avec différentes émotions et expériences de vie de chacun.

 

Etant donné ce caractère primordial de la musique dans la vie de l’être humain, nous cherchons une réflexion philosophique où nous récupérons la nature vibratoire du son en tant que générateur du processus de transformation, car la musique est considérée par beaucoup de scientifiques comme une habileté innée de l’homme.

 

Perception musicale

La perception musicale est une tâche extrêmement complexe car elle comprend différents aspects, modèles et associations découlant de la complexité de la musique et des différences émotionnelles, des expériences et de l’entraînement de chaque individu.

 

Tous ces aspects ont un effet significatif sur comment et où le cerveau traite la musique et ce traitement comme un tout commence par le sens de l’audition.

 

L’audition est le sens le plus ancien que nous avons car il est le premier à se former dans le ventre de la mère. Il commence à la 4ème semaine de gestation et mûrit au 5ème mois. Il est le seul organe sensoriel à atteindre une complète différenciation et sa taille adulte vers la moitié du développement fœtal.

 

Quand nous entendons un son, notre oreille externe le capte, le focalise, le transfère et conduit l’onde de pression sonore (l’énergie sonore) par le canal auditif vers la membrane du tympan.

 

Le tympan vibre et cette vibration est transmise aux osselets, agissant directement sur le marteau de sorte que, avec l’enclume et l’étrier, il oscille en réponse au son et, par un mouvement mécanique (énergie mécanique) de la pression il conduise le sont du milieu gazeux vers le milieu liquide de l’étape suivante.

 

Ces osselets sont dans l’oreille moyenne qui fonctionne comme un transformateur acoustique.

 

L’étrier pousse la cochlée qui se situe dans une cavité dans l’os temporal (oreille interne) créant une pression variable sur le fluide à l’intérieur.

 

Dans la cochlée, il y a des cellules ciliaires qui sont les récepteurs sensoriels. Elles vont générer les stimulations électriques par des séquences de décharges nerveuses (énergie nerveuse) vers le nerf auditif qui va les transmettre au cerveau, dans le cortex auditif qui se situe dans le lobe temporal.

 

La cochlée sépare les sons complexes en fréquences élémentaires et chaque cellule ciliaire est perfectionnée pour différentes fréquences de vibration, sachant que dans le cerveau nous avons aussi des cellules qui répondent plus spécifiquement à certaines fréquences.

 

Le nerf auditif qui a reçu une information nerveuse des cellules ciliaires va transmettre les données au tronc cérébral qui va filtrer les informations et les amener au thalamus qui va diriger l’information vers le cortex ou la bloquer.

 

Cette fonction de « portier » nous permet, par exemple, de prêter attention à un seul instrument de l’orchestre. Le cerveau traite la musique à différents endroits : il y a beaucoup d’aires auditives dans le cortex cérébral et il est difficile de les délimiter. La perception musicale englobe les aires primaires, secondaires et tertiaires du système auditif (A1, A2 et A3), les aires d’association auditive (AA) dans les lobes temporaux et l’Aire de Wernicke qui est liée à la perception du langage et du traitement de la majorité des fonctions intellectuelle du cerveau et se localise dans l’aire adjacente.

 

Les aires auditives primaires qui reçoivent les signaux de l’oreille interne par le thalamus sont impliquées dans les premières étapes de la perception musicale, telles que la fréquence d’un son, les contours mélodiques et le volume.

 

Les aires secondaires traitent les modèles plus complexes d’harmonie, de mélodie et de rythme.

 

Les aires tertiaires adjacentes donneraient une perception générale de la musique.

 

Selon des études réalisées à l’institut de physiologie de la musique et de la médecine de l’art à Hanovre, en Allemagne, le côté gauche du cerveau semble traiter des éléments de base comme les intervalles musicaux et les rythmes et le côté droit reconnaîtrait les caractéristiques comme la métrique et le contour mélodique.

 

Le cortex auditif primaire est « raffiné » par l’expérience, de sorte que plus de cellules deviennent beaucoup plus réactives aux sons et tons musicaux importants.

 

Ce raffinement, induit par l’apprentissage, affect les traitements dans l’aire auditive secondaire et dans les aires d’association auditive, où on suppose qu’il y a les traitements des modèles musicaux plus complexes comme l’harmonie, la mélodie et le rythme.

 

Apprendre à jouer d’un instrument réorganise différentes aires cérébrales comme, par exemple, les aires motrices, le corps calleux et le cervelet.

 

Cette réorganisation se fait par la plasticité neuronale, où il y a une augmentation du nombre de synapses et de neurotransmetteurs, ainsi qu’une augmentation de la puissance des synapses existantes et la formation de nouvelles connexions.

 

Les exercices musicaux développent l’hémisphère gauche (langage) et favorisent la mémoire et la réalisation de tâches spatiales.

 

La musique a aussi une influence sur notre état émotionnel, sachant que les études sur le pouvoir de l’évocation affective de la musique sont bien récentes.

 

La perception musicale liée aux émotions dépend de certaines variables, dont l’expérience émotionnelle spécifique de chacun.

 

Cependant, selon certaines recherches faites aux instituts de musique et d’apprentissage de Paris (IRCAM) et de Dijon (Lead), les réactions émotionnelles des individus sans formation musicale et de musiciens sont asses semblables.

 

On sait aussi que, quand nous avons des réactions émotionnelles (peur, joie, tristesse), notre corps réagit, par le système nerveux central, avec une accélération des battements cardiaques, une augmentation de la transpiration, un refroidissement de la peau, etc.

 

De fait, la musique produit des réactions physiologiques dont l’amplitude semble dépendre du contenu émotionnel. Ainsi, la perception musicale englobe de nombreuses variables et commence avec l’entrée du son dans nos oreilles, suit un chemin et ensuite se disperse dans différentes aires de notre cerveau, comme dans tout notre corps au travers de nos réactions émotionnelles et physiologiques.

 

La musique est un instrument de dialogue non verbal et fait partie de la culture humaine depuis les temps primitifs.

 

Percevoir la musique de cette façon si complexe et pleines de variables fait partie de notre vie en tant qu’humains. Elle est innée, elle est pure énergie qui déclenche des processus profonds de transformation personnelle. Des processus qui affectent non seulement l’univers intérieur de l’homme lui-même mais aussi l’Univers qui nous entoure dans toutes ces manifestations.

 

Pouvoir vibrationnel

In principium erat verbum, ceci est au début du premier chapitre de l’évangile selon Saint-Jean, et qui fut traduit comme « Au commencement était le verbe », ou « Au commencement était la parole ».

 

Cependant, en pensant mieux, on a traduit « verbum » par le Son ou le Chant. Notre argumentation est basée sur la tradition immémoriale selon laquelle le Créateur s’est montré comme un chant infini et la cristallisation de ce chant était la Création. A partir de cette idée, on comprend la pensée de Pythagore selon laquelle la structure de la musique primitive serait suffisante pour expliquer la structure de l’Univers. Ainsi, l’étude de la musique devient la clef de la connaissance du Cosmos.

 

Notre nature est vibratoire, nous sommes constitués d’atomes – molécules et le son est l’essence vibratoire de la totalité de la vie. Nous avons besoin de mouvement pour survivre, l’impulsion et la stimulation sont les plus pures expressions de l’existence de la vie.

 

La musique est une habileté innée de l’être humain qui nous permet d’atteindre des niveaux plus profonds de connaissance de soi et de transformation, afin de nous fournir une santé parfaite et un bien-être. La musique est l’art de combiner des sons définis.

 

Selon Novalis, poète allemand, l’homme est un être qui possède génétiquement toutes les harmonies et résonances de l’univers. Même avant de naître, même dans le ventre de sa mère le fœtus entre déjà en contact avec l’univers sonore : voix des personnes, sons produits par des objets, sons de la nature, sons des rythmes biologiques de la mère, du bercement de la mère, de ses propres sons, etc.

 

Selon Howard Gardner, l’intelligence musicale est la première intelligence qui apparaît chez le nouveau-né. Le fœtus écoute à partir de la 24ème semaine dans l’utérus les sons musicaux et non musicaux ; à deux mois il accompagne la hauteur, l’intensité et le contour mélodique des chansons maternelles ; à quatre mois il imite la structure rythmique, joue de façon créative et générative ; à deux ans il improvise des chansons et des rythmes et à trois/quatre ans il chante des musiques populaires de son groupe social mais diminue l’improvisation et l’exploration des sons.

 

La musique a toujours été liée à la vie de l’être humain. L’homme primitif dansait déjà, en plus des instruments qu’ils utilisaient pour émettre des sons et former une musique, ils chantaient. Dans les civilisations anciennes, tout être qui possédait de la musicalité, principalement le rythme, était intimement lié au divin, à l’illumination, à la guérison. Cependant, le temps passant, l’homme perdit sa capacité d’harmonie en vivant dans ce monde, chaque fois plus chaotique et désintégrant. Il y a urgence à récupérer cet homme profondément musical puisque la musique est une caractéristique innée.

 

De récentes recherches révèlent que les personnes sans formation musicale reconnaissent un accord, une mélodie inachevée ou des variations sur un thème aussi bien qu’un musicien professionnel.

 

Ainsi, nous pouvons exprimer le rythme, danser la mélodie et nous abandonner à l’harmonie qui sont des éléments de base de la musique.

 

Le rythme fait partie de tout ce qui existe dans l’univers, il est la pulsation vibratoire, il est l’impulsion, il est l’essence de la vie. Il existe dans la nature, dans la vie humaine, animale et végétale, dans les fonctions organiques de l’homme, dans ses manifestations corporelles, dans l’expression intérieure extériorisée par le geste, dans n’importe quel mouvement. Il y a des combinaisons infinies qui ont différentes durées et/ou des combinaisons variées sous différentes formes de mouvement, alternant avec d’innombrables formes de repos.

 

La mélodie nous permet de reconnaître la composition jouée. Elle est représentée par les figures et les symboles musicaux qui déterminent l’allure, la tonalité et l’intention mélodique du compositeur.

 

L’harmonie est la succession simultanée et combinée des sons, ajustés à un rythme et une mélodie. L’harmonie améliore le sentiment que le compositeur a exprimé en composant la musique. Elle définit la mélodie et perfectionne le son.

 

Si nous avons génétiquement toutes les harmonies de l’univers, notre corps se transforme alors en véhicule d’expression musicale, avec les atomes formant les cellules qui sont notre corps, avec ses électrons en mouvement constant qui émettent des ondes électromagnétiques. La fréquence de ces ondes est mesurable et variée en fonction de la structure du corps. Les cellules qui ont les mêmes niveaux de fréquences se combinent pour former les différentes structures et systèmes qui forment un tracé intégral de notre existence physique. Chaque structure est une harmonie de cellules, grâce auxquelles elle est formée et maintenue. On peut donc dire que le son crée les structures du corps et si chaque objet de la nature a sa propre fréquence vibratoire naturelle qui est déterminée par la taille, le format et le matériel dont il est fait, alors nous avons besoin d’être attentif à toues les formes de résonances présentes dans notre milieu puisque, nous serons profondément affectés par la concordance ou la discordance fréquentielle, tant en bien qu’en mal.

 

Références bibliographiques

Purves, Dale (collectif). Neurosciences. De Boeck , 2005.

Lent, Roberto. Cem Bilhões de Neurônios - Conceitos Fundamentais de

Neurociências. Rio de Janeiro: Atheneu, 2001.

Guyton e Hall. Fisiologia Humana e Mecanismos das Doença. Rio de

Janeiro: Guanabara Koogan, 1998.

Montello, Louise. Inteligência Musical. São Paulo: Cultrix, 2002.

Dewhurst-Maddock, Olivea. La thérapie par les sons. Courrier du livre, 1995.

Jourdain, Robert. Música, Cérebro e Êxtase. Rio de Janeiro: Objetiva, 1998.

Daniel, Adria. Bio-engenharia do Universo Construto da Acústica ao

Movimento Biodançante. Trabalho de Conclusão de Curso de Formação de

Facilitador de Biodanza. Porto Alegre, 2008

 

Haut de page

Article du mois d'avril 2012
 

Intelligence affective et éducation biocentrique par Ruth Cavalcante

 

Rolando Toro propose que l’éducation biocentrique crée des mécanismes pour développer l’intelligence affective quand il affirme :

« En réalité, l’intelligence fait partie de toutes nos fonctions et de notre histoire existentielle. Nous ne pensons pas qu’avec le cerveau, mais avec tout notre corps. (…) Je pense que le facteur permanent qui intègre et structure l’intelligence en tant que fonction globale est l’affectivité. (…) L’intelligence affective n’est pas un type spécial d’intelligence. Toutes les formes différenciées d’intelligences : motrice, spatiale, mécanique, sémantique, sociale, etc. ont une source commune : l’affectivité. » (Toro, fascicule du module d’éducation biocentrique)

 

Dans l’éducation biocentrique l’accent principal n’est pas mis sur l’intelligence, mais sur l’articulation entre elle et l’organisme comme un tout, le corps, le désir et le plaisir en lien amoureux avec l’autre intégré à la totalité. Pour Rolando, l’éduqué est le sujet du processus éducatif car il n’y a pas de dichotomie entre les aspects cognitif et affectif. L’intelligence affective favorise une relation dynamique agréable dirigée vers l’acte de se connaître soi-même, de connaître l’autre, de connaître l’univers, où le savoir entre par les sens et pas seulement par l’intellect.

 

La base du développement de l’intelligence affective est donc le renforcement des liens, construisant un noyau existentiel qui génère une force qui donne l’impulsion à notre existence. Ceci rend la personne capable de créer un noyau existentiel, de pouvoir écouter ses émotions et ses sentiments, de savoir ce qu’elle désire, quelles sont ses besoins réels, reconnaître quel est son chemin et créer des conditions pour le suivre.

 

Rolando Toro nous montre très clairement la différence entre émotion et affect dans le tableau suivant :

 

EMOTIONS

AFFECTIVITE

1. Les émotions sont transitoires et se reproduisent dans l’ici et maintenant 1. L’affect dure dans le temps

2. Elles surgissent face à un stimulus spécifique (agréable ou désagréable)

2. Elle a une évolution lente à partir des affinités profondes

3. Elles ont une forte composante instinctive-vivencielle 3. En plus de la composante instinctive-vivencielle, elle a des éléments de conscience et une élaboration symbolique
4. Elles ont des modèles expressifs, neurophysiologiques (expression faciale, posturale et respiratoire) 4. A une forte composante introspective qui ne s’exprime pas par des modèles physiques
5. Ont tendance à se manifester par la motricité ou par le système neurovégétatif (sympathique et parasympathique)

5. Se manifeste à des niveaux somatiques profonds de l’inconscient collectif et de l’inconscient vital

6. Les émotions ne génèrent pas l’intelligence, mais des comportements spontanés et une prise de décisions rapide 6. L’affectivité génère l’intelligence relationnelle, l’amitié, la tendresse et la compassion
7. Les émotions n’induisent pas l’empathie mais l’expressivité et la contagion psychique 7. L’affectivité est la base de la connexion authentique
8. Les émotions renforcent l’égo 8. L’affectivité donne accès à la transcendance (transcende l’égo)
9. Les émotions fondamentales (basiques) sont : la rage, la peur, la joie et la tristesse 9. L’affectivité s’exprime par l’amour, l’amitié, l’empathie, la solidarité et la conscience éthique
10. Les émotions induisent des attitudes de rejet ou d’attraction 10. L’affectivité induit des sentiments adaptatifs d’acceptation, d’engagement et de générosité
11. Les émotions ont leur représentation anatomo-physiologique dans le système intégrateur adaptateur limbique hypothalamique (SIALH). L’activité de l’amygdale se projette directement sur la musculature sans d’abord passer par le cortex cérébral 11. L’affectivité a une fonction plus complexe. Elle se régule dans le système limbique-hypothalamique. Elle est connectée à la fonction d’enregistrement permanent et à l’évocation de la mémoire, à l’élaboration corticale des valeurs, à la conscience éthique, aux structures symboliques de l’inconscient collectif (archétypes) et aux variations endothymiques de l’humeur (inconscient vital)

 

 

En étudiant ce parallèle entre émotion et affect nous pouvons aussi déduire quel est le centre de la proposition de Goleman sur l’intelligence émotionnelle et de celle de Toro sur l’intelligence affective. Alors que la première est un exercice pour apprendre à avoir le contrôle sur les émotions et dépend de la perception de chacun de nous, la deuxième concerne l’histoire vitale, les cellules, donnant les conditions pour percevoir la relation avec la vie car notre organisme existe parce que l’univers existe et c’est pour cela que nous parlons d’être cosmique, et pas seulement dans un sens métaphorique.

 

Notre action dans le monde est impulsée par notre besoin d’affect, de tendresse, de beauté, en lien avec l’intelligence affective. Celle-ci a en elle des composantes organiques héritées génétiquement par chacun de nous, différenciant une personne de l’autre par la possibilité de la développer ou non. Selon Rolando Toro :

« La genèse biologique de la ligne de l’affectivité est en relation avec l’instinct de solidarité à l’intérieur de l’espèce : les impulsions grégaires, les tendances altruistes et les rites sociaux. La biologie cellulaire démontre l’existence de vraie communauté de cellules qui intègrent quelques opérations biochimiques de « coopération » entre elles. Les systèmes vivants sont de puissants mécanismes de cohérence dans lesquels fonctionnent les principes d’affinité, de rejet, et dans lesquels chaque partie se met au service de l’unité biologique. » (Toro, 2006)

 

La base de notre méthodologie est donc la vivencia qui a une fonction médiatrice dans le processus d’apprentissage. Elle est différente de l’expérience qui traite un objet d’études ou un apprentissage. L’expérience est accumulative, il peut y avoir vivencia ou non. La vivencia n’a pas la fonction de connaissance, elle ne se propose pas comme un lieu de connaissance ; elle a un sens en elle-même et porte en elle la possibilité de former une nouvelle attitude face à l’apprentissage proprement dit et sans l’expression et l’impression d’une sensibilité élevée ; c’est un instant où la personne s’exprime et le processus s’imprime en elle. La vivencia est la formation de liens intenses, avec soi-même, avec l’autre et avec la totalité. La vivencia a surtout beaucoup d’importance dans la capacité de s’entendre et d’entendre l’autre et la réalité. Elle re-signifie et revalorise l’apprentissage, développant de nouvelles manières d’apprendre par les émotions et les sentiments. Elle amplifie le processus pédagogique pour un processus de vie. Nous entendons souvent des déclarations de participants de nos cours parlant de transformations existentielles survenues à partir de ceux-ci. Ceci démontre qu’une signification importante de l’apprentissage est de se transformer soi-même et de transformer le monde et non d’établir des mécanismes de contrôle.

 

L’affectivité est liée à la dite protovivencia qui est la vivencia initiale de la vie humaine liée à la faim, à la nutrition, au besoin de protection par le contenant et la chaleur humaine, ainsi que par la communication avec les personnes.

 

PROTOVIVENCIA LIGNE DE VIVENCIA EMOTION ET SENTIMENT EXPERIENCE EVOLUTIVE

Mouvement

Energie vitale

Vitalité

Joie

Elan vital

Enthousiasme

Autonomie

Contact

Caresses

Sexualité

Désir

Plaisir

Fusion orgasmique

Volupté

Liberté

Expression

Curiosité

Créativité Exaltation créative

Création artistique

Création scientifique

Protection (sécurité)

Nutrition (aliment)

Affectivité

Tendresse

Amour

Amitié

Altruisme

Harmonie (relation harmonieuse avec le milieu ambiant)

Respiration libre

Transcendance

Béatitude

Sérénité

Extase

 

Source : La protovivencia et son développement évolutif (Toro, 2006)

 

Nous autres les éducateurs de Ceara qui avons déjà introduit l’éducation biocentrique à nos pratiques pédagogiques, dans une construction collective, avons donné corps à ses présupposés théoriques. Je présente ici une synthèse de la systématisation élaborée par moi et Marcos Cavalcante :

 

Rôle de l’école ou de l’organisation

-          Eveiller chez l’être la connexion avec la vie en élargissant la conscience écologique

-          Rééduquer pour la vie en cultivant l’affectivité

-          Assumer un engagement avec la vie : solidarité comme une nouvelle vision éthico-politique

-          Faciliter l’expression créatrice

-          Renforcer l’identité : autonomie pour l’exercice de la citoyenneté

-          Favoriser l’apprentissage réflexif-vivenciel

 

Contenus de l’enseignement – apprentissage

-          Construction de la connaissance orientée par le principe biocentrique (qui surpasse le principe anthropocentrique)

-          Différentes sagesses au service des fonctions primordiales de la vie

-          Appropriation de la technologie au bénéfice de la vie

-          Corporéité vécue – la mémoire du corps

-          La poésie et l’art en interconnexion avec les sciences

-          Perception amplifiée par l’écologie profonde

-          Reconnaissance et expression des émotions légitimes

-          Culture de l’affectivité

-          Expansion de la conscience morale et éthique par la conservation de la vie

-          Découverte progressive de l’autre dans l’interconnexion des systèmes

-          Renforcement de la spiritualité orientée par l’amour

 

Méthode de l’enseignement – apprentissage

-          Construction de la connaissance par l’intermédiaire du dialogue au service de la vie

-          Apprentissage auto-découverte

-          Vivencias intégrantes des émotions légitimes facilitées par le triangle : musique, mouvement et émotion

-          Expression des potentiels créatifs dans la relation dynamique entre l’art et la science

-          Lien avec le milieu ambiant

-          Culture des rituels de lien : avec soi-même, avec l’autre et avec la totalité

-          Eveiller l’esprit à la solidarité et à la cohabitation amoureuse

-          Coopération comme processus de base dans la socialisation

-          Le chemin de l’apprentissage se construit dans l’interaction vivencia – réflexion

-          L’amour comme source de reliance avec la vie

-          Adoption du principe de la progressivité

-          Apprendre à connaître par l’autopoïèse

 

Relation éducateur – éduqué

-          Interaction orientée par la conscience éthique

-          Relation horizontale, circulaire et transdimensionnelle

-          L’éducateur comme médiateur dans la construction de la connaissance et l’éduqué comme sujet de l’apprentissage

-          Relation dialogique et amoureuse

-          Coopération affective et apprentissage mutuel

-          Relation empathique et culture du lien

 

Présupposés de l’apprentissage

-          Action pédagogique basée sur le principe biocentrique

-          Expression de l’identité ‘révélation de soi – différenciation et intégration)

-          Processus d’apprentissage en groupe renforcé dans la conscientisation affective

-          Culture des énergies organisatrices, conservatrices et créatrices du mouvement – vie

-          Le lien comme dimension qui donne l’impulsion aux structures cognitives pour un apprentissage auto-découvert

-          La vivencia comme point de départ autorégulateur dans le processus d’apprentissage renforcé par le plaisir

-          Avoir pour base les canaux d’expression des potentiels génétiques (lignes de vivencias : vitalité, sexualité, créativité, affectivité, transcendance)

-          La multidimensionnalité comme processus de construction de la connaissance dans ses dimensions physique, biologique, mentale, psychologique, spirituelle et socioculturelle

-          Le corps en mouvement : rythme, mélodie et harmonie

-          La perception de la réalité objective et orientée par la relativité et la complexité

-          Le principe néguentropique de l’amour et de l’illumination : autorégulation, autonomie et auto-évolution.

 

La transformation que la planète vit aujourd’hui et conséquemment les transformations par lesquelles passe l’éducation a été préparée depuis longtemps et particulièrement dans les années soixante du 20ème siècle, période que je considère avoir également été celle de ma préparation en tant qu’éducatrice biocentrique. J’entre dans le nouveau millénaire avec optimise et disposée à apprendre chaque fois plus avec les enfants, à vivre la joie dans l’éducation, me souvenant de Ruben Alves : « Le maître naît de l’exubérance de la joie. Et, c’est pour cela même que quand ils sont interrogés sur leur profession, les professeurs devraient avoir le courage de donner une réponse absurde : - je suis un berger de joie… mais, il est clair que seuls leurs élèves pourraient vérifier la véracité de leur déclaration… »  Je souhaite cultiver la joie et l’éveiller chez mes élèves parfois  pas habitués du tout à l’expérimenter. J’aimerais leur dire et à moi aussi que la joie est la plus grande manifestation de l’amour de la vie.

 

Je comprends que la viabilité de l’application pratique de cette approche psychologique est directement liée au changement d’attitude de la part des éducateurs, étant entendu que nous ne considérons pas ici que les professeurs mais tous ceux qui luttent avec les actions humaines ; en ce sens, l’éducation biocentrique suggère une attitude critique et bienveillante permanente dans sa pratique quotidienne au travers d’une simple question : « Mon attitude est-elle en train de générer de la vie ? » Elle suggère aussi de systématiser sa pratique pédagogique dans une perspective affectivo-critique, en intégrant la pensée, le sentir et l’action en une seule totalité allant dans le sens de l’auto-transformation et de la transformation solidaire de la réalité sociale.

 

Par l’éducation biocentrique, nous souhaitons récupérer le plaisir dans l’activité intellectuelle, la passion pour les sciences, l’action créative et poétique, le dialogue critique et le lien amoureux dans le quotidien de l’élève et de l’éducateur. Quand nous arriverons à une éducation ludique entre la théorie et la pratique au travers de la méthodologie réflexivo-vivencielle, nous aurons établi le chemin de la formation intégrale et complète de l’éducateur en recherche d’une éducation transcendante dans laquelle on perçoit l’autre côté de la réalité en pouvant capter la profondeur de la vie en union et réunion  avec le système vivant qui forme la grande trame de la vie. Notre engagement a toujours été de former des éducateurs d’une manière plus large en considérant toutes les dimensions de l’existence humaine, les aidant à conscientiser leur tâche en tant que sujets actifs et créatifs dans leur processus d’auto-transformation et de transformation de la réalité, en éveillant chez eux la conscience et la dignité en tant que personne humaine et en développant le sentiment d’engagement, de solidarité avec l’humanité et avec la planète. Cette conscience implique un changement d’attitude et de comportement en lien avec soi-même, avec l’autre et avec le monde. Elle implique aussi la découverte de sa valeur en tant qu’être historique. Que notre action pédagogique soit un instrument de notre libération car nous sommes fruits de notre propre histoire, de nos décisions.

 

Haut de page

Article du mois de mai 2012
 

Rolando, le penseur poète par Raul Terrén

www.terrentoro.com

 

Rolando Toro est un poète de la vie, un homme qui – dans les mots d’Edgar Morin – a su vivre poétiquement. Vivre en prose ou en poésie est parfois le grand choix de la vie.

 

Rolando est en même temps un penseur profond et un questionneur de la réalité en recherche de réponses.

 

Pour Maria Zambrano, philosophe espagnole, créatrice du terme « raison poétique », la philosophie est la question et la poésie la réponse.

 

Voici ces mots : « La question vient du chaos, du vide, du désespoir. La réponse arrive pour ordonner le chaos, rend le monde passable, agréable et même plus sûr ».

 

Rolando pose des questions à partir du chaos, du désespoir et à partir de là nous offre ses réponses, sous forme de poésie.

 

La danse, poésie du corps, se transforme en Biodanza, poésie de tout notre être.

 

L’héritage de Rolando nous laisse dans l’entrelacement de la philosophie et de la poésie, dans cette « raison poétique » ou dans ce que j’appelle pensée poétique.

 

Je considère que le message le plus vrai de Rolando se trouve dans ses poèmes et ses textes, écrits en prose poétique.

 

La « raison poétique » naît comme une nouvelle méthode appropriée pour stimuler l’épanouissement de l’être humain. Une méthode est un chemin, une voie par où commence la marche. C’est le propre de l’homme d’ouvrir un chemin ; le propre de l’homme est le chemin. Le chemin se fait en marchant dit Antonio Machado.

 

Ce type de raison – que Zambrano appelle sans aucun doute « méthode » - n’amène à établir aucun système fermé. Il amène – et c’est une aspiration qui provient de l’âme, le souffle de vie – à ouvrir un espace qui s’élargit comme une clairière au milieu de la forêt.

 

La pensée poétique contient sa propre façon de concevoir la vérité, la réalité et le langage.

 

La réalité qui vient à la pensée poétique se fait main dans la main comme un chemin mystique. C’est une connaissance vivencielle, à partir du sacré mystérieux.

 

« La racine du langage est irrationnelle et a un caractère magique.

La poésie demande à retourner à cette ancienne magie »

                                                                                  Jorge Luis Borges

 

« L’acte poétique n’est pas intellectuel à l’origine, mais vivenciel.

La vie a une scène poétique.

La poésie nous permet de sentir l’acte mystérieux de vivre

et la perception de l’univers en tant que création actuelle. »

Rolando Toro

 

Portons un toast à notre maître poète.

 

Haut de page

Article du mois de juin 2012
 

Art-Identité par Cezar Wagner de Lima Gois

 

J’ai adopté l’expression Art-Identité en 1990, à partir des travaux de créativité que je fis en Biodanza comme le Courage de Créer et la Danse des Masques.

 

En se basant sur l’œuvre de Nise da Silveira (Muséum de l’Inconscient), Jung, Rolando Toro et d’autres travailleurs dans l’aire de l’art-thérapie ont vu que, en fait, l’art fait sous certaines conditions pédagogiques et thérapeutiques déterminées a le pouvoir d’agir positivement sur le monde archétypique primal de l’individu, favorisant les processus de régulation de l’esprit et de l’existence. De plus, il influe positivement sur l’expression de soi, appelé ici Identité Personnelle.

 

Pour nous, du point de vue de la psychologie et de la Biodanza, l’art est un chemin important d’expression et de recréation de l’identité personnelle et de l’esprit humain. Cela a marqué un moment de grand changement quand l’ « homo » n’a plus seulement représenté dans son esprit ce qu’il voyait et vivait, mais a traduit cela extérieurement, sous la forme d’un dessin dans les cavernes. Là se révèle tout le pouvoir de l’imagination humaine. A ce moment, l’ « homo sapiens » a fait un saut en direction de l’humain actuel. Pendant ce temps, l’autre « homo » disparaissait – l’Homme de Neandertal.

 

Nous pouvons dire que nous sommes faits de trois grands moments : la descente des arbres, l’utilisation du feu et la peintre dans les cavernes – l’art.

L’imagination surgit avec un geste brut de risquer et ce risque devient peinture qui recrée l’imagination qui déborde en tant qu’art, expression de soi-même, dans sa forme primitive naissante et liée au monde environnant.

Ceci est le point de départ pour comprendre l’art comme une expression de l’identité personnelle et collective, d’où la proposition de l’Art – Identité, une proposition en même temps pédagogique et thérapeutique d’expression, de recréation et de renforcement de l’identité personnelle et collective.

 

Identité

Il est clair, à mon avis, qu’à partir de la vie dans les cavernes, l’être humain porte avec lui un potentiel de vie capable de le projeter dans de multiples possibilités de réalisation et de singularité. Nous sommes les semences du Cosmos, palpitantes, vibrantes, unies par un réseau de relation, fils de la nature qui nous unit entre nous et à l’infini et qui, à son tour, nous appelle à danser avec autonomie et plénitude le mouvement éternel. Rien ne peut arrêter cette communication et cet appel à ne pas être sa propre vie dans son flux auto-organisateur, dans sa sagesse. Chaque être vivant est une semence qui vibre et s’élargit conduite par une expérience de milliards d’années. Il n’y a pas dans la culture quelque chose d’aussi sage et d’aussi précis.

 

Nous sommes des semences à proprement parlé, nous cherchons la nourriture, le lien et la croissance. Le jardinier ne fait rien d’autre que prendre soin d’elles avec amour, les assistant sur les chemins où elles vont vers un lieu infini, retournant à la terre et la fertilisant,  les arrosant et les élaguant avec soins, présent, avec amour. Les semences elles-mêmes  seront faire leur chemin, suivant les fils de la nature.

 

Prendre soin des manifestations de la vie c’est prendre soin de l’amour. Ce n’est pas un chemin facile, c’est savoir sentir le cœur de la Nature et percevoir la profondeur de la réalité de la vie qui passe, chaque fois plus, avec une plus grande complexité, subtilité et diversité.

Sentir la vie ou se sentir vivant révèle l’identité comme une présence, comme une expression naturelle et spontanée de la vie, se passant avec singularité, avec une autopoïèse particulière (soi-même) de l’autopoïèse universelle. Du se sentir vivant surgit la perception de soi-même, d’un sentiment de vie duquel émerge un processus antique de déploiement de la vie en sensations corporelles, sentiments et réflexions. L’identité vient de là, de la biologie vers la psychologie, de la transformation animale en esprit enraciné ou corporéité vécue, du déploiement du sauvage en langage et son retour vers un lieu antique, primal, source de son apparition et de sa concrétude dans un monde naturel et spontané – la vie animale.

 

En retournant au mouvement primordial, la vie instinctive, nous nous connectons à une vraie conspiration pour l’acte de vivre, pour l’éveil de nos potentialités, rendu possible dans un monde sensible de mouvement, nutrition et amour. Le mouvement primordial est le générateur premier de notre essence singulière et libre, semence originale qui pulse et impulse l’être à la vie, qui tend à fleurir dans des dimensions chaque fois plus entières d’un être créature et créateur.

Je sens profondément l’existence d’une essence humaine libre, de quelque chose d’intérieur qui impulse l’être à la vie et vers un  lieu de l’infini, dont l’origine n’est pas dans la conscience ou n’importe quelle forme de représentation mentale, mais dans notre racine animale et sauvage, naturelle, un monde brut et indivisé. Là nous rencontrons la Vie comme une possibilité singulière, potentialité souvent bloquée, réprimée, nié mais pourtant toujours présente. Elle disparaît seulement avec la destruction de l’être (Rogers). Pour se connecter avec elle il faut « le retour aux origines de sa propre réflexion et découvrir sa base antérieure à l’activité réflexive et responsable d’elle » (Merleau-Ponty).

 

La vie présentée comme identité est quelque chose en construction qui se fait de façon permanente comme singularité, elle est donc unique et en même temps variable, invariable, continue, discontinue, proche de l’équilibre et loin de l’équilibre.

 

Je reconnais l’identité comme une métamorphose (Ciampa), comme un processus dialectique historico-culturel et déterminé. Ceci ne nie cependant pas sa racine antique et naturelle.

Dans l’étude de Severina, réalisée par Ciampa, ce qui surgit de façon révélatrice est le processus contradictoire de non lien (violence, faim, misère, exploration et folie) et de lien (acceptation, amour, appui et travail). A chaque moment, Severina sentait qu’elle devait vivre, la vie la poussait, lui donnait des forces pour se réaliser. Son projet de vengeance était apparent, elle se montrait fragile face à toutes les situations d’amour qu’elle rencontrait. Le sentiment de vie, annulé une bonne partie de sa vie, la maintenait pourtant capable de chercher et de trouver des chemins de lien. Aussi détériorée qu’a pu être sa tendance à vivre et à se réaliser elle-même, la vie fut capable d’émerger en présence de situations de lien et d’amour.

 

Ciampa a présenté l’identité comme une métaphore, comme un phénomène historico-culturel, mais dans son étude il y a quelque chose à la base qui est la source même de l’identité, quelque chose configuré comme un code génétique et qui prend son origine dans le mouvement de l’autopoïèse de l’univers, un mouvement primordial d’un monde sensible, instable et auto-organisé. Je considère donc l’identité dans son histoire à partir de sa réalité biologique et naturelle.

 

Le problème de l’identité est discuté depuis longtemps et encore aujourd’hui il est très controversé. Pour Platon, l’identité était comme ce qui est identique à soi-même. Une chose ne peut être égale à elle-même, l’égalité n’existe pas. Ne pouvant être égal à A, A est A ou est ce qu’il est. L’identité est quelque chose propre à une individualité qui définit l’être, jamais reproduite chez un autre. Pour Aristote, A est A (principe d’identité) et A ne peut être non-A (principe d’exclusion).

 

Heidegger situe le problème de l’identité dans le sens de son unicité et de sa présence au monde, mais ne la situe pas comme négation de soi-même. C’est le cas aussi chez Piaget quand il parle de l’identité comme étant la même et en permanente transformation, ainsi A est A et aussi non-A ; comme chez Buber quand il dit que A n’est seulement A qu’en présence du Tu, ce qui veut dire qu’il existe un besoin de dialogue profond, intime avec le monde (Tu, quelque chose, Dieu) pour que l’identité se révèle pleine, unique et même plus, grandiose, émergence du sacré et expression d’un dialogue avec le Tu éternel (Dieu), la totalité Je-Tu (une relation et non une unité ou une fusion). Outre le fait de situer l’expérience (Tu-Cela) comme base, Buber insiste sur le transcendant dans l’identité, le Tu éternel de la relation Je et Tu.

 

Toro comprend l’identité à partir de la vivencia d’être vivant, une intimité avec la vie essentiellement viscérale. L’identité émergeant de la différenciation génétique (sélection naturelle et évolution biologique), et d’abord tournée vers la conservation de l’unité et de la survie de l’individu (autorégulation viscérale, homéostasie, corrélation intra-organique et protection immunitaire).

 

La vivencia fondamentale de l’identité surgit comme une expression endogène d’être vivant. La vivencia primordiale d’être vivant est la plus émouvante et intense de toutes les vivencias (…).

 

La vivencia d’être vivant serait constamment affectée par l’humeur corporelle et par les stimulations externes, alors que sa genèse serait viscérale. La vivencia d’être vivait créeraient deux états différenciés : les premières notions sur son propre corps et les premières notions d’être différent (Toro).

L’identité est don un phénomène avant tout biologique et relationnel, elle surgit des sensations endogènes, a besoin de l’autre et a deux paradoxes :

  1. je change mais je suis le même

  2. je me rends présent qu’en présence de l’autre

L’identité est visible (corporelle) et inaccessible à l’interprétation car elle est expressive et esthétique.

 

En prenant comme point de départ les réflexions précédentes, je comprends l’identité comme « le même » (Parménide), ou mieux comme la capacité de se sentir comme centre de perception de soi et du monde, dans un sentiment profond d’être vivant, sentiment qui est corporel, émouvant et connecté au tout ou plus. Ceci implique que le point de départ structurant de l’identité est se sentir vivant, instant de transmutation de la corporéité vécue en une présence et un lien avec le monde.

 

Par ce chemin, je voix l’identité comme une expression de la totalité et non de parties de soi-même, il n’est seulement possible de se réaliser dans l’immédiateté du vécu, donc dans la vivencia et non dans la conscience.

 

L’identité, comme présence, ne se pense pas, elle se vit dans l’ici et maintenant – Présent Eternel. Elle est inaccessible à toute forme de compréhension et visible face à l’autre. Elle n’est accessible à l’autre et à sa propre personne que dans la vivencia. Ce n’est que dans ses aspects partiels qu’elle est considérée comme signification ou notions de soi-même, comme histoire et culture. L’identité est la vie se passant singulièrement, la vie se révélant dans son immédiateté et sa beauté.

 

L’être humain est incapable de comprendre l’identité (ou le soi-même dans le monde) mais est capable de la sentir, d’en avoir l’intuition et de vivre la liberté dans le présent, principalement sous la forme du mouvement et de l’expression.

 

Pulsant en métamorphose, l’identité se manifeste, étant en même temps petite et grandiose, particulière et totale, concrétisation de la vie se passant singulièrement, immédiateté et universalité – corporéité vécue.

 

De cette façon, nous ne  pouvons pas trouver la transcendance hors des tâches de la vie quotidienne, ni celles-ci sans transcendance, sous peine de nous affaiblir ou de nous détruire. La vie dans sa simplicité et sa plénitude est immédiate et quotidienne ; pulsant, on se transforme en plus de vie.

 

Nous ne pouvons parler de vivencia immanente ou de vivencia transcendante. Elles sont un flux unique ou une expression de l’identité, présente en chaque vivencia et faisant d’elle l’expression entière et connectée de l’être dans l’ici et maintenant. En ce sens, l’identité évolue comme identité – amour, c’est-à-dire l’amour comme expression d’une corporéité vécue (identité présentifiée), connectée, dans une relation de totalité avec une autre identité, une personne entière avec une autre personne entière (Simmel).

 

Dans chaque vivencia biocentrique, il y a un chemin pour la construction de l’identité – amour, une expression plus élevée de l’animal fait d’esprit, déploiement de l’instant en esprit enraciné, en trouble, ému. De cette façon l’être se fait sentir, puis avance en direction de l’amour, la même direction que l’évolution, que l’éthique qui, enracinée dans la vie instinctive, suit le cours de l’évolution de l’esprit, lequel fut en d’autre temps et encore aujourd’hui et pour toute la vie de l’être sera un animal antique ému par l’instant. L’expression de l’identité est la condition première pour que l’être devienne amour, cette condition naturelle et biologique, antérieure à l’histoire et dont nous avons besoin.

 

L’amour est quelque chose qui dépasse les limites des sentiments et des émotions, c’est la plus grande expression de la rencontre, comme le propose Buber. Il ne peut être considéré comme quelque chose de partiel dans la relation, il est la relation elle-même, seulement possible par notre présence dans le monde.

 

Les vivencias biocentriques (immanentes – transcendantes), quand elles surgissent, amènent l’être à une plus grande complexité existentielle (pulsation – métamorphose), à une plus grande autonomie – présence incluant le monde et englobée par la rencontre. Les vivencias biocentriques génèrent l’Etre-Amour, l’Etre-Amour est l’être qui vit la vie (Je – Tu), seulement possible dans une relation de totalité et non dans une relation avec des objets. La vivencia de vie est une relation de rencontre – d’Amour.

 

Rien de fondamental

Emerge

De l’humus, du vide fertile

Du long canal jusqu’à la lumière

Au contraire…

Sans être

Je suis

 

Une naissance

Une corporéité amoureuse

Ephémère brise suave de la Vie

 

Dans le temple des flammes

Construite sur la terre de l’utérus

Et ouverte par des fleuves intérieurs

Qui coule dans l’océan des étoiles

Sans être

Je suis

 

Une danse… un sentiment de vie

Sans commencement ni fin

Rien de fondamental

Comme une vie et comme une mort

Un est deux et quatre

Particulier Universel

Présence éternelle

Je suis

Sans être

 

(Cezar Wagner, Taíba, 29/11/92)

 

Art

Quand je parle d’art, je parle de sensibilité, d’esthétique, d’harmonie, de beau, de composition poétique, de danse ; je parle spécialement d’expression personnelle, courant par lequel nous agissons quotidiennement sous forme de travail, loisir, vie familiale, émotion, sentiments, plaisir, lutte, futur, etc. C’est le vrai beau !

 

Ce qui m’intéresse dans l’art c’est que la personne peut se dépasser dans chaque geste, dépasser ses peurs, vaincre ses angoisses, dominer ses anxiétés et affleurer à son potentiel de vie.

 

L’art est un chemin essentiel et indispensable de l’esprit humain pour l’expression de Soi-Même, chemin par lequel nous pouvons être nous-mêmes.

Créer c’est vivre. Celui qui vit, crée. Créer c’est installer le nouveau, sachant qu’à cet instant il est devenu vieux. Créer c’est prendre le vieux et l’expliquer d’une façon nouvelle. Créer c’est transcender le nouveau et le vieux.

 

Créer c’est aller au fond de soi-même, s’accepter en tant que créature et bouger en tant que créateur.

 

En ce sens, l’art est avant tout un processus de recréation. Ce n’est pas une fin en soi. Il n’est pas statique. L’art est la possibilité d’être seul et ensemble. Art et identité sont inséparables. Quand on travaille avec l’art, on favorise l’identité. L’art n’est pas une entité. Il sert de canal d’appropriation d’une dimension de la réalité qui n’est pas très connue et développée. L’art arrive à pénétrer de façon immédiate dans le monde sensible – intuitif, l’intégrant au réflexif.

 

L’expérience que j’ai en Biodanza et en Psychologie communautaire, en travaillant avec l’art, est quelque chose de fabuleux. Les personnes arrivent à s’exprimer spontanément par un collage, l’argile ou la peinture et à se potentialiser dans une dimension communautaire et universelle d’égal à égal. Il y a un processus d’identification dans lequel se développe le lien individuel entre chaque personne et dans le groupe comme un tout. Le lien renforce l’identité permettant à l’individu de se révéler dans sa force et son courage, assumant cette grandeur en soi.

 

Quand les personnes se réunissent pour une création collective, elles se donnent l’une à l’autre, à l’Univers. A ce moment, il y a un champ créatif entre les personnes, dans lequel elles s’indifférencient, se diluent. Dans la création collective il n’y a pas de parties, personne ne s’arrête sur un point déterminé. Dans ce processus d’indifférenciation, chacun se perd dans l’autre et dans le matériel de travail, vivant un consensus mutuel, ou mieux, une complicité universelle qui ne leur appartient pas.

 

La vie à cet instant devient autonome, spontanée puisque les personnes ne se nomment pas comme références maximales ou même comme propriétaires de la vie. Chaque personne devient comme une force instinctive, créatrice du monde et d’elle-même. Elles sont abandonnées à la totalité, elles sont en profonde communion – chaque personne est son propre art. Elle est en profonde communication avec elle-même, avec les autres et avec l’Univers. Une infiltration, une identification se passe. Chacune se laisse entre dans l’autre, sortant entier dans sa singularité (Cezar Wagner, Ana Luísa Menezes et Altamir Aguiar).

 

Argile
Quand les personnes entrent en contact avec l’argile, elles restent pour le moins appréhensives, curieuses. Certaines sentent ensuite la volonté de plonger les mains dans la masse. D’autres s’effraient, ont peur de ce que l’argile peut faire avec elles… Mais comment ? L’argile semble si inoffensif…

 

L’argile est un déclencheur d’émotions et de la vérité interne de chaque être qui se laisse sensibiliser. Il n’y a pas besoin de beaucoup de technique pour se connecter aux émotions dans le travail avec l’argile. Il semble qu’il y ait déjà une intimité, un lien fort et primitif entre l’être humain et la boue. Un lien transcendantal qui remonte aux bases premières de l’espèce humaine. Une forte vivencia archétypique se vit. Dans cette relation, les personnes travaillent avec l’argile et l’argile travaille avec elles. Un mouvement qui est intégré, dynamique, dialectique et profondément sensible. La personne se transfigure en art, en création d’elle-même.

 

Les sculptures sont archétypiques, elles émergent de la sensibilité antique, de l’émotion primordiale. Elles sont également symboliques, car elles expriment une histoire sociale, culturelle et un sentiment existentiel. Un même symbole, une même image peut avoir différentes significations et forment certainement différentes histoires. Ainsi, ils sont singuliers, qualitatifs, uniques car la vivencia avec l’argile est unique, indescriptible même pour celui qui la vit. Les transformations qui se passent chez l’individu dépassent tout objectif pur et rationnel.

 

Chaque fois qu’un individu touche l’argile et crée quelque chose, il se crée lui-même.

Quelque chose de nouveau surgit. Chaque sculpture est son émotion réalisée. L’émotion sculptée devient un élément essentiel et puissant d’objectivation de l’être au monde. A partir du moment où il crée, il montre au monde la possibilité de changement. La dynamique ne s’arrête pas.

 

Les personnes commencent à avoir des sensations d’être profondément vivantes. Dans ce travail, il n’y a pas de projection, mais une transmutation d’énergie. Dans l’intimité avec l’argile, beaucoup d’images surgissent, des images profondes de l’Univers et de l’espèce humaine qui sont souvent niées par la culture et par sa propre rationalité.

 

L’argile a une force évolutive car elle nie la négation de soi-même. Elle démontre la transparence de l’identité, elle permet l’expression de soi. Quand l’individu s’exprime il se place dans le monde, disant son vrai nom.

C’est la libération alliée à la création. Quand l’individu commence ce processus de construction de lui-même dans le monde, il devient difficile d’arrêter. Il découvre sa force et perçoit que l’art est l’expression de son propre être – il se découvre créature et créateur (Cezar Wagner, Ana Luísa Menezes et Altamir Aguiar).

 

Danse et musique

Le mouvement est la propriété de base et la plus générale de la vie, avec la diversité et l’intégration. Quand nous bougeons, nous avons l’expression la plus vraie de la vie qui nous traverse sous forme de geste ou de danse.

La danse est le mouvement de l’être visible, esthétique et expressif, capable d’autonomie et de lien. Chaque geste, chaque expression révèle la vie se passant dans sa singularité. Ecouter et être écouté, étreindre et être étreint, caresser et être caressé, marcher, sauter, courir, se coucher sur le sol, se bouger puissamment et doucement, s’approcher et s’éloigner. Tous ces gestes viennent de très loin et il est nécessaire de les vivre.

 

Chaque geste est la vie émergeant d’un déploiement du mouvement général de l’Univers, de la danse, des énergies/particules, de la danse du pollen et des étoiles – danse de déterminations et d’indéterminations – danse d’harmonie générant le chaos et celui-ci, en tant que Père, fécondant la Mère qu’il a généré. Quand le mouvement cesse, la chaleur et la vie cessent, le froid et la rigidité apparaissent. La dépression, comme toute maladie, marche dans le sens de la dégradation de la vie et de l’être. Au contraire, quand nous bougeons spontanément, nous sentons notre abondance intérieure dans chaque geste – nous sentons la vie pleinement.

 

Bouger c’est peindre sur la toile de la réalité l’existence, bien avant de la connaître. Ces gestes en Biodanza sont pleins d’expression de lien et mobilisateurs au niveau vivenciel. Ils sont intégrés à la musique culturelle, principalement acoustique et à la musicalité de la nature.

 

Ces gestes existent dans le quotidien de toute personne ou de tout peuple, à n’importe quelle époque ou lieu. Ils révèlent la profonde intimité entre le sacré et le profane (Eliade). Ils ne dérivent pas d’une culture, mais surgissent dans cette culture comme une expression de profonds sentiments individuels et de l’espèce. Ils prennent souvent des formes culturelles, comme dans les rites, dans l’art, dans la religion, dans les coutumes, dans la technique et dans les simples actes d’une personne dans sa vie quotidienne.

Ils émergent à travers les cultures mais ne sont pas des productions culturelles, ils sont des manifestations de la sensibilité face à la vie sous des formes très variées, du mouvement au symbole, de l’action à la pensée. Ils révèlent les sentiments profonds de l’espèce humaine face à la vie.

 

Dans tout geste humain, dans toute culture, l’espèce se manifeste – source biologique du geste, structure structurante.

 

Pas tous les gestes créés dans la vie, sont tournés vers la vie. Beaucoup découlent de conceptions du monde venant d’une rigueur intellectuelle dépourvue de sa racine sensible et innocente, sans lien avec la vie elle-même, comme c’est le cas des gestes fascistes d’une personne, d’un groupe ou d’une société et ils peuvent aussi provenir d’un être en dégradation.

 

Le mouvement humain est intégré à la musicalité culturelle et à la musicalité de tout l’Univers. Le mouvement est danse et aussi musique (Fux).

 

La danse est l’expression la plus extrême de l’Eros Primordial, générateur de vie.

S’abandonner à une danse est un acte agréable et terrible de participation aux grandes énigmes de transformation cosmique ; c’est participer à l’essence de la création, en faisant surgir le mouvement d’un apprentissage millénaire de contact, de travail et de jeu.

 

La danse n’est pas seulement un acte téméraire de lien ontocosmologique, mais aussi la célébration de la communauté des hommes. Elle a une double origine, une origine sacrée et une profane, un élément d’éternité et un de fugacité.

Dans l’émouvante vivencia de la danse, toutes les frontières sont abattues. L’externe et l’interne, le spirituel et le corporel, le transcendant et l’immanent sont des aspects d’une seule et unique réalité. Ainsi, dans le mouvement inséparable des corps, se mélangent les énergies du corps avec celles qui arrivent du Cosmos, du vent et des étoiles.

De l’innocence, de la danse surgit la sensualité la plus enchanteresse, parce que les battements de la vie sont toujours une impulsion vers le contact. Les corps possédés par l’élan de la danse reproduisent les tempêtes de la mer et le tremblement des fleurs dans le vent (Toro).

 

La musique survit aux époques, accompagnant l’humanité dans son évolution. Dans sa forme initiale, avant l’humain, c’était la musique du Cosmos, son de la Nature ; peu à peu la musique s’est déployée en grognements, sons fragmentés, sons articulés, onomatopées, chant et ensuite en phonétique.

 

La voix humaine a surgi comme un son de la Nature et ensuite comme un son culturel, premièrement à partir d’un état émotionnel, d’un trouble ; ensuite comme un chant, un chœur, un mantra, un langage et une musique, amenant l’être humain chaque fois plus à l’intérieur de lui-même – l’Etre musical.

Se construisant dans la musicalité de l’Univers et dans le propre son de son espèce, l’être humain est rythme, lien avec la pulsation de la totalité, il est mélodie dans l’intimité de la relation avec l’autre, il est harmonie dans le silence et la quiétude de lui-même. Il se lie avec la totalité, avec l’espèce et avec lui-même au moyen des portées musicales. La musique a la propriété de toucher immédiatement et profondément l’être humain comme les autres animaux. Elle modifie tout le corps, des sensations les plus élémentaires aux structures émotionnelles chroniques résistantes à d’autres arts et techniques thérapeutiques.

 

Les études sur la musique et son influence sur les personnes montrent la capacité thérapeutique contenue dans les portées musicales. Nous pouvons affirmer que l’être humain a besoin de musique, comme de l’eau, de la nourriture, de la danse et de l’autre.

 

Danser…

C’est tisser la Vie

Trouver des couleurs sur la terre mouillée, dans l’eau de la pluie

Sur le sol matinal entre les nuages

Dans l’oiseau qui atterrit sur l’arbre

Proche de son nid.

 

Vivre…

Te rencontrer sous la pluie, sur le sol

Ces matins de printemps, dans la nuit au clair de lune

Dans les étoiles

Te voir regarder le monde

Dans l’infini mystère de l’union

Célébrer la vie avec des chants doux

Belle, vorace, voluptueuse

Poussant vigoureusement nos corps dénudés

Se défaire en fournaise

Incendiant l’instant

De te voir, de fondre les corps

Et renaître étreints, embrasés

 

Danser…

C’est être à ton côté

Construisant la citoyenneté

Défendant la vie de l’oppression

C’est écouter attentivement venant de tes lèvres

Le chant de la justice et de la liberté

Souffrir pour toi et pour celui qu’on ne connaît pas

Lutter pour toi et pour celui qu’on ne connaît pas

Participer à la vie

 

Vivre…

Regarder la nuit noire

Et debout, le visage vers les étoiles

Etre voyage, devenir lumière

De loin, de partout

Homme-Etoile

Dormir dans la nuit

Silence du Sage

Quiétude du nouveau-né

Voyager dans des temps et des espaces dédoublés

De magie et d’histoires sans fin

Sans avoir de plaines et d’abîmes

Naviguer et être enfant

Marcher et voler par les montagnes avec toi

Et affronter tellement plus le lac sombre, la mer ténébreuse

De fantasmes, de terreur, de pouvoir

Et jouer avec innocence et art

 

Danser la Vie…

Se trouver germinant

Dans l’amour qui échoue et qui fleurit

Dans l’ami que je rencontre

Dans la ville que je construis avec toi

Dans les enfants qui  m’enseignent

Ce que je n’ai pas réussi à leur enseigner

Dans le passage des années

Dans le temps et le non-temps

Dans l’amour

 

(Cezar Wagner, For, 03/08/92)
 

Dramatisation

Vient du grec (drama = action). Moreno propose l’action comme base de l’existence.

Moreno n’a jamais travaillé dans cette attitude psychologique d’écouter pendant des heures interminables ses patients, dans plus passive qu’active. Il fut toujours acteur. Il n’a jamais admis qu’il était possible de réussir avec une conduite passive. Une telle façon de penser dénote une personnalité expansive, agile et fortement extravertie.

Anzieu, en se référant à Moreno, lui attribue le slogan que l’homme est dans ce qu’il fait, non dans ce qu’il cache. Il a une aversion pour le divan psychanalytique, où le patient reste immobile, statique. Il faut de l’espace pour le mouvement et l’action du patient. Il n’accepte pas la consultation médicale comme un confessionnal ; il faut la participation et l’interaction d’autres personnes. La théorie de Moreno est dialogique à la base. Jamais le Je ne pourra se trouver par lui-même, il pourra seulement se trouver à travers l’autre, le « tu » (Fonseca Filho).

 

Le jeu dramatique est un moyen de récupérer des vivencias gravées dans l’histoire individuelle et collective, de les ramener au présent comme vivencia du présent et non du passé, permettant au participant d’être en condition de protagoniste et spectateur, avec d’autres, de lui-même. Il crée une distanciation nécessaire à la manifestation de la conscience du vécu, où le matériel psychique accumulé par les répressions est transformé en instant vécu et élaboré comme une réalité présente.

 

L’utilisation de la dramatisation (comme technique de psychodrame ou comme théâtre populaire), demande une préparation du facilitateur pour travailler avec l’activité psychique révélée comme drame personnel et politique, individuel et collectif. Dans le milieu communautaire, on amène les participants à travailler avec leur histoire personnelle et communautaire construite dans la réalité dans laquelle ils vivent et où le drame de leur vie se déroule, toujours dans une perspective de construction de l’individu qui devient sujet de son monde en recherche d’un monde nouveau. La situation psychothérapeutique n’est pas stimulée mais, parfois, il faut travailler avec elle. Le sens de la dramatisation, en psychologie communautaire, est le jeu de la spontanéité, de la créativité et de la conscience (Moreno), dans un contexte dialogique, transformateur et libre, révélateur de l’oppression et de l’annulation (Boal) et, en même temps, impulsant la construction de l’identité et d’un monde nouveau de vie communautaire.

 

Les participants interprètent des rôles de leur quotidien, mettant en scène la façon de vivre du lieu, leurs problèmes et difficultés, leurs succès et leurs rencontres, leurs luttes, danses, fêtes, jeux et satyres, leurs recherches et leurs espoirs. Ils interprètent la vie de l’opprimé (Boal) et de sujets en construction – identité comme métamorphose (Ciampa).

 

Théâtre de rue (Junio Santos)

C’est l’origine la plus vraie et la plus populaire du théâtre qui exprime avec grâce et bio la dureté du quotidien de l’homme commun, reflétant et mettant en lumière les chemins pour dépasser les dérèglements sociopolitiques de la vie actuelle.

 

A l’origine, le théâtre de rue se confond avec la propre histoire de l’homme, ayant comme origine primitive les rituels tribaux, où l’homme arrivait à dramatiser les expériences quotidiennes de la chasse. D’autres sources du théâtre de rue peuvent être les dithyrambes grecs, le culte au dieu Dionysos et les spectacles religieux du Moyen-âge en Europe. A partir de ce moment et ensuite, avec la commedia dell’arte, le théâtre libre de rue et ses fameux comédiens amateurs, on commença à occuper les places et les foires des villes et les villages, amenant au peuple sa plus ancienne forme d’expression.

 

Le théâtre de rue travaille chez ses acteurs, outre le plaisir de faire du théâtre, la satisfaction politique d’en faire un instrument efficace de transformation du monde présent. Il est habituel que le théâtre de rue soit pratiqué par des jeunes, des enfants, des syndicalistes et des mouvements populaires sur tout le territoire national. Cependant, aujourd’hui, la pratique de ce type de théâtre est plus évidente dans le Nordeste du Brésil, spécialement dans les états de Sergipe, Rio Grande Do Norte, Ceará et Maranhão.
 

Au milieu des années 60, à Bahia, commença un fort mouvement appelé Théâtre Livre de Bahia, qui a influencé les artistes de Sergipe en favorisant la création du Groupe Imbuaça de Aracaju, le Mambembe entre autres.

 

Dans le Rio Grande do Norte est apparu, outre la grande compagnie Alegria Alegria, le plus grand mouvement indépendant du théâtre de rue en Amérique latine, le Escambo Teatral de Rua qui compte l’adhésion de 40 groupes du Rio Grande do Norte, du Ceará et du Maranhão, multipliant la volonté de jouer du théâtre entre acteurs et villes entières.

 

Outre ce mouvement fort et jeune, le théâtre de rue brésilien dispose d’une liste de groupes et de compagnies de très grande renommée nationale et internationale comme le Tá na Rua de Rio de Janeiro, le Galpão de Belo Horizonte, la Turma da Aldeia de Rio Grande do Sul, entre autres, qui jouissent d’une vaste expérience accumulée depuis de nombreuses années de lutte.

 

A Icapuí –Ceará, ville de 13.665 habitants, le théâtre a un rôle de très grande importance politico-pédagogique, quand il arrive à atteindre tous les niveaux et différentes tranches d’âge de la population, travaillant différents thèmes d’intérêt social et politique.

Le théâtre de rue se révèle pour l’histoire du peuple d’Icapuí comme une sonde qui perfore et pointe dans toutes les directions, traversant la conscience de l’homme de cette ville, dans le sens de construire une nouvelle mentalité, plus humaine et plus solidaire (Junio Santos et Ray Lima).

 

Conclusion

Créer signifie, entre autres choses, transformer, innover, grandir, changer à soi-même et au monde, avec le même geste, le même acte.

 

On parle par erreur d’adaptation, étant donné que se qui se passe de fait est un processus de transformation réciproque entre l’individu et la réalité objective, dans lequel le plus évident n’est pas une action, mais une interaction, même si elle se passe entre sujet et objet. Le monde devient subjectif et devient la réalité interne et particulière de l’être, alors que celui-ci s’objective dans le monde comme singularité, comme expressivité, comme art. D’un autre côté, l’objet transformé devient un symbole, gagne une signification, devient sensibilité, devient aussi art.

 

L’animal explorateur s’oriente par signaux, explore le milieu ambiant pour se protéger, habiter, se nourrir et procréer. En passant à la condition humaine, il devient curieux et passionné, manipule les objets et fait de l’art, désire connaître le monde et construire son propre chemin. Il exprime des réalités internes singulières sous la forme de geste, de symbole ou d’action. Il devient esprit enraciné en permanente recréation existentielle.

 

Le processus créative existe depuis l’Univers en évolution (nébuleuses galaxies, étoiles, planètes), passe par la division, la rénovation et l’intégration cellulaire et s’étend jusqu’à des formes plus sensibles et plus complexes de création humaine comme une sonate, une peinture ou même une connaissance ou une technologie.

Autopoïèse  particulière d’une autopoïèse Universelle.

 

De cette façon nous comprenons l’Art – Identité comme une approche pédagogique et thérapeutique qui prend comme point de départ l’art comme médiateur de la relation individu – individu – monde, comme facilitatrice de l’expression du potentiel de vie inhérent à tout être humain, lequel, par de nombreux chemins, désire s’exprimer, devenir une singularité amoureuse.

 

Haut de page

Article des mois de juillet-août 2012

www.biodanzaperu.org/

 

Biodanza, système thérapeutique par Segundo Villanueva Silva

 

La Biodanza surgit dans un contexte historique à l’essor du dit Mouvement du Potentiel Humain, ou Troisième Force, avec des figures notables comme Jacob Levi Moreno, Fritz Pearls, Carl Rogers, A. Maslow, Victor Frankl, qui ont des visions différentes de celle du conductisme et de la psychanalyse.

 

Ces conceptions sont très liées au modèle théorique et méthodologique de la Biodanza, laquelle surgit comme une partie de ce vaste mouvement qui a traversé la psychologie, la psychiatrie et la médecine.

 

Ces points de vue partagent une utopie : l’idée que nous sommes en présence d’une crise de la société, de la culture, que l’être humain vit dans un état de douleur et de souffrance et qu’il est possible de mieux vivre.

 

Ceci implique la croyance que les êtres humains ont une réserve et un potentiel de santé, qui est présent et inexploré en nous, et que nous avons la sagesse nécessaire pour atteindre cet état de bien-être intégral. Toute personne a en elle la capacité d’activer ce potentiel humain et de débloquer les apprentissages négatifs, les interférences, produits des conditionnements culturels destructeurs ; nous comptons donc sur la tendance à la réalisation de soi et la sagesse organique qui sont propres à la psychologie humaniste. Rolando Toro se réfère à ces aspects quand il parle de potentiels génétiques qui peuvent s’exprimer s’il y a des écofacteurs culturels qui le permettent.

 

La thérapie est ainsi vue comme un processus pour enlever les effets négatifs de l’apprentissage ou pour dissoudre des mécanismes de défenses qui dysfonctionnent. Et Rolando Toro affirme alors que la Biodanza est un système pour réapprendre les fonctions originaires de vie qui seraient brouillés. Il y a une similitude à comprendre la thérapie comme un désapprentissage et un déconditionnement.

 

Ceci implique une vision positive de la nature humaine et des instincts, alors que la vision dominante affirme que la raison ne nous rend pas humains dans la mesure où elle a réprimé les instincts, les émotions et la corporalité ; c’est une culture répressive, dissociative. Le mouvement humaniste affirme la valeur biologique et adaptative des instincts et des émotions. L’intelligence est plus que l’intellect, est plus que la capacité de raisonner. Rolando Toro se réfère à cela avec le besoin de nous reconnecter à la sagesse instinctive et avec le réapprentissage affectif.

 

Il partage aussi la conception qu’il existe un ordre dans le cosmos, que nous faisons partie de l’univers vivant mais que nous nous sommes éloignés de lui et de ses lois. La santé et la sagesse, de ce point de vue, consiste à recommencer à entendre, à se reconnecter avec cette sagesse et avec cette intelligence cosmique qui, en Biodanza, sont définies comme Inconscient Vital et Principe Biocentrique.

 

Dans ce nouveau millénaire, la thérapie commence à sortir du cadre traditionnel. La thérapie cesse d’être uniquement vue comme une relation individuelle entre un professionnel scientifique et un patient, basée surtout sur un échange verbal et orientée vers la guérison de symptômes. La thérapie commence à être vue comme un processus qui a de plus grandes applications et tend à contribuer au développement personnel et même à l’expansion de conscience.

 

La relation entre le thérapeute et le patient se transforme en une relation personnalisée, où le non verbal et le corps ont une valeur fondamentale et où le climat d’acception et l’expression émotionnelle authentique sont fondamentaux. La thérapie s’ouvre à d’autres formes d’intervention. Ce sont ces années-là que commencent les thérapies de groupe, les groupes de rencontre, les stages, le travail avec le corps, le travail thérapeutique avec la musique, avec la danse, avec le massage. C’est dans ce contexte qu’est née la Biodanza de Rolando Toro et elle partage de nombreux points communs avec d’autres thérapies.

 

Dans cette multiplicité de thérapies humanistes, l’apport original et innovateur de la Biodanza est sa méthode de travail, c’est-à-dire une forme d’action thérapeutique basée sur l’induction de vivencias. La Biodanza et sa méthode dépendent de toute une technologie / art d’induction de vivencias par la musique, les mouvements pleins de sens, les rencontres, le contact, la caresse et les états de conscience.

 

Elle dépend de sa propre signature puisque en Clinique on ne travaille pas avec une révision de l’histoire de vie, ni avec la réélaboration d’expériences négatives du passé pour produire des changements. Elle ne se centre pas sur la douleur ou le dysfonctionnement, mais le changement thérapeutique se produit par la capacité qu’ont les vivencias à activer les ressources endormies et bloquées des personnes. Elle travaille à partir de l’activation et de la potentialisation de la santé et c’est pour cela que, en plus d’être un système thérapeutique en soi, elle peut être un bon complément de la thérapie conventionnelle.

 

Mécanismes d’action

La neurobiologie a expliqué les effets de la Foi comme quelque chose d’extérieur, qui génère des transformations à l’intérieur, dans le domaine de la relation être humain – environnement.

 

A partir de 1950, on a commencé à démontrer que certaines caractéristiques psychologiques des personnes, comme certaines façons d’affronter le monde, rendaient les personnes plus ou moins vulnérables à certaines maladies. On a trouvé des corrélations entre la personnalité et la maladie comme par exemple des profils psychologiques qui favorisent ou non le cancer.

 

On a ensuite étudié les mécanismes par lesquels ceci se passait, dans les systèmes nerveux, endocrinien et immunitaire bien qu’on ne connaissait pas la relation entre eux.

 

Dans les années 90, on a découvert grâce à des travaux de recherche, la relation entre les systèmes nerveux, endocrinien et immunitaire par les neurotransmetteurs, les neurohormones et les récepteurs communs aux trois systèmes. A été mis en évidence un mécanisme avec un substrat biologique dont la fonction est une relation systémique avec le milieu ambiant.

 

Dans les années deux mille surgit la bioinformatique, la génomique psychosociale et les médecines alternatives. Ainsi, par exemple, Rossi démontre qu’il y a un changement d’expression génétique face aux stimulations du milieu ambiant, comme pourraient l’être les thérapies traditionnelles, ou par des milieux enrichis, une exposition à la nouveauté, des mouvements, une connexion et même un apprentissage artistique, humain, rituel et culturel.

 

Il y aurait aussi neurogenèse, c’est-à-dire production de neurones directement associés à la pratique de la danse, de la lecture de poésie,  de mouvement et même des changements dans l’expression génique et c’est pour cela que l’on parle de bioinformatique. Ces changements dans certains gènes se manifestent dans la synthèse de différentes protéines et par conséquent de différents phénotypes.

 

L’ADN est un matériel génétique traduit en vie par l’ARN à 10% à peine, dont 90% est dégradé et des 10% restant, seulement 3% à 5% est un ARN messager qui se traduit en protéine qui est le phénotype que nous pouvons voir.

 

Nous avons ainsi une séquence qui relie l’information génétique à la structure du corps, à sa fonction, à sa physiologie et à l’expérience. Pour Rossi, dans une synapse stimulée de façon répétitive, il y a une création de nouveaux neurones qui permettent l’enrichissement des connexions neuronales.

 

Le système nerveux fonctionne en réseaux neuronaux, réseaux synaptiques, où un neurone établit simultanément de nouvelles connexions avec 10.000 autres neurones, favorisant le flux de neurotransmetteurs, rendant possible l’évolution de créatures qui enrichissent leur langage existentiel et leur relation individu – environnement. Cela veut dire que chaque nouveau lien synaptique promeut l’amélioration du système.

 

Avec des expériences avec des rats dans des environnements enrichis, il y a eu une augmentation des neurones de l’hippocampe (où la neurogenèse se passe) et on a découvert que les neurones ne se génèrent pas uniquement après la naissance mais également chez l’adulte. Ceci a permis de parler de plasticité neuronale face à l’environnement et surtout l’environnement social humain comme facteur important pour la neurogenèse.

 

La session de Biodanza est un environnement enrichi où il y a mouvement, interaction sociale, stimulations musicales, groupes humains, contact et caresses en tant que facteurs principaux qui mettent en route tout un mécanisme d’optimisation du fonctionnement du potentiel génétique, de l’expression génétique différentielle et donc des changements phénotypiques.

 

Les croyances, entre autres, que le cerveau grandit jusqu’à 20 ans ou que les gènes nous déterminent ont été amplement réfutées par la recherche actuelle. Nous savons aujourd’hui qu’il y a une neurogenèse dans le cerveau des adultes, que le cerveau évolue avec plasticité et nos thérapies sont des espaces enrichis qui peuvent induire une neurogenèse, induire l’expression des neurotransmetteurs et modifier les connexions neuronales existantes.

 

Les hormones sexuelles sphéroïdales, d’autre part, dépendent d’un mécanisme qui change totalement l’expression génique puisque l’ADN a des récepteurs pour elles, modifiant le message de l’ARN et générant un changement dans la manifestation génétique. Ces hormones sont présentes dans les exercices de la ligne de la sexualité et de l’affectivité en Biodanza.

 

Il y a des arguments qui confirment la plasticité post-synaptique, le neurogenèse, etc. dans les lignes de vivencias avec lesquelles travaille la Biodanza. La ligne de l’affectivité influe sur tout notre être dans le monde et sur notre mémoire par un réseau de neurotransmetteurs. Dans les lignes de transcendance, sexualité et créativité, par contre, il y a une déflagration surtout de dopamine, dans la transcendance de sérotonine et dans la vitalité il y a un flux entre adrénaline et GABA.

 

Les conditions générées dans les vivencias de Biodanza donnent lieu à une neurogenèse, une expression génétique différentielle, une rénovation synaptique, des changements dans la concentration des neurotransmetteurs, des hormones et des récepteurs, et à de nouvelles connexions du système nerveux.

 

Maladie psychosomatique

A la suite de Rolando Toro nous disons : les différents troubles et maladies psychosomatiques (asthme, arthrite, cancer, maux de tête, hypertension artérielle, troubles auto-immuns et autres) s’installent face à la perte de régulation neuroendocrinienne et neurovégétative, comme la chute des défenses immunitaires, favorisée par des troubles de l’identité et de sa structure.

 

Les facteurs qui amoindrissent l’identité et favorisent le déclenchement de la maladie psychosomatique sont les désordres émotionnels (niveaux de répression et de dépendance, hostilité et autodestruction, compétitivité et culpabilité, baisse de l’estime de soi et frustration sexuelle), styles de vie toxiques et stress chronique.

 

Les systèmes de croyances, relationnels, émotionnels, neurologiques, endocriniens et immunitaires fonctionnent en parfaite cohérence : celle-ci est aussi écologique car l’environnement influe également sur les réponses physiologiques.

 

Les êtres vivants dépendent des systèmes de régulation des organes qui assurent le fonctionnement de l’organisme comme unité autorégulée. N’importe quelle maladie provient d’un trouble de la totalité de l’organisme et de l’être.

 

Le stress est une réaction d’adaptation non spécifique de l’organisme (syndrome général d’adaptation) face à des facteurs stressants externes ou internes : ces surcharges nocives sont à caractère physique, chimique ou psychique.

 

Nos styles de vie et la manière d’affronter nos conflits, génèrent souvent des façons de tomber malade d’où le nom de maladies psychosomatiques et aussi « maladies de la civilisation », puisque le processus de civilisation avance en parallèle avec l’annihilation de la vie.

 

Le système immunitaire protège l’organisme de substances étrangères à son identité générale, fonctionne en coordination avec le système nerveux et sa réponse peut être altérée par les stimulations émotionnelles. Dans le cancer, par exemple, les états dépressifs, les pertes affectives et les altérations de l’identité influent sur l’activité immunitaire.

 

Notre organisme demande de manière continue le développement de son potentiel génétique, lequel est souvent inhibé, bloqué ou réprimé. La sagesse cellulaire vitale nous donne toutes les possibilités et nous donne aussi des limites. Cette intelligence cellulaire émerge de façon naturelle si le groupe dans lequel elle se développe est permissif et protecteur.

 

La Biodanza propose de renforcer l’identité par l’exercice du potentiel humain, l’intégration des systèmes organiques (système nerveux, endocrinien et immunitaire), l’harmonisation de l’affectivité, l’action d’élargir la conscience et la promotion de changements dans le style de vie par des vivencias intégrantes. De là viennent ses effets guérisseurs et de réhabilitation dans différents cadres cliniques.

 

Le mouvement vivenciel régule la production d’hormones, de médiateurs et de neurotransmetteurs, générant une nouvelle activité organique autorégulée. L’organisme se réorganise par la stimulation du système adaptatif limbique hypothalamique grâce à de nouvelles vivencias intégrantes.

 

Les réponses affectives – douces et adaptatives – ont un effet anxiolytique, réduisant l’anxiété, le stress émotionnel et existentiel, promouvant l’action psycho-neuro-immunitaire et créant de nouvelles motivations pour vivre.

 

Effets thérapeutiques de la Biodanza

En Suisse et en Italie on a expérimenté la Biodanza avec des malades de Parkinson dans des hôpitaux à la charge d’une équipe technique et on a observé que beaucoup de symptômes diminuaient ou disparaissaient, comme le tremblement, permettant une réhabilitation existentielle des patients dont le profil était l’insécurité, la dévalorisation personnelle et la rupture des relations quotidiennes et familiales. Avec la Biodanza, ils récupérèrent la force de leur identité, même quand il y avait encore un peu de tremblement, ils surmontèrent la difficulté à commencer la marche et même leur difficulté à marcher, ils grandirent en joie et en sécurité envers eux-mêmes.

 

Le facteur émotionnel est en lien avec la motricité qui permet que le système nerveux cherche des voies alternatives face à celles qui sont annulées.

 

A Come, en Italie, la Biodanza a été expérimentée avec des handicapés moteurs. Les tétraplégiques arrivèrent à bouger la tête, à regarder, à chanter, à converser, à étreindre et à recevoir des bisous, toute une transformation de leur vécu. La relation affective change leur vie, alors qu’ils ne recevaient de contact et de caresses que deux fois par an, dans la session de Biodanza ils en recevaient et en donnaient une vingtaine ou une trentaine, toute une concentration affective, une densité amoureuse qui enrichissait leur existence affective, sociale et existentielle. Dans certains cas, on obtint la récupération complète de la motricité.

 

Avec des patients psychiatriques, la Biodanza a été expérimentée dans différents hôpitaux et différents pays comme le Brésil (Rio de Janeiro, Fortaleza), au Chili (Hôpital psychiatrique de Santiago), en Argentine (Buenos Aires) et en Europe, rendant possible d’observer leur capacité d’intériorisation, leur sensation de joie, d’affect et de bonheur ; une récupération de l’identité, une diminution des délires et des hallucinations, une augmentation de la connexion avec leurs compagnons, une augmentation du sens de la réalité.

 

La Biodanza a introduit l’affect dans la thérapie et la valeur de l’amour en tant que facteur hautement thérapeutique.

 

Psychothérapie et Biodanza

La Biodanza remplit une fonction dans un schéma psychothérapeutique, avec des apports, des stratégies de changement et de réorganisation.

 

La physique du 20ème siècle a fait des découvertes qui a frappé toute la science. De nouveaux liens sont apparus, plus globaux au niveau physique, chimique, organique, mental et existentiel. La science a découvert qu’il y avait de nouveaux ordres qu’il faillait explorer, des strates collectives pliées derrière le fonctionnement individuel.

 

Les ordres reliés ont démontré leur présence dans des phénomènes très variés comme les particules, les cellules, dans la moisissure, chez les insectes collectifs, les être humains, etc., tant dans la vie organique qu’inorganique. Les nouveaux modèles scientifiques soutiennent que ce type d’ordres traverse l’univers dans toutes les directions.

 

Dans la vie de l’enfant, le cerveau commence à s’ordonner par réflexe avec le cerveau de ceux qui s’occupent de lui. Ce phénomène est le réflexe empathique synchronique, dans lequel l’enfant ordonne, par miroir expérientiel avec ceux qui l’entourent, l’organisation globale de son mental. Ceci est plus connu sous le nom d’empathie, qui se définit comme la capacité de résonance synchronique qu’a l’être humain devant les émotions de l’autre, qui lui permet d’expérimenter l’émotion de l’autre et qui lui permet ainsi d’organiser son expérience émotionnelle par réflexe. Ordonner transitoirement l’expérience émotionnelle, en synchronie avec les autres, est ce qu’on a appelé le réflexe empathique.

 

L’expérience de résonance émotionnelle que nous avons en commun avec les autres, facilite l’émergence d’ordres collectifs reliés, c’est-à-dire d’ordres qui transcendent l’organisme individuel et qui opèrent à travers le lien interpersonnel comme une forme d’influence… Le réflexe synchronique est un phénomène qui traverse tous les phénomènes, indépendamment de son niveau de complexité.

 

Le lien affectif développé avec les personnes qui prennent soin de nous permet l’émergence de phénomènes de synchronisation avec l’autre dans l’expérience immédiate. Ces ordres précoces ont certaines frontières, des modèles tacites et abstraits qui influeront la personne dans sa façon d’expérimenter et de comprendre le monde de l’interaction avec les autres et avec les choses. Pour que ces organisations globales précoces puissent se réordonner, il faudra que le patient établisse des liens et des expériences de grande signification, qui pourront faciliter l’émergence d’un nouvel ordre (holographique) et la libération des frontières précoces.

 

Pour obtenir l’émergence du changement en psychothérapie, de l’expansion vers la libération des frontières de l’expérience émotionnelle, il faudra agir sur un lien qui permettra un degré élevé d’ouverture émotionnelle de la part du patient. Par un lien reconstructeur, le patient pourra se libérer des frontières qui le maintiennent attaché et empêchent son développement et, pour le dire autrement, l’enferment.

 

Si nous offrons un lien avec certaines caractéristiques, il sera plus facile pour le patient d’entrer dans cet état d’ouverture, et c’est seulement si cela se passe que nous pourrons participer au processus du patient. Par le lien, nous avons la possibilité de vivre le réflexe empathique synchronique, la base de la construction des liens réels, de cette manière nous obtenons un élément central pour produire cet état d’ouverture qui facilitera l’émergence du changement du patient, une expérience qui abat les frontières précoces qui empêchent de suivre le chemin du développement vers une plus grande libération de sa conscience expérientielle.

 

Le lien, s’exerçant par le réflexe synchronique, constituerait une forme basique de collectivisation humaine. L’expérience du lien partagé, entendu comme un espace commun de résonance expérientielle, faciliterait le cours et l’émergence de phénomènes de collectivisation, comme l’amour. Le lien nous apparaît comme une qualité émergente et facilitatrice du processus de réorganisation et de changement personnel, comme toute une construction de styles reliés guérisseurs qui enlèvent les phénomènes reliés empêchant l’émergence de nouvelles organisations holographiques.

 

L’émergence du changement, de l’expression et de la libération d’une expérience émotionnelle est facilitée par le lien d’affection réel ; la relation accueillante et chaude, l’authenticité expérimentée par le patient et le thérapeute, l’horizontalité de la relation, l’acceptation affective inconditionnelle, le degré d’évolution de la conscience du thérapeute et du patient, le partage d’expériences réelles avec le patient, son accompagnement dans un processus de changement plus qu’une lutte pour le sortir de la maladie, le respect de l’individualité des processus, l’humilité du thérapeute devant la vie et les expériences de l’autre.

 

Des phénomènes comme la causalité holographique montrent que nous faisons partie du flux, des champs de fréquences distribués, des vibrations dans un univers vibratoire, des résonances, des synchronisations dans un univers interagissant et relié sous sa forme d’ondes. Nous nous ordonnons par synchronie avec les autres, avec la nature, avec le tout vibratoire, avec les fréquences musicales, avec la danse et le mouvement et avec la dimension expérientielle dans toutes ses dimensions.

 

L’étude évolutive de la conscience humaine commence dès le développement intra-utérin et tout son processus. A chaque étape, le développement pourrait stagner, surenchérir ou s’arrêter dans son expansion compréhensive. Chaque fois qu’il y a des fixations dans les étapes de cette évolution, le mental commence à tomber malade, il est bloqué dans les frontières qui ne permettent pas à la conscience qui s’est arrêtée dans son expansion, retenue dans une forme de suivre son cours, empêchée de voir plus loin. Ken Wilber s’est spécialisé dans ce modèle de Conscience.

 

Wilber, 1994, dans Marcheti et Suarez soutient que l’émergence de la sensation de l’identité chez l’être humain passe par trois grands états globaux : l’émergence d’un self physique (de 0 à 1 ans), l’émergence d’un self émotionnel (de 1 à 3 ans) et l’émergence d’un self mental (de 3 à 6 ans). A chacune de ces étapes, la personne doit apprendre à distinguer le self de l’entourage, des autres et des autres structures présentes dans son propre psychisme. Dans le cas où cette différenciation échoue, l’individu restera bloqué à cet état et cette fixation amènera une perturbation psychologique correspondante. Pendant les trois premières années de vie, il y a trois moments critiques qui peuvent occasionner un niveau particulier de pathologie : psychose, borderline et névrose.

 

L’évolution de la conscience linéaire au travers de neuf niveaux, trois dans le domaine pré-personnel, trois dans le personnel et trois dans le transpersonnel. Dans chacun des degrés de cette ascension, le self accède à une vision ou une perspective différente de la réalité, ayant une sensation d’identité, une forme de structuration psychique, un certain type de liberté expérientielle et de la conduite, un système défensif différent, une façon de « métaboliser » l’expérience et un ensemble de besoins différents.

 

Le type de lien est une porte ouverte à l’émergence d’une réorganisation de la conscience du self, à l’émergence du changement et à une plus grande libération. Le patient doit être accompagné et secondé tout au long de sa réorganisation. Seul un lien puissant permettra au patient de devenir perméable à la conscience de l’autre et ouvert à la résonance expérientielle et la réorganisation en synchronie à de nouveaux ordres expérientiels. Par le lien et l’exploration expérientielle du monde, le patient arrivera plus facilement à traverser la fixation où son identité est bloquée. Le patient doit s’exposer au travers de l’expérience à de nouvelles résonances qui facilitent sa réorganisation.

 

Les différents points de vue thérapeutiques ont au moins un facteur commun : la reconnaissance implicite ou explicite de la nécessité d’approcher le plus possible le patient de l’expérience émotionnelle. Les interventions mobilisant l’activation émotionnelle augmentent la probabilité d’awarness de la part du patient. Des techniques aussi spécialisées que l’exposition in vivo des approches basées sur la conduite, aux techniques plus holistiques des thérapies corporelles ou basées sur l’expérience, toutes mobilisent émotionnellement le patient de façon à ouvrir des espaces de consciences que les interventions rationnelles logico-verbales n’arrivent pas.

 

La Biodanza est une stratégie holistique qui propose un chemin concret, ordonné et structuré de développement de l’identité par le travail corporel, différents états et niveaux de fonctionnement émotionnel et de conscience.

 

La forme avec laquelle est menée la thérapie est non traditionnelle, elle combine l’individuel, le groupal et l’expérientiel. La réalisation d’une session hebdomadaire, orientée vers l’évaluation, l’élaboration et la restructuration des contenus qui dysfonctionnent, est basée sur un lien entre le patient et le thérapeute.

 

La réalisation d’activités groupales où le thérapeute participe activement, soit en dirigeant l’activité, soit en participant en tant que membre en plus du groupe, sont surtout de type corporel où l’élaboration verbale des expériences dans l’espace groupal n’est pas mise en avant. La rencontre du patient et du psychothérapeute dans cet espace plutôt horizontal est un niveau de contact qui semble garantir le lien et renforcer le degré d’adhésion et d’ouverture de la part du patient.

 

L’introduction de la Biodanza en tant que stratégie expérientielle est due au fait qu’elle est un système de croissance et d’harmonisation utile pour n’importe quelle personne et qu’elle promeut une expérience d’élargissement de la conscience expérientielle.

 

Les apports les plus significatifs de la Biodanza au processus psychothérapeutique sont :

 

·         Augmentation de la conscience expérientielle que nous sommes plus que notre mental pensant. Par le corps, nous nous connectons avec des dimensions plus subtiles de notre expérience

·         Aide à prendre conscience de la relation entre les différents états corporels et l’expérience émotionnelle

·         Permet la prise de conscience qu’il y a dans notre corps des mémoires, des états, des postures, etc. qui sont liés à nos difficultés émotionnelles et relationnelles.

·         Permet la prise de conscience des zones « contracturées » ou des  noyaux conflictuels dans notre corps

·         Aide à se connecter et à prendre conscience des émotions primaires et authentiques

·         Augmente la conscience que dans notre régulation corporelle il y a une « sagesse instinctive » qui permet le « développer une plus grande confiance dans les émotions en tant que guides pour l’action ».

·         Aide à développer un rôle de témoin de l’expérience ce qui rend plus facile le fait de ne pas s’identifier à notre mental rationnel.

·         Permet d’expérimenter que dans la relation avec le corps il y a une « porte » d’entrée vers un équilibre, une harmonie et une tranquillité que nous n’obtenons pas si nous restons seulement dans le mental. Il peut donc être une puissante « porte d’entrée » à une attitude méditative.

·         La forme en groupe dans lequel s’activent et s’expriment des états émotionnels offre un contexte puissant d’expérience interpersonnelle vivencielle, où nous pouvons nous observer dans nos difficultés et aussi dans nos habiletés interpersonnelles

·         Offre une rétro-alimentation sur le contrôle, la conduite et l’ouverture ou la contracture, l’intégration ou la dissociation des différents états émotionnels. Elle nous éclaire sur le fait de fluer librement ou ne pas fluer, sur les différents états instinctivo-affectivo-émotionnels dans le contact interpersonnel.

·         Du point de vue de la conscience, nous pourrions dire que la Biodanza est un outil puissant et complémentaire pour aider à transcender la fixation dans laquelle se trouve la personne.

 

La Biodanza est une intervention en processus qui conduit à un voyage vers l’émotion, vers l’expérience, vers la conscience là où elle est bloquée.

 

Le voyage se fait par le corps et la musique, par différents contenus émotionnels personnels ou archétypiques, qui vont nous montrer les points ou les nœuds où notre expérience émotionnelle a été bloquée. Il nous dévoile aussi la richesse endormie de notre expérience émotionnelle et les sources de plaisir et d’amour perdues de notre conscience.

 

La Biodanza nous montre la source inépuisable de richesse émotionnelle que représente notre corps dans ses dimensions les plus profondes et qui va bien au-delà de la satisfaction des besoins de base.

 

La Biodanza est un laboratoire poétique d’exploration de soi et de connaissance profonde de soi, dont les découvertes, pour celui qui pratique, élèvent significativement la motivation au changement des modèles qui dysfonctionnent et qui produisent une douleur physique ou psychique.

 

Elle nous semble être une méthodologie qui, par sa conception holistique de fonctionnement humain et sa puissance thérapeutique, devrait être incorporée dans de nombreux programmes de traitement de pathologies, tant physiques que psychiques.

 

Haut de page

Article du mois de septembre 2012

 

Une nouvelle humanité par Rolando Toro Araneda

 

Je rêve d’une humanité qui s’étreint, qui s’embrasse avec joie de vivre, où la solitude n’existe pas en tant que sentiment, où chacun reconnaît la sacralité de l’autre.

 

Un monde où pouvoir se connecter à travers le regard, l’étreinte et le mouvement naturel ; déjà que le corps parle de manière plus éloquente que les mots.

 

Et je sais que cela est possible, il est juste nécessaire que ce ne soit pas le rêve d’une seule personne mais une vision de beaucoup.

 

La pensée humaine concernant le lien a évolué de manière notable, nous assistons à une disposition toujours plus grande à ouvrir notre cœur ; personne ne désire rester sans amour, sans expansion de conscience et sans une place à occuper dans l’univers.

 

Nous sommes partie d’une force génératrice de la nature, du cosmos et désirons faire place à la tendresse, au respect et à la beauté de l’autre. Et lorsque nous parlons de l’autre, nous ne nous référons pas à une perception de sa forme mais bien à celle de son âme, en nous connectant de cœur à cœur.

 

Nous sommes des êtres relationnels. Il a été nécessaire que nous comprenions que nous ne sommes rien sans l’autre ; l’homme ne peut se concevoir sans expérimenter les relations les plus diverses avec les autres. Et la qualité de ces relations est la qualité de notre vie.

 

Il n’existe aucune possibilité de croissance de manière solitaire. La psychiatrie est un échec quand elle abandonne l’amour et laisse les fous livrés au traitement pharmacologique. La psychothérapie est en train de changer, allant de l’autoritarisme unidirectionnel du discours pour aborder un lien de cœur à cœur avec le patient, entrant dans un dialogue plus complet et imprégné par la vivencia.

 

Aujourd’hui, nous savons que l’unique chose qui résolve un conflit est la vivencia qui intègre l’homme dans sa totalité. Il n’y a pas de changement sans conscience, et il n’y a pas non plus de changement réel sans vivencia, sans passer par l’expérience.

 

Nous sommes en train de sortir de la floraison de l’individualisme anarchique pour évoluer vers une nouvelle forme de lien où disparaît le « je suis moi, tu es toi » pour laisser la place à « chacun de nous est partie de l’autre et tous deux sommes partie du tout ». De cette manière, nous recevons l’autre au travers de la vivencia complète, à partir de ses cellules jusqu’à ses émotions, ses attitudes corporelles et pas seulement à travers le mental.

 

Abandonner cet individualisme scandaleux, qui génère tellement de solitude, de frustration, de concurrence, de grandes réussites extérieures, nous permet de nous rappeler que les seuls bénéfices réels de l’existence ne sont pas les gloires académiques ou économiques, mais l’amour ; ceux que nous avons aimés et ceux qui nous ont offert leur amour.

 

Comprendre et célébrer l’autre doit être une initiative de chacun. L’empathie n’est pas seulement un dialogue sans discrimination mais implique de se mettre à la place de l’autre. Ceci va nous permettre de comprendre vraiment la souffrance et la tendresse des autres.

 

Je désire vous transmettre une pensée qui est un ressenti qui accompagne ma vision de la vie et de la Biodanza, qui pour moi sont une même chose :

 

La force qui nous dirige est la même que celle qui incendie le soleil,

Qui anime les mers et fait fleurir les cerisiers.

La force qui nous meut est la même que celle qui agite les semences,

Avec son message immémorial de vie.

La danse génère le destin

Selon les mêmes lois qui relient la fleur et la brise.

Sous le tournesol d’harmonie, nous sommes tous un.

 

Haut de page

Article du mois d'octobre 2012

 

Biodanza et gestation: une proposition intégrante de la vie par Luz Miriam Arteaga Alzate

 

Introduction

La  gestation est, pour la mère, une période de grands changements anatomiques, physiologiques et psychologiques qui génère en plus des altérations dans la relation de couple, chez le futur père et dans le milieu familial immédiat.

Bien que l’histoire du nouvel être commence quand on commence à penser à la possibilité de son arrivée, quand on se l’imagine, quand on le nomme, son existence réelle ne devient concrète que quand l’ovule est fécondé par le spermatozoïde. L’enfant commence à être une réalité corporelle dans un autre corps, le corps de la mère qui l’hébergera pendant neuf mois.

Etant donné les implications qu’apporte la période de gestation et la transcendance qui existe dans la vie de chacun des parents et du bébé, concevoir un enfant est un acte immense de responsabilité et de révérence à la vie manifestée chez le nouvel être. C’est pourquoi il est nécessaire de connaître, de faire attention et de prendre soin de cette période.

Dans la première partie de cet article est ébauché de manière générale le processus de la gestation, en montrant tous les aspects biologiques et psychologiques impliqués. Il y est aussi question de la construction du lien d’attachement entre l’unité mère – enfant et le futur père.

Dans un deuxième temps, seront présentés les aspects théoriques sur lesquels se fonde le Système Biodanza.

Ensuite, les deux thèmes centraux de cet article : Biodanza et Gestation seront mis en lien et intégrés. Les mécanismes d’action dits alternatifs de la Biodanza pendant la période de gestation humaine seront présentés.

Pour finir, nous présenterons certaines conclusions et recommandation sur la pratique de la Biodanza pendant la gestation ainsi qu’une expérience vécue par une jeune mère pratiquant la Biodanza avant et pendant son étape de gestation.

 

Gestation : vie avant la naissance

« Les bébés sont compétents bien avant de naître. Ils sont équipés d’une organisation neuropsychologique qui les rend aptes, avant toute expérience, avant tout apprentissage, à percevoir, traiter et structurer les informations venues de leur environnement » (Boris Cyrulnik)

La gestation humaine est un processus qui dure normalement neuf mois. Biologiquement, elle commence avec la fécondation de l’ovule par le spermatozoïde et culmine avec la naissance du bébé. Proportionnellement, dans la période prénatale, la croissance est plus importante que dans n’importe quelle autre étape de la vie. L’enfant commence sa formation en tant que cellule germinale microscopique et atteint à la naissance un poids approximatif de 3.200g et une longueur de 45 cm. Pendant ce temps se développent également toutes les caractéristiques physiques humaines. Le corps de la mère est un espace idéal où les conditions sont généralement données pour répondre aux besoins vitaux de l’être en formation.

Le processus de gestation se divise en trois phases, chacune avec des caractéristiques particulières qui les différencient entre elles :

  1. La phase germinale ou la période de l’ovule. Elle va de la conception à la fin de la seconde semaine de vie intra-utérine. Elle se caractérise par des divisions cellulaires de l’œuf fécondé et son implantation dans l’utérus.  

  2. La phase embryonnaire. Elle va de la fin de la deuxième semaine à la huitième ou la neuvième semaine. Dans cette phase, commencent la formation et le développement de tous les organes, tant internes qu’externes. Se forment également le placenta, le cordon ombilical et le liquide amniotique qui est le milieu dans lequel se développe le bébé et par lequel il communique avec sa mère.

  3. La phase du fœtus. Elle va de la fin du deuxième mois jusqu’à la naissance du bébé.

La croissance et le développement de l’être humain à cette étape s’accélère ce qui permet la maturation et le fonctionnement de la majorité des organes. Le bébé entre en grande activité étant donné le développement de son système nerveux. ; les mouvements réflexes apparaissent et certaines fonctions qui préparent la naissance et l’adaptation à la vie extra-utérine.  L’enfant est biologiquement développé à la fin du septième mois de gestation.

Pendant la gestation il y a des altérations tant biologiques que psychologiques qui concernent l’unité mère – enfant et affectent également la relation de couple, avec le père et avec le milieu familier proche. La mère expérimente également des changements corporels significatifs                          

Dans le premier trimestre de gestation, la mère peut se sentir mal à cause des changements hormonaux qui altèrent le fonctionnement normal de l’organisme.

Généralement, cela se présente sous forme d’anxiété à s’adapter et à accepter le nouvel état. Les malaises courants sont : maux de cœur, nausées, vomissements et sommeil excessif.

Pendant le deuxième trimestre, les malaises initiaux diminuent ; les changements physiques commencent par contre à être évidents et apparaît alors la peur de ne pas être sexuellement attractive pour son conjoint et de ne pas correspondre aux paramètres esthétiques établis socialement.

Dans le dernier trimestre, la mère expérimente une grande anxiété et une crainte pour l’accouchement ou pour une quelconque malformation de son bébé. Le malaise physique réapparaît à cause du poids et peuvent se présenter sous forme de crampes, de constipation, de fatigue et d’autres symptômes propres à la gestation dans cette étape finale. L’accompagnement de la future mère à l’accouchement par son conjoint ou le cercle familial et social proche est très important.

La gestation remplit également une fonction très spéciale dans l’établissement de liens et de styles de relations qui se construisent même avant la conception mais qui se consolident réellement à cette étape et qui influent sur le développement du bébé en formation et sur la façon d’établir des relations dans le futur.

 

Construction du lien d’attachement pendant la gestation

« L’apparition du sentiment de personne se construit lentement : le bébé est imaginé avant d’être perçu, parlé avant d’être entendu (B. Cyrulnik).

Parallèlement aux aspects biologiques, l’histoire du bébé humain est traversée par des expériences de lien et d’attachement indispensables pour le développement adéquat et la croissance. Idéalement, on s’attend à ce que ces expériences de lien soient soutenues par l’amour réaliste et respectueux des futurs parents.

Lien avec la Mère

L’état de santé et de nutrition de la mère sont des conditions de base pour que le bébé arrive à se développer biologiquement et croître selon les paramètres périnataux établis ; il existe pourtant d’autres aspects aussi importants qui influent directement sur le bien-être et qui correspondent plus au monde émotionnel. Il est démontré que toutes les sensations et émotions de la mère sont perçues directement par l’enfant pendant la vie intra-utérine, étant donné la relation d’intimité qui s’établit entre les deux.

Actuellement, grâce aux avancées scientifiques et aux observations directes pendant la gestation, il est possible de connaître de façon directe le processus de développement du bébé dans l’utérus maternel. Boris Cyrulnik, dans ses recherches sur l’étape prénatale, affirme que, même dans la phase embryonnaire, les informations perçues par l’embryon font partie de son développement ce qui l’amène à faire l’hypothèse que l’histoire du bébé commence bien avant sa naissance.

La première approche évidente des parents pour leur bébé se fait par les bruits cardiaques autour de la troisième semaine, ce qui peut être défini comme le début de la formation du lien affectif.  Pouvoir l’écouter, leur permet de considérer l’enfant en formation comme un être différencié de la mère, avec une identité propre.

Le lien initial de l’unité mère – enfant se fait, dans un premier temps, par les voies entéroceptives et ensuite par les canaux extéroceptifs – constitués par les cinq sens – au fur et à mesure qu’ils se développent. Par ces canaux, s’ouvre pour le père la possibilité d’entrer en lien avec son bébé, par l’interaction permanente avec la mère ou directement quand il se met en contact par le toucher ou le langage avec le ventre maternel.

L’approche ou le lien par les sens est privilégié ou fur et à mesure que ceux-ci se développent. Le premier sens est le toucher par lequel le bébé en formation perçoit des messages quand l’utérus se contracte en raison de situations que la mère expérimente. Ces contractions sont généralement ressenties dans le dos de l’enfant à cause de sa position fœtale et sont vécue comme un massage postural, ce mouvement étant la première communication sensorielle établie.

 

Se développent ensuite l’odorat et le goût. Certaines recherches réalisées en France ont permis de démontrer que les bébés reconnaissent les odeurs et les saveurs qui traversent le placenta. On sait, de plus, que le bébé avale régulièrement le liquide amniotique.

 

L’audition commence à la 27ème semaine. Le bébé perçoit les bruits placentaires et internes de la mère et les traduit en sonorités. Pourtant, devant le chant ou la voix de la mère, le bébé réagit en fermant les yeux, en suçant le cordon ombilical ou le pouce, en changeant de posture et avec une accélération du rythme cardiaque.

Une réponse différente est celle du sursaut, occasionnée par un bruit extérieur fort. Il existe donc une communication intra-utérine avec la mère grâce à la parole. Le milieu placentaire est liquide, l’eau étant un excellent conducteur des sons.

La communication visuelle s’établit par des variations lumineuses représentées par des couleurs obscures et rouges. Fonctionnellement, la vision est incomplète à l’heure de la naissance et les heures qui suivent. Il faut quelques semaines après l’accouchement pour que ces structures atteignent leur maturité.

La vie intra-utérine fournit des conditions uniques au bébé en lien avec la relation mère – enfant qui influent directement sur sa formation. Ceci voudrait dire que les tensions maternelles augmentent le rythme cardiaque et l’activité de l’enfant en formation. Si elles se prolongent, cela génère de l’anxiété et elles affectent autant le développement prénatal que postnatal. Il a été démontré que les angoisses de la mère ont une incidence sur l’alimentation et le sommeil de l’enfant ; au contraire, si les vivencias que la mère donne à son enfant pendant la vie intra-utérine sont harmonieuses et tranquilles, celles-ci favoriseront ceux-là.

 

Lien avec le père

« La mère interprète l’homme signifiant pour elle, et sa traduction sensorielle modifie l’écologie du bébé dans son ventre » (Cyrulnik).

Le rôle du père n’a culturellement pas pris en considération la présence de l’homme dans le processus de gestation comme étant  une expérience hautement significative et nécessaire pour l’unité mère – enfant et, bien que les dernières décades ont proposé des changements qui invitent les hommes à être plus présents et actifs dans tout le processus lié à la conception, la gestation, l’enfance et l’éducation des enfants, la réalité sociale montre que les modèles antérieurs perdurent.

Selon Boris Cyrulnik, celle qui introduit le père comme tel dans la vie de l’enfant c’est la mère. Elle est celle qui lui donne le nom et la signification de père face à l’enfant. L’homme désigné par elle devient l’homme d’attachement qui n’est pas nécessairement le père biologique. Il remplit une fonction affective dans la vie de l’unité mère – enfant. S’il existe un lien entre eux, la mère réagit émotionnellement à ses contacts, son cœur s’accélère et son utérus se contracte ; cette émotion se traduit en réactions que le bébé en formation expérimente aussi. Si cet homme est indifférent à la mère, il l’est aussi pour le bébé, si elle est agressée, l’enfant l’est aussi. « L’homme d’attachement peut constituer un événement signifiant pour la mère qui va le traduire en informations biologiques pour le bébé. » (Cyrulnik).

Le tact et l’audition sont les canaux de communication sensoriels directs que le bébé et le père établissent pendant la vie intra-utérine. Le bébé en formation reconnaît aussi et réagit devant la voix du père, bien que selon le ton il peut la confondre facilement avec les bruits placentaires.

Quand le père caresse le ventre de la mère et que ce contact s’accompagne de mots, le bébé commence aussi à réagir au niveau postural, générant des réponses d’attachement à ce stimulus qui après l’accouchement seront reconnues de façon sensorielle par l’enfant et significatives pour les deux.

La façon dont la mère et le père se lient avec le bébé pendant la gestation et après l’accouchement dépend de leur histoire de vie et des relations familiales établies par chacun d’eux dans l’enfance.

Pour l’homme, le nouvel état de sa compagne génère des tensions, souvent inconscientes, liées à ses expériences infantiles comme enfant qui s’actualisent à cette période. Il se trouve face à de grandes interrogations et des comportements qui, dans la majorité des cas, n’ont pas de réponses mentales car se sont des expériences qui font partie du monde des sensations inscrites dans le corps dès l’étape gestationnelle et des comportements liés au genre, fixés culturellement.

 

La proposition de la Biodanza

Définition

« La Biodanza est un système d’intégration humaine, de rénovation organique, de rééducation affective et de réapprentissage des fonctions originaires de vie » (Toro)

Intégration humaine se réfère au besoin primordial de l’être humain d’établir la connexion avec la vie qui permet de s’intégrer à soi-même, aux semblables et à l’univers.

-          L’intégration avec soi-même consiste à récupérer l’unité psychophysique et spirituelle

-          L’intégration aux semblables consiste à restaurer le lien avec l’espèce comme totalité biologique. C’est une vision écologique.

-          L’intégration avec l’univers consiste à récupérer le lien qui unit l’homme avec la nature et de se reconnaître comme partie d’une totalité plus grande.

 

Rénovation organique est l’action sur l’autorégulation. L’organisme déclenche des réactions d’adaptation à des situations biologiques très variées avec pour but de conserver son équilibre fonctionnel. La rénovation organique en Biodanza s’atteint par des exercices qui induisent des états de transe et de régression intégrante, activant des processus de réparation cellulaire et de régulation globale des fonctions biologiques, diminuant les facteurs de désorganisation et de stress.

Rééducation affective fait référence au rétablissement de l’unité entre la perception, la motricité et les fonctions viscérales. Le noyau intégrateur de ces aspects est l’affectivité qui influe sur les centres limbiques-hypothalamiques.

Le réapprentissage des fonctions originaires de la vie consiste en la sensibilisation des instincts de base qui sont l’expression de la programmation biologique. La fonction des instincts est de conserver la vie et de permettre sa continuité et son évolution. Les instincts représentent notre nature ; leur être sensible signifie rétablir la relation entre la nature et la culture.

 

Concepts fondamentaux de la Biodanza

La Biodanza est une proposition qui structure son modèle théorique en partant de l’aspect biologique. Nous expliquerons ci-dessous les éléments les plus essentiels.

Le Principe Biocentrique est le concept fondamental de la Biodanza au niveau philosophique et signifie La vie comme centre.

« Lorsque les cellules sexuelles se rencontrent pour inventer un enfant, elles sont vivantes. Seul l’individu qui résulte de cette rencontre va naître et mourir. Ses cellules sexuelles vont se poursuivre à travers d’autres. Les individus meurent. Pas la vie » (Cyrulnik).

Cette citation, en résonance avec le processus de gestation, permet de relier son contenu avec le principe biocentrique : tout ce qui existe est au service de la vie, en fonction d’elle, non le contraire. L’univers, dit Rolando Toro, s’organise en fonction de la vie et toutes ses manifestations sont aussi importantes que l’existence humaine. Ce principe s’oppose au principe anthropocentrique dans lequel  l’homme se place au centre de tout ce qui existe. Basé sur ce principe, l’auteur propose l’Education Biocentrique comme la future pédagogie à suivre pour rétablir l’ordre naturel de l’univers par la cohabitation humanisée. La culture est généralement en opposition avec le principe biocentrique, vu les comportements et les actions qu’elle privilégie comme la guerre et la destruction de la vie sur la planète.

Les Potentiels Génétiques sont l’ensemble des caractéristiques uniques que possède chaque individu et qui définissent son identité. Au moment de la fécondation se détermine l’identité biologique qui va se développer de manière individuelle à partir des cofacteurs et écofacteurs qui caractérisent chaque être humain et forment son ontogenèse. Sur ce sujet, Rolando Toro affirme :

Les cofacteurs peuvent être amenés par le milieu ou par l’organisme.

Parmi eux, nous pouvons mentionner les gènes.

Ceci explique comment l’environnement, avec toutes ses situations de hasard ou par l’intervention humaine, peut influencer sur les processus d’expression génétique.

Un type d’intervention encore jamais proposé auparavant est l’activation de l’expression génétique par la déflagration d’hormones et de neurotransmetteurs naturels, par la stimulation d’émotions spécifiques. Ces émotions spécifiques peuvent s’exprimer par des exercices de Biodanza qui demandent du courage, de l’érotisme, de la joie, etc.

Les Ecofacteurs sont des facteurs environnementaux qui interviennent sur les potentiels génétiques, permettant leur expression. Les écofacteurs peuvent être positifs ou négatifs selon qu’ils stimulent ou inhibent le développement des potentiels génétiques. Selon Rolando Toro, les écofacteurs les plus importants et significatifs sont les humains parce qu’ils ont des effets sur chaque potentiel et génèrent des réseaux de relations insoupçonnées qui forment l’écologie humaine.

Les fondements biologiques de la Biodanza demandent la révision des concepts théoriques sur le potentiel génétique humain qui permettent la compréhension des mécanismes d’action de cette proposition. Les recherches actuelles sur le code génétique montrent qu’il existe, dans la chaîne des gènes, non seulement des potentiels inexprimés, mais inconnus qui peuvent se manifester par de nouvelles propositions ou choix de rencontre humaine. Dans chaque session de Biodanza on crée des conditions pour que les écofacteurs humains s’optimisent par le contact, les caresses, la joie partagée, l’érotisme, entre autres, permettant l’expression des potentialités qui, bien qu’inscrites dans le code génétique, ne se sont pas manifestées.

Chaque session de Biodanza offre à ses participants une variété d’écofacteurs positifs qui permettent l’expression des potentiels génétiques, générant santé et bien-être en agissant directement sur le SIALH (Système Intégrateur Limbique Hypothalamique).

Les potentiels génétiques ont un caractère phylogénétique bien que, comme dit précédemment, leur expression est ontogénétique. Ils sont biologiquement différenciés quand le bébé naît et s’exprime par des structures fonctionnelles, des instincts et des vivencias. Ils déterminent la structure organique et les comportements desquels dérivent des fonctions plus complexes. La Biodanza regroupe les potentiels génétiques en cinq lignes de vivencia qui non seulement reprennent la dimension biologique humaine, mais relient aussi tous les aspects émotionnels, existentiels, éthiques et esthétiques. Les lignes de vivencia sont Vitalité, Sexualité, Créativité, Affectivité et Transcendance.

Les Protovivencias sont des sensations organiques que le bébé expérimente pendant les premiers de sa vie en tant que réponses aux stimulations tant internes qu’externes. Elles sont liées à l’instinct et aux premières expériences d’amour et de contact.

En reprenant les informations décrites précédemment sur la gestation, on pourrait penser que les protovivencias commencent déjà avant la naissance. Selon Rolando Toro, leur origine remonte aux expériences intra-utérines définies par Carl Gustav Jung comme « expérience océanique ».

Chaque ligne de vivencia qui regroupe les potentiels génétiques a des protovivencias spécifiques, à savoir :

La Vitalité qui se développe à partir de la protovivencia de mouvement et qui inclut les fonctions d’activité et de repos

La Créativité qui se développe à partir des sensations de mal-être et de bien-être, des changements de position face à l’environnement, du langage, des réactions face à la nouveauté et de la curiosité.

La Sexualité, liée à la protovivencia de contact et aux premières sensations de plaisir produites par les caresses et par l’acte de téter.

L’Affectivité est liée  à la protovivencia de nutrition, la nécessité de contenant, la communication avec les personnes et le sourire.

La Transcendance est liée à la protovivencia de plénitude et d’harmonie avec l’environnement.

La Vivencia

« La théorie de la Biodanza redéfinit le concept de vivencia comme l’expérience vécue avec une grande intensité par un individu dans le moment présent, qui englobe la cénesthésie, les fonctions viscérales et émotionnelles. La vivencia confère à l’expérience subjective la qualité existentielle palpitante d’être vivant ‘ici et maintenant’ » (Toro).

Les vivencias sont intégrantes et se vivent par la musique, le chant, la danse et des situations de rencontre en groupe. La musique est un langage universel et sa fonction principale est de déclencher des émotions, elle agit comme médiateur entre elles et le mouvement corporel. L’organe pour écouter la musique, selon Rolando Toro, n’est pas l’oreille mais le corps. La danse est conçue comme un mouvement organique et naturel inscrit dans tous les systèmes qui composent l’univers. Les animaux ont des danses de parade et toutes les cultures à travers l’histoire ont dansé. En Biodanza, les danses se transforment en rituels de rencontre, de célébration, de connexion avec l’être intérieur, avec les autres et avec le cosmos. Le groupe est un espace contenant qui facilite différentes formes de lien amoureux, permettant à chaque participant de se voir reflété dans l’autre. La Biodanza reprend les théories de Buber qui définit la possibilité de l’être à partir de la relation à l’autre. Le Je-Tu. La méthode est la vivencia, l’objectif fondamental est l’intégration des potentiels génétiques qui se regroupent en cinq lignes de vivencia :

Ligne de la Vitalité. Elle est en lien avec l’instinct de conservation, l’élan vital et l’énergie pour l’action. Son développement stimule, par les danses, le système neurovégétatif, l’homéostasie, la défense immunitaire. Les exercices de cette ligne mobilisent « l’inconscient vital » en agissant sur le fond endothymique et l’humeur endogène.

Ligne de Sexualité. Stimule les sensations liées à l’érotisme, la sensualité, la capacité de plaisir, l’identité sexuelle et la fonction de l’orgasme.

Ligne de Créativité. Les danses sont dirigées sur la stimulation de la curiosité, la capacité d’exploration et d’innovation et la créativité existentielle et artistique

Ligne d’Affectivité. Elle se développe par des danses de solidarité et d’affect, des cérémonies de rencontre et des rituels de lien. Elles permettent la rééducation affective et l’accès à l’amitié et à l’amour.

Ligne de la Transcendance. Elle se stimule par des danses dans la nature, des cérémonies des éléments (terre, air, feu, eau) qui éveillent le comportement écologique et la conscience cosmique.

Les lignes de vivencia se combinent créant des effets propres à chacune d’elles. L’induction périodique des différents types de vivencia réorganise les réponses face à la vie. Elle agit en régulant la région limbique-hypothalamique, centre des émotions.

On dit que les vivencias sont intégrantes car elles permettent de relier les différentes dimensions de l’être humain en partant de ses potentiels génétiques regroupés dans les lignes de vivencia décrites précédemment.

L’Inconscient Vital. Ce concept proposé par Rolando Toro fait référence au fait que : « il existe une forme de psychisme des organes, tissus et cellules qui obéissent à un sens global d’autoconservation. Il donne origine aux phénomènes de solidarité cellulaire, à la création de tissus, à la défense immunologique et, en somme, à l’arrivée pleine de succès du système vivant. Ce ‘psychisme’ coordonne les fonctions de régulation organique et d’homéostasie, il a une grande autonomie face à la conscience et au comportement humain. (…) L’inconscient vital s’exprime par l’humeur endogène, le bien-être cénesthésique et l’état global de santé. »

L’inconscient vital est en lien avec l’inconscient personnel formulé par Freud et l’inconscient collectif formulé par Jung.

La Biodanza agit directement sur l’inconscient vital par des danses d’intégration, la vivencia étant la voie directe vers celui-ci.

L’Intégration. En Biodanza, on dit que l’intégration est la façon dont les potentiels génétiques s’organisent en systèmes adaptatifs plus complexes, parvenant à s’exprimer par un réseau d’interactions qui potentialisent l’identité. Elle consiste en l’interaction réciproque, dynamique et créative des lignes de vivencia.

 

Mécanismes d’action de la Biodanza pendant la gestation

Des interrogations sur des expériences inexplicables par la raison trouvent des réponses dans les vivencias de Biodanza. Celles-ci permettent  aux participants d’évoquer et d’intégrer leurs sensations et leurs émotions de l’enfance et même quelques unes de la période de gestation.

Dans les premières semaines de vie s’établissent les composantes génétiques ; à elles s’ajoutent les expériences intra-utérines que la mère et le père transmettent au bébé en formation et que l’on peut atteindre et transformer par la pratique de la Biodanza, modifiant certaines réactions organiques et comportements tant dans l’unité mère – enfant que chez le père.

La Biodanza affirme que les pères sont la matrice écologique des enfants, sa pratique convertie en style de vie remplit un rôle important dans l’évolution de l’être humain car  il récupère l’importance de l’instinct et établit une communication avec tous les processus vitaux dirigés vers la conscience.

Du point de vue  du principe biocentrique, la proposition de la Biodanza est pro-vie dans n’importe quelle de ses manifestations. Cette affirmation est intimement liée à l’étape de gestation humaine et à toutes les formes de vie existantes, comme la pollinisation d’une fleur, la reproduction des fourmis, la naissance d’un bébé hippopotame ou d’un bébé humain. Des processus de reparentalisation et de transculturation fondamentaux dans ce principe se transforment en nouveautés alternatives pour humaniser la cohabitation entre les hommes et pour protéger et améliorer la vie sur la planète. Peut-il y avoir un temps plus propice pour ces expériences que l’étape de gestation ?

Si une grande partie des études sur l’importance du contact et des caresses sur le lien d’attachement ont été réalisées après la naissance, il y a actuellement des recherches sur l’effet de ceux-ci sur l’étape gestationnelle. Rappelons-nous que le processus de développement et de maturation des organes et des systèmes chez le bébé en formation se fait de façon plus intense s’il y a une stimulation. Ainsi, celle-ci semble promouvoir ces processus

 

Margareth Ribble, citée par Rolando Toro affirme que les bébés ont besoin de trois types de stimulation sensorielle : tactile qui se fait par le contact et les caresses ; cénesthésique qui se réfère au bercement et auditif avec la musique et le chant. Ces trois formes de stimulation ont lieu dans chaque session de Biodanza. Sa pratique régulière est une source d’écofacteurs positifs qui favorisent des modifications de l’être total de chacun des parents et donc de l’enfant. Les vivencias des parents, leurs émotions et leurs sentiments promeuvent les protovivencias du bébé.

Les vivencias de Biodanza promeuvent l’interconnexion entre les système nerveux central, immunitaire et endocrinien lesquels sont hautement renforcés par la pratique grâce à la stimulation des neurotransmetteurs et des processus hormonaux qui peuvent aussi induire des changements génétiques chez le bébé en formation par leurs influences sur le fond endothymique.

La méthodologie en Biodanza  consiste, par des vivencia intégrantes et le développement de consignes positives, à inviter au bien-être. Le groupe, comme espace contenant amoureux et sûr induit les participants à courir de petits risques qui, dans ce milieu confiant, permettent de faire affleurer les potentiels génétiques qui ont été inhibés. Ces deux éléments constitutifs de la Biodanza se transforment en écofacteurs positifs qui se traduisent par des états de plénitude, de santé et de bonheur, tant pour les parents que pour le bébé.

En Biodanza, on respecte le rythme de chaque personne. On ne juge pas, on n’interprète pas, on ne conseille pas. On ne stimule pas les émotions de peur, de douleur ou de rage bien que, si elles apparaissent pendant la session, on accompagne la personne dans leur expression et leur vivencia. C’est un processus progressif qui prend soin, où les participants sont invités à travailler sur leurs aspects sains en les intégrant et les potentialisant.

Le modèle théorique de la Biodanza propose des mouvements qui fluctuent entre expériences de l’identité et processus de régression à des états primordiaux qui ont, entre autres objectifs, la reparentalisation. Ces expériences permettent aux futurs parents de comprendre des situations personnelles dans leur famille d’origine. De plus, elles amènent à des comportements plus respectueux et amoureux envers leurs enfants dans leur rôle de père et de mère.

La Biodanza est une proposition pédagogique avec des effets thérapeutiques qui cherche à introduire dans la culture des modèles plus sains de vie, en accord avec ses principes et l’Education Biocentrique formulée par ce système.

 

Conclusions et recommandations

Concevoir un enfant est idéalement une décision de couple. La puériculture préconceptionnelle propose de planifier le ou les enfants en ayant comme objectif très important de le considérer dans le projet de vie personnel, de couple et de la famille (Posada, Gomez et Ramirez).

La décision du couple d’être parents les implique avant, pendant et après le processus de gestation.

Cette décision a de grandes répercussions sur la vie des personnes impliquées, influençant aussi l’accompagnement futur que les parents offriront à leur enfant, lequel doit partir des besoins réels de celui-ci, selon le moment historique qui lui correspond pour vivre.

Le fondement philosophique, théorique et méthodologique que permet la Biodanza offre aux parents la possibilité de démystifier l’enfant comme étant un produit pour modeler, une forme pour atteindre, à travers lui, les fantasmes personnels non réalisés.

Monica et Andres sont un couple de futurs parents. C’est surtout elle qui a pratiqué la Biodanza avant et pendant sa grossesse et voici, ci-dessous, les expressions de son expérience qui seront la conclusion et les recommandations de cet article :

-          Acceptation et respect pour ses sensations et émotions pendant la grossesse, en privilégiant son bien-être face à des situations externes

-          Amélioration de sa capacité à mettre des limites, sujet lié au renforcement de l’identité

-          Compréhension de situations familiales de sa vie infantile, liées à la mère

-          Souvenirs et expériences de l’enfance déjà oubliées qui se présenteront de façon spontanée après quelques sessions de Biodanza

-          Plus grande résistance physique, autorégulation et amélioration de sa capacité à bouger

-          Etat général de bien-être, joie et tranquillité

-          Sommeil réparateur et dépassement des périodes dépressives

-          Plus grande empathie et connexion avec la mère et le père. Sentiments non expérimentés avant de gratitude et de respect envers eux

-          Capacité à visualiser un accouchement tranquille et heureux avec moins d’anxiété

-          Amélioration de la communication et de la relation de couple

-          Plus grande conscience de l’importance de son rôle de mère et de la construction avec son couple du projet commun d’être parents

-          Reconnaissance de la part des collègues de travail d’une « grossesse voulue et heureuse »

-          Attitude de révérence et de gratitude face à la vie.

 

Glossaire

Entéroceptives : aires perceptuelles placées dans ou sous la peau, qui transportent les stimulations venant de l’organisme. Ces aires sont : kinesthésique, cénesthésiques, thermiques, de douleur et d’équilibre.

Fond endothymique : Philippe Lersch le définit comme des « sentiments corporels de faim, soif, satiété, bien-être ou mal-être physique, plaisir, fatigue, douleur, etc., comme des états d’esprit : joie, tristesse, jovialité et comme des états émotionnels d’irritation, de colère, d’angoisse, d’extase. C’est différent que la dimension noétique et volontaire. Bien que ces sentiments vitaux ne sont pas complètement isolés de la vie psychique, le principe d’unité de la vie les maintient intégrés aux fonctions intentionnelles, volontaires et conscientes, formant ainsi la base sur laquelle s’organisent la perception et la pensée. » (Toro)

Humeur endogène : Sensations de bien-être ou de mal-être qui s’instaure dans le corps et qui sont antérieures aux processus de la pensée. Elles sont liées aux aspects génétiques qui influent sur les situations vécues à répétition dans l’étape de gestation et les premières années de vie.

Ontogénie : Expression individuelle et subjective de la phylogenèse. Manifestation particulière des aspects évolutifs généraux liés aux modèles de développement et de croissance qui peuvent être modifiés par des conditions spécifiques.

SIALH : Système Intégratif, Adaptatif, Limbique Hypothalamique. Siège des instincts, sensations et émotions sur lequel agit directement la Biodanza

Reparentalisation : Processus par lequel le participant de Biodanza amène dans le présent et à partir de sensations et des émotions, des expériences de l’enfance. La fonction de reparentalisaton est de resignifier ces expériences.

Transe : Le terme « transe » dérive du latin transire qui signifie transit, passage  d’un état de conscience à un autre. D’un état de vigilance normal à un état de régression. En Biodanza, la transe n’induit la dissociation d’aucun aspect de l’être humain. Elle est intégrante et remplit une fonction réparatrice car elle stimule la rénovation organique. Elle permet l’amplification de la conscience.

 

Références

Arboleda, R., Gallo, L. & Molina, N. (2005), Motricidad y gestación

Cyrulnik, B., Sous le signe du lien.

Posada, A., Gómez, J. & Ramírez, H. (2004). El niño sano

Toro, R. (1991). Teoría da Biodança. Coletánea de Textos. Volume II. ALAB.

Toro, R. Biodanza: Cours de formation, Modèle théorique et Inconscient Vital,  Internacional Biocentric Foundation.

Toro, R., Biodanza

 

Haut de page

Article du mois de novembre 2012

 

Le temps hors du temps par Jorge Terrén

www.betinayjorge.com.ar/

 

Un enfant demande : « Papa, qu’est-ce que le temps ? ». Le père ne veut pas répondre vite, ni dire qu’il ne sait pas, il cherche dans ses livres universitaires et trouve : « Nous définissons la seconde comme 9.192.631.770 cycles de la fréquence associée à la transition entre deux niveaux énergétiques de l’isotope césium 133 »

 

Dans un lieu plus oriental, un père hindou comprend l’unité de base du temps réel comme le « temps nécessaire pour cuire le riz ».

 

J’imagine la quantité de réponses différentes pour la même réponse, et l’expression sur le visage de ces enfants (et des grands), de perplexité, d’incompréhension et de doute.

 

Nous allons prendre en compte différentes définitions parce que celles-ci changent au fur et à mesure que la connaissance augmente. Avec Newton, le temps était absolu. Einstein l’a considéré relatif et aujourd’hui David Bohm, l’appelle insignifiant.

 

Supposons un moment qu’il n’y ait rien ici dehors pour étudier de façon objective, mais que les choses se passent à l’intérieur de nous et fluent de là en créant la description du monde que nous croyons d’une solidité qui ne peut être remise en question.

 

Cette description change avec l’âge (les enfants ne voient pas la même chose que nous), aussi avec l’éducation, l’état d’âme, la santé, etc.

 

Je veux dire que nous pouvons supposer que nous sommes participants à une certaine création du monde (dans laquelle nous sommes), n’oubliez pas qu’à partir de la physique quantique, l’observateur s’appelle PARTICIPANT.

 

Aujourd’hui, pour vivre en société, nous avons besoin de consensus et nous nous mettons d’accord pour mettre des noms à une description commune et à ce que nous appelons la REALITE. Aujourd’hui nous parlons de nouveaux paradigmes, de nouvelles manières de penser de vieux problèmes.

 

Selon Humberto Maturana, la vie est définie par son AUTOPOIESE, c’est-à-dire la capacité essentielle qu’a tout organisme vivant de se reproduire de façon permanente, c’est-à-dire de reproduire dynamiquement à la fois tous ses composants et les relations organisationnelles entre ces composants.

 

Le temps n’échappe pas à tous ces nouveaux concepts, pour Ilya Prigogine, « l’homme peut être temporel et éternel, il est temporel quand il tombe dans la durée, dans l’histoire, dans l’irréversibilité, dans le quotidien, dans la routine, la pesanteur, le profane. Il est éternel dans le sacré, le réversible, l’instant, le mystique ».

 

C’est ici qu’arrivent deux dieux qui illustrent bien ces deux temps si distincts :

Le dieu CHRONOS  qui représente un temps linéaire, horizontal, celui du passé, du présent et du futur, le temps de la montre. C’est le temps de la durée, mécanique, qui pourrait être représenté comme les rails d’un train qui va de gare en gare et finalement à la mort.

Le dieu KAIROS représente un temps sensible, qui ne passe pas, un temps vertical, de profondeur et de hauteur, le temps de l’éternité, le temps de l’instant.

 

La science du chaos s’approche de ce temps VIVENCIEL en représentant l’empreinte fractale du temps ainsi :

Chronos est un temps mesurable, quantifiable, c’est un temps externe qui est dehors, il est objectif, il a un devenir indépendant de nous. Il est une pure interprétation de l’homme pour expliquer comment les choses se passent.

Avec Kairos, les choses ne se passent pas. Elles SONT. C’est un temps existentiel, qualitatif, interne, subjectif, magique. L’instant ne peut s’interpréter, il se PERçOIT seulement, et cela demande la mort de l’interprète (ego).

 

Le passage d’un temps chronologique, profane à un temps éternel, sacré est la CEREMONIE. Mircea Eliade définit le RITE comme une abolition temporelle et pour V. Sánchez : « Le rite, la cérémonie, est le temps HORS DU TEMPS. C’est l’espace où les êtres humains seront transfigurés et auront à incarner les êtres magiques qui leur parlent de leurs chansons et de leurs légendes. C’est le temps magique dans lequel les êtres de pouvoir, de lumière, d’amour et de connaissance viennent sur Terre et se mélangent avec les hommes, ou dit d’une autre façon, le temps dans lequel les hommes deviennent les êtres magiques qu’ils rêvent d’être ».

 

Nous échappons de ce temps sensible par peur de la mort.

 

Comme elle est inexorable, nous tombons dans le faire pour que notre existence soit justifiée, plus nous faisons, plus nous croyons que nous vivons et le consensus général veut que cela soit ainsi.

 

Pourtant nous naissons et mourons à chaque instant. La sensation de mort est très forte dans le temps qui se mesure, dans la durée parce que nous ne connaissons personne qui a 180 ans. Pourtant quand nous entrons dans le temps sensible, éternel, la poésie apparaît et mon grand-père en a écrit une :

 

Sonnet pour le plus jeune petit-fils

«  Ne t’angoisse pas de savoir que tu devras me perdre

personne ne meurt complètement s’il a semé,

personne ne meurt complètement s’il est aimé.

Quand tu regarderas tes yeux tu pourras me voir,

parce que je me suis tant regardé dans tes yeux,

que je crois que je me suis versé dans tes yeux

Francisco Suaiter Martinez

 

Le temps de la durée est une anesthésie pour le sentir, le ronron de la vie quotidienne nous endort. C’est le temps du Faire qui selon L. Dossey nous conduit à la maladie de l’urgence (hypertension, maladies du cœur, stress, dépression immunitaire), parce que le temps nous épuise et nous amène tout de suite à la mort.

 

La perception du temps comme quelque chose qui ne passe pas amène la tranquillité, la sérénité, la paix. C’est la sensation d’être en lien avec tout ce qui existe, un sentiment de calme et d’abandon, le contraire de l’urgence.

 

Le temps a à voir avec la santé, avec la perception du monde qui n’arrive pas mais qui EST. L’homme qui a le plus vécu n’est pas celui qui est le plus âgé mais celui qui a le plus SENTI la vie.

 

Personne ne peut mesurer l’espace parcouru par un regard, ni le temps d’un orgasme. Notre mémoire efface des années et se souvient d’instants, elle efface d’énormes étendues et se souvient de détails, seulement parce que le filtre est l’intensité de la vivencia et non les magnitudes mesurables en soi.

 

Einstein a toujours parlé du temps comme d’une illusion, bien que selon lui assez tenace. La Fontaine disait que les illusions ne nous trompaient jamais bien qu’elles nous mentent toujours.

 

Le PARADOXE existe parce que, comme la droite est faite de points sans dimension, le temps de la durée est composé d’instants éternels. Souvenons-nous de Salvador Dali avec ses « montres molles » ou Vinicius de Moraes parlant de l’amour « qui est infini alors qu’il dure ».

 

Je crois qu’ils nous ont très bien raconté comment est le monde et comment se mesure le temps, que ce plan connu nous a attrapé et ne nous a pas laissé expérimenter nos propres sensations, croire en nous, accepter le défi d’apprendre de nous-mêmes.

 

Nous avons besoin d’incorporer KAIROS, d’abandonner la clarté excessive du connu et d’affronter le MYSTERE du présent.

 

La porte d’entrée à ce mystère est le rite, la cérémonie et, pour cela, il faut un changement d’attitude dans le quotidien. Si nous sommes présents et, comme disent les adolescents,  « nous émettons des ondes positives », ce moment est un espace rituel, quel qu’il soit, et cette attitude permet de changer le regard (conceptuel) pour une vision (vivencielle). Selon M. Proust : « Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux. »

 

Haut de page

Article du mois de décembre 2012

 

Les premiers pas par Rolando Toro Araneda

 

J’essaye de me souvenir des premiers moments de la Biodanza dans le passé, les anciens gestes, les rencontres entre amis dans la frénésie de la musique. Au début, la Biodanza apparut silencieusement dans ma vie. Elle a lentement pris de la force, a réveillé l’intérêt des personnes, a suscité des changements surprenant chez certains participants et a surtout créé un sentiment d’épiphanie et d’espoir dans la vie.

 

La Biodanza est née de mon expérience personnelle et je me suis tout de suite rendu compte qu’elle pouvait se fonder sur les sciences qui concernent la vie, en particulier la biologie. Il y eu beaucoup de forces qui se manifestèrent en moi pour m’amener finalement à imaginer cette conjugaison d’art, de science et d’amour. Elles s’agitaient dans mes expériences paradoxales, parfois merveilleuses et d’autres fois terrifiantes. La deuxième guerre mondiale a montré que l’homme peut atteindre des niveaux de perversité inconcevables, l’Holocauste de millions de personnes sous le régime nazi, les bombes atomiques de Hiroshima et Nagasaki étaient des événements qui révélèrent jusqu’à quel point pouvait arriver la dégradation du genre humain. La crise de la culture occidentale était évidente.

 

D’autre part, j’avais vécu des expériences d’amour et d’extase dans une dimension mystérieuse et merveilleuse du monde. J’avais eu des enfants, j’étais entré en contact avec les premiers groupes qui s’occupaient d’écologie. Devant l’abîme créé par les contradictions humaines, je sentais le désir d’accéder au paradis, un paradis qui serait partagé ; je ne pouvais concevoir une évolution solitaire. Je voulais rencontrer la Source de l’Amour Originel. Nous avons tous entendu parler pendant des siècles de “l’amour du prochain”, comme la vérité la plus pure du christianisme; je crois que l’amour doit aussi inclure la dimension corporelle, la dimension active, la caresse.

 

J’ai parfois senti dans mon corps les manifestations de l’extase, de l’érotisme, de la fraternité, de l’énergie créatrice et de l’élan vital. J’ai senti la possibilité du contact pur avec la réalité vivante, par le mouvement, les gestes et l’expression des sentiments. La musique était le langage universel, l’unique te nous pouvons tous comprendre dans la Tour de Babel du monde ; la danse était la forme idéale pour intégrer le corps et l’âme, et je pouvais communiquer à tous les participants le bonheur, la tendresse et la force. Et j’ai voulu partager tout cela avec le plus grand nombre de personnes.

 

Ce fut de cet ensemble d’expériences et de sensations que surgit le désir de former de petits groupes pour danser, chanter, se rencontrer avec la musique. La Biodanza s’est donnée ainsi et continue à être un mode de co-vivencia avec la beauté. L’unité affective se génère dans l’échange d’énergie intime avec les autres. Dans ce processus d’approche, le contact est essentiel.

 

Haut de page

  Accueil Article du mois Bibliographie