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Articles 2010

 

 

Tous les articles

janvier : Neurogenèse, plasticité neuronale, expression génique d'adultes dans un environnement enrichi  par Cecilia Toro
février : L'existence en tant qu'embryologie poétique par Rolando Toro Araneda
mars : Biodanza et action sociale: aspects de base par Myrthes Gonzalez
avril : Vision biocentrique: éduquer à la vie par Rolando Toro Araneda
mai : Redécouvrir le fait d'être vivant, un chemin vers la santé avec la Biodanza par Gabriele Freyhoff
juin : Biodanza et les "Universaux du cerveau" par Rolando Toro Araneda
juillet-août : Le principe biocentrique par Feliciano Flores
septembre : Le pouvoir du contact par Rolando Toro Araneda
octobre : L'effet thérapeutique de la Biodanza sur le stress psychologique par Geny Aparecida Cantos et Rodrigo Schütz
novembre : Dessin de l'apocalypse par Rolando Toro Araneda
décembre : Archétype et Biodanza: une possibilité alchimique par Katia Alves

 

Article du mois de janvier 2010
 

Neurogenèse, plasticité neuronale, expression génique d'adultes dans un environnement enrichi par Cecilia Toro

 

Dans les vingt dernières années, les neurosciences et la génétique ont fait des progrès de grande valeur heuristique pour l’éducation et la psychothérapie. Certains des résultats les plus éminents des neurosciences confirment la méthodologie de la Biodanza lorsque celle-ci se réfère au développement intégral de l’être humain, à la réhabilitation existentielle et à l’optimisation du style de vie.

 

Assistée par les Docteurs en Sciences, les universitaires en Biologie Cellulaire et Moléculaire de la Faculté de Médecine de l’Université du Chili, j’ai réuni certains concepts en neurosciences qui confirment le modèle théorique de la Biodanza :

 

Plasticité neuronale : c’est la capacité des neurones à changer les connexions de leurs dendrites et de leurs neurites en pouvant faire de nouvelles synapses, ce qui signifie enrichir l’activité neuronale en donnant de la plasticité à la fonction du cerveau.

 

La plasticité neuronale est un thème central en neurobiologie moderne, elle permet la rénovation permanente du système nerveux. Certaines fonctions motrices et comportementales qui ont été lésées par accident peuvent se réhabiliter par la formation de voies alternatives qui se substituent à celles qui ont été détruites.

 

La plasticité neuronale permet souvent la réhabilitation de patients âgés ayant soufferts d’accidents (Bennet, 1996).

 

Influence de l’environnement enrichi sur la neurogenèse : Hebb a été le premier à proposer le concept d’ « environnement enrichi » comme un concept expérimental.

 

En Biodanza, nous utilisons le concept d’ « écofacteurs positifs » comme catégories spécifiques pour enrichir l’environnement selon des aspects définis comme la vitalité et l’homéostasie, la sexualité et le plaisir, la créativité et l’innovation, l’affectivité et le lien amoureux, la transcendance et l’expansion de conscience.

 

Actuellement, de nombreuses études ont montré que la stimulation environnementale induit des réponses de plasticité dans le cerveau adulte, à partir de paramètres biochimiques, d’arborisation, de gliogenèse (développement des cellules gliales) de neurogenèse et d’apprentissage amélioré.

 

La définition standard d’ « environnement enrichi » est : « une combinaison de stimulation inanimée et sociale ». Cette définition implique que les facteurs isolés n’ont pas d’effet mais que c’est l’interaction qui est essentielle pour qu’il existe un environnement enrichi (von Praag et coll., 1996 ; Rosenzwerg et coll., 1996). C’est la raison pour laquelle nous utilisons en Biodanza des écofacteurs en parfaite interaction, lesquels se potentialisent et s’autorégulent entre eux.

 

Les avancées en neurosciences confirment les positions théoriques avancées par la psychologie du développement. Depuis de nombreuses années, les psychologues et les éducateurs insistent sur l’importance de l’expérience précoce dans l’optimisation du développement (Hunt, 1961).

 

En Biodanza, nous recommandons l’initiation de l’enfant dans un environnement enrichi dès l’état intra-utérin dans lequel la mère enceinte participe à des sessions modérées. Il y a sans doute neurogenèse (production de neurones) directement associée à la pratique de la danse, de la lecture de poésies, aux caresses et aux rencontres avec un groupe humain : l’écofacteur principal dans ce processus de plasticité neuronale est les personnes. La neurogenèse se produit particulièrement dans le girus dentelé de l’hippocampe.

 

Le facteur spécifique de croissance neuronale : les recherches de Rita Levi Montalcini, Prix Nobel de Médecine, ont eu leur apogée avec la découverte d’un facteur spécifique de croissance de certaines lignes de cellules nerveuses. Ceci signifie un changement par rapport à  la vision évolutive du cerveau qui le considérait comme une masse de cellules nerveuses, dont le nombre était déterminé chez chaque individu et qui pensait qu’il n’y avait pas de rénovation de cellules au cours de la vie.

 

Aujourd’hui on sait que, avec l’utilisation permanente du cerveau dans un milieu enrichi, le système nerveux se rénove. Cette nouvelle vision ouvre de grandes possibilités heuristiques dans la recherche du destin de l’homme et des systèmes d’optimisation existentielle.

 

Ecofacteurs et intégration psychologique : en Biodanza nous avons démontré que l’évolution mentale, affective et organique s’étend pendant toute la vie. L’optimisation existentielle se produit grâce aux écofacteurs qui stimulent les lignes de vivencias.

 

Cela fait plus de 20 ans que sont apparus des travaux scientifiques reconnus qui ont mis en lien le système nerveux, endocrinien et immunologique par les neurotransmetteurs, les neurohormones et les récepteurs communs aux trois systèmes. Ainsi on a réussi à établir et à comprendre le mécanisme biologique qui relie l’organisme comme un tout.

 

Génomique sociale : une autre ligne de recherche actuelle est l’exploration de comment se relient les expériences humaines avec l’expression génique. Cette vision a été proposée par Ernest Rossi (1993) qui a donné le nom de « génomique psychosociale » à cette discipline. La génétique classique de Mendel et son application à la génétique du comportement a montré comment les gènes modulent le comportement, les traits psychologiques et les expériences psychologiques. La proposition de la génomique sociale est l’opposé : Comment les expériences psychologiques modulent-elles l’expression génique ? Le comportement peut-il modifier les gènes ? L’apprentissage, comme les expériences de l’environnement, peuvent créer des changements dans les connexions neuronales. En ce sens, l’éducation et aussi la psychothérapie peuvent changer l’expression des gènes qui altèrent la distribution et la force de connexions synaptiques spécifiques. Ainsi, les gènes modifient le comportement et le comportement modifie les gènes. La psychothérapie peut induire des facteurs neurotropiques et induire les cellules critiques à innerver de nouveaux objectifs thérapeutiques et à modifier des émotions et des conduites.

 

Cette découverte explique la rapidité et l’efficacité des changements induits par la Biodanza dans l’expression génétique et dans la neurogenèse. L’expression des émotions en Biodanza est très intense. Les exercices induisent des émotions de joie, d’érotisme, de tendresse et d’état de régression par des danses intégrantes et de communion avec le groupe.

 

En 2002, Ernest Rossi (Docteur en Sciences, analyste jungien, auteur de nombreux livres et publications) a publié le livre : « The Psychobiology of the gene expression : Neuroscience and neuogenesis in Hipnosis and the healing arts ». C’était le premier livre qui intégrait les nouvelles recherches en neurosciences, il y explore la théorie, la recherche et la pratique de l’optimisation de l’expression génique et de la neurogenèse pour faciliter la croissance du cerveau et la guérison. Rossi (1996, 1999, 2000) développe une façon de voir la relation entre gènes et expérience humaine qui diffère notablement des disciplines académiques de la génétique du comportement, de la psychologie évolutive et de la sociobiologie. C’est la création d’une nouvelle discipline, la génomique psychosociale : comment les expériences subjectives de la conscience humaine, notre perception de libre arbitre, le comportement et la dynamique sociale peuvent moduler l’expression des gènes et vice versa. Ceci donne une orientation sur comment utiliser ces données pour créer une nouvelle vision du rôle essentiel de l’art, de la culture et des sciences humaines, et également de la psychothérapie et des arts de guérison pour faciliter la condition humaine.

 

Le concept de génomique psychosociale correspond aux voies de communication entre le mental et le corps et se dessine dans les sciences médicales émergentes de la psycho-immunologie, par exemple, dans les recherches sur les cellules troncales qui peuvent optimiser la santé et la récupération des maladies dérivées du stress. Une nouvelle vision de la façon d’utiliser notre conscience pour nous co-créer nous-mêmes. Un dialogue positif entre mental et matière et entre nature et existence.

 

L’évolution individuelle ne se base pas sur les rendements atteints dans notre culture, mais sur le développement et l’intégration des cinq canaux d’expression du potentiel génétique : vitalité, sexualité, créativité, affectivité et transcendance. Le processus d’intégration induit des états de plénitude. Ces états permettent à l’être humain de transcender sa propre programmation phylogénétique sans trahir les germes de la vie.

 

Eric Kandel, prix Nobel de Physiologie en 2000, a donné l’impulsion à un nouveau cadre théorique en Psychiatrie : « dans la mesure où la Psychothérapie est effective et provoque des changements de conduite à longue échéance, elle le fait probablement par l’apprentissage en produisant des changements dans l’expression génique qui modifient la force des connexions synaptiques et des changements structurels qui modifient les modèles anatomiques d’interconnexions entre les cellules nerveuses du cerveau. Alors que la résolution de l’imagerie du cerveau progresse, elle permettrait éventuellement une évaluation quantitative du résultat des psychothérapies. Les influences sociales seront biologiquement incorporées dans l’expression modifiée des gènes spécifiques dans des cellules nerveuses spécifiques, de régions spécifiques du cerveau. Ces modifications socialement influencées sont transmises culturellement. Elles ne sont pas incorporées dans l’ovule, ni dans le sperme, et ne sont donc pas transmises génétiquement ».

 

Le futur n’est pas complètement contenu dans le passé. Le potentiel génétique est une force active qui appartient au présent et a un don de « genèse actuelle » (Alfredo Awesperg, 1950).

 

Les expériences de la vie, les pensées, les émotions et le comportement peuvent moduler l’expression et la neurogenèse d’une façon telle qu’ils peuvent réellement changer la structure physique du cerveau (Kandel, 2001).

 

Les vivencias induites par la musique en Biodanza peuvent créer des « effets » semblables à ceux des neurotransmetteurs, comme de certaines hormones. Ceci signifie que certains exercices spécifiques de Biodanza induisent un « effet dopaminergique », un « effet endorphinique », un « effet GABA », etc.

 

Notre hypothèse est que de tels effets induits par les vivencias de Biodanza activeraient les circuits neurologiques et glandulaires dans lesquels se produisent respectivement leurs actions neurologiques, endocriniennes et immunologiques.

 

Expression génique différentielle et remodélisation génétique : l’environnement enrichi qu’offre la Biodanza est structuré avec des musiques et des exercices qui ont un effet transformateur très profond. Les écofacteurs que forment le set d’exercices éveillent des vivencias dont les effets modifient l’’expression génique dans le sens de l’intégration organique avec l’environnement. Les cinq lignes de vivencias ont un caractère universel et ne correspondent pas à des valeurs idéologiques déterminées.

 

Dans tous ces nouveaux travaux, on ne parle pas seulement de neurogenèse (formation de neurones), dans ce cas dans es environnement enrichis chez l’adulte, mais aussi d’expression génique différentielle, c’est-à-dire de changements de phénotypes, de changement de ce qui existe, de ce que l’ADN exprime. L’information qu’a l’ADN subit de nombreuses étapes de régulation avant d’arriver à la protéine, au phénotype.

 

Il y a des étapes de régulation de l’expression génique. Quand nous parlons d’expression génique différentielle, nous faisons référence au fait que l’ADN, par différentes étapes de régulation, génère l’ARN qui, à son tour, se traduit en une protéine déterminée. Et ainsi donc, dans un environnement enrichi, au lieu que ce soit la protéine A qui s’exprime, cela pourrait être la protéine B ou la protéine C. Il se déclenche ainsi certains processus qui amènent une direction vers une autre.

 

D’autre part, il y a aussi une plasticité post-synaptique comme réponse à des médicaments dans des cas de dépression, d’anxiété ou de stress, qui montre que, tant cliniquement que dans des techniques qui n’utilisent pas de médicaments, on peut induire une plasticité neuronale. Ce qui est important ici c’est que, l’être humain ayant un environnement enrichi (incluant littérature, musique, danse, mouvement,  interactions sociales), vit de changements dans son expression génique.

 

Intégration adaptative : c’est le processus dans lequel les potentiels génétiques hautement différenciés s’expriment et s’organisent en systèmes chaque fois plus complexes, créant un réseau d’interactions qui potentialisent l’identité.

 

La surproduction de synapses et la sélection peut progresser à des vitesses différentes dans différentes parties du cerveau. Dans le cortex visuel primaire, le plus grand accroissement de densité des synapses se passe relativement rapidement. Dans le cortex frontal moyen, une région qui est clairement associée aux fonctions cognitives supérieures, la production de synapses commence avant la naissance et la densité de synapses continue de façon croissante jusqu’à 5 ou 6 ans. Le processus de sélection continue encore pendant 4 à 5 ans et termine à l’adolescence.

 

Après que le cycle de surproduction et de sélection de synapses a suivi son cours, des changements additionnels dans le cerveau se passent. Ceux-ci semblent inclure tant la modification de synapses existantes que l’addition de nouvelles synapses dans le cerveau. Les recherches suggèrent que l’activité du système nerveux associée aux expériences d’apprentissage  est d’une certaine manière la cause de la création de nouvelles synapses dans les cellules nerveuses (Black et coll., 1990). En contraste avec le processus de surproduction et de sélection des synapses, l’addition et la modification des synapses se passent pendant toute la vie et sont provoqués par l’expérience.

 

Les modifications dans le cerveau qui se produisent pendant l’apprentissage semblent rendre les cellules nerveuses plus efficaces. Les animaux qui grandissent dans des environnements complexes ont un plus grand volume de capillaires et donc un plus grand apport de sang au cerveau que ceux qui ont grandi en cage. De cette façon, l’expérience augmente la qualité totale du fonctionnement du cerveau. Il y a aussi un plus grand nombre d’astrocytes par neurone chez les animaux qui ont grandi dans des environnements enrichis. Le poids et la grosseur du cortex cérébral varient quand on place des rats adultes dans des cages enrichies par la présence d’un ensemble d’objets pour jouer et explorer (qui varient), ainsi que d’autres rats pour permettre le jeu et l’exploration. Ces animaux résolvent également mieux une variété de problèmes que ceux maintenus dans des conditions standards de laboratoire. Les deux situations, la présence interactive d’un groupe social et le contact physique direct avec l’environnement sont des facteurs importants (Kempermann, 1997).

 

Les changements d’expression génique (de ce dont parle Rossi) sont fondamentaux pour affirmer qu’il n’y a pas de déterminisme génétique absolu. Ainsi, tous les environnements enrichis peuvent induire la neurogenèse, induire l’expression de neurotransmetteurs et modifier les connexions neuronales existantes.

 

Il y a un autre cas, celui d’un mécanisme hormonal qui change totalement l’expression génique, qui est le mécanisme avec lequel opèrent les hormones sexuelles. Selon le mécanisme décrit par les hormones sphéroïdes, il y a des récepteurs pour elles dans l’ADN qui, en interagissant avec l’hormone, modifient la transcription du message de l’ARN et génèrent ainsi un changement dans l’expression génique.

 

Si nous pensons que la ligne de sexualité en Biodanza déclenche chez les personnes un ensemble d’hormones en lien avec la sexualité et l’affectivité, nous voyons donc que, avec ces exercices, l’expression génique se modifie.

 

La caresse est un des instruments fondamentaux de la Biodanza car elle induit des changements fonctionnels dans les domaines organique et existentiel. La caresse éveille la source du désir et exprime l’identité. Les thérapies et la médecine ont généralement une haute technologie et une sémantique sophistiquée mais un manque total d’affect. Le développement de l’érotisme est essentiel dans le processus de changement. Les motivations existentielles s’enrichissent par la force de l’éros et le désir d’amour.

 

Dans la ligne de la sexualité, il y a des arguments qui avalisent la plasticité post-synaptique, la neurogenèse, etc., dans toutes les lignes travaillées en Biodanza. Dans la ligne de l’affectivité qui influe sur tout notre être dans le monde, qui influe sur la mémoire (car il est connu que sur la mémoire influe la signification affective des données). Dans la transcendance, dans la sexualité, dans la créativité, etc., il y a une décharge préférentielle de dopamine. Les niveaux des neurotransmetteurs se modifient avec les exercices, beaucoup de réseaux de synapses se reformulent, beaucoup de choses prennent une signification différente. Dans la transcendance, les niveaux de sérotonine (sûrement de façon préférentielle, car nous savons qu’il y a toujours un ensemble de neurotransmetteurs agissant sur les réseaux synaptiques et non un seul) qui sont modifiés génèrent, dans l’ensemble de conversation de ces réseaux neurologiques, à travers de productions différentes, et même à travers de nouveaux neurones,  une manière différente d’être dans le monde.

La ligne de vitalité mérite une note spéciale : dans tous ces modèles qui ont travaillé avec le mouvement, celui-ci est essentiel en lui-même. Maintenant, le mouvement potentialisé avec l’affectivité, avec la transcendance, la créativité, la sexualité, le jeu est fondamental. En ce moment, n’importe quelle activité des lignes de vivencia avec lesquelles la Biodanza travaille a un substrat scientifique absolument actuel qui justifie les effets que produit la Biodanza.

 

Les conditions des vivencias de Biodanza sont des conditions – ce que les études et les modèles de neurosciences ont démontré – dans lesquelles il y a neurogenèse, expression génique différentielle, remodélisation synaptique, changements dans la concentration de neurotransmetteurs, hormones et récepteurs.

 
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Article du mois de février 2010
 

L'existence en tant qu'embryologie poétique par Rolando Toro Araneda

 

« Nous arrivons trop tard pour les Dieux et trop tôt pour l’Etre. De l’Etre, l’homme est un poème inachevé » (Martin Heidegger).

 

Si l’homme est un animal poétique, un poème incomplet, chaque individu déploie au cours de son existence le poème de son identité. Peu d’entre nous sommes conscients du sens de la totalité et de la sémantique mystérieuse qui surgit des actes quotidiens et de la rencontre avec le monde.

 

« Permets-moi seulement de me rappeler d’être maintenant cette fleur de silence parmi les grandes hécatombes (Ludwig Zeller). C’est ici une formulation sur la beauté et la frayeur de la conscience d’être au milieu de l’éternité. Nous nous dérobons à l’essence et craignons la frayeur et la grâce de vivre.

 

Dans le projet poétique humain, le temps et l’espace se structurent d’une façon très personnelle. Le fait de vouloir donner une typologie à l’existence selon des modèles de structuration spatio-temporels serait une tâche vouée à l’échec. Nous pouvons dire qu’une personne est plus lente, plus rapide, qu’elle préfère les espaces ouverts ou fermés, qu’elle tend plutôt à vivre dans le passé que dans le futur. Mais ces descriptions sont une pure abstraction et ne sont pas de bons modèles pour décrire une vie.

 

Binswanger  a fait un pas en avant quand il a proposé une phénoménologie du temps et de l’espace vécu. Cette approche a une valeur opératoire, comme quand elle démontre qu’un schizophrène a modifié sa structure spatio-temporelle quand il a commencé à écrire des lettres, changeant pour un espace-temps plus organique. Par cet acte, le schizophrène s’est projeté à la rencontre de personnes connues dans le passé et a lancé une sonde à travers l’espace en recherche de contact.

 

Une vraie phénoménologie de l’espace- temps vécu doit nécessairement être poétique, c’est-à-dire doit recourir aux vivencias et aux sentiments que produisent certains lieux, certains objets, la rencontre avec les personnes, le contact de la brise et du soleil sur la peau ; mais tout cela, rempli d’épiphanie.

 

Octavio Paz, avec la même optique, dit : « Notre poésie est conscience de la séparation et tentative de réunir ce qui fut séparé (l’homme et sa création, l’homme et son semblable) ».

 

Dans le poème, l’être et le désir d’être font un pacte pour un instant, comme le fruit et les lèvres. La poétique de l’espace-temps vécu est donc une perspective transcendante et pour pouvoir entrer dans le poème de la créature, il faut entrer en extase avec elle.

 

« Dans l’immobilité de l’air, le feu laissait tomber l’or de sa respiration pesante. Il n’avait jamais vu la coupe des sanglots de l’univers aussi pleine. Immense, éternelle, épouvantable Réalité. De toutes les possibilités, tu es la plus extraordinaire » (Lubicz Milosz).  La perception de vivre un moment unique et éternel dans cette Réalité telle qu’elle est, sans attente, sans empressement, sans nostalgie, dans le vide où les choses apparaissent, dans une réalité qui respire, dans cette atmosphère où tout arrive à être ». « Que c’est étrange de voir le fil que nous avons tissé étendre ses fins filaments à travers les espaces brumeux du monde extérieur » (Virginia Woolf).

 

Le sacré originaire existe sans conjecture, surgissant de toujours avec une certaine nudité inerme. Poétiquement se fait la rencontre et la créature et les objets-visages là où ils ont toujours été et où ils ne sont déjà plus. Ainsi, cette poétique est essentiellement une cérémonie de contact, prendre contact avec le courant de la vie-autre, où chaque chose parle de soi pour toi, l’ultime frontière, l’ultime verset de notre poème personnel est l’acte du contact, dont la nature est voluptueuse et fugace, dont l’expérience remplit notre « coupe de sanglots », c’est-à-dire se remplit dans la douleur et le bonheur. Dans cette perception, il y a un élément essentiel : La nature est une créature incomplète, inachevée, en voie de parvenir à être, c’est-à-dire livrée à la temporalité.

 

« Habiter poétiquement veut dire : se tenir en la présence des dieux et être atteint par la proximité essentielle des choses «  (Heidegger). Quel est le temps vécu d’un homme qui creuse la mine dans l’obscurité de la terre ? Quel est le temps vécu d’un homme de 83 ans qui regarde la pluie par la fenêtre ?

 

La vivencia de ces espaces-temps personnels actualise dans notre conscience, à chaque instant, la qualité irréductible de la vie, pure et non contaminée malgré la violence qui émerge par les crevasses d’une condition dissociée. Dans cette brise de la rencontre et de la perte surgit la nostalgie de l’unité.

 

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Article du mois de mars 2010

 

Biodanza et action sociale: aspects de base par Myrthes Gonzalez

www.biodanza.com.br/

 

La Biodanza en action sociale offre des moyens pour récupérer la citoyenneté à partir du renforcement de l’identité individuelle, groupale, communautaire et culturelle, en favorisant la notion de valeur intrinsèque et de son importance dans la société. Elle redonne la puissance d’agir dans le monde et de modifier des réalités oppressantes à partir d’une notion vivencielle de dignité.

 

La Biodanza et l’action sociale

Le point de départ pour une réflexion sur la Biodanza et l’action sociale est la constatation que la Biodanza, par ses principes, va toujours avoir un impact de modification des structures sociales. Même la Biodanza proposée en cours hebdomadaires de niveau moyen ou avancé offre aux participants la possibilité de revoir leur relation avec le milieu, en modifiant leurs postures et leurs conduites, en récupérant un plus grand sens de dignité et une action proactive en lien avec le monde environnant. Le participant de Biodanza, indépendamment de sa classe sociale, est toujours invité à revoir ses valeurs et recherche la protection de la vie dans toutes ses manifestations. La pratique de la Biodanza éveille l’empathie, l’affect, la solidarité et l’indignation face au manque de respect et à  l’oppression. En partant de cette constatation, on peut penser habituellement que toute la Biodanza est action sociale. Oui, elle est compréhensible la vision du potentiel de transformation sociale qui peut prendre appui sur cette méthodologie. Mais pour entrer dans le domaine de l’action sociale, il faut faire quelques pas de plus, sur des sujets structurés qui donnent la direction des résultats de notre action. Action implique un mouvement qui a une direction. L’action sociale a une proposition, une direction, quelque chose qui se cherche en lien avec les structures sociales.

 

- Récupération de la dignité à partir du renforcement de l’identité. Le concept d’identité en Biodanza est lié à la présence singulière dans le monde – la perception de sa propre valeur. Ces questions sont directement liées à la dignité. Des situations de misère, de privation des droits essentiels, de violence physique et émotionnelle, d’abandon et de manque de soin, génèrent une rupture dans la notion d’appartenance à la société, à la ville et au pays. Elle crée des ghettos formés par les personnes qui ne connaissent pas leurs doits et qui ne reconnaissent pas leurs possibilités de contribution à la construction commune. Le phénomène de l’exclusion sociale provoque une exclusion de soi-même. Les programmes d’assistance sociale deviennent souvent inefficaces quand ils n’ont pas pour but de faciliter aux participants un développement de leurs potentialités dans le monde. L’opprimé sort de cette situation quand il acquiert la notion de soi et de l’importance de sa participation. Par les vivencias de Biodanza, le participant reconnaît sa valeur, ses potentiels et apprend à voir la valeur et les potentiels des autres. Il cesse d’accepter la privation comme quelque chose de normal et est stimulé à être protagoniste d’actions de changement dans le style de vie personnel et de la communauté.

 

- Récupération des valeurs de soin à la vie comme : l’estime de soi, l’amitié, la solidarité, le lien en feedback avec l’environnement.

La stimulation aux actions de changement est toujours liée à une construction collective du monde. L’idéologie dominante divulguée par les moyens de communication est celle de l’individualité, du succès personnel, de la compétition et de la guerre pour changer de positions. Le climat est celui de la compétition, du stress et de la solitude. Bien plus, les médias véhiculent que ceci est le chemin vers le bonheur et la paix de l’esprit. Nous savons que ceci est le chemin le plus court vers l’épuisement physique et émotionnel. La personne qui vit en cherchant le bonheur et sa propre valeur dans la consommation et dans les symboles liés au statut, est aussi éloignée d’elle-même et de sa dignité que celle qui n’a pas de maison, ni de quoi manger. Le blocage affectif et l’individualisme proportionnel qui en résulte sont une absence grave d’éthique qui contrôle une société indigne et sans identité. Une masse amorphe d’esclaves de la production et de la consommation. L’action sociale en Biodanza a pour base la révision des valeurs que nous pouvons appeler anti-vie. Ce sont les valeurs qui éloignent l’être humain de la protection de la vie, en soi, chez les autres et dans l’environnement. Les valeurs que nous stimulons sont simples mais elles sont essentielles au maintien de l’intégrité et ce sont finalement elles qui peuvent réellement amener au bonheur et à la paix de l’esprit : l’estime de soi, l’amitié, la solidarité, le lien en feedback avec l’environnement. Ceux-ci sont les véhicules des changements sociaux réels, comme le dit Rolando Toro : « Marcher en se donnant les mains est un acte révolutionnaire. »

 

- Stimulation des potentiels génétiques présents dans chaque ligne de vivencia. L’être humain est plein de potentiels. Ceux-ci ont une origine biologique, soit génétique, et se manifestent ou non selon la relation de la personne avec le milieu. Nous avons tous bien plus de potentiels que ceux que nous serons capables d’exprimer dans notre vie. Le fait qu’une caractéristique déterminée existe en puissance chez une personne ne signifie pas qu’elle se manifeste. Ce sont les facteurs environnementaux qui stimulent le potentiel à se manifester. Par exemple : une personne peut naître avec une tendance particulière à l’expression graphique et naître dans un milieu qui la stimule à manifester pleinement ce potentiel, riche de stimulations qui le développe. Cette même personne aurait pu naître dans un milieu neutre, qui ne le favorise pas mais ne le réprime pas non plus. C’est seulement par elle-même qu’elle peut prendre contact avec ces habiletés, pourtant elle n’aura pas tellement de chances de les développer. La même personne, par contre, pourrait naître dans un milieu où la recherche de cette expression est punie et disqualifiée. Celle-ci, bien qu’elle existe en puissance, peut rester latente longtemps, pouvant se développer dans un deuxième temps si elle rencontre un milieu stimulant et accueillant qui permette de dépasser la peur d’entrer en contact avec son potentiel.

 

La Biodanza, par la méthodologie vivencielle, cherche à créer un environnement stimulant pour la manifestation des potentiels humains. Les potentiels se manifestent par l’expérience dans le monde, ce que nous appelons les vivencias. Les lignes de vivencias sont les manifestations de ces potentiels en cinq différentes formes :

 

Vitalité : potentiel de santé, d’autorégulation, recherche d’alimentation saine, régulation du repos et de l’activité :

 

Sexualité : potentiel de plaisir qui est lié à la jouissance de toutes les activités quotidiennes ;

 

Créativité : potentiel d’utiliser une infinité de formes d’expression de sentiments, d’idées et d’émotions – potentiel d’innovation ;

 

Affectivité : potentiel relationnel, sentiment d’empathie, solidarité, amitié et lien avec les autres ;

 

Transcendance : potentiel d’insertion au milieu.

 

Le thème central de la Biodanza dans l’action sociale étant la récupération de l’identité au sens large et profond, les aspects importants de ce processus sont :

 

·         Valeur de l’expression culturelle. L’identité d’un peuple, d’une communauté ou d’un groupe se traduit par sa manifestation culturelle. Il est essentiel d’observer, de respecter et de valider la culture de chaque population.

 

·         Singularité : Chaque être humain est unique. Il n’existe aucune personne totalement pareille à l’autre. Même avec le même code génétique, la vivencia de chaque personne donne des résultats différents. Il existe une tendance à la massification qui nie le singulier. Celui-ci étant nié, la valeur intrinsèque de chaque être humain est vide, désacralisant la relation avec soi-même et avec sa vie. Le concept d’identité, vu par la Biodanza, passe par la récupération de la sacralité intégrée avec la vie. Quand nous désacralisons quelque chose, nous le banalisons et nous pouvons le déprécier. Notre culture place le sacré loin de la nature et des personnes et elle peut, pour cela, être extrêmement violente et destructive.

 

·         Dignité : Il existe certains aspects de la vie qui ne peuvent manquer à l’être humain sous peine que cette carence altère la perception de sa condition dans le monde. Les personnes qui passent par l’expérience de la fin continuelle, du manque de maison et de conditions d’hygiène, en arrivent à tolérer et à considérer comme naturel ce type de privation. Récupérer la dignité signifie retrouver la certitude que, par le simple fait d’exister, un être humain doit avoir une condition de citoyen à part entière.

 

·         Puissance : Le fait de percevoir qu’il existe des choses à conquérir et à transformer dans notre vie ne signifie pas que nous nous sentons capables ou méritants. Quand nous proposons la Biodanza, nous stimulons chez les personnes la perception de soi comme êtres capables de changement et d’action concrète dans le monde. L’identité donne le passage, l’espace et pour conquérir ces facteurs il faut la perception de soi comme être puissant. Responsable pour soi dans le monde. Un agent transformateur.

 

·         Capacité d’adaptation et de changement : Ces deux caractéristiques, bien qu’elles paraissent contradictoires, sont complémentaires et composent ce que nous appelons en Biodanza la capacité de fluidité. Nous pouvons utiliser la métaphore de l’eau qui, dans son mouvement, circule, change d’état et est capable de s’adapter à la forme des récipients et à adhérer à ses parois. La fluidité est donc synonyme de liberté avec responsabilité et engagement. Ainsi, en Biodanza, nous apprenons que la liberté c’est circuler à travers un réseau de liens avec d’infinies possibilités.  Pour cela, il faut avoir beaucoup de communication affective et responsable, une capacité à se laisser toucher par les situations vécues et vivre intensément chaque instant, sans attaches. La fluidité, contrairement à ce que nous pourrions penser, est liée à la force, une force qui ne nie pas la sensibilité. D’autre part, la rigidité, l’incapacité de changer et de s’adapter, reflète la peur et la fragilité face à la vie qui fait qu’une personne se construit des cuirasses pour garantir sa survie, présentant une force apparente qui n’existe pas intérieurement et payant le prix de perdre sa sensibilité.

 

·         Une réflexion profonde sur ses propres valeurs et sa place dans le monde : Il ne revient pas au facilitateur de dire comment un participant doit vivre ou se lier. Le facilitateur n’est pas dans le groupe pour imposer sa façon de voir le monde, ni pour établir de comparaisons ou un jugement de valeur. La proposition est de promouvoir un milieu qui permette d’amplifier les horizons de perception, en établissant une vision réflexive sur les valeurs et les formes d’être dans le monde, en permettant de voir de nouvelles possibilités en prenant contact avec le potentiel créatif et solidaire comme des instruments de transformation. Nous ne pouvons pas confondre identité avec une posture égotique qui est communément stimulée par les médias et même par l’éducation. En Biodanza, nous voyons une identité forte, comme quelque chose capable d’établir des liens coopératifs, agissant sur la base de réseaux affectifs.

 

Le défi du facilitateur

Le travailleur social a toujours un impact sur la communauté dans laquelle il est. Ceci peut être positif ou négatif. Pour cette raison, il est important de réfléchir sur le rôle de ce professionnel. Je propose maintenant d’examiner quelques points sur le facilitateur pour réfléchir et attirer une attentions plus particulière :

 

- Comprendre la réalité dans laquelle il est, à partir de l’empathie et non du jugement ou de préjugés. Le facilitateur de Biodanza peut être sollicité à développer son travail dans des communautés qui ont des habitudes culturelles différentes des siennes. Celles-ci peuvent parfois êtres conflictuelles. Il existe alors un danger de comparaison ou même d’imposition d’une façon de concevoir une réalité sur une autre. Le facilitateur de Biodanza est invité alors à ne pas entrer dans le jugement de la situation car des comparaisons culturelles sont toujours néfastes et dégradantes. Il est difficile de comprendre les valeurs d’une culture à partir des valeurs conflictuelles de l’autre. La perception de la situation du groupe et des personnes qui le composent doit passer par le filtre de l’affectivité, du de l’engagement solidaire, de l’empathie et de la communion de tous les acteurs du processus. La valeur centrale est la vie. A elle nous nous connections par la danse et l’interaction vivencielle. En ce moment, nous transcendons les barrières culturelles pour trouver la vraie communion entre êtres humains et la nature.

 

- Etablir un dialogue constant avec ses valeurs culturelles qui entrent en conflit avec la réalité vécue. Le conflit entre valeurs culturelles n’est pas une question facile à résoudre. Bien qu’un facilitateur se sente apte à accepter le groupe ou les personnes, il peut être choqué par certaines situations les concernant, ce qui peu générer angoisse et sentiment d’impuissance. L’idéal, dans ce cas, est que le facilitateur ait un espace de partage d’expériences et de sentiments avec d’autres collègues qui font une activité semblable. Il est préférable qu’un groupe de facilitateurs ait l’appui d’un professionnel expérimenté, mais qui ne soit pas dans le même local. Il pourrait faire la coordination de la réunion et pourrait faciliter l’expression de tous, en aidant à entrevoir des issues et à permettre la compréhension des situations vécues.

 

- Différencier ses besoins de ceux du groupe, en cherchant à reconnaître les demandes biaisées. Quand nous cherchons un travail social, nous sommes souvent motivés par le désir d’aider les autres. Souvent, nous pensons que quelque chose est nécessaire pour une personne déterminée, un groupe ou une communauté. Souvent, ce que nous jugeons essentiel pour vivre n’est absolument pas indispensable pour l’autre ou peut même devenir gênant. Il est donc nécessaire de percevoir que nos besoins ne sont pas nécessairement ceux des autres. Nous ne sommes pas dans le travail social pour satisfaire les besoins d’autrui mais bien pour récupérer la capacité de reconnaître ses propres rêves et besoins, ainsi que la force et l’organisation pour les réaliser.

 

- Etre disposé à croître et se transformer. Faciliter le développement des potentiels humains est un acte de résonance où toutes les personnes impliquées sont disposées à se transformer. Le facilitateur entre aussi dans ce processus. On observe que le travail dans des réalités très différentes de celles dont le facilitateur est habitué, peut provoquer chez lui des processus de transformation très profonds. Souvent, le facilitateur vit des processus assez radicaux où il constate ses limites personnelles pour aider les autres et rencontre ses propres préjugés et prépotences. Il est important que le facilitateur ait l’aide de supervisions en groupe de partages, pour qu’il puisse élaborer l’expérience de façon positive.

 

- Reconnaître ses talents et ses propositions en les mettant au service de la proposition du groupe de travail. L’idéal dans le travail social, est qu’il y ait une structure d’équipe. Ainsi, il ne se fait pas par un professionnel ou un volontaire qui va au turbin, mais par un groupe de personnes qui pensent, sentent et construisent ensemble le travail. Dans ce cas, il est important que nous puissions reconnaître les talents et les capacités de chaque personne concernée et que chaque personne puisse découvrir le lieu où il puisse le plus apporter sa contribution au groupe. Certaines personnes n’ont pas d’aptitude pour le travail pratique, d’autres sont très talentueuses dans l’organisation de documents, dans l’élaboration de projets, dans l’appui logistique et/ou émotionnel à ses collègues et au groupe. Pour un travail professionnel dans le domaine social, il faut ce type de structure et il faut comprendre que tous ne feront pas tout mais que chacun va faire le meilleur dans son domaine de compétence. C’est de l’activité orchestrée par toutes les personnes impliquées que le groupe surgit comme identité et possibilité de réalisation.

 

- Reconnaître ses limites et demander de l’aide, en valorisant les talents, les capacités et le lien affectif existant dans l’équipe. Comme nous l’avons déjà vu, l’idéal dans le travail social est qu’il ne soit pas une initiative individuelle, d’un facilitateur isolé, mais une construction collective d’un groupe de personnes, qui peut être composé de facilitateurs de Biodanza ou d’une équipe pluridisciplinaire. Dans le travail d’équipe, il est important de demander de l’aide, de déléguer les tâches et de percevoir que nous ne pouvons pas centrer tout sur une unique personne.

 

- Humilité. Quand nous arrivons dans une communauté qui vit différentes situations d’exclusion et de carences matérielles de divers ordres, nous pouvons avoir la tentation d’avoir une sensation de supériorité et nous mettre dans la place du sauveur. Je vais montrer à ces personnes la sortie.

 

Nous venons d’une tradition colonialiste où, en arrivant sur une nouvelle terre, le colonisateur, venant d’une culture étrangère, essaye d’introduire sa vision du monde en jugeant la culture locale inférieure à la sienne. Il impose ses valeurs en croyant faire un grand bien. Souvent, cet acte, motivé par le désir d’aider, corrompt les cultures locales, éloignant les communautés de leurs racines culturelles et historiques, en produisant le contraire de ce qui est recherché, un affaiblissement de l’identité. La présence du facilitateur produit certainement de changements. Ils viennent de l’interaction, de l’expérience de connaître le monde et la valeur de sa propre présence dans le monde. Il faut que le facilitateur voie clairement que ceci est son rôle. Il vient faciliter un processus de découverte des valeurs et il ne dit pas quelles sont les valeurs, ni ce qui est juste et ce qui est faux. Le facilitateur vient apprendre et enseigner par un échange profond et respectueux avec les participants.

 

Biodanza dans l’Institution sociale

Les besoins d’une communauté déterminée vont bien au-delà des questions subjectives auxquelles nous apportons du soutien. Ainsi, comme de nombreuses institutions échouent dans leurs projets pour ne pas travailler la subjectivité – qui se base sur l’estime de soi, les liens et la capacité d’organisation et de dépassement -, nous pouvons aussi nous tromper en pensant que ce n’est qu’avec la subjectivité que nous pouvons créer les conditions pour provoquer des changements significatifs. Tout être humain a besoin de conditions d’alimentation, d’habitation, d’hygiène pour connaître un sens de dignité. Les projets que nous faisons avec la Biodanza et l’Education Biocentrique doivent tenir compte de ces aspects. Mais sûrement que la logistique concrète que ces aspects demandent ne sont pas la spécialité d’un facilitateur de Biodanza. Ainsi, il est assez utile que les projets de Biodanza et Education Biocentrique soient implantés dans des institutions qui ont une structure installée et des objectifs clairs et efficaces. Dans ce cas nous devons tenir compte de certains aspects concernant notre influence et notre rôle institutionnel :

 

La Biodanza dans l’Institution Sociale :

Collabore en développant de nouvelles possibilités de relation basées sur les principes de solidarité, empathie, lien et relation en feedback…

 

Recherche l’action en réseau, en faisant attention à la totalité des personnes impliquées dans le processus, le public, les participants, les fonctionnaires, les parents.

 

Touts font partie d’un tout organique unique, y compris l’équipe des facilitateurs.

 

C’est un chemin de prophylaxie de la santé institutionnelle, en collaborant de façon efficace avec les processus de soin.

 

A comme devise de rétablir la signification et la satisfaction d’être ensemble, impliqués dans une proposition déterminée.

 

Education Biocentrique

L’action sociale est directement liée à l’éducation. Le processus de recherche d’amélioration de la qualité de vie dans une communauté est un processus éducatif. Notre proposition est de dépasser l’éducation sur les bancs d’école, de dépôt d’une connaissance déconnectée de la réalité de l’élève. Nous proposons une relation d’échange de connaissances, où la valorisation du savoir soit facilitée par le désir pour la connaissance. Ceci veut dire, partir des besoins et des intérêts de la communauté et de ses membres. Dans l’action sociale, la Biodanza n’est jamais séparée de l’Education Biocentrique. En réalité, dans une majorité des cas, l’éducation biocentrique est au premier plan, forgeant les relations institutionnelles et quotidiennes, et la Biodanza vient comme méthodologie centrale mais non unique. Il se peut qu’un groupe déterminé ou une communauté ne s’ouvre pas à la Biodanza dans sa forme et son application traditionnelle. Ceci ne veut pas dire que ce groupe doit être abandonné car l’objectif n’est pas simplement la Biodanza mais bien la récupération de l’identité et de l’intégration au niveau personnel, communautaire et cosmique. L’Education Biocentrique offre une vision vaste de ressources qui peuvent être utilisées pour favoriser ce processus.

 

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Article du mois d'avril 2010

Vision biocentrique: éduquer à la vie par Rolando Toro Araneda

 

La discrimination subtile envers la femme qui existe dans notre civilisation se base sur un fait paradoxal : on reconnaît en elle sa fonction maternelle, génératrice de vie et sa capacité nutritive. On reconnaît également en elle sa capacité expressive et son enchantement érotique. Ces qualités sont réelles et indispensables. Il y a pourtant deux aspects essentiels qui sont souvent ignorés et non assumés : la femme est la personne qui transmet les valeurs et les modèles de la vie en donnant une continuité à la culture affective du groupe. L’autre faculté de la femme, généralement ignorée, est sa fonction spirituelle, la dimension spirituelle qui se manifeste par le seul fait d’être porteuse de l’âme.

 

Sur une gravure médiévale présentée par Carl Jung, la femme apparaît comme une déesse de la nature qui occupe tout l’espace de l’univers : elle communique avec l’homme, qui est au centre, par une chaîne tenue dans la main gauche, alors que sa main droite se connecte avec la main de Dieu. Symboliquement, l’homme pourrait seulement atteindre la transcendance par la femme-nature.

 

J’aimerais examiner la figure de la femme dans le post-patriarcat, le défi pour inverser le processus de destruction de la planète et la folie belliqueuse.

 

Dans le troisième millénaire, les femmes devront changer de façon beaucoup plus profonde que dans les différentes époques précédentes. Pourquoi la femme ? Quel type de changements ?

 

A notre époque, la femme est en train de récupérer son identité profonde et, se faisant, elle a du succès. Sur le plan inconscient, individuel et archétypique, elle retrouve son image mythique, représentée par le plus féminin des mythes : Déméter et sa fille Perséphone.

 

La sacralité de la vie est souvent liée aux religions matricentriques. Des recherches archéologiques actuelles confirment qu’il y a plus de 25.000 ans ont existé des civilisations matrilinéaires en Europe qui se fondaient sur le lien existant entre la fécondité et le sacré.

 

La femme archaïque est celle qui donne la vie et la nourriture. Mais elle n’est pas que la matrice de la vie, dans le mythe elle est la déesse de la nature et de la spiritualité. La déesse des animaux, des plantes, de l’eau et de la terre. Selon la Doctoresse en physique Rose Marie Muraro, la femme a le pouvoir biologique ; sa mission est de conserver et protéger la vie, mais cette mission lui a été enlevée.

 

Dans les groupes matricentriques de l’antiquité, l’association entre les hommes et les femmes n’incluait pas la transmission du pouvoir. Il y avait une plus grande liberté sexuelle pour les femmes et il n’y avait pas de guerres.

 

La fameuse anthropologue Riane Eisler a reconnu l’avènement d’un modèle de vie en commun, à la place des modèles machistes – féministes. Cette nouvelle forme de relations sera, selon elle, la façon de conjurer le collapsus de l’âme et l’extinction de l’espèce.

 

Le défi que devra affronter la femme dans le futur consistera à induire une transformation radicale des mentalités en faveur de relations humaines.

 

Les essais actuels pour obtenir la paix n’ont pas été suffisants. Dans les congrès pour la paix, ni l’intervention internationale pour concilier les peuples en conflit, ni l’influence des religions, n’ont réussi à éliminer la violence de notre planète.

 

Mutation psychologique

Nous sommes conscients, pour la première fois dans l’histoire, que nous vivons dans une civilisation malade. Si nous persistons dans la guerre, en pensant que l’être humain est violent et assassin par nature, il n’y a pas d’espoir pour l’humanité. Si nous continuons dans la folle destruction écologique, si nous conservons les injustices et les discriminations qui réduisent les peuples à la faim et au marasme, nous n’avons aucune chance de survie.

 

Des études de la NASA ont révélé que nous rejetons annuellement huit cent mille millions de monoxyde de carbone dans les strates supérieures de l’atmosphère. Ceci n’est qu’un exemple de notre inconscience.

 

Au 20ème siècle, deux guerres mondiales se sont succédé, incluant l’holocauste et la destruction de cités sans défense, de tous leurs habitants, par la bombe atomique ; le monde, de plus, a connu plus de 180 guerres locales qui ont fait des milliards de morts. Toutes ces actions ont été justifiées par le relativisme éthique. Avec des raisonnements intelligents, le relativisme éthique justifie l’infamie et le génocide. Nous voyons tous les jours que le sang et la souffrance des autres n’ont pas de valeur quand, au milieu, il y a l’idéologie et la haine.

 

Il faut que les êtres humains commencent à voir dans l’autre le semblable et non un oppresseur.

 

Le changement nécessaire se fera par une mutation psychologique au niveau mondial (et afin de survivre, nous devrons laisser passer deux ou trois générations. Ceci est l’opinion des sociologues et anthropologues).

 

Pouvoirs archaïques

Logiquement, le changement ne peut être idéologique ou déontologique. Ce qui doit changer, c’est la structure affective du genre humain. Ceci ne signifie rien de moins que changer le fatalisme historique.

 

Récemment, une nouvelle révolution silencieuse envahit le monde masculin. La femme s’est transformée en une force évolutive. Ce changement, généré par l’avènement de la technologie avancée, produit une modification psychique de l’humanité, dans laquelle les pouvoirs archaïques de la femme sont réinterprétés et où l’expansion spirituelle, la conscience éthique et la sacralité de la vie apparaissent lentement.

 

Les sociétés actuelles sont des systèmes adaptatifs complexes, dont les changements sont extraordinairement rapides. Pour cette raison, nous devons entrer dans un état d’alerte maximale et participer, par des actions concrètes, à l’acte suprême pour la survie de l’espèce.

 

Chacun de nous doit être a conscience vivante de notre époque. Nous devons récupérer la sacralité de la vie qui a existé chez les peuples visionnaires, chez les chamans, les penseurs et les artistes qui ont cherché le paradis sur terre, comme Spinoza, Aldous Huxley, Henri Rousseau, Albert Schweitzer, Albert Hofmann, Pablo Neruda et tant d’autres. Parmi les éducateurs, Roura-Parella avec « L’éducation pour la plénitude humaine ».

 

Eduquer à la vie

La proposition que j’ai formulée et qui se diffuse déjà au niveau mondial dans les pays d’Amérique du Sud, en Europe, en Afrique du Sud et au Japon, est l’éducation biocentrique.

 

L’éducation actuelle, intellectuelle et technologique, n’a aucune référence existentielle et conduit à la perte de sens et à la banalité. L’éducation biocentrique consiste à mettre au centre de toutes les activités éducatives la vie. La vie doit être le centre théorique et méthodologique de l’éducation. Ceci signifie transformer les objectifs actuels des différentes tendances éducatives en un objectif absolu : la conscience éthique, la joie de vivre et l’amour.

 

L’intégration de l’intelligence conceptuelle avec l’affectivité est l’aspect central de cette proposition.

 

La nouvelle vision de l’être humain est très loin de la totale insuffisance affectives des chefs politiques.

 

Voici une brève liste des intellectuels avant-gardistes qui promeuvent le changement de paradigme :

-          Martin Buber a trouvé la formule de la communion et de la compassion quand il propose le nous en remplacement du je.

-          Michel Odent avec « La genèse de l’homme écologique ».

-          René Spitz dans sa recherche sur « L’amour et le contact comme facteur central de la survie des enfants ».

-          Maffesoli, avec « Une sociologie du contact de la proximité ».

-          Dean Ornish avec ses recherches sur « Amour et survie ».

-          Francisco Varela avec son « Examen épistémologique de l’empathie ».

-          Rita Levi-Montalcini avec « L’incorporation de la femme dans les sciences et dans la construction d’un monde nouveau ».

-          Yehudi Menuhin avec « Le modèle musical dans l’éducation et dans la vie sensible en commun ».

 

La dimension affective

Un regard objectif sur l’histoire du 20ème siècle révèle une situation conflictuelle : d’un côté un progrès technologique et scientifique d’une grandeur extraordinaire, de l’autre une décadence affective qui montre de façon évidente notre côté misérable.

 

Nous vivons dans un contexte de violence globale : violence dans les maisons, violence à l’école, violence dans le monde du travail, violence urbaine, violence sociopolitique, violence ethnique et religieuse. L’humanité souffre d’une dissociation tragique entre intelligence et affectivité. La désorganisation affective conduit à l’autodestruction.

 

La majorité des éducateurs, et aussi des psychologues, ne comprennent pas que l’apprentissage, la créativité et la qualité de vie jaillissent d’une source commune : l’affectivité. Pour cette raison, il devient essentiel de comprendre le concept d’intelligence affective en tant que fondement de l’éducation.

 

Les systèmes éducatifs doivent être profondément modifiés dans le monde entier pour pouvoir changer le cours des violences institutionnalisées.

 

Ce changement doit commencer avec l’application du principe biocentrique dans l’éducation, dans la politique, dans la jurisprudence, dans l’économie et dans la médecine. Ce changement doit commencer dans les écoles avec l’intégration affective de l’enfant.

 

L’éducation est inconcevable sans fondement affectif. L’intelligence conceptuelle a ses racines dans l’affectivité. Si l’éducation n’introduit pas la dimension affective comme facteur essentiel de la méthodologie, toute son activité deviendra banale et destructive.

 

L’éducation de l’affectivité doit commencer dans la prime enfance, en incluant les parents. Un adulte qui n’a pas atteint en lui une structure affective profonde pendant l’enfance est un potentiel destructeur, même s’il a à sa disposition toute la technologie la plus avancée.

 

Je pense que l’humanité n’a pas d’espoir de survie en créant des automates avec une identité nationale ou des experts professionnels si elle ne cultive pas l’empathie, le sens profond d’identification avec les autres êtres humains.

 

Pour cette raison, je propose d’insérer la Biodanza comme « médiation » dans les programmes éducationnels, une technique qui stimule l’affectivité et la conscience éthique. Cette approche devrait s’appliquer dans toutes les écoles du monde.

 

L’ « Ecole Univers »

L’éducation biocentrique reconnaît l’amour comme centre générateur et protecteur de la vie : sa finalité est de rétablir les fonctions originaires qui permettent la conservation et l’évolution de la vie en créant, dès la prime enfance, des modèles internes de lien avec la nature, une communion amoureuse et une conscience éthique.

 

Stratégie pour fonder la paix
  1. Que l’éducation biocentrique se diffuse et s’incorpore dans le monde entier afin que les nouvelles générations élargissent leur conscience et intègrent le monde affectif.
  2. Que soit considérée dans le processus éducatif l’intégration des étudiants de pédagogie, des professeurs, des parents et des enfants.
  3. Que l’éducation ait un caractère apolitique, éloigné de toute idéologie.
  4. Que les valeurs de la femme dans l’évolution spirituelle du monde soient stimulées.

 

L’éducation biocentrique utilise comme médiation le système Biodanza, une approche qui inclut la vivencia, la sensibilité cénesthésique et l’affectivité par le mouvement corporel, la créativité, la musique et des situations de rencontre en groupe. La Biodanza utilise l’union musique – mouvement – vivencia comme structure méthodologique.

 

Je pense que l’heure est arrivée de donner à l’éducation une approche orientée vers la survie et de rétablir la fonction originaire de la vie. Toutes les méthodes doivent être pratiquées avec la participation fréquente de la famille, incluant les grands-parents, en donnant à l’espace éducatif la forme d’une « école univers ».

 

Le processus éducatif commence dans le ventre maternel, avec la disposition d’âme des parents de donner soin et protection. Nous partageons les concepts avancés de Michel Odent (Genèse de l’homme écologique).

 

Les concepts de Frédéric Leboyer, Arnold Gessel et René Spitz représentent une ouverture immense pour l’humanité à ce sujet.

 

Dans les écoles, les enfants doivent être en contact direct avec la nature, la terre, le feu et l’air pur ; avec les plantes, les fleurs et les fruits, avec les travaux de semence et la culture agraire, avec les animaux, avec le chant et la danse, avec la préparation des aliments, avec les jeux de lutte et de fuite, avec l’observation et la protection de l’environnement.

 

Voici ici les buts et les ressources de l’éducation biocentrique :

  1. Prendre soin de l’affectivité

-          Danses de solidarité, danses de l’amitié, rencontres en feedback

-          Surmonter les discriminations sociales, raciales et religieuses

-          La rééducation de l’affectivité chez l’enfant doit être la finalité existentielle. Dans de nombreux cas, les exercices de reparentalisation seront indispensables.

  1. Prise de contact avec sa propre identité

-          Exercices de défi personnel face aux difficultés

-          Courage pour défendre ses propres points de vue

-          Connexion avec sa propre force

  1. Prendre soin de l’expressivité et de la communication

-          Manifester les émotions par la danse et le dialogue

-          Exercices de créativité artistique : poésie, musique, peinture et céramique

-          Développement de l’expression verbale, oratoire et de récitation

  1. Développement de la sensibilité cénesthésique, perception de son propre corps et dextérité motrice

-          Exercices de fluidité, de coordination, synergie, eutonie, assertivité motrice et plaisir cénesthésique

-          Natation organique

  1. Acquisition de l’apprentissage vivenciel

-          Laboratoires d’apprentissage vivenciel dans la nature : géologie, botanique, zoologie et astronomie

  1. Intégration à la nature et développement de la conscience écologique

-          Excursions à la mer et à la montagne

-          Perception de la nature avec les cinq sens

-          Recherche de nid écologique

  1. Développement et amplification de la perception

-          Exercices de perception musicale et d’œuvres d’art plastique

-          Perception de situations humaines avec les cinq sens

  1. Expansion de la conscience éthique

-          Exercices de régression et d’expansion de la conscience

-          -          Chœurs et danses dans la nature

 
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Article du mois de mai 2010

Redécouvrir le fait d'être vivant, un chemin vers la santé avec la Biodanza par Gabriele Freyhoff

www.biodanza-online.de

 

Surcharge, stress, pression, nervosité, tension, douleur, hypertension, problèmes cardiaques, maladies auto-immunes peuvent êtres caractéristiques des symptômes d’une vie dans la société d’aujourd’hui.

 

Comme possibilité de se sentir à nouveau vivant, de sentir sa propre sensibilité face à la vie, de s’éprouver à nouveau totalement en harmonie avec l’environnement et non seulement ne pas avoir de symptôme, je vous présente ici un système de travail sur la santé intégrante : la Biodanza. Ce travail agit en régulant et en soignant l’organisme dans son entier. Le mot Biodanza vient de bios (grec), Vie et de Danza (espagnol), Danse et signifie Danse de la Vie.

 

Les premières connaissances viennent de la psychiatrie

Le système Biodanza se base sur les connaissances ses sciences humaines (biologie, psychologie, médecine, anthropologie, physique, etc.) et a été créé il y a 40 ans par Rolando Toro, un psychologue et anthropologue chilien qui travaillait dans les années soixante dans une clinique psychiatrique à Santiago du Chili avec des patients psychotiques. Il s’est opposé alors aux méthodes particulièrement inhumaines et chirurgicales de la psychiatrie et a  commencé la danse thérapeutique. Là il a pu observer que des danses et des musiques particulières avait des effets contre-productifs car ils amenaient les patients vers une transe et accentuaient leurs symptômes. Dans des recherches ultérieures, Toro a remarqué que les mouvements liés à une musique active et rythmée avaient un effet favorable sur les patients psychotiques et dépressifs. Ils renforçaient l’intégration de l’identité, les hallucinations et la dépression disparaissaient et la capacité de communication augmentait. Mouvements et musiques qui, par contre, sont plutôt lents et mélodiques, renforçaient les symptômes.

 

En se basant sur ces premières connaissances, Rolando développa au cours des années suivante un système cohérent de formes de mouvements et de musiques qui, appliquées aux besoins spécifiques de différents groupes ciblés, agissaient sur le renforcement de l’identité et l’harmonisation de l’équilibre interne de l’être humain. Parallèlement, Toro élabora un modèle théorique de la Biodanza reliant ces connaissances scientifiques aux observations empiriques.

 

Ce fut le fondement pour un système complexe d’exercices qui s’applique aujourd’hui dans le monde entier dans le domaine du développement personnel (travail d’équipe, consultation en entreprise), de la prévention de la santé (enfants, personnes âgées, femmes enceintes) ou de l’accompagnement, du suivi ou de la réhabilitation de maladies chroniques (patients cardiaques, cancéreux) et de personnes handicapées, ainsi que le travail politique et pédagogique (école, formation thérapeutique ou professionnelle, université, travail social).

 

Intégration du corps et de l’âme

La Biodanza montre clairement comment le corps et l’âme sont reliés et comment elle englobe la santé de l’homme dans sa totalité. On a en outre observé comment en Biodanza la danse, le mouvement sont reliés à la musique. D’une perspective individuelle, la Biodanza est l’expression de l’âme, un mouvement qui naît de sa propre émotion. Cette expression de l’essence intérieure est guérisseuse, c’est une reconnexion avec l’origine de la vie : une redécouverte de son état d’être vivant. Psychologiquement, elle est un renforcement de l’identité, physiologiquement, un renforcement de l’homéostasie des fonctions corporelles et du système immunitaire et, subjectivement, le sentiment

de bien-être et d’être OK.

 

La Biodanza agit par l’éveil d’événements agréables et intégrants, qui dissolvent les tensions, qui amènent des sentiments de bien-être et d’acceptation et qui ouvrent la voie vers des changements comme l’authenticité, une plus grande expressivité, un équilibre interne, un dépassement des peurs et des tensions.

 

La corporéité vécue comme par exemple : marcher sur une musique joyeuse, danser sur une musique mélodique en changeant de partenaire, bouger lentement sur le rythme de sa propre respiration avec une musique harmonieuse ou avancer lentement dans la salle les yeux fermés sur une musique fluide, ne sont pas des situations d’entraînement, mais des moments vécus, qui influencent positivement tout l’organisme.

 

Tant les fondements théoriques que la pratique de la Biodanza sont holistiques (totales). D’un point de vue théorique, la Biodanza s’oriente vers Dilthey, un pédagogue et philosophe allemand, qui a créé la méthode de la vivencia. Une vivencia est corporelle, psychique et cognitive ; elle est expérimentée directement et est souvent aussi encore très intense dans le souvenir. Les événements agissent sur la conscience comme sur les fonctions organiques.

 

Fondements physiologiques

La Biodanza est non verbale, elle travail avec le mouvement sur de la musique et agit au niveau neurophysiologique sur une région du cerveau ancien, le système intégrateur adaptatif limbique-hypothalamique (SIALH). Il est originellement une « vieille » structure du cerveau qui vient du cerveau olfactif et qui est responsable du comportement émotionnel de l’être humain et – en lien avec les organes – de l’équilibre de l’organisme. Le renforcement du SIALH provoque une diminution de l’activité du cortex, soit une détente et une disparition du sentiment de « prise de tête » et un renforcement des dits comportements instinctifs.

 

La Biodanza prend soin des fonctions naturelles d’autorégulation et de rétroaction entre les systèmes immunitaire, nerveux et endocrinien. Le système nerveux autonome amène par l’action complémentaire des systèmes sympathiques et parasympathique à l’équilibre interne de l’organisme humain. Alors que le système sympathique stimule le rythme cardiaque, augmente la pression artérielle et amène le sang vers la musculature, le système parasympathique agit comme régulateur en diminuant le rythme cardiaque, en dilatant les artères, en augmentant la sécrétion de larmes et de salive et en stimulant la fonction digestive. Dans des situations de stress le système sympathique est suractivé et peut amener l’organisme dans un état de stress prolongé et, à long terme, à un affaiblissement du système immunitaire et un dérèglement des fonctions organiques.

 

La Biodanza renforce les fonctions du système parasympathique par de la musique douce et un mouvement lent et méditatif, ainsi que par des exercices de détente ; elle stimule les fonctions sympathiques par des musiques et des danses rythmiques et euphorisantes. L’application des deux formes de mouvement en Biodanza a un effet harmonisant au niveau neurovégétatif. De plus, la sécrétion de neurotransmetteurs et d’hormones, les messagers de l’organisme (par exemple, la sérotonine, l’acétylcholine, la dopamine, la noradrénaline) est influencée de façon favorable.

 

Effets thérapeutiques

La Biodanza agit, de façon thérapeutique en tant que « reculturation » (transformation des valeurs culturelles internes anti-vie en valeurs pour la vie). Une expérience importante dans l’enfance peut être revécue et travaillée. La vivencia de similitude et de résonance dans les rencontres et les danses douces changent l’humeur et la façon d’être dans la vie. La vivencia de sa propre capacité en sommeil augmente la créativité et un changement de son propre style de vie opère – la Biodanza a donc aussi un effet existentiel significatif. L’expérience immédiate d’être vivant éveille la joie de vivre, le plaisir de vivre et l’acceptation de sa propre existence.

 

Dans beaucoup de domaines de prévention et de réhabilitation, et même d’accompagnement thérapeutique, l’effet de la Biodanza a été prouvé. Des recherches de plusieurs années avec des patients souffrant de problèmes cardiaques ou d’hypertension en Uruguay ont eu un grand succès. Des recherches de l’université de Leipzig et de Buenos Aires ont démontré l’effet antistress de la Biodanza. Des personnes avec des maux de tête ou des maux de dos trouvent souvent un rapide soulagement. Avec des maladies chroniques également, comme par exemple en tant que thérapie complémentaire avec des patients cancéreux ou des malades du SIDA, la Biodanza s’est montrée efficace. Et ainsi de suite, il existe une série de travaux empiriques sur différents cadres cliniques, comme par exemple l’anorexie, le diabète, les troubles gynécologiques, l’ostéoporose, qui prouvent l’effet thérapeutique de la Biodanza.

 
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Article du mois de juin 2010

Biodanza et les "Universaux du cerveau" par Rolando Toro Araneda

 

Pourquoi la Biodanza s’étend-elle dans le monde entier et d’autres techniques n’y arrivent pas ? Parce que nous travaillons avec les universaux du cerveau. Ceci explique pourquoi la Biodanza ne travaille pas avec une mentalité régionale, ni avec les valeurs pathologiques de notre culture. L’astuce de la Biodanza est qu’elle travaille avec les aspects universaux du cerveau et du corps et non avec la culture. Elle ne travaille pas non plus avec les anglais ou les chinois, mais elle travaille avec l’unique race humaine.

 

Il n’existe pas une danse pour les malades, une pour les enfants, une pour les grands, mais la Biodanza travaille avec les universaux du genre humain. Claire Lewis a montré son propre travail avec un cadre très varié de pathologies et a présenté des enregistrements vidéos. Ils sont très semblables. Les autistes se comprenaient parfaitement avec les malades du syndrome de Down : vraiment intéressant. Normalement les cadres cliniques des deux pathologies sont opposés. Les autistes ne désirent pas le contact, le regard dans les yeux, alors que les malades du syndrome de Down demandent tellement d’affection et ont beaucoup développé la région hypothalamique. De plus, les autistes ne se comprenaient pas avec les personnes normales mais avec les porteurs du syndrome de Down.

 

Ceci prouve que la Biodanza travaille sans distinction de nationalité, de cadre clinique, mais avec les universaux humains. En décrivant les universaux, nous verrons quels sont les instruments puissants que nous avons pour entrer dans le futur de l’humanité. Au dessus des religions, des nationalités, des cadres cliniques, la Biodanza travaille très bien.

 

Les principaux universaux humains avec lesquels la Biodanza travaille sont :

 

1 – Les instincts

Tous les êtres humains ont l’instinct de conservation. Nous voulons vivre. Tous nous désirons aimer et être aimés. Peu importent les nuances culturelles, le courant de vie et le développement du système nerveux est égal pour tous. Les différences entre les hommes sont culturelles. Un autre niveau de diversité est l’identité, mais les êtres humains forment une seule race biologique, affective. Nous sommes tous un. Les racistes sont contre l’humanité. Les diversités idéologiques sont culturelles et oppressives. L’idéologie du communisme, soutenue par Staline est que « la fin justifie les moyens. Il y a la formule de Machiavel : le pouvoir peut justifier le meurtre de millions de personnes.

 

Le national-socialisme de Hitler était une idéologie qui n’avait aucun fondement dans les universaux humains. Ainsi, il pouvait massacrer des familles entières au nom d’une race supérieure.

 

Faites attention avec les idéologies, les sectes et les religions. Il y a des millions de personnes qui meurent en leur nom.

 

La vie est sacrée et est détruite pour des motivations idéologiques. Il y a des personnes à qui les blancs ne plaisent pas, d’autres les noirs, d’autres les jaunes, d’autres les rouges. Comment ont-ils pu être aussi stupides pour discriminer à  cause de la couleur de la peau et des pigments qui la colorent. De nombreux hommes disqualifient les femmes, les tapent et parfois les tuent. Nous demandons aux femmes de ne plus accepter la disqualification.

 

Certains professeurs disqualifient leurs propres élèves. Dans une école un enseignant m’a dit : « mai pourquoi t’intéresses-tu à ces animaux ? » Imaginez quelles relations peuvent s’instaurer entre ces enseignants et leurs élèves, ou avec des médecins qui disqualifient leurs patients.

 

Quand ma mère était âgée et avait des douleurs dans tout son corps quand elle bougeait, je l’ai amené chez un médecin qui lui a demandé : « comment vous sentez-vous madame ? » et elle « J’ai mal dans tout le corps ». Sa réponse fut : « Il faut accepter cela à votre âge ! » Alors je l’ai agressé, je l’ai insulté et je suis parti sans plus lui parler.

 

Il y a quelques années il y avait beaucoup de racisme au Brésil (aujourd’hui moins). Je suis allé dans un restaurant de luxe avec une personne de peau noire. Un serveur s’est approché de moi et m’a doucement averti « monsieur, ici nous ne servons pas les noirs ». J’ai lancé une chaise contre la fenêtre en disant « maintenant, appelez la police ». Ils sont restés comme paralysés et nous sommes partis manger dans un autre restaurant.

 

En Biodanza, il n’y a pas d’espace pour le racisme !

 

2 – La musique

L’universalité de la musique entendue comme rythme, harmonie, mélodie, tonalité.

 

Si la musique a ces caractéristiques, on peut parler de musique organique. Mais les autres musiques dodécaphoniques, atonales et qui n’entrent pas dans les 4 caractéristiques citées plus haut, comme celles souvent utilisées par les jeunes, sont légitimes et…. permettent un voyage en enfer.

 

Nous choisissons les musiques organiques et, parmi elles, celles qui ont des caractères universaux. Je vous surprendrais par le fait que j’ai donné des classes en Afrique en proposant des danses avec la valse (c’est un rythme à trois temps qui est le rythme du cœur).

 

La samba est une musique universelle, vous devriez voir les japonais la danser. Je recommande aux brésiliens de préserver la samba de toutes ces contaminations qui la mettent en péril.

 

De plus, beaucoup de morceaux de vieux jazz avec des caractéristiques africaines anciennes comme le soul et le dixieland sont universaux.

 

Il faut prêter l’oreille. Certains musiciens très raffinés n’aiment pas la musique populaire, mais certaines d’entre elles sont vraiment très belles.

 

3 – Le corps

Nous avons tous deux bras, deux jambes, un nez… En Biodanza nous utilisons le corps. Je ne méprise pas les thérapies analytiques et verbales parce que nous avons souvent besoin de parler, mais elles sont limitées si elles n’englobent pas le corps. Les mouvement que nous utilisons en Biodanza sont intégrés et sont utilisés sur toute la planète.

 

En anthropologie de la danse, nous pouvons voir une ligne qui traverse toutes les cultures jusqu’à la nôtre et qui présente ces mouvements intégrés.

 

4 – La vivencia

La vivencia, non la raison cognitive, est le centre de la Biodanza. Tous les êtres humains sont sensibles aux différentes vivencias de façon très semblable : vitalité, amour, créativité, sexualité et aussi transcendance. Nous n’utilisons pas le raisonnement et les relations cause – effet dans les conflits. Les causes peuvent aussi être connues de façon rationnelle, mais elles restent. Certaines thérapies se fondent sur l’hypothèse que, en rendant les conflits conscients, on les résout. Je pense que c’est faux. Il y a des personnes hystériques, en thérapie depuis des années, et qui restent plus longtemps dans l’hystérie… de leur thérapeute. Les personnes ont besoin de contact, de caresses et la Biodanza les utilises comme un autre universel, c’est le 5ème point.

 

5 – Le contact et la caresse

On dit que la caresse affective influence la sexualité. Oui, c’est vrai ! C’est que la sexualité reste un tabou dans une civilisation malade et spiritualiste. La chose la plus spirituelle est le sexe. Le désir sexuel est innocent, pur, une prière à Dieu. La chose la plus belle est d’être ensemble en faisant l’amour. Ces universaux dont nous parlons sont sourds à toute culture, à toute idéologie.

 

6 – L’amour

Nous pourrions encore dire tant de chose, mais la plus importante est que la Biodanza travaille avec la partie universelle de l’être humain. Ainsi, quand la Biodanza arrive dans un nouveau pays, les personnes viennent parce que nous désirons tous vivre la vie.

 

Si nous étudions en profondeur les sciences humaines, nous arrivons toujours aux universaux humains, non à des choses liées au succès ou qui suivent les changements du progrès.

 

Mais l’universel le plus grand est l’amour.

 
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Article des mois de juillet-août 2010

Le principe biocentrique par Feliciano Flores

 

Et alors surgit Rolando Toro, avec son principe biocentrique, une extension du sentiment écologique jusqu’au-delà des limites, ou non-limites, du cosmos.

 

Pour Rolando, son principe biocentrique est un mode de pensée et de vécu dont le point de départ et la référence existentielle est la compréhension et la vivencia d’un système vivant plus vaste, l’Univers lui-même. Le principe biocentrique se fonde sur la conception de l’Univers comme un immense système vivant. La vie, dans son expression la plus subtile, imprègne tout ce qui existe, soutient la Totalité. La dynamique universelle est l’expression même de la vie.

 

Pour Rolando, ce ne sont pas que les plantes, les animaux et les être humains, Gaia enfin, qui manifestent la vie. Tout ce qui existe, depuis les ondes-particules jusqu’aux supernovae, des bruits de fond cosmiques au chant sonore des oiseaux, depuis les sables du désert et les roches de montagnes jusqu’aux pensées les plus subtiles et aux émotions les plus asservissantes, tout est Vie.

 

Les physiciens constatent et théorisent au sujet d’un surgissement expansif de l’Univers, le Big Bang, et considèrent ceci comme un processus de dégradation, marqué par l’entropie, et en route vers une désorganisation finale (entropie doom).

 

Et cependant la vie se manifeste, tout au moins sous la forme que nous connaissons sur Terre, comme un processus d’organisation.

 

Pour Rolando Toro, ces deux processus universels (organisation et désorganisation) sont comparables à ceux qui se produisent dans les manifestations de la vie terrestre, représentées par les dits « organismes vivants ».

 

La dégradation entropique, avec la décroissance énergétique pour l’état thermique, représente la fonction catabolique de cet immense organisme, tandis que l’organisation de la vie est alimentée par la néguentropie (ou syntropie), caractérisant le processus anabolique de l’Univers Vivant.

 

Selon les mots de Rolando Toro, « l’Univers existe parce que la vie existe, et non pas le contraire, et les relations de transformation matière-énergie sont des niveaux d’intégration de la Vie. » Pour lui, la vie ne serait pas simplement le résultat de processus chimiques et énergétiques, mais résulterait d’un programme « impliqué » qui guiderait la construction de l’Univers.

 

Reprenant l’idée de David Bohm, selon laquelle, sous le domaine expliqué par la science, il y a un domaine impliqué de totalité indivise, Rolando Toro propose que la Vie soit le « fondement impliqué ou unificateur, ou transcendantal, sous-jacent aux faits explicites » (Bohm, 1992).

 

L’idée de l’Univers comme système vivant doit être insérée, d’une manière ou d’une autre, dans l’inconscient collectif. La perception d’un ordre cosmique, à partir de la contemplation du mouvement des étoiles, aurait évoqué, « des profondeurs de l’imagination » des pré-Sumériens, déjà au troisième siècle av. J.-C., une reconnaissance de similitude entre la dynamique universelle et la dynamique corporelle. « Il s’est formé un vaste concept de l’univers comme être vivant, semblable à une grande mère, dans le ventre de laquelle tous les mondes, aussi bien de la vie que de la mort, avaient leurs existence. De son côté, le corps humain est une reproduction en miniature de la forme macrocosmique » (Campbell, 1991).

 

Pour certains philosophes, tout comme dans les idées attribuées au philosophe présocratique Thalès de Milet (7ème-6ème siècle av. J.-C.), on pourrait identifier la conception, plus tard réaffirmée dans l’hilosoïsme épicurien (3ème siècle av. J.-C.), qui considérait la matière (et par extension tout l’Univers) comme un organisme biologique.

 

De nos jours, quelques auteurs réussissent à s’approcher de cette vision, mais ils sont encore loin du courage ou de l’ouverture intuitive de Rolando Toro.

 

Russel (1991), dans son livre, « Le réveil de la Terre : le cerveau global » se pose lui-même la question : « Serait-il possible que parmi dix billions de planètes vivantes dans notre galaxie émergent quelques super-organismes galactiques dont les cellules seraient des Gaias éveillées ? »

 

Alors que l’on perçoit chez Toro (1982, 1986, 1991) la conception que les types de vie sur la Terre et, éventuellement, sur les planètes seraient des formes de manifestation de la Vie qui imprègne l’Univers, Russel ne va pas plus loin que d’admettre la possibilité d’évolution d’un super-organisme galactique à partir de l’évolution de la conscience (anthropocentrisme ?) sur les « planètes vivantes », au sein de ce qu’il nomme les Champs de Gaia, jusqu’à un niveau qu’il identifie comme le Brahma des hindous.

 

Capra (2003), dans son œuvre la plus récente (et certainement la plus provocante), « La Toile de la Vie : une nouvelle interprétation scientifique des systèmes vivants », après avoir analysé l’hypothèse de Gaia en tant que système vivant, essaye d’étendre son questionnement à l’Univers comme un tout : « L’univers serait-il vivant ? ». Bien que restreint par la rigidité scientifique, il se risque à affirmer : « Pour de nombreuses personnes, y compris pour moi-même, il est philosophiquement et spirituellement plus satisfaisant de supposer que le cosmos dans son ensemble est vivant. Cependant, à l’intérieur de la structure de la science, nous ne pouvons pas – ou tout au moins nous ne voulons pas faire de telles affirmations. Si nous appliquons nos critères scientifiques pour la vie à l’univers tout entier, nous trouvons de sérieuses difficultés conceptuelles ».

 

Rolando, pour sa part, n’essaie pas, ni ne juge nécessaire de justifier sa position à travers des méthodes basées sur la logique déductive et à travers les dits critères scientifiques qui enchaînent Capra. Son optique est celle de la connaissance qui naît de l’intuition et de la vivencia de la vie même. Il part courageusement de sa sensation intuitive que l’Univers est un fabuleux Système Vivant, l’Organisme Cosmique.

 

Il est également très intéressant de lire le dernier chapitre de l’œuvre de De Duve (1997), dont le tire en soi est surprenant et émouvant : « Poussière de vie : une histoire du vivant ». Christian De Duve, biochimiste belge, lauréat du Prix Nobel en 1974, ne se contente pas d’introduire dans ce dernier chapitre un item sous-titré Le Cosmos Vivant, et commençant par ces mots : « L’univers foisonne de vie ». Plus loin, il fait chœur avec Russel, cité ci-dessus, lorsqu’il affirme : « La Terre fait partie, tout comme des milliers de milliards d’autres corps qui lui sont semblables, d’un nuage cosmique de « poussière de vie » qui existe parce que l’Univers est tel qu’il est ». Ensuite, il s’approche un peu plus de la proposition de Rolando Toro quand il écrit : « L’Univers est vie, avec autour les infrastructures nécessaires ; il consiste en premier lieu en des milliers de milliards de biosphères engendrées et nourries par le reste. »

 

En tant que système vivant, l’Univers évolue. Et l’évolution de l’univers est, en réalité, l’évolution de la Vie. »

 

Notre place au sein de ce système, en tant que manifestations conscientes de la Vie, prend une perspective bien différente de celle qui nous fut transmise par la culture.

 

Nous ne sommes plus des êtres passifs, livrés à un destin tragique, et seuls « dans l’immensité indifférente de l’Univers » d’où nous émergeons par hasard, comme le dit Jacques Monod (Monod, 1973).

 

Dans cet Univers Vivant, nous sommes Vie et « nos mouvements s’engendrent dans le sens nourricier du processus évolutif pour créer davantage de Vie dans la Vie », pour paraphraser Rolando.

 

Nous sommes enfin des créateurs de Vie, co-participants conscients du métabolisme cosmique.

 

 

Bohm, David : « La plénitude de l’univers. » Monaco, Editions du Rocher, 1992

Campbell, Joseph, « A Extensão Interior do Espaço Exterior: a metáfora como mito e religião. » Rio de Janeiro: Campus, 1991.

Capra, Fritjof, « La toile de la vie : une nouvelle interprétation scientifique des systèmes vivants » Monaco, Editions du Rocher, 2003

De Duve, Christian : « Poussière de vie : une histoire du vivant » Paris, Fayard, 1996

Monod, Jacques, « Le hasard et la nécessité » Paris, Editions du Seuil, 1973

Toro, Rolando, « Fascicules de formation »

 

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Article du mois de septembre 2010

Le pouvoir du contact par Rolando Toro Araneda

 

Le créateur de la Biodanza explique comment la culture nous rend malade par la peur et la phobie sociale et soutient que l’évolution est celle qui mène à un être humain avec une plus grande capacité d’aimer.

 

« Tout le monde dit qu’il aimerait aimer et être aimé, qu’il aimerait vivre en paix et en sécurité. Mais nous vivons dans une culture qui nous fait oublier comment nous relier avec tendresse et être profondément affectif, non seulement envers une personne déterminée mais envers tous ceux qui nous entourent. Que ce soit au travail, entre amis ou en famille. Il se passe que les personnes sont écartées, sont utilisées et il n’y a pas dans l’échelle des liens une noblesse des relations, une poétique de la réunion » dit Rolando Toro, le créateur de la Biodanza. Et il continue: « Dans notre monde, on a lancé des bombes atomiques, il y a eu l’holocauste et les guerres continuent, la  haine, la compétitivité, la violence urbaine, dans la famille, à l’école, le terrorisme. La destruction du milieu ambiant est un scandale intellectuel, économique et contre la vie. Dans les guerres, des millions d’enfants sont contraints à mourir et à tuer. C’est une des pires maladies, la plus inimaginable. Dans le même sens, la psychiatrie s’est trompée dans sa classification des maladies parce qu’elle suppose que les plus graves sont la schizophrénie, la paranoïa ou la dépression. Mais un fou qui délire qu’il est Napoléon ou qu’il est le Christ élu, ne fait de mal à personne. Ceux par contre qui organisent des invasions, qui construisent des armes, qui utilisent les mécanismes économiques pour appauvrir les plus pauvres… Ceux-ci sont les plus malades! Je parle des dictateurs, des assassins de peuples qui sont la décadence la plus absolue. Nous avons déjà plus de cent ans de psychothérapie et le monde est de pire en pire, parce que le monde est gouverné par un empire de psychopathes. De grands leaders mondiaux gravement malades! La racine du mal est dans la dissociation de l’intelligence et de l’affectivité. L’intelligence devrait s’utiliser pour que le monde soit merveilleux et nous serions tous très heureux; pour l’amour et la création ».

 

Et quand est-ce que cette intelligence est au service de l’amour?

 

- Quand nous avons des expériences d’affection, de respect, de camaraderie. Toute personne au fond désire du contact: elle est anxieuse d’amour, d’innovation, de joie de vivre. Mais il faut qu’elle modifie sa mentalité par l’éducation biocentrique.

 

Je propose non seulement un discours mais une méthodologie: la Biodanza. Il faut pratiquer des vivencias de rencontre, acceptant l’autre comme il est, nous laissant nous toucher en profondeur. Reconnaître que nous méritons d’être bercés, d’être embrassés, ou nous permettre de pleurer, rire, célébrer. Parce que toute l’existence humaine s’organise autour de l’amour, comme conscience d’être vivant et d’être significatif pour quelqu’un.

 

L’un se guérit-il avec l’autre?

 

- Il n’y a pas de santé solitaire. Il n’y a pas non plus de maladie solitaire parce que les êtres humains ne sont essentiellement pas seuls. On a beaucoup parlé d’altérité et de mêmeté comme étant opposés, mais aujourd’hui on comprend que l’altérité est dans la mêmeté. Ce n’est pas “tu es tu” et “je suis je, garde la distance”. C’est “je suis tu”. Toute notre relation avec l’univers est, avant tout, une relation avec les personnes.

 

Et pourquoi y a-t-il la phobie sociale?

 

- Parce que nous sommes dans une culture paranoïde. Nous nous sentons menacés par l’autre. Nous le craignons parce que nous avons des modèles de trahison, de déloyauté, d’agression. Alors la personne doit se cacher pour établir des liens. Ce qui manque dans le monde est la tendresse. Il faut développer de nouvelles formes d’approche et de contact, comme la régression au primordial, à la nature et à l’amour. Sans empathie, nous sommes des fantômes qui n’ont pas accès au mystère des liens humains.

 

Y aurait-il des êtres humains d’une catégorie différente?

 

- Si, mais ceci ne veut pas dire qu’il serait un nouveau raciste. Nous ne souhaitons pas le super homme, nous désirons le super homme avec une conscience éthique, une capacité d’aimer et de créer, d’évoluer vers la grandeur et le sacré avec lucidité, intensité et harmonie. Chaque personne, en accord avec sa biographie, a différentes capacités de se relier. Il y a ceux qui aiment faire du mal, se sont les psychopathes. Parmi eux, il y a de grands chefs d’état. Ensuite viennent les autistes qui ne se relient pas avec les personnes, mais avec les objets. Ensuite il y a les sociophobes qui détestent être avec les gens. Puis il y a ceux qui utilisent les personnes, ce sont les individualistes. Ils interagissent avec les personnes pour obtenir un bénéfice. A un échelon supérieur, il y a ceux qui développent leur identité en compagnie des autres. Cette capacité est merveilleuse. Parce que son identité s’éveille et s’active seulement en présence de l’autre. Les thérapies solitaires sont des tranquillisants mais il n’y a pas de croissance. Ensuite viennent les êtres empathiques ou qui peuvent se mettre à la place de l’autre. A un niveau supérieur, il y a la capacité de se connecter avec le sacré à proprement dit et le sacré de l’autre et être en communion.

 

Et comment apprendre à être des super humains ?

 

- Avec la musique, la danse et les caresses nous pouvons découvrir un monde différent, où nos rêves seraient possibles, un monde de beauté en se créant soi-même dans le cœur de chacun. Avec le génie de nous sentir pleinement vivants. Les personnes doivent apprendre à communiquer entre elles, à s’embrasser, à se regarder dans les yeux, a faire des rondes, à célébrer. Elles doivent apprendre cela avant le présent du subjonctif, la date de naissance de Napoléon ou les tables de multiplication. En éducation, il faut transformer la méthodologie et les contenus du programme. Je ne vois pas d’autre solution que changer l’éducation. Sinon, il n’y a pas d’espoir de survie de l’espèce. Il faut transformer les mécanismes psychiques : croissances, attitudes, valeurs.

 

Comment la Biodanza est-elle née ?

 

- Les personnes disent que j’ai inventé la Biodanza, mais en vérité je l’ai découverte. En travaillant en anthropologie médicale à l’école de médecine, j’avais entre autre pour tâche d’étudier le monde des malades mentaux. J’ai alors vu que les patients avaient tout quitté : leur liberté, leur capacité d’entrer en lien, pour avoir de l’amour, du sexe, pour travailler, pour créer. Cela veut dire qu’ils avaient enterré leur vie. J’ai alors pensé faire une fête pour que ces personnes se sentent moins tristes. J’ai organisé l’événement en invitant les familles, les étudiants en médecine, les infirmières, les paramédicaux, certains médecins et, bien sûr les patients eux-mêmes. A leur arrivée, j’a vu un changement : bien habillés, peignés, très corrects, comme s’ils étaient normaux, parce qu’il y avait une réunion sociale. J’ai alors commencé à mettre de la musique en les invitant à danser et j’ai découvert que certaines musiques étaient meilleures que d’autres pour produire des changements. Les délires et les hallucinations diminuaient, j’ai noté une augmentation de la communication et une plus grande gentillesse les uns pour les autres. J’ai alors commencé à choisir des musiques qui faisaient du bien aux malades et j’en ai découvert d’autres qui leur faisaient du mal, comme les musiques tranquillisantes qui produisaient un effet régressif, qui induisaient la psychose. J’ai ainsi commencé à faire un modèle théorique. J’ai eu un très bon accueil en psychiatrie où tous ont vu le miracle que cela produisait.

 

Maladies de la civilisation

 

« L’être humain est né avec la peur. Mais son évolution consiste justement à augmenter sa perception et sa conscience. Il faut donner de l’amour, donner de l’amour et donner de l’amour. Et la te vient l’amour en retour. Si tu attends qu’on t’aime et tu ne donnes pas d’amour, il ne se passe rien. La première chose est d’apprendre à vivre. Le langage des gestes est archaïque. C’est un ensemble évanescent de matrices archétypiques. Le sourire, par exemple, est le plus vieux réflexe psychosocial. Il apparaît chez l’enfant autour de trois mois de vie… les peuples se différencient par le sourire… Il y a tant de villes avec des habitants qui ont un visage d’animaux tristes ! – réfléchit Toro -. La personne qui n’est pas caressée déprime. Les études sur l’attachement le démontrent. Parfois on se demande : Mais comment vais-je améliorer ma vie en dansant avec des étrangers ? Pourtant c’est une opportunité protégée de guérison. C’est très compliqué d’apprendre l’essence de la vie de façon spontanée parce que la culture te donne des paramètres inhumains : gagner de l’argent, faire attention à l’amour, avoir des projets minuscules et, tout d’abord, t’aider toi-même… tu ne peux avoir des projets basés sur le fait d’être une aide pour les autres. Ainsi la vie chemine et devient chaque jour plus flétrie. C’est finalement une existence frustrée. Le concept de triomphe, de succès est totalement faussé. Et la réponse naturelle est le stress, la dépression, le désamour. Ce sont les maladies de la civilisation ».

 

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Article du mois d'octobre 2010
 

L'effet thérapeutique de la Biodanza sur le stress psychologique par Geny Aparecida Cantos et Rodrigo Schütz

 

Le processus d’homéostasie

L’être humain, par nature, cherche à maintenir un équilibre de ses forces internes, avec tous les organes, en travaillant en harmonie. Ainsi, quand tout va bien, le cœur pulse avec une fréquence idéale et les autres organes également fonctionnent comme « une machine calibrée » en parfait équilibre biologique. L’état d’équilibre des différents systèmes de l’organisme entre eux et de l’organisme comme un tout et avec le milieu ambiant est appelé homéostasie.

 

Ainsi, quand l’équilibre est altéré par un agent stresseur, ou par n’importe quelle situation qui déclenche une émotion, bonne ou mauvaise, ceci constitue une source de stress. Indépendamment du facteur qui a cause le stress, notre corps fait un effort pour s’adapter à la nouvelle situation. Si la réaction est favorable, on un stress positif (eustress, du grec eu, « bon » plus stress) et si un déséquilibre organique se déclenche, c’est le stress négatif (distress, du grec dys, par opposition à eu).

 

Pour Hans Selye, chaque personne a en elle une capacité à résister au stress. Cette capacité, il l’a appelée énergie d’adaptation et, selon ce chercheur, l’individu peut entrainer son organisme de façon à développer une telle énergie, en affrontant mieux les situations de stress. Les besoins corporels varient à certains moments, selon les influences et les sollicitations internes et externes. Ce qui peut représenter un grand problème pour les uns, peut être géré avec tranquillité par les autres. Reconnaître les premiers signes de tension et faire donc quelque chose par rapport à cela peut amener à une importante différence dans la qualité de vie.

 

Effets physiologiques du stress psychologique

La structure et les conflits intrapsychiques, fruits de chaque individu, la personnalité et l’histoire de vie de chacun peuvent être une source de menaces. On peut dire que le stress psychologique est probablement l’état négatif résultant de quelque chose que les personnes perçoivent et qui leur provoque une pression émotionnelle et qui excède donc leurs capacités à l’affronter.

 

On peut rajouter que cette réaction émotionnelle entraîne un ensemble de réactions physiologiques qui suppriment les défenses naturelles du corps, le rendant sujet à la production de cellules anormales due à un déséquilibre profond du mental, de l’hormonal, de l’organique et du psychologique. Selon les neurosciences, les états émotionnels s’accompagnent de réactions des molécules de l’émotion : les neurotransmetteurs et les hormones. Ainsi, au niveau physiologique, le stress agit sur l’hypophyse en libérant l’hormone adrénocorticotrophique (ACTH), laquelle a une action sur les glandes surrénales (qui se situent au-dessus des reins), ce qui fait augmenter la libération d’hormones comme l’adrénaline et le cortisol.

 

Dans une situation à court terme, l’adrénaline mobilise la réaction de lutte et de fuite, car le taux de glucose a besoin d’être élevé dans le sang pour qu’il y ait de l’énergie disponible pendant ce processus. Le stress devient négatif quand il n’y a pa le temps pour la récupération de l’organisme ou quand la personne réagit de façon hostile aux situations. Dans les deux cas, quand l’adrénaline ne suffit pas, le corps doit sécréter du cortisol.

 

La production excessive de cortisol endommage le traitement de la fonction cognitive et aussi de la créativité, perturbant les récepteurs qui captent la mémoire au fur et à mesure que ceux-ci traversent la synapse. De ce fait, les personnes avec une production excessive de cortisol perdent la capacité à assimiler les informations. De plus, l’augmentation de cortisol amène à une augmentation des besoins nutritionnels, pouvant diminuer les quantités de magnésium « un minéral calmant ». Ainsi, plus l’individu est vulnérable au stress, plus grande est la perte de cet élément. D’autre part, le magnésium va « à l’encontre » du calcium et ces deux minéraux, normalement, maintiennent l’équilibre de l’un et de l’autre. D’autres nutriments comme les vitamines C et E qui aident à protéger le cerveau des radicaux libres sont aussi épuisés dans des situations de stress.

 

Via le cortisol, le stress accélère aussi le métabolisme des hydrates de carbone et du neuropeptide Y qui donne envie de consommer des hydrates de carbone. Ce mécanisme est la raison pour laquelle de nombreuses personnes mangent trop de douceurs et d’aliments contenant de l’amidon quand elles sont stressées.

 

Santé et maladie

Nous sommes un système composé de différentes unités qui sont, en même temps, autonomes et intégrées entre elles, faisant partie d’un ensemble plus grand. Aucun système n’est indépendant d’un autre. On peut dire que la santé serait quand le corps, l’esprit et les sentiments sont reliés entre eux de façon harmonieuse et en équilibre avec le milieu ambiant dans un processus continu de la vie.

 

Opposée au concept de santé, la maladie signifie la perte relative de l’harmonie ou la pertubation de cette harmonie qui se manifeste dans la conscience et dans l’organisme humain, celui-ci étant vu comme partie de la nature, étant sujet aux forces naturelles. Pour Nahas (2001), tout maladie est le résultat de l’interaction d’un agent agresseur (une cause psychologique ou physique) et de la réponse de l’organise. Ainsi, une maladie n’est pas seulement un fait physique mais un problème qui considère la personne comme un tout : corps, émotions et esprit. Pour Capra (1988), la maladie est vue comme un signal de manque de soin de la part de l’individu.

 

Le système Biodanza et son application aux déséquilibres émotionnels

De nos jours, les aires de connaissances sont reliées à la corporalité et au mouvement humain conscient, de façon à connecter entre elles les activités motrices et mentales. Notre culture valorise trop le rationnel, stimulant beaucoup les réponses analytiques comme la logique, la pensée, les mots, de façon à générer une dissociation entre les capacités perceptives, la motricité, l’affectivité et les fonctions.

 

La tâche de suggérer des mesures générales est un défi, à caractère psychosocial. Elle a pour objectif d’amplifier le niveau de conscience de l’individu sur son mode de vie, surtout en rapport avec l’établissement d’objectifs réels à atteindre, de telle façon à ce qu’il puisse faire une chose, en améliorant chaque fois la perception de certaines habitudes de vie qui nuisent à la santé. C’est cependant de la responsabilité de chacun de prendre soin de son corps (en respectant les normes sociales et en vivant en accord avec les lois de l’Univers). Ceci veut dire que, plus l’individu arrivera à des styles sains et agréables, plus ceux-ci se refléteront dans sa vie de façon positive en diminuant le risque de maladies.

 

Dans cette perspective, on considère qu’il y a de multiples façons de chercher cette harmonisation, comme le tai-chi-chuan, la méditation, les prières, le yoga, la psychothérapie, le reiki, des exercices physiques et d’autres formes comme la pratique d’habitudes alimentaires adéquates. Cependant, un des systèmes les plus efficaces pour réussir cette harmonie est la Biodanza, où on travaille avec une partie qui reste encore saine chez l’individu. La fonction thérapeutique de la Biodanza est un ensemble organisé, dans lequel une des parties est inséparable de la fonction de la totalité, c’est un système holistique de travail avec l’être humain, où l’individu entre en contact avec ses propres ressources d’autorégulation et la guérison vient de motivations internes chargées d’émotion.

 

Dans cette approche multidimensionnelle, les problèmes émotionnels ne sont pas isolés du contexte plus vaste de la vie. On reconnaît que l’organisme est en interaction constante avec son environnement naturel et social. La conception de la santé passerait par un processus d’équilibre dynamique, où l’organisme humain interagit avec le milieu ambiant de façon naturelle et dynamique.

 

En Biodanza, on croit que par la vision affective du monde intrapsychique, la personne pourra valoriser de façon moins traumatique les conflits intimes, ses frustrations et ses sentiments de perte. L’individu pourra être conduit de façon à se sentir aimé et valorisé, enveloppé et protégé, et membre d’un réseau d’interactions et de communications qui fonctionne de façon franche et précise. Les cérémonies de rencontre éveillent la sensibilité en élevant la qualité de santé, pour développer des potentiels hérités génétiquement et rétablir le lien affectif avec nous-mêmes, le prochain et avec la nature.

 

D’autre part, avec l’échange de chaleur et d’affect, et au son de la musique, le corps devient une danse d’hormones (substances produites par des glandes de sécrétion externe) et de neurotransmetteurs, de façon à ce que le centre régulateur limbique-hypothalamique (centre des émotions et des instincts) puisse générer entre autres choses la résistance au stress et un meilleur fonctionnement des organes internes.

 

Au moyen de mouvements et de musiques vigoureuses, la noradrénaline et la dopamine (neurotransmetteurs) peuvent avoir leur production stimulée, déclenchant une réaction adrénergique dans l’organisme, fournissant l’énergie nécessaire. Affectueusement, nous pouvons les appeler les messagers de joie. Cependant, pendant les mouvements lents et doux, le parasympathique est stimulé avec une plus grande production d’acétylcholine et de sérotonine (d’autres neurotransmetteurs), amenant l’individu à la tranquillité. D’autre part, les niveaux de cortisol (hormone) tombent, diffusant dans le cerveau et dans chaque cellule de l’organisme une sensation de confort et de bonheur.

 

Ainsi, au moyen de rythmes variés, les différentes parties du cerveau « dialoguent » en pulsant et en régulant et les personnes vont enrichir et améliorer leur qualité de vie, la qualité de leurs relations. Il y a un déblocage des énergies stagnantes, allégeant les tensions musculaires, diminuant le stress quotidien. Des travaux réalisés par Tadros (1994) et Cantos (2005) confirment les bénéfices de la Biodanza tant contre la dépression que contre le distress (stress négatif). Il y a un adoucissement des rythmes cardiaques et respiratoires et la tension artérielle diminue – cadre idéal pour éviter les maladies cardiovasculaires et vivre pleinement pour de nombreuses années.

 

On considère également que quand la personne est touchée, la quantité d’hémoglobine dans le sang augmente significativement. L’hémoglobine est la partie du sang qui amène la provision vitale d’oxygène dans tous les organes du corps, y compris le cœur et le cerveau. L’augmentation d’hémoglobine active tout le corps, aide à prévenir les maladies et accélère la récupération de l’organisme dans le cas de maladie.

 

On dit que, en Biodanza, le mouvement est intégré, c’est-à-dire qu’il y a une union cohérente entre sentiment, pensée et action et que cette interaction est importante pour qu’il y ait un équilibre. Par la danse, la musique et des mouvements spécifiques, l’individu peut entrer en contact avec lui-même, intégrant le psychique et le somatique de façon à interférer positivement sur sa pensée, ses sensations et son action. Les danses sont conçues pour induire de nouvelles formes de communication en stimulant l’expression de l’identité, permettant une rééducation affective, intégrant l’unité organique et induisant des processus d’expansion de conscience. Le processus d’induction de vivencias intégrantes promeut la rencontre et l’expérience humaine avec ses propres gènes, provoquant des changements dans la façon de sentir, de penser et d’agir chez les personnes qui participent. Ce processus de rénovation au moyen de la vivencia (ra)mène le participant au rôle du personnage principal de sa propre vie, renforçant son identité et développant en même temps son lien avec l’espèce. Nous sommes tous égaux, dans les émotions, dans les désirs, dans la joie et dans la souffrance.

 

La conquête du bien-être dépendra des semences plantées par chacun. La majorité des fois, les personnes ont la liberté de choix et peuvent définir les directions de leur vie. Mais comment peut-on y parvenir ? Une façon est de pouvoir regarder vers ses propres sentiments et se demander, avec sincérité, qu’est-ce qui cause se problème intérieur. C’est souvent reconnaître ses propres limites, en se reconnaissant et s’acceptant soi-même. C’est ensuite chercher des alternatives que l’on puisse mobiliser pour la rencontre de la sincérité, en commençant à chercher quelque chose de meilleur, à expérimenter certains des plaisirs les plus subtiles de la vie.

 

C’est seulement avec un esprit ouvert à ces possibilités, qu’il sera possible de transformer des situations désagréables en grandes découvertes. Et les erreurs pourront se transformer en source d’apprentissage et de compréhension avec leurs imperfections.

 

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Article du mois de novembre 2010
 

Dessin de l'apocalypse par Rolando Toro Araneda

 

L’atmosphère de l’apocalypse envahit la vie quotidienne. L’apocalypse n’est pas une hypothèse pour le futur. C'est une forme intérieure d'expérimentation de l'existence. Ce n'est pas que la destruction écologique, l'extinction de la faune, la violence institutionnalisée; ce ne sont pas seulement le génocide et la barbarie, la faim et le désespoir. L'Apocalypse entre par la fenêtre de notre chambre: il y a dans l'air un désordre qui agite les rideaux, un vide dans la présence des meubles, une cacophonie de voix qui ne disent rien. C'est comme si nous avions perdu les dernières clés de la vie. Et l'amour ne signifie pas grand chose, parce que les actions puériles ont fini par occuper leur place. L'apocalypse avance dans le corps sous forme de cancer ou de schizophrénie; les artères n'ont pas l'élasticité pour supporter la pression et sautent dans le cerveau. Nous perdons notre identité sexuelle parmi les images du sexe, nous perdons notre joie parmi les symboles commerciaux, notre santé dans les amères pollutions de la cigarette, notre appétit dans les aliments empoisonnés.

 

Mais peut-être que tout cela n'est pas encore l'apocalypse. L'apocalypse est le « cela n'importe plus », c'est regarder dans les yeux et ne pas se rencontrer, c'est parler aux personnes et ne pas sentir la plus petite résonance.

 

Nous sommes en train de naviguer en pleine tempête, dans des milliers de barques qui s'enfoncent dans les angoisses de naufrages, sans espoir et sans aide parce que chacun est occupé à se sauver seul.

 

L'apocalypse s'empare de notre corps, étouffe les articulations, imprègne nos cellules pour surgir de nouveau dans nos regards.

 

La violence contre la nature est la violence contre nous-mêmes. La violence n'est pas seulement chez les assassins, les tortionnaires, les délateurs. La violence est partout: dans l'architecture, dans les rues, dans le volume de la musique électronique, dans notre travail aliénant.

 

Nous avons fait un « Pacte avec la Mort » et nous nous efforçons de le maintenir. Nous  nous enveloppons dans un vaste programme de dégradation. Cependant, parfois, dans le soir pollué, entre un rayon de soleil par la fenêtre, une invitation subtile au « Pacte avec la Vie ».

 

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Article du mois de décembre 2010
 

Archétype et Biodanza: une possibilité alchimique par Katia Alves

kali@infolink.com.br

 

Introduction

La thérapie analytique de Jung et le Système Biodanza de Rolando Toro ont de nombreux points en commun. Jung a cité dans un de ses écrits qu’il espérait que d’autres théoriciens continueraient son travail (Jung, l’homme créatif, Luis Paulo Grinberg) en l’amenant au domaine du corporel. Rolando Toro est un de ceux qui a donné une continuité à cette proposition jungienne, en alliant le langage corporel aux découvertes sur l’inconscient collectif et l’archétype. Agissant en pratique sur la théorie, Toro a favorisé un espace pour l’interaction entre la Biodanza et la Psychologie Analytique : cette rencontre favorise une alchimie dans laquelle les éléments théoriques se transforment, en stimulant des réflexions et des questionnements sur la pratique thérapeutique.

Jung et ses successeurs ont travaillé à un niveau personnel et isolément, ayant comme objectif le développement du self (soi-même). Rolando Toro a défendu l’idée qu’il n’y a pas de développement possible sans une interaction avec l’autre (l’alter). De là, son travail s’est fait à un niveau collectif, en ajoutant des personnes, en cherchant l’être intégral.

En partant de l’existence présupposée des « archétypes de l’inconscient collectif », qui ne peuvent être reconnus que quand ils se manifestent par des complexes, des rêves et des délires ou symboles, nous vérifierons que l’utilisation de la musique et du mouvement, dans le Système Biodanza, peut déclencher des manifestations archétypiques en promouvant une plus grande intégration de l’individu avec lui-même, avec les autres êtres humains, en le reliant de façon plus efficace à son univers existentiel.

 

Relation entre la thérapie analytique et la Biodanza

La Biodanza, au long de sa construction, s’est approprié quelques concepts jungiens pour donner une consistance à sa théorie et une base au travail vivenciel. En parlant de la possibilité d’une manifestation archétypique par le mouvement, il devient nécessaire de faire une comparaison entre certains concepts de la thérapie analytique et la Biodanza.

Le concept d’identité est la base des deux théories qui cherchent l’autonomie de l’individu : l’organisation d’un système indépendant, capable de réaliser des actions différenciées en conservant cependant une parfaite intégration dans un système plus grand.

Un des processus les plus évolués des êtres humains est l’apparition de l’identité.

Selon Rolando Toro, l’identité est la vivencia de se sentir créature unique en résonance et en intimité avec tout être vivant. L’identité saine est toujours unie à la perception corporelle unitaire, avec des limites claires, une tendance à l’action assertive dans le monde. Pour Jung, l’identité est le self atteint par le processus d’individuation. Le concept d’individuation jungien ressemble au concept d’évolution de la Biodanza car tous deux proposent que l’être humain naisse déjà avec un potentiel qui pourra être développé tout au long de sa vie. Pour la Thérapie analytique de Jung, le processus d’individuation est conçu comme un chemin qui se parcourt et s’accomplit comme une tendance naturelle de l’homme, celle de devenir indivisible et distinct des autres personnes : un être humain unique, entier. Ce processus suit son cours inconsciemment. Pourtant, l’homme pourra devenir conscient et influencer ce chemin. L’individuation c’est se tourner vers son propre centre, le principe organisateur, le self. Les phénomènes décrits par Jung sont liés à son expérience personnelle, à son travail avec des patients et à ses recherches sur l’alchimie.

 

Dans le processus d’évolution, en Biodanza, selon Rolando Toro, le terme « évolution » signifie intégration, harmonie, force expressive autonome et créative, lien avec toute forme de vie : c’est une tendance naturelle chez tout être vivant, c’est une transformation et un développement. Le processus évolutif est associé au concept de biocentrisme (Principe Biocentrique) : la « vie en tant que centre » est le chemin de toutes formes de vie qui se dirigent vers leur destin, chacune évoluant en consonance avec d’autres manifestations de l’existence. « De la même façon que la totalité de l’être est l’objectif occulte inhérent à chaque semence et désiré ardemment par tous les moyens, l’âme de l’homme est orientée vers son développement, vers son « entièreté » même si elle n’est pas consciente de cela et résiste à sa réalisation.

 

Le chemin d’individuation est inscrit profondément dans le cours de la vie de l’homme, bien qu’il ne soit initialement qu’une trace. La déviation de ce chemin est lié au risque de perturbations psychiques (Jacobi Yolande, Complexe, archétype et symbole). La thérapeute junguienne Yolande Jacobi a noté la similitude du processus d’individuation avec le développement du potentiel inscrit dans la semence.

En Biodanza, on danse ce processus d’évolution ou d’individuation par la « danse de la semence », dans laquelle l’élève entre en contact avec l’énergie évolutive qui est en mouvement ascendant constant. La musique est l’élément qui donne l’impulsion à la croissance de la terre vers la lumière, vers le haut. Il ne s’agit pas que d’individuation de l’être mais d’évolution de l’organisme immense duquel nous faisons partie.

 

De l’inconscient collectif à l’inconscient vital

L’inconscient a deux natures, une personnelle et une impersonnelle (collective et vitale). La psychologie analytique élargit le concept d’inconscient personnel créé par Freud, en mettant en son centre un principe ordonnateur, le self, un centre qui émet de l’énergie. Les contenus constitutifs de la personnalité individuelle font partie de l’inconscient.

 

Les contenus de l’inconscient collectif, selon Jung, représentent la base de la psyché et ont, en général, une régularité, ils représentent une base instinctive et universelle. Ils correspondent à des couches plus profondes de l’inconscient, aux fondements structuraux de la psyché communs à tous les humains. L’inconscient collectif comprend toute la vie psychique de nos ancêtres depuis leur origine.

 

Rolando Toro a complété le travail commencé par Jung dans le domaine du corps, en créant l’inconscient vital.

 

« L’inconscient vital, je l’ai inventé à partir de nouvelles études sur la biologie où on a découvert un objectif dans les cellules. Les cellules agissent avec un objectif spécifique (…) certains tissus, certaines cellules, pour ne pas être dévorés par les macrophages utilisent toute une intelligence différente (…) un psychisme biologique qui est parfois plus profond que l’inconscient collectif » (Rolando Toro).

 

La Biodanza active et permet l’accès à l’inconscient collectif. Les vivencias agissent sur les systèmes corporels et agissent ainsi aussi sur l’inconscient vital, débouchant et vitalisant les canaux par où l’intelligence du psychisme organique flue, activant les transmetteurs, les neurotransmetteurs, les acides et tout ce qui régule la vie corporelle. La proposition de l’inconscient vital, comme le principe biocentrique auquel il est subordonné, rompt avec la dichotomie entre vision organiciste, qui met l’accent sur les processus biologiques, et la vision culturaliste dans laquelle il y a un déterminisme des facteurs relationnels et émotionnels.

 

L’hypothèse Gaïa (Lovelock) conçoit la planète Terre et tout l’Univers comme un grand être vivant qui naît, croît et meurt. Toro utilise cette conception et l’associe à la compréhension des facteurs biologiques constitutifs de l’inconscient, pour proposer le concept d’inconscient vital qui englobe la mémoire de tout l’univers, dès sa création, et inclut toutes les possibilités et les formes de vies existantes dans toute l’étendue du Cosmos.

 

Les vivencias, en Biodanza, mobilisent les trois dimensions de l’inconscient : le personnel dans l’intégration corporelle, dans les danses d’intégration motrice, les vivencias spécifiques pour dissoudre les tensions musculaires (cuirasses), l’intégration des trois centres (sentir, penser et agir), la marche, les sauts, etc. ; le collectif dans le contact avec l’archaïque, les images primordiales, les vivencias des Positions Génératrices, les quatre animaux, les quatre éléments, etc. ; le vital dans l’accès à l’intelligence du psychisme biologique de l’Univers et dans les réactions biochimiques de l’organisme, par des vivencias de communication et de rencontre, les caresses et l’érotisme, la régression par la transe, les jeux joyeux, l’humour et le rire, les réaction cénesthésiques de plaisir.

 

La proposition de Jung est que l’on doit considérer les instincts comme des processus inconscients, hérités, qui ont une régularité universelle et se manifestent comme besoins compulsifs, c’est-à-dire réflexes.

 

Selon la Biodanza, la culture construite sur des valeurs anti-vie empêche, désorganise et pervertit les instincts, créant la pathologie sociale et individuelle. La tâche des facilitateurs est de restaurer la base instinctive de la vie, en cherchant à orienter ces impulsions primordiales. Les instincts sont un réseau systémique, avec une représentation biochimique et une projection directe sur le comportement et le style de vie.

 

Concernant l’archétype, son origine étymologique est le radical grec « arche » qui se réfère au commencement, à l’origine et « tipo » qui dérive d’un verbe grec qui signifie « frapper » et du substantif qui se réfère  à l’impression ou au modèle. Ainsi, l’archétype veut dire le modèle à partir duquel sont imprimées des copies, le modèle sous-jacent, le point de départ à partir du quel une chose se développe.

 

Pour Jung, ce qui arrive dans la conscience individuelle est toujours des images archétypiques ou des manifestations concrètes et particulières qui sont sous l’influence de facteurs socioculturels et individuels. La notion d’archétype en soi n’est pas représentable mais a des effets qui nous permettent de les visualiser par la production d’ « images archétypiques » : un monde rempli de stimuli, d’attributs, d’images, de métaphores et de métonymies qui ont des significations semblables pour chacun de nous. Les archétypes sont des principes organisateurs universaux (cosmiques) qui touchent les particularités de l’existence (y compris humaine).

 

Elles peuvent pourtant se manifester dans notre psyché individuelle, sous forme de contenus mythiques dont nous trouvons l’origine dans les gestes antiques, les coutumes, les émotions et les cultures humaines.

 

Quand les archétypes se manifestent, les individus contemporains racontent l’histoire psychologique de l’humanité, ses valeurs, ses croyances, ses peurs, sa religion, etc.

 

Les instincts et les archétypes forment ensemble l’inconscient collectif. Comme tous, nous avons un ensemble d’instincts, également un ensemble d’images primordiales ou archétypes qui peuvent se manifester à n’importe quelle heure au cours de la vie.

 

Jung lui-même a affirmé qu’il était impossible de prouver l’existence des archétypes. Ils sont seulement prouvés quand ils se manifestent concrètement. Touché par le conscient, l’archétype peut devenir manifeste et recevoir une forme. Dans le domaine biologique, par exemple, l’expression de l’archétype apparaît dans l’élan du mouvement, dans l’expression par l’art, etc. Dans le domaine spirituel, il se manifeste comme image ou idée transcendante ou numineuse. « Chaque fois qu’un archétype apparaît dans un rêve, un fantasme ou dans la vie, il amène avec lui une force qui pousse à l’action (Jung Carl Gustav, Psychologie de l’inconscient).

 

Cette force qui pousse à l’action est celle qui nous amène à « danser » l’archétype. Rolando Toro fonde les vivencias archétypiques dans l’affirmation que, dès les origines de l’histoire humaine jusqu’à nos jours, l’homme réalise des gestes éternels, des gestes qui sont capables d’induire des vivencias profondes de transcendance et générer des danses harmonisatrices et intégrantes, grâce à la force expressive qui surgit de ces gestes éternels.

 

Il a choisi certains gestes ou positions manifestés d’innombrables fois dans différentes cultures par l’art et les a appelés Positions Génératrices. Parmi d’autres vivencias, c’est par les Positions Génératrices que ces potentiels humains sont exprimés et ensuite étendus à la danse créative qu’elles génèrent. Ainsi, nous accédons à l’énergie de l’archétype qui, amplifié par la danse, crée une unité entre esprit, psyché et corps. Les Positions Génératrices, par la danse, stimulent les énergies psychiques de l’inconscient collectif et vitales de l’inconscient vital. Elles permettent l’accès aux énergies psychiques et, par le mouvement, à l’énergie vitale qui s’étend dans l’organisme et amène  ensuite à une structuration symbolique du psychisme par l’image archétypique. Rolando Toro montre la possibilité de bouger le symbolique, en agissant sur l’énergie vitale, puisque ce n’est qu’avec la vivencia que l’on peut stimuler la potentialité d’un archétype.

 

Symboles et mythes

La différence entre symbole et archétype est que celui-ci est invisible, car il est un potentiel, une inspiration ; le symbole est la musique, l’art, l’image. L’archétype est universel et immuable, alors que le symbole exprime l’archétype dans l’histoire de chaque culture et non dans « l’ici et maintenant ».

 

La Biodanza permet de bouger le symbolique en le manifestant par le geste.

 

L’énergie emmagasinée par l’archétype amène l’individu au-delà du symbole : l’élève entre en contact avec l’énergie de l’archétype, créant une danse qui exprime son inconscient, activant le psychique et le physique, ce qui a pour résultat la rénovation organique, une fonction structurante qui amplifie les potentiels de chaque personne.

 

Les danses archétypiques, en Biodanza, comme la danse des Quatre Eléments, permettent une transmutation alchimique chez les participants. Jung pensait que l’alchimie, vérifiée à la lumière du symbolique, pouvait être considérée comme précurseur de l’étude moderne de l’inconscient et, en particulier, d’un intérêt analytique dans la transformation de la personnalité.

 

Un des objectifs des alchimistes des 15ème et 16ème siècles était la libération de l’âme humaine. L’alchimie élucide la façon dont une relation avec une autre personne promeut une croissance interne. L’étrange combinaison d’un lieu dans le monde, d’un temps déterminé, dans une circonstance émotionnelle particulière, ce que nous appelons vivencia, est avant tout le résultat alchimique d’une rencontre d’un être humain avec un autre être humain, avec le monde, avec la nature, avec les objets ou avec l’infini insondable.

 

D’autres danses archétypiques sont celles des Quatre Animaux qui mobilisent les archétypes psychomoteurs, amenant la personne à percevoir son mouvement corporel et existentiel (son action sur le monde). Ces danses symbolisent les forces de la nature et évoquent des possibilités instinctives-motrices qui ont un effet revitalisant extraordinaire.

 

Les mythes sont déjà des légendes orales appartenant à la culture d’un peuple, qui expliquent par l’appel au divin et au mystère l’origine de l’univers, le fonctionnement de la nature et l’origine des valeurs de base de ce peuple. Les exemples les plus impressionnants de symboles collectifs sont fournis par les mythologies des peuples. La mythologie, comme portrait vivant de la formation du monde, est la manifestation, le revêtement primaire des archétypes, quand ceux-ci deviennent symboles.

 

Les vivencias en Biodanza ont une valeur intégrante en elles-mêmes, évoquant des contenus primordiaux qui s’organisent selon le modèle téléologique qui oriente la création de la vie dans l’univers, un principe que Rolando Toro a appelé Biocentrique : son action se base sur le système limbique-hypothalamique, centre de la conduite flexible des émotions et des instincts.

 

En évoquant ou en induisant des vivencias, le facilitateur de Biodanza active la mémoire archétypique humaine, promouvant une intégration profonde et nécessaire entre l’organisme biologique et l’organisation culturelle (symbolique). Dans la recherche possible du self, la Biodanza place l’individu dans le labyrinthe, tenant la main du Minotaure pour avoir l’énergie d’être attiré dans les bras de Dionysos et, avec beaucoup de plaisir, de descendre dans le règne de Hadès, demandant de l’aide à Orphée pour sortir de là, marcher entre terre, eau, air et feu et, ensuite, se planter comme une semence pour renaître, tel le Phoenix, et opter pour la condition d’être vivant abandonnant l’état de survie, dépassant les peurs qui menacent son identité et sa cohabitation harmonieuse dans la société.

 

Transmuter et changer de façon essentielle, changer l’essence, modifier à partir de l’intérieur. Transformer et changer de forme, en gardant l’essence, modifier de l’extérieur. Quand une transmutation interne arrive, arrive aussi une transformation dans le comportement et dans le style de vie. Le processus de déclenchement des vivencias intégrantes produit une vraie transmutation alchimique. L’élève, quand il danse, sent quelque chose et, dans un mouvement vivenciel, métabolise la condition déclenchée intérieurement par cette émotion dans le mouvement sensible, dans la présence affective d’un autre être humain et dans l’expression créative du sentiment.

 

Nous transmutons biochimiquement des sensations, des émotions et des vivencias, arrivant souvent à faire un saut évolutif. La Biodanza cherche un changement existentiel à des niveaux chaque fois plus vastes, de connexion à la totalité cosmique. Le modèle biocentrique s’inclut parmi les modèles biologiques de transmutation d’énergie par le contact, la rencontre et la caresse. Pendant la rencontre on crée des champs énergétiques d’intensité et de qualités variables. Dans la rencontre, il y a toujours rétro-alimentation (feedback). Les interactions énergétiques complexes arrivent en Biodanza par des exercices qui permettent la transmutation de la peur en courage, de la souffrance en plénitude de vie, de l’angoisse en harmonie, de la violence en amour, de la fragilité en force, du déséquilibre organique en autorégulation, de la décadence biologique en rénovation organique.

 

Considérations finales

Jung ramena de ses voyages à l’intérieur de lui les découvertes de l’inconscient collectif, les archétypes et les symboles. Etant un « introverti », il a vécu ses découvertes solitairement, dans les profondeurs de l’inconscient.

 

Toro a proposé le mouvement corporel des concepts junguiens : le Principe Biocentrique de « danser la vie », la vie comme centre, dans un acte de connexion avec l’Univers, lieu où tout danse. Danser la vie signifiant la transformation d’une culture capitaliste en une culture centrée sur le plaisir de vivre. Toro, étant un « extraverti », il a cherché à étendre les découvertes junguiennes de par le monde : un mouvement expansif ascendant.

 

Les deux théories pour l’instant se complètent en forme et en contenu : en théorie et en pratique. Rolando Toro a approfondi avec les vivencias de Biodanza le travail commencé par Jung.

 

Ce texte prétend « ouvrir des portes » par où nous pouvons amener d’autres recherches et d’autres contributions au processus thérapeutique, qui permettent la formation d’un être humain plus plein, en harmonie à l’intérieur et avec l’univers extérieur. Ainsi, parler de certaines idées contenues ici serait incompatible avec la théorie junguienne et avec la Biodanza : nous sommes des êtres inachevés et, grâce à cela, nous sommes inquiets, interrogateurs et nous vivons en recherches constantes. C’est le parcours de notre existence sur cette planète Terre.

 

Bibliographie

BYTON, C. Desenvolvimento da personalidade
CAMPBELL, J. Puissance du mythe.
CHEVALIER, J. et al. Dictionnaire des symboles
DOWNING, C. Espelhos do Self
FERREIRA, J. H. De corpo e alma
GRINBERG, L. P. Jung, o homem criativo
JACOBI, J. Complexe, archétype, symbole
JUNG, C. G. A natureza da psique
                   Psychologie de l’inconscient
                   Souvenirs, rêves et pensées
SAMUELS, A. et al. Dicionário crítico de análise junguiana.
SILVEIRA, N. Jung, vida e obra
TORO, R. Théorie de la Biodanza              

               O Minotauro
WHITMONT, E. C. A busca do símbolo

 

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