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Articles 2009

 

 

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janvier : Esprit et nature: une retrouvaille ? par Feliciano Flores
février : Les effets thérapeutiques de la Biodanza par Rolando Toro Araneda
mars : Les lignes de vivencia par Sanclair Lemos
avril : Biodanza et musique par Rolando Toro Araneda
mai : Stimulation du psychisme fœtal par la Biodanza par Alfonso Granda Benitez
juin : Vivencia et apprentissage par Rolando Toro Araneda
juillet-août : Evaluation de la Biodanza comme système pour la modification de l'estime de soi par Jessica Medel
septembre : La synchronicité: une manifestation de l'ordre cosmique universel par Rolando Toro Araneda
octobre : Education et développement cérébral par Padilla Gittith Sanchez
novembre : Echelle évolutive de liens: un chemin vers l'inconscient numineux par Rolando Toro Araneda
décembre : Le genre masculin en Biodanza par Gaston Andino

 

Article du mois de janvier 2009
 

Esprit et nature: une retrouvaille ? par Feliciano Flores

 

J’ose prendre en prêt une partie du titre du livre de Gregory Bateson, anthropologue américain (1904-1980) pour donner un nom aux réflexions qui je veux présenter ci-dessous. Le titre original du livre est « La nature et la pensée : une unité nécessaire » mais le thème développé dans cet article n’est pas directement lié à son contenu.

Pourtant le titre est très inspirant et, en considérant la proposition de Bateson d’une « unité nécessaire », il me vient tout de suite l’idée que l’esprit et la nature sont, dans un consensus général, définitivement séparés.

Notre vision du monde actuel est fortement marquée par des dichotomies, séparant corps et âme, matière et esprit, nature et humanité, sacré et profane, immanence et transcendance, etc.

Je comprends que ces dichotomies sont plus une indication de polarité que d’opposition de contraires ou de séparation d’unités isolées.

La transition d’un pôle à l’autre fait partie du cycle vital et de notre vivencia quotidienne. Notre être, comme un tout, peut passer de la vigilance au sommeil, de la pleine conscience à la rêverie, de la perception concrète du réel à la dissolution mystique dans la transcendance.

« N’oublie pas que la goutte peut savoir qu’elle est dans l’océan mais elle se rend rarement compte que tout l’océan est en elle » (Ma Amanda Moy, citée par Graf Dürkheim dans « Dialogue on the path of initiation »).

La possibilité de percevoir que nous sommes la goutte et que nous sommes tout l’océan est ce qui nous permet à la fois le contact conscient avec la réalité et le fait de se fondre dans le tout auquel nous appartenons.

Si nous acceptons donc, avec Bateson, la nécessité d’une union, comment promouvoir cette rencontre, cette fusion, ce retour à la conception d’une unité ?

En tentant de faire une réflexion personnelle, je me suis reporté à un livre publié en 1980 par Marilyn Ferguson et intitulé « La conspiration du Verseau ». Dans ce livre, l’auteure se réfère à l’apparition de groupes de discussion et de réflexion, de révision philosophique, de recherche de retour aux valeurs humaines et d’effort pour améliorer les relations sociales. Elle écrit :

«  un réseau souterrain travaille pour créer un type de société différent, basé sur un concept amplement élargi du potentiel humain ».

Elle a eu l’intuition et constatait en même temps que, dans ce moment historique, arrivait un mouvement souterrain, subversif, conspiratif, de personnes qui cherchaient à retrouver leur « humanité », c’est-à-dire leur caractéristique d’ « être humain », dans un monde qui semblait l’avoir oublié.

Les années 90 ont donné raison à Ferguson, car elle a été marquée par des manifestations que nous pouvons considérer comme l’émergence de ce mouvement souterrain : les librairies ont du créer un espace spécial pour la littérature du « développement personnel », les disquaires ont augmenté dans leurs étagères le titre « New-Age », les week-ends étaient occupés par des cours, des ateliers et des « vivencias » sur les processus de transformation personnelle. Les ONG sont apparues, le mouvement écologique s’est renforcé ; dans la pratique, avec l’action combative de Greenpeace, dans la théorie avec les concepts philosophiques de l’Ecologie Profonde.

Parallèlement, une littérature plus académique a commencé à indiquer des chemins théoriques plus modernes pour les conceptions scientifiques. Des noms comme Kuhn, Hawking, Bohm, Prigogine, Monod, Capra, Maturana, Varela, Morin, Hillman, entre autres, commencèrent à être cités dans des discussions intellectuelles et même dans le public en général.

 

Le monde « réel » environnant balançait entre deux attitudes. Une de négation, soit par une critique fondée, soit par la disqualification due à des préjugés, soit par l’idée simpliste du « je n’ai pas vu et je n’ai pas aimé ». Une autre, de constatation interrogative, d’observation méthodique et d’évaluation avec l’esprit ouvert.

 

En adhérant à cette seconde attitude, plus en accord avec le bon sens, nous pouvons chercher une explication possible pour l’émergence de ces phénomènes.

 

D’un côté, nous constatons (et les lectures nous informent) que le monde contemporain, peut-être à partir de la Révolution Industrielle, s’est tourné « vers l’extérieur ». Les intérêts étaient (ou sont encore) tous dirigés vers la matérialité, vers la construction physique de l’état, vers la technologie, vers l’accumulation de biens. Enfin, vers une culture de « l’avoir ».

 

D’un autre côté, nous savons que l’être humain, en étant humain, pense, rationnalise, se questionne et ne peut échapper à l’éternelle question : qui suis-je ? Il y a un besoin intrinsèque de se tourner « vers l’intérieur », de chercher qui on est, de découvrir son essence, l’être.

 

Cette aspiration, à mon avis, est ce qui donna origine, au sein d’un « monde concret », à la conspiration dont Ferguson a eu l’intuition.

 

En essayant de me situer parmi ces transformations, je cherche à réfléchir sur moi-même en utilisant une dichotomie pour m’acheminer vers une retrouvaille.

 

En me demandant « qui suis-je ? », je décide de considérer d’abord mes caractéristiques dites biologiques, soit ce qui en moi est défini comme « nature ».

 

Je suis un être vivant, un organisme où des parties sont organisées pour former un tout. Je suis un animal, ce qui veut dire que je suis classé comme appartenant à un des cinq règnes biologiques. Je suis sensible, ce qui signifie que je perçois mon environnement (milieu ambiant) par des mécanismes sensoriels (sens) coordonnés par un système nerveux, et avec ces éléments je me mets en relation.

 

En tant qu’organisme animal sensible, je suis le résultat de multiples coïncidences et de rencontres. Avant moi, d’autres organismes animaux ont senti mutuellement leurs présences, se sont liés et ont créé mes ancêtres. Ainsi, en plus de faire partie du corps de mes parents (deux cellules vivantes qui fusionnèrent), je fais partie de tous ceux qui m’ont précédé car, dans cette continuité, il n’y a pas d’interruption du flux de la vie. Paradoxalement, je suis tous mais je suis unique. Pour la génétique, je suis un résumé de toute l’humanité qui m’a précédé dans ma lignée. Pour l’identité, je suis unique, sans qu’il n’y ait personne pareil à moi.

 

Si j’examine ma structure matérielle, je vois que mes molécules organiques sont formées par les mêmes atomes qui forment le restant de la matière de l’univers. Ces atomes, selon les théories les plus récentes, furent et sont générés dans les processus d’évolution d’une étoile. Ainsi, matériellement, de manière atomique, je suis enfant des étoiles, rejeton de l’univers.

 

Mes caractéristiques matérielles et biologiques définissent ma nature : un être qui manifeste la vie. Ma nature est de manifester la vie en moi…

 

Pour continuer, j’en viens à considérer en moi un autre type de caractéristiques. Par le fait de « me rendre compte », d’avoir une conscience, de pouvoir penser et réfléchir, j’ai des caractéristiques qui peuvent être appelées existentielles, ou quelque chose que nous pouvons appeler « esprit ». Je ne me réfère pas ici à une entité séparée de mon corps, mais à ces caractéristiques qui me distingue des autres animaux de mon groupe biologique et qui me permettent d’être appelé « être humain ».

 

En étant humain, je me perçois avec un potentiel d’évolution individuelle, avec une capacité de créer des choses nouvelles et de transformer mon entourage à partir de projets inédits, bien plus que l’action instinctive des autres animaux. Mon animalité peut donc être « spiritualisée ». Ma sensorialité se transforme en « sensibilité ». Mes instincts s’expriment en « émotions » qui évoluent vers des « sentiments ». En tant qu’humain, je suis un être de conscience et d’imagination. Et en moi se manifeste une aspiration à quelque chose de plus, à la « perfection ». Cette aspiration me pousse à chercher mon essence, à « aller au-delà » de moi-même, pour la rencontre de mon esprit. Mon esprit est la transcendance de moi-même.

 

Sur ce point, j’aimerais citer Humberto Maturana, neurophysiologiste chilien, qui a dit dans un cours :

 

« Etre animal ne nie pas le spirituel ; il le rend possible en tant que mode de vie ; les machines ne sont pas des animaux et n’ont pas de vie spirituelle possible, nous nous pouvons avoir une vie spirituelle précisément parce que nous sommes des animaux et en tant qu’animaux nous avons un mode de vie spirituel ».

 

Les caractéristiques décrites ci-dessus pourraient peut-être être résumées en trois aspects essentiellement humains :

 

-          le besoin de résonance avec ses origines, en se reconnaissant et en s’assumant en tant qu’organisme résultant d’une évolution biologique ;

-          l’aspiration à la transcendance comme besoin d’une évolution sur le plan personnel, philosophique, artistique, culturel, spirituel ;

-          l’identité, en tant que conscience de sa propre existence et de l’existence des autres qui me reconnaissent en tant qu’être unique et m’identifient.

 

Mon acheminement vers cette retrouvaille, comme dit plus haut, se fait dans mon processus de recherche de réalisation de mes aspirations existentielles. Comment devrais-je faire cette recherche ? Qu’est-ce que je veux trouver ? Où veux-je arriver ? Les deux dernières questions n’ont pas de réponses. Le processus de transcendance n’est pas téléologique. Il est, à la base, utopique, idéaliste, fantaisiste même. Mais il est humain, totalement humain. Et c’est pour cela que je me lance dans cette recherche.

 

Ce que je cherche, c’est quelque chose que nous appelons « croissance personnelle », parce que rien n’est ajouté. Je cherche ce qui est déjà en moi, je cherche un dévoilement, une redécouverte, une révélation à moi-même.

 

Ainsi, pour cela, je ne peux que partir de ce que je suis, en m’assumant avec mes potentiels et mes faiblesses, avec mes lumières et mes ombres, avec ma beauté et ma laideur. Je pars de ce que je suis biologiquement et existentiellement.

 

Néanmoins, le chemin à faire ne peut être que celui de l’authenticité, sans modèle (car personne n’est comme l’autre) mais avec un  principe guide, auquel je me référerai ensuite.

 

Le chemin de l’authenticité demande une connexion profonde à soi-même, demande de percevoir ma capacité de sentir, de m’émouvoir.

 

Je cite à nouveau Maturana qui affirme dans ses écrits que les relations entre les êtres humains se définissent, pour chaque cas, par une configuration particulière dans la façon de s’émouvoir.

 

Dans cette connexion avec mes émotions, je perçois plus profondément ma nature qui est de manifester la vie. La vie, pulsant en moi, est un phénomène si extraordinaire, si merveilleux qu’il est vraiment ce qu’on peut appeler un miracle. En me regardant en tant qu’être vivant, je perçois toutes les potentialités de mouvement (dans les gestes), de locomotion (dans la marche), de perception (dans la vue et l’ouïe), de communication (dans la parole), de la rencontre avec l’autre (dans la reconnaissance et dans l’amour).

 

La vie en moi prend alors une valeur suprême, le principe guide de ma marche en recherche de l’essence.

 

La valeur immense de ce don précieux m’inspire à prendre soin de moi, à la protection de mon être physique (corps, santé) et spirituel (« âme », essence). Da la même façon, il me révèle les potentiels de vie avec lesquels je peux me connecter et vivre plus pleinement. Les caractéristiques de ces potentiels, je les ai cherchés chez Rolando Toro, éminent psychologue et anthropologue chilien, créateur de la Biodanza :

 

-          la sensation euphorique d’être vivant et l’élan vital qui me fait être-dans-le-monde avec courage, joie et enthousiasme – ma Vitalité ;

-          le plaisir sensoriel de me relier avec le monde et avec les autres en manifestant ma capacité de désirer, de rechercher et de savourer les bonnes choses de la vie – ma Sexualité

-          la possibilité de créer de nouvelles choses, de participer à la transformation du monde, de m’exprimer par l’art – ma Créativité

-          la joie de la relation affective, de l’amitié, de l’amour, du lien avec mes semblables, de la solidarité et de l’altruisme – mon Affectivité

-          l’aspiration à la transcendance par la recherche d’une harmonie existentielle et d’une intégration à l’humanité et à l’univers – ma Transcendance.

 

La vivencia la plus remplie de ces potentiels de vie n’est possible que dans la relation à l’autre car c’est l’autre qui me reconnaît, qui m’identifie. L’identité est l’être-soi-même-dans-le-monde, est présence perçue, est être ici et maintenant en se sentant et en étant reconnu par les autres. L’identité n’existe donc que face à une autre identité.

 

Etre face à l’autre, en vivant mon identité et en permettant à l’autre de vivre la sienne par ma reconnaissance, c’est réaliser ce que Maturana appelle une configuration particulière dans la façon de s’émouvoir. Les citations qui suivent sont de lui :

 

« L’histoire évolutive de l’humanité a dû se passer et s’est passée grâce à une émotion fondamentale qui a rendu possible la cohabitation humaine et cette émotion fondamentale est l’amour » (citation tirée d’un cours).

 

« Ceci est le fondement biologique du phénomène social : l’amour. Sans amour, sans acceptation de l’autre à nos côtés, il n’y a pas de phénomène social, et sans socialisation, il n’y a pas d’humanité » (Maturana & Varela : L’arbre de la connaissance).

 

L’amour est donc un potentiel de vie et une expression de l’esprit, il est le fondement biologique de la cohabitation et de la manifestation transcendante de l’être humain.

 

Ainsi à nouveau, mon esprit est la transcendance de moi-même. Ma nature est de manifester la vie en moi.

 

Seule la vie se manifeste réellement dans la rencontre, dans l’amour.

 

Ainsi, l’amour exprime la nature et l’esprit.

 

Dans l’amour, ma nature est l’esprit.

 

Ceci est une retrouvaille, la synthèse, l’annulation de la dichotomie, l’unité nécessaire.

 
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Article du mois de février 2009
 

Les effets thérapeutiques de la Biodanza par Rolando Toro Araneda

 

Je souhaite donner une vision globale des effets thérapeutiques de la Biodanza sur la base de notre expérience concrète, en Europe et au Brésil.

 

En Suisse et en Italie, nous avons travaillé avec des malades de Parkinson, dans des hôpitaux, avec une équipe médicale, et on a observé que de nombreux symptômes de ces malades diminuaient ou disparaissaient. Malheureusement, l’expérience a été courte, entre 6 et 8 mois et nous n’avons pas observé de nombreuses guérisons. Dans deux cas seulement, nous avons observé la disparition des tremblements. On a cependant observé une réhabilitation existentielle car, avec la maladie, on éprouve une profonde dévalorisation personnelle, une insécurité. Les relations quotidiennes, familières se rompent et ainsi, avec la Biodanza, on récupère la force de l’identité. Bien qu’il y ait encore des tremblements, le mouvement pour commencer la marche et la façon de marcher s’améliorent. Un jour j’ai dit au groupe que j’allais suspendre l’expérience parce que les tremblements n’avaient pas disparu et tous me prièrent de ne pas arrêter l’expérience parce que les tremblements étaient maintenant pour eux insignifiants. Le plus important était qu’ils ressentaient plus de joie et avaient plus confiance en eux.

 

Le facteur émotionnel est lié à la motricité qui permet que le système nerveux cherche des voies alternatives pour celles qui n’existent plus, comme c’est le cas de la formation de dopamine dans la substance noir qui se trouve dans la région hypothalamique ; ainsi une série de voies nerveuses alternatives remplacent celles qui sont détruites.

 

Nous avons aussi travaillé avec des handicapés moteurs, principalement en Italie, dans la ville de Come. Il y eut le cas d’un patient tétraplégique qui pouvait seulement bouger la tête, mais pouvait regarder, chanter, parler, embrasser et recevoir des baisers, et tout cela était pour lui un immense cadeau. La relation affective change leur vie. Il y a des personnes qui ne reçoivent des étreintes qu’à Nouvel An ou pour leur anniversaire, ici ils reçoivent, en une séance, vingt étreintes. C’est une concentration affective, une densité amoureuse très grande. Il était impressionnant de voir les élèves arriver dans la rue en file indienne sur leur chaise roulante pour faire de la Biodanza. Ils peuvent chanter, ils peuvent danser avec les bras et ils peuvent se connecter. Certains arrivèrent à abandonner leur chaise roulante.

 

Dans un hôpital psychiatrique de Rio de Janeiro, les malades font de la Biodanza et peuvent apprécier l’expression de l’intériorité et la sensation de joie et d’affect qu’il y a. Nous avons travaillé dans de nombreux hôpitaux psychiatriques : à l’hôpital de Fortaleza, à l’hôpital psychiatrique de Mira y Lopez, à l’hôpital psychiatrique de Santiago où nous allons maintenant recommencer, à l’hôpital Juqueri y Borda de Buenos Aires et dans certains hôpitaux en Europe. Le changement est surprenant concernant la récupération de l’identité, la diminution des délires et des hallucinations et également dans le fait d’être plus heureux, d’augmenter la connexion avec ses compagnons. Nous avons introduit l’affect dans la thérapie et je pense que l’échec de la psychiatrie pendant de nombreuses années est dû au manque d’amour pour le patient de la part du thérapeute. L’amour paraît être un des facteurs les plus thérapeutiques.

 

Questions du public

 

Question : Existe-t-il un travail avec des personnes épileptiques ?

 

Rolando Toro : J’ai travaillé environ deux ans avec des épileptiques à l’hôpital psychiatrique de Santiago et les crises épileptiques ont diminué et, dans certains cas, pratiquement disparu. Mais il faut combiner la Biodanza avec un traitement. D’un point de vue pharmacologique – à cette époque – les médecins utilisaient Edipan qui les neutralisait, évitait les attaques. Il y avait parfois des attaques pendant la séance mais elles devinrent moins nombreuses parce qu’il n’y avait déjà plus de troubles de l’excitation corticale si intense, étant donné que la partie limbique hypothalamique était plus activée. En outre, l’épilepsie a un lien, une relation causale, bien que méconnue, avec les émotions. Mais en ce moment nous n’avons pas de travail sur ce sujet au Chili.

 

Question : J’aimerais savoir si des voies ont été cherchées pour pouvoir introduire la Biodanza dans l’éducation, comme un outil ou une branche en plus ?

 

Rolando Toro : Notre proposition est d’introduire la Biodanza en tant que branche habituelle et comme médiation affective dans l’éducation classique. Dans de nombreux pays cela a été fait. En Italie, il y a 200 écoles où les enfants font de la Biodanza, également à Fortaleza au Brésil. Nous sommes en train d’introduire la Biodanza en différents endroits dans les dites disciplines conventionnelles de l’éducation et de la thérapie, non comme une alternative, mais comme une continuité des sciences humaines. Ici nous avons un exemple où la Biodanza est introduite au système éducationnel de façon officielle. Dans le bulletin officiel de l’état de Rio de Janeiro, le 31 mars de cette année, fut déclaré ce qui suit : « Nous instituons une semaine de Biodanza et Education Biocentrique dans l’état de Rio de Janeiro. Nous introduisons la Biodanza dans toutes les écoles publiques de l’état et, de façon annuelle, une semaine de Biodanza et d’Education Biocentrique dans les écoles, dans une période qui devra être déterminée par le secrétaire à l’éducation de l’état ». A Milan, la Biodanza est déjà introduite au système éducationnel et nous agissons pour institutionnaliser la Biodanza dans les hôpitaux, les centres de santé et des centres éducationnels.

 

Cecilia Toro : Ici, au Chili, dans le groupe qui forme des éducateurs Montessori, la Biodanza est une branche obligatoire, officielle, non facultative, cela fait deux ans, tant pour les étudiants que pour les moniteurs. Il y a déjà environ 200 étudiants qui ont fait un cours de Biodanza.

 

Question : Quel est votre expérience avec la réhabilitation des drogués ?

 

Rolando Toro : Nous avons ici au Chili l’expérience d’une de nos professeurs qui travaille dans une institution de réhabilitation d’adolescents toxicomanes. Elle a un succès extraordinaire avec la Biodanza, à Curico.

 

Question : Ce qui m’interpelle est que la Biodanza est appliquée dans des pays très différents, dans des contextes culturels si différents. Et si la musique et la danse sont des productions sociales, culturelles, comment le Système Biodanza tient-il compte de ces différences culturelles ? Comment va-t-elle les intégrer dans une perspective de relativisme culturel ?

 

Rolando Toro : La Biodanza est un système complet, cohérent et pour se former en tant que professeur de Biodanza, il y a un cursus de trois ans. Ce n’est pas seulement mettre de la musique et danser, le système est assez sophistiqué. La musique qui s’utilise, par exemple, est une musique qui a des valeurs sonores universelles. Il est vrai que chaque personne a des préférences musicales, ce qui s’appelle le ‘principe de ISo » en musicothérapie et le « miroir sonore » chez Yehudi Menuhin. Pourtant, il y a des constantes dans la musique qui sont pareilles pour toute l’espèce humaine, qui sont des archétypes. Il y a des effets sensationnels au Japon, par exemple, où les Japonais ont une autre musique, d’autres traditions, ils sont très distants, respectueux, ne se touchent pas et maintenant vous pourriez voir – par les vidéos que nous avons – comment ils sautent, s’étreignent, s’embrassent, ils sont heureux. Cela a commencé il y a juste deux ans et il y a maintenant une école au Japon pour former des professeurs japonais et il y a de nombreux cours hebdomadaires, de 50 et 60 élèves. C’est la même chose en Afrique du Sud, dans les îles d’Océanie, comme n’importe où. Ceci veut dire que si nous voulons produire de la joie, nous n’allons pas mettre une marche funèbre de Beethoven, ou si nous désirons produire de l’érotisme, nous n’allons pas mettre un rock and roll, mais si nous voulons produire une révolte adolescente, alors nous pouvons mettre un rock and roll. La méthodologie de la Biodanza permet que, partout dans le monde, on fasse la même Biodanza avec de petites variations.

 

Question : Quelle est l’expérience que vous avez avec la formation didactique, à l’université, avec le Ministère de l’Education ? Avez-vous quelques liens ?

 

Rolando Toro : Cela fait quelques temps que nous sommes en conversation avec le ministre chargé des sports au Chili et il nous a proposé de mettre dans tout le pays la Biodanza comme alternative au sport. Cela veut dire que ceux qui désirent faire du sport pourront le faire et ceux qui désirent faire de la Biodanza, feront de la Biodanza. Mais nous avons le problème que nous n’avons pas assez de professeurs prêts, pas même à Santiago. C’est pour cela que nous vous invitons à vous former en tant que professeurs de Biodanza et à envahir la planète, et vous n’allez pas manquer de travail.

Question : Comment la Biodanza rend-elle compte dd l'aspect transcendant qu’a la danse dans toutes les communautés humaines ?

Rolando Toro : La Biodanza a une de ses lignes de développement appelée transcendance. Transcendance pour obtenir des états d’expansion de conscience, de lien avec la nature, de sentiment de totalité avec le cosmos, d’extase et de contemplation de la beauté du monde. Et nous avons au moins cent exercices et musiques. La transcendance fait partie du programme de la Biodanza. Ainsi, tous ceux qui veulent vivre la Biodanza doivent vivre la vitalité, l’érotisme, la créativité, l’affectivité et la transcendance, ces cinq chemins.

Question : Comment la Biodanza améliore-t-elle l’estime de soi ?

Rolando Toro : En Biodanza être chéri par les autres compagnons, être reçu, valorise. Les personnes sentent qu’elles ont de la valeur et l’effet sur l’estime de soi – à tous les âges – est très fort. Car quand une personne se sent aimée, sa valeur personnelle augmente et, en plus d’améliorer la motricité, l’agressivité, le mouvement et la liberté expressive, c’est ce facteur qui est valorisé, parce quelle est étreinte, chérie.

Question : Comment, par la Biodanza, peut-on arriver à un état de conscience supérieure ?

Rolando Toro : L’expansion de conscience est un thème très important en Biodanza et a deux versants : l’une est l’amplification du répertoire des perceptions visuelles, acoustiques et tactiles ; et ensuite, les portes de la perception ouvrent le chemin vers l’expansion de conscience. (Vous pouvez lire les livres d’Aldous Huxley : « Les portes de la perception », « Le ciel et l’enfer » et « Île »). Il faut apprendre à écouter, apprendre à voir, apprendre à toucher et apprendre à sentir. En augmentant la perception, on augmente la possibilité d’expansion de conscience. Et nous avons un ensemble d’exercices de régression et de transe qui sont reliés entre eux. Ce sont des exercices avec différents degrés : il y a des transes légères, de second et de troisième degré, jusqu’à la transe de suspension qui est une vraie transe, très délicate, qui n’a pas la violence des transes thérapeutiques utilisées ailleurs. En entrant en transe, la personne perd les limites corporelles et, pour ainsi dire, se dissout dans la totalité ; ensuite, par un procédé spécifique à cette cérémonie, la personne récupère son identité et a une expansion de conscience très intense. Pas aussi intense que celle produite par l’acide lysergique, mais en sortant de la transe, en regardant ses compagnons, elle ne voit plus les détails, elle voit l’âme. Il y a une série d’exercices pour obtenir des états d’extase face à la beauté de la nature, face à la musique. Le domaine de l’expansion de conscience est très important en Biodanza, il est connecté avec la perception de la beauté et avec la conscience étique.

Concernant le thème de la nature : le contact avec l’eau est une clé de la santé. En Biodanza, nous utilisons le travail avec les 4 éléments, l’eau, le feu, l’air et la terre. Nous avons la Biodanza aquatique, où nous ajoutons, en plus des qualités secrètes de l’eau, la joie du mouvement et la sensualité. Les personnes qui ont des difficultés à atteindre l’orgasme ou à sentir la pluie, le sol, le vent sur la peau, font des progrès extraordinaire avec la Biodanza aquatique.

Question : Avez-vous travaillé avec des enfants maltraités ?

Rolando Toro : Oui. Nous avons eu des groupes d’enfants maltraités, de femmes maltraitées et de personnes torturées. Nous avons une expérience récente à Sao Paulo avec des enfants qui vivent dans la rue et qui sont souvent attaqués par la police et même tués. Certains de ces enfants ont été recueillis dans un foyer spécial. La première semaine ils sont terribles, agressifs, ils crient, cassent les choses, sont franchement violents. Et le traitement qu’on leur donne est un seul exercice de Biodanza, qui est l’exercice de donner et recevoir du contenant, tenir dans les bras la personne, avec une musique, en caressant doucement leur corps ou la tête, comme s’ils étaient un bébé. Les réponses de ces enfants ont totalement changé dans la semaine. C’est une des expériences les plus intéressantes et elle est en charge de la municipalité de Sao Paulo. Pour les enfants maltraités, amour, amour et amour.

Question : Concernant la transcendance, la Biodanza aide-t-elle à rendre conscient le fait que nous sommes tous frères aimés de Dieu ?

Rolando Toro : Non, la Biodanza ne leur fait pas prendre conscience de cela. La vérité est que, en Biodanza, nous respectons toutes les religions, les croyances et la liberté qu’a chaque personne pour croire en quelque chose. La transcendance nous la considérons comme transcender l’égo, non comme transcender cette vie pour une autre vie meilleure qui viendra après la mort. Nous n’avons pas d’information sur ce qui viendra après la mort. Je suis de formation académique et je ne peux parler de ce que je ne sais pas. Mais je peux vous dire que cette sensation de se sentir protégé par une entité, que ce soit un dieu, un saint ou un orixa est bénéfique pour beaucoup de personnes. Mais d’autres personnes considèrent qu’il n’y a pas de protection divine quand elles voient que des cités entières sont bombardées et que des innocents meurent. Mais moi je crois qu’il est utile de croire en quelque chose, croire aux anges ou autre chose, c’est une protection, une autoprotection importante.

 
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Article du mois de mars 2009
 

Les lignes de vivencia par Sanclair Lemos

www.biodanzaes.com.br/

 

Nous sommes les héritiers de l’histoire évolutive de l’humanité et du développement de notre espèce ; le développement physique, le développement moteur, le développement psychologique et le développement social, au-delà des modèles phylogénétiques du comportement. Dans l’acte de fécondation, nous recevons comme un présent tout le potentiel de développement de l’humanité. Comme un cadeau, nous surgissons dans l’existence à partir de tout ce potentiel et de toutes les conquêtes de l’humanité.

 

Ce potentiel, imprimé dans nos cellules, dans nos gènes, commence à s’exprimer à la réalité (vécue) à partir de la naissance (peut-être avant). Chacun porte en lui une nuance, une combinaison unique et particulière de ce potentiel humain, chaque être humain est l’expression différenciée et unique de cette totalité que nous pouvons appeler potentiel humain ou humanité.

 

Cette humanité s’exprime donc, dans la réalité particulière de chacun, par ce que Rolando Toro a appelé les lignes de vivencia.

 

La première ligne de vivencia est la Vitalité, elle est liée à l’élan vital, elle se développe à partir de l’organisation biologique et de l’instinct de survie. Le développement de cette ligne de vivencia est lié directement aux premières expériences de l’enfant concernant son expression par les expériences de mouvement. Le mouvement est l’expression de base de la vie et surgit au début en fonction du besoin de survie de l’organisme, il pousse à partir de l’instinct de survie qui amène l’organisme à bouger pour rester vivant. L’enfant, s’il est à son aise dans un environnement nutritif et stimulant, il cherchera la satisfaction et l’expression de lui-même par le mouvement. La présence ou non de mouvement comme protovivencia, qui sont les premières vivencias qu’expérimente l’organisme et donnent les bases pour l’organisation qui en découle et le développement vivencial,  est ce qui va stimuler ou inhiber l’expression de l’organisme comme la vitalité et l’élan vital.

 

La Vitalité est liée à l’alimentation et au développement de la sélectivité alimentaire. Les organismes sains s’alimentent de ce qui nourrit et de ce qui est bon pour eux, les aliments riches en saveur et en nutrition, et ingèrent la quantité nécessaire, voire suffisante d’aliments sains et nourrissants.

 

Quand il est intégré à partir du mouvement vital et de l’alimentation, l’organisme aura peu ou pas besoin de prendre de médicaments. L’alimentation adéquate et l’alternance entre le travail et le repos sont des expressions de base de la vitalité de l’organisme humain ou de la personne. Avec une vitalité équilibrée, l’être humain comme quand il a faim, boit (de l’eau) quand il a soif, dort quand il a sommeil et cherche la satisfaction de ses besoins naturels de façon instinctive, naturelle. La culture, par contre, promeut régulièrement des altérations de ce mouvement équilibré. On apprend par exemple à l’enfant qu’il doit manger ce qu’il n’aime pas, à des heures déterminées, et non quand il a faim. Peu à peu, il ne sait déjà plus ce qu’il veut, il perd l’organisation et la capacité sélective, il ressent des difficultés à faire un chois ou à prendre une décision. Rappelons-nous que cet enfant peut être chacun de nous. La Vitalité est la capacité de se placer dans le monde en tant qu’être humain autonome, responsable de son mouvement et de ses actions.

 

La deuxième ligne de vivencia qui se développe à partir du potentiel humain est la Sexualité, qui se réfère à la capacité de sentir du désir, d’être capable de sentir et exprimer le plaisir (des sens), la sensualité e l’érotisme. Celle ligne de vivencia évolue à partir du contact et des caresses que l’enfant reçoit dès la naissance.

 

Des stimulations agréables pour les sens (sensuelles) sont aussi des facteurs significatifs pour le développement de la ligne de vivencia de la sexualité – manger un fruit, prendre une douche, plonger dans la mer, marcher nu, rouler sur la terre, marcher au milieu des fleurs…

 

Ces sensations agréables, le contact corporel sensuel avec la mer pendant l’acte d’allaiter ou pendant le bain, permettent à l’enfant de se percevoir comme un organisme entier, complet, capable de sentir, qui a des sensations signifiant la perception de soi et du monde comme source de plaisir (et d’organisation).

 

Beaucoup de mères et de pères ressentent de la peur et de l’inconfort face à la sensualité et à l’érotisme de leurs enfants. Eloignant et niant les vivencia agréables et sensuelles, ces pères et ces mères refusent à l’enfant l’accès (la vivencia) à la perception et à la compréhension de soi-même en tant qu’être corporel, sensuel et érotique. L’enfant va donc découvrir la sexualité dans la rue de façon inadéquate, ou à l’école de façon mécanique et rationnelle. Sous une couche fragile de liberté sexuelle, la culture, la société accepte et réprime la pornographie, l’exploration sexuelle précoce désordonnée, fruit de la répression, des préjugés, de l’ignorance et de la fausse morale dite religieuse.

 

La caresse a la capacité de réguler le système neurovégétatif et d’organiser le fonctionnement des organes. La caresse et l’affection sont des régulateurs du système vivant, que ce soit dans l’apprentissage scolaire ou du mouvement, en plus de promouvoir l’intégration des autres lignes de vivencia.

 

L’énergie de vie s’exprime aussi, selon Rolando Toro, comme une recherche pour la nouveauté, comme une Créativité qui est la ligne de vivencia qui surgit de la capacité innée d’exploration qu’a l’enfant. L’acte d’explorer est intimement lié à l’acte de se mouvoir, de bouger dans la réalité vécue. La créativité se connecte ainsi de façon indissociable avec la vitalité.

 

La Créativité est l’acte de se créer soi-même, en tant qu’être qui vit et existe dans le monde, bouger à chaque moment dans la nouveauté, en se modifiant dans le flux du monde qui se modifie constamment. Comme un fleuve, le mouvement de vie (même quotidien) se rénove éternellement. Notre existence se fait dans ce flux de transformation, d’autocréation et d’auto-organisation.

 

Les formes que nous percevons, notre propre forme corporelle incluse, ne sont pas esthétiques, mais l’état actuel d’un flux d’énergie et de mouvement. Nous sommes en expression et en mouvement ; la créativité est aussi notre nature. Ainsi, à mesure que nous nous identifions avec une certaine idée, une certaine forme d’être, nous diminuons la possibilité d’être fluides dans l’expression rénovée de ce qui est. La créativité peut s’exprimer de nombreuses manières – la poésie, le travail scientifique, la musique, le chant, la danse…

 

Il est certain que ce ne sont pas toutes les personnes qui chantent, qui jouent d’un instrument ou peignent. Seraient-elles prédestinées à ne pas être créatives ? L’essence de la créativité est de se créer soi-même, l’autopoïèse de H. Maturana et F. Varela. L’expression de ce être-créatif-par-nature va dépendre, à large échelle, du milieu et de l’environnement dans lequel chacun vit. Si le milieu physique et l’environnement est affectif-émotionnel sont permissifs, l’enfant pourra « apprendre » à être créatif par la stimulation à l’exploration et à l’expression, que ce soit par la voix, par les mots, par le dessin, par l’écriture, par un instrument musical ou par son propre mouvement corporel.

 

La créativité se développe chez celui qui est capable de sentir et d’exprimer ce qu’il ressent, car dans l’acte de s’exprimer, la personne se modifie en modifiant et en créant.

 

L’instinct d’exploration, de recherche de nouvelles stimulations, de nouvelles sensations et de vivencias nous amènent à sentir et, de toutes les manières possibles, à exprimer la merveille que nous ressentons face à l’univers. Si nous sommes capables de sentir-exprimer (sentir évoque un mouvement qui déjà en soi est expression) d’une façon présente, nous nous modifions déjà en bougeant et en créant avec le monde.

 

Le potentiel plein de vie, inscrit dans le potentiel génétique de l’être humain, s’exprime aussi comme Affectivité. L’Affectivité est la force ou l’énergie qui nous connecte et nous lie à tous les êtres. Cette émotion de connexion et de lien avec les autres membres de l’espèce ou avec la totalité de vie, nous l’appelons amour. L’amour naît dans des situations d’harmonie, de sécurité, de confiance et de respect. Considérer l’autre comme un être intègre, c’est le respecter pour ce qu’il est, dans sa singularité même et sa différence. Il est vrai que cohabiter avec certaines différences est difficile, l’inconfort avec la singularité de l’autre révèle nos limites et nos préjugés. Nous apprenons que « différent » veut dire « faux » et par conséquent « mal ». Nous nous défendons du « mal » car la différence que nous ne comprenons pas nous fait peur. Pour maintenir notre « sécurité » nous agressons donc la source de notre inconfort, le différent, celui qui nous révèle nos limites et dont nous avons peur, simplement parce qu’il n’est pas comme nous – en apparence, par ses idées, ses manières, sa race, etc.

Si nous ne sommes pas capables de cohabiter, ou mieux encore, de nous lier au milieu des différences, alors nous ne sommes pas capables d’aimer. L’amour pour celui qui est comme nous, c’est l’amour pour nous-mêmes. L’amour comme sentiment indifférencié de lien renforce notre propre singularité d’êtres différenciés et uniques dans l’unité du tout et du semblable.

 

Ceux qui travaillent avec des enfants doivent être attentifs au fait que ce qui est fondamental pour la création d’une relation pédagogique, une vraie relation d’enseignement-apprentissage, c’est l’amour. L’affection, la relation affective (respect et contact) est l’apprentissage pour tous ceux qui sont engagés dans la relation. On le sait, l’unique façon d’enseigner quelque chose (pour les enfants ou pour les adultes), c’est d’établir une relation de sécurité, de confiance et d’amitié avec l’élève dans un environnement stimulant, ludique et créatif.

 

A partir de la sensation de base de confiance, on peut développer l’amitié et l’affection véritable, médiateur des relations de l’enseignement et de l’apprentissage que nous appelons relation pédagogique. De cette sensation de base de sécurité (affective) et de confiance surgit également différentes sensations et émotions liées à la perception de l’autre comme un être rempli et à la nutrition et à la stimulation de cet autre. A ces sensations, nous donnons le nom d’amour, la possibilité de connexion nutritive entre les individus. En plus du fait d’exister entre des individus de la même espèce, l’amour est la force qui lie tous les « porteurs » de vie. Tous les êtres vivants méritent la même considération, le même respect et le même amour. Il peut sembler difficile de considérer les êtres vivant sans la lentille déformante de l’idéologie ou de la hiérarchie, mais comme nous l’enseigne Rolando Toro : « il faut une conscience amplifié et amoureuse pour percevoir que nous sommes les cousins des rats ». H. Maturana, neurophysiologiste qui étudie la structure et le fonctionnement des organismes vivants, dit que la conscience d’une amibe est de la même qualité que la conscience d’un homme ; exprimée évidemment à partir de la structure et de l’organisation d’une amibe. Sa proposition est que la vie s’exprime et perçoit la réalité dans laquelle elle vit et existe selon la structure et l’organisation des organismes qui expriment cette vie. Il y a beaucoup de manières différentes de percevoir et d’exprimer la vie – l’amibe, le chat, le cheval, l’arbre, l’homme.

 

Les organismes sont différents dans leur structure et leur organisation, mais la vie qui les anime de manière essentielle est une seule.

 

Rolando Toro propose finalement que du potentiel humain qui pousse de l’organisme biologique surgit la capacité de sentir la Transcendance. Elle est la capacité de se sentir partie d’un tout plus grand, partie d’unités qui sont en expansion et s’organisent en systèmes chaque fois plus vastes. Se sentir comme une unité indivisible, non un esprit qui anime le corps, mais une unité psychosomatique qui a la capacité d’inclure en lui des unités plus grandes et, dans cette diversité, de rester comme une unité.

 

« Desiderata » est un poème trouvé dans une vieille cathédrale de Baltimore –USA. Un de ses vers dit que nous sommes « enfants des étoiles et avons le droit d’être ici ». Nous connaissons les atomes qui forment les étoiles, les galaxies ou les feuilles de l’herbe, se sont les mêmes atomes qui composent notre organisme. Quand l’organisme se décompose ou se transforme, ces mêmes atomes iront se réorganiser d’une autre façon et ainsi pour l’éternité nous sommes vraiment enfants de la terre, enfants de l’univers et enfants des étoiles.

 

Ça c’est la vivencia de transcendance, il est nécessaire d’élargir la perception et la compréhension des choses, élargir notre pénétration vivenciale pour percevoir que la vie est plus ample, plus complexe et plus merveilleuse que ce dont nous avons l’habitude et peut-être nous préparer à percevoir et sentir.

 

Ecofacteurs

Le modèle théorique de la Biodanza propose donc, sur son axe vertical, l’existence d’un potentiel humain commun qui s’exprime dans la réalité par cinq canaux d’expression appelés lignes de vivencia. Ce potentiel peut devenir une expression de la réalité à partir de la naissance, ou même avant à partir de la conception si l’organisme trouve des circonstances et des facteurs déterminés qui permettent, stimulent et facilitent son expression. Certains de ces facteurs sont internes à l’organisme, une donnée biologique, des conditions alimentaires, une organisation neurophysiologique et sont appelés cofacteurs. D’autres sont « externes » à l’organisme, ce sont des facteurs de son environnement qui peuvent faciliter et stimuler ou inhiber et désorganiser l’expression du potentiel.

 

Ces facteurs environnementaux, quand ils stimulent et facilitent l’expression des lignes de vivencia (qui sont la façon dont la vie elle-même s’exprime) sont appelés écofacteurs positifs. Les facteurs environnementaux qui d’une certaine manière empêchent ou distordent l’expression de vie sont appelés écofacteurs négatifs. Chacun de nous peut avoir la compréhension de ce qui nous organise, nous intègre ou nous rend plus léger, rempli et heureux ; et également de ce qui nous opprime, nous empoisonne et nous désorganise e pouvant éventuellement amener notre organisme à la maladie et à la mort ; la pollution généralisée, la cigarette, la rage, la jalousie, etc.

 

Les écofacteurs positifs et négatifs sont donc partie du milieu de ceux qui vivent avec nous. Comment est notre relation avec tout ce qui nous entoure ? Dans notre relation avec d’autres êtres, sommes-nous des écofacteurs positifs, stimulants ou sommes-nous des écofacteurs négatifs, critiques, exigeants, toxiques ? L’écofacteur négatif tend à empêcher ou à altérer le développement des lignes de vivencia dans leur totalité ou certaines d’entre elles en particulier. L’être humain est rempli et sain quand les cinq lignes de vivencia se développent de façon harmonieuse et équilibrée.

 

La pulsation de l’identité

Les idéologies, les croyances, les dogmes peuvent exercer une telle influence sur la vie des personnes, au point de bloquer l’expression de leurs potentiels innés.

 

La Biodanza propose que le développement vivencial doive englober tous les aspects de l’être humain, soit la vitalité, la sexualité, la créativité, l’affectivité et la transcendance, car toutes s’influencent et se potentialisent mutuellement.

 

Il est certain que nous ne savons pas jusqu’où le potentiel humain peut être développé, mais cela ne nous préoccupe pas ; ce qui nous importe c’est la vivencia de chaque moment présent dans sa plénitude. Là nous sentons que le processus d’intégration et de développement est infini, comme notre propre existence.

 

Chacun de nous, êtres humains, tenons en nos mains notre processus évolutif. Ceci veut dire que chacun est responsable de soi et de sa vivencia face au monde. Le facilitateur de Biodanza n’est pas un agent de développement. L’agent de développement est la vivencia. La fonction du facilitateur est de créer des situations qui défient le participant et qui lui permettent d’expérimenter les limites de sa capacité vivenciale dans une situation positive, accueillante et affective. Dans la session de Biodanza, nous créons des jets d’écofacteurs positifs et nous les dirigeons directement vers les lignes de vivencia. La vivencia de chaque participant du groupe surgit donc à partir de son moment existentiel actuel.

 

Dans les groupes débutants, nous cherchons une posture générale d’intégration dans le groupe qui inclut la stimulation de toutes les lignes de vivencia. Dans la vitalité nous expérimentons le rythme, l’élan vital, la joie ; dans la sexualité nous expérimentons le contact, la caresse, la sensualité et l’érotisme ; comme créativité nous vivons la capacité de rénovation de notre propre mouvement, il n’y a pas un modèle d’uniformité qui doit être suivi ; l’affectivité est présente à tout moment où les relations interpersonnelles sont permises dans le groupe ; la transcendance est diluée dans la capacité d’ouverture et d’abandon, à soi, à l’autre, à la vivencia et à la perception que chacun est le groupe. Quand nous rencontrons une personne et tout de suite après une autre, nous amenons la qualité de la première rencontre à notre rencontre suivante. Nous sommes alors l’intégration de toutes les personnes avec lesquelles nous nous rencontrons et nous pouvons amener toute cette richesse à chaque personne avec laquelle nous nous rencontrons – dans la session de Biodanza ou à l’extérieur.

 

Enveloppant se tourbillon d’énergie qu’est l’expression des lignes de vivencia, il existe une pulsation polarisée d’expression de l’être, ou mieux dit, d’expression des lignes de vivencia comme énergie de vie. Cette pulsation se fait en accord avec la polarité d’expansion et de recueillement.

 

Dans sa polarité d’expansion nous nous sentons comme un « centre de perception » du monde. Nous sommes ce que nous sommes et nous bougeons dans la réalité différenciés du monde, avec des limites corporelles claires, nous avons la « conscience intensifiée » de nous-mêmes ; le système biologique, par la stimulation du système nerveux autonome sympathique, est prêt pour l’action, que ce soit le travail, la lutte ou la fuite.

 

Cette pulsation d’expansion et de recueillement, ou yin-yang comme l’appellerait les taoïstes chinois, semble être la manière d’expression de l’univers, l’alternance des polarités complémentaires. Ensuite nous pouvons, par un acte de volonté ou de conscience, pénétrer dans un état que nous appelons de régression, dans le sens de retourner à l’origine ou à l’essence. Dans cette polarité, nous nous sentons partie d’un tout, nos limites corporelles ne sont pas très claires, l’organisme (par la stimulation du système nerveux autonome parasympathique) retourne à des états de réparation des tissus et des organes et de nutrition. Cette vivencia peut s’approfondir jusqu’à la perception d’une unité et d’une fusion qui peut être une vivencia de perception sensible de soi-même, avec l’autre ou l’extase face à la beauté et la force de la nature. Nous sommes donc des êtres qui existent dans cette polarité, à un moment déterminé nous sommes ce que nous sommes – différenciés du monde, à un autre moment nous sommes ce que nous sommes – unis, dilués, fusionnés, partie du tout ou de l’unité, nous sommes le monde.

 

La Biodanza, en même temps qu’elle stimule les lignes de vivencia, renforce la vivencia d’être différencié du monde, une identité qui a une conscience intensifiée d’être différenciée du monde, et induit des états de régression que nous pouvons dire être un état de conscience intensifié d’être fusionné ou partie du monde. Par des vivencias de régression, nous pouvons atteindre ce que nous appelons des états de transe, un transit, une modification dans l’état de l’organisme comme un tout qui nous amène à la vivencia de transcendance. Le chemin pour la transcendance est les états régressifs ou l’état de transe qui est l’approfondissement de celui-là. Dans l’équilibre dynamique de cette pulsation nous nous manifestons au monde avec vigueur et courage et nous nous abandonnons (nous ouvrons) au monde avec confiance et amour. Cet équilibre a une connotation psychologique autant que physiologique (dans le fonctionnement du système neurovégétatif), révélant le dynamisme du système vivant humain.

 

Selon notre perception, l’être humain est une identité, une unité différenciée dont l’essence est sa propre vie mais, pour différentes raisons il ne se lie pas avec la réalité (réalité quotidienne, réalité vécue) à partir de ce qu’il est, mais à partir de l’image qu’il a de lui-même, de ce qu’il pense être ou de l’image idéalisée de lui-même, ou de qui il aimerait être.

 

L’extase de vivre

Par des chemins qui nous sont étrangers, nous perdons l’accès à l’extase, à la vivencia de sentir la vie entièrement se déployant dans le moment présent ineffable et tendre. Le sens de la vraie vitalité se cache derrière la mécanisation des mouvements et la compétitivité exacerbée ou l’acceptation passive de la vie dans l’élan quotidien. Les moments remplis trop rapidement deviennent une mémoire et une fantaisie, l’intensité de vivre demande de l’énergie et une plénitude pour que nous puissions percevoir l’immense intégrité de ce qui nous touche dans le vécu du moment présent.

 

Nous pouvons aller au-delà des mandats parentaux et de la culture qui nous ont enseignés que nous sommes séparés de l’autre et du monde, réorganiser notre perception, percevoir et sentir l’unité du mouvement harmonieux du tout dans notre quotidien.

 

Nous sommes partie de la grande harmonie cosmique et c’est cela le mouvement qui conduit et organise notre existence en tant qu’êtres humains. Si nous vivons avec une telle intégrité, nos mouvements deviennent partie de la grande danse cosmique, notre quotidien se transforme en expression archétypique et la vie est une éternelle possibilité d’apprentissage, de vivencia et d’enrichissement de la conscience.

 

Ici, en ce moment, nous sentons et récupérons la saveur et l’extase de vivre.


Bibliographie

MATURANA, H.; VARELA, F. : L’arbre de la connaissance. Magnard, 1996
PRIGOGINE, I. ; STENGERS I. : Entre le temps et l’éternité. Fayard, 1989
TORO, R. : Théorie de
la Biodanza. Fascicules de formation.
TORO, R. : Biodanza. Edition Le Vivier, 2006.

 
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Article du mois d'avril 2009
 

Biodanza et musique par Rolando Toro Araneda

 

Tu es la note unique

Dans l’éternité du silence

Ta danse crée

Une nouvelle chanson

Qui es-tu marchant vers le lac?

 

La Biodanza utilise la musique, la danse, le chant et des situations de rencontre en groupe pour induire des vivencias intégrées et pour générer un processus de transtase. L’efficacité de la Biodanza en éducation et en thérapie prend racines dans l’intégration profonde entre la musique, le mouvement et la vivencia ; cet ensemble d’effets organisés agit sur la totalité de l’organisme et se projette sur l’existence.

 

Dans la définition de Kurt Lewin : « un système dont les parties sont connectées de façon dynamique, de telle sorte que la modification d’une partie produit un changement dans toutes les autres ». La Biodanza se définit comme un « système d’intégration ». La distance mise entre la danse, la musique, la vivencia et le contact corporel est la reproduction expérimentale de la dissociation schizophrénique dans laquelle la perception, la motricité, la vivencia, l’expression et l’affect fonctionnent de façon indépendante.

 

Le développement impressionnant de l’Intelligence Affective par la Biodanza est dû aux effets intégrants de la musique, de la danse et du contact affectif.

 

La musique des origines

La conscience de faire partie intégrante d’un univers musical apparaît dès l’origine de l’histoire humaine à travers les mythes et les cérémonies.

 

Tout au long des siècles, l’homme a eu la conviction que l’univers était régi par des lois rythmiques à cause des événements qui se répètent dans la nature d’une manière cyclique par des phénomènes de pulsation et de vibration, événements qui font que tout semble s’ordonner selon un plan harmonieux comme une Symphonie Cosmique.

 

L’intuition que l’univers a été créé selon des lois musicales se retrouve chez de nombreux peuples.

 

Les chants et les danses primitives pour susciter la pluie, comme les danses chamaniques pour soigner les malades, ont cette solidarité cosmobiologique. De ce point de vue, l’univers peut être perçu comme une symphonie, un grand « horloger » avec des rythmes infinis dans lesquels les forces harmonieuses maintiennent l’unité dans la diversité la plus prodigieuse.

 
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Article du mois de mai 2009
 

Stimulation du psychisme fœtal par la Biodanza par Alfonso Granda Benitez

 

La stimulation du psychisme fœtal demande une attitude amoureuse qui ait été nourri par une relation mature et fondamentale du désir de fécondation.

 

C’est à partir de ce moment, de la grossesse désirée, que le psychisme du futur bébé sera profondément stimulé par l’affectivité des parents.

 

A cela s’ajoute le fantasme d’avoir une créature comme continuité du lien amoureux et de l’identité du couple. Ceci veut dire que l’enfant symbolise la perpétuation de l’amour du couple.

 

Dans le cas contraire surgit le stigmate des enfants non désirés qui se répercute sur son auto-estime et sur le développement de sa personnalité. Je veux ainsi faire ressortir que l’auto-estime se développe à partir du désir de la fécondation.

 

Certains auteurs d’orientation psychanalytique, comme Pichon Rivière, ont affirmé que le fœtus subit l’influence du milieu social, bien que certains croient que ce n’est pas ainsi grâce à la garantie qu’apporte l’espace intra-utérin, et qu’il la reçoit par les modifications du milieu maternel qui ont un impact et peuvent altérer le développement prénatal.

 

Certaines situations perturbatrices sont les conflits de couple, la situation économique, l’absence physique ou émotionnelle du père, provocant chez la mère un état émotionnel anxiogène qui a une répercussion sur le fœtus sous forme, par exemples d’altérations métaboliques.

 

Raquel Soifer soutient que la femme enceinte subit une régression et une identification avec l’embryon et affirme qu’il faut traiter psychologiquement la grossesse pour qu’elle puisse la vivre dans un climat émotionnel sain et heureux.

 

Marie Langer a soutenu qu’une grossesse étudiée psychologiquement d’une façon profonde révèle souvent des troubles qui proviennent de conflits psychologiques et d’identification avec d’autres femmes qui ont dévié leur féminité. Les mythes et les croyances négatives sur la grossesse et l’accouchement, par exemple.

 

Certaines recherches sur l’effet des stimulations sonores sur le fœtus sont arrivées à la conclusion que celui-ci répond à la dite stimulation, surtout quand nous savons que vers la 28ème semaine, le nerf auditif est complètement développé et, par l’échosonographie, on a démontré que le fœtus réagit à la stimulation externe en bougeant les bras, les jambes et en tournant son corps.

 

Cette stimulation augmente le nombre de fonctions neuronales, toujours et quand elle est fréquente, intense et durable. A chaque seconde de gestation se produisent 50.000 neurones que le stress, les drogues, l’alcool  peuvent détruire ou avoir un impact sur les connexions neuronales.

 

Il est évident que ce sont dans les milieux populaires ou d’extrême pauvreté que les mères jeunes et seules subissent un plus grand stress, créant des conditions inadéquates pour le développement optimal du fœtus.

 

Le Dr Alfred Tomatis fut le premier à faire des recherches sur la vie psychologique du fœtus, en étudiant la fonction de l’ouïe dans la perception, la communication et les problèmes associés à la difficulté d’écouter.

 

Tomatis a créé l’oreille électronique qui est un appareil qui potentialise sa capacité en tant que récepteur, forme l’oreille droite pour stimuler l’hémisphère gauche du cerveau, où se trouve le centre primaire du contrôle du langage.

 

Il a utilisé l’appareil sur des femmes enceintes et a diminué le stress ; les bébés à la naissance pleuraient moins, étaient plus actifs et joyeux, dormaient bien, mangeaient et étaient attentifs à tout ce qui se passait autour et souriaient en écoutant de la musique de Mozart

 

Les études embryologiques, développées par Prever et Forbes concluent à l’existence de l’audition chez les fœtus.

 

Le neurologue suisse Minkowski a trouvé des réponses motrices à partir de la 28ème semaine, dans une étude corrélative de stimulation externe sur des fœtus de 20mm, ce qui veut dire que les mouvements ne sont pas des réflexes.

 

Un autre chercheur, Tomas Verry, psychiatre de l’Université Sta. Marys de Minneapolis USA soutient que le fœtus a développé ses sens depuis la moitié du quatrième mois et que, d’une manière particulière, il peut entendre ce qui l’entoure, en particulier la voix de la mère, en faisant attention aux sons qui lui sont agréables ou  qui le détendent.

 

Par exemple, un certain type de musique lui donne des sensations de bien-être qui après la naissance s’expriment par la tranquillité, la joie, la capacité et l’attention, des aptitudes pour la musique et l’étude.

 

Selon Verry, la gestation idéale n’est pas dans la planification, mais dans le fait que le bébé soit désiré ou bien aimé, ce qui est la condition optimale pour le développement de l’enfant.

 

La stimulation du psychisme fœtal est l’utilisation des stimulations sonores qui peuvent être de caractère mélodique ou même la voix de la mère qui est toujours génératrice de plaisir  ainsi que les stimulations sonores organisées et répétitives ; le résultat est que les bébés ont un meilleur développement visuel, auditif et moteur.

 

Cette stimulation auditive est le renforcement du lien mère – enfant – père. La stimulation de la voix maternelle est perçue par le fœtus chaque fois qu’elle parle avec des mouvements, ce qui se produit aussi avec les tonalités musicales pures.

 

Frotter avec les doigts de façon circulaire sur l’abdomen produit des réponses fœtales, de même qu’applaudir ou passer la main sur l’abdomen de haut en bas.

 

Rolando Toro, psychologue et anthropologue, créateur de la Biodanza, un système pour le développement humain et thérapeutique, soutient que cet outil a le pouvoir de réorganiser les liens affectifs, dans ce cas celui de la mère et de l’enfant, par le contact intime, profond et ému qui se fait par la révélation progressive de l’amour.

 

Pour les biodanseurs, c’est le CONTACT induit par la musique, ainsi que la rencontre authentique et innocente avec soi-même et avec l’autre qui produit cet état enchanteur et amoureux avec le nouvel être. Contact signifie établir des liens essentiels.

 

La Biodanza stimule les potentiels génétiques qui s’expriment par les cinq lignes de vivencia pour le développement humain, la vitalité, l’affectivité, la créativité, la transcendance et la sexualité.

 

La musique a un effet sur le système limbique-hypothalamique qui est le grand traducteur des stimulations musicales qui se répercutent sur le psychisme. Des compositeurs comme Vivaldi et Mozart sont les plus stimulants.

 

Dans le premier trimestre, les exercices de respiration, comme la respiration dansante, et les exercices de caresse de soi renforcent l’image corporelle et l’acceptation de la grossesse.

 

Dans le second trimestre, le bébé peut entendre, écouter des sons qui proviennent du corps de la mère, la voix de la mère, chaude, tendre accompagnée de musique rythmique sont calmantes pour le fœtus, au contraire la musique électronique, stridente l’exalte.

 
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Article du mois de juin 2009
 

Vivencia et apprentissage par Rolando Toro Araneda

Le point de départ du développement humain est la rénovation des vivencias.

Il y a trois niveaux d’apprentissage : cognitif, vivenciel et viscéral. Si l’apprentissage n’inclut pas ces trois niveaux, les réponses seront dissociées. Par exemple, une personne qui considère intellectuellement qu’elle a le droit d’exercer librement sa sexualité, mais se sent émotionnellement peu sûre d’elle et effrayée peut (viscéralement) souffrir d’une diarrhée nerveuse.

Nous pouvons considérer la Biodanza comme un système de développement et d’intégration humaine qui stimule la production de vivencias intégrantes par des exercices de communication et de contact. Son action se base donc sur l’activation du système limbique, centre de la conduite flexible et des vivencias, des émotions et des instincts.

Les systèmes d’éducation, avec leurs valeurs et leurs idéologies au service de la répression des impulsions, ont produit un renforcement des fonctions corticales au détriment des fonctions hypothalamiques. La Biodanza, par des exercices de semi-transe, suspend temporairement la fonction inhibitrice du cortex pour permettre la libération des émotions et des vivencias.

Le concept de vivencia fut proposé par Dilthey et défini comme « instant vécu », donnant à l’émotion la qualité existentielle palpitante du vécu « ici et maintenant ». La vivencia émerge à l’instant où elle est vécue. Comme l’eau d’une source, les vivencias surgissent avec spontanéité et fraîcheur. Elles ont la qualité de l’originaire et ont une force de réalité qui englobe tout le corps. Elles ne sont pas sous le contrôle de la conscience. Elles peuvent être évoquées, mais non dirigées par la volonté. D’une certaine façon, elles sont hors du temps, de la mémoire, de l’apprentissage et du conditionnement.

Le pouvoir réorganisateur des vivencias est dû à cette qualité unique de surgir comme la première expression affective de notre organisme, avec de fortes sensations corporelles. Les vivencias sont l’expression originaire du plus intime de nous-mêmes, antérieures à toute élaboration symbolique ou rationnelle.

Ces considérations nous amène à rejeter catégoriquement la prétention absurde d’ « élaborer, d’interpréter et de rationnaliser les vivencias ». Une telle attitude provient d’un psychologisme déformant. L’intelligence cognitive n’est pas un instrument approprié pour « organiser » les vivencias. Au contraire, les vivencias sont les contenus nutritifs de l’existence. Ce sont elles qui doivent orienter et donner un sens à l’existence. La conscience a le rôle d’enregistrer et de résoudre les problèmes avec le monde extérieur, mais non de diriger les vivencias. Les sensations émouvantes qui surgissent des vivencias doivent être assumées et non interprétées.

La Biodanza éveille des vivencias qui ont une valeur organisatrice et intégrante en elles-mêmes. Ces vivencias intégrantes se renforcent en accord avec les lois de l’apprentissage et sont associées à des situations agréables (renforcement positif).

Le phénomène d’apprentissage englobe tout l’organisme et pas seulement la partie corticale.

Le point de départ pour le développement humain est profondément basé sur la rénovation des vivencias. Les vivencias d’amour et de communion activent et harmonisent les fonctions limbique-hypothalamiques.

 

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Article du mois de juillet-août 2009
 

Evaluation de la Biodanza comme système pour la modification de l'estime de soi par Jessica Medel

 

Introduction

Dans l’actualité, il y a une préoccupation constante pour l’estime de soi et l’élaboration de techniques qui la promeuvent et la développent. En considérant que différents courants thérapeutiques focalisent leur attention sur l’estime de soi, nous avons choisi parmi les thérapies humanistes, la Biodanza comme une modalité de thérapie corporelle que – dans ce travail – nous essayons d’évaluer en tant qu’outil thérapeutique et mettre en évidence l’aspect positif de son affectivité dans la modification de l’estime de soi. Quand nous avons décidé de commencer notre recherche et de travailler avec l’estime de soi, nous l’avons fait en pensant à l’importance qu’elle a chez chacune des personnes et comme elle est essentielle pour la survie psychologique. Ainsi – et en accord avec de nombreuses recherches qui avalisent l’importance du rôle qu’elle joue en tant que facteur protecteur et de prévention dans de multiples troubles – nous avons voulu réaliser un atelier où l’aspect central était de travailler avec une technique qui permettrait son augmentation, en considérant l’importance individuelle et sociale qu’on lui a accordée.

 

Parmi les facteurs psychosociaux de risques pour la consommation de drogues et d’alcool, apparaît le déficit de l’estime de soi, et il apparaît également comme facteur prédisant un comportement dépressif, associé à une phobie sociale et à un trouble de la conduite alimentaire, entre autres. D’autre part, une forte estime de soi semble être associée avec une grande motivation à réussir, à un réseau social étendu, à de meilleurs niveaux de défense immunitaire et à une autonomie personnelle. Elle est également liée à un bon ajustement psychologique, une stabilité émotionnelle, une activité, une curiosité, une sécurité, une coopération, une pensée flexible, un sens de l’humour, un haut rendement académique, une augmentation de l’apprentissage, une créativité, une responsabilité et une meilleure communication. Nous avons trouvé importent de mettre en place un atelier qui favorisait son développement et qui, à long terme, devenait un facteur de prévention.

 

Du point de vue de la psychologie humaniste

Le postulat humaniste affirme que, en chaque personne est contenue la sagesse nécessaire pour atteindre un état de santé optimale et que tout être humain a en lui la capacité de savoir ce dont il a besoin pour activer et réaliser son potentiel. Un concept central est se rendre compte et cela fait allusion à la faculté de vivre et percevoir quelque chose et d’avoir en même temps la capacité d’être en train de le vivre et de le percevoir. Un autre concept est celui de la responsabilité qui se réfère au fait d’être constamment en train de choisir notre forme d’agir ou de réagir face aux réalités externes. Pour le mouvement humaniste, traiter les maladies n’est qu’une partie du travail clinique, celui-ci est aussi la recherche et l’activation du potentiel qui existe en chaque être humain. Promouvoir le développement de l’être humain est, pour la première fois, un objectif de la psychothérapie. De même, les techniques non verbales commencent à prendre leur place dans la psychothérapie, des pratiques pour le travail avec le corps – comme siège des symptômes – se développent. On considère l’existence d’une unité fondamentale esprit-corps. Le corps est considéré comme une source de messages sur ce que nous sommes, sur comment nous agissons et nous sentons ; on le considère aussi comme un récepteur et un moyen d’expression de ce qui arrive dans nos images, nos pensées et nos émotions. Les psychothérapies humanistes se basent sur la supposition que l’humanité est arrivée à être excessivement intellectuelle, déconnectée des sensations et des émotions et c’est pour cela qu’elle insiste sur les méthodes expérimentales et s’inspire de la croissance individuelle et de l’actualisation au lieu de l’adaptation. Commencent alors à surgir de nombreuses techniques corporelles qui abordent l’indiscutable relation esprit-corps, où on redécouvre la présence et la valeur essentielle du corps car c’est par lui que nous sentons, nous nous exprimons et nous créons.

 

Identité

L’identité se constitue par le vécu et ce qui se vit en premier c’est d’être vivant. Ceci est renforcé par la connexion avec le corps et ses sensations, processus et émotions – qui ont une base corporelle -, et c’est pourquoi l’expression de notre identité est le mouvement corporel. Notre identité s’exprime quand nous sommes en présence des autres et c’est pourquoi les travaux en groupe favorisent l’approche à l’intégration de l’identité. L’identité entendue comme la conscience de soi-même s’exprime par la conscience de son propre corps et la conscience d’être différent. La première évolue par les expériences quotidiennes, elle est la source de plaisir et de douleur. La conscience d’être différent se manifeste dans les premiers contacts avec l’autre et avec le groupe. L’identité se manifeste dans le miroir des autres identités, elle amène alors à la conscience de sa propre singularité et au fait de se penser soi-même face au monde à partir des premières notions d’être différent. Lowen affirme que la personne saine fonctionne avec un sens de l’identité affirmé dans la corporalité. A partir de cette connexion avec sn corps et les processus organiques, il est capable de reconnaître ses besoins et ses émotions.

 

Biodanza

La Biodanza affirme une identité – ou sensation d’être soi-même – qui est enracinée dans le corps et les vivencias, ouverte à l’expérience présente, vécue comme un processus et qui est créative. Du point de vue de la Biodanza, une identité saine est une identité qui s’ouvre à la rencontre avec l’autre, qui est capable d’établir des liens de réciprocité, d’intimité et de retenue mutuelle. Pour la Biodanza, la personne avec une identité saine et une estime de soi élevée prend en charge sa propre vie, en arrivant à donner des réponses chaque fois plus satisfaisantes aux trois questions existentielles formulées ici : ou est-ce que je désir vivre, avec qui je veux vivre et qu’est-ce que je veux faire. Une personne saine qui est liée à elle-même, à ses motivations instinctives et ses émotions a une plus grande possibilité de répondre à ces questions et d’arriver à vivre de façon authentique.

 

Estime de soi

La vivencia de sa propre valeur (estime de soi) provient du fait de se sentir soi-même et de la qualification affective des parents et d’autres personnes proches. Les opinions, les idées, les sentiments et les jugements de valeur que nous avons sur nous forment notre estime de nous-mêmes qui se développe graduellement à partir des expériences, messages que nous recevons des autres personnes et de son propre vécu. En plus de l’importance reconnue de l’entourage familial dans les premières années de vie, on attribue aussi une importance fondamentale à la dimension sociale qui nourrit l’estime de soi. L’estime de soi doit être vue comme un processus en changement continuel, dirigé par un axe central de stabilité.

 

Fonctions de l’estime de soi

Elle fonde la responsabilité car seul s’engage celui qui a confiance en lui et trouve naturellement en lui les ressources requises pour dépasser les difficultés inhérentes à son engagement.

 

Elle détermine l’autonomie personnelle car le jeune qui une haute estime de lui agira avec autonomie, affrontera les défis, profitera de ses réalisations, tolérera les frustrations et sera capable d’influer sur les autres. Tout cela aura une incidence favorable sur son processus de développement personnel. Elle appuie la créativité car la personne créative grandit seulement à partir de la confiance en soi, de son originalité et de ses capacités allant de l’auto-valorisation au vécu de sa propre valeur. La considération envers soi-même permet une relation sociale saine car il existe une relation importante entre l’acceptation de soi et l’acceptation des autres.

 

Elle conditionne l’apprentissage car l’acquisition de nouvelles idées est subordonnée à nos attitudes de base.

 

En Biodanza, il existe une série d’exercices qui contribuent à renforcer l’expression de l’identité, la détermination et la sécurité en soi-même, c’est-à-dire qu’ils permettent une augmentation de l’estime de soi. Selon Rolando Toro, ce qui prouve que ces exercices augmentent l’estime de soi est le fait qu’ils contribuent à « prendre conscience de soi et à développer le courage pour affronter les autres ; ainsi les personnes timides acquièrent rapidement des ressources personnelles pour affronter la réalité car les processus d’estime de soi évoluent par l’action ».

 

Conclusion

La Biodanza promeut des changements positifs sur l’estime de soi. Dans le processus de socialisation, de nombreux potentiels sont réprimés. La Biodanza est une opportunité pour les découvrir par le mouvement intégré qui amène aux émotions et par la rencontre. Il se produit ainsi un réapprentissage dans les façons de fonctionner, à travers ces nouvelles formes de vivre, car l’expérience la plus significative entre les personnes est la rencontre de l’amour sous ses diverses formes.

 
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Article du mois de septembre 2009
 

La synchronicité: une manifestation de l'ordre cosmique universel  Article paru dans la revue Recto-Verseau. Entretien avec Rolando Toro Araneda, créateur de la Biodanza, recueilli par Nadia Robin, Manuela Pointet et Laurent Montbuleau

 

Recto-Verseau : Que signifie pour vous le concept de la synchronicité décrite par Jung, qui de nos jours est de plus en plus reconnue par les scientifiques. De nature a-temporelle et a-causale, le phénomène synchronistique semble ouvrir de nouvelles perspectives dans la compréhension du monde qui nous entoure et aussi de la conscience…

 

Rolando Toro : L’image de l’univers qui se dégage du modèle de Jung sur les composantes fondamentales de la dynamique universelle est une intuition ou, peut-être une hypothèse, d’une grande beauté. Ce modèle précède les propositions actuelles su r le temps et l’espace de la physique classique.

En 1930 Jung a énoncé le concept de la synchronicité comme « la conscience temporelle de deux ou plusieurs événements qui ne sont pas en relation de causalité, entre eux et dont le contenu significatif est identique ou semblable ».

Pour Jung, deux facteurs sont en relation dans les expériences de synchronicité :

  1. Une image inconsciente entre dans la conscience directement ou indirectement comme le rêve, l’occurrence ou la prémonition.

  2. Une situation objective coïncide avec le contenu ; on parle alors de « coïncidence significative ».

 

Il est possible que « les coïncidences significatives » soient générées par le contact de notre mental (esprit) avec la dynamique cosmique. La signification prodigieuse de ces résonances apparaît, selon Jung, par la « synchronicité ».

L’essence de la synchronicité est d’être comme un événement individuel et unique, qui se donne comme une manifestation de l’ordre universel.

Les événements synchroniques doivent être considérés comme des actes créatifs, comme la création continuelle d’un modèle qui existe depuis l’éternité dans un continuum espace-temps, dans lequel l’espace n’est plus l’espace et le temps n’est plus le même temps, comme avait proposé Albert Einstein.

Le modèle proposé par Jung est lié à une ancienne notion d’unité ontocosmologique. L’existence humaine devient imprévisible en raison de cette synchronicité entre l’être humain et l’univers.

 

David Peat soutient que sous les couches de la conscience il y a un niveau collectif et universel de l’esprit (mental) : « Aussi de la même façon que les particules élémentaires se maintiennent à travers une danse qui transcende le monde de la matière, l’esprit aussi est soutenu par une dynamique qui dépasse l’esprit et la matière ».

 

Au-delà du mental conscient et de la matière telle que nous la percevons, « il existe des modèles et des symétries qui exercent un effet générateur et animateur ».

Jung propose que les synchronicités aient leurs origines dans es combinaisons d’événements physiques qui produisent, pour celui qui les expérimente, une signification claire et immédiate.

Le concept de synchronicité postulé par Jung dans son œuvre « La synchronicité, un principe de connexions acausales », est défini comme « des coïncidences significatives entre un événement externe et une expérience interne…. La simultanéité d’un état psychique avec un ou plusieurs événements du quotidien ».

La théorie de la synchronicité soutient que, dans l’univers, il se produit des millions de phénomènes de résonance simultanés qui seraient synchronisés par une espèce de « montre cosmique ».

Cette synchronicité révélerait une forme de relation entre les phénomènes, différente de la proposition du déterminisme. Les phénomènes qui paraissent causals, répondent en réalité aux lois de la synchronicité, qui par similitude et cohérence se manifestent dans un autre espace-temps.

 

Les physiciens traditionnels, qui ont hérité du principe de la Causalité, se questionnent sérieusement à propos de l’existence de phénomènes « acausals ». Selon la théorie de la Causalité, à travers Aristote, Descartes, Newton, la dynamique de l’univers serait un processus ininterrompu de causes et effets qui remonterait à la cause première.

Etre et l’être (ser e estar) ensemble dans le même espace-temps, indépendamment de son évolution adaptative, est typique du processus créateur humain.

 

Recto-Verseau : Pouvez-vous nous indiquer de quelle façon la synchronicité peut permettre des processus évolutifs et donc favoriser changements et transformations ?

 

Rolando Toro : Le développement de la pensée de Jung sur la synchronicité a influencé certaines théories actuelles sur les processus organiques simultanés qui permettent l’Intégration biologique. Le concept de « montres biologiques » organisatrices des phénomènes naturels, nous laisse penser que la synchronicité serait un facteur essentiel, différent du hasard, qui faciliterait les échanges et les transformations.

Les recherches actuelles de la physique quantique admettent une forte possibilité qu’au sein de la matière soient produits des changements et des transformations imprévisibles, à travers des processus intra-atomiques. Ces possibilités sont prises en considération dans la biologie et les neurosciences.

Evidemment, les changements et transformations psychologiques, les processus évolutifs ainsi que l’expansion de la conscience, doivent être le résultat de la synchronicité entre les matrices cosmiques génératives et le cerveau humain qui en fait partie.

Je pense que les transformations subtiles de l’âme et les processus évolutifs de la conscience se produisent comme des phénomènes de la « création actuelle », dus à la synchronicité de facteurs cosmiques et physiologiques complexes.

La synchronicité est caractéristique du processus créateur humain et de ‘imprévisibilité de plusieurs de ses actes.

Notre existence se génère à chaque jour comme une aventure prodigieuse dans la rencontre par synchronicité, du mental (esprit) et du fond cosmique d’organisation. La vie ne serait pas possible sans cette synchronicité de l’être avec l’univers.

La synchronicité permet les processus de communication et de compréhension entre les hommes et se trouve être la base archétypique pour reconnaître les signes.

 

Recto-Verseau : Quel serait alors le lien entre les archétypes et la synchronicité ?

 

Rolando Toro : Si les archétypes sont des images éternelles qui donnent forme aux différentes nuances animiques de l’espèce humaine, nous pouvons supposer une résonance permanente entre la base archétypique et le fond cosmique générateur.

Jung, en collaboration avec le physicien Pauli, a construit un schéma orthogonal des processus universels, où il intègre en son contexte la synchronicité.

Ce schéma satisfait, d’une part, les postulats de la physique moderne et, d’autre part, ceux de la psychologie. Pour comprendre ce schéma dans un contexte universel, dit Jung, « nous avons besoin de considérer les facteurs psychoïdes, que j’appelle les archétypes et qui sont indéfinis », cela veut dire qu’ils peuvent seulement être connus et être déterminés par approximation.

La formation des archétypes va plus loin que la structure causale de référence, infraction que Jung appelle « transgressivité ». Ce fait semble mis en évidence dans la dialectique connue de l’évolution entre le hasard et la nécessité, postulés par Jacques Monod.

Speiser propose de considérer les archétypes ou la synchronisation comme quelque chose de contingent qui a la qualité fonctionnelle d’être un facteur constitutif du monde.

 

 

Energie indestructible

 

Synchronicité

Relations inconstantes

par contingence,

équivalence ou signifié

 

Causalité

(Relations

constantes)

  Continuum espace-temps  

 

Recto-Verseau : Comment s’intègre le concept de synchronicité dans la théorie du Système Biodanza ?

 

Rolando Toro : La Biodanza est un processus d’intégration humaine qui stimule l’expression des potentiels génétiques par l’induction de vivencias à travers la musique et le mouvement.

Les potentiels génétiques appartiennent à des matrices universelles qui gravitent dans l’être humain pendant toute son existence. Les danses et les situations de rencontre qui sont proposées en Biodanza sont en connexion avec ce fond générateur universel. Il se produit ainsi une résonance entre les systèmes vivants humains et les processus d’intégration cosmique qui génèrent la vie.

L’existence humaine n’est pas une trajectoire isolée, mais bien un processus d’intégration à l’unité plus grande de l’Univers. L’homme est un être ontocosmologique. La synchronicité et la résonance avec les modèles universels donnent à l’existence humaine sa dimension cosmique, son unité transcendante et sa cohérence avec la vie.

 

Les processus évolutifs de la conscience se produisent sous la forme de sauts quantiques générateurs dont l’émergence semble être de nature acausal.

La Biodanza, avec toutes ses conséquences organiques et existentielles, a un effet intégrateur dû à ce que la vivencia est le pont entre l’être humain et la vie universelle.

La Biodanza stimule la genèse de nouveaux états de conscience à travers l’action synchronisée de la musique, du mouvement corporel et des vivencias évoquées. Cette simultanéité d’actions semble faciliter la résonance avec les modèles universels.

Le Principe Biocentrique, qui est le fondement éthique de la Biodanza, oriente toutes les actions humaines autour du phénomène universel de la vie. Nous pouvons dire ainsi que la Biodanza induit des processus naturels de synchronicité.

 

Les exercices et les cérémonies d’une séance de Biodanza génèrent des relations humaines imprévisibles et créent des formes expressives et esthétiques acausales qui peuvent surgir seulement d’une cohabitation amoureuse avec le monde dans le temps-espace éternel.

Il est possible d’imaginer que depuis l’origine du psychisme humain se répètent avec insistance certains modèles de perception et de conscience, tels que les comportements typiques, antérieurs à la culture, qui possèdent une résonance permanente.

 

La séance de Biodanza crée un espace optimal qui facilite l’expression de ces potentiels et permet de rentrer en syntonie avec l’univers. Là s’enracine son pouvoir de guérison et de réhabilitation existentielle. Si les maladies sont le résultat d’une perte d’harmonie avec la totalité, la guérison peut être induite par des actes de résonance avec des modèles de vie universelle.

 

Recto-Verseau : Pourquoi la notion de pulsation est-elle si présente dans la Biodanza ?

 

Rolando Toro : En Biodanza sont proposés des exercices de pulsation par le contact car la vie et l’univers entier on un caractère pulsant. Depuis la pulsation cardio-vasculaire jusqu’aux pulsars dans l’espace sidéral.

Il n’y a pas de rigidité possible dans la connexion de la vie avec la vie.

A travers ce type de connexion pulsante sont envoyés, dans un même laps de temps-espace, un grand nombre de messages psychobiologiques, qui ne peuvent pas se succéder dans une forme de connexion statique.

 

Le monde pensé comme un ensemble de processus de synchronicité ouvre de nouvelles perspectives à la psychothérapie, aux arts, à la poésie et à la musique, nous permettant un nouvel accès à l’herméneutique de l’intelligence cosmique.

 

Bibliographie :

Jung, C.G. : « Synchronicité et Paracelsia » Albin Michel

Jung, C.G. : « Mysterium conjunctionis » Albin Michel

Peat, David : « Synchronicité : Le pont entre l'esprit et la matière » Le Mail

Roulin, Paula : « Biodanza, la danse de la vie » Recto-Verseau

Toro, Rolando : « Biodanza » Editions le Vivier

 
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Article du mois d'octobre 2009
 

Education et développement cérébral par Padilla Gittith Sanchez

 

Chaque fois que nous parlons d’éducation, il est impossible de se soustraire à l’image de Gabriela Mistral, ce génie chilien, inspiratrice de l’éducation. J’aimerais citer sa phrase : « rend ton école capable de tout ce qui se passe ou s’est passé de grand dans le monde ». Et cette phrase a une résonance spéciale quand on pense – et ceci est la raison de la réflexion que j’apporte aujourd’hui – à l’éducation et au développement du cerveau.

 

Le cerveau – comme cela a été amplement démontré – ne se développe pas s’il est isolé. De plus, la stimulation du milieu est très importante pour obtenir cette architecture du cerveau. Le cerveau a une capacité d’adaptation face à l’enrichissement de l’environnement sensoriel qui l’entoure. Enrichissement de l’environnement sensoriel : ceci se rapproche beaucoup des écofacteurs positifs, appelés ainsi par Rolando Toro et c’est ce que nous verrons plus loin.

 

Le système nerveux, le cerveau humain, a une plasticité et une synaptogenèse réactive qui modèle la base anatomique qui soutient les fonctions cérébrales supérieures. Ceci veut dire que, dès avant la naissance, le cerveau de l’enfant a de très nombreux neurones, même plus que ce dont il a besoin ; et aussi que, dès avant la naissance, s’établissent d’innombrables connexions entre eux. Ces connexions cependant ne sont qu’une proposition, elles ne vont pas rester ainsi. Ce qui arrive aussi, dès avant la naissance, c’est une activité spontanée, électrique et qui va permettre que certaines seulement de ces connexions s’établissent définitivement.

 

Que se passe-t-il après la naissance ?  (et ceci nous intéresse particulièrement) : d’innombrables connexions s’établissent aussi mais, encore une fois, ces connexions qui se produisent sont une proposition. Et, quelles sont celles qui vont rester ? Celles qui sont renforcées par un stimulus. Quels stimuli ? Le Dr Victor Fernandez et collègues ont démontré la chose suivante : pour un enrichissement polysensoriel précoce – ceci fut expérimenté sur des rats – on observe des changements structurels induits par ces expériences dans la région latérale du cortex pariétal occipital. En quoi consistait cette stimulation polysensorielle ? Elle consistait à prendre les petits rats trois fois par jour, pendant trente minutes à chaque fois, et à les stimuler de différentes manières : on leur mettait une grande variété d’objets pour jouer et explorer, des roues, des tunnels, des plateformes, des échelles, des pelotes, des plantes, de l’herbe, des petits jouets ; le chercheur leur donnait aussi des caresses, avec une musique et ils faisaient de la natation dans de l’eau tempérée. Que se passait-il ? Il se passait que ces petits animaux avaient différentes conduites importantes : une plus grande capacité exploratoire, de résolution de problèmes, une meilleure capacité motrice adaptative par rapport à ceux qui n’avaient pas reçu cette stimulation. Et ceci, écoutez le bien, restera dans la rétine de nous tous : ces petits rats qui furent stimulés de façon poly-sensorielle développèrent une augmentation de la complexité géométrique de la région dendritique basale, laquelle constitue le secteur afférent des neurones.

 

En regardant les sommes des neurones, on voit les configurations géométriques des dendrites, c’est-à-dire les endroits qui forment la partie afférente, réceptrice des stimuli. On peut voir qu’il y a une plus grande complexité géométrique et une plus grande expansion territoriale de la région dendritique chez les petits rats qui furent stimulés par rapport à une simplicité chez ceux qui ne furent pas stimulés. Cela veut dire que chaque fois que l’on stimule un être vivant, on peut agir directement sur les neurones. Ceci est un des arguments du pourquoi nous devons stimuler les élèves.

 

Il existe un travail plus ancien, réalisé par un autre groupe de la Faculté de Médecine de l’Université du Chili, dans lequel on voit l’effet de la stimulation précoce sur le comportement compétitif chez les rats. C’étaient des petits rats, certains stimulés et d’autres non, on les plaçait tous proches, face à un stimulus primaire qui était de l’eau. On ne leur donnait pas d’eau pendant un certain nombre d’heures et ensuite on leur mettait de l’eau pour qu’ils courent la chercher, pour qu’ils trouvent la solution de ce besoin primaire. Ce qui se passa fut que les petits rats stimulés attendaient plus parce ce que ce qui les intéressait était l’exploration et ils n’allaient pas immédiatement assouvir leur soif ; ils s’amusaient sur le chemin et même nombre d’entre eux qui arrivaient les premiers, laissèrent leur place aux autres.

 

 

A partir des découvertes de la Neurobiologie, le docteur Fernandez, déjà dans les années 2000, formula les questions suivantes, encore d’actualité : Comment créer de nouveaux chemins d’apprentissage et de développement en élargissant la connaissance et les opportunités ? Faisons-nous aujourd’hui suffisamment en termes d’introduire dans le curriculum de base des études post-grade de nos enseignants toute cette information importante ? Cela veut dire qu’il y a une information venant des neurosciences qui ne se connaît pas et ne s’applique pas.

 

Conclusion

Etant donné que les fonctions cérébrales supérieures sont associées aux composantes affectives, il est et continue à être nécessaire de former les éducateurs sur la « stratégie de l’affect ». Enseigner au professeur que, par ce type de stratégies, on peut générer des changements importants dans les cerveaux du pays car – comme le disait récemment Rolando Toro – la matière première du pays et de tout le monde sont les cerveaux humains.

 

La proposition du système Biodanza est justement d’induire les vivencias intégrantes au moyen de la musique, du mouvement et de situations de rencontre en groupe, pour pouvoir développer toutes ces modalités d’expression du potentiel génétique humain. Pendant les sessions, les enfants ont toue la stimulation polysensorielle, affective, motrice, etc. et la confiance qu’il doit avoir pour le travail en groupe.

 

Quand Gabriela Mistral disait « nous amenons à l’école tout le meilleur du monde », je pense qu’elle se référait à cette stimulation polysensorielle, nécessaire et efficace pour le développement du cerveau humain, aujourd’hui absolument démontré. Nous devons amener le meilleur du monde à l’école.

 
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Article du mois de novembre 2009
 

Echelle évolutive de liens: un chemin vers l'inconscient numineux par Rolando Toro Araneda

 

Ce qui manque dans notre monde c’est la tendresse. Nous devons reconnaître que nous vivons dans une civilisation malade. Même si certains d’entre nous vivent paisiblement et heureux, le panorama écologique, historique et social est catastrophique.

 

Cela fait déjà 50 ans que Karl Jaspers a parlé des maladies de l’existence. C’est notre existence qui est malade, pas le corps ni les organes.

En quoi consistent ces maladies de l’existence : état de dépression, peu de motivation pour vivre, stress, se sentir gêné spirituellement et corporellement par les obligations. Et surtout : la solitude, la difficulté à créer des liens. C’est difficile de trouver l’amour dans notre société, ceux qui le rencontrent entrent souvent ensuite dans un état de relative indifférence, sans la vibration de la vie, sans l’enchantement. Nous avons l’obligation d’être heureux, parce que la vie est merveilleuse, nous devons apprendre à surmonter les obstacles, avec solidarité, avec amitié, avec un lien plus profond que la frivolité de la conversation. Beaucoup de personnes se demandent ce qu’elles font dans ce monde, elles se sentent seules. Qu’est ce que j’ai pour ne pas être aimé ? Toutes ces questions ont une seule réponse ; parce que nous ne savons pas vivre, nous ne savons pas nous connecter avec ce qui est vivant.

 

Un autre auteur extraordinaire est Arthur Jorès qui a parlé des maladies de la civilisation et a fait une liste des maladies. Il a découvert 2000 maladies qui avait un diagnostic clair. De ces 2000 maladies, 1500 étaient dues à notre style de vie. Ceci est un scandale. Avoir 1500 maladies parce que nous ne savons pas vivre.

 

Le siècle dernier fut horrible. Vous avez peu soufferts ici en France mais d’autres peuples furent harassés. Staline pour offrir le paradis social a tué 20 millions de personnes. Mao Tsé-Toung voulait changer le contexte culturel et traditionnel en Chine et a causé 300 millions de morts. Adolf Hitler a causé 20 millions de morts y compris l’holocauste qui fut un assassinat planifié, prémédité, sans miséricorde d’un peuple entier. Les Etats-Unis ont lancé deux bombes atomiques sur deux villes en tuant tous leurs habitants.

La guerre, les usurpations de pouvoirs par des dictateurs assassins il y a en a eu plein d’autres que je ne nommerai pas ici.

 

Nous devons assumer que notre civilisation est gravement malade. Quand nous entendons à la télévision qu’un serial killer a tué 5 femmes pour qu’elles ne le reconnaissent pas, nous sommes horrifiés. Mais quand des bombes sont lancées et tuent des milliers de personnes, des familles, des enfants, nous considérons cela seulement comme un fait historique. Aucune guerre ne justifie la mort d’une seule personne, parce que les personnes sont sacrées. Leurs illusions, leurs espérances, leurs efforts, leur travail, leurs enfants, leurs amours sont l’essence de l’humanité. Ainsi la question philosophique posée aujourd’hui est : qu’est-ce que être humain ? La tradition philosophique était préoccupée par l’individu, le connais-toi toi-même de Socrate, le qu’est-ce que l’être de Martin Heidegger ; les questions étaient centrées sur un individu. Mais la question : qu’est-ce que être humain ? A quel point sommes-nous humains ? est la question philosophique actuelle. La question a été posée par Nadine Gordimer, prix Nobel de littérature : jusqu’à quel point sommes-nous humains ?

 

Ainsi à partir de cette question, j’ai essayé de construire une échelle de liens en m’inspirant des théories de grands penseurs. Chaque personne a un niveau de lien lié à son échelle humaine, laquelle va de celles qui ne peuvent établir aucun lien ou des liens violents, qui n’ont aucune humanité, jusqu’à celles qui ont un amour infini, qui peuvent établir des liens profonds, de cœur à cœur.

 

Ceux qui sont dans l’échelon le plus bas sont les racistes, ceux qui ont peur de la différence, ceux qui sont capables de tuer une personne parce qu’elle est noire, jaune ou homosexuelle. Les racistes sont plus malades que les cancéreux ou les schizophrènes.

Il y a aussi les psychopathes, les personnes cruelles.

Ces personnes ont un défaut intrinsèque dans leur code génétique et l’environnement a contribué à faire exprimer ces potentiels. Il y a des personnes qui ont cette condition inférieure de lien mais ne l’expriment jamais dans leur vie.

Les psychopathes sont les assassins, les serial killer, ceux qui violent les femmes et tuent les enfants. Ce sont aussi les grands chefs d’état, qui font la guerre pour assouvir leur besoin économique ou politique. La nosologie clinique, la classification des maladies, doit changer radicalement. On croit que les personnes qui ont un cancer ou sont  schizophrènes sont gravement malades, mais infiniment plus gravement malades sont les psychopathes et les chefs d’état.

 

Dans un échelon plus élevé mais encore très bas, il y a les individualistes.

Ceux qui pensent qu’ils sont autonomes et ne se lient pas avec les autres. Les autres n’existent pas, la seule chose qui importe est leur motivation et leurs intérêts et le monde tourne autour d’eux. Ils sont aussi gravement malades et misérables car ils ignorent qu’il y a un réseau invisible d’énergie qui est scientifiquement prouvé. Notre structure interne fait que nous ne pouvons pas être seuls. La seule présence d’une autre personne change notre tonus musculaire. Le regard change le niveau des neurotransmetteurs. Les individualistes ne sont pas seulement malades mais ignorants.

C’est le cas de Fritz Perls, le grand directeur de l’institut Esalen, le plus fameux institut de thérapies qui a été créé il y a 50 ans. J’ai travaillé dans cet institut il y a de nombreuses années et je connaissais à fond leur philosophie. Fritz Perls, créateur de la Gestalt a construit sa thérapie sur : je suis moi et tu es toi, garde la distance, tes problèmes sont tes problèmes et ne m’intéressent pas ; mes problèmes sont mes problèmes ; je ne suis pas là pour satisfaire tes attentes. Si nous nous rencontrons, c’est bien et si nous ne nous rencontrons pas il ne se passe rien. Il représentait la pensée d’un grand nombre d’individualistes américains qui ont déclaré cent guerres au vingtième siècle. Je ne mets pas en doute qu’aux Etats-Unis il y a de très belles personnes, de très belles familles, des poètes très importants mais l’idéologie individualiste est encore très forte.

Heureusement cette proposition de Perls a été dépassée par les nouvelles propositions de la Gestalt.

Notre proposition est : je suis moi et tu fais partie de moi. Je suis ici pour satisfaire tes attentes, pour t’aider dans tes besoins. Si nous nous rencontrons c’est merveilleux, si nous ne nous rencontrons pas c’est une tragédie.

L’individualisme amène à la destruction systématique et stupide de la nature. Nous détruisons notre planète. Nous connaissons tous les problèmes écologiques mais beaucoup n’aiment pas la planète et ne voient pas en elle une terre sacrée.

 

Légèrement au-dessus il y a les machistes, qui maltraitent les femmes, les disqualifient et croient que l’homme est supérieur à la femme. Se sont des ignorants terribles. Leur pathologie intérieure les amène à disqualifier un être humain. Leur autoritarisme les mène parfois à l’assassinat.

 

Ensuite vient un grand philosophe, Martin Buber qui dit, ce n’est pas le je qui est important mais le nous. A cet échelon il y a aussi Pichon-Rivière un argentin. Cette vision fut une révolution qui n’a rien à voir avec la conception communiste. C’était une relation intérieure et non en lien avec le travail ou la justice sociale.

 

Ensuite il y a eu Piaget qui a dit : l’identité est ce que chacun est, elle ne fonctionne qu’en relation avec l’autre. Elle s’active et se met en marche face à l’autre. Elle se met à l’épreuve et s’enrichit face à l’autre.

Je ne prends sens que dans l’échange avec toi. L’autre ne peut m’échapper, il influe sur mon identité.

 

Ensuite il y a Lerch, avec le concept d’empathie. Le concept d’empathie est bien supérieur, ce n’est pas une relation d’identité à identité. Avec Piaget les cerveaux se fécondent réciproquement.

L’empathie c’est se mettre à la place de l’autre. Comprendre l’autre, ses sentiments, ses problèmes, et partager ses préoccupations, ses douleurs, ses souffrances et ses joies.

 

Ensuite il y a l’amitié. L’amitié est une chose merveilleuse, c’est un haut niveau de lien. Parce que l’amitié est fidèle, pleine d’amour pour l’autre, désintéressée. Les anti-psychiatres disent que les malades sont ceux qui n’ont pas d’amis. Une personne qui n’a pas d’amis a un défaut. Il faut prendre soin des amis, les célébrer, les aider.

 

Finalement, nous arrivons à l’amour. L’amour qui peut être indifférencié, l’amour pour l’humanité, et l’amour différencié, l’amour pour une personne ou pour un groupe particulier comme les enfants, la famille, les parents. L’amour, selon Emmanuel Levinas, peut atteindre un niveau cosmique. Il appelle cela l’amour épiphanique, où notre âme, notre cœur entre en communion avec le cœur de l’autre. Nous nous sentons unis par l’âme, cœur à cœur et pour toujours. Les personnes mortelles communes aiment aussi mais n’arrivent jamais à atteindre ce niveau.

 

A partir de Martin Buber, les personnes ont des caractéristiques humaines essentielles. En dessous, elles sont dégénérées.

La Biodanza tente de faire monter les individus dans l’échelle du lien.

 

Tout le monde appartient au genre humain quel que soit son niveau de lien. La possibilité d’évolution existe grâce à l’épigénétique. L’épigénétique est la révolution en génétique. Avant on pensait que notre hérédité est ce que nous recevons et que cette hérédité est fatale. Avec l’épigénétique on a découvert qu’il y a des facteurs dans le code génétique, il y a des extensions dans les triplets des acides aminés qui peuvent permettre ou pas l’expression de certains de nos potentiels. Nous sommes tous des assassins en puissance mais l’environnement a laissé sous silence l’expression de ce potentiel. Nous avons beaucoup de gènes qui ne sont pas bons. Selon certains auteurs nous avons tous 25 gènes qui ont à voir avec le cancer, nous sommes tous des cancéreux en puissance. Mais l’environnement complète chimiquement une chaîne chimique du code génétique et empêche ces cellules cancéreuses de se manifester et de croître de façon incontrôlée. C’est l’épigénétique, par l’environnement enrichi, qui empêche l’expression ou permet l’expression de certains aspects du code génétique. Ce qui est intéressant, c’est que cet environnement peut s’hériter. Les caresses s’héritent. Parfois l’environnement ne bloque pas les gènes malins, alors la pathologie apparaît.

Je pense qu’il n’y a pas de remèdes pour les psychopathes. Ils ont du plaisir avec la souffrance de l’autre. La mentalité du psychopathe est si cynique qu’on ne peut le raisonner ou l’émouvoir. Jusqu’à présent personne n’a pu soigner un psychopathe. Je pense qu’il faut les mettre sur une île pour qu’ils travaillent et s’entendent entre eux.

 

Face à ce constat un peu triste, le mouvement de la Biodanza et d’autres mouvements de rédemption humaine apparaissent de façon triomphante.

Si la Biodanza pouvait se répandre sur toute la planète, cela amènerait à un « switch » mental, nous apprendrions à nous relier avec tendresse et solidarité. C’est pourquoi les biodanseurs sont l’espoir de l’humanité. Ils sont les semences d’un monde nouveau, d’un monde où les personnes se respectent et n’entrent pas en compétition et peuvent s’aimer. Un monde où tout le monde a accès à l’amour : les enfants, les jeunes, les adultes, les vieux. Beaucoup de personnes, après 60 ans, trouvent qu’elles n’ont déjà plus accès à l’amour, c’est faux. Les femmes et les hommes doivent savoir que l’amour n’a pas d’âge. Il faut commencer à aimer. L’idée la plus courante est qu’il faut d’abord nous aimer nous-mêmes avant d’aimer les autres, c’est faux. C’est une théorie qui vient de l’orient. Il faut commencer à aimer sans attentes, aimer, aimer, aimer et ensuite l’amour arrive. Comme l’a dit Rumi, un grand mystique du soufisme : l’eau cherche l’assoiffé. La plupart pense que c’est l’assoiffé qui cherche l’eau. Ceux qui ont besoin d’amour doivent rechercher l’amour et l’amour vient comme l’eau vient à l’assoiffé. Mais il faut commencer par aimer.

 

Dernièrement en Biodanza, nous avons découvert une nouvelle strate de l’inconscient. Vous savez tous que Freud a découvert l’inconscient personnel auquel nous pouvons accéder par les rêves. Jung a découvert l’inconscient collectif que nous pouvons connaître par les archétypes que nous incarnons. L’inconscient est une force qui n’est pas mise en lumière par la connaissance mais conditionne notre comportement.

Ensuite j’ai proposé l’inconscient vital qui est le psychisme des organes. Dans le corps il y a une intelligence. Tout est connecté et communique. Les cellules reconnaissent les ennemis, elles savent communiquer à longue distance. Il y a attraction et répulsion dans les tissus. Il y a un psychisme dans le corps. Cet inconscient vital, on le reconnaît en Biodanza par le niveau des fonctions endothymiques, par l’état d’âme.

 

Il y a un inconscient plus profond, un inconscient primordial qui nous rend humain, un inconscient de la grandeur humaine : l’inconscient numineux. C’est l’inconscient le plus réprimé, beaucoup pensent que c’est le sexe le plus réprimé, mais le plus réprimé est l’inconscient numineux de la grandeur humaine.

Il est réprimé par la culture et ses dissociations fatales :

Toutes ces dissociations nous rendent chaque fois plus petits et insignifiants. Nous pouvons tuer par milliers car nous ne sommes rien. Il s’agit donc de libérer l’inconscient numineux, de le faire apparaître car il permet de rassembler, d’intégrer, de dépasser ces dissociations.

L’inconscient numineux se compose de quatre paramètres: l'amour, l'illumination, le courage et l'intase.

 

Le premier paramètre est la nécessité d’aimer, intrinsèque à l’organisme, la nécessité de communion. L’amour implique communion, empathie, tendresse et miséricorde.

 

Le deuxième paramètre de cet inconscient est l’illumination. Jung a proposé l’illumination en disant que  notre âme a une partie d’ombre et une partie de lumière. Nous devons évoluer et convertir les ombres en lumière. Nous pouvons évoquer notre lumière, mais notre lumière n’est pas là pour que nous soyons un roi soleil qui irradie la lumière, notre lumière est là pour illuminer l’autre, pour voir son âme. L’illumination est un processus vers l’autre.

 

La troisième caractéristique est le courage, le courage pour savoir ce que nous voulons, sans peur, pour défier notre peur de vivre et d’aimer.

Avoir le courage de marcher dans la vie et défendre ce que nous désirons le plus dans notre existence. C’est difficile, compliqué de défendre ce que nous sommes en essence.

Avoir le courage de sortir du chaos quand nous souffrons ou nous sentons abandonné. Ilya Prigogine, prix Nobel de physique, a démontré que dans tout chaos il y avait un attracteur d’ordre. C’est cet attracteur d’ordre dont nous avons besoin pour sortir du chaos et renaître.

 

La quatrième caractéristique est l’intase, qui veut dire la splendeur même d’être un être humain, de faire partie de l’univers, du cosmos. Ce n’est plus l’homme face au monde mais l’homme comme un organe du monde. Nous ne sommes pas là pour détruire la nature mais sentir un lien profond avec  elle, apprendre d’elle. Si mon arbre n’a pas de racines, je suis superficiel, je n’ai pas de fondements. L’arbre donne des fruits et je dois donner des fruits. Si ma mer n’a pas la capacité à faire la tempête, je n’ai pas de profondeur. Si mes montagnes n’ont pas de stabilité et de puissance, je suis vulnérable, je suis fragile.

La nature est notre maître.

Nous prenons la force de la nature pour être nous-mêmes la grandeur de l’homme.

 

La Biodanza, en tant que système d’accélération du processus d’intégration, propose des exercices et des musiques pour se connecter à ces quatre catégories : amour, illumination, courage et intase ; pour faire sortir cet homme éternel qui est en nous.

 

Notre proposition est de faire danser tout le monde, en partant des enfants dans les écoles. La Biodanza doit être une discipline de l’éducation, c’est ce que j’ai appelé Education Biocentrique.

 
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Article du mois de décembre 2009
 

Le genre masculin en Biodanza par Gaston Andino

 

Introduction

Aujourd’hui, nous les hommes, nous vivons une profonde crise d’identité qui se traduit en questions comme :

 

Quelle est la signification aujourd’hui d’être un homme ?

 

Comment être un homme sensible et affectueux, en ayant une posture viril et sans être macho ?

 

Comment être en relation avec la femme d’une façon authentique et créative ?

 

Nous vivons un moment de grandes incertitudes où tout est revalorisé, remis en question : « une intuition collective semble indiquer qu’il manque quelque chose dans le modèle masculin qui prédomine dans la société » (Juan Carlos Kreimer).

 

C’est une crise de la culture patriarcale qui, il y a plus de 80.000 ans, détermine un regard uniquement masculin sur le monde, sur la société sous tous ses aspects. Elle forme un réseau centralisé sur la figure masculine, une manière de regarder, de sentir et de penser la vie. « Le Patriarcat est bien plus que le gouvernement ou l’autorité d’un Père qui donne des ordres à sa famille. C’est un système de relations très profondes qui englobent l’émotionnel, les valeurs, le corporel, et va au-delà de certaines caractéristiques que nous pouvons lier au machisme » (Juan Carlos Kreimer).

 

Ceci s’est cristallisé dans la vision du paradigme anthropocentrique, où l’homme–macho rationnel détermine avec sa pensée tout ce qui se passe en lui et autour de lui (mode de vie, dans les sciences, dans les arts, etc.).

 

Certains aspects de la culture patriarcale sont :

-          Le pouvoir comme axe central de vivre, le pouvoir sur mon univers personnel (émotionnel, sur le psychique et le corporel), sur les relations interpersonnelles où le contrôle, l’obéissance, la subordination et la hiérarchie lui donnent de l’appui. Le pouvoir sur la nature, l’intervention sur ses cycles et sur les mouvements naturels.

-          La violence, la guerre comme une façon de trouver des solutions aux différences, aux conflits ; et ceci est vu comme une valeur, une vertu « naturelle-normale ».

-          Une négation du féminin, de tout ce que cela implique : sexualité, procréation, sa sagesse, son regard esthétique sur le monde.

-          Une façon de penser et de voir les choses de manière simple et linéaire, où tout est subordonné à l’autorité en négation des différences.

 

« Notre culture a favorisé, avec fermeté, des valeurs et des attitudes yang ou masculines et a négligé ses valeurs et ses attitudes complémentaire yin ou féminines. Elle a favorisé l’affirmation de soi au lieu de l’intégration, l’analyse au lieu de la synthèse, la connaissance rationnelle au lieu de la sagesse intuitive, la science au lieu de la religion, la compétition au lieu de la coopération, l’expansion au lieu de la conservation, et ainsi de suite. Ce développement unilatéral atteint aujourd’hui un niveau élevé, un niveau alarmant, une crise des dimensions sociales, écologiques, morales et spirituelles » (Capra).

 

 La question qui nous vient est : Quel est l’homme que cette culture a cristallisé ?

Un homme fort, indépendant, sûr, agressif, audacieux, compétitif et invulnérable.

 

Celui qui ne s’autorise pas à avoir peur, à avoir des doutes, des angoisses, à avoir honte. Qui a toujours du succès et du pouvoir. Qui au niveau de l’affectivité a des difficultés à admettre et à communiquer ce qu’il sent, et souffre d’un grand isolement émotionnel.

 

« La mystique du masculin : isolement émotionnel et incapacité acquise à admettre et communiquer ce qu’il sent » (Graciela Ferreira).

 

Un homme qui ne se sent sûr que dans certains domaines comme : le sport, la politique et le sexe pour le sexe.

 

« Le territoire le plus sûr qui ne met pas en cause son intimité est : le sport, la politique et le sexe » (G. Ferreira).

 

Un homme qui, dès sa naissance, est socialisé pour se différencier, pour ne pas paraître comme une femme, et nier n’importe quel signal du féminin dans son comportement.

 

Au niveau de la sexualité, la norme est l’hétérosexualité, ce qui est une pauvreté affective qui l’empêche de se lier avec d’autres hommes de manière profonde (homophobie).

 

Cette crise d’identité de l’homme aujourd’hui nous permet de plonger profondément en nous-mêmes et de rompre avec les stéréotypes qui nous ont socialisés. Si, bien-sûr, le modèle traditionnel masculin nous a donné une série de bénéfices, il a aussi été préjudiciable pour nous les hommes.

 

« Le modèle traditionnel a apparemment une série de bénéfices mais l’attitude machiste est au fond préjudiciable pour les hommes » (Daniela Cheveke).

 

Pour cette raison, nous les hommes devons commencer à réfléchir sur cette crise, aussi d’un point de vue masculin, à faire une nouvelle lecture de ce que signifie être un homme. Il ne suffit pas de tenir compte de la critique des femmes à la culture patriarcale, nous devons aussi faire une critique à partir du point de vue masculin.

 

Le yin masculin

Dans la conception de la Biodanza, la question du genre est vue comme des cycles de vie cosmique qui, dans un mouvement constant, se dilatent et se recueillent, c’est le jour et la nuit, la lumière et l’ombre, le masculin et le féminin.

 

Le yin, selon la vision taoïste est le féminin, l’obscure, l’instinctif, l’inconscient, le réceptif qui est complémentaire du yang, le masculin, le lumineux, le rationnel, le conscient, celui qui ouvre le chemin, qui pénètre.

 

L’homme est extérieurement yang dans son corps, dans sa façon de traiter la réalité par le rationnel, l’objectivité. On s’est arrêté sur ce stéréotype extérieur au détriment de son monde interne, le yin peut être caractérisé par : sensibilité, intuition, empathie, humilité, émotion.

 

« L’homme n’est pas seulement un être sexuel, mais aussi un être bisexuel, qui combine en lui le principe masculin et féminin dans des proportions différentes, souvent de façon conflictuelle. L’homme chez qui le principe féminin serait complètement absent, serait un être abstrait, entièrement séparé de l’élément cosmique. C’est seulement l’union de ces deux principes qui rend un être complet » (Nicolas Berdveau).

 

Il est très important que nous, les hommes, arrivions à avancer avec le monde interne de nos affects, à apprendre à nous guider par notre intuition, à savoir être humble en reconnaissant qu’il existe des situations déterminées que nous ne savons pas gérer.

 

Le yin dans le masculin est beaucoup plus intérieur que celui de la femme, c’est un univers inconnu de sensations et d’émotions avec lequel nous devons apprendre à cohabiter sainement et non à le nier ou le projeter chez les autres, hommes ou femmes.

 

Rituels d’initiation

Un autre aspect de la crise de la masculinité est le manque de rituels d’initiation qui marquent à l’adolescence le début de la vie adulte.

 

Les cultures antiques « savaient » très bien que l’enfant, pour devenir un homme, avait besoin d’un événement important dans sa vie qui lui permettrait de sortir du monde de l’enfance, de « l’étreinte de la mère » pour entrer dans le monde des hommes – des guerriers.

 

Dans ce but, il existait les dits rituels d’initiation qui consistaient en différentes épreuves physiques, en défis que l’enfant devait passer pour devenir un homme.

 

« Par initiation, on entend généralement un ensemble de rites ou enseignements oraux qui avaient pour but la modification radicale de la condition religieuse et sociale du sujet initié. Philosophiquement parlant, l’initiation équivaut à une mutation ontologique de la dynamique existentielle. A la fin des épreuves, le néophyte jouit d’une vie totalement différente de celle antérieure à l’initiation : il devient un autre » (Mircea Eliade).

 

Pour la Biodanza, selon son créateur : « les rites d’initiation ont un caractère d’épreuves (défis) dans lesquelles la personne entre en contact avec sa propre essence (identité) » (Rolando Toro).

 

On dit bien qu’aujourd’hui il existe quelques rituels comme : entrer dans l’armée, par exemple ; mais on ne peut les considérer comme des rituels d’initiation car une partie de la prémisse est fausse : la disqualification de celui qui est initié et le moindre prix donné à sa vie.

 

« Notre culture, au contraire, a des pseudo-rituels. Nous avons beaucoup de pseudo-initiations pour les hommes. Le recrutement militaire est l’une d’elles. L’idée fantaisiste est que l’humiliation et la non identité forcée des camps d’entraînement vont « faire de toi un homme ». Les gangs existant dans les grandes villes du monde sont un autre exemple de ces supposées initiations, comme le sont aussi les systèmes pénitenciers qui sont en grande partie dirigés par des groupes criminels. » (Douglas Gillete et Richar).

 

Parmi les antiques rituels d’initiation, il existait le rôle de l’ancien initiateur, qui était un homme sage qui faisait le pont pour le passage d’un état à un autre. Ceci est aussi un aspect de la crise de la masculinité : le manque d’initiateurs, car la culture actuel dévalorise la sagesse des plus vieux, ceux-ci sont mis au bord du chemin de la vie ; et il y a aussi une peur très ancrée chez les hommes d’accomplir ce rôle – rituel.

 

La crise du modèle patriarcal, le manque de rituels d’initiation et d’initiateurs ont généré des hommes dissociés ou comme le disent certains auteurs : « des puer-aeternus, des enfants volants, le syndrome de Peter-Pan, etc. ». Ou des hommes avec de grandes difficultés d’intégration, d’approfondissement de leur vie affective, créative, sexuelle, existentielle : dans un langage commun se sont des « hommes immatures ». D’autres restent enfermés dans des stéréotypes déterminés comme le dur, le faible, l’agressif, etc.

 

Notre proposition de travail de récupération de l’identité masculine est la recréation de rituels d’initiation qui permettent aux hommes d’aller à la rencontre de leur essence qui se potentialise par des archétypes liés au cinq lignes de vivencia que la Biodanza propose.

 

Les archétypes masculins

Les archétypes sont des images chargées d’émotions qui se trouvent dans l’inconscient collectif que Jung propose.

 

Ces images, en étant vécues, permettent de potentialiser des aspects endormis en nous ou qui ne se manifestaient pas dans notre existence.

 

En Biodanza, les archétypes sont liés aux cinq lignes de vivencia, nous pourrions dire que leur récupération est intimement liée à notre monde instinctif.

 

Dans la ligne de vitalité, nous trouvons l’archétype du sauvage :

 

« Le sauvage agit par instinct, il sait où est le danger, la santé, etc. Etre un bon sauvage, c’est manger avec voracité, faire l’amour avec bonté et avec intensité. Le noyau organisateur du comportement est l’instinct (survie) ; seulement après l’expression de l’instinct nous nous permettrons la manifestation d’autres éléments : créatifs, affectifs et mystiques ; le passage du sauvage au mystique est la connexion avec la nature » (Rolando Toro).

 

On trouve aussi dans cette ligne l’archétype du guerrier et du héros. Cela signifie la capacité de pouvoir récupérer la force et la puissance nécessaires pour ouvrir des espaces dans notre vie.

 

« L’homme qui a accès à l’archétype du guerrier a une pensée positive. Ceci veut dire qu’il a un esprit invincible, un grand courage, qu’il n’a pas peur, qu’il assume la responsabilité de ses actes et qu’il a une autodiscipline. Discipline signifie qu’il a de la rigueur pour développer le contrôle et la domination sur son corps, et qu’il est capable de supporter la douleur, tant psychologique que physique » (R. Moore & D. Gillete).

 

L’archétype du héros est celui qui nous permet de sortir de l’indifférencié pour commencer le chemin, notre propre chemin.

 

« Le héros est une personne qui a su combattre les limites historico-personnelles, en atteignant de cette façon des formes humaines valables » (Joseph Campbell).

 

Dans la ligne de sexualité, nous trouvons l’archétype de l’amant indifférencié, des motivations érotiques et orgiaques.

 

« L’amant est l’archétype de la représentation et de « l’exhibition », de l’incarnation saine, de l’être dans le monde des plaisirs sensuels et dans son propre corps sans sentir de honte. Ainsi, l’amant est profondément sensuel – sensuellement conscient et sensible au monde physique dans toute sa splendeur » (Moore & Gillete).

 

Dans la ligne de la créativité, nous trouvons l’artiste, la création dans l’art et la science, l’innovation, la transgression et celui qui fait le processus alchimique de transformer l’ombre en lumière, qui se lie avec l’archétype du mage. Cet archétype est fondamentalement important, car il permet de modifier ces modèles, ces stéréotypes culturels qui nous empêchent d’être nous-mêmes.

 

Dans la ligne de l’affectivité, nous trouvons l’humaniste, le sage, le guérisseur. C’est la ligne du cœur, de la compréhension et de l’amour. La vraie sagesse naît dans le cœur et ce qu’elle nous enseigne c’est de prendre soin.

 

Dans la ligne de la transcendance, nous trouvons l’archétype du Grand Père, celui qui donne sa protection à sa progéniture. De l’enfant divin qui développe en nous la bonté de vivre, de toujours regarder la vie comme une nouvelle opportunité de vivre, d’une connexion avec l’essentiel de la vie.

 
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