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Articles 2008

 

 

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janvier : Le principe biocentrique par Rolando Toro Araneda
février : Biodanza: nouveau modèle de transmutation de l'énergie par Ruggero Grazioli
mars : La danse cosmique par Rolando Toro Araneda
avril :

Protovivencia et lien archétypique en Biodanza... par Nilza Solange Almeida de Quadros

mai : La régression, le retour à l'origine par Rolando Toro Araneda
juin : Une perception biocentrique du mouvement humain par Sanclair Lemos
juillet-août : Contact et caresses par Rolando Toro Araneda
septembre : Biodanza, un nouveau langage par Liliana Viotti
octobre : Echelle évolutive des niveaux de liens humains par Rolando Toro Araneda
novembre : Biodanza: l'art de vivre en plénitude par Alfonso Granda Benitez
décembre : Unité et complexité dans les sciences de la vie par Rolando Toro Araneda

 

Article du mois de janvier 2008
 

Le principe biocentrique par Rolando Toro Araneda

 

Le Principe Biocentrique que j’ai formulé en 1970 s’inspire de la pensée d’un univers organisé en fonction de la vie. Ceci veut dire que la vie est une condition essentielle dans la genèse de l’univers. La vie serait, selon cette approche, un projet-force qui conduit, à travers des millions d’années, l’évolution du cosmos.

 

Différents scientifiques pensent l’inverse, soit que la vie est le résultat occasionnel de la combinaison d’éléments atomiques ; cette approche semble ingénue. La possibilité qu’un organisme vivant se génère à partir de la combinaison fortuite d’éléments, sans une matrice organisationnelle préalable, est impensable. Même pas en millions d’années le hasard pourrait combiner efficacement les éléments atomiques pour créer un organisme, même s’il était très simple.

 

Les relations de transformation matière-énergie sont évolutives et ont différents niveaux d’intégration de la vie. La matière-énergie ne peut que générer un organisme vivant quand la poussière cosmique obéit à une matrice d’organisation préalable.

 

Tout ce qui existe, éléments, étoiles, plantes, animaux et êtres humains, sont des composants d’un « système vivant plus grand ». « L’univers existe parce que la vie existe » et non « la vie existe parce que l’univers existe ». L’évolution de l’univers est, en réalité, l’évolution de la vie et culmine dans le phénomène de la conscience.

 

Teilhard de Chardin propose que l’univers suive un programme téléonomique dirigé vers le « Point Oméga », un état suprême de perfection. Cette idée a été très controversée car elle représente une limite dans la conception d’un programme cosmique.

D’éminents scientifiques comme Paul Davies[1], Carl Sagan[2], Fred Hoyle[3], Leo Villaverde[4] sont arrivés à la conclusion que l’univers est un gigantesque hologramme vivant.

Le cosmologue Christian de Duve[5], prix Nobel de Physique, dans son œuvre « Poussière de vie » pose « la vie comme un impératif cosmique ».

Ilya Prigogine[6], prix Nobel de Physique, a développé la « Théorie du Chaos », soutenant que les processus que génèrent la vie commencent dans les « zones dissipatives », éloignées des systèmes de l’ordre.

 

Les zones dissipatives sont les conditions de fluidité et de dynamisme qui facilitent les processus d’organisation (ce processus dépend des conduites initiales), elles sont aussi l’expression de matrices de vie préexistantes.

 

Je pense que la vie est un « attracteur biologique » au milieu du chaos cosmique. Le concept d’ « attracteur », décrit par J. R. Newman dans la Théorie du Chaos, se réfère à une force étrange qui apparait dans certains systèmes dynamique et qui a le pouvoir d’organiser les éléments. Un système donné peut avoir différents attracteurs, chacun desquels a son propre bassin d’attraction dans l’espace.

 

Le règne de la vie englobe tout ce qui existe, des neutrinos aux quasars, des pierres aux pensées les plus subtiles. Toute expression, tout mouvement, toute danse est un « acte vivant ».

 

La déconnexion des hommes de la matrice cosmique de la vie a généré, au cours de l’histoire, des formes culturelles destructrices. Les dissociations corps-âme et homme-nature ont conduit à la profonde crise dans laquelle nous vivons. Quand nous prenons conscience de ce que signifie le « miracle de la vie » qui nous anime, se révèle en nous un sentiment absolu de valorisation de l’existence.

 

Si nous prenons comme point de départ les propositions intrinsèques qui surgissent de l’acte de vivre et de la communion avec les êtres vivants, nous devons catégoriquement abandonner n’importe quel type de fondement culturel basé sur l’argent et l’assassinat, comme par exemple tout le délire juridique de l’Orient et de l’Occident, avec leurs codes et leurs tribunaux de justice basés sur des idéologies et non sur la vie ; les guerres également sont l’expression de cette psychose collective qui nie la sacralité de la vie.

 

Le Principe Biocentrique met le respect de la vie comme centre et point de départ de toutes les disciplines et comportements humains ; il rétablit la notion de sacralité de la vie. La culture devra être organisée en fonction de la vie ; nos formes culturelles sont anti-vie.

 

La nouvelle science unifiée de la vie se base sur la fusion de toutes les disciplines du savoir : physique, chimique, biologique, psychologique, sociologique, éthologique, etc. Les phénomènes supérieurs de l’esprit comme l’apprentissage, la fonction créative, l’affectivité et la conscience doivent être inclues dans cette vison réelle du phénomène de la vie.

Zibnov Wollkovsky[7] affirme que les organismes vivants sont des champs énergétiques de grande complexité et son étude doit toucher non seulement l’ensemble des processus chimiques et atomiques, mais toutes les manifestations de vie dans une vision d’ensemble.

 

Notre approche épistémologique part de la perception de l’ « Unité Suprême de la Vie », dans un programme impliqué qui guide la construction de l’univers.

Je partage totalement l’approche de David Bohm[8] qui affirme : « Les données réelles de la science non seulement un sens que sur un certain type de fondement impliqué ou transcendantal, sous-jacent aux données explicites ».

 

La perception de l’ « Unité Suprême », expérimentée par les mystiques, est parfaitement cohérente avec cette vision. Nous pouvons découvrir dans des états d’expansion de conscience cette réalité fondatrice et pénétrer les racines d’une « Culture de la vie ».

 

La proposition du Principe Biocentrique est  de situer « la vie au centre » de toutes les activités humaines, en particulier  les sciences comme l’éducation, la psychothérapie, l’économie et la jurisprudence.  C’est, de plus, l’approche la plus appropriée pour penser à l’éducation dans un contexte de totalité.

 

L’apparition de la conscience et de l’amour dans l’évolution de la vie sont deux événements culminants qui ont le pouvoir d’impulser de nouvelles formes évolutives de l’espèce humaine. Pour cette raison, je crois qu’il faut faire quelques considérations sur l’évolution de la vie et de ses manifestations profondes. Cette approche peut donner à l’éducation un point de départ originaire.

 

Les études actuelles sur l’évolution de la vie ont démontré qu’il y a un progrès ostensible dans les stratégies morphogénétiques et psychiques de différentes espèces. Si un organisme n’évolue pas, il disparaît de la biosphère.

 

Bien que certaines fonctions biologiques sont plus parfaites chez les animaux que chez l’homme, le niveau évolutif – qui culmine dans la position debout, dans le langage, dans la conscience et dans l’amour – semble être d’une différence qualitative étant donné que ces caractéristiques confèrent à l’homme une grande autonomie créative par rapport à n’importe quelle autre programmation animale.

 

Notre approche sur l’énigme de la vie est intuitive, quelque chose comme la compréhension d’une œuvre d’art. La perception esthétique est indémontrable et inaccessible à la cognition rationnelle, il s’agit d’une vivencia et donc d’une expérience personnelle.

 

La science a obtenu l’accès à la connaissance de certains processus biologiques d’une immense complexité et rapidité. De tels processus d’organisation donnent l’impression que leurs composantes avaient une « conscience propre ».

 

Un paradigme pour les sciences humaines

Le Principe Biocentrique est le paradigme qui pourrait servir de fondement aux sciences humaines du futur : éducation, pédagogie, jurisprudence, médecine et psychothérapie.

 

Le Principe Biocentrique place le respect de la vie comme centre et point de départ de toutes les disciplines et comportements humains.

 

Le sentiment d’amour pourrait être défini comme : « L’expérience suprême de contact avec la vie. » Par la Biodanza, nous arrivons à la source originaire des impulsions de vie. Danse, amour et vie sont des termes qui font allusion au phénomène d’ « unicité cosmique ». Le noyau créateur de la culture du troisième millénaire va naître avec la restitution de la sacralité de la vie.

 

A partir du Principe Biocentrique, nous pouvons concevoir l’univers comme un gigantesque hologramme vivant ; l’expérience d’unité mystique et d’identité suprême est pour nous parfaitement valide. Nous pouvons découvrir dans cette vivencia fondatrice les « racines d’une culture de la vie ».

 

Les codes actuels de justice, qui se basent sur la propriété privée et non sur la vie, sont l’expression d’une psychose culturelle. La culture devrait être organisée en fonction de la vie, nos formes culturelles actuelles sont anti-vie. Le Principe Biocentrique surgit donc d’une proposition antérieure à la culture et se nourrit des impulsions qui génèrent les processus vivants.

 

Le Principe Biocentrique propose la potentialisation de la vie et l’expression de ses pouvoirs évolutifs. La Biodanza est, de ce point de vue, « une poétique du vivant, fondée sur les lois universelles qui conservent et permettent l’évolution de la vie. »

 

Le Principe Biocentrique est une référence essentielle sur l’origine cosmique de la vie, une synthèse conceptuelle de l’être humain avec son processus d’intégration maximale avec l’univers, avec son semblable et avec sa condition autonome d’amour et de conscience.


[1] Davies, Paul: L’esprit de dieu.  Paris, Hachette, 1998

[2] Sagan, Carl: Inrtelligent life in the Universe. Holden Day, San Francisco, 1966

[3] Hoyle, Fred: Intelligent universe. Book Sales, 1988

[4] Villaverde, Leo: Biocosmos el universo vivo.  Editorial Cultrix.  Sao Paulo, Brasil

[5] de Duve, Christian: Pousière de vie. Paris, Fayard, 1996

[6] Prigogine, Ilya: La thermodynamique de la vie. 1972

[7] Wollkovsky, Zibnov : Planeta n°177, Editora Três

[8] Bohm, David : La plénitude de l’univers, Monaco, Editions du Rocher, 1992

 
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Article du mois de février 2008
 

Biodanza: nouveau modèle de transmutation de l'énergie par Ruggero Grazioli

 

Joie, vitalité et bien-être sont des sensations que l’on éprouve à la fin d’une session de Biodanza. Le tonus général et l’humeur sont augmentés comme par enchantement. Si l’on avait au départ une sensation de fatigue et de tension, ils disparaissent tout de suite. Il est légitime de se demander comment ceci peut se passer. En général, on répond par intuition que l’on trouve beaucoup de motivations et qu’on est poussé dans ce chemin d’évolution qu’est la Biodanza. Mais il existe aussi un réponse plus rationnelle faite par Rolando Toro à travers l’illustration des modèles de transmutation d’énergie dans lesquels se trouvent l’écho de la sagesse millénaire de l’humanité et la connaissance des découvertes scientifiques les plus récentes. Leur connaissance est très importante parce qu’elle permet de mieux clarifier la signification de la Biodanza, qui a une modalité bien spécifique et qui réussit à obtenir des transformations dans un merveilleux cycle d’évolution avec des étapes caractéristiques.

 

Energie, une façon de décrire le monde

Le terme énergie, dans la pensée occidentale, est utilisé surtout dans le monde scientifique. Physiciens, chimistes et biologistes, avec ce mot, expriment des phénomènes qu’ils peuvent mesurer et calculer mathématiquement. Dans la pensée orientale, le terme est utilisé par des philosophes et des mystiques pour représenter des concepts profonds liés à l’essence même de l’univers. Ils parlent des énergies qui sont dans le cosmos, dans les choses, dans l’homme et de la possibilité de communication entre eux. Ils traitent des possibilités de les utiliser pour guérir, pour le bien-être de la personne et pour améliorer la connaissance du monde.

 

Au 20ème siècle, la pensée occidentale a changé, une grande révolution dans le domaine de la physique théorique a bouleversé la façon traditionnelle de voir et a envahi tous le domaine de la pensée en apportant une vision merveilleusement unitaire du monde, il s’agit de la théorie quantique. Par celle-ci, la distinction entre matière et énergie est abolie et toutes les barrières entre les physiciens théoriques, les philosophes, les mystiques, les psychologues se sont abattues pour arriver à une vision unitaire du monde dans laquelle l’énergie a un rôle fondamental. C’est une aventure commencée par Albert Einstein, continuée par Planck et d’autres scientifiques qui ont amené à la découverte de la dimension quantique. En partant de cette théorie, on peut affirmer aussi de façon scientifique que tout type de réalité existante a en elle une énergie, sous une forme et une typologie diverse. La matière, les forces de la nature, la psyché et les idées sont différentes qualités d’énergies qui prennent différentes formes, mais sont des expressions d’une réalité unitaire unique.

 

Il en découle qu’il doit exister la possibilité de passer d’un type d’énergie à un autre, qu’il est donc possible d’opérer une transmutation.

 

La dimension quantique

C’est un concept qui échappe à une vérification immédiate de la réalité par les cinq sens, parce qu’il est hors de l’expérience habituelle. En fait, la vision dite « classique » de l’univers est basée sur la pensée philosophique dualiste de la séparation entre l’esprit et la matière, entre le corps et l’âme. Elle conçoit le monde comme étant constitué d’une multitude d’objets différents faits de matière inerte et réunis ensemble comme dans une immense machine, comme on le voit communément avec les yeux. C’est la vision newtonienne – cartésienne, une vision dans laquelle le monde apparaît comme une grande partie de billard, avec une distinction nette entre le plein et le vide, entre la matière et l’espace, où tout est rigoureusement prédéterminé.

 

Mais, au début du 20ème siècle, survient A. Einstein, un grand penseur moderne, qui pose les bases de la vision quantique. Il créa la « Théorie de la relativité », dont les aspects fondamentaux peuvent se résumer ainsi. Premier élément : le temps n’est pas une dimension séparée, mais est connecté à l’espace comme une espèce de « quatrième dimension ». On ne peut plus parler de l’espace si on ne parle pas du temps. Il n’y a pas de scénario immuable dans un temps absolu, mais espace et temps sont relatifs à l’observateur. Deuxième élément : la masse est une forme d’énergie, un objet a une énergie emmagasinée dans sa masse, déterminable par la fameuse équation : E = m x c2. Dans cette équation, la vitesse de la lumière (c) devient la constante de transformation entre l’énergie et la matière.

 

En continuant sur ce thème, d’autres études découvrirent les caractéristiques bouleversantes du monde atomique et subatomique et définirent les éléments de la théorie quantique dans laquelle cette corrélation entre matière et énergie est appliquée sous divers aspects.

 

L’élément fondamental est le « quantum » qui devient une espèce de constante de l’univers dont la nature est à mi-chemin entre l’abstrait et le concret.

On peut commencer à expliquer en partant du comportement de la lumière qi peut avoir l’aspect d’une particule ou d’une onde vibratoire. Dans la physique classique, ce sont deux aspects bien distincts et les physiciens ont pu voir et étudier la lumière sous ces deux formes. Dans un appareil photo, la lumière qui entre dans l’objectif en passant par la lentille subit des phénomènes de réfraction comme toutes les ondes électromagnétiques, mais quand elle arrive sur la pellicule photosensible, pour expliquer comment elle réussit à modifier les molécules chimiques, il faut considérer la lumière comme une particule dotée d’une masse. Le passage de la forme d’une onde à celle de particule n’arrive pas de façon continue mais « par sauts » appelés quantiques ou, dans le cas de la lumière, photoniques. Dans les observations des physiciens, on ne peut déterminer la masse du photon et son énergie, parce que ce sont deux réalités, deux dimensions distinctes ; il faut faire un « saut quantique » pour passer d’une dimension à l’autre. Le quantum n’est pas une particule matérielle parce qu’il est privé de masse, mais il sert à déterminer le passage d’une forme à l’autre, de la forme d’une onde à celle de particule. Le quantum permet la transformation de la matière à la non-matière.

 

Tout cela nous montre que la signification de la matière et du corps solide est totalement à revoir. L’atome, avec beaucoup d’approximation, peut être représenté comme un noyau de charge positive autour duquel se trouve un seul électron chargé du signe opposé, entre les deux particules, il y a une répulsion et une attraction et ceci fait que l’atome reste uni.

 

L’homme quantique

Notre corps est également fait de matière, mais il a aussi une capacité extraordinaire de sentir, de ressentir des émotions, d’avoir des pensées qui sont tous des formes d’énergie. L’homme est fait d’appareils très sophistiqués comme le système nerveux, le système immunitaire et hormonal, où agissent les neurotransmetteurs et les hormones. Tout cela est fait de matière, alors que les émotions sont des énergies pures, elles ne sont pas faites de matière, mais elles peuvent s’exprimer à travers le corps, grâce aux neurotransmetteurs qui activent les différents appareils. Par eux, il y a la matérialisation de la pensée, l’idée se traduit en impulsion qui arrive des cellules. On peut dire que la pensée entre dans la matière par la dimension quantique : énergie pure placée au-delà de l’espace et du temps, par une merveilleuse transmutation, entre dans la matière de notre corps, active les neurotransmetteurs et produit d’innombrables effets sur les cellules du corps. Ceci est possible parce que la matière est liée à l’univers où les dimensions sont multiples. Les sauts quantiques permettent de passer d’une dimension à l’autre.

 

Les différents modèles de transmutation

Tous les peuples humains ont toujours adopté des modèles énergétiques pour expliquer le fonctionnement des organismes vivants et de l’univers. Les théories élaborées sont infinies et embrassent toute l’histoire de l’homme. Pour citer les plus fameuses, on peut partir du chamanisme, en continuant par le yoga indien, la cabale hébraïque, la mystique chrétienne, jusqu’à arriver à la théorie de la sublimation de la libido proposée par Freud, où le modèle énergétique a l’aspect d’une hypothèse scientifique. Il existe aussi des modèles tirés de la doctrine ésotérique qui décrivent le corps comme un champ d’énergie irradiante, avec des circuits énergétiques concentrés, alimentés par l’énergie solaire, dotés d’un système d’antennes capables de capter et reconnaître la qualité de l’énergie provenant des autres corps.

 

Un modèle énergétique pour le système Biodanza

Selon le modèle proposé par la Biodanza, l’organisme tire de l’énergie des substances organiques que nous mangeons. Il existe un processus très délicat, appelé Cycle de Krebs, qui transforme l’énergie chimique en énergie biologique sous la forme d’une molécule appelée ATP. Cette énergie biologique est la base des processus vitaux. Grâce à elle, la cellule vivante arrive à grandir,  à bouger et à accomplir toutes les activités qui lui sont propres.

 

L’énergie contenue dans les cellules, quand celles-ci sont structurées en systèmes complexes comme le corps humain, s’exprime sous des formes  très articulées et sophistiquées qui donnent à l’énergie même une qualité et des caractéristiques nouvelles. Par exemple, l’énergie de l’ATP insérée dans le système endocrinien produit les hormones et celle insérée dans le système immunitaire produit les  anticorps et active les lymphocytes. Les hormones à leur tour modulent les cellules spécifiques auxquelles elles sont attachées et les rendent capables de fonctions importantes. Il y a ainsi différents niveaux d’expression de l’énergie, selon un modèle de complexité croissante. Il y a une mutation de qualité : L’énergie biologique de l’ATP devient hormones, neurotransmetteurs, anticorps ; elle se transforme ensuite en organe actif capable de grandir et accomplir des fonctions vitales, jusqu’à devenir l’énergie que l’homme a et sent avec ses systèmes de perception et d’action. Elle arrive ainsi à être transmutée en impulsion instinctive et en émotions, une vraie force de la nature dans l’homme, qui le rend capable d’être et d’exprimer son « humanité ». Cette énergie liée à l’instinct et à l’émotion est appelée par Rolando « vivencia », terme repris du philosophe allemand Dilthey.

 

L’essence de l’énergie de l’homme : la vivencia

C’est elle la forme la plus pure de l’énergie de l’homme, « l’essence originaire de l’être humain ». Vivencia est un terme espagnol intraduisible qui exprime cette forme d’énergie vivante canalisée dans le corps qui arrive aux organes et les modifie, englobant le cerveau émotionnel et influençant aussi sur l’état de conscience.

La vivencia produit les conditions psychophysiques de l’organisme appelées émotions dans lequel est impliqué le système neurovégétatif qui modifie le battement du cœur, la transpiration, l’ouverture de bronches, le péristaltisme, l’érection du pénis, etc.

 

Avec la vivencia, on est hors du temps et de l’espace, on est en contact avec l’essence la plus vraie de soi et avec la dimension cosmique. Cela démontre le contact entre la vie organique et la dimension quantique. Dans la vivencia,  les énergies biochimiques s’expriment à des niveaux plus grands, plus fins et plus sensibles. L’énergie des molécules se traduit en énergie psychique capable d’amour, d’affect, capable de créer et de se mettre en contact avec le cosmos.

Rolando Toro a regroupé toutes les manifestations de cette énergie humaine en cinq catégories fondamentales et les a appelées « lignes de vivencia ». Ce sont des canaux par lesquels les potentialités d’expression de l’énergie se manifestent, ce sont : la vitalité, la sexualité, l’affectivité, l’affectivité et la transcendance, bien connus de ceux qui pratiquent la Biodanza.

 

Les niveaux énergétiques en Biodanza

Les lignes de vivencia, ces formes naturelles de l’homme par leur nature même, sont destinées à grandir et à se développer, tant en qualité qu’en quantité, en s’influençant réciproquement dans un processus de transmutation de caractère biologique. On part du patrimoine génétique, fruit d’une très longue évolution phylogénétique, dans laquelle l’énergie est seulement informations et potentialités. Puis, par des conditions de développement et d’environnement favorables, l’énergie chimico-biologique s’organise de façon toujours plus complexe et efficace pour l’homme. Les conditions acquises dans ce développement se fixent dans l’individu, dans sa « mémoire », et vont constituer l’inconscient personnel, collectif et vital.

 

On parcourt ainsi un chemin qui va du chaos à l’intégration, de l’indéfini au défini et qui permet d’améliorer les conditions de l’homme en l’amenant de la souffrance à la joie, de la maladie à la santé et qui constitue le processus de transmutation de la Biodanza, que Rolando a synthétisé dans un schéma très clair :

 

Comment change-t-on avec la Biodanza

de Rolando Toro

 

Lignes de vivencia

 

Changements de 1er degré

Changement de 2ème degré

Changements de 3ème degré

Vitalité

Augmentation de l'énergie vitale

Intégration motrice

Fortes motivations pour la vie

Autorégulation systémique (suppression des symptômes psychosomatiques)

 

Rénovation biologique

Sexualité

Réveil de la source du désir

Orgasme

Conscience de l'identité sexuelle

 

Fusion érotique

Créativité

Expression des émotions

Expression par la voix/le mouvement

 

Reformulation de sa propre vie

Création artistique

Affectivité

Elimination des relations "toxiques"

Rituels de lien

 

Capacité de donner et de recevoir de l'accueil

Générosité

Action et lutte sociale

 

Transcendance

Conscience écologique

Perception holistique de l'univers

Capacité de régression et de transe

Elaboration d'un mouvement intérieur

Extase, béatitude

 

 

Dans ce schéma sont indiqués quinze niveaux d’évolution, en fait pour chaque ligne de vivencia sont présentés trois degrés de changement. Les lignes de vivencia ont été mises en progression croissante selon les niveaux plus complexes de manifestation énergétique qui vont de la vitalité à la transcendance et qui en se combinant avec les trois niveaux de changement forment quinze stades d’évolution qui représentent autant de situations énergétiques du modèle de la Biodanza.

 

Ce sont des manifestations d’une énergie intérieure qui a des répercussions extérieures sur les capacités de l’individu et sur des comportements visibles. Rolando l’a illustré dans un schéma à échiquier, je propose de le mettre dans un schéma en spirale,  qui représente mieux de façon visuelle le concept d’expansion, d’évolution et de récursivité propre à la Biodanza. Les cinq lignes de vivencia sont reparcourues trois fois à des niveaux d’expansion croissants, en créant ainsi un parcours avec une séquence numérique de un à quinze, qui est illustrée sur la figure.

 

Une telle séquence ne représente pas un parcours obligatoire, une succession fixe comme un voyage avec une rue unique, mais est considérée de façon systémique. Une étape peut arriver en en sautant une autre, cela peut être une séquence personnelle composée de façon différente mais il y a des points fondamentaux à passer et il faut savoir qu’il faut passer par là. Il est surtout important de savoir que c’est une évolution bien clairement développée. De cette façon, j’ai mis en séquence ces niveaux en donnant un nom synthétique et une brève illustration de l’état énergétique du niveau.

 

 

1. INTEGRATION MOTRICE

2. REVEIL DU DESIR

3. EXPRIMER LES EMOTIONS

4.AFFECT POUR L'AUTRE

5. PERCEPTION DE LA GLOBALITE

6. AUTOREGULATION SYSTEMIQUE

7. CAPACITE A L'ORGASME

8. REFORMULER SA PROPRE EXISTENCE

9.ACCUEIL GENEREUX

10. CAPACITE DE TRANSE

11. RENOVATION BIOLOGIQUE

12. FUSION EROTIQUE

13. CREATION ARTISTIQUE

14. ACTION SOCIALE

15. EXTASE ET BEATITUDE

 

Séquence des niveaux énergétiques en Biodanza

1. INTEGRATION MOTRICE. Les mouvements deviennent intégrés, les différentes parties du corps bougent avec symétrie et harmonie, il y a souplesse et capacité de bouger au rythme de la musique. Elle augmente la sensation subjective d’énergie vitale, le corps augmente sa capacité  d’accomplir toutes les fonctions biologiques.

2. EPROUVER DU PLAISIR ET DU DESIR. La capacité d’éprouver du plaisir devient un aspect normal de la vie, sans sens de culpabilité. Elle devient une réalité importante de la vie qui donne de la force au développement et à la croissance personnelle. Tous les sens de l’homme explorés dans leurs capacités aident l’expérience humaine et font tendre vers le beau et le sublime. En laissant de l’espace aux sensations positives, du plaisir cénesthésique de notre propre corps au plaisir érotique, on améliore l’intégration et sa sensation d’estime de soi.

3. EXPRIMER DES EMOTIONS. On réussit à prendre contact avec les émotions, on est capable de les laisser fluer et on trouve des canaux expressifs par les actions créatives comme la danse, le chant, la poésie, la peinture et la sculpture. On a le courage d’exprimer ce qu’on éprouve, en partant des petits gestes quotidiens comme parler, regarder, rougir et on n’a pas peur des pleurs quand elles sont libératrices. Exprimer les émotions a un grand pouvoir de prendre contact avec sa propre identité et améliorer la santé parce que cela libère l’énergie instinctive.

4. AFFECT POUR L’AUTRE. On réussit à éprouver de vrais affects pour l’autre si on partage les émotions des autres par la solidarité qui existe entre l’espèce humaine. Ceci est beaucoup plus que la simple compréhension qui engage seulement l’aspect mental. Les relations qui partent de l’émotion sont beaucoup plus durables que celles qui partent des idées mentales, parce que celles-ci sont sujettes à se terminer quand l’image mentale révèle des contradictions avec la réalité. Une relation d’affect vrai est toujours nutritive pour la personne, il peut y avoir des relations non nutritives qui deviennent « toxiques », où la relation se maintient pour des raisons qui viennent du mental et les émotions sont surtout négatives. Dans ce premier niveau d’affectivité on acquiert la capacité de reconnaître les relations affectives toxiques et de les modifier ou de les interrompre. On acquiert de plus la capacité de participer à toutes les manifestations du groupe qui aident à établir des liens d’amitié et d’affect parmi les personnes.

5. PERCEPTION DE LA GLOBALITE

On arrive à concevoir que la réalité n’est pas seulement celle qui apparaît mais qu’il existe quelque chose en plus. On recueille les liens subtils existants avec l’humanité et avec la nature. On dépasse les barrières perceptives de notre égo pour arriver à une autre profondeur. La vie prend de nouvelles couleurs et de nouvelles nuances.

6. AUTOREGULATION SYSTEMIQUE. A ce niveau, le corps est capable d’acquérir la régulation des trois systèmes intégrateurs de l’organisme : nerveux, endocrinien, immunitaire, avec une bonne image de soi et une bonne estime de soi. L’organisme est capable de rester sain en éliminant de nombreux symptômes psychosomatiques et exprime une forte motivation pour vivre.

7. CAPACITE A L’ORGASME. L’orgasme est l’expression maximale du plaisir érotique. Il est important d’arriver à l’orgasme pour une bonne sexualité. L’orgasme a aussi une composante de fantasmes de pénétrer et d’être pénétré qui facilitent l’union charnelle. Celui qui atteint ce niveau a dépassé les blocages qui causent la frigidité ou l’impuissance, a conscience de sa propre identité sexuelle et est capable de l’exprimer.

8. REFORMULER SA PROPRE EXISTENCE. La créativité arrive à investir la vie personnelle, on invente des solutions à des problèmes personnelles et on a l’énergie pour agir. On perd la peur du changement. La vie  n’est plus monotone, mais devient une continuation d’actes créatifs et vitaux.

9. ACCUEIL GENEREUX. La vivencia affective s’approfondit et se fixe dans le temps en arrivant à un sentiment qui devient durable. On acquiert un sentiment d’accueil et de générosité envers les autres, en dépassant l’égoïsme et l’individualisme. On acquiert l’équilibre entre donner et recevoir de l’affect. Ceci aide à garder la santé. En fait, le donner et le non recevoir cause des maladies somatiques, le recevoir sans donner cause des maladies psychiques.

10. CAPACITE DE TRANSE. La transe est un phénomène biopsychologique de perte de l’état habituel d’attention, on perd la conscience normale du temps, on est attentif à rien et on ne contrôle rien. Cet état amène à la  régression qui est semblable à l’état des premiers mois de la vie, quand les limites entre le je et l’environnement s’évanouissent et ne sont pas bien définies. Cet état peut être accompagné de sensations corporelles de légèreté et de fluidité entre autres. L’état de transe est utile pour le processus évolutif, il aide à perdre le contrôle de l’égo et à se connecter avec l’univers, il donne une perception sensible autre que celle des cinq sens. Par exemple, en regardant une personne, on peut voir son âme au-delà des apparences.

11. RENOVATION BIOLOGIQUE. A ce niveau, la vitalité de l’organisme arrive au niveau cellulaire, le bon fonctionnement des systèmes d’intégration corporelle, guidé par la forte motivation pour la vie, favorise la rénovation cellulaire en réduisant le vieillissement et la dégénérescence cellulaire.

12. FUSION EROTIQUE. Le plaisir n’est pas seulement génital, mais mystique. On atteint l’extase par l’érotisme en arrivant au sens de fusion avec l’autre et avec le cosmos. On atteint la sensation que la vie est merveilleuse, on sent fortement à l’intérieur de soi la beauté d’être vivant et l’importance de la vie. De cette façon est acquise l’importance d’un rapport érotique qui produit cette extase. Il faut affiner la sensibilité de tous les sens et non s’arrêter au simple plaisir mais d’arriver à l’extase.

13. CREATION ARTISTIQUE. La capacité créative exercée et pratiquée en connaissant les techniques devient création artistique. On arrive à exprimer quelque chose qui a une valeur esthétique, quelque chose qui est doté d’une signification profonde, que les autres peuvent percevoir. On accomplit une action « divine ». Avec l’art, la matière inerte, les couleurs prennent vie, ils deviennent des messages pleins de contenu.

14. ACTION SOCIALE. Le sentiment d’accueil à ce niveau s’étend au-delà des parents, des amis et des collègues pour atteindre toute l’humanité. On sent la nécessité de faire une activité d’intérêt social, on arrive à aider celui qui souffre ou qui est en difficulté, même si on ne le connaît pas directement. Le plein développement de l’affectivité de la personne est l’engagement humanitaire et social, fait sens un retour économique. On rend concrets les liens qui unissent tout le genre humain.

15. EXTASE ET BEATITUDE. On atteint l’expérience suprême avec l’accès à la dimension du merveilleux, c’est l’état d’évolution finale de la Biodanza qu’on peut acquérir avec la continuité de la vivencia et avec l’exercice guidé par un facilitateur expert. Ce n’est pas un état surnaturel, mais profondément humain. C’est un état qui fait partie de la nature de l’homme, il a besoin seulement d’exercice et produit l’élaboration d’un monde intérieur extraordinaire. Parmi les effets de cette expérience il y a la sensation d’un lien essentiel avec tout ce qui existe, le sens de plénitude, l’absence d’égo, le changement de valeurs, la perte de la peur de la mort, la sensation de consistance existentielle. Les sensations subjectives sont de joie indescriptible, de béatitude et elles sont parfois appelées orgasme cosmique.

 

Les modalités pour la transmutation de l’énergie en Biodanza

Les moyens utilisés sont très sophistiqués, complexes et simples en même temps. Ils partent d’exercices corporels qui ont la capacité d’intégration. L’intégration est la base de la méthode Biodanza, elle signifie arriver à une unité toujours plus grande, en dépassant toutes les divisions, à commencer par celles à l’intérieur de l’homme, celles des hommes entre eux, pour arriver à l’unité avec l’univers. Intégrer c’est compléter, dépasser les répartitions fermées, les spécificités particulières, c’est arriver à la perception unitaire de soi, sentir l’unité avec les autres au-delà des différences. Ceci s’obtient avec des exercices particuliers comme : la fluidité, la rencontre, la caresse et le contact, la transe et le travail sur les symboles.

 

Dans la fluidité, on permet le flux de l’énergie cosmique, on atteint le placement parfait de l’homme dans l’univers. Avec la rencontre, on réalise un changement d’énergie de l’un à l’autre, on crée des champs énergétiques d’intensité et de qualité différentes et toujours en rétroalimentation. Avec la caresse, il y a d’importants effets émotionnels et neurovégétatifs. Les sensations tactiles et cénesthésiques activent directement le système limbique et suscitent l’émotion en donnant une sensation de bien-être et de plaisir, activant l’hypothalamus qui stimule le système cardiovasculaire et les neurotransmetteurs et, par l’hypophyse, il stimule aussi la sécrétion d’hormones (spécialement sexuelles) et renforce le système immunitaire. Les sensations arrivent ensuite au cortex pour devenir conscientes et elles ont l’effet de diminuer le contrôle répressif de la conscience et de réduire l’autoritarisme. Avec les symboles, on opère à un niveau de vivencia profonde, sans impliquer le raisonnement rationnel mais la partie irrationnelle émotive, imaginative qi est la plus riche énergie psychique et la plus capable d’activer les processus évolutifs. Les symboles se fixent dans la mémoire psychique et accomplissent leur action de manière inconsciente.

 

Conclusion

La Biodanza est le fruit d’une sagesse cosmique, faite d’éternité et d’innovation, faite de simplicité et de complexité. Elle est un canal pour entrer dans le flux continu de la vie.

 

Sa méthode permet d’obtenir un processus merveilleux de transmutation énergétique qui, d’une façon simple et agréable, amène à la construction d’une identité intégrée. Avec les exercices de Biodanza, on peut transformer la peur en courage, la souffrance en plénitude, l’angoisse en harmonie, la violence en amour, la faiblesse en force, le déséquilibre organique en autorégulation, la décadence biologique en rénovation organique.

 

Focaliser l’attention sur ce simple modèle de transmutation proposé, aide à prendre conscience du chemin personnel et des objectifs à proposer, dans une vision panoramique et globale. L’image de la spirale est un symbole qui se retrouve dans les galaxies et dans l’ADN et sert à représenter le processus d’évolution sans fin dans lequel l’homme se trouve inexorablement et merveilleusement impliqué.

 
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Article du mois de mars 2008
 

La danse cosmique par Rolando Toro Araneda

 

Depuis l'origine des temps la danse a eu une signification sacrée comme si le mouvement corporel, en créant des formes qui en soi ont un sens, a éveillé chez le danseur une résonance avec le Cosmos. Comme si les mouvements corporels en fluant depuis une source inconnue avaient activé la conscience de la totalité.

 

Dans les danses sacrées, le phénomène du mouvement a toujours été comme un ineffable travail d’intégration au cosmos et, chez les peuples des religions concrètes, la danse a été comme une voie de conjuration, comme une célébration et un hommage aux dieux et comme une forme d’oraison.

 

La danse de Shiva est une représentation du processus cosmique de création et de destruction infinie. Un danseur solitaire, dans un cercle de feu de constellations, réalise les mouvements qui créent et détruisent l'Univers, par des formes mystiques qui déplacent les modèles cosmiques du temps, de l'espace et de la matière. La danse est donc toujours un ensemble dramatique de mouvements qui ont un pouvoir de mutation, de transformation de la réalité.

 

La danse cosmique est toujours un acte complexe de séparation et d’union. Dans la Genèse judéo-chrétienne, Jehova sépare le ciel de la terre. Dans la cosmogonie égyptienne, le vent sépare les frères Ciel et Terre. En même temps qu'il sépare ces divinités cosmogoniques, celles-ci peuplent ces espaces sacrés avec des étoiles, des plantes, des animaux et créent l'homme.

La conception mythique propose toujours l'acte de la création du monde à partir d'un Démiurge solitaire qui unit et sépare, qui crée et détruit, qui donne la vie et donne la mort. Dans la Cosmogonie grecque, il y a Éros et Thanatos.

 

Je suis en train d'imaginer, les danses profanes de célébration et de réjouissance, les danses d'amour, les danses dionysiaques, les Bacchanales et Lupercales, ne pourraient-elles pas être représentées par le Couple Cosmique dans une étreinte fécondatrice ? Dans la vision solipsiste du Démiurge Solitaire créateur de l'Univers serait magnifiée une façon de vivre l'expérience créatrice et la vie centrée sur le je; tandis que dans les danses d'amour - qui, selon ma façon de voir, ne sont pas moins sacrées - il y aurait l'image paradigmatique d'une vision créative différente, basée sur la dualité, sur l'harmonie des opposés et sur le « nous ».

 

Cela me semble être une faute intellectuelle des historiens des religions de séparer entre danses sacrées et profanes.

 

La création comme union du couple originaire a, pour notre délice et notre vision de biodanseurs, une vitalité, une magnificence et une splendeur qui s'appuie sur la vision quotidienne de la dualité fécondatrice.

 

Le Tantrisme, avec ses représentations sculpturales de l'amour sur les murs des temples, est - selon notre critère - la ligne la plus importante de sagesse, étrangère aux productions omnipotentes du solipsisme oriental.

 

Le cours de l'énergie cosmique va vers l'amour, dans un processus d'évolution, où les fruits de l'amour ne peuvent pas être détruits. Ou bien, l'énergie cosmique va en cercle, où les fruits de l'amour sont éternellement détruits pour être générés à nouveau.

 

Quelle est la dynamique cosmique : l'évolution ou la révolution ? La danse de l'évolution a une forme de spirale. C'est monter sur les rampes de l'énergie. La danse de la révolution a des cycles fermés et sans espoir (révolution signifie « tourner sur un axe »). En Biodanza, nous nous intéressons à l'évolution, au développement infini.

 

La création est-elle un acte solitaire ou un acte d'amour ? La création semble être un jeu oscillant: des danses solitaires, d'intégration à l'Univers, de participation cosmique; et des danses d'amour, génératrices d'énergie évolutive.

 

Les danses du Congo, sous le rythme du tambour, conduisent les danseurs à l’état d’extase. Pour eux, la danse n’est pas une fin (comme c’est le cas avec notre danse classique occidentale), mais une transition pour aider le corps à atteindre une communication supérieure, un état, une force. Avec des mouvements et des massages appliqués au son de la musique sur le corps du malade, il s’agit de le libérer de la maladie. D’autres sont destinées à stimuler les travaux de semailles et de récolte.

 

Les danses primitives peuvent se situer également à un autre niveau quand on invoque les esprits des ancêtres, comme dans les Macumbas ou dans le Vaudou de Haïti.

 

Chez les Bananal, peuple de l’Afrique, on célèbre tous les trois ans « l’Orgie de la Mama Grande ». La communauté entière participe aux chants, danses et jeux pendant toute la nuit. Jusqu’au lever du jour, des passions primitives affleurent à la surface et les danseurs s’abandonnent à une orgie sexuelle sans restriction. Ceci peut sembler aux occidentaux une expression répugnante, mais pour eux, c’est une communion dans laquelle ils perdent les limite du Moi et la communauté entière est un être unique.

 

Les rites d’initiation sexuelle de jeunes filles vierges sont aussi dansantes. Une fois par an, les adolescentes dans différentes tribus d’Afrique sont amenées dans la forêt et sont « initiées » sous leurs cultures. Elles ne peuvent rentrer chez elles. Aucun jeune homme ne pourra les regarder si elles n’acceptent pas de mourir pour renaître transformées en adultes, après avoir triomphé de la douleur que leur impose la suppression de leur virginité. Les jeunes « Bandes de Oubanguil » dansent et s’abandonnent au sacrifice pour lequel elles acceptent l’égarement.

 


Article du mois d'avril 2008

 

Protovivencia et lien archétypique en Biodanza... par Nilza Solange Almeida de Quadros

 

A partir de la monographie que j’ai faite pour la titularisation en Biodanza, j’ai écrit ce petit article sur le même thème parce que je continue à croire que les protovivencias sont déterminantes dans la vie d’un être humain. Et c’est seulement à partir d’un changement social à ce sujet et d’une prise au sérieux des soins pendant la gestation et avec nos enfants que nous pourrons entrevoir un monde sans violence. Parce que, question – ce que nous avons gravé dans la mémoire de notre enfance, est-ce ces personnes qui sont aujourd’hui plongées dans la violence et dans le monde du crime ?

Les protovivencias sont les premières vivencias d’une personne, fondamentales et déterminantes dans sa vie. La première minute est la plus importante de la vie, la seconde minute est la deuxième plus importante et ainsi de suite. Toute la vie d’un être humain pourra être déterminée dans ses premières années.

Selon le modèle théorique de la Biodanza, les protovivencias sont localisées tout de suite après le code génétique et, le travail en Biodanza peut avoir une influence directe sur elles et agir afin que le potentiel de l’être individuel s’exprime. Et ainsi, malgré des influences négatives du milieu, les personnes peuvent être heureuses.

Les protovivencias sont-elles déterminantes dans l’expression de notre potentiel d’amour et de notre capacité à être heureux ?

Pour la définition de la Biodanza, selon Rolando Toro : « Biodanza est un système d’intégration affective, de rénovation organique et de réapprentissage des fonctions originaires de vie.

L’intégration affective serait donc le rétablissement d’une unité perdue entre perception, motricité, affectivité et fonctions viscérales. Et où perdons-nous cette unité ? Est-ce que nous la perdons ou est-ce que nous ne l’avons pas eu ? Etant donné la façon dont nous naissons et nous vivons nos premières années de vie et la socialisation (ou acculturation), est-il possible pour le moins de nous approcher de cette unité ?

Est-il est fou de penser et de rêver que la vie des personnes serait meilleure si elles étaient désirées et aimées déjà avant de naître ?

Le miracle de la conception est un moment unique pour un être unique qui crée et se recrée dans l’univers.

« Nos vie ne sont pas lancées au hasard, comme des météorites, avançant dans un espace concave. Nos vie surgissent de la sagesse millénaire du grand pulsateur de vie, l’utérus cosmique qui nourrit et respire dans les affinités et dans l’amour des éléments. Dans la lumière de l’origine, dans le torrent paradisiaque de la réalité, nous nous cherchons les uns les autres » Rolando Toro.

Selon le Principe Biocentrique, la vie est au centre, l’univers est vivant comme un organisme.

Et qu’est-ce que la vie ?

Pour la Biodanza, les êtres vivants ont un principe universel et la vie peut très bien être définie par les principes biologiques. Le monde existe parce qu’il y a de la vie, mais la précision de savoir avec quoi les êtres sont construits reste encore un mystère. Les structures s’auto-organisent en accord avec un plan invisible. Il existe une force organisatrice et désorganisatrice qui nous n’arrivons pas à dominer.

Lors d’un cours à l’Ecole Gaucha de Biodanza, en janvier 1995, Rolando Toro a fait l’affirmation que nous citons ci-dessous, ce qui réaffirme nos convictions sur le sujet traité ici :

- « Les autres font partie de moi, ainsi je suis une partie des autres et de l’univers, dans une intégration cosmique. La Biodanza est un système d’intégration avec la vie (avec soi-même, avec l’autre et avec l’univers).

La théorie de Biodanza est complète, comme un diamant est en relation holographique, dans toute partie de la Biodanza il y a la totalité. Chez l’enfant, il y a la totalité de l’adulte, en lui est contenue toute sa capacité d’aimer, d’être heureux. L’organisme fonctionne comme une totalité, un hologramme, c’est ce que la science découvre aujourd’hui et qui confirme notre hypothèse. L’être humain est sacré parce qu’il a l’impulsion de grandir, d’être meilleur. »

La Biodanza propose la priorité du Principe Biocentrique sur n’importe quelle conception anthropocentrique ou biographique. Elle a comme référence immédiate les systèmes vivants, selon les lois de l’univers qui conservent et permettent l’évolution de la vie. Le renforcement de l’identité se fait par la reconnexion avec les instincts et la stimulation du développement des potentiels génétiques.

Selon le Modèle Théorique de la Biodanza, le code génétique est en relation directe avec le Principe Biocentrique comme structure de base de l’évolution des êtres vivants. Il est un ensemble des caractères codifiés des caractéristiques d’une espèce, transmises par les générations et il contient en lui toute l’information pour le devenir, il contient la semence de la vie.

Deux moitiés entières du monde, l’ovule et le spermatozoïde se rencontrent dans une fusion aussi énergétique qu’une explosion atomique et se réunissent. Et de cette union surgit un monde, une nouvelle vie, un nouvel être qui est égal et différent, parce qu’il est unique.

La finalité ultime de la rencontre est la fusion et c’est ainsi que, comme une explosion cosmique, resurgit la vie, l’ovule fécondé.

« L’expérience suprême de la rencontre est la fusion. Par la fusion dans l’orgasme, le couple humain se transforme en couple cosmique, en entrant dans la totalité. » Rolando Toro

La gestation est la transe de vie en soi. La grossesse est quelque chose de merveilleux.

Le corps comme source de plaisir et de lumière se lie avec l’expression « donner la lumière ». C’est l’arbre qui devient semence et la semence qui germe, qui croît et croît. C’est l’invisible peur et le plaisir de l’inconnu, et du connu, parce que c’est l’intimité de toutes les intimités. La grossesse contient un fil, le fil des générations. Tu deviendras la mère de la fille qui sera mère, qui sera grand-mère un jour, mais le concret est ici dans le ventre. Le fil qui lie.

C’est le corps en transformation, c’est la formation d’un autre corps dans ce corps. L’activité du corps est essentiellement féminine.

Selon Verny, l’enfant dans la vie intra-utérine vit probablement déjà dans un état particulier de conscience et établit déjà une communication, par sa mère, avec le monde extérieur.

Le corps de la future mère est un monde en transformation. Il y a deux êtres en mutation : un qui se forme et se transforme dans un continuum rapide et dynamique et un autre qui se transforme et forme ce qui sont les caractéristiques de la grossesse.

La gestation, plus qu’un état intéressant, est un état très important dans la vie des deux personnes : la mère et le fœtus. Et aujourd’hui on peut aussi parler du père, ce 3ème personnage si important et normalement oublié.

Nous savons actuellement que l’enfant, avant de naître, est déjà un être humain conscient et capable de réactions,  même à partir du sixième mois et parfois avant, le fœtus a une vie affective.

La relation avec un homme attentionné et sensible donne à la femme un appui affectif nécessaire et important pendant ces neuf mois essentiels.

Le fœtus peut voir, entendre, toucher, déguster et même, à un niveau très primitif, apprendre in-utéro (dans l’utérus), avant la naissance. Plus important, il est capable de sentiments, moins élaborés que ceux d’un adulte, mais bien réels.

La mère, si elle le désire, peut être une force positive. Et une mère enceinte, ou désireuse de l’être, dispose aujourd’hui de moyens qui lui permettent d’exercer une influence positive dans le développement affectif de son enfant, comme la Biodanza par exemple. L’enfant est capable d’apprendre dans l’utérus. A partir d’études sur l’association entre le mouvement et la vibration, on a constaté que l’enfant était capable de bouger en écoutant une vibration provoquée. Ceci montre que dans le quatrième et le cinquième mois le fœtus réagit clairement à la musique, en manifestant même ses goûts. Par exemple, la musique de Vivaldi calme le bébé, celle de Beethoven le rend inquiet. Ainsi, une femme enceinte qui écoute un type de musique déterminé tous les jours pourra faire en sorte que l’enfant reste calme et plus relâché. Dans la pratique, ceci serait aussi de donner à l’enfant l’opportunité d’acquérir un goût pour la musique.

Il ne faut cependant pas avoir une vision déterministe, la vie n’est pas statique mais certainement que ce qui arrive dans les premières années sont des expériences majeures parce que le fœtus n’est pas capable de filtrer. Ceci est la raison pour laquelle les émotions de la mère se gravent si profondément que leurs effets continuent à se faire sentir avec tant de force tout au long de la vie. Selon Verny, si le mental de l’enfant est marqué par l’optimisme avant la naissance, il faudra beaucoup d’adversités pour que cette caractéristique se perde, et le contraire peut également être vrai.

Il existe l’hypothèse que l’intensité du mouvement du fœtus est un réflexe de l’état d’anxiété de la mère. Et, par des expériences, il fut constaté que les bébés plus actifs dans l’utérus se révèlent être des enfants plus inquiets et plus anxieux, ils se sentent particulièrement mal à l’aise dans des situations sociales et à leur aise quand ils sont seuls. Dans des situations de conflits ils se réfugieraient probablement aussi et éviteraient de toute manière les rencontres.

Une grande partie des mères enceintes ne pensent pas à leurs bébés comme à des êtres réels et, dans la majorité de cas, ne pensent même pas à eux. Elles pensent à tout, même à ce qu’on dit sur ce qu’il faut faire pour se préparer à le garder, mais presque jamais à l’enfant qu’elles attendent. Le fœtus a un besoin urgent d’être aimé et désiré et non ignoré, comme cela arrive dans la majorité des cas. Et l’ignorer c’est comme laisser une personne fermée, seule, dans une chambre, en percevant que des choses se passent ici à l’extérieur auxquelles elle ne participe pas.

L’abandon peut même arriver dans la vie intra-utérine et on a même étudié des cas d’enfants de mères malades mentales, incapables de communiquer avec leur bébé, qui naquirent avec des traces profondes d’abandon. Ceux-ci peuvent présenter plus de problèmes physiques et affectifs que des enfants de femmes mentalement saines. Nous pensons que dans un rejet extrême, la manifestation sera la mort. Et nous nous demandons, en paraphrasant Verny : Comment cet enfant pourra-t-il cesser d’être profondément influencé par sa mère ?

Si les communications son fréquentes, riches et satisfaisantes sur le plan affectif, l’enfant a toutes les chances d’être robuste, d’être sain et heureux. Pour la Biodanza, une pluie de stimulations positives nous rend sains.

En créant un milieu affectif dans l’utérus, la mère peut exercer une influence décisive sur tout ce que l’enfant sent, attend, rêve, pense et fait au cours de son existence.

Dans ce contexte, le père a besoin d’être présent. Il n’y a rien de plus dangereux pour un fœtus qu’un père qui brutalise ou néglige la mère. Le lien père/enfant est essentiel car il permet à l’homme de participer en profondeur et avec plus d’intensité à la vie de l’enfant dès le début, dès la conception. Plus tôt cette participation commence, plus le futur fils ou la future fille en bénéficiera.

Les émotions sont ressenties par le fœtus de façon pure, de sorte que les émotions de la mère peuvent interférer comme des écofacteurs positifs ou négatifs sur la formation de l’identité de ce nouvel être.

On peut dire que les protovivencias commencent avant la naissance et, même avant, dès la conception quand la mère enceinte pense à son bébé.

Les besoins du fœtus sont les plus primitifs, c’est l’instinct pur. La psychanalyse ajoute à la théorie de l’évolution l’idée que, comme l’embryon dans l’utérus de la mère répète dans sa croissance certains stades de la vie animale, le petit enfant aussi, le fœtus, récapitule les stades importants de l’histoire de l’humanité. Il y a le besoin d’être aimé et désiré. Il y a des cas désastreux de mort intra-utérine de fœtus extrêmement rejetés ou de nouveau-nés comme ceux décrits précédemment.

Ce qui est important dans la communication mère et enfant c’est sa qualité même, ce qu’elle désirer, ce qu’elle sent et communique au fœtus. La mère commence à modeler la vie affective de son enfant dès que celui-ci est dans ses entrailles.

D’autre part, le rôle du père est aussi très important parce qu’il participe à la vie affective de la mère, ce qui a pour conséquences d’influencer le fœtus.

Le battement cardiaque de la mère a aussi un effet sur le bébé, c’est un son qu’il reconnaît dès la vie intra-utérine. C’est le rythme de la sécurité.

Des études situent le commencement de la conscience entre la vingt huitième et la trentième semaine. Selon le développement  cérébral, à cet âge, les circuits du cerveau sont autant développés que ceux d’un nouveau-né. C’est là que les messages sont révélés par le cerveau et ensuite distribués dans tout le corps. A cette même période, le cortex général atteint un développement suffisant pour aider la conscience. C’est le cortex la partie la plus complète du cerveau humain.

Après la trentième semaine, les ondes cérébrales du fœtus sont perceptibles et on peut savoir s’il dort ou s’il est réveillé. Après la trente deuxième semaine, l’enregistrement des ondes cérébrales commence à montrer l’apparition de phases de rêve qui sont traduites par des mouvements oculaires rapides et correspondent chez l’adulte aux périodes de rêve.

Il est impossible de dire si un fœtus rêve comme un adulte. Il y a des recherches à ce sujet qui suppute que ces émissions cérébrales sont un entraînement du cerveau pour le développement.

Les premiers filaments ténus de la mémoire commencent à s’entrecroiser dans le cerveau dès le sixième mois de développement, mais nous n’avons pas la certitude du moment exacte.

Il y a des chercheurs qui affirment que l’enfant est capable d’avoir des souvenir à partir du sixième mois, d’autres disent à partir du huitième. Mais, une chose est sûre – l’enfant avant la naissance garde des souvenirs et est capable de les conserver. Celles-ci sont les vivencias les plus primitives, ou les protovivencias les plus pures.

Il est également prouvé que les hormones de la mère affectent le fœtus dans sa neutralité en le rendant plus réceptif.

En ce qui concerne les sentiments de la mère et les situations de stress, ce qui importe est l’amour, parce que, quand l’enfant perçoit cet amour, il se forme autour de lui une espèce d’anneau qui réduit et arrive même à neutraliser, dans certains cas, les effets des tensions externes. Ce qui est important c’est l’attitude de la mère sur celui qui va naître.

Et, le second facteur d’importance, après l’attitude de la mère par rapport à la maternité, serait la relation de la femme enceinte avec son partenaire, le père. La relation des deux parents peut influer dans la mesure où celui-ci la fait se sentir en sécurité et heureuse en attendant l’enfant.

Dans toute cette relation neuroendocrine, physiologique et émotionnelle se définit une grande partie de l’identité du nouvel être. « L’utérus définit la sphère de l’enfant » Verny.

 

Les protovivencias

Les potentiels génétiques de l’individu peuvent se manifester par des lignes de vivencia en Biodanza. La différenciation de ces lignes a son origine dans les protovivencias ou vivencias marquantes de la première enfance, lesquelles sont originaires de la « vivencia primale » ou « vivencia océanique » qui est la vivencia utérine.

L’archétype de la Grande Mère, si déconnectée de notre milieu dit civilisé, va s’exprimer dans cette période de gestation, en renforçant la maternité comme primordiale dans l’étude des protovivencias.

Dans l’utérus, le nouvel être qui se développe a déjà des perceptions primaires ou primitives du monde extérieur, parce que l’embryon est déjà imprégné de sa charge génétique et commence à recevoir de sa mère des informations physiologiques au niveau des systèmes neuro-endocrino-immunologiques.

Pour cela, on ne peut parler de protovivencias sans parler d’une phase de la vie de la femme que l’on peut comparer à une transe. La gestation en effet est la période dans laquelle elle cesse d’être « seulement » femme pour devenir mère. On peut donc comparer la phase gestationnelle à une transe.

La femme, quand elle se perçoit enceinte, plonge dans une période régressive qui s’identifie à une somnolence interne qu’elle sent au début de la gestation. Sur ce temps féminin Soifer dit : « La régression en soi a une origine dans la perception inconsciente des changements organiques et hormonaux, et dans la sensation inconnue ».

A partir de ce moment, le corps continue à se transformer, dans une pulsation de périodes d’équilibre et de rééquilibre neuro-endocrino-immunologique, mère/fœtus jusqu’à finalement atteindre la période finale également régressive, proche de la naissance ou de l’accouchement, défini du point de vue de l’un ou de l’autre, mère/enfant.

Dans la phase finale de l’accouchement, quand la dilatation est complète, la venue au monde est favorisée par une préparation adéquate, une acceptation et un désir d’enfant. La femme, en se sentant protégée, dans ce moment tend à nouveau vers la régression, dans une nouvelle identification avec le fœtus.

La naissance se passe dans un acte d’arrivée, divine, magique, parce que la mère sait l’inévitable et l’enfant le percevra certainement aussi.

Et la façon dont l’enfant naît détermine en grande partie la personne qu’elle sera et comment elle percevra le monde qui l’entoure.

La naissance est la première vivencia explicite à laquelle nous participons avec le monde extérieur. Et quand l’être commence ou continue sa vivencia ontologique, et passe de la vivencia amniotique et animale à  la vie historique et sociale, il exprime par les lignes de vivencia sa propre identité.

Les protovivencias de mouvement, contact, expression et harmonie du nouvel être commencent donc et se dessinent dans un entrelacement du monde instinctif et émotionnel avec le monde culturel. Elles servent à structurer la « vie intérieure en conformité avec un monde social et adulte déterminé et organisé » Gois.

Ces premières vivencias fonctionnent aussi comme une limitation ou un empêchement de l’expression du potentiel évolutif dans sa vigueur et sa fraîcheur naturelle.

Les instincts sont des impulsions innées, sont des modèles organisés de conduite pour l’expression du potentiel génétique. Pour Rolando Toro, les instincts sont de vrais mandats biocosmiques qui créent les motivations bio-sociales du comportement humain.

Il y a des théories pour qui le comportement est modulé par l’apprentissage et influencé culturellement, ceci est une vision anthropocentrique. La position biocentrique dont traite le Système Biodanza ne se traduit pas à un réductionnisme biologique, où tout est expliqué par la biologie, mais est une vision qui n’inclut pas uniquement l’homme, mais aussi tous les systèmes vivants.

Les impulsions innées, ou instincts, structurent le développement  chez les systèmes vivants et  c’est par eux que s’expriment les potentiels humains. L’instinct de conservation, par exemple, s’exprime comme une conduite innée par le mouvement.

Le mouvement du fœtus dans la phase intra-utérine est perçu par la mère et lui révèle la vie en elle. La ligne d’expression de ce moment est la vie elle-même, est la vitalité. Selon Toro, les émotions et les sentiments qui se génèrent dans cette ligne sont la joie, l’élan, l’enthousiasme, la rage, la peur et la béatitude qui vont atteindre leur apogée dans l’expérience mutante du courage de vivre.

Ce mouvement s’amplifie chaque fois plus avec les contractions utérines pour arriver à l’accouchement, la naissance. Le nouveau-né bouge activement, bras, jambes, tête, muscles faciaux (pleurs), la respiration, l’intestin (expulsion du méconium), la bouche (à la recherche de la bouche de la mère). Ensuite il accompagne des objets avec les yeux, il prend, il marche à quatre pattes, il court, il saute, il jouit. Le monde des relations s’amplifie chaque fois plus, en augmentant ses expériences avec le monde concret. Selon Rolando Toro, «  si un enfant est porté dans les bras de sa mère, sur les épaules, bercé, il commence à développer dans cette protovivencia l’élan vital ». « L’amour ne suffit pas, il faut aussi le mouvement » dit le maître, père de la Biodanza.

Cependant, dans notre société, la recommandation que l’on trouve dans le Manuel d’Assistance Médicale Officielle était habituelle, en note en bas de la page détaillée en couleur : « N’habituer pas votre enfant au bercement. Maintenez-le dans son berceau, dans une chambre aérée, sans lumière intense, éloigné des visite. » Il semble que le manuel cité ne considère pas la nature humaine et ses besoins basiques de contact et de stimulations.

Selon le point de vue de la Biodanza, l’enfant a ces premières expériences, ou protovivencias, en relation avec le monde primitif, ou de l’instinct, où le jeu du cortex cérébral n’est pas encore dominant, comme chez l’adulte.

L’évolution cognitive et affective doit se faire de façon solidaire, et les avancées ou les arrêts de l’une de celles-ci à des répercussions sur l’autre et réciproquement. On peut faire un parallèle entre la fonction du groupe car, en vivencia de Biodanza, on développe le principe de reculturation. Il ne s’agit pas que de reparentaliser, mais de remplacer les mandats parentaux introjectés dans l’enfance.

Au fur et à mesure que se développe la maturation du cortex pour l’acquisition progressive de circuits plus élaborés et plous flexibles, le tonus et le développement des organes deviennent plus raffinés. La maturation des organes des sens s’accélère dès la naissance sous l’influence de nombreuses stimulations du milieu, et ceci va augmenter la richesse des expériences motrices et sensibles de l’enfant.

Les protovivencias sont des perceptions en bloc chez l’enfant, elles commencent à se distinguer avec le développement, dans un processus de maturation du cortex.

Les vivencias au début son des « imprinting », des impressions chez l’enfant dans sa relation avec le monde.

Le lien de la mère avec son bébé est motivé par les soins maternels, il est d’origine instinctive et non seulement acquise. Cette protovivencia s’exprime principalement par le contact par lequel le bébé reçoit des caresses, qu’elles aient leur origine dans l’allaitement ou le toucher qui renforce le lien mère/enfant.

L’instinct sexuel est donc éveillé en se manifestant par le contact corporel mère et bébé comme une protovivencia originaire de la ligne de la sexualité. Les fonctions éveillées sont la sensualité, les caresses, l’érotisme et la génitalité avec des sentiments et des émotions de désir, plaisir, volupté et jouissance suprême. L’expérience mutante est la fusion orgiastique.

L’enfant ne représente pas la mère comme un congénère ayant valeur de foyer, mais comme un élément primaire d’assistance. Chez tous les mammifères, les jeunes animaux émettent des signaux qui libèrent un comportement de soins. Les mères reconnaissent leurs enfants, ceci s’applique principalement aux mères qui portent leurs enfants.

Les soins du nouveau-né et de l’enfant allaitant, jusqu’à plus ou moins 3 ans, sont déterminants pour le futur de l’être humain. Dans cette phase, le toucher du petit corps de l’enfant est fondamental.

Si cette carence se passe dans les premières années de vie, cela donne des conditions importantes pour la formation de personnalités malades.

 Le manque de contact rend les bébés sujets aux infections de type croûte de lait, maladies de la peau, refroidissement, etc., en abaissant l’immunité, en les rendant prédisposés aux virus et autres maladies. Les bébés créent des mécanismes de défense pour supprimer leurs besoins affectifs, pouvant aller des pleurs, de l’agressivité, du refus alimentaire, de la passivité, des vomissements, jusqu’à la fièvre.

Les thérapeutes infantiles tentent d’expliquer la relation existante entre carence de contact (caresse) et les troubles du développement de la personnalité infantile. En se basant sur des expériences avec des animaux et sur l’effet de la caresse et du contact sur le stress, il fut observé que, plus l’univers du jeune animal était riche en stimulations cutanées, meilleures étaient ses possibilités d’adaptation émotionnelle aux situations nouvelles. Le manque de contact pourrait donc causer des troubles du développement de la personnalité infantile et donc également chez l’adulte. Le contact a beaucoup de fonctions : protection et sécurité, maturation de la sexualité, développement de la sensibilité, établissement des limites corporelles. Sur l’importance de la caresse, Toro commente :

« Si un enfant est caressé, sa proto-sexualité est stimulée complètement différemment d’un enfant réprimé. Pour qu’elle se développe, il faut que les parents comprennent que l’enfant a une sexualité. (…) Toucher est le geste le plus profond même si le toucher est superficiel. Il implique toujours une forme de communication, car celui qui touche est toujours touché, en impliquant un transfert d’énergie par la peau. (…) La caresse est l’expression affective du toucher avec un compromis corporel.

Sur cette question, Gois affirme :

« Un corps qui est touché et caressé trouve des chemins de croissance sain, il est un corps vivant. »

Beaucoup de tendresse et de contact doivent être donnés continuellement au bébé, leur manque peut amener à la dépression et même à la psychose.

De ce point de vue, la ligne de la sexualité en Biodanza se mélange à celle de l’affectivité et avec toute les autres : vitalité, créativité, transcendance, qui sont très mêlées, principalement dans cette phase très instinctive.

Rolando Toro dit que l’affectivité se manifeste déjà dans la fécondation pour créer une nouvelle identité. Quand les parents parlent avec le fœtus, celui-ci reçoit déjà les premières impulsions affectives. L’auteur fait également ressortir l’importance de la paternité et du rôle du père en disant : « la paternité est ce qu’il y a de plus grandiose dans la vie d’un homme. Pour la femme, l’exercice de la maternité est un acte cosmique. »

Un autre aspect à considérer est la relation dans le couple, parce que le fœtus sent quand la mère est ignorée ou abandonnée, ou souffre de violence de la part de son compagnon dans une situation conflictuelle plus profonde. De la même façon, une relation harmonieuse dans le couple favorise le développement du fœtus.

Tous les petits enfants requièrent sécurité et protection des adultes de leur espèce pour survivre. Pour l’être humain, ce n’est pas différent, c’est particulièrement différent parce que le bébé n’est pas capable de chercher pour lui-même de la nourriture et son corps, nu, ne le protège pas des événements climatiques. L’enfant reste quelques temps dans cette maturation de développement en recherche d’autonomie afin d’acquérir sa propre nourriture et se défendre. Dès qu’il naît, quand il est petit, il a besoin d’un environnement qui soit sûr, restaurateur, tranquille et harmonieux. Le bébé la besoin de la poitrine et accueillante de la mère, il a besoin du giron et du bercement du père.

Le groupe en Biodanza a un lien avec la famille biologique nutritive. La rencontre, le lien, l’amitié et la solidarité sont des fonctions primordiales de l’instinct grégaire, en lui s’exprime les émotions et les sentiments de tendresse, de santé, de soins, de tristesse, d’intase, d’extase et d’illumination. L’expérience mutante est l’abandon. Cet instinct a comme protovivencia l’harmonie qui peut s’exprimer par la ligne de l’affectivité.

Selon C. Wagner, la protovivencia d’harmonie pourrait aussi s’appeler « protovivencia amniotique » et l’auteur affirme aussi :

« L’intégration serait le processus de croissance par lequel les potentiels génétiques hautement différenciés s’organisent en systèmes chaque fois plus vastes au niveau organique, avec l’espèce humaine et avec le cosmos. Ce processus de développement n’est pas nécessairement cohérent avec les modèles culturels et avec l’infrastructure des valeurs. C’est principalement une syntonisation chaque fois plus parfaite avec l’humanité cosmobiologique. »

L’allaitement pour certain est restaurateur de cette protovivencia d’harmonie parce qu’en elle l’enfant se sent immergé dans une sensation de plénitude de l’être, dans un aspect fonctionnel avec lui-même, avec l’autre (la mère) qui n’est pas différente de lui et avec le cosmos.

« L’acte de téter semble être une expérience tellement sensuelle que l’enfant sent le plaisir par tout le corps. Dès que les enfants le peuvent, instinctivement, ils amènent leurs mains aux organes génitaux pour augmenter le plaisir et aussi pétrir le sein de la mère. Il est naturel et normal que l’enfant profite de ces sensations si agréables. » Soifer.

Allaiter est un acte d’amour et de protection au nouveau-né et peut favoriser une vivencia d’harmonie en favorisant un développement intégré et sain. L’enfant bien allaité, bouge sûrement bien, sans peurs inappropriées. Il est alimenté, protégé, son corps est caressé et a un sommeil garanti par des adultes passionnés par la vie.

La protovivencia d’expression liée à l’instinct exploratoire régule les fonctions de nutrition, fantaisie, imagination et transformation qui explosent dans la vivencia de créativité. Pour l’être humain, sa propre vie, en exaltant l’existence, en s’émouvant de l’esthétique anthropologique, est une expérience mutante, c’est la rénovation de sa propre existence.

L’enfant s’exprime dans le monde, regarde, touche, prend, lâche, bouge d’un côté à l’autre, bondit, saute, pleure, sourit, occupe les espaces, interagit avec les objets, avec d’autres enfants, adultes, animaux. Il est naturellement expressif et spontané comme tout le monde naturel. Sur ce point, Rolando Toro affirme :

« Si l’enfant apprend dans les premiers moments à développer son expressivité et n’est pas maintenu dans l’immobilité, il développe potentiellement la créativité. »

Les protovivencias se transforment en vivencias pendant le développement ontogénétique de l’individu et transforme le monde symbolique, sémantique et idéologique. Cette intériorisation, qui est culturelle, va faire que le mouvement s’exprime ou non comme vivencia de vitalité, le contact comme vivencia de sexualité, l’expression comme vivencia de créativité et l’harmonie comme vivencia d’affectivité.

 

« Les vivencias sont des expressions de vie instinctive, entrelacées avec le monde des valeurs et des symboles ; elles sont le propre de l’être humain et ont besoin de la réalité historique sociale pour s’exprimer. » Gois.

Le blocage de cette transformation ne serait possible que par l’absence de culture. Pourtant, l’expression de l’humain en nous peut être déviée, affaiblie, dé- potentialisée avec les valeurs anti-vie de notre culture, mais jamais totalement bloquées.

Ce contact du bébé avec le monde externe, réel et culturel se fait par la mère, principalement, ou par quelqu’un qui la remplace. La mère est l’adulte qui exerce la plus grande influence émotionnelle sur l’enfant, en l’amenant dans la réalité sociale immédiate par un processus de socialisation primaire qui va le rendre membre d’une société déterminée, avec des valeurs symboliques et idéologiques qu’il a lui-même intériorisées tout au long de sa vie. La mère influence beaucoup plus par ses gestes, son toucher, par la parole. Mais ce qui émerge, malgré la culture, sont les protovivencias qui sont l’expression d’une espèce dans un monde de diversités.

« Les protovivencias sont des pré-conditions de concrétisation de l’être, elles peuvent rester ainsi pour devenir des vivencias quand elles trouvent une réalité historico-sociale. L’être-dans-le-monde, un terrain propice à son apparition et à sa réalisation. Cette réalisation qui se passe par la transformation des protovivencias en vivencias, par des processus compliqués de socialisation primaire et secondaire, par l’intermédiaire en général par l’adulte. » Gois.

 


Article du mois de mai 2008

 

La régression, le retour à l'origine par Rolando Toro Araneda

Il a été mis en évidence, chez certains animaux et chez l’homme des phases de régression auxquelles ont succédé des périodes de croissance et de maturation ; dans le cas de l’homme, cette tendance à régresser vers l’origine a été observée par les anthropologues auprès de quelques tribus primitives. L’ « éternel retour » correspond à une attitude enregistrée de façon archétypique dans les mythes de renaissance, par exemple celui de Déméter et dans les festivités liées à l’agriculture.

La tendance à retourner à l’ordre primitif et à « recycler » les modèles biologiques originaires est une constante dans tous les peuples. Elle est solidaire de son contraire, soit la tendance à intégrer des totalités toujours plus grandes : tendre vers la fusion parfaite avec le cosmos, par exemple. Les cérémonies de transe et de rénovation existentielle sont des manifestations de cette tendance.

L’être humain, dans l’exercice de son auto-détermination, court le risque constant de perdre les « clés » originaires de la vie. La nostalgie du retour à l’origine reste la force du projet vital. Régression à l’origine et fusion avec la totalité sont les deux mouvements d’un même processus de rénovation qui s’actualise seulement par des phases de progression, à partir d’une sorte de résonance permanente avec l’originaire.

Il existe une relation étroite entre la semence et le fruit, entre le programme génétique et l’organisme dans son processus de maturation ; le secret de la rénovation de la vie se trouve dans cette cohérence avec l’origine. Sans la capacité de se recréer, aucun organisme ne pourrait survivre.

L’approche psychanalytique concernant la régression comme un fait psychologique a été dépassée par une série de découverte dans le domaine de la biologie, réalisée par Adriaan Kortlandt, Sidney G. Margolin et autres. Ces chercheurs ont démontré que chaque processus biologique, c’est à dire chaque pas en avant vers une structure plus intégrée, complexe et autonome, demande une régression préalable. A. Kortlandt utilise le terme de « re-progression » pour décrire le processus de « régression régénératrice » dans le développement du cormoran. J. Rof Carballo affirme que si les systèmes biologiques n’étaient pas capables de régresser vers une phase primaire du développement, soit vers une phase embryonnaire de la structure en soi dé-différenciée, l’organisme perdrait un de ses plus importants dispositifs de sécurité.

S’il est vrai que certaines cellules hautement différenciées ont seulement une faible capacité de régénération, la majeure partie des tissus, quand ils sont détruits, déclenchent par différents mécanismes, un processus de dé-différenciation dans les cellules restantes. Ces cellules retrouvent la capacité de reproduction, ce qui leur permet de régénérer le tissu. Selon J. Rof Carballo, en fait, le résultat du processus régénérateur dépend en grande partie de la possibilité de la régression et du niveau de profondeur de la dé-différenciation.

Chez l’être humain, la possibilité de régression se présente à tous les niveaux ; celle de la rénovation biologique et existentielle est bloquée cependant par des structures culturelles qui renforcent la rigidité de l’Ego. La transe régressive de renaissance demande une réelle humilité : retourner de la qualité de personne à celle de semence représente une action anti-culturelle. Affronter l’immensité de l’autre pour atteindre le « tout-soi-même » demande de se dé-différencier, de sortir du temps historique. Nous pouvons étendre notre échelle de conscience ou, au contraire, la restreindre.

En Biodanza, le processus de régression est facilité par des danses et des musiques particulières qui amènent à l’extase à l’intérieur d’un « utérus » d’amour communautaire qui est le groupe.

Pendant l’état de régression, le participant, comme dans les cérémonies archaïques des peuples primitifs, retourne à la condition primordiale, à l’indifférencié. Celle-ci n’est pas une simple représentation symbolique, mais l’induction d’un état biologique de rénovation et de réintégration dans l’unité biocosmique. L’homme perd sa forme pour renaître dans un corps nouveau, libre de toute rigidité physique ou mentale.

La musique accomplit un rôle très important dans ces cérémonies de régression. Elle facilite la dissolution du Moi, son abandon dans « l’utérus » formé par le groupe ; elle pénètre peu à peu les zones insensibles et rigides, et les espaces corporels s’étendent, pleins de vibrations, au fur et à mesure que l’abandon augmente.

De nombreux exercices réalisés en Biodanza préparent l’organisme du participant au processus de « re-progression », susceptible d’élever son degré de santé, par un retour à la terre comme au sein maternel, rénovant l’expérience fœtale, en résonance avec la voie cosmique dans une pleine et douce volupté. Le « nouveau né » est à nouveau touché par la grâce et rendu à sa vision intérieure. Au niveau symbolique, la grande union du Père, de la Mère et de l’Enfant se rétablit. Et cette « renaissance » n’est pas seulement un fait individuel, mais aussi une variante intégrante du processus social. La vivencia de régression en Biodanza se produit par l’induction d’états de transe intégrante.

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Article du mois de juin 2008

 

Une perception biocentrique du mouvement humain par Sanclair Lemos

www.biodanzaes.com.br/

La perception biocentrique est la perception qui surgit de la vivencia du Principe Biocentrique, une série de postulats élaborés par Rolando Toro Araneda. En accord avec le Principe Biocentrique, la vie est le centre et la référence pour toute l’action et la réflexion de l’individu sur la réalité. En prenant la vie comme référence absolue pour notre vivencia et notre compréhension de notre propre vie et du monde, nous percevons que les êtres vivants se présentent selon une diversité de structure et d’organisation, à partir des organismes les plus simples, unicellulaires, jusqu’à ceux plus complexes. Les mammifères, par exemple, s’expriment en mouvement plus variés, plus riches et plus complexes que les poissons ou les oiseaux.

L’être humain est un organisme extrêmement complexe. Un axe dans le courant évolutif ; l’ « Homo Sapiens » a développé au niveau phylogénétique des aptitudes et des capacités qui lui permettent une expression raffinée et subtile de lui-même en tant qu’organisme qui présente une organisation psychomotrice et sociale.

L’individu humain, à partir du développement de son potentiel biologique, peut atteindre des niveaux inédits d’intégration et d’optimisation de son système organique et de sa structure et de son organisation internes. Chaque individu porte en lui le potentiel pour la pleine expression de lui-même comme être humain. Nous pouvons exprimer et refléter la totalité de la Nature, percevoir et vivre les rythmes qui s’alternent et se complètent en cycles éternels, sentir la pulsation de l’expansion et le recueillement toujours présent dans l’alternance des jours et des nuits ou dans le mouvement de flux et de reflux des marées. En nous-mêmes, nous sentons la force et la détermination en harmonie avec la légèreté et la douceur.

Les rythmes cosmiques, dans leurs mouvements circulaires et les tourbillonnements en spirale de l’énergie sont présents dans la nature, dans le mouvement des vents, de l’eau, du feu et de la terre. Dans la nature, nous contemplons les mouvements éternels de connexion avec la totalité, présents dans un ruisseau de montagne qui court toujours avec une patience suprême et une fluidité, ou dans la force des vents qui soufflent forts en sculptant les dunes de l’arène blanche, ou dans la douce puissance des vagues de la mer. Ce sont les mouvements de la vie, les mêmes qui s’expriment chez tous les êtres vivants, chez les poissons de toutes les mers, chez les oiseaux du ciel, et chez les mammifères, les chevaux, les tigres et les hommes. L’homme porte en lui le mouvement du monde. Organisme biologique complexe, qui a développé la capacité d’auto-organisation, d’auto-rénovation et d’auto-transcendance, l’être humain peut atteindre des niveaux supérieurs d’intégration et d’expression. Le mouvement de l’être humain exprime sa propre complexité et sa propre intégration dans tous les aspects de la vie. L’être humain existe dans la réalité du monde par son propre mouvement. C’est par le mouvement que va se faire connaître l’identité de tout individu, son élan vital, sa créativité, sa capacité de lien affectif, sa sensualité. Chaque personne a un potentiel infini d’intégration et d’expression qui a besoin d’être stimulé dans différents aspects vivenciels.

Un des aspects fondamentaux dans le processus de développement de l’individu est l’organisation et l’intégration de ses mouvements. L’homme s’est habitué à penser qu’il avait un corps et dit : « mon corps » ou « mon mouvement ». Il n’y a pas de séparation entre l’être et l’organisme qui exprime l’être. Chacun de nous est son propre corps en mouvement. Le mouvement est toujours celui d’in organisme déterminé et ce mouvement peut être intégré ou dissocié. Le mouvement est intégré quand il présente une cohérence avec le sentiment et la pensée qui l’ont créé. Il surgit alors l’unité expressive de l’être, unité composée par le sentiment, par la pensée et par le mouvement. L’intégration présente aussi une cohérence entre penser et agir, entre sentir et penser. Nos mouvements sont, en vérité, l’expression fidèle de ce que nous sommes. Quand pour n’importe quelle raison nous rompons l’unité entre pensée et sentiment, entre pensée et action ou entre sentiment et action,  les mouvements de l’individu deviennent tendus, rigides, non coordonnés et dissociés.

Nous pensons donc quelque chose qui est en désaccord avec ce que nous sentons ou faisons, sans connexion avec ce que nous sentons et pensons. Dans ces circonstances, l’organisme et le mouvement, qui est son expression authentique, se rigidifient et se dissocient dans leur expression originale de l’organisme vivant. Nous observons que certaines catégories de mouvement renforcent cette condition générale de désorganisation du corps et du mouvement, comme les pratiques mécaniques basées sur la tension et les répétitions, avec peu ou aucune possibilité d’expression et de créativité. D’autres catégories de mouvement apparaissent comme des mouvements intégrateurs. Ce sont des mouvements qui renforcent les relations ultra-stables de l’organisme et élèvent son niveau d’organisation intra-organique. Ce sont des mouvements propres, expressifs, qui surgissent à partir de la vivencia authentique de l’organisme. L’être humain est celui que son mouvement révèle ; son propre mouvement se révèle comme un moyen pour découvrir de nouveaux états d’intégration et de lien humains. Rolando Toro Araneda, à partir du Principe Biocentrique, a créé la Biodanza qui est un système de développement des potentiels humains par la stimulation de lignes d’expression vivencielle, de renforcement de l’identité de l’être et de l’induction d’états de lien.

Et, selon la proposition de la Biodanza, les potentiels de vie de l’être humain se manifestent dans la réalité par cinq canaux d’expressions vivencielles. Ceux-ci sont : vitalité, sexualité, créativité, affectivité et transcendance. La ligne de vivencia de vitalité est liée avec la capacité vitale de l’organisme, avec la vivencia pleine d’être et d’exister, en santé, le travail et le repos, avec l’élan vital.

Le mouvement est l’expression de cette impulsion ou élan vital ; le mouvement qui nous anime est le mouvement de sa propre vie dans notre organisme. Mouvement, Facteur d’Evolution, le mouvement humain présente une double caractéristique. Il est la forme de base et primordiale par laquelle l’être humain se révèle et se présente au monde, comme un être en évolution. L’être humain, comme nous l’avons dit plus haut, est un axe dans une chaîne évolutive infinie d’expression de vie chaque fois plus pleine, plus complexe et plus différenciée. Dans son autre caractéristique, le mouvement de l’être, en configurant son être-ici-maintenant dans la vivencia de vie, est le même facteur d’évolution et de développement. Le développement de la motricité et du mouvement est à la base le développement globale de l’enfant. Dans l’aspect cognitif, les schémas mentaux qui se combinent pour la formation d’images mentales et de la pensée ont leur origine dans la recherche, faite par l’enfant, de l’appréhension de son monde par le mouvement, des ses besoins de base et d’un sens aigu d’exploration de l’environnement où il se trouve. La première intelligence de l’enfant, antérieure à n’importe quelle élaboration d’ordre opératoire, est une intelligence fondée sur les sensations et sur la motricité.

Le mouvement s’exprime comme facteur stimulateur et organisateur du développement de la pensée de l’enfant.

L’organisme humain perçoit le monde par ses systèmes perceptifs et analytiques. Les organes responsables de la perception ont besoin, comme tous les organes, de stimulations pour leur fonctionnement plein et adéquat.

Au contraire de ce qui se pense habituellement, dans la mesure où le système vivant humain reste actif, plus il sera apte à l’activité. Ce sont les propres expériences perceptives d’ordre varié qui enrichissent et stimulent le développement et l’organisation des structures responsables de la perception. C’est par le mouvement que l’enfant cherche de nouvelles stimulations et exerce de nouvelles possibilités perceptives et motrices. Avec l’évolution, de l’espace d’action manipulatoire à l’espace d’action locomoteur, l’expérience perceptive de l’enfant s’enrichit et s’amplifie par ses activités exploratoires et créatives. C’est sa capacité raffinée de bouger dans l’environnement qui lui permet de percevoir ce même environnement de façon ample et complexe. Le mouvement perceptif-expressif intègre et enrichit les possibilités de l’organisme qui se perçoit et perçoit le monde, en agissant et en modifiant ce monde, et en se modifiant lui-même dans ce processus. Pour cette raison, les méthodes utilisées pour l’enseignement et l’apprentissage du mouvement doivent se tourner ver la stimulation des potentiels de l’enfant et de l’adulte, doivent valoriser l’auto-découverte, l’expression de la créativité, doivent promouvoir l’acceptation et la stimulation des formes individuelles de réponse et d’expression. Et doivent être orienté vers le principe ludique et de plaisir, en se rappelant également que l’amitié et l’affect – en plus de la joie – sont des émotions médiatrices fondamentales dans le processus d’apprentissage orienté vers le développement, et que la qualité de la relation qui s’établit entre facilitateur et élève est celle qui va vraiment permettre ou empêcher que se produise un processus d’apprentissage significatif pour tous ceux qui participent à la relation éducative, qu’ils soient facilitateurs ou élèves.

Nous avons besoin de nous éloigner des méthodologies dualistes qui séparent le mental du corps, de propositions analytiques qui divisent l’organisme et le mouvement en parties avec l’intention de comprendre le tout à partir de la séparation des parties ; des méthodes mécaniques qui cherche l’ « apprentissage » par la répétition mécanisée du mouvement. Le processus de répétition du mouvement, en n’étant pas établi par une signification interne propre à l’élève, amène seulement au conditionnement perceptif et au stéréotype, si présent dans le corps et le mouvement de ceux qui se soumettent à ces méthodes d’apprentissage ou d’entraînement. Les méthodologies analytiques ou mécaniques ne s’intéressent pas aux aspects individuels des personnes, à  leurs possibilités et leur condition actuelle de développement. Ce qui les intéresse c’est la forme du mouvement donné par le professeur, et le nombre de fois qu’il doit être répété, de la même façon, comme dans une ligne de montage de futurs robots incapables de donner une réponse propre et originale à un problème moteur. La mécanisation rigidifie l’organisme et annule sa sensibilité, sa perception et sa créativité. Nous avons besoins de nous approcher de méthodologies organiques et biocentriques qui cherchent à stimuler le potentiel expressif et créatif des personnes, en les encourageant à découvrir leur propre mouvement et leur façon particulière d’être dans le monde ; des approches pédagogiques qui visent la joie et le plaisir d’apprendre, où l’objectif est d’accompagner la trajectoire des personnes, en stimulant l’apparition d’un état de disponibilité organique et motrice, et d’intégration de l’unité interne des enfants, des adultes, des hommes et des femmes.

 

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Article du mois de juillet-août 2008

 

Contact et caresses par Rolando Toro Araneda

Le contact et les caresses produisent des effets émotionnels et viscéraux sur notre corps. Du point de vue psychologique, les caresses réduisent la répression sexuelle et la tendance à l’autoritarisme, en facilitant l’intégration de l’identité et induisent une augmentation de l’estime de soi.

Quand une personne se sent aimée et caressée par une autre, elle renforce en fait son propre sens d’estime de soi et valorise son propre corps comme quelque chose de plaisant, capable de susciter du désir et de donner du plaisir. Sous l’aspect organique se déclenche, avec ces réactions, une série de processus neuroendocriniens qui élèvent le tonus vital ; de nombreuses recherches démontrent que les caresses stimulent la production d’hormones qui renforcent le système immunitaire et contribuent en outre à la régulation du taux des hormones sexuelles et à la maturation de la sexualité en général.

J. Rof Carballo a mis en évidence l’importance des caresses dans la formation de sa propre image corporelle, par exemple, dans l’acte significatif de l’étreinte. P. Schilder assure que, dans la structure du schéma corporel, les zones érogènes développent un rôle très important : les répressions subites durant la prime enfance peuvent en fait générer des zones aveugles ou insensibles.

De nombreux cas de frigidité dérivent d’injonctions comme : « ne te touche pas », « ne te laisse pas toucher », transmises par les parents. Il existe une gradation dans la sensibilité des zones érogènes : les différents niveaux déterminent la structure de l’image corporelle. Les tendances psycho-sexuelles de l’individu sont en étroite relation avec une telle image, et le manque de caresses en détermine une série de distorsions. La relation avec notre corps est conditionnée par le contact avec l’autre : nous vivons notre corporéité quand nous caressons et nous sommes caressés.

En Biodanza, nous considérons la fonction du contact comme thérapeutique, parce qu’elle peut dissoudre les tensions musculaires chroniques. La caresse, en outre, active, mobilise, transforme et renforce notre identité, laquelle se projette dans la peau qui, avec la musculature, représente notre limite corporelle. Si celle-ci est insensible, notre vraie identité en devient altérée, occultée et « emprisonnée ».

Si la musculature et la peau forment un « contenant » naturel, nous pouvons tisser des liens authentiques avec les autres personnes et avec l’univers. L’amour du couple est la rencontre de deux identités qui créent et habitent, par les caresses, un contenant unique.

Les troubles de l’identité sont, en réalité, les efforts ratés pour maintenir un contenant qui ne nous contient pas ; il s’agit simplement de la tentative de renforcer une cuirasse déjà rigide. En Biodanza, par les vivencia de contact affectif, nous mobilisons le contenant de notre identité, nous le rendons évanescent et osmotique afin que cette caresse se transforme progressivement, en devenant plus adaptable. La peau ne sert donc pas seulement à se séparer et à se protéger, mais aussi à s’unir avec les autres, pour se fondre avec ce qui est autour.

Il est important de comprendre que le contact en lui-même, mécanique, n’est pas thérapeutique. Il doit se produire dans un processus progressif de communication affective et d’empathie et atteindre la qualité de caresse. En Biodanza, les vivencia de contact affectif pendant un léger état de transe permettent aux participants de réapprendre l’éros primordial et de se sensibiliser à leur propre capacité à caresser et à être caressés.

Le contact est l’action thérapeutique la plus importante. Trouver les chemins par lesquels, de l’enfance à l’âge le plus vieux, nous avons accès aux caresses est bien-sûr l’unique « révolution » qui a du sens.

Notre peau est le seuil d’un mystère merveilleux. Dans le contact chargé d’intentionnalité affective, dans l’acte de s’approcher que cherche l’intimité, est contenu le circuit créateur de l’énergie vitale.

Il est important de différencier le contact et la caresse. Le contact peut être mécanique, sémiologique ou cognitif. L’important est que, par le contact, se produise la connexion affective, pleine de sens réciproque pour que celui-ci devienne caresse.

Le massage traditionnel est une forme de contact thérapeutique ; en Biodanza, nous proposons une vraie pédagogie du contact, l’apprentissage du contact sensitif et le développement d’attitudes qui inclut la caresse. La personne qui n’est pas caressée commence à mourir. Le contact en Biodanza est la Connexion Biocentrique.

 

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Article du mois de septembre 2008

 

Biodanza: un nouveau langage par Liliana Viotti

lilianaviotti.biodanzabh.com.br/

Nous témoignons d’un moment précieux. Etonnés et enthousiasmés en même temps, nous avons le privilège d’assister à un des plus grands changements de conscience de l’histoire de l’humanité. Le mot-clé de ce moment est paradigme. Dans toutes les couches sociales on entend le refrain : nous traversons un changement paradigmatique, une crise de paradigmes. Mais comment cette transformation se manifeste-t-elle ? Quels éléments le nouveau modèle souligne-t-il ? Tout indique que, dans ces moments cruciaux que décrit Thomas Kuhn dans son livre : La structure des Révolutions Scientifiques, certaines réponses commencent à échapper à l’espéré, à l’attente efficace. Des indices pointent, sont perçus. Et si nous étions attentifs aux artistes et aux génies, nous les verrions pointer vers quelque chose qui n’est pas encore arrivé.

Dans ce contexte, la Biodanza a fait ses premiers pas il y a trente ans, fruit de l’observation et de l’expérience d’un anthropologue, poète et peintre chilien, Rolando Toro, responsable à l’époque de la Chair de Psychologie Expérimentale et de Créativité de l’Université Catholique de Santiago du Chili. Dès le début, la Biodanza avait déjà dans son modèle théorique, dans sa façon de concevoir la vie, l’embryon de cette nouvelle vision, intégrée aujourd’hui au quotidien.

La Biodanza part du principe biocentrique, la vie comme centre de perception du monde, comme centre d’action et de référence de la réalité. Sa proposition est de donner une attention continue aux facteurs qui préservent, stimulent, maintiennent et nourrissent la vie. Sa formulation part d’une observation de la nature – « notre Maître est la nature », dit Rolando Toro.

Dans ce contexte, la Biodanza vise à stimuler la santé, notre partie saine, notre excellence, et à récupérer les valeurs qui nous lient à nous-mêmes, à notre essence primordiale ; qui nous lient à l’autre, en donnant à l’affect la place d’une source régulatrice de notre existence ; et qui nous lient au monde, à la totalité à laquelle nous appartenons.

Son orientation est l’intégration, intégration corps et esprit, matière et esprit, rationnel, émotionnel, intuition, réflexion, intégration je-tu, je-monde, intégration de la sensation et de la pensée et de l’action.

Mais, à mon avis, ce qui fait que la Biodanza soit une réponse absolument cohérente avec notre époque est le langage qu’elle utilise. Héritiers que nous sommes du rationalisme cartésien, héritiers que nous sommes de la pensée grecque et de la civilisation judéo-chrétienne, notre voie d’accès à la réalité est la pensée, et plus spécifiquement la parole, le mot. Carl Sagan dit que la parole fut si brillante dans l’histoire de l’humanité que nous pouvons la comparer au soleil : elle ne nous laisse pas voir les étoiles. Pourtant les étoiles sont encore là.

De façon contradictoire, pour nous représenter notre réalité, en transformant nos vieux paradigmes, nous utilisons encore le même vieux langage. Pour mettre en question le rationalisme, nous continuons à utiliser la voie de la raison. La Biodanza va nous permettre l’accès à la réalité par une autre voie, par un autre canal, par un autre langage ; elle fait taire notre parole pour écouter notre corps, notre instinct et notre émotion.

Sa parole est silencieuse : musique, gestes, mouvement et regard. Nous appréhendons la réalité, non en pensant à elle mais en la sentant. Nous ouvrons un espace au corps sensible dans un monde sensible dont nous parle Merleau-Ponty : nous apprenons sur nous-mêmes, non par la conscience comme cela nous est arrivé mais par la vivencia, une inversion épistémologique qui nous fait transformer la réalité en la vivant.

L’apprentissage se fait donc par l’acte même de vivre – la vivencia est la vie qui se passe individuellement, particulièrement, singulièrement. Le point de départ pour voir le monde est et le transformer est ma propre vie vécue. Le point de départ de la connaissance est l’expression du monde chez la personne qui connaît ; c’est la vivencia comme lieu de totalisation de l’être. La connaissance ne se fait donc pas par la vie rationnelle, mais par le corps qui nous ouvre un chemin à l’inaccessible, à l’inconnu, qui nous rend capables de dialoguer avec le monde. La connaissance devient un acte de passion et non de pouvoir.

La Biodanza a surgi au moment où nous avons perçu que la raison et la connaissance n’étaient pas suffisantes pour répondre aux problèmes du monde ; que les modèles éducationnels et thérapeutiques ne s’étaient pas montrés efficaces dans la construction d’une société plus juste et plus humaine. Elle instaure un nouveau langage et un nouveau code qui intègre la raison et le cœur, et où la connaissance devient indissociable de la vivencia, de l’amour et de la compassion. Plus qu’une proposition thérapeutique, l’action de la Biodanza est pédagogique.

La Biodanza peut être définie comme un « système d’intégration affective, de rénovation organique et de réapprentissage des fonctions originaires de vie ». Par des vivencias en groupe, qui intègrent le geste, la musique, la danse et le chant, elle stimule le développement des potentiels humains qui sont généralement réprimés par la culture. Basée sur la triade musique, émotion et mouvement, la Biodanza propose une révision des valeurs qui fondent notre vie pour des valeurs plus naturelles, organiques, liées aux instincts et aux besoins vitaux. Il s’agit de diminuer l’abîme créé entre la culture qui a une dimension imaginaire et le désir qui a une dimension biologique ; l’abîme créé par une civilisation qui a peu à peu transformé l’homme loin de son essence, de sa propre nature.

De la même façon que l’animal a des instincts forts qui l’attachent au monde, qui lui donnent une sûreté dans ses actes, qui le différencient comme espèce et lui assurent la survie, l’homme a aussi la clé de son existence qui lui montre quelle porte il doit ouvrir, quel chemin il doit suivre. Cette clé est son identité, quelque chose qui est né pour être et doit donc être. La Biodanza est la recherche de cette identité primordiale ; c’est un chemin dans un processus d’individualisation, de construction de son propre être. L’identité qui, selon Rolando Toro, est « s’expérimenter comme centre de perception du monde et de soi-même à partir de l’émouvante expérience de se sentir vivant. ». L’identité qui se traduit dans la sensation de soi-même et non plus dans la pensée de soi-même. Une identité vraie qui, quand elle est assumée en tant que singularité, conduit l’être humain à la solidarité, à  l’affect car, en amenant chacun à mieux s’aimer, elle ouvre le chemin pour mieux aimer l’autre. C’est un apprentissage du soin, de la nourriture, du partage, du donner et recevoir. C’est un engagement interne avec une éthique naturelle, intériorisée, une éthique née spontanément du changement d’attitude face à la vie.

En Biodanza, un espace de vivencia partagée se crée où l’apprentissage se fait en regardant l’autre, dans la présence de l’autre, une reviviscence stimulée et protégée par un groupe qui se structure dans la relation affective.

Grâce à cette caractéristique, de réponse aux besoins de base de l’être humain, la Biodanza est utilisée dans différentes institutions avec une efficacité extraordinaire. Dans les entreprises, elle est incorporée aux programmes de Développement de l’Equipe, de la Qualité, de la Créativité et de la Prévention du Stress, car elle aide à restaurer la force, l’élan, la motivation, la relation avec le groupe, la conscience de soi et, enfin, la joie de vivre. Comme le dit son créateur Rolando Toro : « nous ne prétendions pas améliorer la qualité de vie. Nous sommes vraiment plus ambitieux, nous voulons le bonheur ».

Par le langage primitif de la danse de la vie, du geste qui se répète quotidiennement, par la parole du silence et de la musique, la Biodanza s’insère dans ce nouveau paradigme qui nous amène à la redécouverte des valeurs primordiales. Dans son essence, elle vient juste changer la qualité de notre regard sur les choses plus évidentes et les choses plus simples de l’être humain : assumer qui je suis, assumer que je suis vivant, assumer que j’appartiens au monde, assumer que je veux aimer. Tous ceux-ci ne sont-ils pas après tout les moteurs essentiels de la vie !

Bibliographie

Amartya, Sen, « Ethique et économie », PUF

Amartya, Sen, « Le développement et la liberté, un nouveau modèle économique », Odile Jacob

Capra, Fritjof, « La toile de la vie », Rocher

Capra, Fritjof, « Les connexions invisibles », Rocher

Friedmann, George, « O travalho en migalhas », Ed. Perspectiva

Harman, Willis, « Vers une conscience globale. L’avenir d’une société en mutation », C.E.I.A.

Kuhn, Thomas, « A estructura das revoluçöes cientificas », Editora Perspectiva

Land, George ; Jarman Beth, « Ponto de ruptura e tranformaçâo », Cultrix

 
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Article du mois d'octobre 2008

 

Echelle évolutive des niveaux de liens humains par Rolando Toro Araneda

 

La façon dont les individus se lient avec leurs semblables a changé au travers de l’histoire. Originellement, les formes de liens furent solidaires et organiques ; l’instinct de lien intra-espèce et le besoin de survie amenaient naturellement à la co-vivencia.

 

Le lien entre l’homme et la femme était complémentaire et non autoritaire. Les relations avec la nature et le soin pour les enfants donnaient à la femme une place spéciale dans la communauté ; la guérison, les aliments, les rites de fertilité et la récolte étaient plutôt féminins. La chasse, la protection du territoire et la fabrication des outils étaient la tâche des hommes. La découverte de la dite « Première Vénus de Wilendorf » (30 mille ans A.C.) qui  fait ressortir chez la femme ses organes de reproduction et ses seins nourriciers, semble confirmer cette hypothèse.

 

Avec l’apparition du Patriarcat a surgi l’autoritarisme et le machisme. L’évolution des relations humaines est entrée dans un processus de décadence au travers des siècles.

 

Le Panthéisme, qui se manifestait dans le lien cosmique avec les divinités de la nature, a été remplacé par les religions avec des dieux anthropomorphiques. La peur des dieux terribles a conduit à la croyance qu’il fallait les apaiser par des sacrifices et des souffrances ; cette structure religieuse se conserve jusqu’à aujourd’hui.

 

Actuellement, le lien humain est égocentrique, il se caractérise par l’exploitation et l’assassinat. Les guerres actuelles ont atteint une destructivité sans précédent. Les institutions comme l’UNESCO et l’ONU, les Conférences sur la Paix ont proposé des formes de régulation de la violence, des lois, des concepts déontologiques et moraux, mais ont échoué de façon spectaculaire ; l’obscénité belliqueuse continue à être présente dans le monde.

 

Dans ce texte, je désire donner une vision approximative de l’évolution des formes de lien entre les hommes. Cette échelle de lien est incomplète mais nous permet de voir avec clarté la nature des changements :

 

  1. Individualisme

La notion philosophique de l’individualisme a surgi en Grande Bretagne avec les idées d’Adams Smith et Jeremy Bentham.

 

On a souvent considéré l’individualisme comme un « atome social ». Cette idée est liée au libéralisme économique dans lequel la liberté existe pour développer l’existence de façon indépendante par rapport au reste du monde. La spéculation économique se pratique au niveau mondial. L’individualisme fut conceptualisé par Alexis Toquerville.

 

Il existe un abîme entre la « mêmeté » et l’ « altérité » décrites par Ortega y Gasset. Cette forme de lien individualiste est la plus courante, ses conséquences sont l’agressivité, la solitude, l’injustice et la souffrance qui concernent des millions d’êtres humains.

 

Individualisme et autoritarisme vont de pair.

 

Theodor Adorno a décrit de façon rigoureuse la personnalité autoritaire. ses caractéristiques et ses effets sociaux et politiques ; il suffit de mentionner les régimes autoritaires dans lesquels les êtres humains sont éliminables.

 

Dans le racisme, la perception de l’Autre comme créature humaine sacrée n’existe pas. Sa vie est la propriété de l’état. L’holocauste juif est l’expression la plus extrême du racisme, les goulags russes, le bombardement de Hiroshima et de Nagasaki sont la vision la plus barbare de l’être humain et l’action de grands psychopathes.

 

Dans une perspective psychologique et psychothérapeutique, l’individualisme est associé à l’autoréférence, à la confiance en soi, aux mécanismes de défense, à la liberté pour décider, à l’autonomie et au droit de propriété. Dans cette ligne, la notion de lien n’existe pas,  les personnes sont chosifiées. Ainsi, par exemple, les individualistes considèrent la personne aimée comme sa propriété.

 

Fritz Perls a synthétisé dans sa fameuse phrase l’esprit individualiste du lien avec la psychothérapie :

« Je suis moi et tu es toi

Je ne suis pas ici pour satisfaire tes attentes

Et tu n’existes pas pour satisfaire les miennes

Si nous nous rencontrons, bien

Si nous ne nous rencontrons pas, il ne se passe rien »

 

L’individualisme est dans l’échelle la plus base de l’évolution des liens.

 

  1. Personnalisme

Le personnalisme est la capacité de certains êtres humains de « faire résonner sa voix à travers le masque ». Etymologiquement, le mot « personne » dérive de « masque ». Les acteurs grecs faisaient résonner leur voix à travers un masque pendant la présentation de tragédies.

 

Dans le personnalisme, surgit la condition protagoniste d’un individu qui « se fait entendre » par ses caractéristiques personnelles ou sa capacité de représenter un personnage.

 

La personnalité, selon Socrate, est plus représentative que le Soi. La personne est bien plus que le soi, le cosmos et l’être.

 

Leibniz a proposé que « la personne est une créature rationnelle avec le sentiment d’être maître de ses propres actions »f.

 

Kant a dit que « l’individu est soumis à des lois qui lui sont propres, établies par sa propre raison ». La personnalité est la capacité d’exercer sa liberté en tant qu’être rationnel, qui a des règles morales qui lui est propres. Kant insiste donc sur l’importance de l’éthique comme quelque chose d’inhérent à l’individu.

 

La liberté d’action signifie avoir de l’indépendance face au mécanisme de la nature entière ; il n’y a pas d’intégration avec le cosmos.

 

Max Scheler fonde également ses actes sur lui-même. Il pense que la personne n’est pas un être naturel ou dépendant d’un esprit cosmique. L’homme a une place « face » au Cosmos. Scheler a élaboré philosophiquement les concepts de sympathie et d’empathie. Etre sympathique signifie être agréable et réceptif ; il n’y a donc pas de compromis affectif profond.

 

  1. Priorité du nous et du dialogue

Martin Buber, Paulo Freire, Pichon Rivière ont fait un pas important dans l’évolution du lien. Ils reconnaissent chez l’être humain « un être relationnel ». Ils proposent le dialogue affectif, le jugement critique et la pratique d’une éducation pour la liberté et la justice sociale.

 

Cette ouverture représente une avancée dans l’échelle évolutive du lien humain.

 

La théorie du dialogue s’oriente, chez certains auteurs, principalement sur la communication verbale affective et solidaire.

 

La science, pourtant, a actuellement décrit d’autres « langages silencieux », comme le dialogue des caresses, le dialogue psychotonique de Fast, le dialogue gestuel et le dialogue du regard. On a pu mesurer l’influence de ses différentes formes de dialogue sur le système hormonal et immunologique. L’étreinte et les caresses sont des formes de dialogue nourrissantes et thérapeutiques.

 

Martin Buber a attiré l’attention sur l’importance profonde de l’érotisme du dialogue.

 

  1. Expression de l’identité avec l’Autre

Jean Piaget a révélé que l’identité ne se manifeste et ne se développe qu’en relation avec les autres personnes. L’ « Autre » est indispensable pour l’expression réciproque des potentiels. Les systèmes solipsistes n’ont pas d’effets sur la croissance existentielle.

 

L’Autre est un facteur de l’environnement écologique enrichi qui, dans la co-vivencia, stimule l’expression de l’identité. En Biodanza, on stimule le lien entre les humains dans ses multiples aspects et on apprend à qualifier l’Autre, à le valoriser affectivement et à le célébrer avec amour.

 

Piaget établit le paradoxe que, pour être unique, il faut être avec les autres.

 

  1. Empathie

L’empathie est la capacité de percevoir et de comprendre les états mentaux de l’autre personne. C’est une condition indispensable pour le développement social et elle est profondément enracinée dans notre cerveau.

 

Theodor Lipps fut le premier à développer le concept d’empathie. Il l’a appliqué initialement à l’expérience esthétique face à une œuvre et à proposer d’établir la relation entre l’artiste et son œuvre.

 

En psychologie et en neurosciences, le terme se réfère à « la capacité de percevoir, imaginer et comprendre directement l’état mental et le comportement de l’Autre » ; c’est, dans le fond, se mettre à la place de l’Autre. L’empathie permet de reconnaître l’Autre comme Semblable.

 

L’incapacité de reconnaître chez l’Autre une émotion correspond à l’incapacité de l’éprouver soi-même.

 

L’empathie ne consiste pas seulement à percevoir l’émotion chez l’Autre, mais aussi de pouvoir aussi simuler la sensation.

 

Le cerveau masculin montre une capacité empathique plus petite que le cerveau féminin.

 

D’autres penseurs qui ont étudié à fond le phénomène de l’empathie sont : Edith Stein, S. M. Avenanti, V. Betty.

 

Aujourd’hui, l’empathie est un terme fortement en relation avec les cellules cérébrales en miroir. L’empathie peut se cultiver par une éducation adéquate.

 

L’empathie est une faculté de l’inconscient vital, une forme de résonance neurologique de cohérence avec l’identité de l’Autre ; elle est une capacité visionnaire dans laquelle participe tardivement la conscience.

 

  1. Epiphanie de la rencontre

Le philosophe Emmanuel Levinas a révélé la forme de lien la plus élevée, « le regard dans les yeux » ; l’extase de la fusion avec l’autre ; il s’agit d’arriver à être un avec l’autre. La relation humaine n’est pas asymétrique comme dans l’empathie. C’est un lien réciproque avec l’Autre-infini », avec l’étranger qu’on ne connait jamais vraiment totalement.

 

L’Autre accueille et est accueilli à son tour, réciproquement, face à face ; c’est l’approche absolue dans le monde privé de l’étranger. Par un regard, les deux atteignent l’union du sacré dans un acte d’épiphanie et d’extase.

 

Levinas, à mon avis, à décrit le niveau le plus évolué dans l’échelle du lien.

 

Synthèse de l’échelle évolutive du lien

  1. Individualisme anarchique (Max Weber, Fritz Perls) : Je suis moi face à l’autre et au cosmos.

  2. Personnalisme et collectivisme (Staline, Hitler) : Ecouter ma voix à travers le masque. Danger d’informations fausses ou toxiques. Leadership autoritaire.

  3. Priorité du « nous » et du dialogue.

  4. Nutrition réciproque de l’identité avec l’Autre (Jean Piaget, Psychologie et épistémologie de l’identité) : permet l’expression des potentiels.

  5. Empathie (T. Lipps, Edith Stein) : Se mettre à la place de l’autre.

  6. Epiphanie de la rencontre (Emmanuel Levinas) : Unir le sacré de soi-même avec le sacré de l’Autre.

  7. Note : à partir du quatrième point de l’échelle évolutive du lien, commence le progrès des relations entre les hommes. Les trois premiers échelons sont dissociés et hautement destructeurs. Les suivants sont intégrateurs. Ces niveaux de liens intégrateurs sont stimulés par le Système Biodanza.

 
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Article du mois de novembre 2008

 

Biodanza: l'art de vivre en plénitude par Alfonso Granda Benitez

www.biodanzaperu.net/

 

La Biodanza est un chemin de sensibilité surprenante. Une voie qui amène les participants en douceur à laisser émerger des aspects occultes. Un sentier qui éveille peu à peu et promeut en eux le courage de vivre. Un chemin qui éveille avec force l’amour.

 

La Biodanza permet de récupérer les relations où le soin et la tendresse prévalent. C’est un moyen pour le développement des qualités humaines, pour intégrer les potentiels de lien, d’harmonie, de santé et créer de nouvelles alternatives pour la vie de chaque être humain.

 

Quand on parle de l’intégration affective, on se réfère à une connexion de l’homme et de la nature, l’affectivité étant le noyau intégrant qui influe sur les centres régulateurs limbiques-hypothalamiques d’une façon réciproque et qui, à leur tour, influent sur les instincts, les vivencias et les émotions, en produisant des états harmonieux et sains, en créant une vivencia partagée entre les êtres basée sur la joie et l’optimisme.

 

La Biodanza est une structure d’intégration, rajeunissant les fonctions originaires de vie, basée sur des vivencias induites par la danse, le chant et des situations de rencontre en groupe. La signification des termes utilisés dans cette définition est décrite ici de façon plus explicite pour une meilleure compréhension.

 

La Biodanza s’applique dans différentes manifestations de vie, l’éducation, la sociologie de l’amour et dans l’assistance au troisième âge, aux enfants, aux adolescents. Elle est très utile dans les programmes pour pharmacodépendants, pour les malades cardiaques, pour les troubles de la personnalité qui vont des névroses aux psychoses.

 

Quand ont parle de la Rénovation Organique, c’est pour démontrer ce qui se produit par la technologie inductrice des états de transe, en activant des processus de réparation cellulaire et de régulation globale des fonctions biologiques, diminuant les facteurs de désorganisation et le stress, renforçant le système immunitaire et récupérant ainsi la santé physique et spirituelle.

 

La musique commence quand l’être humain se rend compte qu’il existe des instruments capables de produire des sons contrôlés par lui.

 

Il est important de récupérer le besoin de l’être humain de se servir d’autres éléments qui l’aident à s’exprimer. Il découvre aussi qu’il peut produire des sons propres à la nature ou créer d’autres sons nouveaux de façon harmonique et qu’il peut les accompagner de mouvements corporels qui expriment ses émotions et ses sentiments, créant ainsi la danse.

 

Ces deux formes d’expression, la musique et la danse sont les plus importantes que l’être humain utilise pour manifester ses états d’âme ; c’est pour cela que la Biodanza est considérée comme un système de développement humain car elle utilise un ensemble de techniques comme méthode d’induction de vivencias comme la musique, le chant, la danse et la rencontre individuelle ou en groupe.

 
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Article du mois de décembre 2008

 

Unité et complexité dans les sciences de la vie par Rolando Toro Araneda

 

Le progrès scientifique demande une reformulation radicale des principes et des paradigmes classiques des sciences.

 

L’idéal de certitude et de précision a donné lieu au Principe d’incertitude (Heisenberg, 1958).

 

Une nouvelle compréhension des limites de la connaissance a commencé. Heinz von Foerster propose de transformer une épistémologie du « système observé » en une épistémologie du « système observateur ». Notre cerveau fait partie de la connaissance de l’objet observé.

 

D’autre part, la vision fragmentée des organes et sous-systèmes est remplacée par l’approche systémique et par l’étude des relations de la totalité. Nous sommes un Hologramme vivant.

 

La compréhension de la multidimensionnalité des êtres vivants et de la complexité des structures qui les intègrent a été nécessaire.

 

Les avancées sur l’intelligence artificielle ont fait penser à la similitude entre un système artificiel et un système vivant. Henry Atlas a établi la différence entre les deux. Les systèmes artificiels présupposent la connaissance totale du phénomène observé. Le système vivant, étant donné sa complexité naturelle, présuppose une ignorance de la part de l’observateur.

 

Deux métaphores fondamentales, apparemment en opposition, surgissent à la base de cette nouvelle vision scientifique. J. von Neumann propose que les êtres vivants sont des systèmes hétéronomes déterminés de l’extérieur (Input-Output) et ont une logique de correspondance (le monde a des équivalences internes). L’environnement serait donc une condition déterminante dans le fonctionnement de l’être vivant.

 

Le point de vue opposé présenté par Norbert Wiener, fondateur de la cybernétique, soutient que les êtres vivants sont des systèmes autonomes qui fonctionnent à partir de leur intérieur avec une propriété de fermeture opérationnelle et une logique de cohérence basée sur une variation aléatoire des systèmes de connexion interne. La relation avec l’environnement serait essentiellement sélective.

 

La surprise intéressante dans les sciences de la vie fut la Théorie du Chaos. A la base de cette théorie, Ilya Prigogine, prix Nobel de Chimie en 1977, propose le caractère constructif du non-équilibre. Pour Prigogine, loin de l’équilibre se créent des états cohérents et des structures complexes qui ne peuvent que se produire dans un temps irréversible.

 

La vie ne se génère pas dans l’équilibre mais loin de lui. L’instabilité du système permet de passer d’une structure à une autre en rendant possible l’évolution qualitative. Humberto Maturana a formulé l’autopoïèse comme caractéristique essentielle des êtres vivants. C’est la capacité de se créer, de se générer soi-même.

 

Francisco Varela a centré son attention sur le processus d’auto-organisation dans la tendance naturelle des êtres vivants à l’autonomie. Varela a été l’épistémologue le plus important de la biologie.

 

Edgar Morin étend le concept de complexité des êtres humains à la vie sociale, au dialogue et aux processus culturels et écologiques.

 

Les êtres humains n’ont donc pas seulement la capacité d’auto-organisation et d’autorégulation (corrélation intra-organique et connectivité).

 

L’approche de la Biodanza considère que les êtres humains ont la capacité d’auto-évolution ce qui est la possibilité réelle d’auto-induire des états d’expansion de conscience et de monter vers des formes supérieures d’évolution.

 

Cette capacité amène l’individu à renforcer son identité, à s’émanciper de figures hostiles, à transformer les tendances destructives en tendances créatives, à externaliser les objets libidineux et à chercher les sources de plaisir, à se revaloriser en tant que créatures sacrées et, finalement, à monter dans l’échelle évolutive.

 

Au travers de ce panorama incomplet, nous comprenons que l’homme est une énigme.

 

L’accès à la gnose (connaissance) est par définition une capacité de l’initié. Le facilitateur de Biodanza doit être en même temps un mystique de l’unité et un poète de la complexité.

 

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