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Articles 2007

 

 

Tous les articles

janvier : Les mystères de la masculinité et de la féminité. Biodanza et sexualité des genres par Myrthes Gonzalez
février : La danse, une manière de vivre par Rolando Toro Araneda
mars : Maladie psychosomatique et Biodanza par Segundo Villanueva Silva
avril : Tout devient musique par Rolando Toro Araneda
mai : Biodanza et autorégulation organique par Sergio Cruz
juin : La connexion avec la vie par Rolando Toro Araneda
juillet-août : La Biodanza comme nouvelle approche thérapeutique pour des patients avec des problèmes cardio-vasculaires par Geny A. Cantos ; Elisabete da Silva Melo; Cláudia S. M. Silva, Carmen D. Waltrick; Elizabeth M. Hermes.
septembre : Une civilisation à la dérive par Rolando Toro Araneda
octobre : Voix et Biodanza par Jussara Silveira da Rosa
novembre : Les langages silencieux par Rolando Toro Araneda
décembre : Intégration du féminin par Myrthes Gonzalez

 

Article du mois de janvier 2007
 

Les mystères de la masculinité et de la féminité. Biodanza et sexualité des genres par Myrthes Gonzalez

www.biodanza.com.br/

 

L’humanité a toujours utilisé des rituels pour marquer le passage des étapes de la vie. Un des rituels les plus significatifs est le passage initiatique de l’enfance au monde adulte.

 

Ce type de rituel marque un changement dans la façon d’être au monde. Selon Campbell, le simple fait que des changements physiologiques arrivent à la puberté n'est pas suffisant pour que nous changions d’attitudes et de comportements. Le rituel vient comme une porte symbolique qui communique à l’inconscient individuel et à la communauté où vit l’initié que, dorénavant, l’enfant n’existe plus et que l’adulte naît. De cette façon, il y a un repositionnement de l’initié face à la vie et dans sa communauté.

 

Les rituels initiatiques ont changé tout au long de l’histoire, selon les facteurs culturels et religieux. Actuellement, ce qui se passe, c’est  un processus vide de sens et même une absence de ce type de manifestation. Les habitants des grands centres urbains deviennent des êtres anonymes dans la multitude. Bien qu’ils vivent proches de milliards de personnes, la vivencia communautaire tend à se réduire au petit noyau familial ou même à ne plus exister dans le sens de se sentir partie d’un groupe, d’être reconnus et considérés comme tel. Ce phénomène a réduit l’occasion de vivre des rituels de passage.

 

Nous pouvons dire qu’il existe des manifestations qui restent comme le bal des débutants ou des diplômés, mais qui tendent à perdre leur signification initiatique au fur et à mesure qu’elles deviennent superficielles par des comportements stéréotypés. Le participant n’a pas conscience des pas qu’il fait et finit par s’orienter de l’extérieur vers l’intérieur, obéissant souvent à des modèles de consommation.

 

Selon Campbell, l’immaturité émotionnelle qui provoque des sentiments de dépression et de solitude, l’adolescence toujours plus longue et la difficulté qui en résulte de créer des interactions entre les hommes et les femmes, sont dus en grande partie à ces rituels vides de sens dans notre société.

 

Biodanza et sexualité des genres
Un des aspects intéressants, spécifique à la Biodanza, quand on travaille sur la ligne de la sexualité, est la relation des genres, soit de la masculinité et de la féminité. C’est un travail essentiellement profond, de récupération des racines archétypiques des rituels de passage spécifiques aux hommes et aux femmes. Ceci ne veut pas dire que l’on cherche à reproduire des rituels initiatiques de cultures anciennes qui se basaient en grande partie sur la souffrance de l’initié.

 

En Biodanza ont été créées des vivencias spécifiques, capables d’amener la signification du passage à un niveau vivencial. Le travail se base sur deux « maisons » (espaces vivenciaux). La « maison » des hommes et la « maison » des femmes. Ce sont des dimensions archétypiques propres à chaque genre, mais elles sont reliées. Dans chaque « maison », il y a des propositions de vivencia, des partages d’expérience et de sentiments, et des clarifications de doutes qui s’expriment par rapport au genre de sa propre maison. C’est, avant tout, un espace de partage entre égaux, se connaître soi-même à partir de l’expérience semblable de tous. Un espace vivencial de connaissance, valorisation et célébration de ses propres caractéristiques.

Dans un deuxième temps, il existe des processus d’union des deux « maisons ». Des vivencias de reconnaissance, de respect et d’enchantement pour la différence. Il ne s’agit pas ici de tolérer ou d’ignorer les différences entre les sexes. La Biodanza, dans son travail sur les genres, reconnaît les hommes et les femmes comme des êtres d’une même espèce qui ont de profondes différences. Le travail des « maisons » est tourné vers la reconnaissance de cette différence, la recherche d’une valeur essentielle de son propre genre et la reconnaissance de la valeur du différent. Il ne s’agit pas de comparer ou de mesurer les valeurs, mais bien de reconnaître et valoriser une essence complémentaire.

 

Il y a des choses que nous ne pouvons découvrir sur nous que dans l’interaction avec des personnes de notre propre genre. Il existe des choses que nous ne pouvons comprendre que dans l’interaction avec des personnes du genre complémentaire.

 

La participation  aux maisons ne dépend pas de l’identité sexuelle des participants. Ceci veut dire que le genre ne change pas du fait qu’une personne vive sa sexualité de façon homo ou hétéro érotique. La participation aux rituels initiatiques est importantes pour toutes les personnes, indépendamment de comment elles vivent leur érotisme. De fait, la singularité des expériences de vie de chaque participant aux « maisons » nous montre que, être un homme ou être une femme, n’est pas quelque chose basé sur des comportements stéréotypés. Au contraire, cela nous parle d’un mystère profond qui se découvre petit à petit, avec respect, patience et amour. La subtilité du travail n’est pas de montrer comment une personne doit se comporter, mais bien d’établir un contact beau, délicat et affectueux avec soi-même à partir d’une aussi belle, délicate et affectueuse relation avec l’autre. Il n’existe pas de modèles de comportement pour les hommes et les femmes, mais bien une essence qui se révèle quand nous sommes disponibles et osons créer une dimension réelle dans notre vie pour que nous puissions nous reconnaître.

 

Bibliographie

CAMPBELL, Joseph. Le héros aux mille et un visages. Paris, Robert Laffont, 1992.
PINKOLA ESTÉS, Clarissa. Femmes qui courent avec les loups. Paris, Grasset, 1992
PERERA, Sylvia. Caminhos para a iniciação ao feminino. São Paulo: Paulinas, 1985.

 
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Article du mois de février 2007

La danse : une manière de vivre par Rolando Toro Araneda

Plus qu'un spectacle, la danse est un mouvement intérieur qui donne naissance aux actes vitaux: l'étreinte, le bercement du bébé, les caresses et les baisers, le travail, les sauts de joie, les jeux, les gestes d'abattement de la solitude et les gestes splendides de la rencontre.

La danse est tout ce qui nous meut, créatures passionnées ou tristes spectres de la mort.

La danse, c'est le semis, la prière et l'invocation des dieux, le mouvement de donner et de recevoir.

Marcher, nager, manger font partie de la danse infinie.

L'acte intime qui unit les amoureux est la plus lumineuse et la plus douce des danses d'amour.

La première connaissance du monde, antérieure à la parole, est la connaissance par le mouvement.

La mer danse, tous les tourments, tous les infinis et tous les abîmes aussi.

Les nuages dansent, portés par le vent, étendant leur corps, créant des monstres, des animaux, des oiseaux, des créatures de rêve.

Et les astres dansent la danse céleste dans l'harmonie et l'ordre de la nature.

Les semences montent depuis l'obscurité de la terre, elles s'élèvent jusqu'au sol dans une danse mystérieuse. Les roses s'ouvrent et offrent leurs pétales; les bois se retirent dans le profond automne avec leurs feuilles errantes.

Mort et résurrection, comme dans la danse de Shiva: le rythme cosmique nous invite à mourir à nos coutumes hypocrites, rigides, égoïstes, pour renaître ensuite. Mourir et renaître sans fin. Tel est le principe de mutation. La danse de Shiva a pour thème l'activité cosmique, l'éternelle transformation.

Ananda Coomaraswamy décrit les cinq activités divines de Shiva: la création continue de l'univers qui prend sa source dans le rythme; la conservation fondée sur l'équilibre et la mesure des mouvements; la destruction des formes déjà dépassées, par le feu intérieur et par l'éternelle rénovation, et réincarnation de la vie.

La danse est donc une "manière d'être au monde", l'expression de l'unité organique de l'homme avec l'univers.

Le poète soufi Jalal-Od-Din Rumi dira:

"Oh jour, lève-toi, les atomes dansent, les âmes - emportées par l'extase - dansent; la voûte céleste danse. Je te dirai à l'oreille où conduit cette danse: tous les atomes qui se trouvent dans l'air et dans le désert le savent bien, comme nous ils sont amoureux et chaque atome, heureux ou malheureux, est ébloui par le soleil de l'âme inconditionnelle."

Dans le "Cantique des Cantiques", Ste-Thérèse d'Avila dit que l'amour humain est toujours le symbole de l'amour divin, comme dans certaines danses liturgiques de l'Inde, les gestes de l'amour charnel évoquent la présence du sacré.

Rudolf Laban pensait qu'il y avait "une organisation de mouvements inhérents à chaque organisme. La rupture de ces lois trouble la vie et suscite de nouvelles adaptations du mouvement faites d'une manière inconscientes".

Il est nécessaire de retrouver la force positive qui engendre et développe les choses. C'est dire: les mouvements qui permettent l'évolution.

Dans cette perspective mystérieuse, la finalité de la Biodanza serait de s'adapter au mouvement cosmique.

Il faut, pour cela, retourner à l'origine par le biais de la transe, mobiliser notre cerveau primitif (archaïque) par le contact, éveiller notre amour d'une nouvelle vision, redécouvrir les vivencias intégrantes.

Ainsi, la Biodanza est une voie d'accès à la vie, une possibilité de vivre au milieu de l'Apocalypse. Durant des temps immémoriaux, l'homme a attendu quelque chose qui ressemble à la Biodanza, une possibilité réelle de connexion avec la totalité et non avec les mots. Durant des millions d'années, l'humanité en manque d'amour a attendu le contact avec la vie. Tous ont désiré être en communion avec l'énergie du contact et tous ont ressenti la nécessité de l'amour. 

Le moment est donc venu de larguer les amarres qui nous lient à l'aliénation. Le moment est venu de nous jeter à l'eau et de laisser notre barque voguer. En direction de nous-mêmes.

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Article du mois de mars 2007
 

Maladie psychosomatique et Biodanza par Segundo Villanueva Silva

www.biodanzaperu.org/


Les différents troubles et maladies psychosomatiques (asthme, arthrite, cancer, céphalée, hypertension artérielle, troubles auto-immuns et autres) s’installent devant la perte de la régulation neuroendocrinienne et neurovégétative, comme par la baisse de la défense immunitaire, favorisée par des troubles de l’identité et de sa structure.

 

Les facteurs qui diminuent l’identité et favorisent le déclenchement de la maladie psychosomatique sont les désordres émotionnels (niveaux de répression et de dépendance, hostilité et autodestruction, compétitivité et culpabilité, baisse de l’estime de soi et frustration sexuelle), les styles de vie toxiques et le stress chronique.

 

Les systèmes de croyances, de relation, émotionnels, neurologiques, endocriniens et immunologiques, fonctionnent en parfaite cohérence ; celle-ci est aussi écologique car le milieu ambiant influe également sur les réponses physiologiques.

 

Les êtres vivants comptent avec des systèmes de régulation des organes qui assurent le fonctionnement de l’organisme comme unité autorégulée. N’importe quelle maladie provient d’un trouble de la totalité de l’organisme et de l’être.

 

Le stress est une réaction d’adaptation non spécifique de l’organisme (syndrome général d’adaptation) face à des facteurs stressants externes ou internes ; ces surcharges nocives ont un caractère physique, chimique ou psychique.

 

Nos styles de vie et la manière d’affronter nos conflits génèrent souvent des façons de tomber malade et c’est pour cela que les maladies psychosomatiques sont aussi appelées « maladies de la civilisation » car le processus de civilisation est parallèle à celui de l’annihilation de la vie.

 

Le système immunologique protège l’organisme des substances étrangères à son identité générale, fonctionne en coordination avec le système nerveux et sa réponse peut être altérée par les stimuli émotionnels. Dans le cancer, par exemple, les états dépressifs, les pertes affectives et les altérations de l’identité influent sur l’activité immunologique.

 

Notre organisme a besoin de façon continue du développement de son potentiel génétique, lequel est souvent inhibé, bloqué ou réprimé. La sagesse cellulaire vitale nous offre toutes les possibilités et aussi nous donne des limites. Cette intelligence cellulaire émerge de façon naturelle si le groupe dans lequel elle se développe est permissif et protecteur.

 

La Biodanza propose de fortifier l’identité par l’exercice du potentiel humain, l’intégration des systèmes organiques (système nerveux, endocrinien et immunologique), l’harmonisation de l’affectivité, l’action de l’expansion de conscience et la promotion des changements dans le style de vie par des vivencias intégrantes. Grâce à tout cela elle a des effets curatifs et de réhabilitation sur différents modèles cliniques.

 

Le mouvement vivenciel régule la production d’hormones, de médiateurs et de neurotransmetteurs, générant une nouvelle activité organique autorégulée. L’organisme se réorganise par la stimulation du système adaptatif limbique-hypothalamique au travers de nouvelles vivencias intégrantes.

 

Les réponses affectives – tendres et adaptatives – ont des effets anxiolytiques, réduisent l’anxiété et le stress émotionnel et existentiel, promeuvent l’action psycho-neuro-immunologique et créent également de nouvelles motivations à vivre.

 

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Article du mois d'avril 2007

Tout devient musique par Rolando Toro Araneda

Les émotions prennent des formes musicales, elles sont espaces sonores, partitions d'amour. Nos vivencias s'expriment en battements: l'univers du cœur. Notre vie décrit son cours en suivant la tonalité la plus intime. Nous sommes la musique présente en notre abandon, en nos impulsions et automatismes, en tout ce qui rit et pleure sous notre visage, en tout ce qui se dresse et s'excite sous notre peau.

 

Si nous sommes en contact avec notre propre palpitation, tout devient musique. Si nous pouvons fluer avec la palpitation de l'autre et répondre à sa luxure merveilleuse, tout devient musique. Si nous marchons en harmonie avec les étoiles, si nous sommes un fragment de l'arc-en-ciel et recevons la pluie dans notre bouche, si nous pouvons nager dans le vent, tout devient musique.

 

Le chant d'un fleuve, le cri d'un enfant, d'un cheval navigant sur le chemin un jour du mois d'août: tout devient musique.

 

Et lorsque tes amis chantent d'une voix douce ton prénom, avec des appels, des suggestions, de la séduction, tout devient musique.

 

Lorsque nous écoutons à l'intérieur de nous-mêmes, nous rencontrons toutes les formes musicales, les chœurs archaïques de l'homme primitif, les tambours qui donnent l'alerte, les chœurs de célébration, le susurrement de voix occultes, le madrigal de la tendresse, le contrepoint de notre obstination, les requiems de la nuit et les allégros de l'aube. Mais nous écoutons aussi toutes les stridences, les cris de panique, les insultes, les appels au secours, les suppliques, le bruissement de la mort, le gémissement de nos frères dans un adagio qui déploie sa voix silencieuse.

 

Nous écoutons le rythme de notre cœur, nous sommes l'instrument de résonance musicale le plus doux et le plus terrible, ouvert à tous les vents de la folie et de la terreur, ouvert à tous les appels de l'amour. Il s'agit seulement d'être un instrument, un résonateur cosmique, un médium du drame musical. Nous sommes dans le même temps acteurs et interprètes. Nous sommes les danseurs les plus ancestraux, les imitateurs de la mer. Nous sommes les médiums du serpent et du tigre. Nous, les derviches tourneurs dans le sein de Dieu.

 

Rythme est notre cœur, notre marche, notre respiration. Nous palpitons dans le poumon de l'Univers. Nous dansons dans un corps divin, nous avançons dans les pas de Dieu.

 

Nos pieds et notre cœur sont rythmiques. Nos mains sont mélodiques, ainsi que notre cou et notre sourire. Mais, l'harmonie, il faut la chercher au fond des yeux, dans la rencontre des regards, où s'établit le circuit initial, le circuit de vie.

 

Nous sommes un pur instrument de lien: le rythme nous unit à l'univers, à notre génitalité, à tout ce qui est origine; la mélodie élabore notre communauté amoureuse et l'harmonie nous lie à l'intimité et à la transcendance.

 

Ainsi, en Biodanza, nous pouvons exercer ces équivalences et nous œuvrons pour que l’homme soit, pour lui et  pour les autres, une possibilité de plénitude et de jouissance.

 

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Article du mois de mai 2007
 
Biodanza et autorégulation organique par Sergio Cruz
www.biodanzabologna.it
 

La Biodanza est un système créé par l’anthropologue chilien le Professeur Rolando Toro avec comme objectif de favoriser le développement humain en utilisant un ensemble d’exercices – danses et de musiques choisies, appelé « vivencias ». Le terme vivencia signifie selon le philosophe allemand Wilhelm Dilthey « instant vécu intensément ». Comme la Biodanza est une « méthode vivenciale », elle utilise la capacité de sentir avec intensité et englobe le niveau corporel en travaillant sur l’expérience fascinante de « l’ici et maintenant ».

 

Il s’agit de retrouver le mouvement plein de sens, ou le mouvement vital, avec âme et émotions. Intégrer la perception (le sentir) et la motricité (le faire), amenant nos mouvements à devenir plus intégrés et à récupérer le plaisir et la motivation de bouger.

 

En Biodanza, selon le Professeur Rolando Toro, on utilise ces exercices – danses ou « vivencias » pour stimuler et intégrer les fonctions originaires de la vie que sont les fonctions instinctives du système neurovégétatif, les mécanismes de lutte et de fugue, les états de veille et de sommeil, la faim et la satiété, la température corporelle, la fonction respiratoire et cardio-vasculaire, l’adaptation et la protection face au stress, les mécanismes de repos, la restauration biologique, etc.

 

La proposition est d’activer de façon harmonieuse les impulsions instinctives, affectives et vivenciales de façon à modifier les seuils de réponse neurovégétative et de renforcer ainsi les mécanismes de régulation viscérale.

 

Les propositions des « vivencias » ont pour but d’activer le système intégrateur – adaptateur – limbique – hypothalamique et ceci s’obtient par des exercices de diminution de l’activité corticale, en ralentissant par exemple le langage verbale, l’activité visuelle, la motricité volontaire.

 

En Biodanza, tous les mouvements plus toniques, qui stimulent la vitalité, la force, l’action, comme les exercices d’expression créative, la marche synergique, les sauts, les danses rythmiques, les jeux, sont des « vivencias » d’activation du système nerveux autonome sympathique – adrénergique qui produit au niveau organique physiologique une augmentation de la pression artérielle systémique et de la fréquence cardiaque, une vasoconstriction splénique et périphérique, une augmentation coordonnée de la production de catécholamine, une augmentation de la consommation d’oxygène, une hypoglycémie, une augmentation notable du flux sanguin dans la musculature squelettique, une hypertonie musculaire, une dilatation pupillaire, une érection du système pileux, etc..

 

Au contraire, tous les exercices avec des mouvements ralentis, individuel, à deux ou en groupe, et aussi ceux de stimulation des fonctions affectives, activent le système nerveux autonome parasympathique – cholinergique qui produit une diminution de la consommation d’oxygène, une diminution de la fréquence cardiaque et respiratoire, de la pression artérielle systémique, des taux de lactose dans le sang, une vasodilatation périphérique accentuée (augmentation de la sensibilité et chaleur sur la peau), une activation du péristaltisme, une augmentation de la sécrétion des glandes digestives, une diminution de la sécrétion d’adrénaline (réaction de bien-être et de plaisir), etc.

 

On trouve tant de réactions organiques physiologiques liées à nos mouvements et nos émotions. Ceci signifie que chaque fois que nous marchons, nous activons les mécanismes physiologiques des mouvements périphériques expressifs, et à chaque moment de repos, nous stimulons tous les mouvements métaboliques, d’assimilation, d’adaptation, de régulation de l’harmonie des systèmes internes.

 

Ainsi, la Biodanza, par le mouvement intégré, stimule l’autorégulation organique sous toutes ses formes, rendant l’organisme beaucoup plus sensible et satisfait, primant ce qui est sain.

 

Quand nous bougeons avec plaisir, nous réussissons aussi à dormir pleinement, donc nous nous autorégulons. Quand nos mouvements quotidiens sont motivés par des besoins vitaux, les moments de relâchement sont un véritable plaisir qui nous nourrit. Si nous faisons des « vivencias » dans l’action, nous faisons des « vivencias » dans le repos. Si nous bougeons de façon automatique ou sans émotion, nous n’arrivons pas à avoir la « vivencia » d’autorégulation organique et nous restons dans un état de « stress » physique et psychologique. La vie organique est une « vivencia » de plénitude, que nous soyons en action ou dans l’instant magique de dissolution, dans les moments de lutte comme dans ceux d’amour pur. Le monde danse ainsi, la vie danse et la Biodanza… elle danse donc.

 

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Article du mois de juin 2007

La connexion avec la vie par Rolando Toro Araneda

La fonction de connexion avec la vie est une des plus avancées que l'homme puisse atteindre. Fonction primordiale qui permet l'existence même de la vie, elle doit devenir, par le biais d'un long processus de maturation intérieure, une attitude consciente afin que se renoue le contact avec le primordial.

Les plantes, comme les animaux, possèdent cette fonction de connexion avec la vie. La pulsion instinctive, guidée par des tropismes et des affinités, leur permet un contact hautement précis avec toutes les manifestations de vie qui les entourent, comme si une sagesse millénaire coulait dans les racines pour les orienter vers les sources nutritives de la terre; comme si les animaux percevaient, dans la brise, les énergies, les appels, les signaux de vie.

 

L'homme, cependant, par un long processus de dégradation instinctive, a perdu la fonction de connexion avec la vie qui est en lui  presque complètement atrophiée. Il n'y a pas de « réflexes de vie » chez le citadin commun de nos métropoles. Nous pourrions postuler que la maladie relève de l'incapacité d'établir les biofeedback avec tout ce qui est vivant dans le milieu ambiant. Notre intelligence a développé une monstrueuse capacité à s'allier avec les choses mortes dans un processus de nécrophilie sophistiquée, établissant ce que Jaspers nomme la relation mécanique vide et inerte.

 

Réveiller la fonction archaïque de connexion avec la vie représente un des objectifs les plus attendus de toute thérapie.

 

En Biodanza, la fonction de connexion avec la vie est exercée à trois niveaux:

 

1 - Connexion avec soi-même

Elle se manifeste dans la posture d'intimité, de protection de la flamme intérieure et de la vie qui palpite dans le cœur. La personne se trouve dans un état intime de recueillement et éprouve une profonde joie à être elle-même l'accueil de sa propre identité. La vivencia de la connexion avec soi-même peut être si intense qu'elle atteint l'état d'  « intase » : joie suprême accompagnée de la prise de conscience intensifiée d'être vivant et d'être unique.

 

Le développement de cette fonction de connexion avec soi-même est représenté par le bouddhisme, par le yoga et par toutes les disciplines solipsistes basées sur un monisme philosophique. Elle est connexion avec la vie dans l'unité primordiale.

 

2 - Connexion avec le semblable (l'espèce)

Elle se manifeste dans la rencontre des regards en profonde intimité. Les respirations se confondent, les mains s'unissent et le courant émotion­nel circule, expressif et chargé d'érotisme. Le flux et le reflux de l'énergie vitale s'établit; les regards s'allument dans la passion des yeux de l'autre, le contact s'intensifie jusqu'à ce que les deux corps ne forment plus qu'un seul corps, dans un état de synchronisation totale, d'eutonie, de fluidité et de rythme unificateur.

 

Deux identités différentes se sont transformées en une identité plus grande. La fonction de connexion avec le semblable a atteint l'état d'unité dans la dualité, la parfaite harmonie du yin et du yang, la complémentarité des opposés.

 

3 - Connexion avec l'univers

Lorsque les identités séparées forment ensemble une identité plus grande, apparaît alors le troisième état, la présence d'une énergie nouvelle.

 

Les mains unies dans une ronde de communion appartiennent à un niveau de connexion dans la trinité. Une vivencia de connexion avec l'anonyme, avec la vie originaire qui met en contact, non plus avec un autre individu, mais avec l'espèce humaine. Sentiment de fluer dans la totalité cosmique, sans visage, sans limite, hors du temps. De s'abandonner à la pulsation originaire de vie, antérieure à la naissance du Moi. Cette troisième phase de la fonction de connexion avec la vie - qui dans le Christianisme correspond au mystère de l'Esprit Saint - est l'état de transe,  la fusion avec la totalité, dans le commencement et la fin, d'où la vie se rénove et se rétro-alimente.

 

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Article du mois de juillet-août 2007
 

La Biodanza comme une nouvelle approche thérapeutique pour des patients avec des problèmes cardiovasculaires par Geny A. Cantos ; Elisabete da Silva Melo; Cláudia S. M. Silva, Carmen D. Waltrick; Elizabeth M. Hermes.

 

Introduction
Biodanza signifie laisser le corps fluer normalement avec le rythme de la vie. Actuellement, on définit la Biodanza comme un système d’intégration affective, de rénovation organique et de réapprentissage des fonctions originaires de vie. L’intégration affective consiste en le rétablissement de l’unité entre la perception, la motricité, l’affectivité et les fonctions viscérales. La rénovation organique consiste en le maintien de l’harmonie homéostatique, c'est-à-dire de la stabilité organique de l’organisme. Le réapprentissage des fonctions originaires de vie signifie la réévaluation de notre comportement et de notre style de vie, en accord avec nos instincts de base.

 

Le créateur de ce système est le psychologue anthropologue chilien Rolando Toro. Le principe biocentrique est le paradigme premier et fondamental de la Biodanza. C’est la proposition la plus avancée et la plus défiante de Rolando Toro).

 

La Biodanza ne dépend pas de la connaissance technique de pas spécifiques sur différents sons musicaux. Elle consiste à écouter et sentir la musique avec tout le corps, en faisant vibrer des pieds à la tête, dans l’intention de relâcher le mental, de libérer le contrôle conscient et laisser que l’inconscient agisse, en le laissant fluer en soi, en laissant le corps bouger sans préoccupations, en créant son propre langage et en libérant toutes ses émotions.

 

L’objectif principal du travail de Biodanza est la prophylaxie : non seulement survivre, mais vivre avec une bonne qualité de vie, saine et heureuse, comme le personnage du roman de Zorba le Grec, avoir la satisfaction de vivre et de danser la vie. Contrairement à la gymnastique traditionnelle, en Biodanza, les personnes découvrent de nouvelles stimulations pour la vie, éveillent une nouvelle attitude face aux personnes : conjoint, enfants, petits-enfants. Les participants de Biodanza ne s’isolent jamais dans un coin de vie ; ils sont toujours dans un groupe qui participe avec joie.

 

La Biodanza potentialise et restaure les niveaux organiques par le mouvement, en réactivant le désir de vivre avec intensité, joie et santé. Le processus d’induction de vivencias intégrantes promeut la rencontre et l’expérience humaine, pour développer des potentiels hérités génétiquement, provoquant des changements dans les sensations, la pensée et l’action, en élevant l’état de santé et en rétablissant le lien affectif avec soi-même, avec le prochain et avec la nature.

 

Objectif

Proposer une approche thérapeutique, à partir de la Biodanza pour des individus appartenant à une communauté universitaire (Université Fédérale de Santa Catarina – UFSC), porteurs d’un profil lipidique altéré, associé à des facteurs de risques pour des maladies cardiovasculaires, de façon à produire des modifications stables dans le style de vie, en diminuant le stress et en élevant la qualité de vie des participants.

 

Méthodologie

Ce travail fut réalisé avec 29 individus, appartenant à une communauté universitaire (UFSC), participant du NIPEAD (Noyau Interdisciplinaire de Recherche, Enseignement et Assistance à la Dyslipidémie de l’Hôpital Universitaire), qui faisaient des sessions de Biodanza, au cours de l’année 2002. Les sessions furent données une fois par semaine par une infirmière et une facilitatrice bénévole. Chaque session durait 2 heures, 30 minutes furent utilisées pour une introduction théorique et pour l’exposé des participants sur les vivencias de la session antérieure, les découvertes et les changements existentiels, et partager les sensations. Le reste du temps était utilisé pour la partie pratique, où le professeur respectait le niveau moteur de chaque individu, sans produire de fatigue. Les exercices étaient progressifs. Pour l’évaluation du stress, les patients répondirent à un questionnaire de Lipp et al (1986), et des examens biochimiques furent réalisés.

 

Résultats et discussion

Les conditions actuelles dans lesquelles nous vivons nous placent en constante tension et stress. Indépendamment du facteur qui a causé le stress, notre corps fait un effort pour s’adapter à la nouvelle situation. Néanmoins, quand les stimulations ont été excessives et ont durée une longue période de temps, elles peuvent amener à une série de réactions biochimiques et physiologiques complexes, déclenchant des situations pathologiques. De plus, de nombreuses études considèrent que le stress provoque de hauts niveaux de cholestérol total (CT) et de cholestérol-LDL et une diminution de cholestérol-HDL, suggérant une augmentation de maladies cardiovasculaires.

 

En considérant que le stress est un facteur de risque pour les maladies cardiovasculaires, nous avons fait récemment un travail avec des patients du noyau de dyslipidémie et nous avons vérifié que la majorité de nos patients vivent constamment avec des stimuli stressants et, dans la majorité des cas, elles n’arrivent pas à gérer ce stress, ce qui a généré différentes maladies.

 

Selon la littérature, la Biodanza travaille, dans un groupe, au moyen d’exercices spécifiques qui stimulent les potentiels génétiques de chaque participant. En vérité, ce processus se passe conjointement avec l’autre, de sorte que cette communication commence à améliorer l’estime de soi de la personne et aussi l’acceptation de l’autre avec toutes ses différences. Elle harmonise aussi l’individu avec son semblable et en syntonie avec l’environnement, produisant des vivencias intégrantes qui se mélangent avec la musique, le chant et une situation plus affective. La Biodanza se fait dans ce cadre, elle utilise une méthodologie dont les mécanismes induisent des changements organiques et existentiels, en intégrant les centres propulseurs d’harmonie et les symptômes disparaissent par manque de support physique, psychique et neurologique.

 

La pratique de la Biodanza propose une expression des émotions qui, quand elles sont harmonisées, réduisent la rigidité des cuirasses musculaires existantes, qui sont souvent responsables des maux de tête, de la dépression, du stress, entre autres maux de la vie moderne. A partir de cette pratique, l’équilibre du corps fut graduellement rétabli ainsi que la santé physique et mentale.

 

Des travaux préliminaires, réalisés par Cantos et al. et Melo et al. avec ce type de patients, montrèrent que la Biodanza pouvait réduire l’anxiété, en favorisant un processus d’harmonie, de repos, de sérénité et d’intériorisation de l’individu. Concernant les réponses au questionnaire sur le stress, on peut noter que 83% des individus qui participèrent activement aux sessions de Biodanza améliorèrent leur état de stress, comparé à 58,3% de ceux qui participèrent au programme du NIPEAD, mais que ne firent pas ce type d’activité.

 

Ainsi, la Biodanza est une forme de psychothérapie recommandable pour les individus avec des maladies cardiovasculaires, car elle améliore le stress (stress négatif), en augmentant la vitalité et en diminuant les tensions. On s’est aperçu, par exemple, au cours des sessions de Biodanza, que la concentration de magnésium s’était améliorée, dont le manque se traduit par de la nervosité, des problèmes de sommeil et des angoisses. Selon certains témoignages, la Biodanza aide aussi beaucoup les personnes à se connaître elles-mêmes, à améliorer leur estime d’elles-mêmes, à voir et comprendre le monde d’une meilleure façon, à développer leur sensibilité et leur affectivité, ainsi que leur attention pour les autres, en améliorant leur relation sociale et familiale. D’autres témoignages montrèrent aussi que les personnes en vinrent à s’aimer plus elles-mêmes, en se sentant plus libres et plus tranquilles ; à toucher les personnes sans contrainte et à les regarder de face ; à sentir et observer plus la nature ; à remarquer les personnes qui passaient inaperçues.

 

En fait, notre capacité de perception des bonnes et belles choses, notre sensibilité pour le côté merveilleux de la vie, sont constamment perturbées par l’anxiété, les préoccupations, la peur, les préjugés et l’agression. Selon Toro, notre vie ne peut consister que à avoir de quoi manger, de quoi s’habiller et où habiter. Nous avons des besoins aussi de tendresse, d’amour, de joie, de capacité d’expression et de communication. Nous avons besoin, urgemment, de récupérer notre qualité de vie par la réintégration au rythme naturel et organique de notre propre existence. Nous avons besoin de retrouver la valeur du contact avec les autres, de l’amitié, de la coexistence et de l’amour sans répression. Nous devons découvrir que nous faisons partie de l’univers, que nous sommes des êtres qui manifestent le merveilleux phénomène de la vie. Mais ceci n’arrive pas qu’avec des intentions ou des propositions intellectuelles. Depuis longtemps, nous donnons la priorité à la connaissance, à la rationalisation, à l’intellectualisation des relations, en oubliant ou réprimant le développement émotionnel avec l’essence des choses et des êtres vivants.

 
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Article du mois de septembre 2007
 

Une civilisation à la dérive par Rolando Toro Araneda

 

Au 20ème siècle deux grandes guerres mondiales se sont succédé qui ont provoqué l’holocauste et la destruction de villes sans défense par la bombe atomique, tuant tous leurs habitants. De plus, le monde a connu plus de quatre-vingt guerres locales, avec des millions de morts. La souffrance, la douleur et le désespoir face aux guerres ont été les caractéristiques de notre temps.

 

Toutes ces actions ont été justifies par le « relativisme éthique » qui justifie l’infamie et le génocide avec des « raisons intelligentes ». Nous voyons tous les jours que le sang et la souffrance des autres n’ont aucune valeur quand cela se passe pour des raisons idéologiques.

 

Ainsi, le changement peut être idéologique ou déontologique. Ce qu’il faut changer c’est la condition affective du genre humain : cela veut dire ni plus ni moins « changer le fatalisme historique ».

 

Les tentatives actuelles pour arriver à la paix ont été insuffisantes : ni les congrès pour la paix, ni l’intervention nationale pour réconcilier les peuples en conflit, ni les accords sur le désarmement n’ont réussi à éliminer la violence de notre planète.

 

Je pense que le contact affectif est l’action politique la plus puissante ; la sacralité de la vie ne s’atteindra qu’avec la conspiration de l’amour. La caractéristique la plus élevée de l’évolution humaine est l’empathie et le respect pour la vie. Nous pouvons réapprendre l’amour par l’Education Biocentrique.

 

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Article du mois d'octobre 2007
 
Voix et Biodanza par Jussara Silveira da Rosa

 

Introduction

Le son a son origine dans un mouvement vibratoire de particules et d’objets. Les vibrations que produit le son sont des manifestations d’une énergie qui est présente dans toute la nature, en nous-mêmes et dans l’univers. L’être humain peut seulement percevoir une petite portion de ce vaste spectre vibratoire. Le son est une force universelle et invisible, capable de produire des changements profonds au niveau physique, émotionnel et spirituel.

 

La musique est un son spécial, parce qu’il contient un système de rythmes, d’harmonie et de relations qui existent dans tout l’univers, des mouvements des planètes autour du soleil jusqu’à la croissance des cellules. La musique est un langage humain universel : un langage d’initiation aux rites de passage, un guide à travers les labyrinthes d’expansion de la conscience et un chemin pour atteindre un état de guérison profonde, et de plénitude.

 

Tout au long des siècles, l’homme s’est servi des sons, spécialement musicaux, comme un instrument thérapeutique naturel. Les origines de la guérison par les sons et la musique remontent à la préhistoire.

 

Dans l’Egypte antique, le hiéroglyphe qui représentait la musique était le même que celui qui représentait la joie et le bien-être. Les savants indiens et les philosophes grecs pensaient que toutes les formes physiques étaient des manifestations de la musique.

 

Les sages de la culture antique concevaient la musique terrestre comme un écho et une résonance de la musique cosmique, obéissant aux mêmes lois divines et ainsi capables d’enlever la douleur et la souffrance et de favoriser la santé et la guérison. L’humanité pourrait chanter à l’unisson avec les étoiles, dans une tentative d’atteindre l’harmonie universelle.

 

La musique est capable de dépasser les filtres logico-analytique du mental pour établir un contact direct avec les sentiments et les passions cachées dans la mémoire et dans l’imagination. Ceci provoque des réactions physiques. Le son est une force puissante. Le respect de la vie est indispensable pour utiliser de façon adéquate les énergies sonores.

 

Dans la Grèce et la Rome antiques on exigeait ce sens des responsabilités de la part des étudiants de philosophie classique qui choisissaient en fait avec attention la musique curative pour garantir la santé, la pureté et la fermeté du caractère.

 

Les mantras, cantiques et formules curatives ont une origine très ancienne. Sur les papyrus égyptiens qui contenaient des textes de médecine, on parle des cantiques pour guérir la stérilité, les douleurs rhumatismales et les piqûres d’insectes. Dans l’ancien testament on rappelle que David a enlevé la dépression du roi Saul en jouant de la harpe. Les Esséniens et leurs thérapeutes guérissaient avec des paroles sacrées. Dans la culture hellénique, les douleurs de la sciatique et de la goutte étaient apaisées par la musique de la flûte.

 

La connaissance des sons, des rythmes et des cantiques étaient fondamentale pour les pouvoirs curateurs des chamans, des guérisseurs et des prêtres de la culture celte.

 

La musique comme métaphore de l’ordre et de l’amour divin apparaît dans toute la littérature mystique du judaïsme, du christianisme et de l’islam.

A l’époque médiévale-renaissance, les sages connaissaient l’importance fondamentale de la musique pour la compréhension de l’univers et de l’humanité. Dans l’Angleterre de Jacques I, Thomas Cogan et Richard Brown traitaient leurs patients avec la musique.

 

Les grands compositeurs attiraient l’attention sur la relation entre son, musique et santé. Haendel affirmait que son intention n’était pas de divertir le public mais de « le rendre meilleur ». Au 18ème siècle, Farinelli a guéri la maladie chronique du roi Philippe V d’Espagne en chantant l’air préféré du monarque.

 

On disait que la musique, transmise du chanteur par son air, entrait dans le corps du patient et lui rendait vigueur et bien-être naturel.

 

Au 19ème siècle, certains chercheurs scientifiques prouvèrent les effets physiologiques de la musique sur la respiration, sur le rythme cardiaque, sur la circulation sanguine et sur la pression artérielle.

 

Peu à peu, la validité du son et de la musique comme technique thérapeutique fut reconnue dans le milieu de la santé mentale, de la réhabilitation psychologique.

 

I La nature du son

Nous vivons dans un monde de sons : bien avant la naissance nous entrons en contact avec le battement du cœur de la maman. Les sons peuvent être ou non perçus comme musicaux ou chaotiques, étranges ou familiers, inquiétants ou plaisants, destructeurs ou curatifs.

 

Le son est un mouvement vibratoire, un mouvement des atomes et des molécules qui composent autant les objets petits que grands.

 

Un objet en mouvement peut faire qu’il se passe quelque chose, en vertu de l’énergie représentée par son mouvement. L’énergie de l’eau en mouvement devient énergie électrique.

 

Pour qu’un objet produise un son, il doit vibrer, c’est-à-dire bouger d’un côté à l’autre. Chaque mouvement complet d’un côté à l’autre d’une corde de guitare ou du bras d’un diapason s’appelle un cycle.

 

La corde ou le bras du diapason vibrent à des centaines de cycles par seconde et le nombre exact de cycles par seconde dépendra de la note musicale produite par le diapason. Les nombres de cycles ou de vibrations par seconde s’appellent fréquence.

 

L’unité avec laquelle on mesure les fréquences est appelée Hertz (Hz). Un Hertz correspond à une vibration ou cycle par seconde. Les sons graves ont une fréquence basse alors que les aigus ont une fréquence haute.

 

Les ondes sonores dans l’air sont constituées de molécules d’air qui bougent d’un côté à l’autre longitudinalement. Ce sont des ondes de compression et d’expansion qui s’étendent à travers l’air. La vibration des molécules les rapproche puis les sépare.

 

La quantité de mouvement des atomes et des molécules vibrantes détermine la sonorité ou l’intensité d’un son.

 

Son doux : quand une molécule d’air vibre légèrement d’un côté à l’autre.

 

Son intense : vibration plus vigoureuse qui, à chaque oscillation, bouge plus fortement. L’intensité est la hauteur ou l’amplitude d’une onde sonore. Elle se mesure avec une unité appelée décibel (dB).

 

Résonance : chaque objet a sa fréquence de vibration. Si nous tapons légèrement avec un doigt sur un verre de bonne qualité, cela produit un son cristallin avec une fréquence naturelle pour lui qui dépend de sa grandeur, de sa forme et du matériau avec lequel il est fait. Une bonne chanteuse pourrait imiter la note naturelle du verre et le faire vibrer : ce phénomène est appelé résonance. Si une chanteuse produisait une onde sonore avec une énergie et une précision suffisante, le verre vibrerait toujours plus jusqu’à ce que l’énergie vibratoire devienne excessive pour sa structure ; à ce moment le verre se casserait ou volerait en éclats.

 

A cause de la résonance, une source de son comme, par exemple, une corde jouée, produit des ondes sonores qui passeraient leur propre énergie aux objets qui l’entourent. Si ces objets ont la même fréquence naturelle de vibration ils acquièrent aussi un mouvement vibratoire.

 

La résonance est un principe physique fondamental, avec beaucoup d’applications réelles sur la guérison par le son.

 

EXERCICES DE RESONANCE : si nous plaçons deux guitares, violoncelles ou d’autres instruments à corde, bien accordés, l’un face à l’autre à quelques centimètres de distance et pinçons une corde d’un des instrument en la laissant vibrer un ou deux secondes et en l’arrêtant avec un doigt, la corde correspondante de l’autre guitare vibrera et émettra un son faible, bien qu’aucune main ne l’ait touchée. Le fait que la deuxième corde bouge est une conséquence de l’onde sonore émise par la première. Ceci arrive parce que les deux cordes, accordées sur la même note, ont la même fréquence naturelle de vibration.

 

Quand l’une d’elle est touchée, elle produit des ondes sonores qui transfèrent leur énergie aux objets environnants, et parmi lesquels le corps de la guitare et les autres cordes. La corde qui a la même fréquence naturelle est celle qui est la plus concernée et se met à vibrer par « sympathie ». Cette vibration par sympathie d’un objet sous l’influence d’un sont de fréquence adéquate, s’appelle résonance acoustique.

 

Un harmonique est une fréquence d’onde qui a une relation particulière avec une autre fréquence d’onde. Nous percevons instinctivement le caractère d’un son. Nous les classifions comme beaux ou laids, plaisants ou déplaisants, chaotiques ou ordonnés, bruyants ou musicaux. Les effets thérapeutiques des sons musicaux contrastent avec les connotations négatives des bruits. Le bruit est l’effet d’ondes sonores désordonnées et désorganisées, dont les fréquences et l’intensité n’ont pas de relation entre eux. Les sons musicaux sont harmonieux, les fréquences d’onde ont des relations spéciales entre elles.

 

FREQUENCE HAUTE – sons aigus

FREQUENCE BASSE – sons grave ;

DECIBEL (dB) : unité de mesure de l’intensité

SON DOUX : vibration légère

SON INTENSE : vibration plus vigoureuse

 

Son et énergie

Dans la science classique est appelée énergie la capacité de réaliser un travail, de faire que quelque chose se passe. Un objet en mouvement peut faire que quelque chose se passe selon l’énergie représentée par son mouvement. Un fleuve qui coule a l’énergie suffisante pour faire tourner d’énormes turbines, connectées à des générateurs électriques. De cette façon, l’énergie de l’eau en mouvement se change en énergie électrique. Ce type d’énergie, qu’ont les objets ainsi que les substances qui bougent, s’appelle énergie cinétique.

 

Le son existe par le mouvement de vibration des objets et c’est pour cela que c’est aussi une énergie cinétique. Cette énergie peut être chaotique ou ordonnée, diluée ou concentrée, faible ou puissante.

 

Les physiciens calculent que si toute l’énergie sonore produite par une multitude de spectateurs qui crient et applaudissent à une grande manifestation sportive se convertissait en énergie calorique, on obtiendrait suffisamment d’eau chaude pour une petite tasse de café. Dans la médecine moderne, on a observé qu’il est possible d’émettre un son précis, puissant et avec une tonalité aigüe pour faire vibrer les calculs rénaux ou biliaires afin de les pulvériser.

 

Onde sonore et parties du corps

Des recherches récentes réalisées par des thérapeutes du son et des biologistes ont mis en évidence les effets des vibrations sonores sur les cellules vivantes. En utilisant des diapasons comme source de son, les différentes fréquences de la gamme musicale ont déclenché des changements de formes et de couleurs dans les cellules du sang. Par exemple, la note « DO » les a agrandies, le « MI » les a rendues sphériques et le « LA » a changé leur couleur du rouge au rose. Les fréquences des notes peuvent être suffisamment proches des fréquences naturelles des cellules pour pouvoir établir des vibrations par sympathie, renforcer les résonances et détruire les schémas d’interférences perturbatrices.

 

Les cellules cancérigènes, comparées à celles saines, peuvent être considérées comme faibles, flasques et grasses. En les soumettant à la même succession de fréquences croissantes, elles se sont désagrégées et désintégrées. Il est possible que les résonances renforcent les cellules et les tissus sains et qu’elles inhibent les cellules malades.

 

Cette recherche pourrait anticiper le commencement de l’utilisation thérapeutique des sons pour le traitement du cancer.

 

Onde sonore et onde de lumière

Les physiciens pensent que les ondes sonores sont un phénomène distinct des ondes lumineuses. Le son est provoqué par le mouvement des atomes, des molécules et des objets. Sa transmission dépend de la matière. Les ondes sonores ne peuvent traverser le vide.

 

Les ondes de lumière, les ondes radio, les ondes des rayons X et d’autres types semblables d’ondes ne dépendent pas de la matière. Elles se manifestent comme des ondulations, semblables aux lignes invisibles de la force magnétique qui entoure un aimant. Toutes ces ondes peuvent traverser le vide de l’espace.

 

Tant le son que la lumière sont des formes d’énergie et on peut établir de nombreux parallèles entre la nature ondulatoire de l’un et celle de l’autre.

 

II La voix

Notre corps produit des sons de tout type, de ceux des paumes des mains au bruit des pieds sur le sol en passant par le grincement des dents et les gargouillis de la digestion. La voix, produite par les cordes vocales, reflète l’état mental, émotionnel et physique d’une personne. En vérité, la voix est une allégorie de l’âme. La voix unit la plus petite onde ou particule d’énergie à l’énergie de l’univers. La découverte et la libération de notre voix est positive pour notre santé physique, pour notre confiance dans les relations sociales et pour notre capacité de communiquer.

 

La façon dont nous utilisons la voix peut donner une vision profonde de tout notre être. Quand nous parlons et nous chantons, nous nous manifestons comment  notre énergie, nos sentiments, nos pensées et nos intuitions s’unissent pour produire un style vocal propre et inimitable. Le style vocal reflète les influences externes, en plus de nos sentiments intimes, et évolue avec le temps selon la maturation des émotions et des expériences accumulées. Dans la mesure où nous saurons mieux utiliser la voix, nous nous sentirons mieux.

 

Mécanismes respiratoires

L’air du nez et de la bouche passe par le larynx, par la trachée et continue vers les poumons. L’air est distribué dans les poumons par les bronches. Le diaphragme, qui sépare le thorax de l’abdomen, est le muscle principal de la respiration.

 

La respiration

La voix est basée sur la respiration.

 

Chaque quatre ou cinq secondes, nos poumons absorbent un air nouveau qui contient de l’oxygène, et expulse les résidus toxiques d’acide carbonique.

Cette fonction vitale de la respiration continue même quand nous ne nous en rendons pas compte et l’effort physique a également lieu lorsque nous nous reposons ou nous dormons. C’est la fonction la plus importante de notre corps, sans elles nous mourrions étouffés.

 

Parmi les organes de la respiration, il y a le nez, la bouche, la gorge, la trachée, les voies respiratoires inférieures (bronches et bronchioles) et les poumons. Parmi les muscles qui interviennent dans la respiration, il y a ceux de la poitrine et des épaules et surtout le diaphragme, qui est une grande plaque musculaire située à la base du thorax. Le diaphragme marque la limite entre le thorax et l’abdomen.

 

Quand nous inspirons, ces muscles font en sorte que les poumons s’élargissent en absorbant l’air de la bouche et du nez et en abaissant la trachée. Quand les muscles du thorax et le diaphragme se relâchent, la réaction élastique des poumons fait qu’ils se contractent comme des ballons que se gonflent, en expulsant le souffle avec le mouvement de l’expiration. Ceci signifie que l’expiration, quand nous parlons ou chantons, est un processus passif et non musculaire, qui dépend de la contraction naturelle du volume pulmonaire.

 

Production vocale du son

Chaque instrument musical a trois caractéristiques qui déterminent la production du son : un excitateur ou une source d’énergie ; un élément vibrant qui détermine le son et sa tonalité, et des éléments résonnants qui donnent les caractéristiques tonales. Dans une guitare, ceux-ci sont respectivement le doit qui pince la corde, la corde et le corps de la guitare.

 

La voix peut être un instrument musical avec beaucoup de caractère, de puissance et d’adaptabilité. Son excitateur et le souffle qui vient des poumons ; les éléments vibrants sont les cordes vocales, situées dans le larynx ; les éléments résonants sont la cavité et les structures creuses de la gorge, de la bouche et de fosses nasales.

 

De la même manière, la vocalisation se divise en trois processus principaux : la phonation, la production du son, la résonance ou l’amplification harmonique du son, l’articulation et la prononciation des sons vocaux pour produire les formes linguistiques que nous appelons paroles. La rétro-alimentation auditive, l’écoute de ses propres émissions, est la partie principale du processus de vocalisation. Il est important de se rappeler que c’est toute la personne qui parle et qui chante.

 

Les cordes vocales

Nos cordes vocales sont deux protubérances d’un blanc perlé, situées dans le cou des deux côtés du larynx. Elles ne vibrent pas librement comme une corde de violon. Il serait plus exact de les appeler « plis vocaux » parce qu’elles sortent de la paroi du larynx comme deux plateaux.

 

Quand nous parlons, certains muscles du cou et de la zone qui entoure le larynx allongent les cordes vocales, en les faisant se rapprocher au centre du larynx, en se touchant presque. L’air passe par un orifice étroit en forme de fente, provoquant la vibration des cordes. Les cordes vocales sont accompagnées d’une autre paire de plateaux, appelée « fausses cordes vocales », qui se trouvent immédiatement au-dessus des vraies. Les cordes vocales forment une cavité en forme de ventre, le ventricule du larynx, où les sons ont commencé par la pression du souffle.

 

Les cordes vocales sont à l’intérieur du larynx, là où se rejoignent la gorge et la trachée. Un groupe compliqué de muscles régule la forme du larynx, pour tendre et relâcher chaque fois les cordes vocales. De cette façon, la vitesse de leurs vibrations varie et ainsi le ton de la voix se modifie.

 

L’exploration de la voix est un chemin de réalisation et peut être utile également au niveau pratique. Notre instrument est la totalité de notre corps. Si, dans le chant, nous utilisons la voix de façon naturelle, celui-ci englobe les cordes vocales, nécessitant l’utilisation correcte de la tonalité et de l’intensité. Si nous sommes relâchés pour libérer les tensions accumulées à cause du stress physique et émotionnel, la capacité vocale et le contact avec notre potentiel augmentent.

 

III La musique dans la nature

La nature a les sons naturels que nous pourrions définir comme « la musique de Gaia ».

 

Parmi les phénomènes météorologiques, nous avons la musique du vent et le rythme de la pluie qui tombe. Le sont des vagues de la mer, le murmure du fleuve et la chute d’une cascade ; le susurrement des abeilles et le chant des grillons composent cet orchestre naturel.

 

Un des sons les plus connus et appréciés est le chant des oiseaux qui a une similitude avec notre musique. Le chant des oiseaux est complet, prolongé et rythmique ; il célèbre la parade amoureuse et la domination territoriale, comme nos chants qui parlent de lieux et d’amour. Il semble que certains oiseaux chantent pour le pur plaisir de chanter ; chaque espèce a des caractéristiques reconnaissables, présentant dans certains cas des caractéristiques locales de « dialecte » musical. Chaque oiseau apporte des variations à ses schémas musicaux héréditaires ; ceci rappelle la tradition des chansons populaires qui se transmettent dans la communauté humaine.

 

Si nous devenions plus respectueux des arbres, si nous étions plus attentifs aux animaux et sensibles à l’environnement naturel qui sont les merveilles de la création, nous percevrions de nouvelles ouvertures qui nous conduiraient à un contact plus profond avec le divin.

 

Beaucoup de plaisirs et de joies viennent de la nature : le parfum des sapins, l’association des couleurs et des tons des fleurs qui poussent l’une à côté de l’autre, le chant des oiseaux, la vitalité fraiche et humide de la terre ; la forme et l’énergie des pierres ; le rythme ondulant d’un torrent ou d’un lac ; le chant éternel de l’océan. Ces cadeaux de la nature nous aident ensuite à trouver un équilibre et une harmonie. Certains compositeurs ont été particulièrement sensibles à l’harmonie et aux sonorités de la nature. Souvent, les grands peintres de sons musicaux ont écouté les appels des êtres de la montagne, de la mer et de la forêt et ont transformé ces inspirations en notes et mélodies par les instruments de musique.

 

Certains auteurs ont tenté d’imiter les sons et les mélodies de la nature, comme c’est le cas par exemple dans la symphonie « Pastorale » de Beethoven, alors que d’autres musiciens sont plus rebelles dans leur interprétation, comme celle des forces d’une forêt sauvage ou la vigueur d’un océan en furie : « Tapiola » et la « Tempête » de Sibelius.

La musique de la nature est infinie dans sa variété et dans ses contrastes. Parmi les compositeurs brésiliens, nous avons Heitor Villa-Lobos avec « La floresta amazonica » et les « Bachianas brasileiras » qui imitent des scènes de la nature avec des cascades perdues dans une forêt exotique et sauvage de l’Amérique du Sud.

Les traditions populaires ont des histoires intéressantes dans lesquelles la musique apporte fertilité et bonne récolte. La cité indienne de Vrindavan est fameuse pour sa verdure attribuée à la musique vivifiante de la flûte de Krishna.

 

Mian Tan Sen, musicien à la cours de l’empereur Akbar de Lahor au 16ème siècle, non seulement était capable de faire grandir et fleurir les arbres, mais on dit aussi que par des chants adéquats il modifiait la météo pour favoriser les plantations impériales.

 

Dans le sud de l’Inde on croit que la musique naturelle du susurrement et du bourdonnement des insectes garantit la croissance de la canne à sucre.

 

La science moderne le confirme : les plantes grandissent plus vite si elles sont accompagnées de musique, que ce soit dans les champs ou dans les serres.

 Certaines expériences démontrent que la germination, la croissance, le fleurissement, la production de fruits et des semis dérivent des ondes sonores, spécialement de celles des sons musicaux avec des intervalles de basse fréquence.

 

Les animaux domestiques réagissent à la musique : Les vaches produisent plus de lait quand on diffuse de la musique là où elles mangent ; certains chevaux de course deviennent inquiets lorsqu’on enlève la radio des stalles.

 

Comme les plantes et les animaux, les êtres humains aussi sont influencés par la musique. Nous nous rendons toujours plus compte que la vie de la planète est un réseau d’interaction et que chaque partie dépend de l’autre. Nous pouvons récupérer l’antique conscience que la musique symbolise et exprime le principe de la communication mutuelle. La musique comprise dans son essence est une démonstration du respect révérencieux pour la vie.

 

IV Les sons et la voix dans les expériences de Biodanza

Parmi les exercices de Biodanza qui existent, je crois que nombre d’entre eux peuvent être vécus avec des sons viscéraux, des susurrements, des berceuses, des chants de guerriers et d’autres sons créatifs.

 

Certaines vivencias, comme le chant du prénom, le cri d’identité et certains mantras sont déjà assez utilisées.

 

D’autres vivencias peuvent être produites avec la musique de la nature, qui est très riche de sons particuliers ; la connexion de chacun, du groupe, unie à la symphonie du milieu ambiant naturel (eau, oiseaux, air, etc.…) est extrêmement salutaire.

 

V Conclusion

Une des façons les plus simples d’entrer en contact avec notre potentiel et notre capacité à libérer une énergie par la musique consiste à produire une musique au moyen de la voix humaine, un instrument musical que nous avons tous.

 

La voix a été utilisée comme véhicule de l’élévation spirituelle et de guérison dans toutes les cultures de notre histoire. Elle a été utilisée professionnellement et dans le cadre des cérémonies des chamans et des guérisseurs, des religieux et des trouvères. Ses fonctions sont de guérir, d’inspirer, de consoler, d’établir un contact avec les forces cosmiques.

 

Certaines personnes peuvent apprendre à utiliser la voix de façon curative, comme peuvent le témoigner toutes les mères qui ont chanté des berceuses à leurs enfants.

 

Le premier pas est de créer un son. Quand nous commençons à créer des sons avec notre vois, nous devenons compositeurs, même si nous ne connaissons aucune des lois formelles de la composition. La volonté d’ouvrir la bouche et d’émettre un son suffit. Selon Thomas Adams « il faut ouvrir la bouche pour libérer le ventre ».

 

Sandra Sofiati, thérapeute de San Paolo, parle d’un cordon sonore qui remplacerait le cordon ombilical, en se basant sur la lecture du livre de Denis Vasse, psychanalyste lacanien : « L’ombilic et la voix ». Le passage de l’existence fœtale à l’existence humaine fait pleurer l’enfant, il émet ses premiers sons et commence à respirer ; maintenant il est biologiquement séparé de la mère. Le corps du nouveau-né est, à la fois, une caisse de résonance qui émet et reçoit des sons et un corps sonore.

 

A partir de ce moment, le rapport avec le corps de la mère est médiatisé par la voix qui se substitue au lien de sang ombilical, et c’est par le cordon sonore que l’enfant communique maintenant et reste lié à sa mère.

 

Si un trou se ferme, un autre s’ouvre.

 

La fermeture de l’ombilic est étroitement liée à l’ouverture de la bouche et à l’émission de la voix ; c’est à travers ce canal de communication que l’enfant exprime ses formes de communication et d’expression les plus primitives.

 

Pierre-Paul Lacas (« Sur l’inconscient et la musique ») dit : « la voix de la mère est celle de la musique ; la musique est la voix de la mère ». Pour un enfant, l’instrument musical fonctionnera comme le langage parlé qui lui est adressé : le son musical et le langage sont porteurs d’une signification affective. Chez l’enfant qui reçoit il n’y a pas de distinction entre une émission sonore illogique, des bruits de l’environnement, des sons divers, des musiques variées et le phénomène sonore logique. La voix de la mère est une source de vie apprise du point de vue vibratoire sonore et, par extension, musicale dans le sens le plus vaste du terme.

L’enfant a la voix de la mère comme référence sonore quasi constante. Elle lui apporte les premières mélodies, les premiers rythmes et les premières significations.

Le cordon sonore, que l’enfant utilise d’abord pour s’exprimer biologiquement et émotionnellement, est utilisé plus tard pour les premières communications intentionnelles (bruits, premiers mots, premières phrases) jusqu’à devenir un support du langage articulé.

 

L’écoute de la voix est une manière de plus de connaître la personnalité humaine, car chaque voix a sa propre tonalité et indique la manière d’être de chacun. Les modulations de la voix font vibrer la caisse de résonance de notre corps de façon unique pour chaque être que nous rencontrons.

 

Paul Morse, dans son livre « La voix de la névrose », affirme que la personnalité humaine se reflète dans le son que la personne émet.

 

La voix est étroitement liée à la respiration de façon naturelle, sans besoin de penser à l’entrée et à la sortie de l’air pour qu’elle soit émise.

 

L’enfant, au début, s’exprime par des sons propres à sa nature biologique et émotionnelle. Ensuite, avec une éducation basée sur une morale sexuelle répressive, la respiration commence à se bloquer, le corps se rigidifie et la capacité de s’exprimer par les sons commence à se perdre. La menace du châtiment, la voix autoritaire et le regard de haine, entravent l’expression sonore à cause de la peur qu’ils provoquent. Le processus de répression et le blocage de la voix sont donc liés.

 

S’il est possible de dénouer un corps durci par la peur et de se mettre en contact avec ses potentiels dans un corps en vibration, le déblocage de la voix est une des possibilités pour faire du corps une grande caisse de résonance, par la colonne d’air qui passe par les cordes vocales. Selon Denis Vasse « celle-ci transforme le corps silencieux en un espace sonore ».

 

Reich dit  que le déblocage de l’anneau oral provoque des expressions émotionnelles comme les pleurs, mordre avec rage, crier ou sucer et peut sans doute ouvrir aussi le canal d’expression artistique qu’est le chant. Chanter c’est promouvoir le mouvement d’énergie dans sa direction ascendante, dans le sens de l’auto-expression créative et de la transcendance. La transcendance qui est comprise comme le sentiment d’amour qui met en relation l’homme avec ses compagnons, avec toute la vie et avec l’Univers. Ainsi, le cordon sonore peut être utilisé pour mettre en relation l’homme avec le Cosmos.

 

Les orientaux font cela par la méditation avec un mantra. Selon les antiques textes indous, l’Univers s’est formé à partir d’un son primordial (OM), mère des mantras qui s’est ensuite décomposé en 50 vibrations. Les mantras, qui proviennent de ces sons cosmiques, sont des formules métriques qui, entonnée répétitivement, produisent une vibration profonde et harmonieuse. Leur fonction est d’amener l’homme à vibrer avec les autres sons de l’Univers, d’activer les glandes, de promouvoir l’ouverture des « chakras » et l’équilibre de l’énergie.

 

La voix humaine est réellement un véhicule de transformation.

 

Le processus de chanter une note pendant une longue période, par exemple, quand nous émettons le son de la voyelle « a », provoque d’innombrables altérations chimiques et métaboliques dans le corps, parmi lesquelles la possible libération d’endorphine du cerveau, comme également la tendance à une concentration mentale qui permet aux deux hémisphères la synchronisation de leur fonctionnement.

 

Une des principales différences entre le chant et la parole est que le chant appuie les sons des voyelles, alors qu’en parlant nous appuyons les consonnes.

Les soi-disant sons purs des voyelles apparaissent dans des contextes spirituels et curatifs du monde entier. Par exemple le « a »  apparaît dans « Allah » au Moyen Orient, dans « Alléluia » et dans « Amen » des traditions judéo-chrétiennes.

 

Les trois sons de voyelles pures sont une réalité vibratoire traditionnellement associée à des attributs spéciaux, des énergies et des parties du corps qui résonnent en réponse à ces sons.

 

Selon la tradition Soufi, par exemple, le premier son voyelle « a » signifie une unité ou une unification et irradie une couleur dorée. C’est un son qu’on dit ouvrir le cœur.

 

La deuxième voyelle « u » est généralement considérée comme étant bleue. Elle est associée à l’eau et est mise en relation avec la gorge.

 

Le troisième son voyelle pur « i », plus pénétrant, est associé à l’air et est lié au mental. Sa couleur est le vert-bleu brillant ou le turgescent.

 

Il y a encore trois sons voyelles pures, ce sont l’  « ummm », le son du murmure à bouche fermée associé à la partie supérieure de la tête et qui, dit-on, produit toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

 

Le soufis et d’autres ont étudié les effets curatifs des sons et de la musique. Ils croient que certains sons, avec leur couleur respective, conditionnent directement le système endocrinien.

 

En travaillant principalement avec des tons purs et les sons voyelles, en produisant de simples mélodies, par exemple, nous pouvons libérer les énergies qui sont dans notre corps. Nous pouvons créer une chanson qui transmet de la joie et une sensation d’auto-expression.

 

« L’école de la Libération de la Voix » est une méthode inventée par une chanteuse suédoise qui a travaillé avec Rudolf Steiner pendant de nombreuses années, et qui à l’apogée de sa carrière fut frappée d’une paralysie des cordes vocales qu’elle a réussi à guérir par ce travail.

 

Thomas Adams, un thérapeute de la voix allemand, donne au Brésil un cours sur ce sujet et il dit que la vision de l’homme sur laquelle s’appuie « la libération de la voix » vient de l’anthroposophie et tient donc compte de la dimension spirituelle, en plus de celle physique et mentale.

 

D’une manière très semblable, les orientaux pensent qu’il existe un Ton Primordial qu’on ne peut entendre et qui se décompose en tons cosmiques, eux aussi inaudibles et que ces tons s’incarnent sur la terre par la voix humaine et les tons produits par les instruments de musique. Pour cette raison, l’âme peut s’exprimer et se mettre en contact avec le cosmos par la voix et la musique. C’est un autre cordon sonore sauf qu’ici le flux est entre le Cosmos et la force créatrice.

 

Ils pensent que chaque individu naît avec une voix qui lui est propre mais, en fonction de l’histoire de chacun, cette voix est parfois caparaçonnée. C’est pour cela qu’on ne dit pas « former » la voix mais la « libérer », par des exercices qui tentent d’enlever les « voiles ».

 

Ils affirment que la vibration est pour le son ce que le terrain est pour l’homme. Pour marcher, l’homme a besoin du terrain comme les sons pour être exprimés ont besoin de la vibration. C’est ici qu’entre en piste le corps et l’importance du travail corporel, parce que c’est le corps comme instrument musical qui, « accordé » et « joué » produit une vibration, rendant ainsi possible l’expression de ces tons.

 

Les orientaux considèrent également la respiration comme une chose très délicate et sacrée. Ils pensent qu’elle est un cadeau des dieux et que pour cela il n’y a pas besoin de se forcer pour respirer. L’air nous est donné. Pour la Biodanza également, la respiration est naturelle et organique.

 

Ils s’exercent activement avec les sons. En même temps, ils gardent une attitude de respect parce qu’ils considèrent les tons comme des êtres vivants.

 

Pour donner un exemple, dans l’exercice avec les consonnes « MVRS » ils travaillent les quatre éléments :

 

Cependant, c’est dans le son « NG », soit dans le son le plus nasal possible, étant donné qu’il a une résonance dans le nez, qu’ils pensent que réside le pouvoir de guérison. Le son « NG » a la capacité curative et c’est à travers lui que la chanteuse suédoise Werbeck a récupéré l’usage des cordes vocales.

 

« NG » est un son mystérieux : les enfants naissent avec sa résonance dans la tête. Il est dans « OM » des orientaux, dans « Amen », et toutes les mères du monde endorment leurs enfants au son du « N ». Dans les sons nasaux, le « liquide » de la colonne vibre. Là est le pouvoir curatif de la musique, car si les sons sont vivants, ils sont pleins de substance formatrice et créatrice du tout.

 

Pourquoi devenons-nous si radieux quand nous chantons ? Parce que, avant, on chantait pendant le travail et le chant faisait-il que l’on se fatiguait moins ? Pourquoi « celui qui chante effraye-t-il ses maux ? ».

 

En observant la voix des autres et en se syntonisant avec la nature de notre propre voix, nous pouvons découvrir beaucoup sur tant d’aspects de la santé. Savoir écouter avec amour est un art.

 

Nous écoutons la parole et leurs significations, nous écoutons les soupirs et les hoquets, le ton, le timbre, le rythme et la vitesse de la voix. Tout cela, ajouté à la posture et au langage du corps dévoile le bien-être physique, émotionnel et mental d’une personne.

 

A ceux qui écoutent vraiment attentivement, la voix peut aussi offrir une vision de comment nous affrontons les différentes étapes de la vie et les processus de développement et de maturité. La peur de la maturité et des exigences et des responsabilités émotionnelles de la vie adulte peuvent se concrétiser en une voix infantile. Les sentiments de défaite et d’inutilité peuvent se manifester par une voix apathique et larmoyante.

 

La répression corporelle et l’émotion vécue par la personne s’expriment dans la voix avec ses variations. Par les caresses et le contact, nous pouvons débloquer les tensions corporelles en libérant les tensions que notre corps a enregistrées, en faisant jaillir l’expression de différents sons, spécialement ceux produits à partir des viscères.

 

Quelques phrases que nous avons entendues au cours de notre vie :

-          Ferme la bouche

-          Ne pleure pas

-          Parle moins fort, tu déranges

-          Arrête de rire, que vont penser les autres

-          Ne reste pas bouche bée

Etc.

 

Il y a eu des moments où la voix n’est pas sortie, elle s’est étranglée dans ma gorge et je n’ai pas su comment affronter cette émotion.

 

Tout cela m’a amené à prêter attention à la gorge, à la voix et au son qui sortait de la bouche.

 

En essayant de chanter, je me suis rendue compte que j’en retirais une sensation de bien-être, de relâchement, de souplesse, de joie, de communion avec mes compagnons et un sentiment d’appartenance à quelque chose de plus grand, d’intégration à la musique de l’Univers.

 

La vois est une caractéristique personnelle, l’expression créative d’un individu, la révélation d’une identité unique.

 

Quand les ondes sonores entrent dans le corps, elles produisent sur les cellules vivantes des vibrations qui aident à rétablir et à renforcer l’organisation optimale.

La quantité d’eau présente dans notre organisme contribue à transmettre le son et l’effet général peut être comparé à celui d’un profond massage au niveau moléculaire.

 

L’être humain ressemble à un instrument musical très complexe, unique et doucement accordé. Chaque atome, chaque molécule, chaque cellule, chaque tissu et chaque organe du corps émettent continuellement les fréquences de la vie physique, émotionnelle, mentale et spirituelle. La voix humaine est révélatrice de l’état de santé du corps à tous les niveaux de l’existence. Elle établit une relation entre l’individu et le merveilleux réseau de vibrations qu’est le cosmos.

 

Dans le cosmos, rien n’est immobile, tout bouge, à partir de la vibration la plus imperceptible de l’atome. La guérison s’atteint par l’amplification de notre spectre vibratoire, dans et hors de notre cœur, dans l’expansion vers les autres personnes et vers la planète entière. La guérison est une communication et une musique, dans sa nature universelle, elle est la communication totale.

 

En raison des recherches que j’ai accomplies et des expérimentations que j’ai faites, je crois que la voix est une ressource très importante à faire fleurir dans la Biodanza. Ce travail est le commencement d’une étude sur la voix humaine et sur son potentiel en tant que guérison et moyen pour rendre le monde plus sain et riche d’amour.

 

Je veux suivre le sentier de la poésie

mon train arrive plein de fleurs

Peut-être c’est le chant des oiseaux

qui m’inspire maintenant.

J’ai découvert que je sais chanter et la

Biodanza m’a appelée

J’ai découvert que je sais écrire

pour me confier, par amour,

par enthousiasme, par douleur

par joie, par tristesse,

pour exprimer tout

le chaudron qui brûle ardemment,

avec de l’herbe, des parfums,

des fleurs, dans l’alchimie de la vie.

                            Jussara S. da Rosa

 

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Article du mois de novembre 2007
 
Les langages silencieux par Rolando Toro Araneda
 

Le dialogue entre deux personnes n’est pas seulement composé de mots. Quand les regards s’échangent, en réalité se sont deux anges qui dialoguent, parfois l’ange de l’amour avec l’ange du désir, ou bien l’ange de la beauté avec l’ange du chaos.

 

Le langage du regard vient des régions les plus profondes de l’être et a les caractéristiques du mystère, de l’acceptation, de la peur ou de la furie. Si nous sommes sensibles au regard de l’autre, nous pouvons entrer en empathie ou rester dehors, reclus dans notre solitude.

 

Quand nous pouvons « voir » l’autre, nous commençons à l’aimer. Nous pouvons fermer les yeux pour nous protéger ou bien pour sentir le moment avec intensité, ou aussi pour illuminer une image chère.

 

Le poème de Li Tai Po nous communique cet événement intime dans lequel il s’agit d’évoquer l’image d’un être cher et de la retenir. Les yeux peuvent être les organes de l’évocation :

 

« Déjà il paisse près de moi

le taureau obscur de la mort

J’aimerais te voir encore une fois seulement

pour que sous mes paupières

s’illumine ton image »

 

Le langage silencieux des regards peut conduire à l’extase et dans cet échange de douce lumière disparaît le temps et on entre dans le « pour toujours ».

 

Emmanuel Levinas a décrit l’état de lien essentiel par le regard. Quand deux personnes se regardent à partir de leur propre sacralité, elles unifient le sacré de l’un avec celui de l’autre et arrivent à l’extase suprême, l’ « expérience épiphanique ».

 

Le langage du regard peut communiquer également le désir et l’érotisme. Il n’est pas nécessaire de déclarer la passion avec des mots, le regard exprime l’illusion ou la voracité de la tendresse. Ainsi, dans le dialogue du regard se génère un élément hallucinatoire, un espace partagé dans lequel existent d’autres lois non conventionnelles pour dire ce qu’on ne peut pas exprimer avec des mots.

 

Le langage des gestes a quelque chose d’archaïque, un ensemble évanescent de formes archétypales. Le sourire, par exemple, est le plus ancien réflexe psychosocial. Il apparaît chez l’enfant autour de trois mois. Les peuples se différencient par le sourire. Tant de villes avec des habitants aux visages d’animaux tristes dans la dépression féroce de leur âme !

 

Les gestes d’approche, les expressions des mains, la posture, les niveaux de tension et de relaxation provoquent chez l’autre un état d’alerte contagieux.

 

Fast a appelé « dialogue psychotonique » les changements de tension musculaire que provoque la seule présence de l’autre. L’action psychotonique peut être enregistrée par électromyographie, avec des appareils connectés aux personnes qui dialoguent ; la seule présence de l’autre modifie le tonus musculaire générant différents états de tension ou de relaxation.

 

Le dialogue endocrinien est aussi un langage silencieux. Il suffit d’un contact physique pour que différents niveaux d’hormones sexuelles se libèrent. Le dialogue des baisers induit un torrent de folliculine, de testostérone et de neurotransmetteurs comme la noradrénaline et la dopamine. Le baiser n’est pas seulement « l’union de deux muqueuses avec un échange discret de microbes » comme l’a défini un clinicien.

 

Le dialogue immunitaire est aussi une réalité scientifique. Il y a inévitablement des personnes toxiques qui  nous font du mal, nous dépriment, nous irritent ou nous disqualifient ; et il y a aussi des personnes nutritives qui élèvent notre humeur, nous apaisent et nous enthousiasment. Ces changements dans l’humeur se reflètent sur les réactions de défense immunitaire.

 

Ainsi, comme l’affirme l’expression de Lopez Ibor : « les personnes s’installent dans nos organes ». Certaines se logent dans notre cerveau, d’autres dans le cœur, d’autres dans l’estomac ou dans les organes sexuels. La présence de notre semblable n’est pas simplement un événement externe : « Nous sommes partie des autres ».

 

Les langages silencieux sont un réseau de messages psychiques et neurochimiques face auxquels nous ne sommes pas immunisés. Ainsi, il est sain de cultiver la « poétique de la rencontre humaine ». La danse à deux, l’étreinte et la Biodanza sont des pratiques pour mettre en avant cette « poétique de la rencontre ».

 

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Article du mois de décembre 2007
 
Intégration du féminin par Myrthes Gonzalez
www.biodanza.com.br/
 

La recherche d’intégration du féminin est quelque chose de plus profond qu’une simple réunion de femmes autour de cette thématique. Ce travail accomplit deux chemins. Un premier qui est la recherche d’intégration du principe féminin négligé par notre culture. C’est-à-dire récupérer des valeurs enveloppantes liées au féminin, comme la sensibilité et le soin pour la vie. Le second est la reprise de réunion de femmes dans un sens rituel et initiatique. Etre femme et célébrer le féminin en soi. Dans se sens, se constitue une maison de femmes. Une maison qui n’est pas localisée dans le temps, ni l’espace. Mais un lieu rituel, où chaque participant peut  se connecter avec des propres valeurs propre à son genre, à partir du partage solidaire avec d’autres femmes.

 

Introduction

L’approche théorique que je présente ici, de façon résumée, parle d’un travail que je développe depuis quelques années pour des stages de week-end formés exclusivement de femmes. Bien que, le plus souvent, ce travail trouve une résonance avec les besoins des femmes et en partie pour la majorité des hommes, qui voient dans le travail avec des groupes du même genre une occasion différenciée de connaissance de soi, j’ai rencontré quelques fois des personnes incommodées et parfois indignées par la possibilité de travailler l’identité liée au genre avec des groupes seulement de femmes ou seulement d’hommes.

Il faut savoir que ceci est un type différencié de rencontre dans la structure théorique de la Biodanza Ce sont des célébrations hautement rituelles, à caractère initiatique, qui doivent s’ajouter à une structure de cours et de groupes réguliers mixtes. Je ne trouve pas juste, dans le contexte d’un processus d’intégration globale, de faire des groupes permanents seulement d’hommes ou de femmes.

 

Cet article vise à proposer le travail de la maison des femmes comme un facilitateur puissant de l’émergence de l’identité féminine, ce qui le différencie beaucoup d’une vulgaire connotation de « club de femmes ».


Pour commencer : l’histoire du féminin.

Quand nous observons la forme de l’organisation sociale, dans notre culture, nous percevons un type de relation qui s’établi entre les hommes et les femmes, une organisation sociale, économique et politique qui a comme caractéristiques les relations de pouvoir et de soumission. Regardons l’histoire de l’humanité et nous percevons un long chemin évolutif de ce type de relation. Nous pouvons arriver à la conclusion que l’humanité fut toujours ainsi ; cruelle, destructive et contradictoire, comme le montre notre histoire.

 

Mais si nous observons réellement toute notre évolution historique, nous allons voir que cela ne fut pas toujours ainsi. Revenons cinq mille ans en arrière et nous verrions dans notre préhistoire un type d’organisation différencié. L’existence de cultures pacifiques, tournées vers la communauté et la célébration de cycles naturelles existe dans la représentation de la grande déesse terre mère. Ainsi, à cette époque dieu était une femme, la divinité était symbolisée dans le féminin.

Les premiers historiens à percevoir cette différenciation dirent que c’était une société matriarcale, complètement opposée à notre patriarcat actuel. Plus tard, on arriva à la conclusion que, en réalité, l’organisation des relations de pouvoir à cette époque était complètement différente que celle qui existe d’aujourd’hui. En réalité, il n’y avait pas la qualification d’un genre sur la disqualification d’un autre. Il y avait probablement des rôles définis pour les hommes et les femmes dans la structure sociale, mais aussi la reconnaissance du savoir. Le pouvoir de décision était attribué aux deux sexes. Les historiens arrivèrent à la conclusion que, en réalité, c’était des cultures matrilinéaires, ce qui veut dire que la lignée est  définie par la mère. Cette structure familiale ne permettait probablement pas de définir avec certitude le père de chaque enfant. Peut-être même que l’on ignorait le rôle de l’homme dans la génération de la vie. Mais, le plus probable est que, dans une organisation communautaire, où les enfants sont la responsabilité du groupe et la sexualité n’obéit pas aux règles morales coercitives, la paternité était alors inutile.

 

L’histoire de notre civilisation commence avec la découverte de l’agriculture et la sédentarisation des populations auparavant nomades, regroupées sur les bords des fleuves abondants de la Mésopotamie. Dans ces premiers moments, il y avait déjà le culte des dieux masculins et féminins. A travers la mythologie primitive, nous percevons qu’à ce moment la femme continue à avoir un rôle important dans l’organisation sociale. La célébration orgiastique des cueillettes montre une sexualité libérée des relations de pouvoir. Il y a une curiosité dans les sites archéologiques de ces cultures, comparées aux périodes ultérieures, une expression artistique développée et une absence contrastée d’ossements qui démontre des morts violentes. La civilisation qui a habité l’ile de Crète à cette époque, offre encore des sites archéologiques préservés qui témoignent de cette période.

 

A la même époque, des groupes d’hommes étaient encore nomades dans les régions froides des steppes. Les conditions naturelles étaient défavorables au développement de l’agriculture et à la sédentarisation. Ces peuples élevèrent donc des troupeaux avec lesquels ils parcouraient des distances infinies, en se fixant seulement le temps d’épuiser une région déterminée. Ils avaient des conditions drastiques de survie, ils étaient constamment menacés par l’invasion et le vol de la part d’autres groupes humains et aussi par des prédateurs qui menaçaient les troupeaux. Ceci contribua à former une culture extrêmement belliqueuse, développant toute une technologie d’armements et des stratégies de protection et d’attaque avec une organisation hiérarchique rigide.  Ce qui qualifiait un individu était sa force physique et sa capacité de lutte. De cette façon, dans cette culture, la femme aura un rôle bien inférieur dans les relations sociales, ayant comme objectif existentiel la procréation. Le pouvoir d’un homme s’affirmait par la taille des troupeaux et par le nombre de femmes qu’il avait. La sexualité féminine devint extrêmement contrôlée et fut vidée de sa sacralité.

 

La culture nomade des steppes, appelée indo-européenne, consistait en un agglomérat de groupes barbares qui s’étendirent pour l’acquisition de nouveaux territoires. Pendant environ 2000 ans, ces groupes descendirent peu à peu vers les régions plus chaudes du monde alors civilisé. En rencontrant les cultures agricoles pacifiques, ils ne laissèrent que destruction et atrocités. Il en fut terminé avec l’art et la culture locale, les habitants furent pris comme esclaves. Ils imposèrent leur organisation hiérarchique et leurs dieux masculins, dieux de guerre.

 

A ce moment, la déesse « terre mère » entre dans l’ombre de l’humanité. Lentement, pendant des centaines d’années, les mythologies changent le degré de divinité de genres, jusqu’à la fixation d’un unique dieu masculin, père punitif et autoritaire, comme si cela ne pouvait en être autrement dans ce modèle d’organisation.

 

En réalité, nous pouvons penser que l’invasion des indo-européens continue pendant 5000 ans, non pour les groupes primitifs, mais pour leur modèle de vie, leur façon destructive de se lier avec des cultures diverses et avec la nature. Nous vivons aujourd’hui une version sophistiquée de la barbarie primitive de laquelle nous sommes les héritiers.

 

Dans le patriarcat, le pouvoir fut entièrement détourné aux mains masculines. Quand nous constatons ce fait, nous pouvons conclure, de façon précipitée, que ce ne fut qu’un processus d’éloignement de la femme dans les relations de pouvoir. Ceci de fait se passa, mais ce n’est que la superficie d’une question beaucoup plous compliquée. Qu’est-ce qui fut réellement éloigné ? Les hommes sont-ils restés intègres dans ce processus ? L’humanité a tracé son chemin en affectant la vie sur la planète et parfois même dans le cosmos. La persécution des femmes fut et est un symptôme de quelque chose de plus grand. En réalité, le patriarcat a comme base la persécution d’un principe que nous appellerons féminine, ou Yin pour les orientaux. La moitié archétypique complémentaire qui va représenter tant de choses qui partent de la sensibilité, de l’intuition, de la vision systémique du monde, de notre capacité de synthèse.

 

Les femmes ont bien évidemment souffert de ce processus puisque la vivencia corporelle et émotionnelle de la femme la renvoie avec beaucoup d’évidence au Yin. Ce principe est représenté d’une façon archétypique dans l’image de la femme et dans tout ce qu’elle signifie. Prendre soin des enfants, recevoir son homme, prévoir les besoins des autres font partie du quotidien féminin et composent la sagesse de la femme. Ce savoir était très valorisé dans les sociétés dites primitives, considérées comme des manifestations de la déesse elle-même. La production culturelle, artistique, et scientifique était pleine du principe Yin. Sur ce point les femmes détenaient beaucoup de connaissances sur l’agriculture et la médecine. Elles connaissaient les plantes et associaient leurs cycles avec les cycles de leur propre corps, elles connaissaient les herbes et les processus de guérison. Elles faisaient les accouchements. Dans le culte religieux à la déesse, les prêtresses avaient la connaissance de l’être humain et de la nature, et une éthique propre concernant ces questions.

 

A l’aube du christianisme, il y avait une coexistence pacifique avec ce type de connaissance. Mais à mesure que l’église catholique s’est constituée, celle-ci fut adoptée par l’empire romain et utilisée comme religion officielle ; elle en vint à disqualifier la connaissance des religions païennes, étant donné qu’elles empêchaient la domination sur la population. En réalité, le catholicisme romain s’étendait peu à peu dans le monde entier en absorbant pour la coupole de l’église toute la connaissance qui appartenait avant aux mystiques de chaque religion. De cette façon elle devint forte et puissante et enleva à la population des rituels significatifs qui leur donnaient une union, une liberté et une conscience de soi et du monde.

 

Comme les femmes étaient les principales détentrices de cette connaissance mystique, elles furent les plus persécutées pendant tout ce processus.

A la fin du Moyen Âge, l’inquisition montre à l’humanité la face déformée et sadique de cet abus qui a commencé tant de siècles avant. La sainte inquisition fut en réalité un grand génocide, laissant une marque profonde dans le cœur de toutes les femmes qui vécurent l’expérience, et laissant la peur comme héritage à celles qui naquirent ensuite. Dans des villes comme Turin, 90% de la population féminine mourut. N’importe quel mouvement féminin qui sortait des modèles imposés par l’église était puni avec la torture et la mort. Il y avait un besoin de contrôle total de la connaissance.

 

Si nous pensons en termes d’inconscient collectif, nous percevons que les 500 ans qui nous séparent de cette époque sont en réalité un clin d’oeil. Si nous restons encore bien attentifs, nous pouvons entendre les cris d’effroi faire écho en nous. Quelque chose de nouveau surgit dans l’univers féminin : la peur d’être une femme. Cette ombre accompagne la femme pendant tous les siècles suivants et enveloppe de terreur toutes les manifestations mystiques qui ne se réfèrent pas aux dogmes de l’église.

 

L’inquisition persécuta la pensée et l’expérience scientifique émergente à cette époque.

 

D’une façon contrastée, dans sa lutte pour contrôler toute la connaissance inhérente au principe féminin, elle créa les conditions idéales pour l’émergence de la science mécaniciste. Celle-ci, à son tour, est accompagnée de modèles archétypiques essentiellement masculins. Sont super valorisés l’objectivité, la preuve, le concret, le rationnel, le linéaire. Dans cette forme de pensée, l’intuition, la subjectivité, l’émotion, l’affect, le relativisme des processus et des relations systémiques sont banalisées car ils ne peuvent être mesurés.

 

La nature est vue comme un mécanisme semblable à une horloge. Tout doit être prouvé mathématiquement. Nous sommes ici à la pointe de l’obscurité du principe féminin. Complètement détruite de sa sacralité, la nature devient une simple fournisseuse de matière première. Comme le dit le philosophe Francis Bacon, la nature est une femelle sauvage qui a besoin d’être domptée pour en retirer tous ses secrets.

 

La science mécaniste prend la place torturante de l’inquisition.
La parcelle masculine de l’humanité passe par un moment historique de totale omnipotence et arrogance. Isaac Newton arrive à démasquer les lois de base qui régissent le mouvement des corps.

 

Toutes les aires de la science s’émerveillent de cette précision mathématique et cherchent à expliquer rationnellement la mécanique de son champ d’action. Ainsi, cette même science commence à révéler une réalité complètement opposée à l’anthropocentrisme.

 

Instants historiques : après que le physicien Isaac Newton atteste, par les lois de la physique mécaniciste, la totale domination de l’homme sur la nature, surgit en biologie la théorie de l’évolution des espèces, fruit des recherches de Lamarck et ensuite Darwin. Celles-ci démontrent que l’être humain est le fruit de l’évolution de la vie sur la planète. Nous sommes frères de toutes les autres formes de vie et nous conservons une proximité particulière avec les macaques. Jusqu’alors nous avions été créés par Dieu à son image et ressemblance et la nature avait été créée par Lui pour servir l’homme. Notre sens de supériorité est profondément ébranlé avec cette nouvelle. Mais ceci n’est que le commencement…

 

Peu après, Marx et Engels contestèrent férocement les structures de la société capitaliste, en dénonçant l’exploitation et l’inégalité des conditions de vie entre ceux qui produisaient et ceux qui détenaient les moyens de production, dont la connaissance.

 

A la fin du 19ème siècle surgit, rompant avec le puritanisme autrichien, Sigmund Freud qui place la conscience et la rationalité humaines totalement à la merci des aspects instinctifs inconscients.

 

A l’aube du 20ème siècle, la physique mécaniciste est directement contestée quand Einstein formule les lois de la théorie de la relativité, en mettant à terre toutes les certitudes acquises pendant des siècles d’auto-affirmation, calquées sur des conceptions cartésiennes et mécanicistes. Les lois de Newton ne sont pas utilisées mais servent à un champ déterminé de perception de la réalité. La physique quantique apporte des éléments de subjectivité à la plus mathématique des sciences. A la même époque, au même moment, surgissent le mouvement écologique et le mouvement féministe, deux facettes d’un même mouvement, la réapparition du principe Yin.


La Grande Mère ressurgit de l’ombre

Mais on ne peut pas dire que ce mouvement est déjà terminé.

 

Nous ne vivons aujourd’hui que les premières secondes de l’éclosion d’un nouveau jour. Tous les mouvements historiques et scientifiques qui amenèrent à ce moment n’avaient pas comme objectif cette renaissance. Bien au contraire, la majorité de leurs collaborateurs pensait à des lois universelles si vastes et  si mécaniques comme celles de la physique classique mais, dans leur chemin, elles construisirent ce nouveau moment historique.

 

Le 20ème siècle contradictoire, que nous avons vu finir, a connu deux guerres qui impliquèrent toute la planète. Dans ces guerres, justement, en particulier la seconde, quand les femmes se substituèrent aux hommes dans les postes de travail, on reconnu leur possibilité de participer au processus productif. Dans les années 50, elles ne voulurent plus retourner au travail domestique. Elles voulaient participer de façon égalitaire à la société.

 

Dans les années soixante explose le mouvement féministe, exigeant des droits et ouvrant les portes pour une nouvelle femme.

 

Les femmes qui avaient vingt ans à cette époque regardaient leur mère et ne s’identifiaient pas avec un modèle féminin de soumission.

 

C’est exactement à ce moment qu’elles portent leur regard vers le monde masculin et cherchent là des éléments d’identification.

 

Dans ce chemin de redécouverte de l’identité féminine, le mouvement des années 60, représente une rupture avec les modèles antiques et stéréotypés. Mais 20 ans après, ces mêmes femmes se sentent en manque de quelque chose de beaucoup plus profond. Un sens particulier pour son Etre femme. Le féminin est encore difficile à palper, recouvert sous les obligations du modèle masculin et les restrictions moralistes des exigences patriarcales.

 

Dans les années 80, la femme ne sait pas ce qu’est être femme. Ses ancêtres avaient probablement peu de notion d’un féminin essentiel, restant dans une vie résignée, mais avec des modèles stéréotypés très clairs sur la féminité. La décade de 80 est le moment du questionnement. La femme occidentale sent le manque d’une mère pour s’identifier. Mais à ce moment beaucoup d’hommes aussi entrent en crise avec leur masculinité quand leurs compagnes ne suivent plus les modèles de comportements répétés depuis tant de générations.

 

Ce serait une erreur de penser que les hommes ont eu quelques avantages avec les années de patriarcat.

 

Privilégié en apparence, l’homme a payé très cher. Et le prix fut sa sensibilité, le droit à l’émotion, à l’amour intégré et au plaisir. Il a perdu la proximité avec les enfants et le droit de ne pas avoir à prouver quoi que ce soit à personne. L’homme des années 80 découvre que les valeurs de la masculinité de son père ne sont déjà plus des garanties de succès ou de stabilité.

 

Après cette longue trajectoire, les hommes et les femmes ont aujourd’hui le grand défi de récupérer réellement leur essence. Un chemin sans carte, avec des secrets gardés depuis de nombreux siècles dans l’inconscient de l’humanité.

 

Quelque chose d’apparemment nouveau, mais qui a ses racines dans le passé, que seule la force rituelle des archétypes peut toucher.


Construire la maison

Dans le travail de la sexualité de genre, un des points les plus importants est la construction des maisons, c'est-à-dire la maison des femmes et la maison des hommes. Cette structure a une dimension essentiellement rituelle. Les sociétés primitives nous montrent ce qui est essentiel, dans un processus de maturité humaine, les rituels de passage. Parmi ceux-ci, l’un des plus significatifs est celui qui marque le passage de l’enfance au monde adulte. Nous trouvons encore des reliquats de ces rituels dans nos célébrations actuelles mais, dans la majorité des cas, souvent vidés de leur sens.

 

Les rituels de l’enfance à l’âge adulte ont pour caractéristique de diviser les initiés en groupe selon leur genre, étant donné que chaque groupe a un type spécifique d’initiation, en faisant attention à leurs besoins d’identification. Des maisons rituelles d’hommes et de femmes sont donc constituées. Dans ces maisons, les participants du rituel entrent dans une dimension archétypique, hors du temps et de l’espace, où ils connaissent les mystères correspondant à leur genre.

Ce que nous pouvons percevoir de cette sagesse est qu’il existe une conscience que ceux qui nous prépare à la condition de notre être dans le monde adulte sont des personnes du même genre.

 

Il est donc essentiel pour une femme de vivre avec d’autres femmes, à partir de sa mère, mais aussi avec toutes les autres femmes qui ont importantes dans sa vie.

 

L’identité se construit quand nous nous identifions à l’autre.

 

Dans le monde masculin, ce rituel prend une importance spéciale, car le garçon naît d’une femme, ce qui signifie que pour devenir un homme, il doit rompre avec le monde féminin d’où il vient pour  construire son identité masculine en s’identifiant avec d’autres hommes, en commençant par le père.

 

Le rituel est un moment de passage où l’inconscient, qui comprend seulement un langage symbolique, communique que les expériences de l’enfance doivent être laissées pour s’ouvrir  aux portes du monde adulte.

 

L’absence de rituels de passage a fini par créer dans notre société une période appelée adolescence, qui se constitue d’une psyché qui s’attache aux modèles de relation infantilisés dans un corps d’adulte. L’adolescence est une création de notre culture. Une culture qui a peur de la maturité, de la sexualité, de la liberté créative et expansive du monde adulte. Nous passons notre période vitale la plus fertile à nous débattre avec des questions d’autorité et quand finalement nous nous voyons en tant qu’adultes, nous nous rendons compte que nous avons le pouvoir sur nos vies et nous nous sentons déjà vieux. Dans ce sens, l’adolescence favorise la structure idéologique de la société. Et ce qui est pire, il existe une tendance à étendre cette période avec toute sa forme de dépendance pendant de nombreuses années.

 

Si nous observons bien, nous allons trouver dans un groupe d’adultes différents « adolescents » de 20, 30, 40 ans ou plus.

 

Dans notre culture, il existe entre les linges l’idée que la maturité est une promesse d’infélicité. On dit que le monde adulte est le monde des responsabilités. Le regard enfantin sur les adultes pris par leur obligation, peut générer le résultat suivant : « je ne désire pas arriver à maturité. Etre adulte est une prison, sais cesser de se divertir, d’avoir du plaisir. Avoir un travail ou avoir une famille est quelque chose de pénible ».

 

Il existe dans la réalité une grande confusion entre ce qu’est une responsabilité et ce qu’est une obligation. Voyons cela :

 

Obligation – Une exigence externe. Quelque chose que le monde nous donne sans s’intéresser à comment nous nous sentons par rapport à cela. Souvent, les obligations nous arrivent comme des impositions, en méconnaissant nos besoins et en passant au-dessus de nos responsabilités.

 

Responsabilité – c’est avant tout un acte amoureux. Quelque chose lié à l’éthique, au soin pour la vie. La responsabilité est quelque chose qui s’étend amoureusement de l’intérieur vers l’extérieur. C’est le soin que nous avons pour la préservation de tout ce que nous aimons.

 

En ce sens, nous pouvons dire que l’adulte qui vit dans le monde des obligations est un prisonnier, celui qui vit l’anxiété de répondre constamment aux exigences d’un milieu formel et emprisonnant.

 

Mais l’adulte qui vit dans le monde des responsabilités connaît la liberté contenue dans l’acte d’aimer, sent que le soin amoureux pour la vie ouvre les portes pour l’expansion infinie de son propre être.

 

L’adulte qui vit cette dimension de responsabilité préserve la curiosité, l’innocence et le plaisir qu’il trouvait dans son enfance, ajoutés à la sagesse de ses années de vie, la connaissance et la stabilité que seule la vivencia peut donner.

 

Le « puer aeternus » tend à nier la valeur de ses expériences de vie, il refuse de comprendre les enseignements contenus dans tous les actes du quotidien et tend à responsabiliser les autres pour ses frustrations, en se vantant de ses actes qui sont en général des actes héroïques à caractère vindicatif, comme se soûler de façon extrême, faire des sports ou des activités à haut risques et accumuler les conquêtes sexuelles. Ce sont toutes des tentatives désespérées pour rompre avec le monde infantile et obtenir la reconnaissance dans le monde adulte.

 

Dans ce sens, le travail de la Biodanza avec la maison des hommes et la maison des femmes récupère, même tardivement, la dimension rituelle nécessaire pour procéder au passage.

 

Nous allons mieux comprendre ce processus…

 

L’être humain a une dimension qui est inconsciente. En réalité, cette dimension n’est pas dissociée de la totalité de son être. Dans la théorie des systèmes la partie représente le tout. Ainsi, ce que nous appelons inconscient forme une totalité avec le système vivant, elle n’est pas une forme distante et occulte qui nous habite mais le résultat concret de ce que nous vivons et sentons en tant qu’êtres vivants, en tant qu’espèce et en tant qu’individus.

 

En Biodanza, nous allons travailler avec le concept d’inconscient à trois niveaux qui sont systémiquement inter-reliés. Le premier niveau, le plus ancien, nous l’appellerons inconscient vital. Il contient l’information primordiale qui nous garantit une unité en tant que système vivant, partie d’un système vivant plus grand qui est le cosmos. L’inconscient vital fait partie de la pensée de Rolando Toro sur le principe biocentrique où le cosmos est vu comme un tout organique. La vie a créé l’univers et ce n’est pas l’univers qui a créé la vie. Le mystère qui compose la cohérence de ce système infini, des particules jusqu’aux galaxies, nous l’appelons inconscient vital. C’est lui qui va permettre l’unité de l’être humain comme de n’importe quel autre organisme vivant. L’inconscient vital n’a pas son siège dans la psyché ou dans le monde symbolique. Il est présent dans la cohérence de nos cellules qui savent comment elles doivent se reproduire et se différencier, dans nos organes qui savent comment ils doivent collaborer avec l’organisme et dans nos émotions qui s’expriment indépendamment des permissions rationnelles.

Le deuxième concept est l’inconscient collectif, élaboré par Jung. Il reprend l’histoire de l’humanité, non dans sa linéarité, mais dans ses valeurs essentielles, représentée par les contenus symboliques communs à toute l’espèce que nous appellerons archétypes. L’inconscient collectif est tellement universel, significatif et déterminant pour l’humanité que nous pouvons dire qu’il n’est pas en nous mais que nous sommes en lui. L’espace et le temps n’existent pas dans l’inconscient, nous sommes immergés dans un grand océan de messages et d’énigmes essentielles. Nous pouvons dire que dans l’inconscient collectif, l’archétype va donner une signification à l’inconscient vital, comme si par les archétypes, il pouvait être partiellement compris par l’humanité.

 

L’inconscient personnel est la branche ontogénétique des autres deux inconscients, c’est le bout d’un processus évolutif, où l’archétype acquiert une forme personnelle. C’est l’histoire de chaque individu, les valeurs et les formes symboliques de sa culture et de ses vivencia qui forment une espèce de monde interne non appris par la conscience, mais déterminé par les actions dans le monde. Dans la conception freudienne, l’inconscient personnel détermine les actions de l’individu. A cause des traumatismes infantiles, qui peuvent être hostiles et difficiles à élaborer, de telles actions finissent par ne pas arriver à la conscience.

James Hillman propose l’idée que l’inconscient personnel contienne une mémoire du futur et non du passé et que de cette façon cela favorise chez l’individu des vivencia qui l’amènent à l’apprentissage de ca qu’il doit savoir pour arriver à l’essence de son être que Hillman appelle Demian.

 

La communication avec l’inconscient ne se fait pas de façon rationnelle et objective. L’inconscient obéit à des formes propres à la communication, auxquelles nous avons accès à mesure que nous devenons sensibles, attentifs et réceptifs aux formes non linéaires de communication. Attentifs aux sensations et aux sentiments, nous apprenons à percevoir et valoriser quelque chose qui vient d’un mouvement interne qui se traduit à la conscience par des informations subtiles.

 

La puissance de la Biodanza est de pénétrer dans le monde archétypique par sa clé la plus puissante, la vivencia. Le rituel archétypique ouvre une brèche dans le présent, en dissolvant la notion d’espace temps et en envoyant vers l’éternité l’ici et maintenant. Le compromis émotionnel intense avec l’instant vécu donne un résultat immédiat dans le système neuroendocrinien et immunitaire. Ceci est une voie d’accès directe à tous les niveaux de l’inconscient, mais d’une façon complètement organique, non mécanique, plaisante et amoureuse – et non torturante. Elle promeut ainsi, non la révélation de l’inconscient à la conscience, mais l’intégration de tous les niveaux, en défaisant les dissociations.

 

La Biodanza peut créer des vivencias avec des dimensions archétypiques très profondes. Le facilitateur comprend et combine des stimulations environnementales, comme la musique, le mouvement et l’interaction du groupe, dans l’intention de créer un climat rituel approprié à une vivencia déterminée, ce qui entraîne l’intégration des potentiels de vie endormis chez chaque participant.

 

Dans le cas de la maison des femmes, le milieu ambiant approprié au rituel de passage est un groupe exclusivement féminin. La participante va peu à peu se sentir en communion avec les autres femmes, se sentir partie de la totalité du monde féminin. Elle perçoit la signification profonde de cette totalité féminine comme partie d’une totalité encore plus grande, l’humanité, la nature, le cosmos.

 

Dans la maison des hommes, la même chose se passe, l’accent étant mis sur les particularités de la masculinité.

 

La maison des femmes

La particularité de l’univers féminin est vécue dans la maison des femmes. Ce n’est pas une proposition limitée à un cours, mais une continuité où, à chaque nouvelle rencontre, de nouveaux aspects sont vécus. Le travail des maisons ne se substitue pas au groupe régulier mixte. Au contraire, c’est justement lui la matrice communautaire qui permet que, de temps en temps, la rencontre seulement de femmes aie une signification spécifique. La maison des femmes doit être mise comme un processus de rencontre sporadique pendant un processus groupal hétérogène. C’est un facilitateur spécifique des aspects de la diversité féminine.

 

Tout être humain naît d’une femme. Et, bien que dans la majorité des cas la femme est responsable aussi de l’éducation, le féminin est dévalorisé dans notre société comme quelque chose de moindre importance. Toutes les tâches liées à l’univers féminin sont moins valorisées, vues comme évidentes et ne sont pas considérées comme des talents. Un des aspects importants à traiter est celui de la prise de conscience du rôle de la femme dans la propagation d’une morale coercitive et disqualifiante des aspects spécifique du féminin.

 

Ce sont les mères les premières à enseigner à leurs filles que la menstruation est une souffrance mensuelle et quelque chose qui doit être caché avec honte. Elles enseignent à leurs filles la crainte de leur propre sexualité et sensualité, à les considérer comme quelque chose de mauvais et sale. En ce sens, la femme a un rôle fondamental dans la préservation du patriarcat et de toutes les formes idéologiques qui le représentent.

 

Ce qui est pire est que ceci ne se limite pas à la sphère maternelle. Ce sont les femmes elles-mêmes qui par des jugements, des cancans et des médisances, contrôlent la morale sexuelle des amies et d’autres femmes proches. L’envie et la compétition sont des composantes communes à l’univers féminin du patriarcat. Je parle de personnes malheureuses qui ne supportent pas de voir un vestige de bonheur chez leurs semblables.

 

Un des aspects importants de ce travail est la perception de la signification de s’approcher de celui qu’on admire. Notre identité se compose par la vivencia d’interaction avec l’autre. Si j’ai toujours été proche de femmes malheureuses et frustrées et que je veux détruire les femmes que je vois vivre leur féminité, je m’imposerais certainement à moi-même cette rigidité, en détruisant en moi les aspects que je condamne chez les autres. Mais si je m’approche de femmes que je perçois comme vivantes, joyeuses, sensuelles, entreprenantes et guerrières, je perçois peu à peu que ces mêmes caractéristiques existent de façon singulière en moi. La vivencia de la maison des femmes fait rejaillir l’importance de l’amie dans la composition de l’univers féminin. L’autre femme est le vestibule que je traverse pour former mon identité.

 

Ainsi, différentes vivencias sont proposées pour récupérer des aspects archétypiques du féminin.

 

Vivre ces aspects en étant célébrée par d’autres femmes démonte les stratégies coercitives dont j’ai parlé précédemment. Cela permet plus facilement aux femmes de s’intégrer à leur féminité.

 

Voici quelques vivencias qui peuvent être utilisées dans la facilitation de ce processus :

- Segmentaires, accompagnée d’une amie :

Les mouvements segmentaires ont pour objectif la dissolution progressive des cuirasses musculaires qui empêchent le plaisir et l’expression émue. Quand une femme accompagne une autre sans  conduire ses mouvements, donne la permission et l’acceptation totale. D’autre part, la femme qui accompagne peut percevoir que c’est possible d’accompagner sans surprotéger, en respectant les chemins choisis par l’amie.

- Ronde concentrique de caresses du visage :

Cette vivencia dans un groupe féminin a pour objectif d’approcher la femme de ses propres formes. Je l’utilise normalement précédé ou suivi d’une caresse de son propre visage.

-Rencontres en écoutant le cœur

Ecouter avec sensibilité le cœur d’une autre personne a une signification très profonde, écouter et montrer ce qui est intime.

-Nid :

J’ai l’habitude d’utiliser l’image du lagon quand je travaille le féminin. La réceptivité d’une eau calme et pleine de vie. Dans mon enfance, je me suis baignée dans un lagon en plein soleil, avec des oiseaux migrateurs qui volaient en bande sur ma tête. C’est une image très marquante. La réceptivité féminine est comme un lagon. Plusieurs femmes ensemble forment le grand lagon. Par leur état réceptif, elles peuvent accueillir et être accueillies affectivement par leurs compagnes. Des nids seulement de femmes rappellent la douceur d’un lagon au soleil. Ils permettent de récupérer la réceptivité féminine sacrée, sa capacité infinie d’abandon, de profondeur et de fusion.

- Danses sensuelles au centre de la ronde :

Ceci est un moment important pour le groupe féminin, où peuvent être utilisées différentes variations de danses expressives sensuelles. L’important est que cette expression soit profonde et innocemment célébrée par les collègues du groupe. La constance de ce type de vivencia dans l’univers féminin permet d’expérimenter à nouveau l’intensité de soi-même et de rompre avec les modèles moraux répresseurs et de rendre le caractère divin de la sexualité féminine.

Le travail avec les femmes en Biodanza fait rejaillir la perception que les hommes et les femmes ont des composantes identitaires très différentes, non seulement dans leurs caractéristiques subjectifs, mais concrètement, au niveau biologique. Ceci n’enlève aucune valeur à l’un ou à l’autre. Se sont des valeurs complémentaires

 

Au fur et à mesure que la femme soigne ses blessures historiques et personnelles, elle a accès à la sagesse féminine. Ressentiment contre les hommes et compétition avec d’autres femmes perdent leur sens.

 

La femme qui est intègre sait qu’elle est une expression de sa propre déesse qui renaît à travers elle. Elle connaît la sacralité de sa sexualité et a conscience de la valeur de sa présence. Il n’y a déjà plus de manque d’amour, parce que ceci est un sentiment qui naît d’elle et se déverse dans le monde comme une bénédiction…

 

Il n’est déjà plus nécessaire de se contrôler soi-même et les autres, parce qu’il y a la certitude d’être à sa place et d’être sa propre abondance.

 

Bibliographie
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GIMBUTAS, Marija. Le langage de la déesse. Des femmes, 2005.

JUNG, Carl. L’homme et ses symboles, Robert Laffont, 1992.

KRAMER, Heinrich. O Martelo das Feiticeiras, Ed. Rosa dos Ventos, 1997

MCNEILL, William . História Universal, Ed. Globo, 1972.

MURARO, Rose Marie. Os Seis Meses em que fui Homem, Ed. Rosa dos Ventos, 1990.

PERERA, Sylvia, Caminhos para Iniciação ao Feminino, Ed Paulinas, 1985.

PINKOLA ESTÉS, Clarissa. Femmes qui courent avec les loups. Grasset, 1992
TORO, Rolando. Princípio Biocêntrico, Texto Editado pela Fundação Biocêntrica, Chili.

TORO, Rolando, Inconsciente Vital, Texto Editado pela Fundação Biocêntrica, Chili.

 

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