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Articles 2006

 

 

Tous les articles

janvier : Le corps : expression sociale par Rolando Toro Araneda
février : Culture biocentrique par Raul Terrén
mars : La signification primordiale de la danse par Rolando Toro Araneda
avril : Danse et vivencia, une unité originaire par Carlos Pagés
mai : Le minotaure blessé par Rolando Toro Araneda
juin : Fondements pour l’entrée de la Biodanza dans la pratique pédagogique par Nélida Pérez
juillet-août : Les 7 pouvoirs de transformation de la Biodanza par Rolando Toro Araneda
septembre : Orientation existentielle. Ethique et esthétique pour notre vie (stress existentiel) par Raul Terrén
octobre : Biodanza et éducation par Rolando Toro Araneda
novembre : Ce que nous pouvons dire avec tout le corps de Rosa Vargas Ampuero
décembre : Nous vieillissons comme nous vivons par Rolando Toro Araneda

 

Article du mois de janvier 2006

 

Le corps : expression sociale par Rolando Toro Araneda

 

Après 25 siècles, nous arrivons au versant de la libération des corps.

 

Après avoir jeté les corps esclaves au lions dans l'arène romaine et avoir crucifié le corps de l'Homme Dieu; après avoir flagellé les corps avec des verges pour gagner le ciel, avançant parmi les bûchers humains de l'inquisition, parmi les infinies formes de torture; après l'holocauste d'Hiroshima et Nagasaki et de l'immolation de moines vietnamiens, nous arrivons à l'Age du Corps Bien-aimé, de l'hédonisme contemporain, des massages et psychothérapies corporelles.

 

En ce moment, la préoccupation est centrée sur la "libération des corps", la libération de la répression sexuelle, des pleurs, du cri, des tensions caractérologiques dénoncées par Reich.

 

Toutefois, il est nécessaire de mettre les choses en ordre. Nous sommes une espèce qui marche en direction de l'abîme. Avant la libération, il est urgent de nourrir les corps. Avant la psychothérapie, il est nécessaire de survivre.

 

C'est sur ce point que les corps sont une expression sociale, quand la schizophrénie et le rachitisme appartiennent au même corps, quand le manque sexuel et le manque d'aliments font partie d'une seule problématique. Quel est le problème d'un enfant rachitique? La déformation des corps, le gonflement du ventre, l'infiltration du plasma dans les articulations, la solitude, le désarroi, l'humiliation? Il est nécessaire de reformuler les techniques d'assistance. Le premier problème de la psychiatrie est de savoir comment alimenter des millions d'affamés. Ensuite, la libération des corps.

 

Dans la recherche du pouvoir, les personnes cessent d'être nourries. La Biodanza est un système de nutrition absolue. Tu te nourris du cosmos, de l'amour de l'autre et des fruits de la terre. Pain et baisers sont les instruments d'échange.

 

Le corps est le résultat d'une posture existentielle: une gamme de palimpsestes[ avec des enregistrements et des modifications successives. Que fit la société de ce corps? Que fit la société du corps de cet ouvrier avec les côtes incurvées, avec les mains durcies, avec la bouche serrée, avec le sexe impuissant? Où commence l'humiliation et où finit-elle? A quel point son impuissance sexuelle n'est-elle pas une impuissance de toute sa vie? A quel point les cyphoses dorsales ne sont-elles pas une identité massacrée? Que fit la société du corps de la prostituée et que fit la société du corps du soldat?

 

Comment se contrôle le corps maniaque d'un fasciste, le corps dépressif des hommes fourmis et le corps de l'explorateur qui a subi un infarctus? Ne sommes-nous pas, par hasard, la réponse macabre à un monde sans pitié? Ne sommes-nous pas la griffe, la cuirasse, les yeux changés en poignard, le sexe, un piston, une partie d'une machine qui s'insère à contretemps dans le vide de la nuit masturbatoire? Que fit la société avec les seins qui nous allaitaient, avec les bouches sans dents? Que fit-elle avec nos pas faits pour marcher en recherche du frère et qui avancent silencieux comme les pas d'un chasseur? Que fit la société avec nos pauvres cerveaux délirants? Ne fussent pas nos parents, ceux qui ont généré le traumatisme, le vice de l'abandon, la schizophrénie? C'est l'héritage historique d'une pathologie de laquelle, pour la première fois, nous avons conscience. Nous sommes l'expression grotesque de nos valeurs culturelles.

 

Nous devons renaître en un corps ardent et plein d'amour, en harmonie, dans la majesté du sexe, dans l'élan du saut et dans la fraternité de l'étreinte. Seulement en coupant le fil historique et en commençant de nouveau, du fond de nous-mêmes.

 

Le processus évolutif de l'homme doit commencer avec l'étape de survie, suivre avec la libération pour culminer avec la félicité amoureuse et créative.

 

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Article du mois de février 2006

 

Culture biocentrique par Raul Terrén

www.terrentoro.com

 

Culture, culte, cultiver, se cultiver; résonance morphique paradoxale des mots qui annonce aussi une résonance dans sa signification.

Culture, création humaine; culte, recherche du sacré; cultiver, vie nature; se cultiver, appliquer tous les précédents à soi-même.

 

Nous sommes par nature des êtres de culture et une culture biocentrique ou une culture de la vie propose de dépasser l’antinomie nature – culture, instinct – apprentissage, en un mot corps – âme.

 

L’éducation biocentrique nous propose donc: apprendre à vivre et ceci peut se résumer en deux grandes lignes, développer notre information instinctive et savoir cohabiter.

 

Les instincts assurent notre connexion primordiale avec la sagesse de la nature et, à partir de là, l’unique problème réside à vivre ensemble, le défi de l’humanité est la cohabitation.

 

Pour cette cohabitation planétaire, il faut favoriser une culture de la rencontre, à la manière de Martin Buber, Pichon Rivière, Paulo Freire, Humberto Maturana, Rolando Toro et d’autres; récupérer dans l’histoire de la culture humaine une philosophie biocentrique qui permette la cohabitation de toutes les formes de vie et de toutes les formes d’humanité.

 

Nous parlons d’une culture de la rencontre, de l’intégration nature – culture, l’opposé de la vision de Descartes avec la séparation en res extensa et res cogitans.

Pour cela, il est important de faire un nouveau voyage à travers l’histoire humaine en récupérant les penseurs intégrés.

 

Peut-être le plus important d’eux est justement un contemporain de Descartes qui vivait en plus dans le même pays et par moment dans la même ville que lui, Amsterdam et la Hollande du 17ème siècle.

 

Je me réfère à Baruch de Spinoza, un penseur qui est à la base d’une culture biocentrique, d’une culture de la vie.

Pour Spinoza, corps et âme sont deux expressions d’une même substance, la nature, la vie et Dieu et nous sommes tous des modes d’être de cette même substance.

C’est un philosophe de l’immanence, de l’unité, de la connexion du tout avec tout. Tout se passe dans les rencontres que nous allons avoir avec tout et avec tous, il faut des rencontres qui stimulent ma puissance d’être et d’autres qui la diminuent. Pour Spinoza, il n’y a pas de mal, le mal est simplement une mauvaise rencontre.

Le défi de la cohabitation humaine et de tous les être vivants réside peut-être simplement dans le développement d’une intelligence interpersonnelle à la manière de Gardner et écologique à la manière de Capra, en la synthétisant dans la proposition d’une intelligence affective de Rolando Toro.

 

A mon avis, tout se réduit à la capacité d’empathie, c’est-à-dire à pouvoir se mettre à la place de l’autre, d’être dans sa peau un instant pour découvrir la meilleure façon d’être ensemble sans lui faire du tort, sans nous faire du tort.

 

Le psychologue qui a étudié les chefs nazis de Nuremberg soutient que le mal qui caractérisait ces hommes était le manque d’empathie, l’impossibilité de se mettre à la place de l’autre. Pour cette raison, ils purent commettre tant de crimes, les autres n’étant pas des humains pour eux.

 

Apprendre à cohabiter est le défi, et pour cela le premier pas est d’appendre à cohabiter avec notre amour, nos enfants, nos amis, nos compagnons de Biodanza.

Les écoles de Biodanza devraient être le centre par excellence d’une culture de la vie, l’objectif central de l’éducation biocentrique “apprendre à vivre” devrait se percevoir clairement dans sa dynamique pédagogique.

 

Une école de Biodanza devrait être avant tout un centre de développement de nos instincts et de notre capacité de rencontre, de lien avec soi-même, avec l’autre et avec la nature dans le sens de Spinoza.

 

Je crois que pour cela il faut commencer à la maison, être biocentriques dans nos foyers et avec toutes les personnes avec lesquelles nous cohabitons.

 

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Article du mois de mars 2006

 

La signification primordiale de la danse par Rolando Toro Araneda

 

La danse, comme le chant et le cri, est une des conditions innées de l’être humain. La première connaissance du monde, antérieure à la parole, est celle qui arrive pour chacun de nous par le mouvement. Dans un sens originaire, la danse surgit de la profondeur de l’être humain ; elle est mouvement de vie, d’intimité, elle est impulsion d’union à l’espèce.

 

Elle est donc une façon d’être dans le monde qui représente une voie privilégiée d’accès à notre identité originaire et est aussi l’expression de l’unité organique de l’homme avec l’univers. Cette notion de la danse comme « mouvement intégrant »  est très ancienne et révèle, à travers l’histoire, de nombreuses expressions culturelles telles que la danse primitive, les danses orphiques, les cérémonies tantriques ou les danses giratoire du Soufisme. Le poète perse Jala-od Din Rumi qui a vécu au 13ème siècle s’exclamait :

 

«  Oh jour, lève-toi ! … les atomes dansent,

les âmes éperdues d’extase, dansent,

la voûte céleste, à cause de cet Etre,

la danse : Je te dirai à l'oreille où conduit

cette danse. Tous les atomes qui se trouvent dans l'air

et dans le désert, comprends-le bien, sont amoureux

comme nous et chacun d’eux, heureux ou malheureux,

est ébloui par le soleil de l'âme inconditionnelle."

 

Une session de Biodanza est une invitation à participer à la danse cosmique dont parle le poète soufi. Cette affirmation peut parfois sembler surprenante au milieu du panorama sociopolitique mélancolique de notre temps. Dans un monde comme le nôtre, où on trouve souvent la faim et le génocide, la torture et la délation, et un sens d’abandon infini, comment est-il possible de se mettre à danser ?

 

Ma proposition, cependant, ne consiste pas seulement à danser mais à réaliser des exercices spécifiques, inspirés par la signification primordiale de la danse, structurés à partir des gestes naturels de l’être humain et ayant pour objectif d’activer les potentialités affectives et de communication qui nous connectent à nous-mêmes, au semblable et à l’univers.

 

Comment changer le monde sans nous changer nous-mêmes ? En recherchant les causes de l’échec des révolutions sociales, il est nécessaire de considérer que les personnes qui les avaient promues n’avaient pas fait en elles le processus évolutif. Les transformations sociales peuvent conduire à des résultats positifs seulement si elles ont leur origine dans un contexte « sain », et non à partir des névroses ou de ressentiments. Dans ce cas, ces changements auront le seul effet de substituer une pathologie par une autre.

 

En général, la danse est associée aux spectacles de ballet classique ou à d’autres formes semblables structurées, avec des pas préétablis. Cette vision purement formelle de la danse exclut sa signification originaire.

 

Dans les peuples primitifs, elle était une modalité de communication utilisée pour extérioriser la joie et la tristesse, pour accomplir des célébrations et pour exprimer des hommages religieux ou profanes. Le processus de civilisation a beaucoup contribué à la disparition de cette manifestation de l’expérience de la vie par le mouvement.

 

Personnellement, je crois en une danse organique qui réponde aux modèles de mouvement naturels  de l’être humain : mouvements capables d’incorporer une harmonie musicale, des gestes archétypiques, réalisés en profonde résonance avec le cosmos. J’ai cherché cette cohérence et je l’ai trouvée.

 

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Article du mois d'avril 2006
 

Danse et vivencia, une unité originaire par Carlos Pagés

www.biodanzalitoral.com.ar/

 

« Il n’y a déjà plus de danseurs, ces possédés. La séparation entre acteur et spectateur est la question centrale de notre temps. Nous nous conformons à ce qui nous est « donné » dans la recherche de sensations. Nous avons été transformés, d’un corps fou dansant sur les collines, à une paire d’yeux qui observe depuis l’obscurité. » Jim Morrison

 

La danse naturelle

… La tiède humidité de la terre reçoit le pas de ses pieds lourds. Face à ses yeux, l’immensité du paysage se décompose en lumières et pièces de couleur. Sa respiration ordonne les fragments et la vision se purifie. A chacun de ses battements, la plaine prend une dimension différente. Chaque tonalité est une fibre et chaque nuage de ce crépuscule une vapeur rougie qui se défait de ses tissus. Comme celui qui ne peut résister aux assauts de la gloire, l’homme élève lentement les bras. Sa poitrine est alors la paupière qui enregistre le ciel. La brise lui parcourt le duvet et les cils ; son corps oscille et l’émotion se transforme en mouvement. Dans chaque particule de son organisme, la sacralité de la vie trouve un canal luxuriant. La danse a commencé, voici le temps de la rencontre…

 

Pour l’homme primitif qui transitait son existence sur la superficie de cette chère terre, il n’y avait pas de marques conceptuelles. Déployer un lien affectif profond avec son foyer naturel constituait son activité quotidienne. Il n’y avait aucune paroles ni idées (ou du moins ce que nous connaissons comme tel) dans le monde de la réalité et de soi-même. Son existence était un flux, un échange permanent avec un univers vivant. Et la réalité, une construction qui l’avait toujours comme protagoniste. Il n’y avait pas, pour cet homme, de divisions. Le courant de la vie se manifestait dans et hors de lui, dans un développement continu et réciproque dans lequel les relations transcendaient les parties. Le dualisme fragmentaire de notre culture n’existait pas encore pour le diviser : corps et âme, intérieur et extérieur, matière et énergie n’avaient en tout cas pas une existence précaire. Les religions n’étaient donc pas nécessaires puisqu’il pouvait expérimenter naturellement l’unité des choses. Le sacré avait un temple dans ses viscères.

 

Ce vieux frère à nous était très loin d’être un ignorant. Sa capacité à résonner vivenciellement avec les rythmes et les pulsions de son entourage lui offrait une connaissance profonde des processus vitaux qui se déclenchaient dans les entrailles de son monde et dans les siennes ; une sagesse illettrée. Avant toute inquiétude analytique, le noyau émotionnel de son existence lui donnait accès à la danse révélatrice : … les étoiles filantes lui peignant la rétine ; la miction qui rend à la terre la faveur des pluies reçues, la chaleur des flammes qui devient des caresses et des soins pour ses nourrissons…. Nourrie dans cette réciprocité, la danse s’organisait et se manifestait comme une expression de la communauté organique entre lui et la nature. « La danse – dit Roger Garaudy – est une manière de vivre et en même temps une connaissance, un art et une religion. Elle nous révèle que le sacré est aussi charnel et que le corps peut enseigner ce qu’un esprit qui se veut désincarné ne connaît pas ; la beauté et la grandeur de l’acte quand l’homme n’est pas séparé de lui-même, mais entièrement présent à ce qu’il fait. »

 

« Je dois me Diviser en Deux »

Retourner à un temps mythique, à cette aube de l’humanité en recherche d’antécédents anthropologiques de la danse, nous permet de percevoir que autant elle que le chant appartiennent à un ensemble d’expressions organiques et viscérales qui sont un héritage naturel chez l’homme, antérieur à tout développement culturel.

Avec la venue de la civilisation, cette danse glorieuse qui exprimait son harmonie dépouillée d’artifices, totalement gratuite, fut lentement perdue. Rolando Toro Araneda, créateur du système Biodanza, l’exprime de la façon suivante : « L’humanité, dans son chemin vers la civilisation, semble avoir choisi la ligne évolutive du ‘langage – pensée’ au détriment de la ligne ‘mouvement – vivencia’. Notre civilisation pourrait se décrire, de ce point de vue, comme une super-technique du langage – pensée, accompagnée d’une progressive détérioration des fonctions motrices et d’une inhibition pathologique des vivencias.  

 

Au cours du temps, ce dualisme évolutif a atteint son expression maximale dans la célèbre formule platonique qui est le paradigme de la dissociation humaine : corps et âme. A partir de ce moment, la fragmentation s’est scellée. Le ballet s’est vêtu d’ornements tendant à renforcer des valeurs culturelles et notre unité originaire, celle qui trouvait dans la danse le sens du lien, commença à dormir d’un long sommeil dans l’inconscient, dessinant des archétypes qui dans la quiétude du paysage onirique nous parlaient d’intégration en offrant une consolation à notre nostalgie paradisiaque.

 

L’optique duelle et dissociée de l’existence proposée par Platon a donné origine, comme nous l’avons dit, à une nouvelle conception de la danse. Ce versant apollinien visait à satisfaire des « idéaux » de beauté et de perfection. Plus tard, l’apport de Descartes avec son « je pense donc je suis » accentua les divisions déjà établies. La danse développa donc une virtuosité physique très efficace pour les besoins expressifs de ce « corps – machine », soumis alors à la volonté des idées.

La naissance du ballet artistique, emprunt depuis sa genèse de dualisme, généra malheureusement un nouveau rôle qui lui permettra de trouver ce sens perdu : le spectateur. La danse perdit sa valeur constitutive dans le développement de l’identité. Le danseur, alors séparé de la pulsion intégrante de la danse primordiale, eut besoin de créer un code gestuel capable d’éveiller des émotions dans le public. Selon Garaudy, « Une telle conception de la danse, en ne pouvant s’insérer dans la vie réelle, chercha ses thèmes dans les contes de fées, marquant le contraste entre la nature et le surnaturel, le rêve et la réalité ». La vie cessa d’être dansée pour commencer à être représentée. La brèche entre l’intérieur et l’extérieur s’approfondit. La danse, en se spécialisant, perdit progressivement son universalité.

 

Parallèlement à ce développement artistique, cependant, hors des pinacles dans lesquels on cultivait les aspects « sublimes » de l’être humain, la danse trouva, dans le domaine tribal et les traditions populaires, la possibilité de conserver certains attributs et de se développer dans l’autre direction que celle marquée par la scission culturelle. En soulignant les aspects viscéraux et émotifs, les ballets à orientation dionysiaque cherchaient à restituer l’intégration perdue et à revitaliser les liens originels avec l’univers par l’extase et la fusion. Et ils continuèrent à le faire. Le plaisir corporel, la frénésie sensitive, la transe et la volupté générale sont les grands véhicules pour y arriver. Dans ces ballets il n’existe pas de spectateurs mais des protagonistes et leur énorme abondance expressive se nourrit de la réalité même : des danses de célébration communautaire (pluies, récoltes, mariages et naissances) ; des danses chamaniques curatives et rituelles d’extase groupale ; des danses romantiques d’amour et d’intimité, avec une participation active du contact ; des danses de plaisir cénesthésique et/ou cinétique (samba brésilienne, rock & roll) ; etc.

Cependant, bien que conservant des principes d’universalité et préservant des valeurs originaires de vie indispensables pour notre survie comme espèce, ce type de danse fut – et est – cruellement disqualifiée par la culture « officielle ». L’accent rationaliste marqué de celle-ci introduisit les aspects spirituels du ballet (le corps comme chemin vers …) et déprécia ces danses populaires qui, enracinées dans le corporel, offraient un sentiment d’unité biocosmologique capable de défier les tabous enferrés dans l’existence. Leur proposition libératrice représenta toujours une menace à l’ordre établi et elles furent donc considérées comme une prostitution et furent qualifiées de « profanes ». Malgré l’audace qui les poussait, une persistante sensation de péché finit par éclipser les appétits spirituels de ces joyeuses danseuses, de vraies déshéritées de l’âme.

 

L’aube de la rencontre

La naissance du  20ème siècle s’accompagna d’importantes transformations qui secouèrent l’espace conventionnel de l’existence. La danse, protagoniste permanente de l’aventure humaine, a participé activement à ces changements. Dans une tentative de retourner aux origines vitales de la danse, une brillante femme californienne appelée Isadora Duncan chercha à réinsérer l’art dans la réalité en extrayant des phénomènes naturels de nouveaux modèles rythmiques et des cadences de mouvement, et de sa propre vie la source de l’impulsion : « Depuis le commencement, j’ai toujours dansé ma vie… pour moi, la danse n’est pas qu’un art qui permette à l’âme humaine de s’exprimer en mouvement, mais la base de toute une conception plus flexible, plus harmonieuse, plus naturelle ».

 

Convaincue, avec la lucidité caractéristique des visionnaires, Isadora se changea en une sorte de Prométhée contemporain, rendant à la danse les éléments originaires qui lui avaient été retirés par la culture, en la rachetant, en la sortant de la léthargie dans laquelle elle se trouvait et en révolutionnant son concept par d’intenses mutations dont elle était toujours protagoniste : elle libéra son corps sur scène, elle dansa pieds nus et demi-nue ; elle créa ses propres chorégraphies en interprétant la musique selon un modèle personnel de mouvement ; elle amena le centre « moteur » de la danse de son assise traditionnelle, de la base de la colonne vertébrale vers la poitrine, lieu des émotions – commençant un courant que continuera plus tard Martha Graham - ; elle posa les fondements de la danse moderne – mouvement qui fut à la jonction des deux courants historiques jusqu’alors inconciliables, Apollon et Dionysos – et plus particulièrement, elle réintégra la danse dans le domaine de l’expérience quotidienne, hors des enceintes artistiques et des restrictions élitistes.

 

Beaucoup d’années plus tard, le danseur et chorégraphe Maurice Béjart sera d’accord avec ces visions : « A mon avis, la danse ne peut être exclusive. C’est un langage universel, un moyen d’union universel. Dans les danses populaires de partout dans le monde, le premier geste consiste à se donner la main. La danse est un moyen de communication social, politique, religieux. Et les personnes participent à cette magie, à cette empathie. Leur cœur bat, leur âme se gonfle, leur corps ardent se dilate. La danse doit rompre de vieux modèles et choisir de s’ajuster au rythme des passions, des pulsions, des morts et des renaissances. Il ne s’agit pas de transmettre un message chiffré, hyper-symbolique, mais un flux intérieur ».

 

Ce « danser la vie » d’Isadora Duncan était chargé de contenus vivenciels. C’était une expression authentique, non de l’âme ou du corps, mais de l’être en mouvement ; de cette identité qui, dans sa danse, se transforme, construit et évolue dans la multiplicité des aspects avec lesquels elle se manifeste.

 

Pourtant, le sentier pressenti par Duncan commença à changer.

 

La Danse Générale

Le concept de « vivencia » fut suggéré par le philosophe allemand Wilhem Dilthey en 1911 et peut se traduire succinctement comme « instant vécu dans un monde vivant ». Comme toutes les propositions rénovatrices d’Isadora et d’une pléiade d’artistes, scientifiques et créateurs, cette élaboration conceptuelle surgit à la lumière de grandes convergences au commencement du 20ème siècle. Un siècle dans lequel le sens holistique de l’expérience humaine commença à être vu d’une façon nouvelle, clairement, pour ensuite rester pendant des années dans la pénombre.

 

La vivencia est un état qui se manifeste dans le présent inévitable ; dans cet ici – maintenant qui surgit de la réalité même (et non de son analyse ou interprétation) en prenant d’elle cette force qui ébranle et englobe la totalité du système vivant. La vivencia est éloignée des situations « comme si ». Elle est enracinée dans le réel et c’est dans ce processus vivenciel  irréversible (je suis la réalité ; ce qui nous arrive est) que réside son potentiel transformateur. « Le pouvoir réorganisateur qu’ont les vivencias – dit Rolando Toro Araneda – est dû à cette qualité unique de surgir comme la première expression affective de notre organisme, comme des sensations corporelles fortes. Les vivencias sont l’expression originaire de ce qui est le plus intime en nous, antérieur à toute élaboration symbolique ou rationnelle. »

 

Comme nous pouvons voir à travers ce nouveau paradigme, il ne s’agit pas seulement de danser. La danse dans son caractère primordial, c’est à dire comme expression spontanée de se rendre compte d’être vivant dans la vie, s’organise et  prend sens dans le vivenciel. Le paradoxe « toute vivencia est une danse mais pas toute danse est une vivencia » résume clairement ce concept. La danse peut, comme le disait Jim Morrison, « offrir des images, rassembler des souvenirs d’une liberté à laquelle nous pouvons toujours retourner », mais c’est la vivencia qui nous donne la certitude de ces révélations et nous permet de les intégrer.

 

Il est important donc de percevoir que vivre en dansant est quelque chose de beaucoup plus complexe – en plus d’être nourrissant et émouvant – que de nous bouger joyeusement. Parce que la danse et la vivencia ne sont pas des composants d’une formule « magique », mais des éléments d’une relation dynamique et générative qui ont tous deux été exilés et éradiqués de la vie humaine pendant des siècles. Consacrer leur re-rencontre demande donc un entraînement progressif dans l’art de l’intégration ; un réapprentissage graduel qui déflagre les potentiels qui nichent dans nos gènes et revitalise convenablement notre capacité de lien endormie : « Si nous voulons être le plus sain possible – suggère Larry Dossey – nous devons permettre que le principe de connexion fleurisse en nous, sous forme de relations avec d’autres êtres humains. Nous avons besoin d’être en contact avec ceux de notre espèce, comme les atomes de notre corps ont besoin d’être en contact, en communication, en échange constant avec le monde qui est au-delà de notre propre peau afin de nous maintenir dans la condition d’êtres vivants. A tous niveaux, de l’atomique au personnel, la connexion est une exigence de la vie ».

 

La conquête future de nouveaux niveaux d’intégration amènera à une plus grande participation vitale. En conséquence, notre mouvement ne sera pas seulement plus beau, mais participera activement à la grande danse générale, à l’incessant spectacle de la vie en nous : « Nous sommes en mouvement permanent. – poursuit Dossey – Cela faisait littéralement cinq ans que nous n’existions pas ; tous nos atomes se sont rénovés dans cet intervalle. Aujourd’hui nous sommes ici, mais rien de ce que nous sommes aujourd’hui ne sera en nous dans cinq ans. Tous nos atomes, jusqu’au dernier, se seront rénovés. Cette danse biologique (la ‘Biodanza’) – cet échange continu d’éléments entre les êtres vivants et la terre même – est un processus silencieux qui arrive sans que nous le sentions. C’est comme une danse derviche, intentionnelle et disciplinée et pleine d’animation ; et c’est une danse dans laquelle tous les organismes vivants participent ».

 

Danser la vie c’est, en même temps, une expérience glorieuse et un défi permanent. Cela équivaut à se plonger dans les eaux profondes de notre identité en recherche de la sagesse originelle, cette perle qui nous permet de réorienter notre existence à partir de valeurs plus justes, plus authentiques et plus saines que celles imposées par notre milieu social, l’expression locale d’une culture agoniste et vacillante.

 

La danse vivencia est donc une invitation à la plénitude. C’est seulement à partir d’une identité brillante qu’il sera possible de générer une culture de vie capable de reconquérir le paradis et de le recréer comme une expérience quotidienne. Une épopée digne d’être commencée dans notre ici – maintenant. Sur cette terre et dans cette vie.

 

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Article du mois de mai 2006
 

Le Minotaure blessé par Rolando Toro Araneda

 

Le mythe grec du Minotaure représente cette créature comme un monstre extrêmement dangereux, spécialement pour la jeunesse.

 

L'acte suprême, dans la civilisation grecque, consiste à tuer le Minotaure, un acte réalisé par le héros Thésée avec l'aide d'Ariane, qui a donné à Thésée un fil de laine avec lequel il a laissé une trace afin de pouvoir ressortir du Labyrinthe.

 

Tuer le Minotaure est, symboliquement, assassiner l'instinct.

 

La lutte de Thésée avec le Minotaure représente le conflit entre Apollon et Dionysos.

 

Une culture basée sur une répression des instincts est contraire à n'importe quelle forme d'animalité et, par conséquent, la violence surgit face aux espèces vivantes et au milieu écologique. Une civilisation qui tue le Minotaure est une civilisation belliqueuse.

 

Les grandes cérémonies de tauromachie sont une expression de la peur inconsciente du taureau intérieur, c'est-à-dire du propre instinct.

 

Le drame du 20ème  siècle pourrait être représenté par le Minotaure blessé à mort.

 

Picasso a représenté sur des gravures géniales le thème du Minotaure et a eu l'intuition du drame érotique qui se vit dans cette situation archétypique.

 

En Biodanza, nous proposons la réconciliation sacrée avec notre propre Minotaure. Nous ne sentons pas que le Minotaure, symbole des instincts, représente un danger mais, au contraire, la condition essentielle à la survie de l'espèce humaine.

 

Le chemin de réconciliation avec le Minotaure est l'innocence, qui peut être symbolisée, de façon archétypique, par l'Enfant Divin et, de façon anthropologique, par les Cérémonies de Renaissance.

 

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Article du mois de juin 2006
 

Fondements pour l’entrée de la Biodanza dans la pratique pédagogique par Nélida Pérez

www.abiodanza.hpg.ig.com.br/index.htm

 

Pourquoi le corporel ?

 

Nous recherchons des fondements théoriques qui justifient et dénotent l’importance d’inclure la corporalité dans la pratique pédagogique.

 

La neurophysiologie nous donne une réponse en nous enseignant que, chez l’être humain, tout n’est pas contrôlé consciemment par le cortex cérébral. Il existe une organisation corporelle très archaïque qui échappe à la domination corticale et qui englobe toute la gamme des sensations, réactions motrices et organiques spontanées, sub-corticales. Ainsi, par exemple, devant une situation de « danger », notre corps sera le premier à exprimer notre peur, avant que nous soyons « conscient » de la ressentir ; ceci s’exprimera d’une façon motrice (fuite – paralysie), hormonale (transpiration) ou neurovégétative (accélération du rythme cardiaque).

 

D’un point de vue linguistique : nous démontrons que par le corps nous développons une gamme de conduites qui sont un vrai langage gestuel ou corporel, dans la mesure où elles sont un moyen pour nous exprimer, pour comprendre et être compris. Ce langage gestuel précède chronologiquement le langage verbal et coexiste avec lui. Plus primitif que la parole, il est également généralement plus spontané et moins codifié. C’est pourquoi il est d’une importance vitale de le récupérer et de le favoriser pour une meilleure communication et une meilleure créativité de l’être humain et pour une meilleure évolution du langage verbal.

 

Les théories psychologiques nous donnent un autre fondement quand elles nous disent que le  premier système de connaissance du monde chez l’être humain est dérivé des images cénesthésiques, visuelles, auditives, olfactives, de vivencias corporelles des premiers mois de la vie (saveur du lait, sa couleur, ajoutée au mouvement des lèvres qui tètent, l’image du sein, etc.) où l’enfant est un faisceau de pulsions auto-érotiques régies par le principe de plaisir. Ce premier système de connaissance reste ouvert toute la vie, c’est-à-dire que nous allons toujours avoir un niveau d’approche du monde et des personnes au travers de ce système primitif de connaissance que sont les sens, les sensations corporelles et les images cénesthésiques.

 

D’autre part, la psychogénétique et l’épistémologie génétique démontrent comment l’enfant, ensuite adulte, structure le monde à partir de son corps et comment tout développement de son intelligence s’appuie sur des activités motrices primitives. A partir de ses vivencias corporelles, l’enfant ensuite adulte structure le monde des objets dans ses relations spatio-temporelles et causales, il structure le monde des « autres » dans ses relations affectives. Ainsi, c’est à travers ses premières conduites de toucher, etc. que l’enfant commence un dialogue avec son environnement familier. Tout le développement qui suit « scelle » ces premières vivencias corporelles.

 

J’adhère à l’hypothèse qui soutient que la maladie et la souffrance humaine ont leur origine dans la difficulté à développer les potentialités vitales et dans le blocage émotionnel. Pour cette raison, la proposition est de donner la priorité à la vivencia par le mouvement et l’expression.

 

Pour quoi le corporel ?

 

Certains objectifs mentionnés ci-dessous contribuent à ce que les personnes :

 Comment le corporel ?

 

La proposition de la Biodanza est le développement de cinq lignes de vivencia et de mouvement : Vitalité, Sexualité, Créativité, Affectivité et Transcendance.

 

Vitalité : c’est l’élan vital, l’énergie de l’individu pour affronter le monde et se relier avec lui. Cette énergie se développe et s’exprime par le mouvement, le jeu, l’activité et le repos.

 

Sexualité : elle naît et meurt avec l’être humain, elle est reliée à la capacité de sentir du désir et du plaisir. Elle a à voir avec le contact et le lien profond avec l’autre.

 

Créativité : c’est l’élément de rénovation, elle est liée à la pensée divergente, au succès du choix et de l’action, avec l’expression. La mécanisation, la répétition, la copie sont quelques uns des mécanismes qui paralysent la créativité.

 

Affectivité : c’est le monde émotionnel et sensible de la personne, elle est en relation avec le lien qui s’établit avec l’autre, avec le groupe et avec la communauté.

 

Transcendance : c’est la capacité d’aller au-delà de son propre ego et de se lier avec des unités chaque fois plus grandes. Elle est liée à l’harmonie avec le milieu ambiant.

 
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Article du mois de juillet-août 2006

 

Les 7 pouvoirs de transformation de la Biodanza par Rolando Toro Araneda

 

Le succès pédagogique et thérapeutique de la Biodanza est dû à ses effets sur l’organisme comme totalité et à son pouvoir de réhabilitation existentielle. Ces effets sont les suivants :

 

Pouvoir musical,

Pouvoir de la danse intégrante,

Pouvoir de la méthodologie vivencielle,

Pouvoir de la caresse,

Pouvoir de la transe,

Pouvoir de l’expansion de conscience,

Pouvoir du groupe.

 

Chacun d’eux a, en lui-même, un effet transformateur. Reliés en un ensemble cohérent, par un modèle théorique scientifique, ils sont un faisceau d’écofacteurs aux effets extraordinaires, capables d’influer y compris sur les lignes de programmation génétique.

 

Pouvoir musical :

Orphée a inauguré d’une façon mythique en Occident le « pouvoir musical ». Par la musique intégrante, avec la lyre d’Apollon, il était capable d’influer sur les lois de la nature et sur les mystérieux modèles qui organisaient la vie. Sous l’influence de sa musique, Orphée pouvait faire fleurir les arbres en hiver et calmer les animaux sauvages.

 

Depuis des temps immémoriaux, le pouvoir musical est connu au Japon, en Chine et dans d’autres pays orientaux. L’utilisation de la musique par les chamans, les moines tibétains et les danseurs soufis pour invoquer les forces de guérison et le lien cosmique est aussi très connue par les anthropologues.

 

Actuellement, la recherche scientifique en musicothérapie et en psychologie de la musique confirme l’efficacité du pouvoir musical. Il suffit de mentionner Alfred Tomatis, Don Campbell, Yehudi Menuhin et Michel Imberty pour comprendre que la musique, non seulement est liée aux aires réceptives de la sensibilité et de l’innovation, mais a aussi des pouvoirs de transformation sur les plantes, les animaux et, en particulier, sur les êtres humains.

 

Alfred Tomatis nous montre que « écouter l’univers » ouvre la perception dans toutes ses dimensions et rétablit les liens essentiels avec le milieu ambiant et avec les personnes.

 

Don Campbell a découvert certains effets spécifiques de certaines musiques de Mozart, capables de stimuler des fonctions cognitives et perceptives. « L’effet Mozart » peut s’extrapoler aussi à  « L’effet Vivaldi », « L’effet Bach » ou à « L’effet Debussy ».

 

Yehudi Menuhin a étudié les relations entre la musique et les neurosciences, démontrant les effets de la musique sur les fonctions neurophysiologiques et sur le comportement des enfants.

 

Michel Imberty, un des plus grands spécialistes de la sémantique musicale, a fait des analyses de différents thèmes musicaux et de leurs significations émotionnelles.

 

Des recherches sur la sémantique musicale ont été réalisées par Gundlach (1935), Hevner (1936), Campbell (1942) et Watson (1942). De nombreux autres chercheurs actuels ont démontré les effets de la musique sur les organismes vivants.

 

En Biodanza, la musique est rigoureusement sélectionnée pour stimuler les écofacteurs liés aux cinq lignes de vivencia.

 

Nous appelons « musiques organiques » celles qui présentent des attributs biologiques : fluidité, harmonie, rythme, tonalité, unité de sens et effets cénesthésiques ; elles ont le pouvoir d’induire des vivencias intégrantes.

 

Etant donné que la musique peut éveiller des vivencias intenses, sa sélection en Biodanza obéit à des critères sémantiques, c’est-à-dire à ses significations thématiques, émotionnelles et vivencielles. La musique peut éveiller des émotions sentimentales érotiques, euphoriques, nostalgiques, etc., lesquelles, en étant dansées, se transforment en vivencias.

 

Pouvoir de la danse intégrante :

La Biodanza a un répertoire d’environ 250 exercices et danses, dont la finalité est d’activer les mouvements humains de façon harmonieuse et intégrante; il n’existe pas de mouvements dissociés en Biodanza. Nous comptons avec un ensemble d’exercices d’intégration sensori-motrice, affectivo-motrice et de sensibilité cénesthésique. Un autre ensemble d’exercices est formé par des danses simples qui stimulent les vivencias de vitalité, sexualité, créativité, affectivité et transcendance.

 

Pendant la pratique de la Biodanza, la musique se transforme en mouvement corporel, c’est-à-dire qu’elle « s’incarne » et le danseur entre en vivencia. A partir de la combinaison musique – mouvement – vivencia se déclenchent des changements subtils dans les systèmes limbique-hypothalamiques, neurovégétatifs, immunologiques et dans les neurotransmetteurs.

 

Toutes ces danses sont des écofacteurs qui ont un grand pouvoir de déflagration vivencielle, elles se potentialisent réciproquement et leur effet est l’homéostasie des fonctions organiques, la régulation du système intégrateur – adaptatif – limbique – hypothalamique et l’élévation de la qualité de vie dans le sens de la plénitude et du plaisir de vivre.

 

Méthodologie vivencielle :

La méthodologie de la Biodanza s’oriente vers la déflagration de vivencias intégrantes, capables de dépasser les dissociations qu’induit notre culture.

 

Actuellement, un grand nombre de personnes vivent des états de dissociations psychosomatiques. Elles pensent quelque chose, sentent d’une manière différente et agissent de façon dissociée par rapport à ce qu’elles sentent. L’unité de notre existence est en crise permanente. C’est à travers les vivencias que se perfectionne l’unité neurophysiologique et existentielle de l’être humain.

 

La vivencia est la sensation intense d’être vivant « ici-maintenant » et a de fortes composantes cénesthésiques et émotionnelles. Les vivencias ont différentes nuances émotionnelles, comme l’euphorie, l’érotisme, la tendresse, la paix intérieure, etc., ce qui contribue à l’expression authentique de l’identité.

 

La vivencia est différente de l’émotion. L’émotion est une réponse à des stimuli externes et disparaît quand ceux-ci cessent. La vivencia est une expérience qui englobe l’existence en entier, a des effets profonds et durables, avec une participation de l’organisme comme totalité et induit le sentiment d’être vivant, en transcendant l’ego. C’est une expérience « ici-maintenant ».

 

L’éveil de vivencias, qui nous permet d’être nous-mêmes, constitue une nouvelle épistémologie. Nos motivations intenses, instinctives et affectives, sont inhibées par des modèles culturels. Les vivencias profondes qui englobent l’unité de notre psychisme sont les forces originaires de la vie.

 

L’approche rationnelle de nos conflits ne résout pas à fond les troubles dissociés ; avoir une conscience de nos conflits ne modifie pas le comportement. C’est la vivencia d’être vivant, la perception cénesthésique de notre corps et, en fait, la possibilité « d’être honnêtement nous-mêmes » qui permet une existence intégrée et saine. Pour cette raison, nous n’utilisons pas l’analyse des conflits mais stimulons la partie saine de notre identité par des vivencias intenses, « l’instant est l’unique lieu où on peut vivre ».

 

La méthodologie vivencielle permet le processus d’intégration. La Biodanza est, par définition, un système d’intégration des potentiels humains. Intégration signifie « coordination de l’activité entre différents sous-systèmes pour arriver à un fonctionnement harmonieux d’un système plus grand ». La vivencia est l’agent essentiel d’intégration de l’unité fonctionnelle : « nous habitons l’ici et maintenant,  dans un temps cosmique ».

 

Pouvoir déflagrateur de la caresse :

« La Biodanza est une poétique de la rencontre humaine »…

 

La connexion avec les personnes est essentielle dans tout acte de réhabilitation ou de guérison. Il n’existe pas de croissance solitaire (les techniques mystiques ou thérapeutiques à caractère solipsiste sont une tromperie). Le contact avec d’autres personnes est ce qui permet la croissance.

 

La connexion verbale est insuffisante. Le contact, la danse à deux ou collective et l’engagement corporel dans un contexte sensible, subtil et en feedback sont nécessaires.

 

Concernant les effets thérapeutiques et pédagogiques de la caresse, il existe actuellement de nombreuses recherches scientifiques. Des centaines d’auteurs ont découvert que le contact valorise et donne du contenant affectif aux personnes. Bien-sûr le contact ne suffit pas, il faut la connexion, ce qui veut dire que, quelque soit la forme de lien physique, celle-ci doit être mue par une force affective sincère.

 

Il existe des fondements scientifiques des thérapies de contact. Nous pouvons mentionner, parmi les nombreux chercheurs : S. F. Harlow, René Spitz, Rof Carballo, Lopez Ibor, Bowlby, etc.

 

La caresse n’est cependant pas seulement contact mais connexion. Les thérapies qui n’ont pas d’engagement corporel sont dissociées, puisqu’elles ne travaillent qu’au niveau de la conscience et non avec des vivencias significatives d’amour et de communion.

 

L’affectivité, noyau central de toutes les thérapies, inclut : la connexion, la coparticipation, le « nous » de Martin Buber.

 

Pouvoir de la transe :

La transe est un état altéré de conscience qui implique la diminution de l’ego et la régression au primordial, à l’originaire, d’une certaine façon à l’étape périnatale. Il s’agit d’un phénomène de régression aux états initiaux de l’existence.

 

Les effets de la transe ont le caractère d’une rénovation biologique parce que, pendant cet état, se rééditent les conditions biologiques du commencement du développement humain (métabolisme plus intense et éveil de la perception cénesthésique) et les premières nécessités de protection, de nutrition et de contact.

 

Pour cette raison, les exercices de transe en Biodanza permettent la reparentalisation, c’est-à-dire le « naître à nouveau » dans un contexte d’amour et de protection. De nombreux adultes portent en eux un enfant blessé, un enfant abandonné, sans amour. La reparentalisation permet de prendre soin de lui dans des cérémonies de transe et de renaissance.

 

Parmi les ressources du Système Biodanza, nous comptons sur la méthode innovante de la « transe de suspension » qui permet d’avoir accès à l’état de transe de façon progressive et sous la forme d’un doux abandon.

 

Pouvoir de l’expansion de conscience :

L’expansion de conscience est un état de perception amplifiée qui se caractérise par le fait de rétablir le lien primordial avec l’univers. Son effet subjectif est un sentiment intense d’unité onto-cosmologique et de joie transcendante.

 

La Biodanza induit des états d’expansion de conscience par des musiques, des danses et des cérémonies de rencontre. Avoir accès à « l’expérience suprême » demande une préparation  préliminaire et un niveau supérieur d’intégration et de maturité. Les procédés que nous utilisons pour induire des changements progressifs d’état de conscience sont :

 

Exercices pour amplifier la perception de la nature et des personnes par les cinq sens,

« Lecture de l’âme » par la perception du visage des compagnons après la transe,

Exercices de plaisir cénesthésique pour diminuer l’intervention de l’ego,

Exercices de fluidité lente avec abandon,

Exercices d’extase et d’intase.

 

Différentes techniques psychothérapeutiques et de développement intérieur utilisent des drogues et des « plantes magiques » pour induire des états d’expansion de conscience, les propositions de la psychothérapie transpersonnelle la recherche par d’autres moyens.

 

Le Dr Albert Hofmann, créateur du LSD-25 (diéthylamide de l'acide lysergique), a proposé une nouvelle forme d’éducation de la perception et de la capacité d’empathie par « l’expérience enthéogène », dans un contexte d’intimité avec la vie. Cette proposition est difficile à réaliser étant donné l’ignorance scientifique ; la frivolité de nombreux auteurs – comme Timothy Leary – a discrédité l’expérience lysergique avec laquelle l’humanité a été profondément lésée.

 

En Biodanza, nous n’utilisons pas de drogues, nous préférons activer les mécanismes des neurotransmetteurs qui existent normalement dans l’organisme et qui produisent le même effet que les drogues enthéogènes. Après avoir vécu une « expérience suprême » (strictement accompagnée), on découvre un nouveau sens de la vie et une élévation du lien avec la nature, avec d’autres personnes et avec soi-même. La transtase (changement subit de transformation intérieure) consiste en l’intégration organique de la perception de l’intelligence abstraite et de l’affectivité.

 

La Biodanza induit des états de plénitude, et souvent d’extase, par des exercices d’affectivité et de transcendance. Les états d’expansion de conscience ont un effet durable sur le sens de l’existence et sur la façon d’être dans le monde. Ils consistent en une extase pour toute la création, ses forêts, ses animaux et en particulier les personnes.

 

L’expérience enthéogène est « le réveil du divin chez l’homme ». Elle comprend deux aspects :

Extase (lien avec le monde externe et avec les personnes) : L’approfondissement de cet état peut conduire à l’état contemplatif avec des pleurs fréquents face à la beauté indescriptible de la réalité, lié à la perte des limites corporelles et un plaisir intense. Il peut également se produire une profonde identification avec l’essence d’une personne, provoquant une compréhension absolue de celle-ci et en arrivant à ressentir une émotion intense d’amour et de fraternité.

L‘état de plaisir cénesthésique arrive quand une personne s’abandonne à « être soi-même » et, est en même temps un médium de la musique, c’est-à-dire que « l’individu est la musique ». Il se produit quand on danse les yeux fermés, en profonde sensibilité, lente et harmonieuse.

Intase (lien avec soi-même) : C’est la subite amplification de conscience unie à la vivencia émouvante « d’être vivant » pour la première et unique fois, en concentrant toutes les possibilités de l’être. Cette vivencia s’accompagne d’un sentiment de beauté et de plénitude. C’est se sentir la partie vivante d’une totalité organique, uni à un sentiment d’éternité (atemporalité). La vivencia corporelle est pulsante, avec des sensations de frisson et une pilo-érection.

 

INTASE

EXTASE

-  Harmonie cénesthésique

- Empathie

-  Extase musicale

- Extase amoureuse

- Vivencia intra-utérine

- Extase altruiste

- Vivencia océanique

- Extase contemplative

- Illumination

- Extase cosmique

 

 

Pouvoir du groupe :

Le groupe en Biodanza est une matrice de renaissance qui s’intègre au niveau affectif et est un champ d’interaction très intense.

 

La Biodanza n’est pas un système solipsiste, ni d’interaction verbale. Son pouvoir se trouve dans l’induction réciproque de vivencias entre les participants du groupe. Les situations de rencontre ont le pouvoir de changer profondément certaines attitudes et formes de relations humaines.

 

La forme d’intégration du groupe en Biodanza se différencie radicalement de la dynamique de groupe traditionnelle.

 

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Article du mois de septembre 2006

 

Orientation existentielle. Ethique et esthétique pour notre vie (stress existentiel) par Raul Terrén

www.terrentoro.com

 

Quelle impulsion profonde nous a guidés pour que, malgré toutes les difficultés qui se présentent, nous soyons amenés à organiser notre vie pour être heureux ici et maintenant, en pratiquant la Biodanza.

 

Nous avons des raisons superficielles qui ont justifié de façon très convaincante toues les actions qui nous ont éloigné de nous-même ; mais il est toujours possible de se reconnecter avec les motivations profondes de notre vie.

 

On dit que la Biodanza est un chemin d’accès à notre identité, comme si elle était un lieu ou un état où nous devrions arriver. Il y a certainement quelque chose de cela, mais je crois que la métaphore est incomplète.

 

Notre identité n’est pas un chemin épistémologique, de se connaître soi-même, comme le disait Socrate, ni un chemin ontologique, d’être et de non être comme se le demandait Hamlet. C’est à  mon avis une stratégie éthique et esthétique et, plus précisément,  d’être en plénitude ou de n’être qu’à moitié, de fleurir intégralement ou  d’être un bonzaï de notre existence.

 

Nous sommes dans ce monde pour nous créer nous-mêmes, dirait Maturana. Quel défi! Se créer soi-même est la tâche et ce n’est pas un chemin solitaire, pour être humain nous avons besoin d’autres êtres humains. C’est cette interaction entre humains qui, à la base, rend possible ou inhibe notre autopoïèse, et c’est là que la Biodanza prend toute son importance.

 

Ce n’est pas seulement la forme qui nous parle de notre développement biologique, ni nos actions, ni la réussite1 ou l’échec personnel et social.

Qui peut dire avec une précision acceptable si l’existence de telle ou telle personne est pleine ou non, si elle est sur un chemin correct ou si elle se trompe, quand il y a tant de directions correctes et fausses possibles ?

Avec quels paramètres l’ami ou le père, le thérapeute ou le facilitateur de Biodanza, peut-il donner un conseil opportun ? Quel mystère !

 

Malgré l’aide précieuse de ces personnes, c’est seulement chacun d’entre nous qui pouvons percevoir ou sentir si nous sommes dans le moment et le lieu adéquat en un instant déterminé.

 

Pour l’univers, quelque fois, ce qu’il arrive à chacun d’entre nous n’est pas important, c’est même insignifiant. Mais à chacun de nous, ce qui nous arrive est extraordinairement important.

 

J’appelle stress existentiel ce carrefour dans lequel s’arrête la manifestation de notre identité, parfois un instant, parfois un instant cosmique qui peut durer une vie. Par moments nous tournons en rond, parfois nous restons paralysés. C’est comme si nous ne savions pas que faire, nous ne savions pas où aller…

Nous nous mettons à penser et cela ne nous sert pas à grand chose. La prise de décisions existentielles n’est pas un problème de pensée, ni de sentir, c’est une instance plus globale de notre identité comme l’unique et le multiple (Plotin) en même temps. Comme le dirait Nietzsche, chacun de nous a un unique message à transmettre dans sa vie et je suis d’accord, mais nous pouvons le faire de nombreuses manières différentes, parfois même nécessairement de nombreuses façons différentes.

 

Peut-être y a-t-il ici une clé pour ces carrefours où se manifeste le stress existentiel ; un chemin se termine, peu importe si nous l’avons traversé bien ou mal, avec succès ou non, et l’autre commence, il est tout autant le mien que le précédent mais différent.

Je crois que c’est dans ces moments où les personnes se trouvent les plus perdues, et particulièrement celles qui ont atteint leurs objectifs et pensaient que si elles faisaient « les choses bien », ce chemin serait là toute la vie.

 

Le mystère de l’existence apparaît dans sa plus grande splendeur dans ces moments de claire incertitude.

 

Au lieu de naviguer sur Internet ou dans les îles du Pacifique, nous naviguons dans ce mystère, nous laissant porter par les vents (rêves), les courants qui surgissent des profondeurs (instincts) et en nous guidant avec les étoiles. Etre guidé par les étoiles, comme le faisaient les anciens navigateurs, est la métaphore de connexion avec les désirs du cœur (désir = de-siderio = relatif aux étoiles).

 

Nous avons besoin d’une orientation existentielle. Quelqu’un peut-il la donner ?

Je crois que ce n’est pas la tâche d’élus, ni de professionnels, mais le fruit de vraies rencontres où l’un est le phare de l’autre. Naviguons dans l’intimité de ces rencontres en nous animant à l’écoute du chant des sirènes, et orientons notre perception vers les ports de l’amour (éthique) et de la beauté (esthétique) qui apparaissent dans l’horizon de notre existence.

 

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Article du mois d'octobre 2006

 

Biodanza et éducation par Rolando Toro Araneda

 

La Biodanza est l’unique alternative : changer la structure affective de l’espèce humaine, c’est de là que découle tout le reste. Par exemple : il n’y a pas d’apprentissage, ni de créativité sans une motivation affective. Souvent, dans l’éducation formelle, la créativité reste éloignée de son mécanisme subtil qu’est l’affectivité. Le manque d’affectivité – soit en éducation ou en thérapie – est la cause de l’échec de ces disciplines. Toutes les qualités de la cognition, de la créativité, de la croissance de la capacité sémantique, proviennent d’un fond affectif auquel on ne peut renoncer.

 

Les propositions de l’éducation sont absolument désorientées. La philosophie de l’éducation est en crise – et l’a toujours été – et c’est pour cela que le monde est comme il est. On entend dire : « les buts de l’éducation sont de préparer les enfants aux grands défis du troisième millénaire ». « Non » disent d’autres, « les buts de l’éducation sont d’augmenter le nationalisme et l’identité nationale ». Ceci je l’ai entendu dans des congrès mondiaux, avec de grands dirigeants de l’éducation, avec des ministres. « Non », dit un autre « ce qu’il faut faire c’est alphabétiser, avant tout ». Qui va nier l‘importance de l’alphabétisation ? Mais des milliers de criminels sont alphabétisés. Ce que je désire leur dire c’est que le point de départ de l’éducation doit être la restructuration affective. Et pour cela, il faut introduire – comme médiation – la Biodanza.

 

« Nous atteignons notre but » entendons-nous dire, parce qu’on arrive à la productivité, l’efficacité, l’excellence. Excellence en quoi ? Dans l’informatique. Et l’échec total à la maison, dans le lien avec les enfants. Et le triomphe. Quel triomphe ? Avoir fait grandir l’entreprise, avoir augmenté les entrées de l’entreprise et l’échec total dans la vie personnelle, dans la vie sexuelle, dans l’enchantement de vivre, rempli d’ulcères, plein de stress.

 

La Biodanza est une posture philosophique, une proposition éducationnelle et une méthodologie de contenus. Le principe biocentrique est : la vie au centre. Apprendre à apprendre. Apprendre à vivre. C’est ceci qu’il faut savoir. Dans le programme des écoles, il faut faire certains changements. Je ne disqualifie pas l’éducation traditionnelle, mais il faut faire de profonds changements, sinon il n’y a pas d’espoir pour l’espèce humaine. Les personnes ne se rendent pas compte qu’il faut penser de façon macroscopique, regarder les problèmes de haut.

 

Question : Existe-t-il un type de méthodologie à partir de l’épistémologie phénoménologique ?

 

Rolando Toro : Effectivement, l’éducation biocentrique est beaucoup plus proche de la phénoménologie. Nous avons bien étudié le processus de la phénoménologie chez Ulcer, Merleau-Ponty et les phénoménologistes modernes. Ces sensations de souffrance, de frustration, de solitude, ne peuvent se quantifier, mais elles existent et ont une valeur scientifique qualitative qu’il faut prendre en considération.

 

Cette question est très opportune : nous avons interrogé, par des enquêtes, plus de 300 personnes, sur ce qu’elles désiraient pour leur vie. Nous n’avons pas proposé une liste de choix mais les réponses étaient personnelles : « je veux aimer et être aimé », « je veux assumer l’homosexualité », « je veux jouer de la guitare », etc. Les réponses furent soumises à la réduction phénoménologique et là apparurent les 5 lignes de vivencia avec lesquelles travaille la Biodanza : vitalité, érotisme, créativité, affectivité et transcendance.

 

Tout le monde veut de l’amour, de l’énergie disponible pour l’action, la santé, du plaisir, du contact et de l’enchantement dionysiaque. Tous veulent de l’affection, l’amitié, une bonne relation avec ses amours, de la transcendance. A partir de ces 5 grands ensembles – que sont les 5 lignes de vivencia – nous organisons des exercices pour chacune d’elles. Des exercices pour le développement de la vitalité et de la santé, pour augmenter l’homéostasie, l’autorégulation et la joie de vivre. Des exercices pour la sexualité, la séduction, pour apprendre à caresser, regarder dans les yeux et connaître le langage de l’enchantement. Des exercices pour la créativité, l’innovation et la transgression des habitudes inhibitrices de la vie ; pour apprendre à exposer avec une entière liberté ce qui ne te plaît pas dans le système où nous vivons. Des exercices pour pouvoir communiquer entre nous, avoir de la tendresse, pour nous caresser, nous regarder, nous étreindre, marcher mains dans la main dans la rue. (Parce que marcher main dans la main dans la rue est un acte politique ; si tout le monde marchait main dans la main dans la rue il n’y aurait pas de guerres). Et des exercices pour la transcendance, pour être capables de sentir de l’empathie, de nous mettre à la place de l’autre en diminuant l’ego ; et poursuivre l’unité à la quelle nous appartenons, l’unité cosmique. Pour réaliser cette approche des expériences humaines – en Biodanza – nous avons dû utiliser la phénoménologie.

 

Question : Le Ministère de l’Education est une instance qui appartient à un Etat et un Etat tente de reproduire le système social, économique, politique dans lequel on vit. Est-il possible de faire quelque chose avec le Ministère de l’Education qui soit réellement valable pour développer le potentiel humain ? Le système dans lequel nous sommes maintenant est don néolibéral.  Quelle serait la façon d’introduire la Biodanza dans les collèges, qui serait justement protégée par le Ministère de l’Education qui fait partie du système ?

 

Rolando Toro : Cette question est extraordinairement importante parce qu’elle aborde la dimension sociologique. Pour que le Ministère de l’Education et les centres éducatifs introduisent la Biodanza, il faut que chacun de vous aille séduire un directeur, que chacun de vous aille séduire un ministre de la culture ou de l’éducation, qu’on s’introduise dans le système et non qu’on se marginalise. Je ne propose pas la transformation totale de l’éducation mais je propose l’introduction de la Biodanza comme médiation, comme premier pas, dans un système où on se trompe profondément. La richesse la plus grande qu’a un pays est le système nerveux de ses habitants. Ce n’est pas le cuivre, ni les céréales, ni les avions, ni les forces armées : la richesse est le système nerveux des personnes. Mais ceci contraste avec la distribution des fonds dont dispose le pays. Comparez le budget pour les Forces Armées avec le budget pour l’éducation. C’est grotesque, il n’y a pas la moindre notion de l’importance qu’a l’être humain. Pour l’éducation, les dernières miettes du trésor national. Les professeurs doivent amener leurs tristesses, leurs préoccupations économiques dans les écoles, au lieu d’y aller tranquilles, heureux. La mission d’un professeur est une mission sacrée, c’est une mission subtile, merveilleuse. Cependant, comment vas-tu convaincre les politiciens de cette position ? Seulement en séduisant par petits groupes et en entrant petit à petit, sournoisement, jusqu’à infecter totalement le système.

Dr. Víctor Fernández : Rolando, tu sais que j’ai dans mon laboratoire, dans la Faculté de Médecine, ce que j’ai appelé un jardin d’enfant expérimental. Celui-ci consiste à stimuler – en termes affectifs – les petits rats qui sont là : ils écoutent de la musique, reçoivent des stimulations de lumières colorées, ont une liberté de mouvement, des échelles, des rampes, de l’eau. Ceci est absolument scientifique, prouvable : j’ai pris des photos des neurones de ces petits rats qui ont été stimulés. Et la différence entre un neurone d’un rat stimulé affectivement et d’un rat non stimulé est énorme. Les résultats sont publiés dans des revues comme Print Research, Development Research, General Comparting Neurologic qui sont des revues qui n’acceptent pas tout ce qui est dit mais soumettent chacun de ces travaux à des experts.

 

J’ai été pendant longtemps éditeur d’une revue qui s’appelle Nutritional Neuroscience et s’intéresse à l’effet qu’a la nutrition sur le développement des neurones. Cependant, j’ai fondamentalement travaillé sur la stimulation et la différence entre stimuler et non stimuler est énorme. Cela me plairait de le montrer à tous les éducateurs : la différence est dramatique. Ceci révèle ce que tu signalais : on donne à l’éducation des miettes alors que le plus important cependant est le développement des neurones, le développement des composantes non seulement cognitives. Aujourd’hui nous sommes en train de faire une recherche sur le cortex limbique – qui et le cortex qui a à voir avec le monde des émotions – et nous avons trouvé que le cortex limbique tire énormément profit du mouvement. Et je pense à ces pauvres enfants qui sont dans les écoles et dont le professeur ne leur donne aucune possibilité de mouvements en les maintenant assis, en ne leur laissant pas exprimer leurs capacités ou leurs désirs. Ceci est terrible.

 

Il faut changer profondément et totalement la façon dont nous faisons l’éducation. Le plus important est de donner la capacité aux enfants de recevoir un enchantement, comme le révèle dans son livre Gabriel G García Márquez quand il dit : « j’ai eu la chance – quand je fus élève – de recevoir une stimulation de mes organes des sens ; et je suis l’écrivain que je suis parce que, dans cette étape de mon développement, je fut stimulé en termes affectifs. » Et Nelson Mandela dit : « J’ai appris de ma mère la capacité de m’émouvoir devant les événements du monde et je suis qui je suis grâce à ce que j’ai appris dans ma prime jeunesse, quand ma mère me rapportait des histoires qui amélioraient mes possibilités créatives. ». Et ceci nous le voyons peu. Nous voyons plutôt un enseignement qui impose au lieu d’être créatif.

 

Je crois, Rolando, que la Biodanza peut être la solution pour ce monde de grande violence, où il y a très peu de liberté de mouvement. Charles Darwin signale, par exemple, que les pauvres lapins qui sont enfermés dans une cage depuis des générations, ont un cerveau beaucoup moins développé que les lapins des champs. Ceci montre que le mouvement, la danse, les couleurs, la musique sont essentiels pour le développement. Et ceci nous l’avons photographié dans les neurones. Personne ne pourrait avoir aujourd’hui le moindre doute de l’importance de cela.


Rolando Toro : Je remercie le docteur Víctor Fernández, professeur de l’Ecole de Médecine, un des hommes qui sait le plus sur les neurosciences, un grand penseur scientifique chilien, de son intervention. Nous avons souhaité qu’il soit présent et prenne le plus de temps possible pour ses observation et faire connaître son expérience.

 

Concernant l’effet des caresses, nous pourrions remplir la moitié de cette pièce avec les travaux scientifiques qui existent sur l’effet des caresses. D’abord sur les rats, ce qui s’est fait il y a déjà longtemps ; les rats supportent beaucoup plus le stress quand ils sont caressés qu’un autre groupe de rats qui ne sont pas caressés. Ensuite René Spitz a découvert que la caresse était essentielle pour les enfants institutionnalisés. Les enfants non caressés ont une plus grande mortalité, ils deviennent dépressifs, jusqu’au marasme. On a alors permis aux mères d’entrer dans les hôpitaux et de les caresser. On a vu ensuite que les enfants psychopathe, quand on leur donne du contenant, changent leur comportement. D’autre part, dans les maladies psychosomatiques, il y a un facteur très important qui est le manque de recevoir de l’amour et du sexe. On a découvert ensuite que les personnes âgées amélioraient leur motricité, diminuaient leurs symptômes de décadence avec la caresse. Tout cela montre que les caresses servent à tout le monde.

 

Question : Comment peut-on amener des personnes qui sont sceptiques à la Biodanza ?

 

Rolando Toro : Convaincre les personnes qui sont soumis à une forte idéologie est très difficile. Seulement par contagion, en rééduquant petit à petit ces personnes on peut produire un changement mais il y en a beaucoup pour qui il n’y a pas de remèdes et qu’il faut laisser. Ceci est parfois difficile. Mais, d’autre part, il y a des milliers et des milliers de personnes qui sont attirés par la Biodanza dans le monde. On calcule qu’une personne qui croit en la Biodanza attire 8 personnes de sorte que, de toute manière, la Biodanza est en expansion.

 

Question : Quelle est la différence entre la Biodanza et la Musicothérapie ?

 

Rolando Toro : La Musicothérapie fait du bien, la musique en elle-même a un pouvoir. Seulement, en Biodanza, on réunit 4 grands pouvoirs de transformation et leur combinaison est un réseau de grande complexité et de grande puissance qui est supérieure à la somme de ceux-ci.  La musique, plus l’amour, le contact, le mouvement intégré, la transe et la transcendance, sont un réseau de transformation très puissant. Quand j’étais au Chili et que je fus expulsé de l’université par le régime militaire, je fus invité à Buenos Aires, au congrès de Musicothérapie dirigé par Rolando Bennenson et là on se rendit compte qu’il fallait ajouter le contact à la Musicothérapie. Il y a des différences qualitatives et je crois que c’est très positif d’étudier la Musicothérapie.

 

Question : Est-ce la vivencia la priorité en Biodanza ?

 

Rolando Toro : Effectivement, la priorité est la vivencia. Mais il est très important d’avoir un contexte théorique et les apports des neurosciences, par exemple, sont essentiels. La théorie est la clé pour entrer dans les milieux académiques, parce que ce langage est celui que comprend le système. Et la science donne la permission de danser, quand on explique toujours ce qui se passe. Nous reconnaissons l’extrême importance qu’a la théorie comme infrastructure et, bien-sûr, nous donnons la priorité à la vivencia corporelle et émotionnelle.

 

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Article du mois de novembre 2006

 

Ce que nous pouvons dire avec tout le corps par Rosa Vargas Ampuero

Nous pouvons imaginer que communiquer est synonyme de converser et même affirmer que communiquer est converser, parler. Dans la communication interviennent cependant aussi d’autres éléments dans la transmission des messages ; ceux-ci sont le langage corporel et le ton de la voix qui ont le rôle de transmettre, dans une certaine mesure, les états émotionnels qui accompagnent le verbe.

Déjà dans les années 60, on avait démontré que l’impact communicatif du langage corporel était de l’ordre de 55% et celui du ton de la voix de 38%, laissant au langage seulement 7%. Le paralangage – qui accompagne le langage – a donc une grande importance.

Nous nous demandons jusqu’où nous allons évoluer dans la communication si nous utilisons toujours plus l’ordinateur et le réseau informatique pour transmettre nos messages avec un langage verbal écrit sans tons de voix, ni langage corporel, hormis les dites émoticônes.

De nos jours, il est usuel que les hommes disent :  « il n’y a plus de femmes » et que, à leur tour, les femmes ont l’habitude de dire « il n’y a plus d’hommes ». Ceci pourrait refléter deux possibilités : a) les personnes ne se préoccupent pas de se dépasser, de se développer comme personne, ne prennent pas soin de leurs amis, montrent leur pire côté avec outrecuidance et ne font pas l’effort de favoriser des rencontres avec d’autres personnes ; b) non seulement il n’y a pas de rencontres, mais il y a des dé-rencontres fomentées par la compétitivité et l’individualisme, où chacun s’occupe de soi avec un très grand degré d’insensibilité pour l’autre.

Dans ce contexte, la communication par ordinateur assure le territoire de chacun. Maintenant, nous avons l’habitude de dire : « il ne peut plus m’envahir avec un appel téléphonique puisque je décide quand je regarde les messages ou le courrier électronique », parfois nous faisons cela parce que nous pré-classifions les personnes comme « non désirées ».

Ainsi, l’être humain moderne s’éloigne toujours plus de son rythme naturel, créant une façon artificielle d’être et de vivre qui débouche sur des dysfonctionnements à tous les niveaux.

La capacité qu’ont les cellules vivantes à communiquer et à transmettre une information, est génétique ; pour elles, transmettre est indispensable pour leur « travail en équipe ». Nous tendrions à imaginer qu’il se produit la même chose avec les organismes humains ; le bébé pleure et  rouspète dès le premier jour de sa naissance et n’a pas besoin de l’apprendre. Peu après il sourit déjà et gazouille ; il y aurait donc un langage inné qui inclurait le verbal et le gestuel.

Le développement ultérieur et l’affinement de la communication et du langage sont facilités par l’influence environnementale dont nous sommes les témoins quand nous élevons les enfants. Pour cela, dans les techniques de psychomotricité, il est très important de prendre en compte comment l’enfant construit son corps, son attitude corporelle et posturale ; comment il le regarde, l’écoute, l’occupe et l’entend, le nomme ; comment son corps occupe le lieu ; quelles possibilités a-t-il de s’étendre en mouvement, dans l’espace extérieur, avec les autres.

 

Nous apprenons à parler et aussi à utiliser la parole pour des buts déterminés ; c’est ainsi que nous pouvons émettre des affirmations honnêtes et aussi – quelques fois – malhonnêtes. Nous devons cependant tenir compte que nous mentons avec tout le corps et également le ton de la voix. Souvenons-nous que, en mentant, nous évitons de regarder la personne dans les yeux. Le manque de sincérité et de respect pour l’autre, parmi d’autres causes, va souvent entretenir les mauvaises compréhensions, la résistance, les ressentiments et les dé-rencontres.

 

Dans les processus de résolution de conflits, comme dans d’autres aires de la communication, on parle d’exercer une écoute active qui est une méthode cognitive qui se réfère à démontrer notre intérêt pour ce que disent les deux parties ; ceci s’atteint avec des techniques simples comme clarifier le message, paraphraser les idées exprimées, refléter les sentiments et, enfin, résumer les faits.

 

Nous pouvons trouver un parallèle de ces techniques avec le mouvement corporel que favorise la méthode de la Biodanza par des exercices (majoritairement non verbaux). Je me suis permis de dénommer cet essai « l’activation qui écoute » comme nous le verrons dans le tableau ci-dessous.

 

En Biodanza, les personnes développent l’exercice sur la base des consignes du facilitateur, activant leurs mouvements corporels, alors que d’autres personnes reçoivent (écoutent) le message offert par tout le corps des premières.

 

Ceci démontrerait une fois de plus l’importance du système Biodanza dans l’optimisation de la communication naturelle.

 

L’ECOUTE ACTIVE

(dans les méthodes cognitives)

 

L’ACTIVATION QUI ECOUTE

(en Biodanza)

TECHNIQUES

EXERCICES

 

Démontrer un intérêt pour ce que disent les deux parties

Une personne danse pour l’autre et l’autre est attentive à cette danse

 

Clarifier le message

Chœurs en ronde, marquant le rythme

 

Paraphraser les idées

Synchronisation de mouvements à deux

 

Refléter les sentiments

Mimiques à deux

 

Résumer les faits

Danse de chaos et d’harmonie

 

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Article du mois de décembre 2006

Nous vieillissons comme nous vivons par Rolando Toro Araneda

La phrase « nous vieillissons comme nous vivons » d’Ajuriagerra exprime une vérité dramatique confirmée par l’observation. En effet, le processus de vieillissement est une extension finale de tous les événements biologiques et existentiels.

 

D’une certaine façon, les caractéristiques de la personnalité s’accentuent pendant la vieillesse, en se manifestement sur le plan physique et comportemental. En vieillissant, un individu égoïste développera un égoïsme pathologique, alors qu’une personne généreuse sera plus désintéressée et magnanime ; pourtant, ce n’est pas une caractéristique propre des personnes âgées d’être égoïstes.

 

La répression sexuelle, maintenue d’une façon tenace pendant toute la vie,  peut prendre des compensations grotesques pendant la vieillesse.

 

La dépression et le ressentiment s’accentuent au fur et à mesure que les années avancent ; la personne âgée, dans certains cas, se transforme en une personne misérable qui est rejetées par sa famille.

 

La crise du vieillissement peut accentuer les tendances dépressives qui restaient latentes ; l’hostilité réprimée devient, généralement, une franche malignité.

Léonard de Vinci a dessiné, avec une perception aigüe, la corruption émotionnelle de certaines personnes âgées chez lesquelles se reflétaient l’avarice, la malignité et d’autres formes de putréfaction intérieure.

 

Le cours et le déroulement des processus de développement du potentiel détermineront la qualité existentielle de la personne âgée, de la même façon qu’il se détermine chez les jeunes. Concernant la détérioration biologique, nous pouvons affirmer qu’elle doit être abordée avec une vision systémique.

 

Chaque individu vieillit d’une manière différente et sa détérioration psychobiologique es tune expression de son style de vie et de son existence ; ainsi, par exemple, les personnes qui ont une activité intellectuelle permanente, présentent un déclin plus lent en comparaison avec celles qui n’en ont pas (Sears y Feldman). Vogt et Butcher ont observé que la population qui faisait un travail manuel obtenait un indice de détérioration mentale plus grand sur l’échelle verbale que sur celui de l’exécution.

 

Une information de l’Organisation Mondiale de la Santé dit. «  Certains faits semblent indiquer que les individus bien dotés intellectuellement conservent leurs facultés intellectuelles intactes pendant un temps plus long que d’autres personnes ».

 

Je crois que l’utilisation et l’expression des potentiels humains tendent à les préserver et à les développer ; nous devons nous souvenir que les dits potentiels sont génétiquement programmés. Selon Piaget : « Le potentiel humain de l’intelligence est hérité comme un caractère génétique multifactoriel et phylogénétique ; il s’hérite dès le niveau de l’intelligence réflexe jusqu’aux niveaux des caractéristiques intellectuelles ».

 

La fonction sexuelle décline aussi plus rapidement chez des personnes qui pendant leur vie ont eu peu d’activité sexuelle. Cette observation dément définitivement la croyance populaire que « l’excès d’activité sexuelle use la fonction ».

 

La détérioration biologique de certaines fonctions (fixation du calcium dans les os, capacité d’érection du pénis, équilibre hydrosalin, résistance motrice, etc.) montre que chaque individu commence le processus de détérioration du système par des organes et des fonctions différentes.

 

Actuellement, on ne connaît pas les mécanismes sous-jacents aux changements induits par le vieillissement des cellules. Certains gérontologues pensent que les changements provoqués par le vieillissement seraient probablement contrôlés par les gènes.

 

Shores, Medvedev et Leslie Orgel proposent que, avec le temps, l’information transmise dans le processus de transcription et transduction du message génétique de l’ADN ou l’ARN, les enzymes et les autres molécules protéiques, pourrait être sujette à un nombre progressivement plus grand d’erreurs. Ces erreurs donneraient lieu à des molécules enzymatiques défectueuses et conduiraient à un déclin de la capacité fonctionnelle des cellules.

 

L’accumulation d’erreurs dans un système biologique peut être évitée, en partie, par les processus connus de réparation cellulaire. L’efficacité des systèmes de réparation dépend de multiples facteurs et, au final, de l’hégémonie de l’unité organique et de l’ultra-sensibilité des systèmes homéostatiques.

 

Même dans le cas où il existerait un processus de vieillissement programmé génétiquement, on ne peut écarter le fait que l’expression génétique dépend de cofacteurs et d’écofacteurs, c’est-à-dire d’un système complexe qui englobe l’existence comme une totalité. Ainsi, le vieillissement serait un processus de développement et d’expression de potentiels qui, durant toute la vie, furent actifs dans un champ d’interaction écologique ; chaque individu a une forme de vieillissement cohérente avec son existence.

 

Notre expérience avec différents groupes de personnes âgées montre que le processus de vieillissement est partiellement réversible. Non seulement la détérioration s’arrête, mais un grand nombre de fonctions peut être rétablie au niveau moteur, psychosomatique et dans les modèles de réponse émotionnelle et intellectuelle.

 

Les facteurs les plus importants dans le processus de réhabilitation sont de caractère affectif. Cette affirmation ne semble pas étrange si nous pensions que la genèse de l’intelligence, selon Piaget, se fonde sur les structures affectives primordiales et sur le processus de formation de l’identité. La personne âgée, justement, expérimente une perte violente de ses relations affectives, dans une société qui la rejette, elle souffre de dévalorisation et de désorientation. Il manque en elle de motivations pour vivre ; ses fonctions intellectuelles, parallèlement, se paralysent.

 

Le concept de détérioration intellectuelle de la personne âgée, comme un fait fatal, doit être remis en question. Nous pourrions dire que le processus de vieillissement chez un individu est le résultat complexe de sa structure biographique et héréditaire. Lapierre, un des plus grands spécialistes mondiaux en réhabilitation, appelle à notre attention l’importance de trouver le noyau affectif dans le processus d’intégration des fonctions motrices ; ce concept change totalement la stratégie en réhabilitation qui, jusqu’à aujourd’hui, se centrait sur des fonctions isolées.

 

La Biodanza devient, en accord avec ces considérations, le « système de réhabilitation de choix en gériatrie ».

 

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