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Articles 2005

 

 

Tous les articles

janvier : Biodanza avec des personnes handicapées mentales par Agnès von Burg
février : L’accès au merveilleux par Rolando Toro Araneda
mars : Biodanza : la danse, la musique, le chant et l’Art de vivre par Sergio Cruz
avril : Biodanza : la vivencia comme méthode par Rolando Toro Araneda
mai : Mourir avec par Raul Terrén
juin : L’estime de soi par Rolando Toro Araneda
juillet-août : Conscience éthique et solution de conflits par Rosa Vargas Ampuero
septembre : Importance de l’étreinte par Rolando Toro Araneda
octobre : Biodanza : mythes et archétypes par Michela Sanpietro
novembre : Biodanza : Transformation de l’individu en danse par Rolando Toro Araneda
décembre : Passion: le chemin de l’extase par Raul Terrén

 

Article du mois de janvier 2005

 

Biodanza avec des personnes handicapées mentales par Agnès von Burg

 

Lorsqu’il est donné à quelqu’un de rencontrer une personne handicapée mentale, sa « différence » choque et la plupart des gens réagissent par la peur et le rejet ou l’envie de comprendre, de connaître cet autre. J’ai eu cette envie de savoir, et j’ai cherché des livres qui expliqueraient qui ils sont, leurs caractéristiques, leur fonctionnement.

 

J’ai surtout trouvé des définitions à partir de leur déficit : un « fonctionnement intellectuel inférieur à la moyenne » et sinon peu de choses sur leur personnalité, leurs caractéristiques, comment les aborder et les comprendre. En fait, les recherches scientifiques restent limitées dans le domaine et l’histoire du handicap mental à travers les siècles révèle combien le destin de ces êtres dépend du regard que la société porte sur eux. Ils restent encore, malgré quelques pionniers courageux, des êtres mis « à part » dans une société qui ne reconnaît que les valeurs de rentabilité, d’autonomie, de « gagneurs ».

 

La Biodanza, elle, m’a offert une vision plus inspirante. A toutes les questions posées par la différence, l’inconnu de l’Autre et sa nouveauté, la Biodanza apporte une réponse différente de celle de la culture ambiante. A propos des enfants mongoliens, Rolando Toro Araneda ne déclare-t-il pas : « Et d’abord, tous les enfants sont déficients. Aucun ne peut sérieusement être catalogué selon des normes générales rigides. L’identité implique l’exceptionnel. »

 

Dans une vision biocentrique, faire de la Biodanza avec des personnes handicapées mentales c’est :

Dans une intervention de style traditionnel, les personnes handicapées mentales sont l’objet de soin, de sollicitude (dans les meilleurs cas). La Biodanza, elle, les invite comme sujets, comme êtres à part entière, à partager une vivencia.

 

Dès les premières rencontres, certains traits particuliers, certaines qualités se révèlent :

Ces quelques remarques permettent de tirer des objectifs généraux pour ces cours de Biodanza.

 

Objectifs

Les lignes de vivencia privilégiées sont la vitalité, la créativité et l’affectivité.

 

La ligne de la sexualité est bien sûr présente dans l’accent mis sur le plaisir, plaisir de bouger, marcher, danser. Et par le biais de l’affectivité, dans la restauration de la fonction de contact, dans la joie de la rencontre de l’autre sexe, dans le plaisir de plaire.

 

La ligne de la transcendance est présente dans les vivencias groupales, et dans certains exercices affectifs (donner – recevoir, par exemple).

 

Chaque année, les objectifs et les moyens sont réajustés au groupe présent.

 

Déroulement d’un cours

Les cours se déroulent à partir d’une structure maintenue tout au long de l’année. C’est important pour eux de retrouver des exercices et des musiques connus. Des variations ou des nouveaux exercices sont introduits pour enrichir cette structure, développer certaines lignes selon l’évolution des personnes et du groupe. Pour que les vivencias demeurent intégrantes, les exercices et les musiques sont choisis soigneusement. Dans le groupe actuel, par exemple, les musiques très vitales et fortes induiraient des peurs chez l’un, une musique trop « planante » provoquerait de l’agitation ou des pleurs chez l’autre.

 

Résultats

Lors d’un cours hebdomadaire avec des adultes « tout venant », et lors d’une fréquentation régulière, des changements au niveau du mouvement, des comportements et de la manière d’envisager sa vie apparaissent, changements qui peu à peu s’intègrent dans la vie de la personne.

 

Pour des personnes avec des handicaps souvent lourds et profonds, un long temps est nécessaire. Nous avons cependant pu constater une évolution dans le mouvement chez la plupart d’entre nos participants, vers plus de synergie et de fluidité. Des changements au niveau neurologique ont pu intervenir. Peu à peu, nous les voyons apprivoiser leurs peurs, prendre des initiatives. Leur état d’âme s’est amélioré au point qu’une éducatrice nous a fait la remarque suivante : « ils sont plus heureux ».

 

Peut-être aussi devons-nous, face à cette population, et c’est eux qui nous l’enseignent, renoncer à des « résultats » spectaculaires, et oser la gratuité du geste : accueillir et vivre simplement avec eux le bonheur de la vivencia partagée. Parfois aussi, lorsque l’un d’eux va moins bien ou est en crise : savoir simplement être là, accueillir ce qui se passe, compatir avec amour.

 

Avec eux, j’apprends à « vivencier » la vie, avec ses heurts et ses malheurs. Et chaque vivencia partagée avec eux est un bain de fraîcheur pour moi.

 

Conclusion

Ces quelques lignes ne font qu’ouvrir un coin du voile sur une expérience riche et profonde pour les participants à ces cours et pour moi.

 

Voici ce que m’a inspiré ma première année de cours avec un groupe de six personnes handicapées mentales. Une expression de ce qu’il m’est donné de vivre, semaine après semaine.

 

Aline et sa quête d’elle-même,

la fraîcheur de ses étonnements,

tout ce qu’elle n’ose pas encore imaginer d’elle-même.

 

Albert, sa sensibilité sous son aspect rugueux,

son humour et sa créativité,

son don théâtral.

 

Aude, son regard brun si loyal et pénétrant,

son écoute de l’autre et sa douceur

ses enthousiasmes éclatants.

 

Gaston et sa volonté de bien faire malgré le regard des autres,

sa joie à se rouler,

son envie d’être embrassé.

 

Gilbert le malicieux, ses regards en coin,

ses peurs et ses sourires, oh ses sourires

ils sont parmi les plus beaux.

 

Sandro si loin et si proche, qui aiguise mon sixième sens,

témoin d’un autre monde où cœur et mélodie sont les premiers.

 

Dans la magie de nos rencontres, je me suis rafraîchie

parfois fatiguée, jamais lassée,

j’ai découvert votre beauté, votre innocence.

Avec vous s’est animé mon enfant divin

qui a reconnu le vôtre.

J’ai pu vivre au rythme de nos cœurs.

 

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Article du mois de février 2005
 

L’accès au merveilleux par Rolando Toro Araneda

 

La Biodanza éveille le « sens du merveilleux ». Nous savons que notre perception est conditionnée par l'affectivité et par la transcendance. Ces vivencias ouvrent une nouvelle perspective aux organes de perception. De plus, les différents degrés de sensibilité de notre perception varient suivant l'état d'excitation neuromotrice et suivant l'état de la cénesthésie corporelle. La danse transforme la perception.

 

D'autre part, il existe des facteurs inhibiteurs de la perception qui sont liés à la rigidité de l'ego et au blocage affectif. Ainsi, les personnes égocentriques sont incapables de percevoir les autres en profondeur. L'inhibition des affects et les états dépressifs réduisent la perception du monde. Le malade dépressif ne peut atteindre la perception du merveilleux ; à ses yeux, le monde reste opaque. Les vivencias liées à l'affectivité et à la transcendance, stimulées durant les séances de Biodanza, ont pour effet de modifier la perception. Les recherches de Ames ont démontré que l'affectivité modifie profondément la perception visuelle.

 

Les exercices de rencontre et de communication de la Biodanza permettent d'atteindre une nouvelle perception de l'autre. Dans la mesure où notre identité s'illumine, nous percevons notre semblable dans une autre lumière. La Biodanza permet de capter « l'enfant divin » dans l'image de l'autre. Le développement de la dimension transcendante donne une perspective intérieure, ample et universelle pour percevoir la réalité.

 

Au cours d'une journée, des événements marquants se succèdent, si profonds, si significatifs, si merveilleux qu'ils peuvent avoir l'effet de véritables états de transe. La personne qui bénéficie d'une sensibilisation cénesthésique suffisante et de vivencias affectives et de transcendance peut avoir un accès presque permanent au merveilleux. Ceci ne l'empêche pas de percevoir la part infernale, injuste et effrayante qu'offre aussi la réalité. Les défenses internes sont issues de l'effroi que l'acte de pénétrer dans les entrailles du réel produit. La perception du ciel et de l'enfer est consubstantielle chez celui qui a la perception amplifiée.

 

En permettant l'accès à la perception du merveilleux, la Biodanza crée des sentiments nouveaux face au monde; elle éveille une action combative de défense écologique et de justice sociale. L'amour se transforme en action.

 
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Article du mois de mars 2005
 

Biodanza : la danse, la musique, le chant et l’Art de vivre par Sergio Cruz

http://www.biodanzabologna.it/

 

La Danse et la Musique en Biodanza

La Biodanza se propose de réhabiliter le plaisir du mouvement. Découvrir le plaisir de se sentir et de se déplacer dans l’espace, comme autant de possibilités d’expansion, d’évolution et de croissance.

 

Entrer en relation, prendre dans les bras, se mouvoir avec fluidité, respirer, marcher, sauter, voler, créer, se projeter dans le monde, communiquer, donner, aimer, désirer, conquérir, mériter et recevoir. Tous des mouvements issus d’un « savoir infini », d’une confiance viscérale et émue de se sentir vivant et pulsant.

 

Il en est de même pour le mouvement artistique qui traduit un profond mouvement vital, une connexion intense avec la vie, qui constitue l’émergence d’un irrépressible besoin d’expression.

 

Un besoin de révéler à la vie ce qu’est la vie, donnant à voir et à sentir chaque nouvelle et merveilleuse nuance inhérente à la grandeur et à la complexité de la vie elle-même.

 

Lorsqu’il danse, bien que mû d’un désir d’esthétique, le danseur nous dévoile son plaisir, nous communique une sensation de complétude, des émotions créatrices de vie, traçant de son propre corps, les fresques infinies de la relation authentique qu’il entretient avec son esthétique intérieure. Sous ses pas et sous nos yeux, se déroule le chemin évolutif du plaisir et de l’harmonie cosmique. Il danse le lien absolu avec la vie.

 

Plus le danseur déborde d’émotion, plus il est connecté à son essence profonde, plus notre contemplation de sa danse sera exempte d’effort et il nous ouvrira la possibilité d’entrer en connexion profonde avec nous-mêmes. Plus cette connexion sera profonde, plus facile il nous sera d’accéder à la grandeur et à la beauté de la vie. Et ceci nous permettra d’entrer en contact avec les mouvements de la grandeur et de la beauté en nous.

 

Le mouvement artistique est une invitation à toucher « le merveilleux », il nous pousse à transcender. Dans la création, nous nous autorisons à être, et le mouvement créatif permet l’éclosion d’un profond besoin d’expression. Le mouvement artistique nous sensibilise secrètement au merveilleux que nous sommes, nous aussi.

 

Il en est de même pour le mouvement musical. Il s’agit aussi d’un mouvement de vie qui nous transmet toute l’harmonie de l’univers et qui nous invite à la danser.

 

Si nous prenons l’exemple du pianiste lorsqu’il s’échauffe avant de se lancer dans une interprétation, nous voyons qu’il commence par « se sentir » pour ensuite « se mouvoir », passant sa danse aux touches du clavier, faisant en sorte qu’elle prenne une forme sonore.

 

Tout comme le danseur, plus il sera connecté à son émotion et plus la traduction de ses mouvements sera fluide, plus forte sera l’invitation à lui répondre par notre écoute émue, par une envie irrésistible d’entrer nous-mêmes en mouvement, de lui répondre par notre danse.

 

Un mouvement musical intégré génère une danse intégrée.

 

Les musiques que nous choisirons en Biodanza doivent être de véritables œuvres d’art, c’est-à-dire des œuvres de vie. Elles doivent posséder un pouvoir déclencheur de vivencia immédiat, une invitation claire à l’organicité, à l’intégrité et à la plénitude. En d’autres mots, elles doivent stimuler le lien avec les mouvements vitaux, nous plonger dans l’océan de la vie, nous connecter à la vivencia émue d’être et au plaisir de s’exprimer.

 

La voix en Biodanza

Le travail sur l’intégration et la libération de la voix en Biodanza est d’une très grande importance. Je m’y réfère habituellement en parlant de « mouvement vocal » ou de « danse de la voix ». Conformément à la proposition d’intégration de la Biodanza, l’expression de la voix n’est pas amenée de façon isolée mais associée au mouvement intégré, à la danse, dans laquelle les mouvements de segments pelvien, abdominal (diaphragme), thoracique, cervical et oral s’articulent de manière intégrée et fluide, et englobent par un phénomène de résonance, les bras, les mains, les jambes et les pieds. Où l’engagement émotionnel et expressif est total.

 

Pendant la séance de Biodanza, nous nous efforçons de réduire l’expression verbale, car celle-ci s’appuie sur une forte structure cognitive. Cependant, lorsque la parole est émue, elle commence à se transformer en danse.

 

La plupart des personnes qui utilisent la voix dans leur vie quotidienne comme dans leur travail, parviennent aisément à exprimer leurs idées et leurs objectifs. Cependant, lorsqu’elles sont amenées à parler de leurs émotions, de leurs passions, d’elles-mêmes, de leur vie, elles ressentent un blocage, de la difficulté à respirer, se coupant ainsi de toute possibilité d’exprimer leur danse authentique. Or, c’est justement ce qui est stimulé par le travail de la voix en Biodanza : rythme, respiration, mouvements internes et expression sont intégrés dans une seule et même danse.

 

C’est par la voix, abordée comme un son musical ou comme une danse sonore, c’est-à-dire par le CHANT, que nous parvenons à la vivencia, à la vibration qui soigne, à la pulsation qui pénètre, qui enveloppe et qui dissout.

 

Les chamans se servent du chant pour transformer des rythmes disharmonieux en mouvements rythmiques porteurs de santé. Ils respirent et chantent en harmonie, comme la brise qui caresse le feuillage dans les arbres, comme le vent qui joue avec les vagues, comme la mer avec le sable de la plage ou l’eau des cascades avec les rochers.

 

Comme tous les flux organiques de la guérison capables de relancer la danse de la vie ou la musique cosmique.

 

Un mouvement intégré est en soi une musique. Il suffit de le sentir, de le contempler, de le vivencier. Toutes nos étreintes résonnent, toutes nos rencontres avec la vie sont de la musique.

 

En Biodanza, le CHANT et la VOIX sont des mouvements vitaux. Ils sont pure émotion.

 

Et la Biodanza c’est le mouvement, l’émotion, la musique, le chant, la danse de la vie et, sans aucun doute, l’art d’être.

 
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Article du mois d'avril 2005
 

Biodanza : la vivencia comme méthode par Rolando Toro Araneda

 

Pour comprendre la Biodanza, il faut connaître le concept de vivencia qui est à la base de sa méthodologie.

 

Le premier qui a fait des recherches sur le sens de la vivencia fut le philosophe historien allemand Wilhelm Dilthey ; il propose le concept exprimé par le terme allemand Erlebnis et le définit comme « quelque chose révélé dans le complexe psychique, donné dans l’expérience interne d’une façon de vivre la réalité pour un individu ». Les conceptions de W. Dilthey eurent une influence sur la phénoménologie de Maurice Merleau-Ponty, sur l’ontologie de Martin Heidegger et sur la sociologie de Max Weber.

 

Dans la théorie de la Biodanza, j’ai redéfini le concept de vivencia comme une expérience vécue avec une grande intensité par un individu dans le moment présent, qui englobe la cénesthésie, les fonctions viscérales et émotionnelles. Les vivencia confèrent à l’expérience subjective de chaque individu la palpitante qualité existentielle du vécu « ici et maintenant ». J’ai défini les caractéristiques essentielles de la vivencia et j’ai structuré une méthodologie précise pour induire des vivencia ayant pour but l’intégration et le développement humain par la stimulation des fonctions archaïques de connexion à la vie, puisque la vivencia est l’expression psychique immédiate de ces fonctions.

 

La méthodologie de la Biodanza prévoit l’induction de vivencia d’intégration, à partir du moment où ceci implique une immédiate et profonde connexion avec soi-même. Pendant le déroulement d’un cours de Biodanza, ces vivencia se renforcent selon les modalités d’apprentissage stable de B.F. Skinner, puisqu'elles sont associées à des situations plaisantes (renforcement positif). En fait, Skinner soutient qu’un apprentissage se stabilise mieux en encourageant le positif plutôt qu’en châtiant le négatif. Le phénomène d’apprentissage englobe tout l’organisme et non seulement les fonctions corticales, puisque la perception des signifiés qui conditionnent l’existence peut avoir une influence sur les sphères émotionnelle et viscérale.

 

En Biodanza, ceci est donc proposé à trois niveaux : cognitif, vivencial et viscéral, qui sont en lien de façon neurologique et peuvent se conditionner réciproquement, bien qu’ils possèdent également une forte autonomie.

 

Dans le cas où un apprentissage ne comprendrait pas tous ces trois niveaux, les comportements qui en découleraient seraient dissociés. Ainsi, par exemple, une personne peut penser rationnellement avoir le droit d’exercer librement sa propre sexualité, alors qu’elle peut éprouver émotionnellement de la peur ou de l’insécurité, et peut souffrir viscéralement de diarrhée nerveuse.

 

Les thérapies cognitives qui travaillent au niveau verbal se basent sur le parcours qui va des significations aux émotions. A mon avis, la compréhension des significations ne modifie pas les réponses immédiates face à la vie et n’a pas non plus d’influence dans le domaine de la décision. La Biodanza se base donc sur le parcours inverse : celui qui va des émotions aux significations. En Biodanza, la vivencia a la priorité méthodologique, bien que ne soient pas exclues les fonctions cognitives, la conscience et la pensée symbolique : les exercices sont destinés à priori à induire des vivencia et seulement après il reviendra à la conscience, à la façon d’un miroir, d’enregistrer et de dénoter les états internes évoqués. La vivencia a une valeur intrinsèque et un effet immédiat d’intégration, pour cela il n’est pas nécessaire qu’elle soit ensuite analysée au niveau de la conscience. En Biodanza, on propose une description des vivencia personnelles, au lieu d’expériences intérieures, sans analyse ou interprétation psychologique.

 

Caractéristiques de la vivencia

L’expérience de quarante années d’application du Système Biodanza m’a permis d’observer et d’individualiser les caractéristiques essentielles de la vivencia qui sont résumées ci-dessous :

 

Expression originaire

La vivencia est l’expression originaire de nous-mêmes, de notre identité, antérieure à n’importe quelle élaboration symbolique ou rationnelle.

 

Antériorité à la conscience

La vivencia est une manifestation de l’être qui précède la conscience : la conscience de la vivencia peut être immédiate ou arriver dans un second moment. Dans le processus d’intégration de l’identité et d’expressions des potentialités génétiques, la vivencia a donc la priorité sur la conscience.

Spontanéité

Comme l’eau qui jaillit d’une source, la vivencia surgit avec spontanéité et fraîcheur ; elle a la qualité de l’originaire. La vivencia n’est pas soumise au contrôle de la conscience : elle peut être « évoquée », mais non directement de la volonté.

 

Subjectivité

La vivencia est subjective ; elle se manifeste à partir de l’identité. Les vivencia que chaque personne expérimente sont uniques, intimes et souvent inexprimables.

 

Intensité variable

L’intensité de la vivencia peut varier selon le niveau de connexion à soi-même et selon la qualité du stimulus qui la produit. Dans la mesure  où l’activité consciente de contrôle et de vigilance diminue, l’intensité de la vivencia augmente.

 

Temporalité

La vivencia est passagère. Elle se manifeste dans le moment présent et est une expérience de « genèse actuelle », dans le sens du concept proposé par Alfred Awersperg pour se référer à la création continue de vie qui se vérifie dans les organismes vivants.

 

Emotionnalité

La vivencia donne souvent origine à des émotions.

 

Dimension cénesthésique

La vivencia est toujours accompagnée de sensations cénesthésiques et englobe tout l’organisme. Selon mon hypothèse, elle est la voie d’accès à l’inconscient vital.

 

Dimension ontologique

La vivencia offre une connaissance intime absolue, connectée à l’être et à la perception d’être vivant. Elle a donc une qualité ontologique.

 

Dimension psychosomatique

La vivencia est le point de conjonction de l’unité psychosomatique, laquelle est en relation avec le processus de transmutation du psychique en organique et de l’organique en psychique. Il y a des vivencia qui produisent une désorganisation et, par conséquent, des troubles au niveau organique ou psychique, il y a au contraire des vivencia d’intégration qui favorisent une élévation du niveau de santé et de vitalité.

 

Vivencia, émotions, sentiments

Pour une meilleure compréhension théorique des expériences vécues pendant les sessions de Biodanza, il faut différencier les concepts de « vivencia », d’ « émotion » et de « sentiment » dont les frontières ne sont pas bien définies : pour cela, parfois, ils se confondent au sein de la complexité de l’âme humaine.

 

Vivencia

C’est une intense sensation de vivre « ici et maintenant », avec une forte composante cénesthésique. Les vivencia sont des expériences passagères (par exemple : vivencia de plénitude, de sécurité, de plaisir).

 

Emotion

C’est une réponse psychophysique, avec une participation corporelle totale, représentée par les impulsions internes de l’action. Les émotions ont une orientation centrifuge et une expressivité accentuée (par exemple : joie, colère, peur).

 

Sentiment

C’est une réponse plus élaborée à l’égard  de la personne et du monde. Les sentiments sont durables dans le temps (mémoire), incluent la participation de la conscience, sont différenciés (préférence) ou ont un caractère symbolique (par exemple : amour, solidarité, bonheur).

 

Vers une épistémologie de la vivencia

Actuellement, la recherche sur la nature de la connaissance ne se limite pas au savoir rationnel, mais englobe aussi des aspects éthologiques, mystiques, et poétiques. Ceci signifie que les chemins pour atteindre la connaissance de la réalité sont multiples et peuvent inclure l’information émotionnelle et cénesthésique.

 

L’épistémologie développée à partir des études sur la perception par une approche logico-rationnelle devient limitée si on considère que la perception ne dépend pas seulement des organes des sens, mais aussi du contexte émotionnel de la perception même. Il n’est donc pas hasardeux de proposer que la vivencia, avec toutes ses connotations cénesthésiques, constitue un modèle d’exploration des origines de la connaissance.

 

La vivencia est une expérience inévitable qui nous communique un contenu précis de sensations et de perceptions et qui annule la distance entre ce qui se ressent et l’observation de sa propre sensation. Cette expérience implique une forme de connaissance qui, selon Merleau-Ponty, a une légitimité scientifique.

 

La vivencia peut donc être considérée comme une forme directe de connaissance, dont la « véracité » ne passe pas à travers la raison et dont les effets englobent tout notre être. A cette proposition, Michel Maffesoli assure que s’intéresser à la vivencia signifie enrichir le savoir, montrer qu’une connaissance digne de ce nom ne peut qu’être liée organiquement à son sujet, et reconnaître finalement que la passion, outre le fait d’avoir sa place dans la vie sociale, l’a aussi dans l’analyse qui propose de la comprendre.

 

Selon Eugenio Pintore, la fonction centrale de la vivencia en Biodanza permet de récupérer l’aspect expérimental du rapport connu, de dépasser la scission entre expérience et connaissance et de modifier l’idée même de science. La Biodanza propose une épistémologie et une théorie de la connaissance absolument innovatrice, si pas carrément révolutionnaires, et le centre de cette « révolution » concerne essentiellement le concept de vivencia.

 

Une épistémologie basée sur la vivencia peut conduire, non seulement à une connaissance essentielle de la réalité, mais aussi à la sagesse qui consiste en la relation avec le monde, en l’intégration de l’être avec le cosmos. La Biodanza inaugure ainsi une forme d’accès extrêmement profond à la connaissance de soi et du monde par la vivencia.

 
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Article du mois de mai 2005

 

Mourir avec par Raul Terrén

www.terrentoro.com

 

Le défi de cohabiter n’a pas été atteint, les enfants de Russie en témoignent par les pleurs de la planète.

 

Nous avons échoué dans la cohabitation, à accepter l’autre, à prendre soin de la biodiversité, à prendre soin de nous.

 

L’être humain est en extinction, une nouvelle espèce va surgir parmi les taches de sang, une espèce qui « n’a pas de nom ».

 

Ce sont des charognards qui se mangent entre eux, des cannibales luttant pour être les derniers à tuer, des malades en phase terminale de l’existence disposés à mourir avec, un néologisme qui n’aurait jamais dû être créé.

 

Mourir avec est ce que nous sommes également en train de faire, nous les derniers être humains. Peut-être comme les Neandertal au détriment des Cro-Magnon, nous sommes en voie d’extinction ou ce qui est pire, nous nous transmutons en membres d’une nouvelle espèce qui « n’a pas de nom », de sapiens – sapiens en demens – demens.

 

Certains tuent avec des armes, sûrement les plus sots, nous tuons d’autres par notre ignorance, en ne sachant pas mettre plus d’amour et de beauté dans ce monde.

 

Nous devons apprendre à vivre ou nous continuerons à mourir avec. Toute l’éducation devrait se concentrer à nous enseigner à vivre, à cohabiter, à vivre avec. Mais, qui nous l’enseigne ?

 

Il n’y a pas de professeur de vie ou peut-être que oui mais ils n’ont pas des doctorats universitaires mais se sont des femmes avec de grandes poitrines et des hommes avec le cœur dans la main, des êtres humains qui sourient et caressent. Où sont-ils ?

 

Nous créons l’Université de la Vie dans chaque ville, dans chaque maison ; soyons nous-mêmes professeurs et élèves et enseignons – apprenons à vivre.

Apprendre à vivre, apprendre à vivre…

 

Première leçon : un plus un n’égale pas deux, un plus un est rencontre, deux amours qui engendrent la vie, un plus un égale trois.

 
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Article du mois de juin 2005
 

L’estime de soi par Rolando Toro Araneda

 

La vivencia de sa propre valeur et de l'acceptation de soi est complexe. Elle provient de la sensation intense d'être vivant, de se sentir soi-même, de sentir son corps comme source de plaisir et de savoir ce que l'on désire, de se savoir unique et singulier, de se penser soi-même, d'assumer son image de soi et de décider son action. Entre savoir ce que l'on désire et faire ce que l'on désire, se situe le processus d'autoréalisation et d'autocréation existentielle.

 

De la première notion sur le corps et de la première notion sur le fait d'être différent émerge la conscience de soi. Cette dernière engendre des modèles de réponse ergotrope et trophotrope: lutte, fuite, gentillesse, enchantement, rôles et conformisme.

 

La complexité des composantes et des structures de l'identité est ce qui fait d'elle, d'une certaine manière, une notion inaccessible et difficile à manier. La danse est ce que nous pourrions appeler la « voie royale » pour accéder au concept d’identité car elle est l'instrument le plus subtil et le plus puissant pour pénétrer dans le mécanisme complexe de l'identité.

 

La danse active le noyau central de l'identité: la sensation émouvante d'être vivant. A partir de cette sensation viscérale, se réactualisent les premières notions du corps ainsi que sa perception comme source de plaisir. En même temps, la sensation d'être différent et unique s'accentue par le contact avec les autres personnes. L'estime de soi et la conscience de soi s'élèvent à des niveaux peu communs. La tendance à se sentir soi-même comme « être-au-monde », comme partie intégrante d'une totalité, entre en résonance avec l'image de soi et la sensation d'être différent - un.

 

Se sentir vivant par et avec l'autre, tout en exaltant ses propres caractéristiques,  a pour effet de renforcer tous les circuits de l'identité saine, de même que les modèles de réponse ergotrope et trophotrope, c'est-à-dire la vitalité.

 

Durant les exercices de Biodanza, le participant est, plus que jamais, lui-même; respecté, valorisé, aimé et accepté. Il éprouve son corps comme source de plaisir et, en même temps, comme potentiel d'expression créative. Les deux grands pôles entre lesquels se recycle le processus d'identité sont ainsi fortement activés en Biodanza.

 

Les danses d'amour et de caresses, donner et recevoir de la protection, tout ces exercices facilitent la sélectivité sexuelle et l'intimité affective. En tant que « être-en-communication » le participant découvre progressivement son identité sexuelle et sa capacité d'amour communautaire. Simultanément, la ligne de vitalité ainsi que les réponses adaptées (feed-back) à la réalité externe sont activées, ce qui renforce l'identité à l'intérieur du groupe. Le participant apprend à exprimer ses potentialités d'une manière créative, animant ainsi le processus de différenciation évolutive.

 

Dans ces conditions, le participant a une identité suffisamment intégrée et plastique pour atteindre des états de conscience supérieure grâce à la transe de renaissance.

 

Celui qui n'a pas atteint les degrés primordiaux d'intégration de son identité ne peut se lancer sur le chemin de l'identification avec la totalité, sans courir le risque de se dissocier.

 

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Article du mois de juillet-août 2005

 

Conscience éthique et solution de conflits par Rosa Vargas Ampuero

 

L’humanité adopte difficilement une situation mondiale de paix, comme si chaque fois nous ne pouvions pas apprendre des erreurs précédentes. Le conflit semble se trouver dans le devenir de l’histoire humaine. S’affronter, avantager, vaincre ou soumettre semblent être une logique très commune dans le processus interpersonnel ou sur  le plan social, ethnique ou religieux. Le conflit est une des manifestations de la condition humaine.

 

La lutte pour les espaces, pour le territoire, pour les ambitions de tous ordres expriment cette marque dans laquelle se meuvent parfois les hommes et les groupes. Et ainsi, nous croyons tous avoir à la fois raison et le discernement correct et être méritants de la justification la plus logique. Nous assumons ainsi de fait que l’erreur est chez l’autre partie et comme cette autre partie, curieusement, pense la même chose de nous, il devient très difficile de trouver des solutions aux divergences et aux désaccords.

 

La répétition du conflit dans les relations humaines nous montre que l’étroitesse d’esprit par rapport à l’autre est l’attitude génératrice de l’échec de la communication, du dialogue et de la rencontre.  Echec qui ne permettra pas l’approche et la confiance.

 

Nous assistons à une époque dans laquelle la trilogie conflit – violence – guerre  contamine de nombreux styles de vie. D’autre part, il est impossible d’être d’accord avec quelqu’un pour tout et en tout temps; de même qu’être en désaccord de façon permanente. Ainsi, il ne s’agit pas de ne pas avoir de conflits mais de savoir comment les vivre avec une motivation juste, le temps nécessaire, avec suffisamment d’intensité, au moment opportun et surtout avec la réflexion.

 

Dans n’importe quel processus de solution de conflits, il sera nécessaire que surgisse une volonté d’approche d’une ou des deux parties, pour essayer de faire quelque chose qui amènera, par un processus, à un  nouvel équilibre des relations humaines.

 

Le développement de la conscience éthique permettrait de surpasser la fracture produite par cette prééminence du conflit sur la nécessité d’être ouvert et en consonance avec l’autre. Cependant, comment considérons-nous la conscience éthique du point de vue de la Biodanza ?

 

La conscience éthique, du point de vue de la Biodanza,  nous l’entendons comme l’arrivée à la tendresse, à la compassion, à l’amour pour l’autre, au soin pour que la relation et le lien ne se détruisent pas. Elle met la priorité sur le désir de transformer à partir de la relation elle-même, de maintenir la communication essentielle et la vivencia partagée de faire partie de la même espèce plutôt que sur les divergences et les différences d’idées.

 

Dans ce sens et devant la magnitude de s’opposer à cela, Rolando Toro se demande : « Comment contrôler la violence de l’extérieur ? » « Faudra-t-il aussi comprendre le mal ? » Il répond immédiatement que face au mal, il faudra avoir du courage pour lui mettre des limites sans perdre la compassion et pour le combattre en déployant une vaste gamme de valeurs intérieures et de vertus. Il continue en disant que la réciprocité – ou concordance mutuelle – est ce qui rend possible l’ordre, la conformité et l’équilibre dans l’interaction des personnes.

 

Finalement, en mettant comme point fort l’affectivité humaine, Rolando Toro affirme que l’éthique, comme qualité personnelle d’être du côté du vertueux et du convenable, surgit lorsque, pour l’être humain, la dite réciprocité est la seule option d’interaction possible. Ainsi, la conscience éthique, comme une information sur sa propre attitude, permettra à la personne de percevoir le conflit de haut, de décider d’un comportement adéquat parmi différentes possibilités d’action et de se rendre responsable de ses actions en suivant le chemin de la compassion.

 

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Article du mois de septembre 2005

 

Importance de l’étreinte par Rolando Toro Araneda

 

Nous nous saluons fréquemment, nous nous donnons la main cordialement ou nous nous quittons avec un baiser rituel, mais nous expérimentons rarement l'étreinte. Peut-être seulement pour un anniversaire, à Nouvel An ou lors de départs.

 

L'émotion de l'étreinte a une qualité irremplaçable. C'est la proximité de l'autre dans un acte réciproque de donner et recevoir de l'affect, de soutenir l'autre dans toute son « humanité », de l'assumer spirituellement et corporellement. L'étreinte a une nuance religieuse plus que sexuelle. Elle fait référence à  la fraternité, à la communion généreuse, c'est-à-dire qu'elle a sa source dans la conscience d'appartenir à une « Fraternité Universelle » L’étreinte est un moyen suprême de percevoir l'autre, non seulement comme un proche mais aussi comme un semblable. Par l'étreinte, il est possible d'atteindre la transe de fusion de deux identités en une identité plus grande.

 

L'étreinte en Biodanza est un acte de rencontre de soi-même et de l'autre. Il ne s'agit pas de la pseudo-étreinte des couples qui dansent avec une musique de salon, mais d'un acte de subtile fusion réciproque. Pour que cela soit possible, il faut une attitude permissive et un sincère désir de recevoir l'autre.

 

Alors, qui embrasser ? Il est facile d'embrasser des personnes estimées et chères mais il est difficile de le faire avec un étranger. La rencontre de Salomon avec la Reine de Saba a dû commencer avec une étreinte solidaire et émouvante. Mais Saint-François est allé vers les lépreux et leur a offert son étreinte. Il est difficile d'embrasser un mendiant ou un fou. Chaque personne découvre, dans sa capacité d'embrasser, son niveau d'hominisation, son degré d'évolution affective.

 

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Article du mois d'octobre 2005

 

Biodanza : mythes et archétypes par Michela Sanpietro

 

Retrouver l’ivresse et le plaisir dionysiaque, la connexion avec la terre à travers Déméter, le chant et la poésie avec Orphée et encore la magie de l’amour avec Aphrodite, mythes et archétypes sont en nous.

 

Le mythe est  l’image, la personnification de quelque chose que nous avons en nous ; dans la civilisation, les mythes demeurent présents à travers la littérature et l’art. Pour Jung, les mythes sont aussi des archétypes, une expression de l’inconscient collectif qui nous renvoie à la  mémoire de  l’espèce, à quelque chose qui a déjà été vécu au niveau phylogénétique : nous pouvons vivre une sensation qui a déjà été éprouvée par d’autres personnes dans le passé.

 

Chaque fois que nous tombons amoureux,  par exemple,  nous vivons le mythe d’Aphrodite ; quand nous ressentons le besoin de rattacher à la Mère  Maternelle ou que nous éveillons l’instinct maternel, nous avons en nous  Poséidon, le dieu des mers.

 

Retrouver le mythe nous aide dans ce parcours que Jung a appelé « processus de différenciation », c’est-à-dire dans notre  parcours évolutif qui nous accompagne à la redécouverte d’un monde jusqu’alors inconnu.

 

Il est fondamental de reprendre contact avec nos archétypes, c’est-à-dire avec la partie la plus profonde de nous-mêmes ; vivre « en dehors de son archétype », comme le dit Bolen (Les dieux chez l’homme ; les déesses chez la femme) signifie perdre la connexion avec soi-même, s’éloigner de sa propre « capacité à sentir », ce que nous faisons souvent  pour nous conformer aux exigences d’une civilisation très productive comme la nôtre et dont le prix à payer est toujours très élevé.

 

Retrouver le mythe signifie célébrer la sacralité de la vie dans toutes ses manifestations, comme nous le faisons dans le contexte de la vivencia.

 

Dans l’évolution des mythes, on remarque le passage du matriarcat  (dont Déméter est l’héritage d’anciennes divinités féminines et terriennes) au patriarcat qui trouva sa plus grande expression dans le christianisme. Avec la religion chrétienne, les divinités deviennent éloignées et insaisissables en restant dans le ciel et, en plus, on y impose le modèle sacrificiel, une vie de renonciation et de négation du loisir.

 

Le mythe ne propose pas un retour à l’époque préindustrielle, mais une attitude plus humble et plus disponible envers ce qui est primordial et une source de trésors que nous avons perdus à cause du rythme frénétique de notre vie quotidienne.

 

Comment nous appliquons les mythes dans la vivencia

Les mythes possèdent une force extraordinaire de transformation. Jung avança l’idée que les mythes et les archétypes de l’inconscient pourraient acquérir une dimension corporelle plutôt que théorique et psychique. Cette idée fascina Rolando Toro Araneda qui décida d’introduire ces symboles universels dans la vivencia.

 

Il y a des mythes de mort et de renaissance ré-évoqués par le renouvellement périodique ; le mystère de ce processus de renouvellement  implique que nous sachions  mourir au passé, aux vieilles habitudes, à ce qui nous fait souffrir inutilement pour renaître à de nouvelles formes de vie plus heureuses et plus saines.

 

En Biodanza, nous héritons des différentes mythologies des religions cosmiques que nous exprimons par la danse, la régression – transe et le langage symbolique de la poésie, de la musique et du chant.

 

Dionysos et le pouvoir de l’instinct

Dieu de l’ivresse et du chaos, symbole de mort et de renaissance dans la mesure où il est mort et re-né trois fois. Il représente les forces primitives et inconscientes, ces énergies vitales que notre civilisation, fondamentalement apollinienne, voudrait contrôler et réprimer.

 

C’est cependant bien en nous perdant dans l’ivresse et le plaisir dionysiaque, en nous  consumant dans le feu qui est son élément, que nous laissons aller notre côté rationnel et que nous nous mettons en connexion avec les forces obscures de la nature.

 

Notre existence devrait être une pulsation entre ce qui est apollinien et ce qui est dionysiaque ; entre l’élégance, le raffinement et  l’équilibre typiques du dieu Apollon et le viscéral, le sens de la transgression qui appartiennent au répertoire dionysiaque. Rencontrer Dionysos en Biodanza nous aide à retrouver notre  « éros », en tant qu’amour pour la vie, capacité à vivre chaque instant de notre existence comme si nous étions en train de savourer un fruit ; en saisissant chaque rencontre, chaque souffle, chaque moment comme unique, précieux, non reproductible.

 

Nous pouvons le faire avec une danse de plaisir cénesthésique, avec des mouvements centraux  où la poitrine, la taille et les hanches s’intègrent et s’harmonisent ; tout cela nous amène à ressentir notre corps comme source de plaisir et de désir.

 

A travers le  mythe de Dionysos et Aphrodite, déesse de l’amour,  nous développons  « l’éros indifférencié et l’éros différencié ». Le premier nous renvoie à  l’origine, au stade périnatal, au contact « indifférencié » avec le monde, ainsi appelé dans la mesure où le bébé ne fait pas de distinction entre lui-même et le monde extérieur mais ressent ce dernier comme un prolongement de lui-même.

 

Et c’est à partir de « l’océan » de l’indifférencié, en « naviguant » parmi l’espèce humaine, que nous pouvons ensuite établir des rapports privilégiés en vivant à travers « l ‘éros différencié » l’expérience fusionnelle avec l’autre, en créant une totalité qui n’est pas la somme des deux personnes, mais une unité et une énergie plus grande, plus profonde, plus complète et qui forme le couple.

 

On découvre le plaisir de l’ivresse avec l’amour ; on renaît avec l’amour.

 

Isis et Osiris : le pouvoir de l’amour

Nous vivons ces mythes pour retrouver la force du sentiment qui aujourd’hui est réprimé et aussi pour nous libérer de ce qui nous limite, nous opprime, nous met en cage.

 

Isis et Osiris, divinités égyptiennes, représentent la renaissance à travers le pouvoir déflagrateur de l’amour et ils sont un point de repère archétypique parmi les mythes de mort et de résurrection.

 

Osiris, dieu de tous les êtres vivants, fut démembré par Seth, dieu du désert et de la mort ; ses morceaux furent éparpillés partout en Egypte. Sa sœur et épouse, Isis, désespérée, recueillit les parties déchirées d’Osiris, le recomposa avec douceur et lui redonna la vie.

 

Ce mythe, selon Rolando Toro Araneda, nous révèle la puissance de l’amour ; quand nous sommes déchirés par la souffrance, seul l’amour peut nous faire renaître.

 

Lorsque nous nous sentons déchirés, nous sommes en train de vivre le mythe d’Osiris ; quand nous exprimons l’amour pour nous-mêmes, pour l’autre, pour la vie, nous sommes en train de vivre le mythe d’Isis par un processus de réunification que nous exprimons en Biodanza avec la rencontre, l’accueil, le contenant du compagnon et la caresse.

 

La Biodanza nous enseigne que la vie est équilibre dynamique.

 

Shiva et Vishnu : la danse cosmique

Ils représentent la pulsation de l’être humain entre stabilité et transformation.

 

Shiva

Le dieu qui crée et détruit perpétuellement pour recréer ensuite, dans un processus de mort et de renaissance ; il nous pousse à quitter ce qui est vieux pour nous ouvrir à une nouvelle vie ; la danse de Shiva est engendrée par un mouvement qui rompt sans arrêt les schémas et l’équilibre en créant de nouveaux équilibres ; c’est l’équilibre instable.

 

Vishnu

Dieu de la conservation et des cycles vitaux ; il est modération, harmonie, équilibre, stabilité ; il inspire la sérénité, la patience, la persévérance et recherche de spiritualité ; danser Vishnu nous aide à valoriser les petits gestes de la vie quotidienne.

 

Shiva et Vishnu, deux mythes si différents et si complémentaires, la pulsation éternelle du chaos à l’harmonie, de la transformation à la conservation. Nous invoquons Shiva quand nous avons besoin de donner un tournant à notre existence, pour trouver le courage de transformer ce qui ne va plus. Nous invoquons Vishnu quand nous désirons conserver nos valeurs les plus profondes.

 

La Biodanza nous donne la possibilité de nous rattacher aux forces de la nature.

 

Déméter et les mystères d’Eleusis

Déméter, déesse de la moisson et des récoltes, mère de Perséphone qui fut enlevée par Hadès.

 

Le mythe de Déméter nous rattache à la générosité et à l’abondance de la Terre Mère, la terre féconde, la terre réceptive, la terre qui nous accueille et nous soutient.

 

Que signifie vivre et danser Déméter ?

 

Cela veut dire avoir un sens de plénitude et pouvoir donner à plusieurs niveaux :

Nous invoquons Déméter avec des danses de terre, des rites de fécondation et toutes les vivencias qui évoquent les gestes archétypiques de donner sans condition.

 

La Biodanza s’exprime aussi avec le langage poétique de la musique et du chant.

 

Orphée et le Pouvoir de la Musique

Apollon offrit la lyre à Orphée et les Muses lui apprirent à en jouer. Orphée possède le pouvoir enchanteur qui s’exprime par la musique et le chant ; le pouvoir de pénétrer la sensibilité humaine. Avec sa musique, il calme les fauves, il favorise l’éclosion des plantes et les arbres se mettent à danser. Selon la légende, il fut démembré par les Ménades ou les Bacchantes (qui accompagnaient le cortège de Dionysos) et sa tête fut jetée dans le fleuve Hélius où il continua à chanter jusqu’à la mer et fut transporté jusqu’à l’île de Lesbos.

 

L’homme civilisé  n’a plus l’oreille habituée à la musique et le mythe d’Orphée nous permet de nous rattacher aux sons et rythmes universels tels que le son des cascades et du vent, le bruissement des feuilles, l’alternance du jour et de la nuit, les phases de la lune, le rythme du battement cardiaque et le rythme respiratoire.

 

Nous vivons éloignés de la musique de la création et, cependant, c’est bien la musique, langage universel et accessible à tous, qui suscite des émotions profondes, agit sur notre identité qui, comme le dit justement Rolando Toro Araneda, est perméable à la musique.

 

La musique en Biodanza est organique et nous renvoie à des qualités telles que la fluidité, l’harmonie et l’expression du chant intérieur.

 

Le pouvoir de l’invocation

Notre identité est complexe et pleine de facettes ; en chacun de nous peuvent vivre plusieurs archétypes : l’archétype d’Aphrodite lorsque l’on aime, l’archétype de Vishnu lorsque l’on ressent le besoin de stabilité et d’équilibre, l’archétype d’Orphée quand on veut donner de la légèreté et de la poésie à notre existence.

 

Comme les 4 éléments : terre, air, eau et feu, tous les archétypes devraient être intégrés chez chacun et il faudrait pouvoir invoquer l’un ou l’autre suivant l’état d’âme et les situations que l’on vit sur le moment.

 

Il est courant, bien sûr, qu’un archétype domine tous les autres ; celui qui vit uniquement l’archétype de Dionysos, par exemple, vit constamment l’instabilité et la folie dans la mesure où ce personnage est toujours dans le chaos ; quand c’est le mythe de Déméter qui domine, ceci peut nous amener à donner jusqu’à l’épuisement, en nous empêchant de nous ouvrir au plaisir de recevoir.

 

Mythes et archétypes doivent être équilibrés pour un plein développement et une expansion de notre identité. Et c’est bien l’intégration des différents personnages mythiques qui nous aide à mieux comprendre la complexité humaine. Non seulement les archétypes sont en nous, mais ils nous poussent à changer, non par la volonté, non par l’intelligence corticale, mais par l’invocation au travers de cérémonies et de danses.

 

Rolando Toro Araneda nous rappelle qu’il y a plus de force dans l’invocation, laquelle parvient à toucher directement notre inconscient vital, que dans le raisonnement qui nous amène à vouloir trouver à tout prix des solutions rationnelles pour résoudre nos problèmes.

 

Chaque fois que nous somme en difficulté, au lieu de nous demander : « qu’est-ce que je dois faire ? » il vaudrait mieux se demander : « qui dois-je invoquer ? ».

 

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Article du mois de novembre 2005 

 

Biodanza : Transformation de l’individu en danse par Rolando Toro Araneda

 

Quand le danseur met en action ses mouvements, en les ajustant aux besoins expressifs, esthétiques ou de représentation, il prend le commandement d'une série de fonctions liées à l'identité. Parmi elles, nous pouvons mentionner : les mouvements volontaires, le déplacement dans l'espace, la sémantique expressive par rapport à certains codes gestuels, la recherche consciente de certains effets et la coordination des divers mouvements en fonction d'un thème, la coordination auditive - motrice et viso-motrice, la localisation autour d'autres images de référence et relationnelles, l'introduction spontanée d'éléments de fantaisie, etc.

 

Le danseur met en action toute sa capacité de jeu, d'équilibre, de coordination et d'expression.

 

A travers l'histoire de la danse il y a eu un fort objectif de former de bons danseurs qui soient capables d'atteindre, par l'exercice et par l'apprentissage, de hauts niveaux d'optimisation dans l'habileté et la beauté des mouvements.

 

Il y a pourtant une possibilité complètement opposée qui consiste à transformer le danseur en danse. Ce chemin a été éventuellement découvert dans les cérémonies des religions archaïques, dans certaines danses mystiques, d'extase et dans certains états induits par l'acide lysergique, la mescaline ou la psilocybine. Dans ces cas, la musique n'est pas nécessaire parce que le tonus et l'harmonie du biosystème entrent en connexion immédiate avec l'harmonie cosmique. Dans ces cas, l'individu ne danse pas une musique déterminée mais entre dans un état vivencial dans lequel il est la musique.

 

La musique danse l'individu et l'individu n'existe donc pas, mais la danse. L'identité se dissout dans une sorte de matrice de l'univers qui est dans un mouvement organique, où chaque élément fait partie de la danse plus grande. La danse cosmique consiste en l'interaction vivante de toutes les forces présentes.

 

Pour parvenir à l'état de transe nécessaire qui permet au danseur d'arriver à « être la danse », il est nécessaire de partir de la quasi-immobilité, dans un état de tonus « ouvert » aux impulsions proprioceptives spontanées. Un état inconditionnel et réceptif, libre de toute proposition. Dans ces conditions l'individu « permet » que la musique s'infiltre dans son organisme et induise l'état cénesthésique.

 

Etre la danse constitue une expérience dès que, dans le fond, le biosystème humain se syntonise avec le biosystème cosmique. Ceci est la source la plus puissante de rénovation et d'énergie.

 
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Article du mois de décembre 2005

 

Passion: le chemin de l’extase par Raul Terrén

www.terrentoro.com

 

L’extase implique la sensation d’être intensément vivant, ce qui nous arrive peu souvent dans la vie. C’est une vivencia d’embellissement, d’enchantement, de plaisir profond et de bonheur qui peut être associée à différentes expériences humaines: le chemin mystique, la sexualité, la danse, la poésie, la musique, le contact avec la nature, la création artistique et scientifique, les voyages, la communion affective des liens profonds comme d’une mère à son fils et y compris l’amitié intime. 

 

L’extase est souvent unie avec la passion, un mot qui génère de nombreuses polémiques à cause de ses utilisations et de ses significations multiples, souvent opposées. Dans notre culture, être passionné est merveilleux et pourtant nous croyons aussi que nous laisser emporter par les passions est un grand risque.

 

Tant Jésus que Dionysos parièrent sur la passion et dédaignèrent les dangers. L’un représente la pure spiritualité et l’autre la sexualité effrénée, placés à des extrêmes opposés, ils se ressemblent pourtant par l’intensité. La passion de Jésus-Christ et la vie passionnée de Dionysos ne semblent pas avoir la même signification. Pourtant l’enthousiasme, la recherche de l’extase les rend frère. Dans l’intensité, les limites s’estompent, les atmosphères se fondent : le sacré devient profane et le profane devient sacré. La distinction même n’a plus de sens.

 

La passion spirituelle des mystiques chrétiens comme Sainte Thérèse de Jésus ou Saint Jean de la Croix ne semble pas être si éloignée des orgasmes mondains des amoureux. Pour les mystiques l’ascétisme et pour les dionysiaques l’orgie semblent être deux chemins parallèles d’accès à l’extase. Comment est-ce possible ? Comment deux chemins apparemment si opposés peuvent amener au même destin ? Le paradoxe est qu’ils se rejoignent non dans l’infini, mais dans cette terre – vie, dans l’expérience de l’extase.

 

La légende d’Éros et Psyché aborde aussi cette dualité. Éros l’amour et Psyché l’âme ; le sentiment et la pensée, deux chemins qui sont nécessaires et se fécondent réciproquement. Quand ils sont séparés, nous pouvons avoir des expériences satisfaisantes mais limitées : des plaisirs limités, des pensées ternes ; réunis, intégrés, ils peuvent nous conduire à l’extase.

 

Il y avait une fois un Roi qui avait trois filles. Il avait réussi à en marier deux mais pas Psyché, la troisième parce qu’elle était belle et que personne ne se décidait à la conquérir. La vénération qu’éveillait sa beauté arriva aux oreilles d’Aphrodite, éveillant sa jalousie et son envie : Comment une mortelle pouvait-elle être aussi admirée qu’elle ? Le Roi préoccupé décida de consulter l’oracle. Aphrodite convainquit Apollon qu’il lui permettre d’y répondre. De cette façon, elle dit au père de Psyché que sa fille devrait se marier avec un  monstre. Obéissant à l’oracle, le Roi amena sa fille au sommet d’une montagne et Aphrodite, poursuivant son plan, envoya son fils Éros pour qu’il lance une flèche à Psyché lorsque celle-ci verrait l’animal si horrible qui passerait par là.

 

A partir de là, le mythe a pris différentes formes : dans certaines, Éros, en voyant la belle mortelle resta pétrifié comme s’il avait reçu sa propre flèche, dans d’autre il fut vraiment touché par erreur par sa flèche. En tout cas, Éros tomba amoureux de Psyché et comme il craignait la colère de sa mère il décida de cacher cet amour. Pour cela, il demanda au Dieu du vent qu’il emmène Psyché endormie à son palais et elle se réveilla là entourée de servantes et de gardes qui lui informèrent que son maître reviendrait la nuit tombante. Celui-ci arriva quand il fit déjà une nuit obscure et se présenta devant elle, lui disant qu’il était son mari, que bien qu’il ne fût pas un monstre elle ne pourrait le voir, mais qu’elle devait l’accepter et se confier à lui. Elle accepta et ils vécurent heureux sans qu’elle ne se doute que son mari était un Dieu et encore moins qu’il s’agissait de Éros en personne.

 

Les sœurs de Psyché, ayant entendu parler du succès de celle-ci, décidèrent d’aller lui rendre visite. Elle leur raconta l’histoire de sa romance et les couvrit de cadeaux, justifiant l’absence de son mari en disant qu’il était un voyageur de commerce. Des mois plus tard, ses sœurs revinrent lui rendre visite et elle, oubliant l’explication antérieure, leur dit que son mari était un professeur et qu’il donnait des cours et que pour cela elle ne pouvait le leur présenter. Les sœurs commencèrent à avoir de soupçons. Par envie et par souci, elles lui dirent que si elle ne devait pas le connaître c’était parce qu’il était le monstre que l’oracle lui avait destiné. Elles lui conseillèrent de s’en occuper et de vérifier qui était son mari. Cette nuit, alors qu’Eros dormait à ses côtés, Psyché, violant l’accord qu’ils avaient, alluma une lampe à huile et craignant se trouver avec un être horrible, découvrit au contraire que son mari était l’homme le plus beau que l’on puisse imaginer. Sans le vouloir, une goutte d’huile de la lampe tomba sur l’épaule d’Eros et le réveilla. Là il dit qui il était : le Dieu de l’Amour. En même temps il lui dit qu’il devait l’abandonner pour toujours parce qu’elle n’avait pas respecté son serment.

 

Psyché décida de récupérer l’amour d’Eros à n’importe quel prix et décida d’aller voir Aphrodite qui ne put refuser de leur donner une opportunité car elle savait qu’Eros l’aimait intensément. Elle résolut le dilemme en exigeant de Psyché la réalisation de trois épreuves qu’elle jugeait impossibles pour une mortelle. Cependant, tous les éléments, les personnes, les animaux collaborèrent avec la jeune fille émus par l’amour qui l’animait et l’aidèrent à réaliser les épreuves qui lui furent exigées par Aphrodite.

 

Quand, finalement, ils purent s’aimer librement, Éros et Psyché se marièrent et en peu de temps eurent une fille qui s’appelle Extase.

 

Qu’est-ce que cela veut dire que l’extase soit une femme ? Étant donné qu’une fois qu’elle fut née, les autres extases ou ses ovules – fils, étaient déjà en elle. Avec l’arrivée de la première expérience d’extase,  nous avons déjà le chemin des suivantes parce qu’elles sont en puissance dans la première.

 

Il est évident que la passion de Psyché pour Éros a signifié un sacrifice, vaincre les obstacles que lui imposa sa belle-mère Aphrodite. Sacrifice : office sacré, le chemin des religieux. Que c’est paradoxal !

 

De paradoxe en paradoxe, revenons à Dionysos, symbole de l’extase « profane » par excellence, de la passion effrénée, l’ébriété, l’orgie. Comment ses habitudes pourraient nous amener à un lieu sacré, de quelle extase nous parlent-elles ?

 

Bien, notre Dionysos  peu svelte fut le mari le plus envié de l’Olympe. Il se maria à Ariane qui fut abandonnée par l’apollinien Thésée et ils furent le couple le plus heureux. On dit qu’ils ne se disputèrent jamais.

 

Dionysos par les sens comme Socrate par la pensée furent deux révolutionnaires qui approfondirent l’expression de nos possibilités humaines. La passion appliquée au désir et la passion appliquée à la connaissance.

 

A Socrate, le passionné de la pensée, les hommes lui donnèrent la mort, comme ils le firent également pour Jésus-Christ ; par contre, Dionysos, le passionné des sens, les dieux l’invitèrent à vivre dans l’Olympe.

 

Dans le labyrinthe de l’existence humaine il y a des portes infinies et par elles de nombreux chemins, et parmi eux un qui nous amène à la Croix, un autre à la Ciguë et un autre aussi  à l’Olympe.

 

Comment choisir si ce qu’il y a de l’autre côté de la porte sera toujours un mystère avant de l’ouvrir et souvent c’est seulement une porte interne du labyrinthe.

Il semblerait que le chemin de l’extase soit un chemin passionné et qu’il ne faille pas attendre l’extase à la fin du chemin.

 

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