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Articles 2004

 

 

Tous les articles

janvier :

Biodanza et action sociale par Rolando Toro Araneda

février :

Biodanza : La danse de la vie par Ugo Rizzo

mars :

Biodanza et maladies psychosomatiques par Rolando Toro Araneda

avril : La Biodanza pour les enfants et les adolescents par Monica Turco
mai :

L’éthique : un absolu humain par Rolando Toro Araneda

juin :

La vivencia : fins épistémologiques par Eugenio Pintore

juillet-août : Biodanza et Cancer par Rolando Toro Araneda
septembre :

Corrélation entre la Biodanza, la neurologie, l’immunologie et l’endocrinologie par Claudete Sant’Anna

octobre : Evolution du concept d’harmonie par Rolando Toro Araneda
novembre :

Biodanza : la danse de la vie par Eugenia Audisio

décembre : La place du langage verbal en Biodanza par Rolando Toro Araneda

 

Article du mois de janvier 2004

 

Biodanza et action sociale par Rolando Toro Araneda

 

La dimension sociologie de la Biodanza commence dans un sentiment émouvant et profond de fraternité et non dans une idéologie humaniste. C’est l’activation de noyaux innés de lien qui permet une modification sociale en profondeur. Les dits « changements sociaux de fond », basés sur la lutte politique, sont des changements externes où les personnes sont les grands absents. Les régimes totalitaires l’ont bien démontré. On change une classe pour une autre.

 

Les éthologues et sociologues classiques ont parlé d’un « instinct grégaire ». Sans doute, il existe un facteur instinctif de cohésion entre les individus d’une espèce, lié à la survie. Von Uexkull a proposé, d’une façon géniale, l’idée que l’espèce est l’organisme et l’individu est l’organe. Il a conçu les nœuds  de lien biologique entre les membres de l'espèce avec une grande profondeur. Actuellement, nous savons que ce lien "invisible" transcende l'espèce et que nous sommes essentiellement et indubitablement liés par le processus de la vie et de tout l'univers.

 

Ces considérations éthologiques, biologiques et anthropologiques confirment seulement un fait: le lien entre les humains est une fonction bio-cosmique. L'être humain, soumis à un processus de développement historico-culturel, à l'intérieur duquel il naît et grandit, expérimente la plus violente déformation de ces impulsions d'affinité naturelle pour sa propre espèce. La pathologie de notre culture insiste, par ses moyens de communications et ses institutions, sur le développement d'attitudes de ségrégation, de rejet, d'agression et d'exploitation des autres personnes.

 

La culture est structurée sur un schéma de pouvoir et s'approcherait de ce que Chance appelle « société agoniste »: un mode de regroupement zoologique basé sur la tension et la peur provoquée par l'émergence du mâle le plus fort, le groupe se disposant autour de rôles et de hiérarchies de pouvoir, maintenant une vigilance permanente face à des situations de dangers pour lesquelles les uniques réponses possibles sont la lutte, la fuite et l'évitement. Chance oppose à ce mode de regroupement social agoniste, la dite société hédoniste dans laquelle la tension entre les individus est constamment diminuée par le contact: les baisers, les caresses, les étreintes. La forme agoniste a été observée chez les singes japonais, javanais et Rhésus. Et la forme hédoniste chez les grands singes: chimpanzé et gorille. Si nous extrapolons ces catégories éthologiques sur le plan humain, nous pourrions comparer les gouvernements totalitaires avec la société agonistes et on pourrait formuler une hypothèse évolutive pour expliquer l'apocalypse actuelle: l'être humain se serait glissé, au travers de son évolution, vers la ligne agoniste, amenant ces modes de relation agressive jusqu'à ses ultimes conséquences.

 

Le  nœud  de notre problématique sociale serait de modifier notre schéma de vie agoniste et le transformer, progressivement, en un style de vie hédoniste ou, au moins, introduire dans le schéma agoniste l'élément fondamental capable de diminuer la tension entre les humains: le contact, la caresse, la fonction lucide d'offrir du contenant à l'autre.

 

Ce changement ne peut être seulement idéologique. Il s'agirait d'activer les noyaux innés, biologiques, instinctifs et émotionnels du contact corporel.

 

La transformation sociale comprendrait donc, du point de vue de la Biodanza, d'une part, l'activation hypothalamique des vivencias de contact et d'affectivité et, d'autre part, la destruction des tabous sexuels, politiques, religieux et psychiatriques.

 

La destruction des tabous sexuels a commencé avec Freud, a pris de la force avec les conceptions de Wilhelm Reich et s'est étendue avec les penseurs contemporains, comme Aldous Huxley, Bertrand Russell, Herbert Marcuse, Michel Foucault, Ronald Laing, Carl Rogers et des écrivains comme D.H. Lawrence, Henry Miller, Allen Ginsberg, Violette Leduc, Jean Genet. Il est curieux que les sexologues aient très peu apporté à la chute des tabous sexuels.

 

Si le processus de destruction des tabous sexuels commence récemment, l'érosion des idéologies politiques est aussi un fait historique qui peut être détecté sociologiquement.

 

Le désenchantement des idéaux de changement social par la politique est un processus en expansion. Il y a peu de personnes intelligentes et informées qui, actuellement, proposent les consignes du totalitarisme ou des dites démocraties bourgeoises. La révolution fasciste a montré son visage devant les fours crématoires instaurés par Hitler.

 

Dans différents pays d'Amérique et d'Afrique, des délinquants institutionnalisés gouvernent les peuples avec des mains baignées de sang. Actuellement, aucune personne intègre ne sympathise avec le terrorisme institutionnalisé. Le totalitarisme a montré aussi son visage sinistre dans la bureaucratie assassine de Staline et dans la violence exercée contre la pensée créatrice. Les démocraties ont montré leur visage au Vietnam et dans l'exploitation, ouverte ou dissimulée, des pays dépendants.

 

Dans notre conception, nous nions une différence substantielle entre ces trois grands systèmes. Notre proposition consiste à commencer de nouveau, avec honneur, en activant nos potentiels innés de lien hominisant. Commencer de nouveau, en soignant notre propre malignité stupide, et apprendre les leçons de l'histoire.

 

Un programme de changement social pourrait se résumer par les points suivants:

 

 

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Article du mois de février 2004
 

Biodanza : La danse de la vie par Ugo Rizzo

www.biodanzaonline.it/

 

« La plus subversive de toutes les disciplines est celle qui se base sur la joie de vivre, sur le droit à l’amour et au contact … »

                                  Rolando Toro Araneda

 

Dans le processus incessant de la vie, chaque être vivant à en lui la sagesse infinie de savoir reconnaître instinctivement les conditions idéales pour sa meilleure expression et sa meilleure évolution. En toutes circonstances, en tous lieux, dans n’importe quel climat ou latitude, chaque organisme vivant existant sur la planète utilise toute son énergie pour réaliser ces conditions optimales qui répondent à l’appel mystérieux de la vie. Et si à chaque moment, sur la terre, la vie attire la vie, cela ne semble plus avoir de la valeur pour le plus évolué de ses habitants. Parmi toutes les créatures, en fait, seul l’homme semble avoir perdu la boussole biologique qui le dirige vers la pleine réalisation de ses potentiels. Le plus évolué de tous les êtres, le seul capable d’éprouver de l’amour, de sentir « l’émotion de la vie », de s’émouvoir, de jouir, de vibrer et de palpiter s’est profondément éloigné de sa connexion innée à la vie et à la nature.

 

A partir de cette observation fondamentale naît l’histoire de la Biodanza, une histoire longue et magnifique de la passion d’un homme et de son destin. Une histoire qui commence il y a plus de 30 ans à Santiago du Chili et arrive finalement à nous grâce à la persévérance, à l’ingéniosité et à l’intuition de Rolando Toro, psychologue, poète et musicien chilien. Professeur émérite du centre d’études d’Anthropologie médicale de Santiago, Rolando Toro a commencé simplement à observer l’être humain. Lui, l’homme normal, l’homme contemporain, l’homme du vingtième siècle, celui qui dans les encyclopédies et dans les livres d’école est défini comme « moderne, évolué, cultivé, civilisé, avancé ». Rolando Toro a regardé l’être humain, ses habitudes, ses comportements, ses maladies et, désespéré, n’a pas compris. Il n’a pas compris pourquoi l’attitude la plus répandue de la société humaine moderne était celle d’inhiber et de contrôler par tous les moyens tout ce qui chez l’être humain est génétique, spontané, libre et naturel. Il n’a pas réussi à comprendre pourquoi la soit-disante civilisation, au lieu de favoriser une évolution globale de l’homme, avait des conséquences néfastes qui atrophiaient progressivement chez l’individu toutes les impulsions les plus simples et les plus naturelles telles que la joie, l’élan vital, le plaisir, l’exaltation créative, la tendresse, l’amour, le désir sexuel, l’amitié, la béatitude, etc.

 

Je crois qu’une telle constatation n’a pas besoin d’autres preuves que celles de notre propre expérience de vie. Chacun de nous a certainement eu l’occasion de constater, dans sa propre vie, la réalité quotidienne d’une société toujours plus fatiguée, superficielle, sclérosée … une société dans laquelle, chaque jour, les gestes et les pensées se mécanisent, les émotions et les plaisirs se robotisent, en pleine et totale contradiction avec la cohérence évolutive qui a depuis toujours contredit l’évolution de la vie sur notre planète. L’homme contemporain s’est drastiquement éloigné de la compréhension des rythmes et des cycles de la nature. Un tel éloignement est scandé en lui par un combat intérieur entre tout ce qui fait simplement partie de sa nature et tout ce qui, au contraire, est lié à des « commandements » sociaux, éducatifs et religieux,  franchement détachés de la vie et en grande partie le fruit d’un besoin exaspéré de règles qui naissent seulement d’une profonde peur de vivre totalement.

 

Qu’est-il donc arrivé à cet homme moderne capable d’atteindre, en même temps, des niveaux de connaissance plus élevés et tant de désolation existentielle ? Ses questions sont arrivées à maturation en 1965 lors d’un congrès de médecine organisé par Francisco Hoffman, un médecin innovateur qui soutenait une thèse révolutionnaire (pour l’époque) selon laquelle l’origine émotionnelle de la maladie, des troubles psychologiques et des dissociations pathologiques qui touchent l’humanité doit être reliée aux difficultés affectives de l’homme au sein de sa culture. Ceci fut l’intuition primaire qui a fait comprendre à Rolando Toro le point central autour duquel il a élaboré le modèle théorique du système Biodanza.

 

« Un progrès technologique, porteur fou d’une vision toujours plus détachée, matérialiste et rationnelle de la vie a fait payé à notre temps et à notre époque le prix le plus fort : un progressif dessèchement  du potentiel affectif et émotionnel de chaque être humain. Une progressive dissolution du plus beau don que l’existence a fait à l’homme ».

 

Comprenant avec tant de clarté ce point, Rolando Toro décide que c’est exactement de là qu’il doit commencer l’œuvre de reconstruction. Il commence donc patiemment à élaborer un système qui intervient sur cette insensibilité autodestructrice et amorce le plus rapidement possible un réel et profond processus de guérison. Un processus de réintégration qui a comme objectif primaire la reconstitution du noyau affectif blessé des êtres humains. Son défi personnel fut la création d’un système capable de guérir doucement notre intimité blessée, notre confiance blessée, notre candeur blessée, notre capacité d’être vivant blessée. Un système qui n’est ni traumatique, ni cathartique mais qui réveille nos instincts les plus sains et les plus naturels et nos liens génétiques avec la vie.

 

Il décide donc de recourir aux trois possibilités les plus importantes pour toucher et stimuler notre noyau affectif si profond, si fragile et si apeuré : la musique, le mouvement naturel du corps et la chaleur de la rencontre humaine.

 

La musique

Pour tout ce qui se passe en Biodanza, on utilise le langage éternel et intemporel de la musique. La musique est la vibration qui arrive directement à l’âme et qui réussit à parler au cœur de toutes les personnes. La musique est le véhicule pour avancer au-delà du mental et sentir et exprimer l’unité que nous sommes. En Biodanza, la musique a la fonction spécifique de stimuler et d’éveiller des émotions. Pour cette raison, toutes les musiques utilisées sont le fruit d’une recherche soignée de sémantique musicale afin de choisir les morceaux les plus aptes à éveiller telles émotions qui, dans leur ensemble, réveillent et stimulent toutes les fonctions vitales des participants aux ateliers. Toutes les musiques choisies sont donc « le meilleur » morceau musical existant pour chaque exercice particulier prévu dans le système Biodanza. Ont donc été choisies (par Rolando Toro et par d’autres chercheurs musiciens) des musiques de tout genre : de la samba au jazz, du rock à l’afro, de la soul à la musique classique, des musiques ethniques aux musiques tribales.

 

Biodanza

Le nom Biodanza est formé par le préfixe grec « bios » qui signifie vie et du mot d’origine française « danse » qui signifie mouvement plein de signification. De l’union de ces deux mots naît la signification poétique de « Danse de la Vie ». Il est très important de comprendre le sens plus profond du terme danse alors que sa signification plus commune peut faire croire que la Biodanza est une proposition qui demande une technique, des pas de danse, des postures ou d’autres modèles à assimiler. Ce n’est pas ainsi. Ce qui est entendu, c’est le sens plus profond du terme danse, compris dans sa signification sémantique originaire.

 

Ne plus exprimer nos émotions, communiquer avec les autres d’une façon non expressive, faire des gestes et des mouvements du corps mécaniques et répétitifs, sans sensibilité et variations créatives sont des habitudes toxiques qui vont être libérées par la récupération d’un mouvement intégré dans lequel, pour chaque geste, tout l’être trouve son expression. Le geste simple plein de signification, rempli d’émotions, plein de vie est danse. Marcher détendu et heureux sur la lune est une danse, étreindre une main amie est une danse, se perdre dans les yeux de l’autre est une danse … la Danse de la Vie précisément, qui demande à ne suivre aucun autre modèle que le sien propre, dépouillé de toutes les inhibitions et de toutes les peurs.

 

Comment agit la Biodanza

La musique, le mouvement dansé du corps et la chaleur qui jaillit de la rencontre avec les autres êtres humains, renverse complètement l’expérience normale de la réalité à laquelle nous sommes habitués. A partir d’une approche quotidienne, habituellement mentale et corticale avec la vie, par des exercices spécifiques, on passe à un autre type de langage et de communication qui diminuent temporairement les fonctions du cortex cérébral pour faciliter l’accès à l’émotion, aux sentiments, au recueillement, à la perception sensible de soi et des autres. A partir de la prédominance absolue du mental rationnel, on passe dans un espace où la parole, comme par magie, ne sert plus, et le langage devient celui du silence et de l’émotion, de la musique et du mouvement, les uniques canaux réellement efficaces pour réveiller doucement toutes les fonctions de notre être sacrifié et inhibé par les blessures intérieures bien connues qui accompagnent l’histoire de chacun de nous.

 

Les cinq lignes vitales de l’être humain

Pour faciliter la compréhension de sa vision et pour exprimer d’une façon synthétique le concept de « potentiel humain », Rolando Toro a sélectionné cinq fonctions existentielles communes à tous les hommes : la Vitalité, la Sexualité, la Créativité, l’Affectivité, la Transcendance.

 

L’ensemble de ces fonctions qui s’entrecroisent entre elles sans solution de continuité, représente la sphère globale de l’être. Les personnes saines et équilibrées développent dans le cours de leur vie toutes ces cinq fonctions fondamentales. Beaucoup cependant n’en développent que quelques unes au détriment des autres. Certains, par exemple, développent la ligne érotique sans le développement de la ligne affective, d’autres développent la ligne de transcendance sans arriver à un pareil développement de la ligne érotique.

 

La Biodanza travaille en stimulant graduellement les lignes les moins développées avec l’objectif d’arriver à un meilleur équilibre entre elles et ainsi à une harmonie de l’être plus profonde et plus globale.

 

La vitalité est la fonction qui a à voir avec le mouvement, l’énergie, le dynamisme et l’élan vital. La sexualité est la sphère qui comprend notre intimité et notre capacité de contact sensuel avec l’autre. La créativité est liée à notre capacité d’expression intuitive et à notre instinct d’exploration. L’affectivité comprend notre capacité à éprouver de l’amour, de la solidarité, de la générosité, notre sens d’appartenance et de fraternité.

 

La transcendance est la fonction humaine la plus subtile et méconnue, liée à toutes les sensations intérieures de plénitude, d’expansion, de perception et d’intime communion avec toutes les manifestations de la vie. A travers le mouvement ému favorisé par la musique, tout se transforme et prend des connotations nouvelles. La perception de soi se transforme, la sensibilité de son propre corps se ravive, les tensions et la rigidité s’amenuisent mais, surtout, la communication et les relations avec l’autre se font sous une autre lumière. Dans les instants d’approche et de contact avec l’autre, un canal s’ouvre dans lequel les identités réciproques se fondent, s’activent l’une l’autre et se nourrissent réciproquement du besoin respectif d’entrer dans la dimension de l’amour, de la solennité et de la joie de vivre.

 

Il n’y a pas d’autres raisons que celles-ci d’apporter la Biodanza dans sa vie. Des raisons qui parlent au cœur, qui nous poussent à avancer pour reprendre ce qui nous a toujours appartenu et qui répondent surtout à la nature pure de l’homme, au besoin incessant et millénaire de sa sagesse intérieure et à sa profonde nécessité de redécouvrir – ici et maintenant – comment danser à chaque instant sa propre vie au son sûr et amical de sa propre musique intérieure.

 

« Mathématiquement, il n’existe aucune possibilité que nous existions. Mais nous EXISTONS. Pour cela, nous devons incorporer en nous la sacralité de la vie, le miracle de la vie … parce que la signification de notre passage dans le monde est d’exalter la vie … de créer encore de la vie … d’ajouter de la vie à la vie »

                                     Rolando Toro Araneda

 

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Article du mois de mars 2004
 

Biodanza et maladies psychosomatiques par Rolando Toro Araneda

 

Introduction

La médecine psychosomatique, à partir de Franz Alexander, Margolin, Dunbar, Rof Carballo, Lopez Ibor et, plus récemment P. Pancheri, F. Antonelli, M. Biondi, a établi avec une clarté scientifique la relation entre les problèmes émotionnels et les troubles neurovégétatifs, endocriniens et immunologiques.

 

Il est largement démontré par de nombreuses recherches scientifiques qu’une série de maladies, telles que l’hypertension artérielle, l’asthme, l’arthrite rhumatoïde et la céphalée due aux tensions, ont leur origine dans les conflits émotionnels.

 

La proposition de la Biodanza est d’agir à travers des exercices spécifiques qui déclenchent des émotions intégrantes pour favoriser l’autorégulation organique.

 

L’unité psychosomatique

N’importe quelle maladie, d’un mal de tête à une néoplasie (tumeur), provient d’un trouble de la totalité de l’organisme. Penser à la maladie comme à une altération d’un organe ou d’un système isolé a été l’erreur la plus dramatique de la médecine. L’organisme humain n’est pas un ensemble de pièces isolées, mais un ensemble de circuits fonctionnels dont la totalité est plus grande que la somme de ses parties.

 

Il y a chez les êtres vivants divers systèmes de régulation intra-organique qui assurent le fonctionnement de l’organisme comme unité autorégulée.

 

Le système nerveux, le système endocrinien et le système immunitaire fonctionnent en parfaite cohérence. Tout changement émotionnel influe sur les trois systèmes. Cette unité est conçue écologiquement. L’environnement influe profondément sur les réponses physiologiques. L’organisme humain est un hologramme vivant.

 

Maladies psychosomatiques

Voici une brève liste de quelques maladies psychosomatiques :

 

Les maladies psychosomatiques ont leur origine dans les conflits émotionnels et dans le stress chronique.

Victor von Weizacker a découvert le chemin qui va « de l’émotion à la lésion ». Ceci signifie que certaines émotions donnent origine à des lésions organiques.

 

Arthur Jores a décrit 1500 « maladies de la civilisation » causées par nos styles de vie et nos conflits.

 

Ces points de vue nous permettent de comprendre jusqu’à quel point les processus de la civilisation semblent aller en parallèle avec l’annihilation de la vie.

 

Théories des maladies psychosomatiques

 

 

 

Il a établi quelques corrélations entre l’émotion et la symptomatologie psychosomatique :

 

Situation déclenchante

Réaction psychique

Réaction somatique

 

Perte

 

Tristesse

 

Pleurs

(glandes lacrymales)

 

Examen

 

Tension anxieuse

 

Sueur

(glandes sudoripares)

 

Révélation gênante

 

Honte

 

Rougeur

(système vasculaire)

 

Peur

 

Peur

 

Palpitation

(système cardio-vasculaire

 

 

 

Ces deux expressions « psychisation » et « somatisation » sont exclusives. Ainsi, une personne qui élabore l’angoisse à travers le délire psychotique ne développe pas de cancer, par contre, le malade du cancer ne développe pas de schizophrénie.

Stress et maladies psychosomatiques

Le stress est une réaction à l’adaptation non spécifique de l’organisme face à des facteurs stressants externes ou internes.

 

Cannon a proposé la théorie de l’urgence, concentrant son intérêt sur les altérations organiques de caractère aigu, comme l’angoisse morale, la colère soudaine, la douleur intense, la sensation aiguë de faim.

 

Hans Selye a décrit le modèle de stress en orientant ses recherches vers les altérations somatiques soumises à des surcharges prolongées. Il a observé que les états d’angoisse chronique, la rage, la peur et les conflits émotionnels permanents auront des effets organiques.

 

Tant le syndrome d’urgence de Cannon que le stress produit par les surcharges chroniques ont en commun la libération d’une hormone de la médulla de la glande surrénale : l’adrénaline et l’activité de l’hypophyse.

 

Selon Cannon, dans les cas d’urgence, il se produit la libération de l’adrénaline et les signes organiques suivants : pâleur, tachycardie, hypertension, dilatation de la pupille, contraction des muscles arrecteurs des poils, respiration profonde, immobilisation gastro-intestinale ; en fait l’organisme se prépare à répondre avec des réactions de lutte ou de fuite face à l’urgence.

 

Alexander fonde son modèle des maladies psychosomatiques sur les observations de Cannon, lorsqu’il considère les caractères sympathicotoniques (adrénergiques) des maladies comme l’hypertension et l’hémicrânie.

 

Selye a considéré les surcharges nocives de caractère physique, chimique ou psychique comme des facteurs de stress et les a nommé stresseurs. L’organisme essaye de s’adapter aux stresseurs par un mécanisme qui a un axe hypothalamus – hypophyse – glandes surrénales et qu’il a appelé Syndrome Général d’Adaptation (SGA). Cette réaction non spécifique face à n’importe quel stresseur évolue en trois étapes :

  1. Réaction d’alarme

  2. Etat de résistance

  3. Etat d’épuisement

 

Emotions et maladies psychosomatiques

Heyer, Dunbar, Alexander et d’autres ont observé une haute corrélation entre certaines émotions et quelques maladies psychosomatiques. Sur ces maladies influent également des facteurs environnementaux.

 

Maladie psychosomatique

Emotions dominantes

Effets thérapeutiques par la Biodanza

Colite ulcéreuse et diarrhée psychogène

Efforts sans espoir de réalisation. Peur de marcher dans la vie. Désespoir

Défi de « marcher dans la vie ».

Exercices d’expression de l’identité

Asthme

Manque de contenant affectif de la part des personnes significatives. Répression des pleurs chez l’enfant. Difficulté de communiquer l’intimité

Exercices de régression avec contenant affectif

Dialogue intime évoquant les parents

Cérémonie de communication intime.

Exercices de caresses

Hypertension

Inhibition de la rage. Hostilité réprimée. Désir de plaire

Exercices d’expression de la rage.

Danse du Tigre

Danse d’opposition

Arthrite rhumatoïde

Accent de l’expression des émotions par le biais des muscles et répression rigide de tels élans

Danses d’expression des émotions par le biais des muscles.

Danse yin

Dermatites

Besoin de contacts physiques

Rencontres et caresses

Hyperthyroïdie

Crainte de base de la survie, besoin de dépendance

Exercices d’expression de l’identité

 

Effets de la Biodanza dans le traitement des maladies psychosomatiques

Du point de vue psychologique, la Biodanza est une technique anxiolytique, c’est-à-dire réductrice de l’anxiété. Le stress produit par des conflits émotionnels tend à baisser rapidement.

 

Dans le domaine psychologique encore, elle modifie le style de vie et crée de nouvelles motivations de vie.

 

Du point de vue biologique, la Biodanza est une technique d’intégration intra-organique. Ceci signifie que la pratique de la Biodanza intègre l’organisme à tous les niveaux : émotionnel, neurologique, endocrinien et immunologique. Pour cette raison, elle a des effets guérisseurs et de réhabilitation dans les cadres cliniques les plus divers.

 

Nous avons dit que von Weizacker a décrit le chemin qui va « de l’émotion à la lésion ». En Biodanza, on décrit le chemin inverse : « de la lésion à l’émotion » (intégrante).

 

Le manque d’affection, la dépendance, l’hostilité réprimée, des conduites répétitives, le manque d’estime de soi, des tendances inconscientes à l’autodestruction, des sentiments de culpabilité, la frustration sexuelle, etc. provoquent des maladies psychosomatiques.

 

L’asthme, l’hypertension artérielle, l’arthrite, les troubles auto-immuns se génèrent dans des conflits émotionnels et dans les difficultés d’expression émotionnelle.

 

Le travail de diagnostic doit être fait sur l’étude des troubles émotionnels, sur les niveaux de répression émotionnelle, sur le style de vie et sur la structure de l’identité.

 

L’expansion de l’identité génère la santé, la joie de vivre, de nouvelles formes de communication affective et l’érotisme.

 

Le traitement spécifique de diverses maladies psychosomatiques consiste en la pratique de la Biodanza avec des exercices adéquats à chaque cadre clinique.

 

Le programme de Biodanza pour les maladies psychosomatiques inclut :

 
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Article du mois d'avril 2004
 

La Biodanza pour les enfants et les adolescents par Monica Turco

http://www.biodanzabologna.it/

 

La Biodanza est une proposition d’intégration affective, de renouvellement organique et de réapprentissage des fonctions fondamentales de la vie. Sa pratique permet d’activer le potentiel de chacun par le renforcement d’émotions saines et leur expression cohérente, ainsi que par l’éveil à l’apprentissage vivencial (apprentissage fondé sur les affects, l’auto perception, l’expression de soi, l’échange spontané et la motivation).

 

La Biodanza permet de construire la compréhension et la connaissance de soi, de l’autre et du monde (cognition) à partir de la perception intime de ceux-ci.

Les exercices sont structurés à partir du Modèle Théorique de la Biodanza (développement des potentialités génétiques, c’est-à-dire de toutes les possibilités présentes chez l’individu dès sa naissance, et qui attendent, pour s’exprimer, de trouver des conditions favorables).

 

Les outils de la Biodanza sont la musique (stimulation permettant d’exprimer une émotion intégrée au mouvement), le mouvement (entrer en action, exprimer par le corps) et la vivencia (instant vécu avec intensité).

 

Mode de réalisation 

Les séances de Biodanza se proposent en groupe. Le jeu est un élément fondamental car il permet l’expression spontanée et favorise l’intégration rythmique, motrice et affective à un niveau à la fois individuel et collectif. C’est grâce à la joie présente dans le jeu que l’on propose de stimuler l’intégration de chaque participant et de restaurer le sentiment d’appartenance au groupe.

 

Les exercices proposés pour favoriser l’intégration sont, par exemple :

Les tensions musculaires et les rigidités articulaires (cou, épaules, hanches, genoux) sont travaillées progressivement par des danses au ralenti (mouvements lents, ronds, agréables, en détente). Ces danses permettent l’autorégulation organique (action/repos, assimilation) à la base de l’unité psychocorporelle de l’individu.

Objectifs de la Biodanza pour enfants et adolescents

1.       Intégration du groupe

Relations harmonieuses et saines dans le groupe.
Coopération et récession des comportements de compétition et de pouvoir.
Acceptation des différences et de la diversité.

2.       Stimulation de l’autorégulation organique

Meilleure gestion de l’énergie en fonction des phénomènes liés à l’action, au repos, à la récupération et à l’assimilation.

3.       Intégration psychomotrice au niveau individuel

3.1    Elévation du niveau de vitalité
Développement de l’action dans le mouvement (développement de la capacité d’expression dans le mouvement actif)

Augmentation du tonus musculaire.
Capacité de variation de vitesse dans le mouvement (lent/rapide).
Développement de la synergie dans le mouvement (intégration des hémisphères cérébraux).
Développement de l’élan vital dans le mouvement et dans l’action (l’élan de réponse à une stimulation extérieure ou à une impulsion interne).
Développement de la puissance du mouvement (concentration de la force, de l’intention motrice et de la tonicité musculaire en vue de réaliser une action avec motivation).
Développement de l’agilité dans le mouvement.
Développement de la détermination dans le mouvement.
Intégration rythmique dans les danses individuelles et à deux.
Développement de l’élasticité (des muscles, des tendons, des articulations).
Développement de l’équilibre en mouvement.
Développement de la capacité d’expression dans le mouvement actif.
Ouverture de la cage thoracique et des bras dans les danses avec déplacement.
Perception du propre espace (en soi et autour de soi).
Perception de l’espace de l’autre et de l’interaction entre le propre espace et celui des autres.
Stimulation globale du système sympathique (fonctions biologiques liées à la survie).

3.2 Intégration psychomotrice affective

Intégration psychomotrice affective (danses d’harmonisation et développement de la capacité d’expression et de la sensibilité dans le mouvement lent)
Développement de la capacité de coordination motrice fine.
Développement du mouvement harmonieux.
Développement de l’élasticité dans les mouvements lents.
Développement de la capacité à ralentir.
Développement de l’équilibre.
Développement de la perception des mouvements internes.
Développement de la capacité à diminuer le tonus musculaire pour la réalisation de mouvements lents et sensibles.
Développement de la sensibilité globale.
Développement de l’acuité sensorielle.
Développement de la capacité d’adaptation à un rythme lent dans les danses individuelles et à deux.
Développement de la sinuosité du mouvement.
Développement de la fluidité dans le mouvement lent.
Dissolution des tensions musculaires.
Stimulation globale du système parasympathique (fonctions biologiques liées à l’assimilation et à la régénérescence organique).

4. Intégration du mouvement expressif et de l’émotion

5. Développement de la capacité à percevoir les possibilités d’autorégulation et d’adaptation au sein du groupe

6. Apprentissage de l’initiative et de la relation en feed-back

7. Dissolution des tensions émotionnelles

8. Intégration du contact physique dans la communication

9. Développement de la capacité de communication et de contact par le regard

10.   Développement de la capacité d’exprimer verbalement des contenus émotionnels, vivenciaux subjectifs et conceptuels.

11.   Développement du sens esthétique

12.    Développement de la capacité d’intégrer le concept d’apprentissage organique par la vivencia (autorégulation existentielle)

13.   Démontrer, par la vivencia, que l’apprentissage survient grâce à l’intégration entre expression et émotion, selon des temps différents pour chaque individu (objectif particulièrement destiné aux enseignants)

14.   Développer la curiosité et la faculté d’attention chaque fois que l’apprentissage est attendu et souhaité.

15.   Expérience de la diversité comme possibilité d’enrichissement.

 

Durée nécessaire à l’application

Dans le cas spécifique de l’institution scolaire (maternelle, primaire ou secondaire), la durée minimale pour obtenir des résultats concrets est de 10 séances. Les objectifs sont divers mais entretiennent entre eux des relations étroites. Ils seront développés tout au long des séances approfondissant les points les plus importants pour la vie du groupe concerné.

 

Il est certain que la profondeur avec laquelle seront assimilés les différents concepts proposés, sera d’intensité variable et dépendra de la durée de l’expérience, de la disponibilité des participants et l’intensité de leur investissement.

 

L’idéal serait de créer une activité continue dans un établissement, afin que chaque classe puisse être initiée à la Biodanza au moins une fois (un cycle complet de 10 séances) dans l’année.

 

Suivi

Pendant tout le parcours, il est procédé à des vérifications grâce à l’observation, les entretiens personnels éventuels, les témoignages, les échanges avec les parents et enseignants. Une fiche d’accompagnement est remise aux enseignants pour le suivi de chaque élève.


Suivant l’âge concerné, l’élève reçoit une fiche d’auto évaluation.

 

Réalisation

Les séances sont conduites par un facilitateur titulaire de Biodanza Système Rolando Toro, spécialisé en Biodanza pour enfants et adolescents. Il est secondé, lors de ces séances, par un auxiliaire familiarisé avec les enfants (enseignant, éducateur). La séance se déroule sans observateurs.

 

Le projet a pour priorité l’épanouissement des enfants et non pas leur adaptation à un système donné. Les règles générales de l’établissement sont donc respectées, cependant la mise en place du projet doit permettre d’établir un cadre propre à cette expérience et donc une certaine flexibilité.

 

Matériel

Une salle suffisamment grande en fonction du groupe. Groupe de 20 élèves maximum. Parquet de préférence. Chaîne stéréo pour la musique. En cours de travail, du matériel de dessin (papier, gouache, couleurs) sera nécessaire, ainsi que de l’argile à modeler (facultatif).

 
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Article du mois de mai 2004

 

L’éthique : un absolu humain par Rolando Toro Araneda

 

Il existe une différence fondamentale entre l’éthique et la morale.

 

L’éthique est l’expression la plus profonde du comportement relationnel humain.

 

La morale est un ensemble de valeurs culturelles qui régissent le comportement d’une communauté.

 

L’éthique est donc le résultat d’un processus évolutif individuel, alors que la morale est un ensemble de normes créées par des communautés dans le but de réguler la vie en commun. La morale est coercitive, elle se base sur la tradition et les coutumes du groupe.

 

L’éthique est une attitude interne qui a essentiellement une composante affective et une conscience individuelle.

 

La morale est une spécificité culturelle, alors que l’éthique a une essence personnelle.

 

Dans certains pays, le chef d’Etat doit avoir un comportement sexuel assez correct du point de vue moral pour conserver son statut politique; il est libre cependant d’ordonner les bombardements sans défenses, ce qui est un manque absolu d’éthique.

 

La conscience éthique se génère dans l’enfance et est le résultat de l’évolution qui, par étape, donne un sens aux sensations, à l’expression préverbale et à l’apparition de l’intimité. Cette dernière représente le plaisir, la chaleur et la sécurité.

 

Pour l’adulte sans conscience éthique, il me semble que l’unique chemin est la pratique de la Biodanza qui a un effet régressif et, à partir de l’expérience du « retour à l’état d’enfant » et celle de la régression à l’innocence, restaure la structure émotive.

 

En Biodanza se réalise l’interaction préverbale, l’exploration corporelle, le sens des sensations par la caresse, l’expression de l’affectivité, la capacité d’intimité.

 

L’organisme humain a des conditions innées pour l’expression de la conscience éthique mais, au cours du développement, elles ont tendances à disparaître à cause de la culture égoïste.

 

Nous pouvons dire que nous avons perdu la sainteté, il nous manque Dieu, le Dieu intérieur de la compassion et de la tendresse.

 

Nous nous transformons en des êtres arides, compétitifs, violents, en des êtres sans sainteté, sans sentiment intime de bonté, sans fraternité infinie.

 

La transcendance n’est pas seulement l’extase avec la nature, mais l’énergie enveloppante qui lie l’amour avec l’amour. Telle est la vivencia du divin. Il nous manque le Dieu intérieur. Plusieurs personnes cherchent le Dieu à l’extérieur, mais Dieu est notre sens de la compassion et de la tendresse. L’individualisme anglo-saxon et l’anxiété du pouvoir annulent totalement la conscience éthique.

 

Le niveau suprême d’évolution humaine est la conscience éthique; comprendre qu’être avec l’autre c’est être avec soi-même.

 

L’empathie, la capacité à se mettre à la place de l’autre, est la condition essentielle de la conscience éthique. L’empathie est la capacité à se mettre aux pieds de l’autre.

 

L’architecture émotive de ‘esprit organise tout le comportement et c’est en elle qu’est le potentiel d’amour infini.

 

Pour plusieurs personnes, le processus de « développement intérieur » consiste à dépasser les peurs de la sexualité, avoir plus confiance en soi, bien communiquer avec les personnes, exprimer ses émotions, etc. Malgré la légitimité de ces objectifs, la véritable évolution consiste à atteindre la conscience éthique, c’est-à-dire la sainteté de la relation entre les êtres humains, la compassion et la tendresse.

 

Mais comment contrôler la violence qui vient de l’extérieur ? S’agit-il aussi de « comprendre » le mal ? La relation avec le mal est un processus très complexe pour lequel il faut du courage pour mettre des limites (dans la mesure du possible) sans perdre la compassion.

 

La conscience éthique permet de voir le conflit de haut et de décider du comportement adéquat.

 

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Article du mois de juin 2004

 

La vivencia : fins épistémologiques par Eugenio Pintore

 

La complexité de la réalité, sa totalité demande une approche multiple, dans laquelle les formes du discours, l’émergence des modalités, les relations, les expériences ont la parole en même temps.

 

Une épistémologie systémique et transdisciplinaire est le premier pas vers une nouvelle conception du savoir et de la connaissance.

 

Le pas suivant est encore plus profond.

 

Il s’agit de connecter le savoir avec l’expérience, avec la profondeur et la totalité de notre être vivant. Sur ce point, les réflexions théoriques ne sont pas encore nombreuses. La connaissance est considérée comme une activité séparée de la totalité des constituants affectifs, instinctifs, émotionnels, en résumé de la corporéité considérée dans sa totalité.

 

Même la neurophysiologie a cherché à isoler le système nerveux cérébral dédié à l’activité cognitive du tout, le dotant d’une autonomie fonctionnelle propre. Ce qu’on appelle conscience, mental, que ce soit intellectuel ou réflexif, la recherche a cherché à séparer, à diviser de façon cartésienne la « res cogitans » de la corporéité.

 

Il est évident que, d’un point de vue systémique, ceci n’est plus acceptable : en raisonnant encore avec une conception fragmentée des aires cérébrales, il semble indispensable de procéder à une théorie modulaire du fonctionnement cérébral dans laquelle chaque partie interagit toujours avec toutes les autres (cf. le connexionnisme).

 

Encore moins acceptable est celui de donner au concept de connaissance une valeur plus grande qui inclut les relations du système humain avec lui-même et avec son propre milieu ambiant, démontrant surtout un préjugé qui privilégie le discours logico-rationnel.

 

Dans cette perspective, la proposition de la Biodanza, avec le point central qu’elle donne à la « vivencia », à l’émotion, à la musique, au mouvement – aspects qui sont apparemment éloignés de n’importe quel objectif connu – offre un horizon nouveau pour unir l’expérience et la connaissance.

 

Elle cherche surtout à valoriser tout ce qui est sous-tendu comme un terrain fécond au domaine logico-linguistique, en manifestant les racines sur lesquels l’art comme la science peuvent grandir comme expressions de la vie humaine.

 

La vivencia intense comme expérience profonde et intégrée de notre être ici et maintenant peut fournir un modèle très efficace pour une connexion de la connaissance en syntonie avec une perspective vraiment systémique, une connaissance qui surpasse tout privilège du logico-déductif en faveur d’une conception « symphonique » de l’activité cognitive, dans laquelle tous les composants de l’être humain, de la perception à l’imagination, de l’émotion au mouvement, convergent vers la connaissance de soi et du monde.

 

Ce qui s’expérimente dans la vivencia est surtout cet effet de résonance du multiple : une expérience intégrée qui relie avec les autres et avec le monde qui ouvre de nouvelles voies de perception et de compréhension.

 

Une expérience également cognitive mais non limitée à l’observation ou à la représentation : plutôt une connaissance vécue, participative.

 

Il n’est pas facile de rendre dans le vocabulaire de la science ou de la philosophie ce qu’est la vivencia.

 

Nous pouvons la segmenter dans les langages les plus divers : dire par exemple dans le langage de la représentation que la vivencia est considérée comme un état descriptible en termes biologiques en lien avec les variabilités physiologiques mesurables et vérifiables : une certaine pression artérielle, un certain flux hormonal, une prévalence de certains neurotransmetteurs plutôt que d’autres et ainsi de suite … ; et tout ceci ne dit rien de la vivencia. Nous pouvons dire le « visible » de la vivencia, par exemple, une certaine mimique faciale mais là encore la « vivencia » échappe.

 

La vivencia se comprend de façon empathique.

 

Nous voyons une mère caresser son fils et, d’une façon empathique, non seulement nous comprenons ce qui se passe, mais nous sentons ce qui arrive.

 

Cette capacité empathique procède à des niveaux de compréhension absolument pré-catégoriels par rapport auxquels la description est absolument insuffisante. La réflexion vient toujours après.

 

Comment donc rendre compte du pouvoir cognitif de la vivencia ?

 

Nous devons avoir recours à des métaphores : dire par exemple que dans la « vivencia » nos capacités sont potentialisées parce que s’ouvre une modalité qui dépasse celle du langage analytique, parce qu’elle fait appel à des potentialités cognitives originaires et innées dans lesquels l’analogique, l’émotif, l’instinctif peuvent dépasser les limites et les confinements imposés par la prévalence du modèle logico-rationnel, des préjugés culturels, des ossifications linguistiques. C’est l’expérience d’un nouveau mode de connaissance intégré à l’être propre et à l’être du monde.

 

Ces affirmations ne sont pas sans conséquence du point de vue épistémologique : cela signifie surtout redonner au concept de « connaissance » une dimension plus vaste que celle prévue par le discours scientifique et plus proche, dans ce sens, du domaine esthétique. Une tragédie, un tableau, une poésie, un mythe parlent de la réalité avec une profondeur et une amplitude qui échappent à de nombreuses descriptions scientifiques.

 

Je dis beaucoup et de loin pas tout dans le sens où, outre le mécanicisme et le déterminisme, la science de notre temps a ouvert des perspectives d’une grande résonance vivenciale. La théorie de la relativité de Einstein, le principe de l’indéterminisme de Heisenberg, la théorie des catastrophes de Thom, la découverte de l’ADN, la théorie du chaos et encore d’autres ont ouvert des horizons, non seulement à de nouvelles connaissances mais à de nouvelles façon d’expérimenter la réalité qui sont celles des vivencias de totalité.

 

La Biodanza enseigne de ce point de vue à ne pas renverser, sans discrimination, le rapport entre la science : il ne s’agit pas d’abandonner le discours scientifique pour celui d’un savoir plus intuitif ou de l’esthétique mais de comprendre leur portée vivenciale.

 

Quand on pense, par exemple, à la théorie de l’ordre implié de Bohm, la référence est non seulement « scientifique » mais aussi vivenciale. Si nous parlons du principe biocentrique mais sans vivencia, il reste un pur concept vide ; si nous parlons d’affectivité et de sexualité mais sans vivencia, cela ne signifie rien ; finalement si nous parlons de transcendance mais sans vivencia, celle-là se transforme en une pure conception philosophique vide.

 

Ce que nous sommes en train de dire est en fait paradoxal. Parce que, si la vivencia en Biodanza est considérée comme un abandon de l’attitude représentative, descriptive, analytique  propre à la science en faveur d’un nouveau rapport, précisément vivencial, avec le monde, comment pouvons-nous encore parler de science, de savoir ?

 

Je crois que le centrage épistémologique de la vivencia conduit à l’intégration du savoir, non à l’opposition.

 

Nous avons besoin d’une nouvelle image du savoir. Donner au savoir la caractéristique du vivant, cette caractéristique que nous connaissons bien dans la vivencia, dans laquelle la séparation entre le visible et l’invisible est dépassé, où le corps est tout un avec l’imagination et l’émotion, dans laquelle nous sommes tout un avec le monde, faits de la même matière éternelle, insérés dans le flux d’une vitalité sans limite.

 

Nous parlons de transdisciplinaire dans le sens horizontal, mais aussi multidimensionnel en référence à la profondeur, à l’intensité, au signifié, au sens.

 

Il y a de l’extase dans la science, il y a de l’émotion, il y a le plaisir et l’enthousiasme ; comme il y a de la connaissance dans l’émotion, il y a de l’intelligence dans l’instinct, il y a de la « science » dans l’art.

 

En dépassant l’antique distinction dans l’univers du savoir, les limites deviennent mobiles, un océan s’ouvre à la navigation, une navigation encore toute à faire.

 

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Article du mois de juillet-août 2004

 

Biodanza et Cancer par Rolando Toro Araneda

 

Selon certains auteurs (Shavelson, Ikemi, Fornari, Toro), le cancer est le résultat d’un profond désordre affectif. A partir de cette hypothèse, il est possible de créer une prophylaxie et parfois de guérir des néoplasies récentes en réalisant des actions qui intègrent l’organisme à différents niveaux.

 

La Biodanza a un effet harmonisant de l’affectivité étant donné qu’elle stimule le Système Intégrateur Adaptateur Limbique  Hypothalamique (SIALH), par la stimulation de « vivencias » intégrantes.

 

Les élaborations de la souffrance, de la frustration et de la rage sont généralement très altérées chez les malades du cancer. Ces émotions peuvent être mieux élaborées par des « vivencias » affectives et de contact avec les membres du groupe.

 

Les exercices régulent la production de médiateurs hormonaux et des neurotransmetteurs, générant de nouvelles formes d’activité organique.

 

Le malade du cancer doit modifier sont état neurovégétatif et passer de l’état sympathique adrénergique à celui de parasympathique cholinergique.

 

Récemment, Webster, K. Cavenee et Raymond, L. White ont observé que l’accumulation de malformations génétiques peut faire en sorte que les cellules normales deviennent cancéreuses et deviennent plus agressives.

 

Le cancer peut également dériver d’une seule cellule drastiquement altérée dans son patrimoine génétique. Ceci ne rend pas invalide le fait que la maladie apparaisse seulement lorsque le système immunitaire est incapable de rétablir l’ordre cellulaire. Normalement, les macrophages dévorent la cellule anormale.

 

Comme nous pouvons le constater, parmi les causes du cancer, il y a des facteurs génétiques, immunologiques, émotionnels et environnementaux. Les facteurs environnementaux comme les radiations, le contact avec des substances chimiques, l’irradiation solaire excessive et aussi l’habitude de fumer peuvent être déterminants pour le cancer.

 

Des réponses affectives douces et adaptatives réduisent le stress existentiel. On a observé que les malades du cancer du sein ont mal élaboré leur souffrance et la vivent d’une façon silencieuse.

 

Je pense que la Biodanza, en ordonnant le monde affectif, est non seulement une prophylaxie mais arrive à diminuer la possibilité d’une récidive.

 

L’action psycho-immunologique protège le malade d’un possible retour de la maladie après que la tumeur cancéreuse a été enlevée.

 

Le schéma simplifié de l’action de la Biodanza sur les processus de désorganisation et de la maladie auto-immune est le suivant.

 

L’organisme se réorganise parla stimulation du SIALH par les nouvelles vivencias.

 

Certains changements de style de vie renforcent le nouvel état organique.

 

L’affectivité arrive à une qualité chaleureuse et sincère.

 

La conquête d’un changement du « nid écologique », l’élimination des relations toxiques et de la tendance autodestructrice a un profond effet intégrateur.

 

En résumé, il est nécessaire de récupérer l’identité profonde, la force sauvage des instincts et l’harmonie avec l’univers si on désire induire le processus intégrant de l’organisme.

 

 

Exercices de Biodanza

Action sur le SIALH

Améliorations des altérations qui provoquent le cancer grâce aux exercices

 

Exercices de renforcement de l’identité

Régulation de l’équilibre neurovégétatif (sympathique – parasympathique) ou du système immunitaire

 

Instabilité neurovégétative

 

Exercices de rencontres affectives et de caresses

Régulation des hormones hypophysaires de la sexualité et des neurotransmetteurs comme la dopamine

 

Désorganisation de l’affectivité

Expression des émotions, particulièrement l’hostilité et la souffrance

Intégration du système limbique

Blocage de l’expression de la souffrance et de la rage

Dépassement des états dépressifs

Elévation de la défense immunitaire

Dépression

 

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Article du mois de septembre 2004

 

Corrélation entre la Biodanza, la neurologie, l’immunologie et l’endocrinologie par Claudete Sant’Anna

www.biodanza.cl

 

La Biodanza est définie par Rolando Toro comme un "système d'intégration affective, de rénovation organique et de rééducation des fonctions originaires de vie". Les fonctions originaires de vie sont: l'alimentation, le sommeil, la veille, la sexualité, la température corporelle, la lutte et la fugue, etc., qui sont régulées par le Système – Intégrateur – Adaptateur – Limbique - Hypothalamique.

 

La méthodologie utilisée par la Biodanza est l'induction de vivencias intégrantes, par la musique, le chant, la danse et des situations de rencontre. "Vivencia"  fut défini par Dilthey, philosophe allemand du début du siècle, comme "l'instant vécu".

 

Ainsi, nous pouvons dire que la Biodanza est une source de Vivencia, agissant directement sur la région limbique – hypothalamique et, spécialement, sur le système nerveux autonome.

 

En Biodanza, la fonction corticale a une relation avec les mouvements volontaires, comme les signifiés, la conscience et la perception du monde par les organes des sens.

 

Le Système – Intégrateur – Adaptateur – Limbique - Hypothalamique établit les relations entre le monde externe et les émotions. Ce système a une importance significative due à la présence d'un grand nombre de neurotransmetteurs qui ont une action importante dans tout le système endocrinien.

 

Chacun de ces neurotransmetteurs développe de nombreuses fonctions de contrôle sur d'autres hormones, régulant en grande partie le système hormonal de l'organisme. Ainsi, le Système – Intégrateur – Adaptateur – Limbique - Hypothalamique développe la fonction d'un véritable pont de communication entre le cerveau et le système endocrinien.

 

De son côté, le cerveau exerce une fonction de contrôle et de modulation sur l'émission d'hormones hypophysaires qui sont complètement hors du contrôle de notre volonté et de notre conscience.

 

Certains exercices et mouvements de Biodanza sont plutôt organisés par la vivencia : exercices de caresses, danses d'amour, exercices de régression et de transe. D'autres exercices sont plutôt organisés par la conscience comme les danses d'affirmation de soi, la conscience de soi-même, la marche, l'extension.

 

Nous ne prétendons pas séparer la vivencia  de la conscience. Nous croyons que la vivencia  apparaît d'abord. Ainsi, une personne qui a une affectivité intégrée a une conscience éthique supérieure.

 

Il existe des exercices de Biodanza qui stimulent la production d'hormones : exercices de caresses, l’expression érotique, le groupe compact.

 

Les exercices de contact et caresses produisent une excitation sexuelle avec une activation des hormones sexuelles.

 

Certains exercices stimulent la présence de testostérone, comme ceux d'opposition et de lutte, de chœur  de masculinité, de danses primitives, de danses Yang. D'autres stimulent la production de folliculine : danses Yin, danses d'expression de la féminité.

 

On ne mesure pas les variations de quantité de testostérone ou de folliculine produites par certains exercices de la ligne de sexualité, mais on peut décrire avec précision les effets de tels exercices sur la fonction sexuelle : puissance sexuelle, capacité d'être fécondé, changements de réponses aux stimuli sexuels.

 

Les enfants qui font de la Biodanza croissent en moyenne plus que ceux qui n'en font pas, ce qui peut s'attribuer à une stimulation des hormones de croissance.

 

Une expérience de Biodanza avec des diabétiques montre que certains exercices ont une profonde influence sur l'équilibre de la glycémie.

 

Les exercices de Biodanza ont une profonde influence sur la diminution du stress, suggérant un effet sur l'axe hypophyse – surrénales.

 

Toutes les fonctions nerveuses, endocrines, immunitaires sont tellement imbriquées que ce serait une erreur conceptuelle de les valoriser isolément. Ainsi, par exemple, l'influence de certains exercices de Biodanza sur le système immunitaire peut être réalisée indirectement par la stimulation sympathique –adrénergique.

 

Les effets de la Biodanza sur ces trois systèmes ont été déduits de leur corrélation avec des fonctions déterminées comme :

 

La coordination extraordinaire de ces systèmes d'intégration (nerveux, endocrinien et immunitaire) appartient à l'Inconscient Vital décrit par Rolando Toro Araneda. Ce processus de coordination est totalement autonome et n'est pas contrôlé par la conscience.

 

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Article du mois d'octobre 2004

 

Evolution du concept d’harmonie par Rolando Toro Araneda

 

L’évolution du concept d’harmonie a été lente et erratique. En Inde, les idées de Bouddha introduisirent la recherche d’une harmonie interne, en résonance avec le cosmique. La pratique de la méditation, c’est-à-dire de l’aptitude de rester en soi, vide d’intention, a permis d’élaborer toute une technologie du Nirvana. La pratique de différentes formes de Yoga a facilité, chez certains, la possibilité de l’extase.

 

La Pédagogie grecque a proposé l’harmonie du corps et de l’âme, exprimée avec une force sereine dans les sculptures de Praxitèle. Pythagore, en découvrant l’échelle tonale, a fixé l’ambition grecque de reproduire la Symphonie Cosmique. L’Orphisme et les disciples de l’Ecole Pythagoricienne se sont regroupés autour de l’ambition d’atteindre la connaissance de l’harmonie ontoscomologique.

 

Sans doute, tout l’effort des êtres humains en recherche d’harmonie s’est canalisé historiquement sur le versant cognitif. Depuis les présocratiques qui cherchaient l’Unité de l’Homme, jusqu’à Einstein, avec son intuition reconnue sur le Champ Unifié, le concept d’harmonie s’est développé comme une expression d’un solipsisme paradoxalement dissocié.

 

Nous assistons actuellement à un spectacle désolant : face au chaos et au désordre biologique et social, des milliers d’hommes, en différents lieux, cherchent l’harmonie dans la contemplation solitaire, en silence, immobiles, en répétant des mantras ou avec un regard fixé sur un mandala. Cette situation révèle tout un état de désorientation profonde et une méconnaissance de ce qu’est l’harmonie.

 

Personne ne rencontrera l’harmonie sinon par des actes de rencontre et de lien qui permettent d’unifier les parties isolées. L’harmonie est un mouvement – amour, une fonction hypothalamique de communication et de contact, un risque, une lutte et une protection pour établir des ponts à travers lesquels circule l'énergie vitale. Nous arrivons ainsi à un nouveau concept d'harmonie dont l’unique instrument est la caresse. Une harmonie pulsante, fluide, intime, chaude ; une harmonie dans laquelle chaque individu rencontre l'Amnios, le semblable qui le contient.

 

Il n’y a pas d’harmonie solitaire, silencieuse et immobile. Cette harmonie fut l'héritage malade de Parménide qui, à son tour, l'a reçu de l'Orient.

 

Qui pourrait sérieusement trouver l'harmonie alors qu'on torture son frère ? L'harmonie, il faut la chercher au milieu du chaos et du stress, parmi les gens désespérés, affamés, blessés, manquant d'amour. Il faut chercher l'harmonie comme une lumière dans l'obscurité, parmi des millions de malades, parmi les persécutés et les humiliés de la terre. Il est nécessaire de courir jusqu'à eux et de les embrasser, de les inviter à danser. Personne ne trouvera un atome d'harmonie ou de vérité dans la sérénité aseptisée et léthargique de sa méditation solitaire.

 

L'intégration est la recherche de relation des parties avec le tout, pour augmenter la perfection du tout.

 

Nous sommes arrivés, enfin, à une forme évoluée d'harmonie : la proposition d'Héraclite, l'harmonie de l'éternel retour, de l'éternelle renaissance, l'harmonie en mouvement: "Nous ne nous baignons pas deux fois dans les mêmes eaux". Et nous pourrions dire: ...Nous ne fluons pas deux fois dans la même harmonie.

 

La technique d'harmonie profonde est la connexion à la vie par le mouvement, la musique, le regard, le contact, le sourire, l'étreinte, la danse. L’harmonie c’est renaître en l’autre et dans la nature.

 

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Article du mois de novembre 2004

 

Biodanza : la danse de la vie par Eugenia Audisio

 

Enfoncer les dents dans la pulpe juteuse d’une pêche mûre, savourer un baiser moelleux et humide de notre amour, sentir le parfum de la terre après la pluie, se perdre dans les couleurs sublimes d’un coucher de soleil sur la mer. Celui qui écrit ces mots sait de quoi il parle parce qu’il les a vécu, au moins une fois dans sa vie, il a eu ces « expériences » qui sont restées imprimées de façon complexe. Il y a tant de nuances différentes qui englobent notre totalité et qui s’unissent pour s’imprimer dans notre mémoire comme un « concept » : la saveur, la consistance, le parfum, la musique, une sensation, une émotion, etc. C’est pour cette raison qu’expliquer avec des mots ce qu’est la Biodanza est une entreprise assez difficile.

 

Biodanza est la danse de la vie, c’est la poétique de la rencontre humaine, c’est un système d’intégration et de développement des potentiels humains par la danse, la musique et des situations de rencontre en groupe. Il y a encore d’autres définitions qui parlent toutes, avec des langages différents, de la même chose : rétablir le lien avec la sacralité de la vie.

 

La Biodanza, étymologiquement, vient du grec Bios = Vie et du terme français Danza = Mouvement avec émotion ; remplir d’émotions nos mouvements quotidiens, simples, vitaux qui sont devenus automatiques, froids, inconscients, un peu à cause de notre histoire personnelle, un peu à cause des rythmes frénétiques et anti-physiologiques dans lesquels nous vivons.

 

De ce point de vue, donc, chacun de nos mouvements peut devenir « danse » s’il est rempli de « présence » : prendre un enfant par la main, marcher vers quelqu’un ou quelque chose que nous désirons, manger avec le plaisir de se nourrir, étreindre un ami, etc. Il s’agit ainsi de se reconnecter à la vie et à la danser, de retrouver le plaisir de l’existence.

 

La Biodanza, par une méthodologie très précise, tend à faciliter un accueil progressif de soi qui permette de commencer à identifier nos vrais désirs, nos rythmes organiques, nos besoins et à les distinguer de ceux qui peuvent être le fruit d’une attente de la part de quelqu’un d’autre (parents, enfants, collègues). C’est ainsi que nous commençons à avoir une réponse intégrée entre la perception (sentir) et l’action (faire), ce qui facilite à son tour la perception de l’autre et de l’environnement dans lequel nous bougeons et ainsi la communication en « feedback ».

 

Mouvement avec émotions

La Biodanza choisit le mouvement comme instrument d’expression, celui-là étant la première manifestation de la vie. Tout ce qui est vivant dans l’Univers bouge, a son rythme, sa direction, sa vitesse. Notre vie biologique commence véritablement avec deux cellules qui se rencontrent dans une « danse d’amour ». C’est par le mouvement que nous, depuis que nous sommes enfants, commençons à prendre conscience de notre identité, que nous commençons à percevoir les limites qui existent entre nous et le sein, entre nous et la mère, entre nous et la totalité de laquelle nous venons. C’est toujours avec le mouvement que nous explorons, nous découvrons et développons nos potentiels. Chaque fois qu’un enfant hurle, saute, court, ose un nouveau mouvement, il découvre qui il est et de quoi il est capable.

 

C’est ici que nous entrons dans le concept de groupe. La Biodanza est inconcevable sans le groupe, comme la vie l’est sans les autres. Le groupe sert de contenant, de « utérus affectif » qui favorise et permet l’expression de l’individu ; comme la mère ou le père donnent (ou devraient donner) cette sécurité affective, cette confiance presque aveugle en l’enfant qui essaye mille et une fois de faire un pas et tombe par terre, mais qui a chaque fois la force de ressayer parce qu’il se fie au « contenant » qui croit en lui. Nous savons tous que ces situations idéales ont manqué dans la vie de nombreux d’entre nous, laissant de grandes cicatrices comme un manque de confiance en nous, des sensations chroniques de ne pas être capables, un sens de culpabilité inexplicable, un manque d’estime de nous. Dès le moment où nous, adultes, décidons de prendre notre vie en mains et d’assumer la responsabilité de notre croissance et de notre guérison, la Biodanza nous offre l’occasion de recréer ce contenant, cet écofacteur positif qui, en acceptant l’individu dans sa singularité et sa diversité, favorise l’expression des potentiels, c’est-à-dire de notre capacité créative, affective, érotique qui sont restées cachées.

 

Vivencia

La vivencia est un concept de base qui n’a pas de traduction littérale en français bien qu’il puisse être expliqué comme la perception intense de soi ici et maintenant, la présence totale dans le vécu au moment exact dans lequel il se vit, l’instant dans lequel notre mouvement est plein d’émotion et est intégré harmonieusement à celle-ci ce qui enlève l’aspect mécanique du geste.

 

En définitive, la vivencia est un des niveaux du processus d’apprentissage avec le cognitif et le viscéral qui, seulement s’ils sont intégrés entre eux, nous permettent de « comprendre » ce que veut dire enfoncer les dents dans la pulpe juteuse d’une pêche mûre.

 

Les potentiels humains

Dans la création du modèle théorique de la Biodanza, le Professeur Rolando Toro Araneda identifie cinq grands ensembles de potentiels génétiques, « cinq lignes de vivencia » qui représentent la globalité de l’être humain : la vitalité, la sexualité, la créativité, l’affectivité et la transcendance. Une personne « saine » arrive, au cours de sa vie, à développer de façon intégrée ces groupes de potentialités, créant une existence heureuse et complète. Il y a des personnes qui, par contre, pour différentes raisons, favorisent le développement d’une ligne au détriment des autres. Par exemple, elle arrive facilement  à exprimer l’érotisme mais non à créer de lien affectif, elle développe une forme créative et expressive dans le domaine de l’art et a une sexualité bloquée, elle respire la vitalité et surtout dans le monde du sport mais est incapable de créer son existence suivant un modèle interne ; et il y a tant d’autres exemples qui mettent en évidence de profondes dissociations de l’identité. Le travail de la Biodanza, par des exercices spécifiques de sensibilisation, de libération des cuirasses de tension au niveau musculaire, de perception de soi dans la rencontre avec les autres, favorise l’expression et le développement de ces aspects de notre être qui nous étaient inconnus ou que nous pensions franchement qu’ils n’existaient pas en les intégrant de façon à retrouver ce sens de la totalité.

 

La ligne de la vitalité est liée au mouvement, à l’impulsion vitale, à l’énergie nécessaire pour affronter l’existence.

La ligne de la sexualité comprend tout ce qui a à faire avec le plaisir, avec les sens, avec le contact, avec l’érotisme, avec la capacité du don de soi dans la rencontre amoureuse.

 

La ligne de la créativité fait référence à notre capacité à créer notre existence selon notre propre modèle, à oser être nous-mêmes, en créant un parcours qui réponde à nos exigences profondes.

 

La ligne de l’affectivité est notre capacité à aimer, à donner et à recevoir, à rétablir le lien fraternel avec notre espèce.

 

Finalement, la ligne de la transcendance qui est notre capacité à transcender l’ego, à percevoir notre appartenance à la totalité, à savoir viscéralement que nous sommes une note dans la symphonie cosmique et ce qui concerne la vie relationnelle, l’attitude écologique, la réponse amoureuse à ce qui nous entoure.

 

Potentialiser la partie saine

Une des caractéristiques les plus importantes et les plus révolutionnaires de la Biodanza est que celle-ci agit sur la partie saine de la personne et non sur ses conflits. Ceci crée de grandes polémiques car on objecte immédiatement : « Mais alors, on s’évade de la réalité ou on renie la partie à guérir, etc. », mais l’approche de la Biodanza est très différente et c’est pour cette raison que, personnellement, je trouve géniale l’intuition qu’a eue Rolando Toro Araneda. Le processus de croissance que propose la Biodanza part du principe que, en chacun de nous, il y a une graine saine d’amour et de vie. Progressivement, elle facilite chez les participants la possibilité de trouver en eux les instruments nécessaires pour affronter le conflit quand il arrive. De cette façon, quand « on se rend compte » d’avoir une difficulté, c’est parce que le moment est arrivé où on a la force de la supporter et donc de la transformer.

 

Cette méthodologie est basée sur la qualification de la personne, sur la possibilité de se reconnaître et de s’accepter, et seulement de cette façon de réussir à transformer. Un exemple très simple et très clair peut être celui d’une personne timide, en considérant dans ce cas la timidité comme un conflit. Une façon d’agir sur difficulté pourrait être celle de demander à la personne d’aller au centre du groupe et de faire un discours sur sa timidité, la mettant ainsi face au conflit sans les instruments adéquats qui lui permettraient de dépasser vraiment et profondément l’embarras et la honte.

 

En Biodanza, le processus est inverse. On travaille en fait en renforçant l’identité, l’estime de soi, la capacité de lien affectif (partie saine), en qualifiant en définitive ce que chaque personne est capable de faire et d’exprimer et en facilitant de cette façon la récupération de la force, l’instrument qui lui permettra d’affronter sa difficulté, de l’armer de la confiance en elle.

 
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Article du mois de décembre 2004

 

La place du langage verbal en Biodanza par Rolando Toro Araneda

 

On ne peut pas dire que la Biodanza est un système verbal ou non verbal. L’être humain intégral est verbal et vivencial.

 

En Biodanza, nous connaissons les risques de la verbalisation et évitons toute interprétation.

 

Il existe le risque de renforcer la structure défensive par l’utilisation de l’interprétation. Le sujet élabore des défenses qui rendent chaque fois plus inaccessible l’action thérapeutique.

 

Différentes recherches mettent sérieusement en doute l’efficacité de l’interprétation. Pour certains auteurs, l’interprétation est effective, non parce qu’elle saisit la signification juste, mais parce qu’il existe une bonne communication avec le thérapeute.

 

L’interprétation n’est pas un instrument de la Biodanza. On ne doit pas donner son opinion sur un camarade par risque de la disqualification ; des agressions gratuites  entre participants du groupe, par la communication, sont erronées et iatrogènes.

 

Une des caractéristiques de la communication activée en Biodanza est de faire ressortir les qualités positives de l’autre.

 

Notre orientation trouve ses racines dans les recherches anthropologiques qui décrivent différentes formes de communication entre les peuples primitifs. Encore aujourd’hui, entre les indiens Waikas (Amérique du Sud), les conversations sont ritualisées en chants et sont de véritables cérémonies au sens sacré du terme. Les contenus transmis arrivent à avoir ainsi une signification émotionnelle profonde.

 

Si, pendant la prime enfance, l’enfant est écouté et reçoit des réponses adéquates à ses réponses et si, de plus, les adultes établissent un dialogue avec lui, alors l’enfant se sent stimulé pour s’exprimer. Ceci favorise la manifestation de ses états intérieurs.

 

La parole en Biodanza occupe un espace restreint et précis. A la base, c’est le langage comme expression des émotions qui nous intéresse.

 

Il est important de se rappeler qu’une des fonctions de la Biodanza est de travailler et de renforcer les émotions positives comme le bonheur, le courage de vivre, l’amour, la tendresse, la béatitude. Les émotions comme la haine, la peur et l’angoisse trouvent, dans la créativité, le cadre précis pour leur expression et une transmutation poétique.

 

En Biodanza, le langage a sa place dans :

 

- LA Théorie. – Dans l’explication théorique précédant la vivencia, on utilise un langage conceptuel.

 

La première partie de la session a pour objectif de transmettre des données théoriques; son objectif est de créer une motivation pour danser et de placer les exercices dans leur contexte théorique vaste et profond.

 

Le thème théorique choisi pour chaque session sert de “pont” à la pratique. Le développement de chaque donnée sera le point de référence pour les éventuelles questions des élèves.

 

- LES CONSIGNES :

 

La consigne doit être précise, descriptive et avec une certaine connotation poétique.

 

Elle précède l’exercice et son objectif est d’orienter celui-ci en offrant une motivation émotionnelle, de donner des explications de “comment faire”, d’établir le trait d’union entre l’exercice et ses objectifs.

 

La consigne attribue à chaque exercice sa signification existentielle.

 

- Le langage comme expression des émotions :

 

Le langage se développe fortement en se connectant avec le corps, le mouvement et les émotions. Pendant les premières années de vie, le langage est un ensemble de sons vocaux ; cris, pleurs, gazouillis, rire et d’autres sons vocaux expriment les états d’âme et les sensations corporelles. L’enfant arrive, peu à peu, à un langage verbal plus conceptuel.

 

En Biodanza, on utilise à la base le langage préverbal (soupir, respirations plus fortes, gémissement, etc...).

 

- L’Exposé des vivencias (LA Description des expériences des sessions antérieures) :

     

Les élèves décrivent leurs sensations et leurs sentiments ; le langage a un caractère émotionnel de grande sincérité.

 

- LE Langage poétique :

 

L’élève prépare son inspiration, il se relie d’abord affectivement avec un camarade et ensuite lui dédie un poème qui a, généralement, un caractère expressif de valeur esthétique. Les élèves décrivent leurs sensations et leurs sentiments, le langage a un caractère émotionnel de grande sincérité.

 

Le pouvoir de guérison des mots, nous ne l’avons jamais trouvé dans le langage psychologique: nous le trouvons dans le langage poétique, capable d’établir des liens originaires.

 

- L’INVOCAtion des anges :

 

On invoque “l’ange intérieur”, de santé, de paix, d’amour, etc...

 

- LE MANDALA DES VERTUS :

 

Se fait en rondes; on donne à chacun un temps pour méditer sur ses vertus et, ensuite, chacun déclare 3 vertus qu’il a ou qu’il reconnaît en lui.

 

- LE DIALOGUE INTIME :

           

Cela consiste à regrouper les élèves par deux et de leur donner un temps pour qu’ils se confient réciproquement quelques unes de leurs émotions ou des situations existentielles qu’ils sont en train de vivre.

 

- L’EXPRESSION DE SON PROPRE NOM :

 

Au centre d’une ronde formée par tout le groupe, chaque élève sort et dit son nom à voix haute, dans un acte d’affirmation de son identité.

 

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