Accueil Article du mois Bibliographie  

 

 

 

Articles 2003

 

 

Tous les articles

janvier :

La rencontre par Franco Ceresa

février :

Sacralisation de la vie par Rolando Toro Araneda

mars :

Amour et peur dans la société actuelle par Zulmira Bomfin

avril :

Création d'une esthétique anthropologique par Rolando Toro Araneda

mai :

Education biocentrique : une construction dialogique par Ruth Cavalcante

juin :

Politique : Un acte d’amour par Rolando Toro Araneda

juillet-août :

L’ordre et le désordre : un voyage aux racines de la vie par Franco Ceresa

septembre :

Réhabilitation motrice et existentielle de la maladie de Parkinson par la Biodanza par Rolando Toro Araneda

octobre :

Biodanza et massage, un même regard sur l’autre par Michèle Escadafal

novembre :

Le principe biocentrique par Rolando Toro Araneda

décembre :

Biodanza : Une pratique d’écologie humaine par Jérôme Heim

 

Article du mois de janvier 2003
 

La rencontre par Franco Ceresa

 

Eléments pour une théorie de la rencontre

Rencontre : relation fortuite ou volontaire d’approche et de contact, susceptible de développements ou de définitions, ainsi est défini le mot rencontre dans le dictionnaire.

 

Je trouve cette définition très simple et claire, la rencontre présuppose donc une relation c’est-à-dire la possibilité d’interaction entre des éléments qui ont leur propre identité.

 

Entrons de façon plus détaillée dans cette définition en cherchant à comprendre la signification de chaque mot.

 

La relation : se caractérise par trois typologies fondamentales : l’imitation, l’adaptation et l’opposition. Nous assistons dans chaque relation à une approche réciproque entre les éléments qui est à la base de la vie associative et à un éloignement qui est à la base de l’indépendance et de l’autonomie du sujet, tous les processus d’apprentissage social se développent grâce à cette dynamique et à ces processus.

 

Dépendance et autonomie sont ensuite complémentaires du fait qu’elles font partie du même processus dynamique qui régule les mécanismes de rencontre. Les mouvements sont toujours à l’intérieur de ces deux polarités.

 

Prenons comme exemple la relation entre la mère et l’enfant, dans laquelle les processus d’approche et de distance rythment l’évolution réciproque, à l’intérieur de cette relation amoureuse unificatrice.

 

Eventualité / volonté : l’éventualité est fille des potentialités que la vie nous offre, l’éventualité est richesse, différenciation, mutation et transformation. Dans le chaos du Big Bang, de la rencontre fortuite de trois atomes d’hélium est née la première molécule qui a constitué, par ajout et complexité croissante, l’organisation de l’univers.

 

Au concept d’éventualité sont donc liés les concepts de désordre et d’ordre, les différents progrès dans tous les champs du savoir doivent beaucoup aux rencontres fortuites de différents éléments. L’évolution biologique et sociale de l’homme est liée à des rencontres et à des événements fortuits, les sauts quantiques de connaissance sont liés à des événements/rencontres fortuits.

 

L’éventualité des rencontres est ensuite étroitement liée dans sa dimension subjective à la créativité comprise comme : la découverte fortuite qui se trouve hors des prévisions de la personne engagée dans une direction donnée de recherche et qui demande à l’individu une réorganisation créative continue de sa propre vie subjective.

 

L’éventualité rend réalisable ce que la loi statistique considère comme hautement improbable, permet une mutation des paradigmes, ouvre à de nouvelles voies de recherche et d’expérimentation, grâce à l’éventualité naissent de nouveaux mondes, de nouveaux éléments et de nouveaux amours.

 

La volonté est liée au contraire à l’intentionnalité du choix de la rencontre, et quand elle est gouvernée par le principe de l’action consciente, « je choisis de te rencontrer parce que cela me plaît, m’intéresse … », j’associe deux éléments chimiques parce j’attends une certaine réaction.

 

La volonté est la résultante combinée du désir et de la raison, dans le sens où la raison approuve ou désapprouve le sujet/objet du désir pour admettre ensuite son approche ou sa négation par l’action consciente.

 

Mais … éventualité et volonté sont-elles deux catégories logiques antagonistes ? Tant le fortuit que le volontaire existent dans une dynamique de la rencontre.

 

Existe-t-il une relation entre éventualité, volonté et désir ? Au niveau rationnel, sûrement pas, mais au niveau profond, cette relation peut exister en terme de synchronicité (significative) de la rencontre, « j’ai rencontré la personne juste au moment juste. »

 

A ce niveau, les deux catégories sont si étroitement corrélées que l’on accepte d’utiliser le paradoxe de l’éventualité volontaire.

 

Approche et contact : c’est la communication physique et/ou psychique entre un individu et les objets, les personnes, les situations. Le contact comprend l’expression authentique de soi et la communication profonde avec l’autre. Le manque ou la pauvreté des contacts entraîne de graves maladies comme : l’autisme, l’hystérie, les névroses obsessionnelles, liées à l’interdiction, à la négation ou à la peur du contact.

 

Le contact permet un rétablissement de l’énergie vitale et une participation affective aux événements de sa propre vie.

 

Le contact c’est accueillir, parler, toucher, caresser l’autre mais aussi nous-mêmes et le monde qui nous entoure ; le contact est joie, connexion profonde avec soi-même, les autres et la vie.

 

Il n’y a pas de rencontre sans contact.

 

Susceptible de développement et de définitions : La rencontre réorganise et restructure, nous-mêmes et la relation, redéfinit les rapports, les fait exploser dans toutes leurs potentialités multiples.

 

Elle ouvre de nouvelles perspectives, elle permet de nouvelles aventures en élargissant la conscience des sujets. Les rencontres sont des étapes fondamentales dans l’évolution individuelle et sociale, la vie de chaque homme a comme point de référence les rencontres importantes, avec les parents, avec les maîtres ou maîtresses d’école, avec les compagnons, avec les amis et chaque rencontre importante a restructuré-réorganisé notre vie en ouvrant de nouvelles perspectives, en faisant entrevoir de nouvelles opportunités.

 

Poétique de la rencontre

La dimension poétique de la rencontre est donnée par les infinies possibilités que la vie nous offre dans la rencontre :

 

Le regard d’un ami

La caresse à un enfant

L’étreinte de l’amant

Le sourire de la mère

Le parfum d’une rose

Le vol d’une mouette

L’onde de la mer

Les feuilles d’automne

Les couleurs de Tes yeux

La chaleur du soleil

La douceur de l’eau

Les cœurs qui s’accueillent dans un sentiment de gratitude pour la vie

 

La rencontre en Biodanza

Rolando Toro Araneda définit la Biodanza comme « La poétique de la rencontre humaine », c’est-à-dire comme l’espace dans lequel les hommes manifestent les infinies possibilités créatrices que chaque individu a en lui.

 

La rencontre par le contact, la caresse, le regard et la danse réalisent l’explosion de cette potentialité, permet à chacun de se reconnaître lui-même dans les personnes qui entrent en relation avec lui et, en même temps, de sentir sa propre unité et son identité.

 

Dans les sessions de Biodanza, on a immédiatement la compréhension de la relation entre l’éventualité et la volonté, on apprend à reconnaître son propre désir profond et à le suivre.

 

Déjà dans la première ronde, nous commençons à rencontrer les regards, à sentir la chaleur des mains de nos compagnons, à exprimer une danse qui, d’individuelle, devient en peu de temps et presque miraculeusement la danse de tel « groupe » et qui est le fruit de l’harmonisation des rencontres entre les différentes composantes.

 

La rencontre en Biodanza génère des « vivencias » profondes, libère des émotions de joie, de bonheur, de tristesse … nous apprend à être sensibles et respectueux face aux autres et à l’univers qui nous entoure.

 

Le feed-back, c’est-à-dire la capacité de compréhension des désirs de l’autre et de leur respect est aussi une composante essentielle de cet apprentissage, respecter les autres nous apprend à nous respecter nous-mêmes, les animaux, les plantes … la terre, nous permet de vivre quotidiennement cette dimension authentiquement écologique.

 

La rencontre permet donc d’expérimenter les différentes lignes de vivencias, d’atteindre la source de la vitalité, de donner et de recevoir des autres de l’affection, de redécouvrir la valeur du plaisir dans toutes leurs manifestations, de se laisser tenter par la créativité et de se sentir un avec les autres et avec le monde.

 

La capacité de s’abandonner, de reconnaître sa propre identité et de la transcender dans l’intégration est donc la source de profondes transformations et d’une nouvelle conscience face aux possibilités qui s’ouvrent grâce à la rencontre humaine.

 

Haut de page

Article du mois de février 2003
 

Sacralisation de la vie par Rolando Toro Araneda

 

Les découvertes extraordinaires de la Biologie nous fournissent un point de départ solide et fécond pour comprendre bien des mystères de la biosphère. Elles restent, cependant, insuffisantes pour exprimer toutes les significations essentielles touchant la condition humaine. En tant que point de départ universel et de référence pour la compréhension de l'homme, les découvertes de la Biologie doivent aller à la rencontre des grandes intuitions sur des aspects encore voilés et mystérieux de la vie humaine.

 

Nous devons nous acheminer vers une nouvelle frange de la pensée, plus libre et mieux adaptée aux révélations de l'immédiat, nous devons nous déprendre des philosophies et des idéologies ingénues qui ont accompagné l'homme au cours de son histoire. Nous avons besoin d'une rigueur, à la fois insolente et sensible, afin de ne pas tomber dans le piège de l'objectivisme biologique ou du pauvre dogmatisme des religions.

 

A mon avis, la vie possède une qualité sacrée; la distinction opérée entre actes sacrés et actes profanes relève de la pathologie des civilisations. Cette pathologie a eu pour conséquence de désacraliser la vie quotidienne et de transférer les contenus transcendants vers des rituels obsessionnels créés pour échapper à la peur du cosmos.

 

Une nouvelle méditation sur le sacré est ici indispensable. La manifestation du sacré - hiérophanie - est l'un des faits les plus fascinants et les plus terribles. Je crois que l'expression de vie qui anime les créatures est la plus grande hiérophanie. L'incapacité à percevoir la condition sacrée de la vie a perturbé nos modes de relation avec le cosmos.

 

La dissociation entre le sacré et le profane, inhérente aux religions, doit être remise en question. Si la vie est, en elle-même, sacrée, si elle est la plus splendide expression du cosmique et la plus ample hiérophanie, la distinction rituelle des domaines sacrés et profanes apparaît absurde. La clarté du principe biocentrique de la Biodanza, qui voit dans la vie la plus grande hiérophanie, est justement ce qui la distingue de n'importe quelle religion ou psychothérapie.

 

Dans ce que l'on nomme les "danses sacrées", un espace se crée qui s'emplit de significations et de puissance. Ces danses dessinent une trajectoire qui va d'un espace chaotique, profane, vers un espace ordonné, sacré (mandala). En Biodanza, les personnes qui se lient dans une "danse d'amour" rétablissent un sens cosmique qui les intègre dans une unité plus grande. Le magnétisme de la danse engendre des champs créatifs, érotiques et biologiques qui, s'ils ne représentent pas en soi une réalité transcendante, constituent la grande cérémonie de la vie.

 

D'un côté, le temps sacré, la durée de la fête, le temps liturgique ont été distingués du temps historique linéaire. Une fois terminée la cérémonie dans le temps sans durée de la liturgie, l'homme retourne dans le temps quotidien. Une même trajectoire se dessine à nouveau qui va du temps fugace et illusoire au temps mythique, circulaire et éternel.

 

En Biodanza, chacun est invité à vivre dans l'"ici-maintenant". Le temps marqué par les heures de la montre n'est qu'un temps conventionnel, un temps non vécu. Toute la réalité est sacrée pour nous et tout temps est liturgique.

La très ancienne tradition orientale selon laquelle la vie n'est qu'une illusion, à peine la manifestation des voiles infinis de Maya, disqualifie la vie comme expression la plus pleine du divin. Cette pathologie s'est transmise et a infiltré différentes religions, créant le terrain propice à l'exercice de l'injustice et de la violence. Privée de sa qualité sacrée, la vie perd sa valeur intrinsèque, elle peut être détruite, torturée, exploitée, humiliée. Le principe biocentrique récuse, avec la plus grande fermeté, ce grand mensonge culturel qui a désacralisé la vie.

 

Entrer dans le ravissement que délivre la perception de la vie, éprouver en soi la sensation d'être vivant, cela relève, sans aucun doute, d'une expérience mystique et constitue l'unique point de départ possible de la recherche scientifique. Comme l'a dit Einstein: "L'expérience cosmique est la plus forte et la plus noble source de la recherche scientifique".

 

Le principe biocentrique restitue à l'homme sa qualité transcendante. La sacralisation de l'homme est ce qui donne à sa vie, à son amour, à sa sexualité et à ses créations, la qualité du transcendant. A partir du principe biocentrique, la vie s'organise comme une coexistence et une convivialité avec le divin.

 

Le sacré n'existe pas dans un espace rituel (mandala), il existe dans toutes les circonstances où la vie est présente. Toute la vie est sacrée. Qu'il se déroule dans un temple ou dans une misérable chambre d'hôtel, l'acte sexuel a la même condition sacrée. Lorsque des personnes entrent en contact avec amour, elles recyclent l'énergie cosmique, elles vivent l'amour éternel d'Aphrodite et d'Apollon. L'homme fatigué, qui marche dans la rue parce qu'il n'a pas d'argent pour prendre l'autobus, est aussi un "marcheur d'éternité". L'enfant qui repose dans les bras de Marie et l'enfant abandonné, rachitique, qui cherche de la nourriture dans les ordures, ces deux enfants sont deux formes de l'"enfant divin".

 

Le principe biocentrique touche tous les domaines de l'activité humaine. Si vous êtes en connexion avec la vie, vous êtes par la même dans un courant politique: celui qui défend la vie et lutte contre l'exploitation et l'injustice. Si vous êtes liés d'une manière intime avec le principe biocentrique, vous éprouvez le lien cosmobiologique, l'ancestrale familiarité avec les pierres, avec les oiseaux, avec le soleil, avec la mer. Si vous agissez à partir du principe biocentrique, vous appartenez au mouvement de résistance écologique qui veut des rivières claires, non polluées, qui veut respecter la faune et la flore. Liés au principe biocentrique, vous êtes un pédagogue, un amant, un artiste.

 

La plus subversive de toutes les disciplines est celle qui se fonde sur le respect de la vie, sur la joie de vivre, sur le droit à l'amour et au contact. Elle ne reconnaît aucune autorité extérieure, que ce soit celle d'un gouvernement, avec la violence institutionnalisée ou celle d'idéologies politiques et religieuses qui discriminent les êtres humains. Le principe biocentrique est révolte.

 

Tout en étant les mêmes, les personnes qui pratiquent la Biodanza sont autres. Individus, ils sont aussi la vie universelle. Nous pourrions dire que les principes de vie surgissent d'une intelligence divine qui transcende les valeurs égocentriques. De cette méditation est née une technique qui consiste à stimuler, créer et développer de la vie chez les autres, ce qui génère de la vie en nous.

 

Les personnes forment notre plus puissant milieu ambiant. Le couple écologique, la famille écologique, la communauté écologique sont des expressions du principe biocentrique.

 

Lorsque nous parlons de principe de vie, nous nous référons à quelque chose de très précis, à des fonctions universelles, à des formes de lien, à un développement évolutif. La Biodanza s'inspire des principes généraux du vivant et non d'idées à priori ou de dogmes religieux.

 

Si les religions, les idéologies politiques et les différentes formes de psychothérapie travaillent autour des pathologies de l'ego, la Biodanza travaille avec la santé, dans une dimension transcendante de constant respect pour la vie.

 
Haut de page

Article du mois de mars 2003
 

Amour et peur dans la société actuelle par Zulmira Bomfin

 

La Biodanza met particulièrement en évidence le développement des fonctions affectives. L’amour est considéré par cette approche comme la grande force qui propulse la vie qui s’accomplit en même temps que le processus évolutif de chaque personne, comme un chemin vers l’intégration de l’identité.

 

« Pour arriver à aimer, l’être humain doit traverser des étapes successives dans lesquelles il doit s’affronter lui-même, affronter les risques de la solitude et de la mort, le vide de sens ; ces expériences provoquent un développement extraordinaire des fonctions affectives. » (Toro, 1991)

 

Le saut évolutif dans le processus continu de l’intégration de l’identité se  produit par l’appropriation de la capacité à aimer.

 

En atteignant des niveaux d’intégration de l’identité, on vit avec plus d’intensité la vivencia d’amour entier, transcendant. La transcendance obtenue par l’intermédiaire de l’amour diminue l’individualisme et augmente l’identité.

 

Dans notre société actuelle, nous expérimentons à tous les niveaux institutionnels, des valeurs et des modèles culturels qui accentuent l’individualisme et l’absence de liens entre les personnes. Ces valeurs existent par le fait que la perpétuation de structures sociales déterminées, de systèmes idéologiques et d’hégémonie de groupes déterminés ou de minorités sur des majorités, intéresse la classe dominante.  Pour cela, il est nécessaire que les identités soient massacrées, qu’elles restent omises et sans voix. La répression du lien affectif et de l’instinct grégaire, de la fusion sexuelle (orgasme) et du lien avec la nature transcendante de la vie répond à des nécessités de groupes qui détiennent le pouvoir et qui se nourrissent de ce mouvement pour la conservation des mandats anti-vie et d’une structure oppressive importante.

 

Le mouvement de l’affectivité et de l’amour, qui est le même que l’univers, est donc une façon transcendante de se dépouiller des conditionnements létaux de notre société.

 

La peur d’aimer est présente dans les actions de l’homme civilisé. La peur d’aimer est la peur de la rencontre avec soi-même. La peur de la rencontre avec sa propre identité et avec l’émouvante vivencia d’être libre.

 

La liberté expérimentée par l’homme, condition propre de son processus évolutif ontogénétique peut suivre deux chemins : celui de la destruction, de la perte de lien affectif, de l’individualisme et de la mort ; ou de la structuration, de l’organisation, de l’unité et de la vie. Seul l’amour peut offrir les conditions nécessaires au processus d’organisation et de diminution de l’entropie (processus de désordre propre à tout organisme vivant). Par le chemin de l’amour, l’individu rencontre la source structurante de l’existence.

 

L’amour se constitue de l’énergie qui conserve et permet l’évolution de la vie. Il est la référence nécessaire à la condition humaine qui cherche la liberté.

 

Haut de page

Article du mois d'avril 2003
 

Création d'une esthétique anthropologique par Rolando Toro Araneda

 

Si l'homme est effrayant, comme le décrit Euripide, il a, sans doute, le don de l'illumination et du merveilleux.

 

Il existe peu de penseurs capables de s’aventurer à se pencher sur l'irrésistible beauté de l'être humain. Quelques poètes ont aperçu la splendeur éblouissante de certaines créatures, mais la sensibilité devient froide et erratique à leur approche. Rainer Maria Rilke l'exprime dans la Seconde Élégie de Duino: "Tout ange est terrible".

 

En chaque personne, même chez les déshérités de la beauté physique, chez les malades, chez les gens blessés par la haine et la frustration, il existe un enfant divin qui attend, au fond de l'être.

 

Mais personne n'ose regarder sa propre splendeur ou découvrir la splendeur de son frère. "Les amants," - dit Rilke - "s'ils savaient le faire, pourraient se dire des choses extraordinaires dans l'air de la nuit. Il semble donc que tout nous est occulté".

 

"Il semble que tout nous est occulté"... Chacun montre un masque pour occulter sa beauté intérieure.

 

Pourquoi sommes-nous effrayés face à la splendeur de la vie? Pourquoi nos actions font tout pour occulter notre origine sacrée? Nous nous efforçons de créer des entités d'adoration: nos dieux, de façon à ce que la splendeur reste distante de nous. Nous organisons ainsi une vie misérable devant l'effroi d'assumer notre propre divinité. Peut-être que le mythe de l'ange exterminateur ne représente que notre peur du contact sublime.

 

Il sera nécessaire, pour inaugurer une nouvelle civilisation, de créer une esthétique anthropologique, ce qui veut dire, un système de résonance avec la partie illuminée de nous-mêmes et des autres personnes; une espèce de clé maîtresse du cœur, capable de découvrir cette semence de beauté inénarrable. Ce fond de lumière n’existe pas seulement chez les personnes touchées par la grâce et la perfection externe, mais aussi chez celles apparemment laides et grotesques, parce que la lumière de Dieu se montre de façon égale chez tous les êtres humains. Il y a une divinité dans les yeux de ce lépreux qui regarde. Il y a un adolescent illuminé qui espère l'aimée qui n'arrivera jamais dans la grande nuit de ce cœur de vieux. Si nous réussissions à nous sensibiliser à notre partie illuminée, si nous pouvions créer une espèce de phototropisme amoureux, toute notre existence se transformerait.

 

Il est nécessaire de révéler ces reflets de la profondeur dans les actes créateurs, dans l'Éducation, dans la Psychothérapie et dans l'action de chaque jour. Découvrir le fond de lumière qui nous anime est, en réalité, une technique de renaissance.

 

Les psychothérapies traditionnelles travaillent avec la partie malade, avec les symptômes, comme si ce qui est en nous ignorait la sortie, comme si nous étions divisés et, dans le secret, nous nierions la grandeur.

 

Pourquoi avons-nous fondé notre règne dans l'horreur quand notre règne est la jubilation de vivre? Notre règne est l'extase, le plaisir des caresses inconditionnelles; notre règne a le parfum des fruits et la saveur des fleurs. En nous, des rivières transparentes, des lèvres anxieuses, une brise sur les cheveux. En nous, l'étreinte, le contact, l'ami. En nous, le paradis.

 
Haut de page

Article du mois de mai 2003

 

Education biocentrique : une construction dialogique par Ruth Cavalcante

 

Tout au long du développement de la civilisation, l’être humain a mis l’accent sur la morale en laissant de côté les questions vitales. L’une d’elles est la préservation des instincts. Ceux-ci ont fini par être considérés comme une structure biologique désagrégée de la culture, synonyme de sauvagerie et d’expression grotesque de l’homme. Pourtant, ce qu’ils représentent est la partie la plus saine de tout animal, ils sont conservateurs des forces originaires de vie. Même quand ils sont fortement bloqués, les instincts désirent toujours ardemment se libérer, s’exprimer.

 

Quand Rolando Toro a proposé l’éducation Sauvage, il a émis cette idée comme un appel à redevenir plus proche de la nature, à mieux considérer la vie instinctive, non seulement chez celui qui est en lien avec la voracité qui assure la chaîne biologique, mais en considérant la possibilité pour l’être humain de vivre et de s’exprimer entièrement, par les instincts, naturellement, comme d’autres animaux le font, garantissant la conservation de la vie.

 

Au travers de cinq canaux, la vie humaine peut se manifester dans le mouvement, le contact, l’expression, la sécurité et l’harmonie. On délinée ainsi, pour l’aire de l’éducation, une partie du paradigme qui donne un support à la structure théorique de la Biodanza et qui est le Principe Biocentrique. L’Education Sauvage était tournée vers la vie instinctive et écologique, mais en nous appuyant sur le Principe Biocentrique, nous pourrions aller plus loin, en élargissant la vie instinctive jusqu’à ses conséquences psychologiques, sociales et pédagogiques, pour insister ici sur deux dimensions qui se construisent dialectiquement à partir de la naissance : la vie instinctive et la construction de la connaissance biologique et sociale.

 

Ainsi est née l’Education Biocentrique qui a pour médiateur la Biodanza mais,  en tant qu’Education, elle garde sa différenciation et n’est pas simplement une application du Système Biodanza dans l’Education, c’est-à-dire apporter la session de Biodanza dans l’école. Comme il s’agit d’Education, nous ne pourrions pas cesser de considérer la sphère de la connaissance. Dans le cas de l’Education Biocentrique, l’accent est mis sur la construction de la connaissance critique qui amène à une prise de conscience et, quand elle est approfondie, amène à la conscientisation. Son expression demande une action sur le monde par le dialogue avec l’autre afin de transformer la réalité individuelle et sociale. Pour cela, il est nécessaire de développer par dessus tout l’affectivité et la créativité.

 

Rolando Toro apporte, actuellement, le concept d’Intelligence Affective et fait une différence entre affect et émotion. Si nous donnons la priorité à l’affect c’est parce qu’il va à l’histoire vitale, à la cellule et surgit quand l’émotion se répète et crée un terrain permanent, qui dure dans le temps. Nous comprenons que l’affectivité a son origine dans le lien et contribue à une connexion significative orientée vers l’évolution. L’affectivité a des éléments de conscience, de valeurs, de compromis, des composantes symboliques ; elle est liée à la perception et stimule les structures cognitives, en favorisant la construction de la connaissance critique et ayant pour base méthodologique la problématique, le dialogue et la vivencia.

 

En cohérence avec cette base méthodologique, l’Education Biocentrique a été systématisée à partir de l’action pédagogique de nombreux facilitateurs de Biodanza et d’autres éducateurs qui ont abandonné le principe anthropocentrique et ont pris contact avec le Principe Biocentrique.

 

Nous nous sommes tous impliqués à repenser l’éducation afin qu’elle aide les personnes à apprendre à vivre et à cohabiter. Elle a comme point de départ le respect de la vie et la cohabitation amoureuse et, comme méthode, une approche réflexive et vivenciale dans la pratique pédagogique, par laquelle nous n’apprenons pas seulement pour le cognitif ou l’intellect, mais aussi par les émotions, les sentiments, les sensations et l’intuition.

 

Haut de page

 Article du mois de juin 2003

 

Politique : Un acte d’amour par Rolando Toro Araneda

Lorsque les politiciens sont motivés par le pouvoir et non par l'amour des êtres, ils finissent par détruire la nation et mettent en péril la survie même de l'espèce humaine.

Si ceux qui se dédient à l'action politique ressentaient de l'amour pour ceux qu'ils gouvernent, leurs actions seraient pleines de sens. Ils donneraient priorité à la santé, à l'alimentation, à la joie, plutôt qu'à des actions de pure satisfaction égoïste.

Si le politique pouvait s'identifier à la souffrance des pauvres, au désarroi des désemparés ; s'il ressentait du désespoir face à la situation de ses semblables, ses actions seraient des actes d'amour, des lois au service de la communauté. Le politique serait un promoteur de vie, un créateur de bien-être, un défenseur de l'espèce humaine.

Cependant, ce type de personnage n'a jamais existé, sinon de manière très isolée, et dans certaines cultures (civilisations dites primitives, amérindiens). Il est difficile de concilier pouvoir politique et amour du peuple. Cette intégration ne serait possible que chez des êtres dont la conscience aurait atteint le niveau où le sens de la vie se révèle.

L'exercice de la politique est une fonction d'amour et nul ne devrait l'exercer sans avoir développé sa capacité de communion avec tous les êtres humains et vivants.

Haut de page

Article du mois de juillet-août 2003

 

L’ordre et le désordre : un voyage aux racines de la vie par Franco Ceresa

 

Du règne de l’ordre aux territoires du désordre

Dans le règne de l’ordre, l’univers est considéré comme la plus précise des horloges, la loi universelle qui régule les mouvements, découverte par Newton, la loi de la gravitation par laquelle l’univers est gouverné par un principe d’ordre qui exclut la dispersion, l’usure et la dégradation.

 

A la superficie des choses, on peut percevoir du désordre mais, en profondeur, règnent trois ordres (Hegel) :

1.       L’ordre physique régulé par les lois de la nature

2.       L’ordre biologique régulé par les lois de l’espèce

3.       L’ordre social régulé par les lois de la société

 

Cette attitude mentale gouvernera l’esprit de l’homme jusqu’à la découverte de la seconde loi de la thermodynamique, dans laquelle Carnot et Clausius (1850) introduisirent l’idée d’une dégradation de l’énergie dans les systèmes physiques fermés (entropie), montrant que quand l’énergie (mécanique, électrique, chimique) prend la forme de la chaleur, elle ne peut se reconvertir complètement et perd donc une partie de sa capacité de se transformer en travail.

 

L’entropie est donc une notion qui comprend une dégradation de l’énergie, de l’ordre et de l’organisation. Le problème est-il limité aux systèmes fermés ? Non, car les systèmes ouverts également travaillent (transforment l’énergie en chaleur) et chaque travail pose le problème de la croissance de l’entropie.

 

La découverte du désordre dans le domaine physique a été confirmée par Planck dans le domaine microphysique, avec la notion discontinue du  quantum d’énergie où il découvrit que le principe de désordre est à la base de l’atome, des électrons et des quanta, un désordre qui n’a pas la caractéristique d’être dégénératif mais constitutif, un désordre grâce auquel, et nous verrons plus loin avec quelles modalités, les particules élémentaires de la matière se construisent.

 

1923 est l’année de la découverte par l’astrophysicien Hubble du troisième niveau de désordre : le génésiaque. En fait, on découvrit ces années-là de nouvelles galaxies, des pulsars, des trous noirs, en un mot que l’univers s’étend et que cette expansion est une dispersion qui a son origine dans une explosion. Les galaxies se sont éloignées les unes des autres dans une dérive universelle.

 

L’expansion de l’univers est la conséquence d’une catastrophe première qui tend à une expansion infinie, c’est pourquoi même au niveau de la cosmogenèse, c’est le principe de désordre qui  gouverne.

 

Selon la théorie du Big Bang, l’univers avait au début un point de densité infinie dont l’explosion a formé un nuage de protons, d’électrons, de neutrons, de neutrinos. Les rencontres fortuites entre ces éléments ont généré les premiers atomes d’hydrogène, d’hélium, de deutérium, et ainsi commence la vie dans l’univers.

 

La cosmogenèse (naissance de l’univers) est créée à partir de la catastrophe thermique qui accompagne le Big Bang. La catastrophe est si intense qu’elle fait comprendre comment l’organisation et l’ordre de l’univers se sont édifiés dans le déséquilibre et dans l’instabilité. L’idée de catastrophe bien que comprenant en soi l’idée d’un événement explosif, s’identifie avec l’ensemble du processus de transformation de l’univers qui continue encore aujourd’hui.

 

La cosmogenèse commence donc sous la forme de microgenèse. En fait, l’amoncellement et le refroidissement à la périphérie du nuage cosmique de ces atomes déclenche la gravitation (qui devient un effet et non un principe universel). Le nuage se divise en protogalaxies, lesquelles sous l’effet des mêmes processus, se divisent à leur tour et les protoétoiles naissent se chauffant sous l’effet de réactions thermonucléaires. Les étoiles, à leur tour, créent les planètes et les maintiennent sous leur houlette gravitationnelle. Sur une planète périphérique d’un soleil périphérique d’une galaxie périphérique, de la rencontre et du mélange fortuit et statistiquement improbable des atomes d’azote – oxygène – hydrogène – anhydride carbonique, est née la vie, forgée par le brasier stellaire.

 

Le processus cosmogénétique peut donc seulement être compris en partant de l’idée du désordre. L’univers naît d’une chaleur extrême (10 à 11^ °K) et la chaleur apporte avec elle : agitation, turbulence, rétroaction positive, explosion. La formation des liquides dépend par contre des processus de refroidissements périphériques survenus il y a des millions d’années sur notre planète. La vie (biogenèse) naît donc d’une dialectique thermique capricieuse, dans laquelle chaud et froid s’alternent pour créer, par des catastrophes successives, le grand projet de l’univers : la vie.

 

Ainsi, du désordre se créent l’ordre et l’organisation comme nous allons le décrire ici.

 

La danse des interactions (rencontres)

Les interactions sont des actions réciproques qui modifient le comportement ou la nature des éléments, des corps et des objets. On présuppose qu’il existe : (1) des éléments qui doivent se rencontrer, (2) des conditions de rencontre (agitation – turbulence), (3) des liens (liés à la nature des éléments).

 

C’est parce qu’une organisation se produit, qu’il y a interactions – rencontres, c’est parce que des rencontres se produisent, qu’il y a du désordre (turbulence – agitation), ainsi l’univers s’est créé et continue à évoluer.

 

Le nombre et la richesse des interactions croissent au fur et à mesure que l’on passe des particules élémentaires aux grands systèmes physiques et sociaux, créant des phénomènes de grande complexité. Les interactions tendent à devenir des lois de la nature (quand elles sont répétitives dans des conditions déterminées) mais ont leur origine dans le désordre. Ceci signifie que les termes ordre – désordre – organisation sont connectés entre eux par les interactions – rencontres en un anneau solidaire, dans lequel aucun terme ne peut être compris indépendamment des autres, car ils ont tous entre eux des relations complexes.

 

Une fois l’ordre et l’organisation constitués, ils sont capables de résister à un grand nombre de désordre et de gagner du terrain sur le désordre lui-même. Il suffit de penser au grand jeu de la vie dans lequel trois noyaux d’hélium se rencontrent pour constituer un atome de carbone, dans des conditions hautement improbables de température et de rencontre ; mais une fois constitués, ils résistent à d’innombrables collisions et peuvent survivre à d’innombrables événements aléatoires.

 

Les quatre éléments (ordre, désordre, interactions/rencontres, organisation) qui constituent l’anneau tétralogique sont conçus ensemble, ordre et désordre devenant donc les deux faces d’une même médaille.

 

Le retour du chaos et le principe biocentrique

Le mythe grec avait dissocié chronologiquement le chaos, pré-univers désordonné dans lequel Uranus copule avec Gê et détruit ses propres fils, du cosmos, univers organisé dans lequel règnent des règles et de l’ordre. La culture occidentale est fille de cette pensée dissociée.

 

Le concept de chaos est en réalité inséparable du phénomène biface par lequel l’univers se désintègre et s’organise, se disperse et en même temps se coagule autour de nombreux noyaux, le chaos est paradoxalement une désintégration organisatrice !

 

L’idée du chaos est une idée énergétique qui s’allie au bouillonnement, au flamboiement, à la turbulence, elle est liée au feu génésiaque par lequel s’est constitué l’univers, elle est dans le nuage ardent où les particules élémentaires se sont soudées en nombreux noyaux, elle est dans la furie du feu d’où sont sorties les étoiles et d’où se sont formés les atomes qui ont apporté l’homme après un long chemin, c’est du chaos originaire et d’une façon contextuelle par lui qu’est sorti le « Logos ».

 

Cependant, la genèse avec l’ordre actuel de l’univers n’est pas terminée, nous sommes toujours, même en cet instant, dans un nuage qui se dilate, dans un univers dans lequel naissent et meurent des soleils ; nous sommes toujours au début d’un univers qui meurt à partir de sa naissance.

 

Le chaos est donc à la fois présent dans le cosmos (ordre) et à la base de la Physis (monde physique organisé), le chaos est un concept complexe car il unit des concepts (ordre – désordre –organisation) que la logique occidentale dissocie et tend à rendre antagonistes.

 

L’univers hérité de Kepler, Galilée, Copernic, Newton, était un univers froid gouverné par la loi de la gravitation qui régulait les mouvements perpétuels d’un ordre impeccable. Ce concept de l’univers est remplacé par celui d’un univers chaud, composé d’un nuage ardent dans lequel gaspillage et déséquilibre sont générés du chaos, duquel naît l’énergie qui alimente les processus périphériques d’organisation.

 

La majeure partie de cet univers est en désordre. Seule une petite partie, locale, est organisée. L’ordre génère ensuite des formes organisées complexes : la vie – l’homme, mais ces derniers sont un cas merveilleux ! Si les lois statistiques gouvernaient le développement de l’univers, la probabilité de son implosion serait l’hypothèse la plus raisonnable, l’entropie vaincrait la bataille avec la vie !

 

Nous devons cependant élaborer une conception unitaire de l’univers, qui voit ordre et organisation alimentés par le désordre, tirant leur énergie du chaos, dans lequel la cosmogenèse produit ordre et organisation non comme des phénomènes déviants mais comme des phénomènes centraux de l’univers et dans lequel les lois statistiques perdent leur signification quand elles se trouvent face à des phénomènes d’innovation, d’invention, d’évolution.

 

L’univers est vu non comme un délire thermique mais comme le laboratoire d’un forgeron. Nous abordons ici le principe biocentrique pour lequel la vie est la structure qui guide la construction de l’univers, et l’évolution de l’univers correspond à l’évolution de la vie. L’univers est un système vivant et chaque homme est un univers. Les mêmes paramètres et les mêmes règles valent pour les deux, homme et univers sont liés au même projet originaire.

 

Revenons maintenant à la relation circulaire entre désordre – ordre à l’intérieur de la spirale de l’évolution universelle. Ordre et désordre renaissent sans cesse dans le chaos et sont mutuellement relatifs et réciproques ce qui crée une complexité logique (mettre de l’ordre dans le désordre et du désordre dans l’ordre) et de compréhension. De même que le lien entre ordre et désordre peut être défini (unité symbiotique de deux logiques différentes), de même les deux éléments dans le même temps se confondent, s’enrichissent, ont besoin l’un de l’autre, se combattent et se contredisent.

 

La source génératrice

Posons-nous maintenant deux types de questions : Qui sommes-nous dans cet univers ? Comment concevons-nous et décrivons-nous nous-mêmes et l’univers ?

 

Il ne suffit pas pour répondre de dire que nous nous trouvons sur la troisième planète d’un soleil à la périphérie d’une galaxie marginale appelée voie lactée, et que nous sommes des êtres forgés par notre soleil ou un de ses prédécesseurs.

 

Nous devons aussi ajouter que nous sommes des êtres biologiquement organisés, dotés d’un appareil cérébral qui peut facilement comprendre le milieu local, mais qui conçoit très difficilement l’infiniment petit et l’infiniment grand.

 

Nous vivons dans une société qui s’est réchauffée. Le réchauffement du 20ème  siècle ne correspond pas seulement à l’industrialisation, mais à la croissance et à l’accélération de tous les échanges entre les individus, aux rencontres, aux conflits, à l’amitié, aux déplacements … l’agitation thermique des cœurs précipite la société dans le chaos. Nous vivons, d’une façon homologue à l’univers, dans l’incertitude entre la probabilité de la diaspora et de la dispersion sociale et individuelle, et de l’opportunité du développement organisé et harmonieux.

 

Nous devons simplement prendre conscience que l’humanité et l’univers font partie d’un même projet merveilleux. C’est ainsi que notre incertitude se délayera dans la confiance en la source génératrice commune : la vie !

 

Haut de page

Article du mois de septembre 2003

 

Réhabilitation motrice et existentielle de la maladie de Parkinson par la Biodanza par Rolando Toro Araneda

 

Symptomatologie clinique de la maladie de Parkinson

 

La maladie de Parkinson a une étiologie ignorée. Elle surgit dans la seconde moitié de la vie et touche principalement le sexe masculin.

 

La symptomatologie se manifeste par des bradikynésies ou des akinésies, par des tremblements, par une rigidité avec un développement progressif.

 

D’autres symptômes spécifiques sont la fatigue, une diminution de rendement dans le travail, une dépression, des douleurs somatiques, des paresthésies et d’autres déséquilibres neurovégétatifs.

 

La difficulté à commencer les mouvements volontaires est caractéristique de cette maladie, de même que la difficulté du passage d’un schéma moteur à un autre.

 

Il y a aussi une perte de la capacité d’exécution des séquences motrices complexes, rapides et alternées.

 

L’hypokinésie se manifeste principalement dans la marche et dans le changement de direction. La position du corps se manifeste par un tronc fléchi avec une tendance à l’antéro-flexion.

 

L’expression du visage se bloque progressivement jusqu’à ce qu’un masque apparaisse.

 

Le langage verbal reste altéré par la perte de la fluidité et de la variation du ton qui dépendent de l’activité émotionnelle.

 

Le langage est fréquemment répétitif et sans expression.

 

L’écriture se modifie en rapetissant la mesure des lettres. La « micrographie  parkinsonienne » peut rendre l’écriture illisible.

 

 

Symptômes moteurs habituels de la maladie de Parkinson

 

Les facilitateurs de Biodanza doivent tenir compte des éléments suivants :

 

La majeure partie de ces symptômes diminuent ou disparaissent avec les émotions induites par la Biodanza. Le tremblement parkinsonien, appelé généralement « tremblement de repos » est un mouvement involontaire, rythmique, de 4 ou 7 cycles par seconde, régulier et oscillant. Dans une phase avancée, le tremblement se manifeste aussi pendant l’activité volontaire. La rigidité parkinsonienne est représentée par l’hypertonie d’origine extrapyramidale. Cette rigidité se réduit pendant le sommeil et l’anesthésie.

 

Les troubles neurovégétatifs les plus fréquents sont : hypertension orthostatique, séborrhée, anhidrose éventuelle et constipation fréquente.

 

Lésions anatomiques pathologiques

 

Dans cette maladie, sont touchées la structure pigmentaire du tronc encéphalique et en particulier le locus niger.

 

Symptômes psychologiques

Sous l’effet de situations émotionnelles de conflit ou d’anxiété, les symptômes parkinsoniens s’accentuent.

 

Il existe un circuit neurologique dans lequel les symptômes émotionnels et moteurs se rétro-alimentent.

 

La dépression, provoquée par les difficultés physiques, tend à être progressive.

 

Il y a une diminution de la mémoire immédiate de l’activité, de la pensée et de la capacité critique.

 

Le sentiment d’inutilité progressif accentue la dépression.

 

Le malade parkinsonien souffre de profonds troubles de son identité comme, par exemple, de sentiments de dévaluation, d’une tendance à la dépendance, d’altérations du jugement de la réalité, d’une difficulté de communication, d’un manque de motivations à vivre.

 

Sa carence affective s’aggrave devant sa difficulté motrice et expressive.

 

Le patient parkinsonien n’est pas seulement un malade moteur. Son existence entière est gravement malade.

 

La réhabilitation traditionnelle

Les exercices de réhabilitation traditionnelle proposent d’activer la marche, de corriger la position, de stimuler les mouvements des jambes (bicyclette) et la motricité globale.

 

D’autres exercices doux, d’extension, de préhension et de coordination facilitent la manipulation des objets.

 

Le système de biofeedback o le training autogène sont aussi utilisés avec des résultats incertains ou nuls.

 

On recommande aux malades de participer à l’activité de la vie quotidienne seulement pour l’efficacité qu’ont, dans la réhabilitation, des mouvements plus organiques ou plus concrets.

 

Réhabilitation de la maladie de Parkinson par le système Biodanza

La différence fondamentale entre les méthodes traditionnelles et la Biodanza st que, dans celle-ci, il existe une forte motivation émotionnelle de se bouger.

 

La réhabilitation traditionnelle de la maladie de Parkinson est mécanique, basée sur des exercices imposés de l’extérieur par le thérapeute. Dans ces procédés, on utilise quelquefois des machines pour exercer certains mouvements spécifiques.

 

Pendant la session de Biodanza, les mouvements que réalise le malade sont, au contraire, ordonnés de « l’intérieur » et stimulés par un besoin émotionnel.

 

Les mouvements que réalise le malade pendant une session sont des comportements organiques, complexes, qui facilitent l’intégration affective et motrice du malade en stimulant la joie et le rythme avec des mouvements simples de coordination ou par des danses avec une autre personne.

 

Par certains exercices, la personne frappée par cette maladie exprime une diversité d’émotions.

 

Le défi de se bouger en activité de groupe stimule à réaliser des mouvements d’union entre les personnes.

 

La danse rythmique augmente l’humeur, surmontant de façon transitoire l’état de dépression.

 

Après un certain temps, l’humeur se stabilise à un niveau plus élevé.

 

Les exercices de fluidité éliminent progressivement l’hypertonie extrapyramidale. Les émotions de joie, d’affectivité activent les centres moteurs en surmontant la tendance à l’akinésie.

 

Réaliser une danse simple demande un changement des schémas moteurs.

 

Les différentes impulsions d’adaptation à chaque mouvement de la danse comportent une complexité plus grande que les simples exercices mécaniques.

 

Finalement, le contact affectif dans le groupe rétablit la communication et renforce la conscience et l’identité, gravement menacées par la maladie.

 

La confiance en soi et l’estime de soi augmentent avec la progressive autonomie du mouvement.

 

Hypothèse autour des mécanismes possibles de réhabilitation et de soin de la maladie de Parkinson par la Biodanza

Nous avons observé des cas surprenants de réhabilitation des malades parkinsoniens par la Biodanza.

 

L’hypothèse explicative appartient sans doute au champ de la médecine psychosomatique.

 

Nous partons d’une conception unitaire de l’organisme, selon laquelle le psychique et le somatique forment une seule structure systémique.

 

De nouveaux stimuli de caractère moteur, induits par d’intenses émotions, changent les niveaux de réponse du système nerveux et changent la production des neurotransmetteurs.

 

Ces nouveaux stimuli peuvent générer des circuits nerveux collatéraux qui se renforcent progressivement par une rétro-alimentation, stabilisant de nouveaux schémas de motricité.

 

Les circuits neurochimiques, induits par les émotions et de nouveaux comportements moteurs, peuvent restaurer les fonctionnements psychomoteurs globaux.

 

Les études d’anatomie neurochimique des ganglions de la base ont permis d’individualiser de nombreux circuits neurochimiques et de localiser les neurotransmetteurs qui interviennent comme médiateurs chimiques des ganglions de la base en connexion avec le cortex moteur.

 

Considérations sur les mécanismes possibles qui interviennent dans la réhabilitation par la Biodanza

La Biodanza est un système d’intégration des fonctions organiques, d’optimisation des styles de vie par l’induction progressive d’émotions intenses (vivencias) induites à leur tour par la musique, la danse et des exercices de rencontre en groupe.

 

Ces exercices sont organisés autour d’un modèle théorique.

 

Ainsi, par exemple, des exercices qui représentent des « défis » ont des effets ergotropes (sympathico-adrénergiques). Des exercices qui induisent la régression et le relâchement ont des effets trophotropes (parasympathico-cholinergiques). Des exercices d’harmonisation ont des effets anxiolytiques, tranquillisants (type « effet GABA »). Des exercices euphoriques ou avec des nuances érotiques ont des effets antidépresseurs (inhibiteur de MAO).

 

Haut de page

Article du mois d'octobre 2003

 

Biodanza et massage, un même regard sur l’autre par Michèle Escadafal

 

Faire de la Biodanza ou masser, c’est communiquer. Le massage ne s’arrête pas à l’épiderme, ni aux muscles, ni aux os : il va au plus profond de l’être. Paul Valéry ne dit-il pas que «  ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est sa peau » ?

 

Ainsi, l’approche en Biodanza comme en massage, est holistique : l’autre est vu dans sa totalité vivante, vibrante : physique, cœur, mental, esprit, énergie, âme, tous les mots qui servent à éclairer l’un ou l’autre aspect de l’humain, mais qui, en un être unique, ne composent qu’une seule danse et qu’une seule mélodie, qu’un autre être peut parfaitement recevoir.

 

Mélodie et danse qui peuvent être toujours plus libres et plus expressives et mieux intégrées ; pour leur propre bien-être ; et pour leur rôle dans l’harmonie générale, dans la danse cosmique.

 

Quand je masse, c’est pour rendre un être mieux dans sa peau ; c’est donc que je crois au changement possible, à l’amélioration. Je le regarde comme un être en devenir, qui sera tout à l’heure plus souple, plus libre, plus vivant. Mieux intégré dans son corps, donc mieux disposé à s’intégrer dans sa « niche environnementale ».

 

Quand je rentre dans un exercice de Biodanza, à deux, je sais que l’autre me permettra aussi d’être plus riche et plus vivant ; chaque fois, quelque chose de décisif peut se passer pour chaque partenaire. Par l’harmonie entre émotion et mouvement, entre intérieur et extérieur, entre moi et moi, moi et l’autre, je vais m’unifier, m’intégrer. Chacun, pour l’autre, est facteur de changement.

 

Et cet épanouissement, cette intégration de plus en plus fine, c’est par le plaisir que l’on va l’atteindre. Max Pagès dit que « le plaisir partagé est le moteur du changement ». Massage et Biodanza partagent cette conviction.

 

L’épanouissement de chacun ne s’imagine ni dans la contrainte, ni dans la réflexion intellectuelle, ni dans la douleur, ni dans quoi que ce soit qui « ferme » l’individu. C’est tout ce qui « ouvre » qui permet l’épanouissement : le plaisir de l’abandon, de la responsabilité, du mouvement juste ; la chaleur, un contact, un sourire, un regard compréhensif, bienveillant. Même Malebranche, dans son « traité de l’amour de Dieu » voit lui aussi l’importance du plaisir : « Otez à l’esprit … tout désir d’être heureux … le voilà sans doute incapable de tout amour » car « il n’est pas possible de ne pas sentir et de ne pas aimer son plaisir ».

 

Et Goethe, le grave, ne dit-il pas :  « Même si le plaisir est éphémère et non-substantiel, gardez-le en votre pensée, car il contient le sens de la vie ».

 

Le sens de la vie ! Quel espoir dans la destinée humaine, si le plaisir en est le fil conducteur. A condition bien sûr qu’il s’agisse du plaisir au service de la vie et pas d’un plaisir qui « casse l’outil de travail, comme la drogue » dit Jaques Donnars. Pour lui aussi, « le plaisir est l’outil de discernement ».

 

Ce à quoi l’être dit oui, au travers des sensations, ne peut mentir. « Notre corps obscur est illuminé par les fissures que sont les organes des sens » dit Merleau Ponty. Ce sont ces « lumières » de plaisir qui nous guident pour réaliser nos aspirations. Lowen, grand maître ès plaisir s’il en est, va jusqu’à dire que « le plaisir du corps est la source de tout bien-être et de tout bien-penser ». Mais est-ce si loin de l’affirmation d’Aristote ?

 

Massage et Biodanza font du plaisir, et particulièrement du plaisir du toucher, un art… de vivre ; une façon de mieux habiter son corps, de réparer ce qui peut l’être, de cicatriser, de dilater la sensation de bien-être et le plaisir de vivre. Celui que l’on ressent dit Lowen « après une maladie ; le bonheur d’être simplement vivant ; par malheur cette clairvoyance est vite perdue ».

 

C’est le rôle du massage et de la Biodanza : rappeler cette clairvoyance. Ramener à la conscience le goût de la vie, le goût de la joie.

 

Peut-être parce que le toucher, au-delà de la peau, atteint le système nerveux.

 

Peut-être parce qu’il berce les liquides de ces êtres d’eau que nous sommes.

 

Peut-être parce qu’il exige la présence attentive, consciente, complète d’un individu, et que cela chasse la peur, le sentiment de solitude et donne un autre goût à la vie, une autre qualité, une autre lumière.

 

Ou peut-être parce que l’hypothalamus envoie des messages harmonisateurs au néocortex, à l’hypophyse, au système nerveux autonome.

 

Une autre façon de dire les choses…

 

Mais pour terminer sur une note poétique, je signalerai que pour Khalil Gibran aussi, le plaisir est au service de la vie : « C’est le plaisir de l’abeille de butiner le miel de la fleur. Mais c’est aussi le plaisir de la fleur de céder son miel à l’abeille. Car pour l’abeille, une fleur est une source de vie, et pour la fleur une abeille est une messagère d’amour. Et pour les deux, abeille et fleur, donner et recevoir le plaisir sont un besoin et une extase. … Soyez dans vos plaisirs comme les fleurs et les abeilles. »

 

Haut de page

Article du mois de novembre 2003

 

Le principe biocentrique par Rolando Toro Araneda

 

Le principe biocentrique désigne une manière de sentir et de penser qui prend comme point de départ et comme référence existentielle la vivencia et la compréhension des systèmes vivants.

 

Tout ce qui existe dans l'univers, éléments, étoiles, plantes, animaux ou êtres humains sont des composantes d'un système vivant plus grand. L'univers existe parce que la vie existe, et non l'inverse. Les relations de transformation matière-énergie sont des degrés d'intégration de la vie.

 

Notre proposition peut paraître surprenante parce que nous sommes habitués à l'usage de la logique déductive, c'est-à-dire à déduire des conclusions prédicatives de certains faits. La méthode utilisée ici n'est pas prédicative. Elle procède du fait inéluctable de l'existence de la vie ici-maintenant pour interroger l'origine du cosmos. Notre approche de la connaissance part de la vivencia de la vie et de la certitude que cette vivencia fournit comme une donnée initiale.

 

Le principe biocentrique s'inspire de la vivencia d'un univers organisé en fonction de la vie. Cet énoncé est bio-cosmologique et non anthropique, cosmologique ou théologique.

 

Selon ce principe, l'univers est un système vivant prodigieux. La vie n'est pas la conséquence de processus atomiques et chimiques, mais la structure guide de la construction de l'univers. L'évolution de l'univers est en réalité l'évolution de la vie. L'entropie, en tant que déplacement des niveaux énergétiques vers l'état thermique désigne la fonction catabolique de tout système vivant. La néguentropie, de son côté, est le processus anabolisant de l'univers.

 

La stratégie de transformation existentielle change à partir du principe biocentrique. Les paramètres de notre style de vie sont les paramètres de la vie cosmique. En d'autres termes, nos mouvements, notre danse s'organisent comme des expressions de vie et non comme des moyens pour atteindre des fins anthropologiques, politiques ou socio-économiques. Ils se développent pour créer plus de vie à l'intérieur de la vie. Pour sauver de la vie, là où elle est opprimée. Si les conditions sociales et culturelles sont anti-vie, nous proposons de changer ces systèmes, non à l'aide d'idéologies ou d'actions politiques, mais en rétablissant, à chaque instant, dans notre vie, les conditions pour la nutrition de la vie. Ce n'est pas tant la consistance idéologique d'un homme qui nous intéresse, que sa consistance affective, sa pratique du mouvement-amour.

 

Le noyau créateur de la culture du troisième millénaire va naître de la subordination de la physique à la biologie. Dès l'instant où nous percevons que la vie ne provient pas d'un processus évolutif de la matière inanimée, mais que la matière, apparemment inanimée, s'organise comme résultat d'un système vivant omniprésent, l'approche de ces sciences s'inverse radicalement. La pensée traditionnelle soutient que la vie est née de la combinaison et de la recombinaison d'éléments chimiques dans des conditions de température et de pression appropriées, à l'intérieur d'un milieu où l'eau, le carbone, le phosphore, le sodium et d'autres éléments étaient présents. A l'inverse, l'univers comme totalité peut être conçu comme un système vivant, comme un organisme créateur de vie. A l'intérieur de cet univers, la vie s'exprime dans une infinité de formes.

 

Le principe biocentrique place son intérêt dans un univers appréhendé comme un système vivant. Le règne de la vie embrasse plus que les animaux, les plantes et l'homme. Tout ce qui existe, depuis les neutrinos jusqu'aux quasars, depuis la pierre jusqu'aux pensées les plus subtiles, fait partie d'une fantastique Horloge biologique. Le principe biocentrique est ainsi un point de départ pour structurer les nouvelles perceptions et les nouvelles sciences du futur: priorité accordée au vivant, déterminisme physique jugé illusoire, abandon progressif de la pensée linéaire au profit de la perception topologique et de la poétique de la similitude; disqualification des philosophies qui cherchent une vérité unique, car derrière chaque vérité s'en cache une autre et ainsi de suite, à l'infini. Les habitudes intellectuelles de sélection, d'évaluation et de jugements portés sur des objets ou des phénomènes seront remplacées par la perception de toutes les expressions, de tous les mouvements en tant que langages du vivant. La question du "pourquoi?" cède sa place au profit du "comment?"; ce qui importe est la présence du vivant qui se dévoile au milieu des infinis circuits d'une réalité illuminée de l'intérieur, c'est dire tout ce qui existe comme forme d'expression de vie. Alors, le phénomène de la conscience, tel qu'il se manifeste chez l'homme, ne se résumera plus à prendre en compte, avec des paramètres anthropologiques, les multiples réactions des entités vivantes. De même que la physique trouve sa place dans le corps de la biologie, la conscience s'installe dans le domaine de l'émotion, si nous pouvons définir l'émotionnel comme le vivencial, c'est-à-dire comme l'expérience suprême d'un contact avec le réel. Si la vérité, selon la conception traditionnelle de la science, est une proposition tautologique, nous pouvons cependant atteindre la Dimension du Sens et nous y installer d'une manière vivante; nous pouvons être le Sens lui-même, comme le danseur est en lui-même le rythme et l'harmonie.

 

Par le biais du principe biocentrique, nous touchons aux mouvements originaires qui engendrent de la vie ainsi qu'à la perception fondamentale que la vie entretient avec elle-même.

 

Au milieu de la fabuleuse technologie physico-mathématique de la cosmologie contemporaine, le physicien découvre tout à coup le grand serpent qui tourne dans les galaxies et se dévore lui-même. Ni commencement, ni fin. Seulement un brin de jasmin tremblant sous les rayons du soleil. Face à la terreur des origines, face à la solitude inexorable de l'infini, les êtres humains cherchent une réponse en se regardant dans les yeux.

 

Nos vies ne sont pas lancées au hasard, comme des météorites ardentes dans l'espace concave. Nos vie naissent de la sève millénaire du grand créateur de vie, de l'utérus cosmique qui se nourrit et respire dans l'amour des éléments. Dans la lumière des origines, dans la clairière paradisiaque de la réalité, nous nous cherchons les uns les autres.

 

Nous participons à la pensée visionnaire d'Albert Schweitzer:

 

"En méditant sur la vie, je sens l'obligation de respecter n'importe quelle volonté de vie autour de moi, pour être égal à la mienne.

 L'idée fondamentale du bien est, peut-être, qu'elle consiste à préserver la vie, à la favoriser, à la conduire vers ses valeurs les plus hautes; et que le mal consiste à annihiler la vie, à la blesser, à entraver sa floraison" (Le problème de l'éthique dans l'évolution de la pensée humaine).

 

Haut de page

Article du mois de décembre 2003

 

Biodanza : Une pratique d’écologie humaine par Jérôme Heim

 

Bases philosophiques

La  Biodanza s’intéresse à la vie présente. « Pour bien penser, pour bien agir, il faut être présent. Etre présent, c’est la fonction essentielle du cerveau » (P. Chauchard, neurophysiologiste).  La Biodanza fait abstraction de toute finalité métaphysique qui n’est pas inscrite dans le potentiel génétique de l’individu. Toute sa démarche est fondée sur le principe biocentrique selon lequel l’univers fonctionne par systèmes interconnectés agissant par communication, information et interactions les uns sur les autres. L’énergie des systèmes étant d’origine cosmique, et pour la terre d’origine solaire.

 

L’homme est partie intégrante de la biosphère sans pouvoir spécial de la dominer ou de l’exploiter. Il en dépend simplement pour sa propre vie. En ce sens, la perception philosophique de l’être humain par la théorie biocentrique de la Biodanza est profondément écologique.

 

Pour la Biodanza, le facteur essentiel de l’épanouissement humain est l’amour. Non un amour abstrait, mais l’amour sensoriel, émotionnel, qui se manifeste par le toucher, le don, l’affection, la tendresse, le respect de la vie de l’autre, par la compassion.

 

Le sacré n’est pas dans les cultes religieux ou dans les symboles patriotiques. Sacré est l’enfant qui a faim de nourriture et de tendresse maternelle. Sacrés sont l’amour, l’affection, la solidarité. Dans ce sens, l’attitude fondamentale de la Biodanza est écologique par sa présence dans la maison des hommes sur la terre.

 

Bases scientifiques pluridisciplinaires

La démarche de la Biodanza est scientifique au sens où la curiosité, l’attention interrogative, le doute nécessaire à une meilleure compréhension, à la progression et au changement sont toujours présents, et où l’erreur aussi reste possible.

 

Les exercices proposés par la Biodanza sont basés sur les connaissances scientifiques.

 

Plutôt un art qu’une science, la Biodanza fait appel à plusieurs disciplines des sciences humaines : psychologie, sociologie, ethnologie, éthologie, biologie, génétique, neurophysiologie, endocrinologie qui étudie toutes ces substances subtiles de notre être liquide.

 

Par la multiplicité des disciplines sollicitées, la Biodanza est pareille à l’écologie, une pratique pluridisciplinaire. Pour les espoirs et aussi les problèmes qu’elle soulève, elle devient transdisciplinaire, dans le sens où elle incite à des investigations et des progrès qui peuvent conduire au-delà des disciplines auxquelles elle fait présentement appel.

 

Implications artistiques

Comme art, elle sollicite, non seulement nos capacités cognitives corticales, mais également et surtout toutes nos facultés sensibles d’émission et de réception, de perception et d’émotion, tout ce qui passe par nos sens et qui génère et brasse toutes ces substances subtiles de nos humeurs et autres neurotransmetteurs.

 

Elle fait appel aux multiples expressions artistiques : à la musique qui peut devenir chant, au mouvement qui devient danse (d’où le mot Biodanza), au travail de groupe, car l’art est essentiellement communication sociale.

 

Grâce à tout son système complexe d’exercices, la Biodanza stimule chez les individus le potentiel génétique qui a besoin d’un milieu culturel riche pour s’épanouir. Comment cela se passe-t-il ? La description de la structure des exercices en donnera une idée plus précise.

 

Structure des exercices :

Pour ses exercices, la Biodanza se structure un milieu d’expérimentation (de vivencias) favorable à l’acquisition de l’autonomie, où chaque participant fait un travail d’ouverture, de relâchement, d’assouplissement et de mobilité de son corps. Grâce à cette préparation, il peut expérimenter une évolution multiple à plusieurs niveaux qui sont : La vitalité, l’affectivité, la sexualité, la créativité et la transcendance ; 5 lignes des besoins fondamentaux de l’épanouissement humain. Il est fait appel aux systèmes des plaisirs utiles, stimulés et régulés par des substances endogènes : béta-endorphine, endorphine et dopamine, liés à la satisfaction des fonctions de la vie, à l’inverse de la drogue qui enferme dans un cercle vicieux de plaisirs à vide dont le manque engendre la douleur réactivée par un autre plaisir à vide.

 

Le recours à la musique, le rythme, la danse, avec plaisir, en contact avec les autres, améliore l’ambiance des humeurs extérieures, sons et mélodies, odeurs et saveurs du corps, sympathie, antipathie, compassion entre les personnes. Le tout agit sur les bains des humeurs intérieures et informe les glandes, organes et autres tissus qui sécrètent les fluides neuro – et bio – transmetteurs, activateurs du cerveau (centre nerveux et glande sécrétrice d’humeurs) et des systèmes neurophysiologiques ; conduits nerveux et fluides internes responsables de nos plaisirs, joies, tristesse, détresses, mélancolie et élans de vie. Le dérèglement de ces humeurs est aussi parfois à l’origine des tumeurs du corps (cancer, autres immunités qui ne fonctionnent plus) et des maladies de l’âme que la Biodanza peut contribuer à restaurer.

 

Le milieu extérieur créé par les exercices de Biodanza agit comme stimulant de la vie physique et psychologique intérieure. En respectant le principe biocentrique, la Biodanza stimule les énergies propres du biosystème humain sans y introduire des énergies extérieures (physique et biochimique) qui coûtent cher. Dans ce sens, elle est une pratique écologique néguentropique qui renforce l’équilibre des biosystèmes humains sans les perturber.

 

Conclusion

Le travail de la Biodanza sur le milieu relationnel humain sollicite en nous une « attitude » écologique qu’on peut qualifier d’écologique. Attitude qui permet la prise en compte des qualités physiques et esthétiques de notre milieu matériel de vie. Cette attitude peut se résumer par « Courtisons la terre ».

 

En résumé, on peut dire que si la Biodanza est souvent perçue ou utilisée comme une thérapie, on devrait plutôt la comprendre comme une pédagogie, une « neuro-pédagogie », c’est-à-dire une pédagogie du corps par le corps. Pédagogie du corps qui s’étendra tout naturellement aux espaces physiques indispensables à la vie des corps.

Haut de page

  Accueil Article du mois Bibliographie