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Articles 2002

 

 

Tous les articles

janvier :

Biodanza: Une sociologie du bonheur par Rolando Toro Araneda

février :

Biodanza aquatique par Rolando Toro Araneda

mars :

Biodanza et stress par Sergio Cruz

avril : Biodanza : Habiter les gestes, prendre demeure dans les mots par Alain Antille
mai :

L’intelligence affective par Rolando Toro Araneda

juin :

Principe Biocentrique et  Holisme par Cezar Wagner L. Gois

juillet-août :

Un homme aux mille visages par Rolando Toro Araneda

septembre :

Biodanza et caresses par Sandra Salmaso

octobre :

Biodanza: à la recherche des conditions de liberté pour aimer par Rolando Toro Araneda

novembre :

Le sourire, une expression organique par Sergio Cruz

décembre :

La nécessité de l'ange par Rolando Toro Araneda

 
Article du mois de janvier 2002
 

Biodanza: Une sociologie du bonheur par Rolando Toro Araneda

 

La Biodanza est un système d'intégration et de développement des potentiels humains par la danse, la musique et des situations de rencontre en groupe.

 

"Intégration" signifie cohérence et unité à l'intérieur des différentes fonctions organiques et psychiques. L'homme contemporain est dissocié au niveau moteur, émotionnel et organique: alors qu'il sent une chose, il pense à une autre chose et réalise encore une autre chose différente. Son existence n'est plus authentique, elle est fragmentée. Cette situation le conduit à la dépression, au stress et à la destructivité.

 

"Développement des potentiels humains" signifie simplement permettre une expression génétique de nos immenses capacités affectives et intellectuelles. La Biodanza stimule, par la musique et des situations de rencontre en groupe, tant l'organisme que le développement des potentiels innés de l'individu. Une définition plus globale pourrait être: Biodanza est une poétique de la rencontre humaine qui permet l'expression de l'identité et le plaisir de vivre. Les exercices de Biodanza sont organisés à partir d'un Modèle Théorique basé sur les Sciences de la Vie: Biologie, Anthropologie, Psychologie et Sociologie. Le paradigme philosophique fondamental de la Biodanza est le Principe Biocentrique: l'univers entier, y compris les êtres humains, est organisé en fonction de la Vie. Dans cette conception, nous voulons récupérer le sens du sacré de la vie. Si notre culture a choisi des valeurs qui conduisent à la destruction et à la mort, la Biodanza propose une culture pour la Vie, une nouvelle vision du monde et de l'existence. En ce sens, nous pourrions dire que la Biodanza n'est pas seulement une forme plaisante de libération et de santé mais son action constitue une forme d'écologie humaine basée sur une perception de la vie comme expérience suprême.

 

Concepts structurels de la Biodanza. Intégration du corps dans le processus de transformation

 Tout le processus de transformation doit englober le corps à ses différents niveaux: neurologique, immunologique et émotionnel. Le concept traditionnel qui veut qu'il soit suffisant de rendre conscient les propres conflits de l'inconscient pour guérir les problèmes psychologiques a été aujourd'hui abandonné puisqu'il a été démontré qu'il s'agissait d'une hypothèse fausse. L'être humain est une totalité et toute thérapie qui exclut la corporéité est dissociative.

 

Le groupe

Le groupe est essentiel dans le processus de transformation parce qu'il induit une nouvelle forme de communication et de lien affectif. Le groupe est une matrice de renaissance dans laquelle chaque participant rencontre le contenant affectif et la permission pour son propre changement. Pendant un siècle de psychothérapie, l'intérêt s'est concentré sur l'individu comme être isolé; aujourd'hui, nous savons que la possibilité d'une évolution solitaire n'existe pas.  Martin Buber, Pichon Rivière, James Hillman et Kenneth J. Gergen ont commencé la recherche sur l'homme comme être relationnel. C'est la naissance de l'homme écologique. La présence du semblable modifie le fonctionnement des personnes dans tous leurs niveaux organiques et existentiels.

 

La priorité de la Vivencia

L'émotion et la "vivencia" représentent le principe régulateur des fonctions neurovégétatives en intensifiant ou modérant leur activité. Les émotions régulent et sont en même temps régulées par le système limbique-hypothalamique, actuellement appelé Système Intégrateur Adaptatif Limbique-Hypothalamique (SIALH). L'intégration des systèmes est synonyme de guérison et de santé. Le cerveau, le corps et l'esprit sont une seule chose, impensables séparément. L'esprit réside dans chaque cellule de notre corps. Les "vivencias" de plaisir, d'enthousiasme, d'amour vont opérer sur la totalité de l'organisme. En Biodanza, dans le processus d'intégration, on donne la priorité aux vivencias et seulement après à la conscience et, ensuite enfin au système des signes du langage.

 

La musique

La musique est l'instrument de médiation à l'intérieur des émotions et du mouvement corporel. La musique est un langage universel accessible aux enfants et aux adultes de n'importe qu'elle époque et de n'importe quel pays. Son influence va directement à l'émotion sans passer par les filtres analytiques de la pensée. L'identité est perméable à la musique et, pour cela, elle peut s'exprimer à travers elle. La musique stimule une danse expressive, une communication affective et la vivencia de soi-même.

 

La caresse et l'érotisme

La caresse est un des instruments fondamentaux en Biodanza. La thérapie et la médecine traditionnelle ont en général une grande technologie et une sé­mantique sophistiquée mais un manque complet d'affection. La caresse induit des transformations au niveau organique et existentiel. La caresse réveille la source du désir et aide à exprimer l'identité. Les motivations existentielles s'enrichissent à travers la force de l'éros, de l'amour. Le développement de l'érotisme est essentiel dans le processus de changement de la personne.

 

Le changement de style de vie

L'objectif final de la Biodanza est de produire des modifications stables du style de vie et d'élever la qualité de notre vie. Le concept de "renaissance" en Biodanza implique un renouvellement existentiel. Où je veux vivre ? Avec qui je veux vivre ?

 

Quelles tâches je désire réaliser dans ma vie ? La Biodanza stimule le courage pour arriver à réaliser les objectifs intérieurs.

 

Les transformations transitoires induites par des sessions isolées de Biodanza ne sont pas suffisantes pour produire le processus d'intégration et l'expression des potentiels. Il ne suffit pas d'obtenir le bien-être, il est nécessaire d'avoir accès au bonheur.

 

Vers une sociologie du bonheur

Psychothérapie a échoué du point de vue du comportement global du genre humain, bien qu'elle ait obtenu des succès dans le traitement individuel. Pendant ce siècle cependant, la perversion et la destructivité se sont répandues. La Psychothérapie a, en fait, concentré ses objectifs sur l'individu et non sur nos processus psychotiques au niveau de la société.

 

La paranoïa des chefs d'état, le manque absolu d'amour pour le peuple de la part des politiciens, le nationalisme, les préjugés religieux, le racisme et l'idéologie totalitaire, et d'autres facteurs encore, vont précipiter l'humanité dans des guerres cruelles, dans l'angoisse économique et dans la détérioration éthique de l'humanité. La conception industrielle-militaire, la consommation, l'usure capitaliste, la démence des totalitarismes sont diverses formes de pathologie sociale qui nous conduiront à une progressive dégradation sociale.

 

Les relations d'affection entre l'homme et la femme sont dans une crise profonde. Il est nécessaire que les hommes prennent contact avec leur masculinité profonde et les femmes avec leur féminité, comme force cohésive et transcendante de la vie. La nécessité la plus urgente de l'humanité est de développer le potentiel affectif, tant au niveau individuel qu'au niveau collectif. Notre comportement est en partie dominé par des représentations intérieures de caractère obscur.

 

Les représentations intérieures du sexe opposé, de l'amour et de sa propre identité sexuelle ne se modifient pas par la conscience; l'unique instrument de modification de telles représentations intérieures est celle de l'expérience vécue ici et maintenant. Ceci est un processus d'intégration quantique d'énergie qui se produit pendant la "vivencia" de la rencontre.

 

Les danses et les cérémonies de rencontre réveillent des vivencias oubliées liées à l'extase et au bonheur. Comment créer les conditions sociales et émo­ionnelles qui facilitent le bonheur ? Notre culture génère du bien-être, mais jamais du bonheur. Notre culture est essentiellement basée sur une situation équivoque; son résultat final est la solitude, la dépression et la destructivité. Comment transformer les valeurs que notre société met en avant sans une transformation des personnes?

 

Nous avons besoin de créer une poétique des relations humaines, une nouvelle perception de la vie, un accès à l'expérience paradisiaque, un sens de l'allégresse, une musique de la convivialité. L'expansion de la Biodanza dans le monde entier avec une vigueur impressionnante se doit au fait d'appuyer sur la nécessité la plus profonde de cette époque de crise morale et culturelle.

 

De quoi a besoin une personne pour être heureuse ?

 

Nous nous reportons ici de suite à une liste des aspirations humaines obtenues par une recherche sur un échantillon de 600 personnes:

santé, aliments, énergie

affection, amour, compréhension, plaisir, amitié, solidarité, tendresse

créativité, travail, maison, liberté d'expression

transcendance, ouverture à l'extase, vision de la totalité, expansion de la conscience

 

En observant cette liste de besoin, nous pouvons voir qu'ils correspondent aux cinq Lignes de Vivencia sur lesquelles la Biodanza travaille pour développer le Potentiel Humain.

 

Le bonheur est contagieux. Une personne heureuse peut influer sur le bonheur de beaucoup d'autres. Le bonheur est un processus de maturation. Chaque personne peut développer ses potentiels de bonheur et atteindre des états chaque fois plus raffinés et intenses. Nous avons besoin de notre bonheur personnel comme du bonheur des autres. Le développement de la Biodanza dans le monde peut changer le sens de la vie compris comme sacrifice en un nouvel ordre plein de beauté, d'amour et de manifestation de notre divinité.

 
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Article du mois de février 2002
 

Biodanza aquatique par Rolando Toro Araneda

 

Le génie mythique de la Grèce fait surgir des eaux Aphrodite, déesse de l’amour. Le dieu tourmenté des océans, Poséidon, inonde l’Olympe de la complexité de ses passions.

 

Amour et Erotisme se lien d’une façon archétypale à l’eau. L’eau se lie également à l’expérience intra-utérine, aux mythes de l’éternelle jeunesse, de la renaissance et de la vivencia de l’origine.

 

La rencontre dans l’eau, les jeux et les caresses dans ce milieu liquide et fluide acquièrent une qualité spéciale. La totalité de la peau est en contact avec l’eau et la cénesthésie transmet ainsi une expérience de plaisir, de joie et d’érotisme intenses.

 

La nature de l’érotisme dans l’eau est complètement différente que celle produite par des contacts hors de l’eau. La distribution de la libido devient homogène et s’étend doucement dans tous le corps. L’expérience de jeu et la caresse dans l’eau ont un effet vitalisant et antistress d’une extraordinaire efficacité.

 

La Biodanza aquatique a systématisé une série d’exercices en groupe pour utiliser ces qualités de l’expérience dans l’eau.

 

Un autre aspect important de la Biodanza aquatique est la possibilité d’induire des états de régression et de transe profonde.

 

Induire une régression à l’étape périnatale (proche de la naissance) a un effet restaurateur de toutes les fonctions organiques et représente une vraie renaissance biologique et émotionnelle. Grof a décrit la phénoménologie des vivencias périnatales.

 

Carl Gustav Jung a décrit « l’expérience océanique » comme un état de fusion avec la totalité, semblable au flottement dans le liquide amniotique dans le ventre maternel. Dans cette expérience, on perd la limite corporelle.

 

La Biodanza aquatique dispose de techniques spéciales pour induire dans l’eau à 35°C des états de régression de grande profondeur.

 

Pendant un temps qui varie entre 20 minutes et une demi-heure, la personne est suspendue dans un abandon complet dans les bras d’un compagnon. La densité de l’eau permet que cet exercice se réalise sans aucun effort. La personne entre progressivement en transe avec douceur et sérénité. Quand elle revient à la lucidité de la conscience, elle expérimente des sensations de profonde harmonie, récupère le temps organique et amplifie sa perception des formes, couleurs et expressions.

 

Un autre exercice de Biodanza aquatique consiste à suspendre horizontalement la personne avec la participation de cinq compagnons. Deux d’entre eux à chaque côté soutiennent son corps et un autre soutient délicatement la tête. Ensuite ils font tourner le corps suspendu dans l’eau dans le sens anti-horaire, huit à dix fois. Il est encore maintenu pendant environ une minute dans la même position horizontale. Finalement, les participants le ramènent à la position verticale en lui donnant du contenant affectif avec des étreintes. Cet exercice dure moins longtemps que le précédent.

 

Les transes régressives induites de cette façon sont de grande profondeur et ont des effets thérapeutiques dans des cas de troubles psychosomatiques.

 

Les deux types de régression ne peuvent se réaliser dans l’eau froide par risque d’hypothermie. Les exercices ont un caractère cérémonial et leurs étapes sont contrôlées par un facilitateur expérimenté.

 

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Article du mois de mars 2002
 

Biodanza et stress par Sergio Cruz

www.biodanzabologna.it/

 

Le stress est sûrement la maladie du siècle. Déjà en 1910, Cannon a introduit le terme stress, qui en anglais signifie « effort », et qui s’utilisait d’abord seulement dans l’industrie pour définir l’effort ou la tension auxquels étaient soumis les matériaux. Ce fut ensuite le canadien prix Nobel de médecine Hans Selye qui définit le stress comme « Syndrome Général d’Adaptation ». L’adaptation de l’organisme au changement de son homéostasie ou équilibre interne dû à un effort. Dans ce cas, l’hypophyse change les niveaux de stimulation sur l’axe hypophyse – glandes surrénales, en stimulant la production de corticoïdes pour défendre et adapter l’organisme. C’est quand celles-ci n’arrivent pas à se rééquilibrer que les maladies psychosomatiques surgissent.

 

Selon le Professeur Rolando Toro Araneda, anthropologue chilien et créateur du système Biodanza, « la majeure partie des personnes vivent sous une forte pression psychologique et environnementale qui affecte toute leur existence. Le stress est la réponse de l’organisme face à la violence émotionnelle et organique que les personnes reçoivent dans leur vie quotidienne ». Les mouvements sont devenus chaque fois plus mécaniques, la créativité est massacrée par « la production » et « la frustration ». Commençons à marcher ensemble. La Biodanza, par un ensemble d’ « exercices – danse » avec des musiques choisies a pour but de retrouver le mouvement plein de sens, ou le mouvement vital, avec âme et émotions. Intégrer la perception (le sentir) et la motricité (le faire), amène nos mouvements à devenir plus intégrés, et à récupérer ainsi le plaisir et la motivation de se bouger.

 

En Biodanza, on utilise ces exercices – danse pour stimuler et intégrer les fonctions instinctives du système neurovégétatif, la fonction respiratoire et cardiaque, le tonus musculaire, l’adaptation de protection face au stress, les mécanismes de réponse, la rénovation biologique, etc.

 

La proposition est d’activer de manière harmonieuse les impulsions instinctives et affectives de façon à modifier les seuils de réponses neurovégétatives et de renforcer ainsi les mécanismes de la régulation viscérale.

 

Pendant les sessions se réalisent des exercices de caractère ludique, d’intégration rythmique et motrice, de plaisir cénesthésique, de fluidité, de contact et de détente.

 

Les nouvelles recherches ont montré que le contact et les caresses activent les systèmes cardiaque et respiratoire, dissolvent les tensions motrices chroniques de défense et renforcent le système immunitaire.

 

Tous les exercices de mouvements au ralenti et ceux de stimulation des fonctions affectives activent le système nerveux autonome parasympathique – cholinergique qui produit une diminution de la pression artérielle systémique, une diminution des sécrétions d’adrénaline (réactions de bien-être et de plaisir). Chaque moment de confiance et de repos stimule tous les mouvements métaboliques d’assimilation, d’adaptation, de régulation de l’harmonie des systèmes internes (homéostasie).

 

La Biodanza, par le mouvement intégré, stimule donc l’autorégulation, rendant l’organisme beaucoup plus sensible et satisfait, offrant les conditions optimales pour la santé.

 

Marcher, créer, regarder dans les yeux, embrasser, danser à deux, donnent une dimension humaine et douce à ce qui est organique, diminuent ainsi le stress chronique et le système immunologique s’émeut, respire et danse vraiment.

 

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Article du mois d'avril 2002

 

Biodanza : Habiter les gestes, prendre demeure dans les mots par Alain Antille

 

« L’homme puise en lui-même ses matériaux et se construit, comme une maison. » Luigi Pirandello

 

« Que se passerait-il si, au lieu de construire seulement notre vie, nous avions la folie ou la sagesse de la danser ? »  Roger Garaudy

 

La réalité du savoir

L’homme contemporain éprouve son être dans un espace qui s’est ouvert, qui a pris les dimensions de la planète, de l’univers.

 

Homme parmi les hommes, il partage un même destin, il doit chercher des traits singuliers dans la confluence des modes de pensée, des savoirs, des informations, des cultures et des peuples. Vivant parmi le vivant, il partage un même projet, il doit trouver son sol dans l’acceptation et le respect des filiations qui l’unissent à la nature. La dynamique de l’ouverture s’accompagne d’une abolition progressive des distances qui place chaque individu dans la proximité de l’autre homme et du vivant.

 

Comment être soi dans un champ social toujours plus uniforme ? Comment exprimer les traits d’une identité singulière dans un champ culturel toujours plus dense ? Mais aussi : comment être soi dans la complexité des formes du vivant ? En-deçà du fond social et culturel, il y a un fond de nature qui nous apparente et qui requiert de chacun le propre, le Nom propre.  Vivre les liens et s’éprouver, se voir dans la perspective de l’ensemble s’annonce comme la tâche et la dignité de l’homme à venir.

 

Dans le fond, la crise de notre temps est la crise d’un mode de perception, d’une sensibilité, d’une stratégie de relation qui privilégie le rapport de connaissance et place l’individu et le monde dans la réalité exclusive du savoir. L’expérience y est toujours médiatisée, elle ne se révèle que par le prisme des mots, des modèles, des images, des objets. L’homme développe ses potentialités par le biais de l’acquisition d’une habileté, d’une maîtrise manuelle ou intellectuelle, d’un savoir-faire et d’une emprise, d’une technique et d’un agir performant. Tout à la fois sujet et objet de son savoir et de son pouvoir, il manque l’expérience toujours neuve et singulière de la vie.

 

La crise de notre temps est, dans le fond, la crise exacerbée du temps : toujours affairé, informé, toujours agissant et toujours pensant, l’homme manque l’instant.

 

La réalité de la rencontre

« Essayons d’avoir le courage d’oublier toutes nos théories pour prendre au sérieux ce que nous vivons, ce que nous sentons à l'instant. » Karlfried Durckheim

 

Il nous manque quelque chose pour vivre l’ouverture et les liens à partir d’un centre, d’un recueillement : l’expérience singulière, le contact immédiat, sensible, intime. Cette époque de transition requiert l’épreuve de la relation immédiate qui place l’individu et le monde dans la réalité de la rencontre. Sentir, éprouver et manifester le grain de la vie.

 

L’exercice de la Biodanza se situe dans la perspective de la rencontre. Il a pour tâche le développement et la nutrition des liens qui unissent à soi, à l’autre, au monde, par l’expérience singulière du corps et de la sensibilité. Ici, la danse ne relève ni de l’expression libre, ni des figures imposées. Elle ne fait appel ni à l’apprentissage, ni à l’imagination. Plus simplement, elle est la quête du geste propre, du mot singulier qui porte et donne une forme à nos potentialités ? Son sol est bien l’individu, mais dans la perspective de la vie qui le fonde.

 

La Biodanza restitue sous une forme moderne la tâche immémoriale qui s’est imposée avant la lettre, avant l’écrit : exprimer les moments importants de la vie individuelle et collective, éprouver et manifester dans son corps et dans le corps social le mystère indicible de la nature, ses forces et ses dieux. Faire signe. Un itinéraire se dessine qui, des mots aux gestes, replace le savoir dans la perspective d’une épreuve singulière. L’intérêt de la Biodanza réside justement dans cette inversion qui restitue l’antériorité à l’expérience du corps, de la sensibilité. Pour dire, pour formuler un projet de vie, il importe de se laisser toucher, de sentir et d’écouter. La sensualité est, en soi, cette faculté qui permet de goûter aux choses, d’en éprouver la teneur. Le sens de l’existence se donne sur l’expérience de la saveur.

 

L’exercice de la Biodanza ne lie pas le corps à l’effort et à la performance, il n’assigne pas au mouvement le rôle de support vital de la pensée. Il met en scène dans sa simplicité, dans sa pureté le corps vivant. Le corps qui donne et qui reçoit, le corps qui s’ouvre et qui se recueille, le corps qui respire et accueille, le corps que l’émotion prolonge dans l’espace du geste, dans l’entre-deux de la rencontre, du partage. Le corps qui, dans un langage propre, exprime la vie qui le porte. Ce corps-là relève moins de ce que j’ai, la matière et les organes, que de ce que je suis. Il n’est pas dans les muscles que l’entraînement sculpte, il n’est pas dans l’efficacité que lui impose la volonté, il n’est pas dans la beauté des formes et des mouvements. Il n’est pas en soi une part séparée, massive et épaisse, mais la totalité de l’être sous la forme de la sensibilité. Au fond de la matière, il est langage, ce qui en soi, toujours, au contact des choses et des êtres, s’émeut. Ce qui touche et ce qui est touché, ce qui demande le geste et ce qui toujours le crée. Il se donne à sentir dans la peau qui délimite l’espace singulier de mon être et qui, du monde, recueille le toucher.

 

Habiter les gestes, prendre demeure dans les mots. Exprimer les potentialités de sens et de sensibilité que le chemin de l’existence révèle. La Biodanza cherche à réveiller en soi le don d’expression et à replacer l’expérience des langages dans leur perspective originelle et toujours actuelle : la création. Certes, la force créatrice de l’expression se manifeste le plus distinctement dans l’œuvre d’art. Et les critères de beauté ou d’originalité qui régissent sa production délimitent un territoire où n’entrent que des êtres doués d’un talent. Mais avant de servir l’art, l’expression sert la vie, le projet qui est au fond de chaque individu. La création, qu’elle prenne la forme de mots ou des gestes, est existentielle avant d’être artistique. Elle est le signe éminemment singulier de ce qui, en chacun, prend corps et vie. C’est par elle que l’homme, vivant parmi le vivant, devient un facteur d’évolution. C’est elle encore qui fait de l’homme un être au présent, installé au cœur des choses et ouvert cependant à cette dimension qui est à la fois sa tâche et sa dignité : le possible.

 

Sentir. Eprouver. Manifester. Ce qui se donne dans l’immédiat de la rencontre. Avec soi, avec l’autre, avec le monde. Sans chercher à prendre, à comprendre. Simplement. Laisser venir, se laisser toucher, lâcher prise et exprimer. Entrer dans le mouvement qui, du monde à moi et de moi à l’autre, développe indéfiniment la spirale de la vie.

 

La rencontre est un chemin authentique où, pas à pas, il nous est donné de co-naître, de nous éveiller à la vie. Le vrai savoir n’est pas saisie, accumulation de données objectives, mais reconnaissance des liens qui unissent le vivant à la vie. Le vrai savoir est nutrition et apparentement. Il vient au sens, touche le cœur, engendre le geste. Il est à la rencontre du corps, du cœur et de l’esprit.

 

Sentir. Eprouver. Manifester. La rencontre est l’occasion donnée de prendre racine et de laisser en soi et hors de soi l’être vivre et s’exprimer.

 

L’exercice de soi, qu’il prenne la forme de l’éducation, de la thérapie ou de l’expérience spirituelle, doit retrouver un sol. Il doit s’encrer dans le fond de nature qui seul situe le processus d’individuation dans la perspective de l’autre homme et de la vie. Il doit ménager un espace d’expérience, faciliter l’épreuve du corps et du verbe, le contact immédiat et singulier avec le sens et avec la sensibilité. Il doit délaisser un peu les savoirs et accepter la quête itinérante, ce cheminement dans l’être et dans la vie qui nous requiert tous dans la communauté des liens et qui requiert chacun dans la singularité de son projet.

 
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Article du mois de mai 2002

 

L’intelligence affective par Rolando Toro Araneda

 

Introduction

De nombreuses études expérimentales ont établi des relations profondes entre le monde émotionnel et l’intelligence.

 

Rof Carballo, Howard Gardner, Antonio Damasio, David Gelerner, font partie de ceux qui font progresser ce concept d’une intelligence plus intégrée.

 

Gelerner dit que les émotions sont inséparables de la pensée, parce qu’elles inhibent ou stimulent la prise de décision à un moment donné.

 

En fait, l’intelligence fait partie intégrante de toutes nos fonctions et de notre histoire existentielle. Nous ne pensons pas seulement avec notre cerveau, mais plutôt avec l’ensemble de notre corps.

 

Evolution du concept d’intelligence

Le concept d’intelligence a considérablement évolué au cours du temps.

 

Etymologiquement, l’intelligence désigne la fonction cognitive (du latin « cognitivo » = reconnaître).

 

A partir des travaux de psychologie de Terman, puis plus tard de Binet, l’intelligence était considérée comme la capacité de résoudre des problèmes. Donc pour l’évaluer, on proposait des problèmes présentant des difficultés croissantes, baptisés « tests d’intelligence ». Le score obtenu, comparé à une moyenne générale donne le « quotient d’intelligence » (QI). Celui qui a un bon score, correspond au modèle d’intelligence proposé par les concepteurs du test.

 

Plus tard, on constata que certains individus dotés d’un quotient intellectuel supérieur étaient des psychopathes, sans identité, inaptes à comprendre la vie. Ce fut le cas des chefs nazis, qui au regard de leur QI étaient des génies et manifestaient néanmoins un profond niveau d’imbécillité face à la vie.

 

Raven proposa avec son test sur « les matrices progressives » un concept d’intelligence abstraite, qui favorisait la capacité d’établir des relations spécifiques entre certaines images et découvrir, de plus, les corrélations (famille de familles) entre les images. Ce test  est vraiment très ingénieux.

 

Rorschach, avec sont test de personnalité, relie l’intelligence et la capacité de découvrir, à partir de taches, des images globales intégrant les éléments de détails ; ce test est révélateur de la capacité d’intégrer les parties au tout, dans des situations ambiguës.

 

Howard Gardner a proposé des déclinaisons qualitatives de l’intelligence. Selon cet auteur, il existe 7 types d’intelligence :

 

1.      l’agilité verbale

2.      l’agilité logico-mathématique

3.      les matrices de l’espace

4.      le génie kinesthésique

5.      le talent musical

6.      le talent personnel (compréhension de l’humain)

7.      le talent interpersonnel (vivre en accord avec les sentiments profonds)

 

Ces appellations ne sont dans l’absolu, ni satisfaisantes, ni rigoureuses, mais elles ont au moins le mérite d’une profonde intuition de la complexité de l’intelligence.

 

Instinct, vivencia, intelligence

Nous pouvons considérer l’instinct comme une intelligence cosmique. Une capacité innée de répondre aux stimuli spécifiques, qui facilitent l’adaptation et la conservation de la vie.

 

La vivencia est une expérience vécue par une personne, avec une forte intensité, dans l’instant présent (ici et maintenant), activant ses fonction neurovégétatives et kinesthésiques.

 

Les vivencias constituent une porte à travers laquelle nous entrons dans ce pur espace de l’être, où le temps disparaît, nous installant pour toujours dans l’ici et maintenant.

 

La vivencia possède la propriété ontologique de nous mettre en relation avec la profondeur de notre être ; la vivencia a aussi une action régulatrice lorsqu’elle intègre une dimension affective.

 

Ces deux instances, instinct et vivencia, sont profondément reliées et forment en partie notre racine biologique nous reliant à la vie.

 

Gardner et Damasio parlent de l’influence des sentiments sur la fonction logico-rationnelle et cela est déjà en soi un progrès conceptuel par rapport au rôle classiquement attribué aux émotions.

 

Les sentiments sont une façon de percevoir une organisation des tendances, la prédisposition à sentir des émotions déterminées.

 

Je pense que le facteur permanent qui intègre et structure l’intelligence comme fonction globale est l’affectivité.

 

L’intelligence affective

L’intelligence affective n’est pas une forme spéciale de l’intelligence.

 

Toutes les formes différenciées de l’intelligence motrice, spatiale, mécanique, sémantique, sociale, etc. … ont une source commune : l’Affectivité.

 

Pour comprendre cela, il est nécessaire d’examiner les relations entre l’intelligence, la perception, l’élaboration symbolique et le niveau de conscience.

 

Les relations entre perception et affectivité ont déjà été démontrées par les études menées sur la perception dans « la maison des perspectives altérées » de Ames.

 

La taille des personnages (vus à travers un trou percé dans la maison construite par Ames) est perçue de façon totalement différente selon le niveau de relation affective qui existe entre l’observateur et la personne observée. Cela signifie que l’affectivité organise la perception.

 

Durant les expériences hallucinogènes, la perception des couleurs change violemment selon la qualité de l’affectivité et de l’humour.

 

Durant les états dépressifs profonds, les couleurs paraissent opaques et sans vie.

 

Pour les psychotiques, la perception des formes, des espaces, du temps et des couleurs changent en fonction des altérations de la structure de l’affectivité.

 

Je pense qu’une définition essentielle de l’intelligence serait la capacité affectivo-motrice d’établir des connexions avec la vie et de relier l’identité personnelle à l’identité de l’univers.

 

Tous les membres de l’humanité possèdent cette potentialité d’identité avec l’univers qu’ils soient sauvages ou civilisés, cultivés ou ignorants, mais elle est profondément bloquée à cause de la dissociation affective qui endeuille la société. Se relier à la vie, c’est participer à l’intelligence cosmique.

 

La proposition de la Biodanza est justement de relier la vie à la vie.

 

L’affectivité est le génie de l’espèce.

 

Emotion et affectivité

L’impact causé par la diffusion du concept d’intelligence émotionnelle ces dernières années vient de la préoccupation populaire à vouloir dépasser les représentations abstraites, concernant l’intelligence, dissociée de la conception globale de l’être humain.

 

Depuis plus de 50 ans, Jose Lopez Ibor et Rof Carballo ont attiré notre attention sur l’importance du « monde émotionnel » et de ses relations avec les systèmes de régulation organique et mentale, et, de façon générale, avec le style de vie.

 

Une étude réalisée par Raul Terrén et Rolando Toro Araneda a révélé que la pratique de la Biodanza développait l’intelligence.

 

Gardner soulignait l’existence de l’intelligence sociale dans sa classification de 7 types d’intelligence.

 

Il la définissait comme étant la capacité d’établir une relation raffinée entre des personnes, associée à la perception des situations de vie en commun dans notre société.

 

Je crois qu’il est temps maintenant de mettre un peu d’ordre intellectuel dans cet intérêt légitime pour les nouvelles formes d’intelligence et leur intégration à la totalité des fonctions humaines.

 

C’est une conception cohérente avec la théorie de la complexité proposée par Edgar Morin et Murray Gell-Mann, selon laquelle le concept classique de l’intelligence est extrêmement simpliste. En effet, il ne tient pas compte des aspects profonds et complexes de l’esprit humain. Tout d’abord, je souhaite établir clairement la différence entre l’émotionnel et l’affectivité. A partir de ces distinctions, nous avons découvert que la pratique de la Biodanza élève : l’intelligence globale et celle du détail (critères de Rorschach), l’intelligence abstraites (critères de Raven), l’intelligence musicale, motrice et surtout l’intelligence affective.

 

 

Les émotions

 

 

L’affectivité

1.      Les émotions sont passagères. Elles se produisent dans l’ici et maintenant

Les affects durent tout le temps

2.      Les émotions surgissent face à un stimulus spécifique

    (agréable ou désagréable)

 Les affects ont une évolution lente, à partir d’affinités profondes

3.      Les émotions ont une forte composante de vécu instinctif

 En plus de la composante du vécu instinctif, les affects comportent des éléments de conscience et d’élaboration symbolique

4.      Les aspects expressifs sont d’ordre neurophysiologique (respiration et expression du visage altérées)

 Les affects ont une composante introspective qui s’exprime par des manifestations atypiques

5.      Les émotions ont tendance à s’exprimer à travers la motricité, au niveau du système neurovégétatif (sympathique et parasympathique)

 Les affects se manifestent à un niveau de somatisation profonde de l’inconscient collectif et de l’inconscient vital

6.      Les émotions ne génèrent pas d’intelligence, mais sont source de comportements spontanés

 L’affectivité engendre l’intelligence relationnelle, l’amitié, la tendresse, la compassion. Elle est à l’origine de la capacité de s’identifier à d’autres

7.      Les émotions ne favorisent pas l’empathie, mais l’expression et la contagion psychique

L’affectivité est la base de la conscience éthique

8.      Les émotions renforcent l’EGO

 

L’affectivité permet l’accès à la transcendance (réduction de l’EGO)

9.      Il y a quatre émotions fondamentales : la rage, la peur, la joie et la tristesse

 L’affectivité s’exprime par l’amour, l’amitié, l’empathie, la solidarité et la conscience éthique

10. Les émotions induisent des attitudes de rejet et d’attraction

Les affects induisent des sentiments mesurés d’acceptation, de compromis et de générosité

11. Les émotions ont le siège de leur représentation anatomo-psychologique dans le système d’adaptation intégrateur limbique-hypothalamique (SIALH)

 

 L’affectivité constitue une fonction plus complexe. Elle est liée à la fonction d’encodage permanent du présent et à celle de comparaison avec la mémoire, à la production corticale de valeurs et à la conscience éthique, aux structures symboliques de l’inconscient collectif (archétypes) et aussi aux variations de l’humeur (inconscient vital)

 

En réalité, l’intelligence émotionnelle n’existe pas. En faisant partie d’un univers vivant, nous participons de l’intelligence cosmique qui génère la vie et qui est reliée à la capacité d’AMOUR. L’intelligence affective est la capacité de résoudre les problèmes de la vie par la vie elle-même.

 

Aussi, nous pouvons affirmer, d’un point de vue scientifique, que la guerre est une activité d’handicapés mentaux proches du niveau d’idiotie. L’expression totale de l’intelligence humaine est l’amour et l’amitié. L’amour est une interaction subtile entre deux identités qui se confrontent pour atteindre la construction d’une identité unie avec l’autre.

 

C’est un élan de fusion avec les autres. L’amour ne surgit pas de la nature de l’instant mais est plutôt un processus qui anime l’existence.

 

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Article du mois de juin 2002
 

Principe Biocentrique et  Holisme par Cezar Wagner L. Gois

 

Nous entendons par Principe Biocentrique la vivencia dans laquelle l’univers apparaît comme un fabuleux système vivant. Ceci veut dire que l’univers est la vie même qui a surgi il y a 15 billions d’années et qui a évolué en diversité et attractivité cosmiques. Cette structure–guide augmente sa complexité par des relations peu connues, principalement, entre la gravitation et la thermodynamique (Prigogine, 1990), permettant finalement la cohérence universelle – danse de détermination et d’indétermination des forces présentes dans un univers hautement instable, évolutif et irréversible. Si  Dieu ne joue pas aux dés ou si Dieu joue aux dés sont deux aspects différents d’une même complexité qui arrive, finalement, à une néguentropie et à plus de complexité. Nous sommes d’accord avec Terrén et Toro (1991) quand ils disent que « Dieu  joue aux dés et gagne toujours ».

 

« L’évolution de l’univers ne va pas dans le sens d’une dégradation, mais dans celui d’une augmentation de la complexité, avec des structures qui apparaissent progressivement à tous les niveaux, des étoiles et des galaxies aux systèmes biologiques. » (Prigogine).

 

La compréhension d’un univers qui s’organise à partir et pour la vie, par téléonomie, au milieu de la danse du chaos et de l’harmonie, peut paraître déplacé ou ambitieux, mais voyons Lovelock quand il propose  l’Hypothèse Gaïa dans ses études de Géophysique :

 

« Le nom de la planète vivante, Gaïa, n’est pas synonyme de biosphère. La biosphère est définie comme étant à part de la terre où existent normalement les choses vivantes. Gaïa n’est pas non plus la même chose que le biote qui n’est qu’un regroupement de tous les organismes vivants individuels. Le biote et la biosphère ensembles font partie, mais ne sont pas entièrement Gaïa. Ainsi, comme la coquille est une partie d’un escargot, les roches, l’air et les océans sont une partie de Gaïa. ( …) Gaïa, comme un être planétaire total, a des propriétés qui ne sont  nécessairement perceptibles par la connaissance que par des espèces isolées ou des populations d’organismes qui vivent ensemble. (…). L’hypothèse Gaïa dit spécifiquement que la température, l’état d’oxydation, l’acidité des roches et des eaux sont maintenus constants à n’importe quel moment et que cette homéostasie est soutenue par des processus actifs de rétro-alimentation, faits automatiquement et inconsciemment par le biote. L’énergie solaire maintient des conditions agréables et satisfaisantes pour la vie. Les conditions ne sont constantes qu’à court terme et évoluent en syntonie avec les nécessités changeantes du biote quand celui-ci évolue. La vie et son environnement sont si intimement liés que l’évolution concerne Gaïa et non les organismes ou les milieux pris séparément. » (Lovelock)

 

Lovelock ne défend pas le Principe Biocentrique ou l’Holisme, mais conçoit le concept de vie comme quelque chose de  plus complexe, systémique, autorégulable et capable de se manifester également comme une planète - vivante.

 

La perception de la terre ou même de l’univers comme un  être vivant est antique, elle vient des pré-sumériens (Campbell, 1991). Sciences et Religions ont traité le thème d’une manière différente après la Renaissance, mais dans la phase actuelle des connaissances scientifiques et d’une nouvelle compréhension de la religiosité, nous nous trouvons avec de profondes convergences concernant le macro – et le microcosme (Capra, 1990 ; Audouze et Cassé, 1991). Aujourd’hui, nous pouvons dire que la notion de vie comme quelque chose ayant une dimension planétaire ou cosmique est présente dans les Sciences, dans les expériences mystiques et dans la vie commune de n’importe quelle personne sensible. Rechercher ou vivre cette présence de la totalité comme structure–guide est le grand défi qui, inévitablement, nous  déplacera vers de nouveaux paradigmes de l’existence.

 

« Le Principe Biocentrique concentre son intérêt sur l’univers conçu comme un système vivant. Ce ne sont pas que les animaux, les plantes ou l’homme, le règne de la vie. Tout ce qui existe, des neutrinos aux quasars, des pierres aux pensées les plus subtiles, font partie d’une fantastique Horloge biologique. Le Principe Biocentrique est donc un point de départ pour structurer de nouvelles perceptions et les nouvelles sciences du futur. Priorité du vivant, illusion du déterminisme physique et abandon progressif de la pensée linéaire, pour entrer dans une perception topologique et dans une poétique de la similitude. (…). Par le Principe Biocentrique, nous atteignons finalement les mouvements originaires et les perceptions primordiales de lien de la vie avec la vie. (…). Nos vies surgissent de la sagesse millénaire du grand pulsateur de vie, de l’utérus cosmique qui se nourrit et respire les affinités et l’amour des éléments. Dans la lumière des origines, dans le paradis de la réalité, nous nous cherchons les uns les autres. » (Toro)

 

Le Principe Biocentrique dépasse le scénario ou la toile de fond holistique, la tendance du tout à se manifester dans sa diversité et celle, par conséquent, à révéler dans sa potentialité le tout. Elle nous demande une perception diaphane de la vie, seulement accessible par la vivencia, lieu d’intimité entre immanence et transcendance. La grandeur de la vie est vécue dans le quotidien, sans négation du travail ou du plaisir, de la rencontre entre les personnes, des luttes contre toute forme d’oppression, d’acceptation totale des corps nus entre les étoiles. Elle n’est pas une attitude  passive face à la réalité (ou niveaux de réalité) mais active, créative et courageuse ; elle a comme référence, non les valeurs d’une culture, mais le « se sentir vivant » comme le plus grand sentiment de notre existence et de la vie collective.

 

La compréhension que c’est ainsi dépasse les limites des formes actuelles de pensées et plonge dans la vivencia même de l’être comme corporéité vécue dans son voyage  pour un  monde de soi-même, dans lequel se révèle l’unicité de l’espace intérieur avec l’espace extérieur. (Campbell, 1991) Une telle clarté surgit de la vivencia subtile et épiphanique de l’identité, de l’expérience de soi-même. Le Principe Biocentrique est une vision de la vie, une vivencia sacrée de l’univers ; elle ne se confond pas avec l’idée d’un Dieu anthropomorphique. Ce Dieu est mort. Le Principe Biocentrique surgit d’une expérience de se sentir partie de la création, une expression de l’autopoïèse cosmique.

 

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Article du mois de juillet-août 2002

 

Un homme aux mille visages par Rolando Toro Araneda

 

A travers l'Histoire sont apparus de merveilleux êtres éveillés qui, pour la pureté et l'intensité de leur vie, pourraient se considérer les Mentors Sidéraux de l'Univers. Sans doute, chacun d'eux représente un aspect partiel de ce que sera l'Homme Total.

 

Peut-être, pour la première fois dans l'histoire humaine, surgit le rêve impératif d'un être pluridimensionnel, plus complet et à la fois plus simple.

 

Nous pourrions supposer que le labyrinthe des spécialités a conduit, finalement, à une nécessité de synthèse. Est-ce que dans le centre de ce labyrinthe nous attend un Minotaure éclairé et fraternel?

 

Aucun archétype humain que nous offre l'histoire n'englobe toutes les possibilités qu'il y a dans le plus commun des hommes.

 

Bouddha, très serein, nous donne la vision d'une réalisation de soi-même solitaire et d'une harmonie sans amour, ni sensualité.

 

Christ, le Doux, nous promet le royaume des cieux mais au-delà de ce monde, par la souffrance et l'holocauste corporel.

 

Mahomet, le charismatique éveillé, établit des formes inédites de fanatisme.

 

Léonard de Vinci, naturaliste, inventeur, artiste suprême, dessine les machines de guerre les plus dévastatrices de son temps.

 

Gandhi, génie de la paix, soumet son propre corps au jeûne et à l'abstinence.

 

Einstein, prototype du génie scientifique, propose la construction de la bombe atomique.

 

Raspoutine, guérisseur sauvage et mystique sexuel, est obsédé par le pouvoir.

 

Freud, scrutateur du mystère humain, est tourmenté par sa propre répression.

 

Jung, visionnaire des archétypes, cherche une individuation solipsiste.

 

Reich, valeureux lutteur contre l'oppression sexuelle et l'hypocrisie, sombre dans le délire.

 

Antonin Artaud, génie poétique désespéré et martyr de sa propre authenticité, tient fermées les portes de l'amour.

 

Marx, le penseur le plus conscient de la justice pour les opprimés, n'a pas accès à la transcendance.

 

L'histoire de l'homme révèle comment l'apparition de mutants de cette espèce  est difficile et comment elle est limitée et dramatique, de même  que la possibilité d'une expérience intégrée. La seule fantaisie de fondre les caractéristiques du Christ, de Raspoutine et d'Einstein débouche sur un possible peu probable. La synthèse d'une Sulamite biblique avec une Rosa Luxembourg et une Marie Curie, nous semble une extrapolation impossible.

Il semblerait que la force d'une identité humaine, dans le sens évolutif, serait donnée justement par la forte unidirectionnalité de sa vocation.

 

L'Homme Total, avec la conscience cosmique de Bouddha, l'amour du Christ, l'intuition d'Einstein, semblerait une hydre à neuf têtes, incohérente et atterrée. Comment, alors, imaginer une synthèse humaine équilibrée?

 

L'Homme Total est à l'intérieur de chaque être humain. Les potentiels de croissance peuvent se manifester, bien qu'à une échelle moins grande, en des formes beaucoup plus intégrées. L'affectivité de Mère Teresa de Calcutta, la conscience humanitaire de Schweitzer, la sexualité de Salomon, la grâce sensuelle de Marilyn Monroe, la créativité de Léonard de Vinci, la transcendance de Saint-François d'Assise, existent, sous des formes latentes, chez n'importe qu'elles personnes.

 

Si un système de développement éducatif pouvait cultiver les cinq Lignes Essentielles de Vivencia (Vitalité, Affectivité, Sexualité, Créativité et Transcendance), même si c'était dans un groupe restreint de personnes, l'humanité entière ferait un saut évolutif, puisque qu'elle aurait la nutrition indispensable pour produire de grands processus catalyseurs à l'intérieur de l'espèce humaine.

 

Pour la première fois dans l'histoire, des milliers de personnes ont cette vocation intégrative et une vision de totalité. Il semble que le moment soit arrivé d'unir des pièces séparées d'un gigantesque et merveilleux projet : L'Homme.

 

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Article du mois de septembre 2002

 

Biodanza et caresses par Sandra Salmaso

www.biodanzasyn.it/

 

La caresse: clé du contact harmonieux

Lorsque le contact est une expérience d’affectivité et de tendresse, il représente un niveau d’intégration maximale : il se transforme en caresse.

 

Geste chaleureux, doux, la caresse est enveloppante.

 

"Elle est pleine de consistance, dans la dialectique du donner et du recevoir. Dans la caresse, il y a toujours un engagement corporel."

 

"Elle représente l’acte d’intimité par excellence".

 

"Sa dynamique est un circuit palpitant de réciprocité, comme une recherche du désir de l’offrir et de la recevoir". (Rolando Toro)

 

Lorsque la paume de la main se pose sur la peau et commence doucement à caresser, elle crée un « petit berceau » ; lorsqu’elle entoure, complètement généreuse, ce qu’elle caresse avec intensité, comme l’eau qui adhère parfaitement à toute forme, elle communique une proximité totale, une fusion.

 

La caresse est un acte intégrant en soi car elle accueille et s’adapte à ce qu’elle rencontre, comme l’eau dont c’est la caractéristique.

 

A son niveau le plus profond, la caresse possède la sagesse de la disponibilité, de l’ouverture à être avec l’autre : elle devient don et abandon.

 

Par le contact et la caresse, nous nous valorisons et nous devenons un «sujet» pour l’autre.

 

Lorsque nous sentons le contact agréable de l’autre, nous savons qu’il nous désire, nous cherche. Cela a pour effet une élévation de notre propre valeur.

 

En fait, un corps caressé devient savoureux, c’est-à-dire « appétissant. »

 

Caresser et être caressé représente la reconnaissance intime de notre valeur en tant qu’être « unique ».

 

Les effets de la caresse

La caresse est ainsi un des instruments fondamental en Biodanza.

 

Il induit des transformations au niveau organique, et existentiel: donner et recevoir des caresses a le même pouvoir que certains médicaments parce que cela active dans les cellules le processus de production d'endorphines et d'hormones: c'est comme un toucher "magique" qui améliore beaucoup de choses, y compris la rapidité de cicatrisation et de sédimentation.

 

Un des effets les plus importants de la caresse est la transformation des LIMITES CORPORELLES.

 

Sensibiliser la peau signifie sensibiliser notre Identité, nous-mêmes.

 

Le sexologue Wilhelm Reich a parlé de "cuirasses caractérielles" en décrivant les défenses qui se concrétisent en rigidité et que notre organisme crée quand nous n'exprimons pas ce que nous ressentons.

 

En fait, tous nos problèmes se répercutent en tensions localisées sur le corps.

 

La position de défense provoque un épaississement musculaire et une rigidité articulaire qui, à la longue, rend la perception tactile et cénesthésique insensible, nous privant également de la possibilité de sentir du plaisir.

 

Sur ce point, il semble évident qu'il est nécessaire de faciliter dans notre existence les expériences de contact.

 

"C'est seulement en transformant nos limites corporelles écrit Rolando Toro, en quelque chose de plastique, capable de transparence, de projeter et d'irradier notre identité, que nous pouvons nous relier d'une façon authentique avec les autres personnes et avec l'Univers, et intégrer de larges cycles d'énergie vitale. La sensibilité tactile et érogène de la peau et la cénesthésie sont d'une importance vitale pour une Identité saine."

 

Par le contact et les caresses nous produisons une auto-valorisation, parce nous nous sentons désirés et estimés.

 

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Article du mois d'octobre 2002

 

Biodanza: à la recherche des conditions de liberté pour aimer par Rolando Toro Araneda

 

Il serait nécessaire d'atteindre un nouvel ordre de pensée et de sensibilité pour mettre en rapport les expériences intérieures qui ont le plus préoccupé les philosophes, les génies de la littérature et les chercheurs en Sciences Humaines.

 

Il est temps de penser de nouveau à l'Amour, à la Liberté et à la Transcendance, non comme des concepts abstraits mais comme des allusions immédiates, des expériences corporelles, des noms que nous pouvons donner à nos formes de participation existentielle. Nous devons abandonner les traditions intellectuelles pour arracher cette méditation de notre vie personnelle, de notre désespoir - comme dirait Kierkegaard - de notre nécessité biologique d'amour et de transcendance.

 

L'Humanité a cherché, à travers l'histoire, des degrés de liberté interne chaque fois plus grands. Ceci signifie que, par des idéologies, par des religions et par l'implacable questionnement philosophique, elle a essayé de se libérer des différentes formes de conditionnement.

 

La pensée sur l'oppression et la liberté a préoccupé de façon extraordinaire les penseurs contemporains.


Marx dénonce le processus d'aliénation du système capitaliste. Theodor Adorno perce les mécanismes pathologiques de l'oppression fasciste en étudiant la personnalité autoritaire. Erich Fromm et Marcuse analysent la structure oppressive de la civilisation occidentale. Paulo Freire dénonce les formes masquées d'oppression dans les systèmes éducatifs. Wilhem Reich perce, dramatiquement, les formes d'oppression sexuelle et leurs conséquences psychosomatiques. Rogers examine les multiples formes d'amour et leurs composantes inquiétantes de liberté et d'oppression. Ronald Laing, David Cooper, Franco Basaglia, Leon Bonaventure, Claude Steiner dénoncent la Psychiatrie et la Psychologie traditionnelles comme étant des structures d'oppression.

 

Dans la Philosophie, Carl Jaspers examine le problème de la liberté à la lumière des nécessités de transcendance et Heidegger, comme une condition ontologique. Sartre et Camus le voient comme l'expression suprême du processus existentiel, en ce sens que l'homme, "jeté" au monde, se voit contraint de choisir; il est obligé d'être libre. Ce bref panorama des différentes optiques sur la liberté révèle la préoccupation de l'homme du XXème siècle d'examiner les formes de conditionnement internes et externes auxquelles il est soumis.

 

Il y a des propositions encore plus dramatiques et inquiétantes qui proviennent de l'Éthologie et de la Biologie, faites par Konrad Lorenz, Eibl-Eibesfeldt, Jacob et Monod. Leur contenu se réfère à la forte détermination des messages génétiques et aux facteurs de hasard et d'apprentissage précoce, lesquels limiteraient, théoriquement, les cadres de liberté humaine que certains philosophes avaient élargi à l'infini. Finalement, Julian Huxley propose que le processus évolutif de l'homme, à la différence de celui des animaux, soit réticulaire, labyrinthique et alternatif, ce qui signifie que la vie humaine est marquée par un facteur incontrôlable de liberté.

 

L'étude de diverses cultures paraît démontrer que, en réalité, il n'y a pas une augmentation des niveaux de liberté, mais plutôt le remplacement d'un système de conditionnement par un autre.

 

Si l'humanité était dans un processus de libération progressive des conditionnements, l'état final auquel elle arriverait serait la mort, qui est la zone "de l'âme inconditionnée" ou bien, dans le meilleur des cas, à une forme universelle de dissociation et de détachement, pareille à ce qu'aujourd'hui on appelle "schizophrénie".

 

Il me semble que l'aspiration à la libération de toute forme de conditionnement est essentiellement "anti-biologique" et amène à la perte de structure et à la désorganisation. L'être humain cherche, intuitivement, sur sa trajectoire existentielle, des formes de vie structurées et non des actions isolées. Même du point de vue génétique, il a été démontré que nous n'avons pas hérité de mouvements isolés ou de fonctions motrices séparées, mais d'actes complets, de séquences de conduites. Indubitablement, il y a une force profonde qui pousse la vie vers des structures cohérentes. C'est là que le besoin d'amour acquiert une importance qui n'avait pas encore été révélée jusqu'à ce moment: l'amour est la plus grande force structurante de l'existence. La nécessité d'amour chez l'être humain est telle que, si celle-ci manque, l'individu tend vers la désintégration et vers la mort. Le manque d'amour est une situation biologiquement insupportable. Si les personnes  n'arrivent pas à en avoir, elles trouvent rapidement des solutions pathologiques: toxicomanies, destructivité, folie et maladies organiques. De telles options sont toujours des programmations de mort.

 

L'amour est donc la recherche d'une structure et d'une unité comme formes essentielles de l'être dans le monde et, malgré tout ce qu'on peut penser de la liberté, est l'acceptation jubilatoire d'un conditionnement maximal vis à vis de l'être aimé.

 

En même temps, la vivencia amoureuse correspond au renforcement et à l'expression au plus haut degré de l'identité  des amants. Dans le processus amoureux, l'homme atteint son identité maximale, cela veut dire que la transcendance impliquée dans l'amour diminue l'individualisme et augmente l'identité.

 

Ce processus décrit, nous pouvons provisoirement postuler ceci: on commence par perdre les conditionnements habituels pour avoir la liberté d'aimer. Dans ce cas, la liberté a une médiation transcendante vers l'amour. En rencontrant l'amour, à partir de cette liberté, on commence un processus de jouissance, épiphanique et créatif, qui rétablit une nouvelle forme de conditionnement en rapport avec la personne aimée.

 

Lorsque la recherche de liberté s'unit à l'individualisme et à l'affirmation de soi de façon narcissique, on commence un processus de déstructuration et de congélation affective. La libération, dans ce cas, est l'expression d'un immanentisme pur, et cet immanentisme conduit à la mort.

 

La liberté d'aimer, la transcendance, la splendeur de l'identité et l'augmentation de la vivencia essentielle d'être vivant font partie d'un seul processus unitaire qui structure l'existence.

 

Le détachement affectif, le déconditionnement individualiste, la désorganisation et la mort font partie de la sphère opposée.

 

L'amour, vu dans ce contexte, constitue une énergie qui conserve et permet l'évolution de la vie en tant que vie. (Vie qui génère vie.) C'est un processus "anti-entropie".

 

La libération de tout conditionnement, basé sur une proposition individualiste, induit les processus de mort à tous les niveaux et entraîne l'entropie de l'univers et sa désorganisation.

 

La Biodanza travaille avec la force intégrative de vie la plus puissante, mettant en relief la fonction affective, l'amour, la réalisation de cet amour au niveau planétaire. La Biodanza promeut la recherche des conditions de liberté pour aimer, c'est-à-dire cherche à transformer les formes de conditionnements létaux en conditionnements qui augmentent l'intégration.

 

Nous vivons dans la pulsation entre le désir de l'amour et le désir d'être libre. Dans l'amour, nous arrivons à des formes de conditionnements créatifs et toujours renouvelés; nous ne proposons cependant pas l'amour libre sur la base de l'affirmation de soi narcissique, mais la liberté d'aimer sur une base transcendante.

 

La recherche de libération de tout conditionnement est une chimère métaphysique. La mort est l'état absolu de l'âme inconditionnée, où on est libre des plus infimes conditionnements. Dans l'amour, on structure une forme de conditionnement à deux qui exulte l'identité et enflamme le sens de la vie. De cette expérience transcendante, l'irradiation de l'amour "intra-espèce" est possible, c'est-à-dire, une structure de solidarité "cosmobiologique".

 

On a vu que l'amour est impossible à partir de l'individualisme. L'amour se réalise seulement à partir de l'identité.

 

Maintenant, nous allons examiner plus profondément la relation entre la liberté et l'amour. Si la liberté s'exprime en tant qu'indépendance transcendante, elle est la qualité la plus profonde de l'intégrité. Par cette affirmation, on comprend que c'est seulement en étant indépendant que l'on peut aimer avec intégrité. L'indépendance des amants exclut la possessivité. C'est seulement à partir de l'indépendance, que la sollicitude et la consécration de l'un à l'autre  sont possibles. La situation de dépendance, par contre, a créé des conditions d'oppression et de possessivité. Il y a possessivité quand il y a distance entre les deux personnes, comme face à un objet. Dans l'amour, cependant, la distance n'existe pas. Dans l'amour, il y a la fusion, la circulation de vie, l'unité profonde. C'est là où s'accomplit le  "je suis toi et tu es moi". L'appartenance a un sens uniquement dans le fait que l'un fait partie de l'autre. Il y a un continuum formé par les divers degrés de distances, qui va de l'état de séparation jusqu'à la fusion. Diverses émotions, telles le ressentiment, l'agression, la peur, l'incertitude et la  possessivité créent la distance. Dans ces cas, l'autre est imprévisible; l'autre est un mystère; l'autre est un inconnu. Ainsi surgit la possessivité. Quand l'autre est transparent tel un enfant, il y a la condition pour l'amour. La liberté en amour est la liberté pour la fusion.


Le concept de fusion amoureuse se réfère au point maximal de jouissance et de plénitude que l'être humain peut atteindre. Cette plénitude est un mélange subtil de sentiments de paix profonds et d'euphorie. Le sentiment de paix se produit en descendant, par l'amour, jusqu'aux profondeurs du réel:

 

Le sentiment d'euphorie est produit par la sensation de surabondance de vie et par la découverte créatrice d'une inconcevable identité.

 

La fusion amoureuse est essentiellement sexuelle. Elle implique l'absence de la répression, qui est une conséquence de la liberté personnelle pour la fusion. L'absence de répression est la condition pour la manifestation du désir et le désir se produit par des actes progressifs de connexion, de telle façon que cette fusion implique la liberté, la libération de l'inhibition, la connexion et le désir.

 

La Biodanza travaille sur ces quatre points de la fusion:

 

1. Elle stimule le processus de libération transcendante et le courage d'être intègre.

 

2. Elle supprime la culpabilité et les mécanismes d'"auto-répression."

 

3. Elle favorise les moyens expressifs de connexion et de rencontre.

 

4. Elle stimule la déflagration du désir.

 

En travaillant l'impulsion de fusion, la Biodanza stimule la possibilité du plaisir maximal. La jouissance amoureuse est à la base de la vivencia d'être vivant.

 

La vivencia d'être vivant nourrit l'identité.

 

La fusion amoureuse, l'euphorie de vivre, la splendeur de l'identité à transcender une autre identité, constituent le noyau de notre préoccupation en Biodanza. La fusion amoureuse se réfère au processus d'intégration essentielle entre deux personnes. La simple relation sexuelle sans fusion amoureuse est un phénomène vécu par des individus et non par des identités. C'est simplement une délicieuse masturbation.

 

On peut caractériser trois formes de relations érotiques, dont les conséquences sont radicalement différentes:

 

1. la relation sexuelle où une seule personne se satisfait: elle est dissociative, amère et sans substance; nocive pour les deux;

 

2. la relation érotique où les deux individus se satisfont mais sans fusion. Elle est joyeuse, ludique et plaisante;

 

3. la relation sexuelle, où les deux personnes fusionnent leur identité, procure à chacun la vivencia de félicité et le renouvellement des processus biologiques et de la structure existentielle.

 

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Article du mois de novembre 2002

 

Le sourire, une expression organique par Sergio Cruz

www.biodanzabologna.it/

 

Nous pouvons commencer à parler du sourire comme du mouvement expressif de plaisir et de bien-être le plus simple et le plus authentique des êtres humains.

 

Ils sont nombreux les muscles harmonieusement intégrés qui aident à exprimer des sentiments très simples et également de grande complexité comme l’intégrité, la satisfaction, le plaisir, la joie et la plénitude.

 

Un enfant, après avoir été nourri de lait, d’affection et de chaleur, montre une expression de bonheur ; il libère un sourire de plénitude, tourne les yeux et relâche tous les muscles dans un état d’extase totale, d’abandon et de confiance à ceux qui sont autour de lui ; un utérus qui lui permet de s’épanouir librement, de sourire à lui-même et au monde, en remerciant la vie.

 

Un environnement de réciprocité et d’authenticité affective permet des comportements spontanés et l’augmentation de la qualité expressive.

 

Notre sourire ne peut pas seulement être un léger déplacement des muscles labiaux avec l’apparition progressive de nos dents blanches. Le sourire est, sans aucun doute, un mouvement organique qui vient de notre intimité et qui s’ouvre au monde, provoquant des réponses souriantes, invitant à des mouvements amicaux, des regards intéressants et des désirs de communication.

 

Quand nos mouvements perdent de leur spontanéité et commencent à être automatiques, l’intensité et la luminosité de notre sourire se perdent également, et celui-ci se transforme alors en un de ces nombreux mouvements sans émotion que nous faisons par habitude.

 

Un visage qui bouge « en ébauchant quelque chose », sans l’accompagnement des yeux, des bras et de la poitrine, et quand les mouvements surgissent en partie, ils stimulent chez les autres des réponses affectivement dissociées.

 

Si nous nous engageons émotionnellement nous provoquons des réponses émues.

 

La musique, la danse et les arts en général, sont des expressions intégrées de mouvements pleins d’émotions, de vie et de sourires. Quand nous marchons avec plaisir, nous sommes en même temps en train de respirer, de danser, d’aimer et de déborder de mouvements organiques de bonheur ; ceci provoque alors, non seulement un mouvement de lèvres rouges et de dents merveilleuses, mais un pur et vrai sourire.

 

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Article du mois de décembre 2002

 

La nécessité de l'ange par Rolando Toro Araneda

 

A notre époque rationaliste et informatisée, le thème des anges a préoccupé de nombreuses personnes qui ont découvert, dans l'évocation de ces créatures, une émotion nouvelle d'harmonie et de tranquillité.

 

Des personnes qui ne savent pas être heureuses ou ne savent pas aimer sont "guidées" par leurs anges vers une nouvelle façon de regarder l'existence. D'autres qui vivent dans la peur d'une grave maladie ont réussi à intégrer leur organisme et à améliorer leur santé.

 

Ces faits ne sont pas surprenants si on pense que prendre contact avec l'ange est, dans le fond, prendre contact avec une zone profonde de l'identité, dont l'effet est d'intégrer ce qui est séparé.

 

Actuellement, des centaines de livres sont apparus sur les anges; on organise des séminaires et des congrès sur ce thème. Malheureusement, beaucoup de ces activités ont un caractère superstitieux et parfois délirant.

 

Dans certains livres, on prétend établir des relations entre les anges et le Karma, la réincarnation, l'astrologie, les communications avec les morts, les apparitions, etc. Tout cet attirail magique et hallucinatoire n'est pas nécessaire.

 

Les anges existent parce qu'ils font partie de la divinité des êtres humains. L'âme les désire, en a besoin et les invoque. Ils sont une émanation intérieure du caractère organique, une forme émotive et forte, une poétique de lien avec sa propre identité.

 

Ils satisfont merveilleusement la nécessité de l'être humain à se connecter avec la vie cosmique et à avoir un contenant affectif de nature sacrée.

 

Les anges sont réels comme le sont toutes les figures archétypales de l'inconscient.

 

L'effet puissant de la connexion avec l'ange peut être décrit et étudié phénoménologiquement en tant que vivencia.

 

Le besoin d'auto-évolution des êtres humains, la recherche de l'extraordinaire, le sens de beauté intérieure constituent certaines des impulsions qui conduisent à l'invocation des anges. C'est le contexte psychique favorable à l'induction de processus intégrants.

 

L'archétype de l'ange crée un fond émotif pour l'intégration corps/âme, une espèce d'atmosphère saturée d'énergie, de beauté diaphane.

 

L'idée de considérer les anges comme des entités ailées et séparées de l'être humain maintient, de façon lamentable, le drame de la dissociation corps/âme. Dans ces cas, le rapport avec les anges n'a pas le moindre effet curateur.

 

Les anges créent une disposition pour être heureux et aimer. Ils permettent une connexion avec des aspects subtils de la réalité. Ils intègrent la sensibilité à l'affectivité qui sont fréquemment dissociées.

 

L'accès aux anges ne s'obtient pas non plus par des régimes alimentaires carentiels, ni par des techniques de méditation, ni par l'abstinence sexuelle. Tous ces recours n'ont pas le moindre effet sur la visitation des anges. Pour mériter la compagnie des anges, il est nécessaire de les invoquer avec amour et de maintenir un contact permanent avec eux. Le contact avec les anges est un compromis d'amour, une sollicitude réciproque qui se cultive chaque jour.

 

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